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I
DICTIONNAIRE
DE LA
LANGUE VERTE
II
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ALFRED DELVAU
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ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CH. HÉRISSEY
III
ALFRED DELVAU
Dictionnaire
DE LA
LANGUE VERTE
NOUVELLE ÉDITION
conforme à la dernière revue par l'Auteur
AUGMENTÉE
D'UN SUPPLÉMENT
PAR
GUSTAVE FUSTIER
PARIS
C. MARPON & E. FLAMMARION, ÉDITEURS
rue Racine, 26, près l'Odéon.
Tous droits réservés.
IV
V
PRÉFACE DE L'AUTEUR
I
Après l'étude des insectes, ces infiniment petits de la création
divine, il n'en est peut-être pas de plus attrayante que
l'étude des mots, ces infiniment petits de la création humaine,—aussi
destructeurs les uns que les autres, les uns du sol, les
autres de l'âme. Le jour où l'homme est devenu savant, il est
devenu méchant: la bouche est un arc dont les syllabes sont les
flèches. C'est avec cela que nous nous entretuons depuis l'invention
de la parole et de sa sœur de lait l'écriture.
Qu'on se rassure! Je ne veux pas remettre de béquet au
paradoxe usé de Jean-Jacques, lequel, d'ailleurs, quoique usé,
peut marcher encore longtemps: je me contente de constater
en passant l'influence désastreuse d'un bienfait. Je regrette
peut-être de savoir écrire et de savoir parler, mais je ne
regrette pas de savoir lire et de savoir écouter: si mon esprit
n'y a rien gagné en ornements, il y a gagné en autre chose.
J'ai souffert de savoir, j'en souffrirai jusqu'au bout de ma vie
mortelle, mais je suis trop civilisé et trop Parisien pour ne
VI
pas aimer les picotements de mes plaies. Quand je rendrai
mon âme au Créateur,—qui en sera probablement aussi
embarrassé que j'en ai été moi-même—je ne me serai pas beaucoup
amusé, mais j'aurai été violemment distrait en ayant été
violemment houspillé. Distraction passe rentes.
Bonne ou mauvaise, la parole—ou l'écriture, car toutes
deux marchent de pair,—est une invention sur laquelle il n'y a
pas à revenir. Cela est, que cela soit! Mais précisément parce
que cela est, l'entomologie littéraire est une science fort
attrayante qui a consumé au moins autant de vaillants cerveaux
que l'autre entomologie. Celle-ci compte parmi ses illustrations
Réaumur, Linné, Bonnet, Latreille, Lamarck, Van
Geer, Duméril, etc., etc. Celle-là compte parmi les siennes:—pour
ne pas remonter trop haut:—Érasme, Guillaume
Budé, les Scaliger, les Vossius, Casaubon, Turnèbe, Saumaise,
les Estienne, Du Cange, Estienne Pasquier, P. Borel,
le président Fauchet, Gilles Ménage, Dom Rivet, Le Duchat,
Bernard de la Monnoye, Lacurne de Sainte-Palaye, Dupont
de Nemours, et, en se rapprochant davantage de nous, Gabriel
Peignot, Roquefort, Charles Nodier, Francisque Michel,
F. Genin, Marty-Laveaux, Burgaud des Marets, Charles d'Héricault,
le comte Jaubert, et d'autres encore. Ah! les entomologistes
littéraires ne manquent pas en France!
Moi, je ne compte pas, bien entendu; je fais nombre seulement,—comme
les zéros. Je n'ai jamais mis ma gloire à
écrire un livre utile sur la matière, comme ont fait la plupart
de mes illustres devanciers: j'ai chassé aux mots comme on
chasse aux papillons,—pour mon propre plaisir. Aux papillons
et aux scarabées aussi, aux chenilles aussi, aux anoplures
aussi,—aux anoplures surtout, dirai-je hardiment, sans vergogne
aucune. Pourquoi m'en défendre? Toutes les curiosités
sont permises: les yeux ont le droit de voir, les oreilles de
tout entendre; seules, les lèvres n'ont pas toujours le droit
VII
de tout révéler,—ce qui est un mal. J'ai laissé aux délicats
d'en haut, aux aristocrates de la philologie, le soin de trier, de
classer et d'étiqueter leurs trouvailles de choix. Ravageur littéraire,
j'ai obscurément, pendant sept ou huit ans, battu de
mon crochet tous les ruisseaux, promené ma lanterne sourde
dans les coins ténébreux, ramassant sans cesse et sans fin,
heureux d'un tesson comme Rousseau d'une pervenche, et
enrichissant chaque jour mon musée d'un nouveau débris,
sans lui enlever un grain de sa poussière, un atome de sa
boue, une parcelle de sa rouille: tel trouvé, tel conservé. En
mouchant une expression malpropre, on s'expose à lui arracher
le nez, c'est-à-dire le caractère, l'originalité.
Ce sont ces mots morveux que je me suis plu à colliger
pendant sept ou huit ans et à réunir en un corps de livre dont
je n'espérais jamais tirer parti que pour moi seul, pour ma
propre édification. Le hasard—qui est le dieu des livres
encore plus que des hommes—en a décidé autrement; le
Dictionnaire de la langue verte a paru et l'empressement du
public à en épuiser la première édition jusqu'au dernier exemplaire
m'a prouvé qu'il y avait de par le monde d'autres
curieux que moi. Je m'en réjouis sans m'en enorgueillir, ayant
pour vice capital la modestie, et, quoique mon nom soit
désormais fatalement accolé au Dictionnaire de la langue
verte comme celui du Florentin Vespuce au Nouveau-Monde,
je ne fais aucune difficulté pour déclarer que je n'ai pas eu
l'honneur de découvrir cette Amérique; il y a eu avant moi
de hardis ravageurs parisiens. Je n'ai pas à leur décerner de
remerciements, n'ayant pas jugé bon de me servir d'eux, ni à
leur adresser d'éloges, n'en ayant déjà pas de trop pour moi.
Car enfin, il faut bien que je me décide à le répéter: enfant du
pavé de Paris, et d'une famille où l'on est faubourien de père
en fils depuis cinq ou six générations, j'ai cueilli sur leur
tige et ramassé sur leur fumier natal tous les mots de mon Dictionnaire,
VIII
tous les termes bizarres, toutes les expressions pittoresques
qui s'y trouvent accumulées: il n'en est pas une seule
que je n'aie entendue de mes oreilles, cent fois au moins,
dans la rue Saint-Antoine ou dans la rue Neuve-Bréda, dans un
atelier de peintres ou dans un atelier d'ouvriers, dans les brasseries
littéraires ou dans les cabarets populaciers, ici ou là,
même ailleurs où beaucoup de délicats n'osent pas aller de
peur de s'y crotter l'oreille et de s'y salir l'esprit, et où je n'ai
pas craint d'aller, moi, parce que nous avons, nous autres
moralistes, le double privilège de la salamandre et de l'hermine,
et que nous pouvons traverser toutes les flammes sans
en être roussis, toutes les fanges sans en être souillés.
Voilà ce qui constitue le mérite, j'oserai ajouter la saveur,
du dictionnaire de la Langue verte, dont je désire qu'on dise—au
lieu de le redouter—ce qu'on a dit du Tableau de Paris
de Sébastien Mercier, qu'il a été pensé dans la rue et écrit sur
une borne: cette ironie serait son éloge et ma récompense,
parce qu'elle prouverait qu'il est un fidèle tableau des mœurs
ondoyantes et diverses des Parisiens de l'an 1865-66. Et puis,
qu'on m'en sache gré ou non, j'ai la conviction d'avoir fait
quelque chose d'utile en remuant cette fange, en plongeant
résolument dans les entrailles mêmes de cet océan de boue,
d'où, si j'ai rapporté des madrépores et des polypes monstrueux,
j'ai dû rapporter aussi quelques coraux et quelques
perles.
II
Maintenant, pourquoi Dictionnaire de la Langue verte? Ce
n'est pas là, qu'on daigne me croire, un titre de fantaisie choisi
pour accrocher le regard du passant et forcer son attention:
IX
je ne l'ai pris que parce que je devais le prendre, parce que
les mots de ce Dictionnaire appartiennent à la Langue verte.
Je n'ai pas plus inventé cette appellation singulière que je
n'ai inventé les divisions de cant et de slang, qui servent à
distinguer les argots anglais, et qui m'aideront à distinguer
les argots parisiens. Le [1],cant c'est l'argot particulier; le slang,
c'est l'argot général. Les voleurs parlent spécialement le premier;
tout le monde à Paris parle le second,—je dis tout le
monde; si bien qu'un étranger, un Russe par exemple, ou un
provincial, un Tourangeau, sachant à merveille «la langue
de Bossuet» et de Montesquieu, mais ignorant complètement
la langue verte, ne comprendrait pas un mot des conversations
qu'il entendrait en tombant à l'improviste dans un atelier de
peintres ou dans un cabaret d'ouvriers, dans le boudoir d'une
lorette ou dans le bureau de rédaction d'un journal. En France,
on parle peut-être français; mais à Paris on parle argot, et un
argot qui varie d'un quartier à l'autre, d'une rue à l'autre, d'un
étage à l'autre. Autant de professions, autant de jargons différents,
incompréhensibles pour les profanes, c'est-à-dire pour
les gens qui ne font que traverser Pantin, la capitale des stupéfactions,
parce qu'elle est celle des étrangetés. L'argot des
gens de lettres ne ressemble pas plus à celui des ouvriers que
celui des artistes ne ressemble à celui des filles, ou celui des
bourgeois à celui des faubouriens, ou celui des voyous à celui
des académiciens,—car les académiciens aussi parlent argot
au lieu de parler français, ainsi que le prouveront les exemples
semés dans ce livre.
X
J'en conviens sans effort, c'est une langue sanglante et impie,
le cant, l'argot des voleurs et des assassins; une langue
triviale et cynique, brutale et impitoyable, athée aussi, féroce
aussi, le slang, l'argot des faubouriens et des filles, des voyous
et des soldats, des artistes et des ouvriers. Toutes deux, je le
sais, renferment une ménagerie de tropes audacieux, ricaneurs
et blasphémateurs, une cohue de mots sans racine dans n'importe
quelle autre langue, sans aucune étymologie, même
lointaine, qui semblent crachés par quelque bouche impure en
veine de néologismes et recueillis par des oreilles badaudes;
mais toutes deux aussi, quoi qu'on fasse et dise, sont pleines
d'expressions pittoresques, de métaphores heureuses, d'images
justes, de mots bien bâtis et bien portants qui entreront un
jour de droit dans le Dictionnaire de l'Académie comme ils
sont entrés de fait dans la circulation, et même dans la littérature [2],
où ils se sont si vite acclimatés et où, de voyous, ils sont
devenus bourgeois. Et je ne parle pas d'un vaudeville isolé,
comme les Deux Papas très bien, où l'on «dévide le jar» aussi
proprement qu'à Poissy; je parle du Dictionnaire de M. Littré
et des œuvres dramatiques les plus importantes de ce temps,
les Effrontés d'Émile Augier, la Vie de Bohème d'Henry Murger,
la Famille Benoiton de Victorien Sardou, etc.
Pour qu'il en soit ainsi, pour que des écrivains de valeur—au
théâtre, dans le roman, dans la fantaisie—se soient
laissé raccrocher par ces expressions hardies, forcées de faire
XI
le trottoir parce que, sans domicile légal, il faut qu'elles aient
des séductions, des irrésistibilités que n'ont pas les mots de la
langue officielle, il faut qu'ils aient reconnu dans cette langue
du ruisseau la succulence, le nerf, le chien de la langue préférée
de Montaigne et de Malherbe [3].
Qui sait d'ailleurs si cette langue parisienne, qui charrie
tant de paillettes d'or au milieu de tant d'immondices,—Flore
étrange où tant de plantes charmantes s'épanouissent au
milieu de tant de plantes vénéneuses—n'est pas appelée un
jour à transfuser son sang rouge dans les veines de la vieille
langue française, appauvrie, épuisée depuis un siècle, et qui
finira par disparaître comme le sanscrit? Les puristes du sérail
ont beau la déclarer fixée, immuable, éternelle, cela ne l'empêche
pas de se déliter, de s'effriter, de se lézarder: si l'on n'y
prend garde, elle s'effondrera, malgré les béquilles que lui
mettent en guise d'étais, ses quarante architectes de l'Institut.
Caveant consules! Veillez au maintien de la langue parisienne,
écrivains qui voulez qu'il y ait encore une langue française!
III
On s'étonnera peut-être de voir réunis, confondus dans une
promiscuité fâcheuse, le cant et le slang, l'argot des gredins et
XII
celui des honnêtes gens, les adorables mimologismes des
enfants et les expectorations repoussantes des faubouriens.
C'était une nécessité née de la confusion déplorable des classes
sociales à Paris, où le crime coudoie le travail, où le cynisme
heurte l'innocence, où le vice flâne en compagnie de la
vertu, où l'esprit emboîte le pas à la bêtise. Frères ennemis,
ces argots, mais frères,—comme les hommes qui les
parlent.
On pourrait s'étonner aussi, et tout aussi justement, de voir
attribuer à la langue populaire une foule de mots sortis de la
langue du bagne, de la prison et des mauvais lieux. Au premier
abord, cela choque autant que cela surprend, oui; mais
en réfléchissant à la façon dont s'enrichissent les langues, on
comprend et l'on s'incline, attristé. Une expression tombe
des lèvres flétries d'un forçat, non pas au bagne, où il est défendu
aux honnêtes gens d'aller, mais dans un cabaret, dans
une rue de Paris, où il est interdit aux coquins de séjourner et
où ils accourent tous comme des frelons sur un gâteau de miel:
dix paires d'oreilles la ramassent et dix bouches la répètent,
sans l'essuyer. Elle fait son chemin d'atelier en atelier, de faubourg
en faubourg, jusqu'au jour où, tombant à son tour des
lèvres d'un ivrogne [4], dans un café littéraire ou dans une
brasserie artistique, elle est alors recueillie par quelque curieux
aux écoutes, par quelque flâneur aux aguets, qui la trouve accentuée,
originale, et la colporte çà et là,—tant et si bien
que, finalement, elle entre dans un article, puis dans un livre,
puis dans la circulation générale. Allez donc maintenant l'en
retirer, comme tachée de boue et de sang! Essayez donc, au
nom de la morale et du goût, de la démonétiser par décret
XIII
comme une pièce de trente sols! Elle n'est pas frappée à la
Monnaie fondée par Richelieu, elle ne porte pas l'effigie de l'un
des Quarante, elle n'est pas d'un métal très pur, tout cela est
vrai; mais elle sonne bien, argent ou cuivre, et cela suffit pour
qu'elle soit échangée comme monnaie courante de la conversation.
Il en est de même des mots à panaches et à images improvisés
par des néologues en haillons ou en blouse, par Gavroche
ou par Cabrion. L'esprit court les rues et les ateliers;
l'œil du voyou ou du rapin, toujours ouvert, comprend plus rapidement
que l'œil du bourgeois, toujours endormi ou toujours
affairé: lorsqu'un ridicule ou un vice insolent passe à la
portée de cet impitoyable rayon visuel, il est happé,—gare
à la gouaillerie féroce qui va le fusiller! Ce que, dans mes
déambulations diurnes et nocturnes à Paris, j'ai entendu de
phrases énormes, pimentées, saisissantes, cruelles, appliquées
en plein dos comme des coups de pied, ou en plein visage
comme des soufflets, à de pauvres diables de l'un ou de l'autre
sexe, affligés, celui-ci de cette infirmité, celle-là de ce ridicule;
ce que j'ai entendu composerait un gros livre—inimprimable.
Ah! je ne sais pas ce que l'homme a fait à l'homme, mais il se
venge bien odieusement de lui—sur lui!
Il y a mille moyens de contagion pour un mot, et c'est précisément
ce qui universalise l'argot. La rue d'abord, où passe
tout le monde; le cabaret, si diversement peuplé; le mauvais
lieu,—une autre rue. Quelque envie qu'aient les gens les
plus chastes de mettre un cadenas à leurs oreilles, ils entendent—et
retiennent—Dieu sait quels vocables excentriques,
bouffons, audacieux, hauts en couleur. Les filles—drôlesses
et petites dames mêlées—ont un jargon bariolé qui participe
beaucoup de leurs relations aussi multiples que fugaces. Toutes
les professions masculines avec lesquelles elles sont en contact
permanent donnent à leur langage une teinte polyglotte très
XIV
prononcée,—polyglotte et cosmopolite, car elles gardent
volontiers de ces commerces incessants un certain nombre de
mots étrangers qu'elles francisent à leur manière. Un étranger
en apprend plus long qu'un Parisien, en un mois de séjour
dans un boudoir ou dans une antichambre d'actrice,—et il
emporte chez lui une singulière opinion de la «langue de
Bossuet». Pauvre Bossuet! Pauvre langue!
IV
Puisque j'en suis au chapitre des étonnements, je dois prémunir
mes lecteurs contre celui qu'ils éprouveront certainement
à rencontrer çà et là, dans ce Dictionnaire de la Langue
verte, des mots auxquels le Dictionnaire de l'Académie a donné
asile, comme on donne asile aux gueux et aux vagabonds. Ces
mots sont considérés par lui comme bas et populaciers, et
il en défend l'usage aux gens du bel air, aussi bégueules que
lui: à cause de cela, ils me revenaient de droit, puisque je
fais le Glossaire de la langue du peuple parisien, le Compendium
du slang. La langue verte, au rebours de la langue académique,
se compose précisément des mots qui ne s'écrivent
pas, mais qui se parlent à certains étages de la société.
Or, je suis de ceux qui prétendent que «toutes paroles se
laissent dire et tout pain mangier»,—avec d'autant plus de
raison que les expressions proscrites comme indignes, condamnées
comme shocking par le Dictionnaire de l'Académie,
sont du meilleur français que je connaisse, d'un français plus
étymologique, plus rationnel, plus expressif, plus éloquent
que celles auxquelles ladite Académie a accordé droit de cité,—le
français de Jean de Meung et de Guillaume de Lorris,
XV
de François Villon et de François Rabelais, de Philippe Desportes
et de Bonaventure Des Périers, d'Henri Estienne et de
Clément Marot, de Michel Montaigne et de Mathurin Régnier,
d'Agrippa d'Aubigné et de Brantôme, de Froissart et d'Amyot,
etc. Il paraît qu'il est de bon goût, dans les hautes régions,
de renier ses ancêtres et de mentir à ses origines; les gens
distingués se croiraient déshonorés,—savants et gandins,—en
parlant la langue des petites gens, qui, cependant, sont les
plus fidèles gardiens et les plus rigoureux observateurs de la
tradition. Oui, il faut que les gens distingués en prennent leur
parti: le peuple est le Conservatoire du vrai langage [5].
Je comprends, du reste, qu'on regimbe à admettre cette
vérité élémentaire, qui froisse les habitudes d'esprit prises—parce
qu'imposées—dans les collèges, où l'on n'enseigne
qu'un français de convention, soufflé comme une baudruche,
désossé comme un roastbeef, c'est-à-dire privé depuis longtemps
de toute racine étymologique, grâce aux progrès croissants
XVI
de la Réforme orthographique [6]. Moi aussi, au début de ma
vie, en entendant les vieux de mon faubourg natal employer
des phrases d'antan, je souriais de pitié, presque de mépris,
ne comprenant pas qu'on pût s'exprimer autrement que M. de
Campistron en ses tragédies et M. de Marmontel en ses Contes
moraux. J'avais alors de sourdes révoltes à propos de l'éloquence
forcenée de mon aïeul, qui ne pouvait ouvrir la bouche
sans commettre une hérésie, sans se rendre coupable du crime
de lèse-majesté classique. Il me semblait qu'il parlait là une
langue sauvage, une façon d'algonquin ou de topinambou, qui
n'avait jamais été parlée avant lui et ne devait plus l'être après
lui, et, pour un peu, à chaque mot tombé de ses lèvres sibyllines,
je me fusse signé comme devant un blasphème. Hélas!
ce vieux faubourien était un académicien de la bonne roche,—celle
d'où jaillit ce français si clair, si pur, si viril, si expressif,
si sonore, si complet, si beau, dont il semble qu'on ait
tout à fait perdu le secret, aujourd'hui que, langue verte à
XVII
part, notre littérature est livrée à l'euphuisme, au gongorisme,
aux concetti, à la préciosité et à je ne sais plus quelles autres
bêtes qui la dévorent en la souillant.
Comme expiation, ou plutôt comme réparation de mon
erreur, qui est encore celle de bien des honnêtes gens, j'ai dû
donner large place dans le présent livre à cette langue populacière,
rejetée avec mépris hors de la littérature et de la conversation.
Elle eût été plus convenablement ailleurs, dans le Dictionnaire
de l'Académie, par exemple, mais sans l'étiquette
déshonorante et ridicule que vous savez; malheureusement,
le Dictionnaire de l'Académie n'est hospitalier que pour les
siens, et, s'il a consenti à entre-bâiller ses feuillets pour laisser
entrer, en rechignant, quelques-uns des mots du langage populaire,
il les a bien vite refermés de peur d'en laisser entrer un
trop grand nombre,—qui eussent été, pourtant, sa richesse
et son orgueil. L'Académie est myope: de l'or elle ne voit
que la gangue.
Et, puisque je tiens l'Académie, je ne veux pas la lâcher
sans me justifier, non pas devant elle, mais devant mes lecteurs,
de l'irrévérence avec laquelle je n'ai pas craint de la
traiter en introduisant dans le Dictionnaire de la Langue verte
ce que je n'ai pas craint d'appeler l'argot des académiciens. Ce
n'est pas là une malignité d'écrivain fantaisiste, mais une impérieuse
nécessité de classification. Si les académiciens parlaient
XVIII
comme tout le monde, je n'eusse jamais songé à leur
consacrer une seule ligne dans ce Dictionnaire impertinemment
édifié à côté du leur; mais ces pontifes du beau langage,
s'imaginant sans doute qu'écrire c'est officier, ont de tout
temps employé pour s'exprimer des expressions dont l'emphase
prudhommesque et l'inintelligibilité singulière semblent
appartenir à ce qu'on pourrait proprement appeler une langue
bleue. Bleue ou verte, c'est la même chose, puisque ce n'est
pas la langue française de nos aïeux; et, pour ma part, j'avoue
ne voir aucune différence entre les périphrases de Commerson
et celles de l'abbé Delille, entre l'argot de la rue et l'argot de
l'Institut. En quoi, je vous prie, broûter les pâturages de l'erreur
est-il plus singulier que le tube qui vomit la fumée? En quoi
la plaine liquide est-elle moins burlesque que canonnier de la
pièce humide? Et cet animal guerrier qui inventa le trident? Et
les larmes de l'aurore? Et les nourrissons du Pinde [7]? Au lieu de
confectionner ces tropes plus ridicules qu'ingénieux, MM. les
Quarante auraient bien dû, depuis longtemps, s'occuper du
Dictionnaire conçu par Charles Nodier et récemment entrepris
par M. Littré. «L'académie du Dictionnaire (dit l'auteur des
Notions élémentaires de linguistique) ne nous doit que la langue
littéraire, et la langue littéraire d'une nation, c'est tout bonnement
la langue du peuple. Il ne faut pas sortir de là.»
XIX
V
Toutes les fois que je l'ai pu, j'ai accroché aux mots une
étiquette constatant leur étymologie, leur origine, leur millésime,
et disant quels sont leurs pères ou leurs parrains, afin
d'éviter des tourments aux Saumaise futurs, aux lexicographes
distingués ou bas de poil qui commenteront les livres parisiens
du XIXe siècle,—spécialement de la seconde moitié du
XIXe siècle. Nous serions plus avancés que nous ne le sommes,
nous en saurions davantage sur notre langue, si l'on avait pris
soin, dès l'origine, de nous conserver les extraits de baptême
de certains mots, sinon de tous: cette histoire des mots
serait l'histoire des idées, c'est-à-dire l'histoire des mœurs,
c'est-à-dire l'histoire de la nation parisienne écrite jour par
jour [8].
Malheureusement, quant au millésime, malgré l'envie que
j'avais de parler, je suis souvent resté muet,—on comprendra
pourquoi.
Quant à la provenance, je l'ai indiquée presque toujours, et
fidèlement, j'ose l'affirmer. Aucun des mots auxquels j'ai cru
XX
devoir accorder l'hospitalité n'est d'origine suspecte ni d'existence
douteuse: ce sont des vagabonds, mais ce ne sont pas
des ombres. Chaque fois qu'il m'a été impossible de savoir à
quel argot spécial appartenait une expression, je me suis abstenu
de la ranger dans telle ou telle catégorie, en supposant
qu'elle devait être d'un emploi moins restreint, d'une circulation
plus générale que les autres. Mes attributions ne sont pas
arbitraires, pas plus que les nuances que j'y ai introduites et
qui n'échapperont pas aux lecteurs perspicaces. Si je dis argot
du peuple et non argot des bourgeois, c'est que l'expression est
plus familière au peuple qu'à la bourgeoisie et que je l'ai
entendue plus souvent dans la rue que dans la boutique. Lorsque
je mets après un mot argot des voyous au lieu d'argot des
voleurs, c'est que ce mot, quoique ayant appartenu peut-être
d'abord à la langue des prisons, est d'un usage plus fréquent
sur les lèvres des voyous que dans la bouche des voleurs. De
même pour l'argot des faubouriens, qui n'est pas l'argot des
ouvriers, quoique les ouvriers habitent ordinairement les faubourgs
de Paris. De même pour l'argot des filles, qui n'est pas
l'argot des petites dames ou de Breda-Street, quoique les unes et
les autres exercent la même profession,—avec un public différent.
Certains argots confinent, comme certains métiers; ils
marchent sur une lisière commune, comme certaines agrégations
d'individus; ils voisinent pour ainsi dire, comme certaines
positions sociales: assurément ils finiront par s'étreindre,
par se mêler, par se confondre; le voyou finira par devenir
voleur, la petite dame par être fille, l'ouvrier par se faire faubourien,
etc., mais jusqu'à ce que la barrière soit franchie, la
délimitation effacée, chacun d'eux aura son accent, sa couleur,
auxquels on les pourra reconnaître. Voilà pourquoi j'ai parqué
d'autorité ce mot dans cette catégorie et non pas dans cette
autre, qui a l'air d'être la même,—comme le violet est le bleu;
voilà pourquoi j'ai cloué sur ce mot cette étiquette et non pas
XXI
cette autre, assuré que j'étais de ne pas me tromper; je le
maintiens et le maintiendrai jusqu'au feu,—exclusivé.
Pour l'étymologie, c'est autre chose. Peut-être, à ce propos,
s'étonnera-t-on de la persistance que je mets à redresser les
erreurs et à corriger les bévues de quelques-uns de mes devanciers,
et, de ma part, à moi, philologue de fraîche date et ignorant
de naissance, cela semblera outrecuidant. Je souscris
d'avance à tous les reproches qu'on me fera l'honneur de
m'adresser, même à ceux que je mérite le moins.
L'étymologie,—et je ne prends pas ce mot dans l'acception
restreinte et purement grammaticale que lui donne Charles
Nodier, qui en fait la norma, la ratio scribendi, l'orthographe
enfin de toutes les langues de dernière formation,—l'étymologie
telle que l'entendent tant de savantes personnes ne doit
pas être considérée autrement que comme un pur et simple
exercice d'imagination. Heureux les savants qui ont de l'esprit
et qui n'ont pas d'imagination: ils amusent et, accessoirement,
instruisent. Ceux qui ont de l'imagination, au contraire,
en ont trop, et non seulement ils n'instruisent pas, mais
encore,—ce qui est plus grave et moins pardonnable,—ils
n'amusent personne, pas même eux. L'esprit—on me passera
cette fatuité de le définir,—est la raison elle-même, la
raison enjouée, folâtre même, mais la raison: c'est une boussole.
L'imagination, elle, n'est qu'une faculté superfétative,
secondaire, qui joue le rôle de cinquième roue à un carrosse,
et qui, si elle n'empêche pas l'esprit de marcher, ne l'y aide
du moins en aucune façon; quand elle va de conserve avec
lui, c'est bien, nul ne s'en plaint; mais quand elle vole seule,
elle perd aisément le nord et s'égare en égarant les autres.
Je ne veux pas me prononcer au sujet de l'esprit ou de l'imagination
de mes devanciers, de peur de les fâcher avec un
compliment—ou de leur faire plaisir avec une épigramme.
Ce n'est pas le lieu d'ailleurs. Mes devanciers ont agi à leur
XXII
guise, d'après les inspirations de leur génie particulier: je ne
les en blâme—ni ne les en loue. Je regrette seulement—pour
eux—que quelques-uns d'entre eux n'aient pas su éviter
l'écueil contre lequel sont venus échouer avant eux tant
d'autres étymologistes trop savants,—par exemple Ménage,
qui fait venir canaille de canalis quand il avait canis sous la
main. M. Marty-Laveaux le disait très pertinemment: les savants
comme Ménage et quelques-uns de mes devanciers vont
chercher trop loin leurs étymologies [9], et c'est dans ces
voyages au long cours qu'ils rencontrent l'écueil en question.
Il est si simple de rester au coin de son feu, les coudes sur la
table, les pieds sur les chenets, comme un honnête bourgeois
sans prétention, qui trouve sans peine parce qu'il cherche
sans effort! L'effort, voilà ce qui a gâté tant de savants livres!
L'étymologie, étant une maladie, a sa contagion; moi, parvulissime,
j'ai fait comme les grands docteurs de l'Université
de Marburg—et d'ailleurs: je me suis lancé à fond de train
dans le champ des hypothèses, et si je ne suis pas parvenu à
me casser les reins, j'ai du moins donné quelques entorses au
bon sens et à la vérité étymologique. C'est un jeu comme un
autre, amusant pour soi, fatigant pour autrui, dont cependant je
n'ai pas cru devoir abuser, ainsi qu'on s'en assurera en feuilletant
ce volume. Il peut se faire que, dans cette course vagabonde
à travers des origines probables, j'aie quelquefois rencontré
juste et que quelques-unes de mes trouvailles involontaires
méritent d'être prises en considération: ces bonnes fortunes
arrivent souvent aux innocents, paraît-il. «Quand on ne
sait que ce qu'on a appris, on peut être un savant et un sot;
il faut de plus savoir ce qu'on a deviné.» J.-B. Say avait raison,
quoique économiste. En tout cas, heureux ou non dans
XXIII
mes devinettes étymologiques, à mon su ou à mon insu, je
m'en tiens à ces premiers essais et m'engage à ne plus jamais
recommencer.
VI
Il me reste à parler de cette seconde édition, qui est
une véritable nouvelle édition, puisqu'elle a été refondue
d'un bout à l'autre et réimprimée en caractères elzéviriens.
Aucun des mots de la première ne manque à celle-ci, qui est
en outre enrichie d'environ deux mille cinq cents expressions
soit du cant, soit du slang, soit de la langue populacière, toutes
si dédaigneusement mises à la porte par le Dictionnaire de
l'Académie, qui semble ne pas savoir qu'Horace a écrit il y a
dix-neuf cents ans:
Ut silæ foliis pronos mutantur in annos,
Prima cadunt; tita verborum vetus interit ætas
Et juvenum ritu florent modo nata vigentque.
Vous entendez, messieurs les Quarante? Il en est des mots
comme des feuilles des arbres à l'automne, ce sont les premières
venues qui sont les premières parties: de même périt
le vieil âge des mots, et d'autres mots, nés tout à l'heure,
fleurissent et s'épanouissent maintenant à la manière des
jeunes gens. Ne balayez pas les vieux, mais faites place aux
jeunes, aux valides, aux vigoureux.
Si le Dictionnaire de l'Académie est incorrigible, je ne le
suis pas, et quand j'ai des torts, j'en conviens de bonne grâce;
quand j'ai péché, je me frappe de bonne foi la poitrine—en
me demandant pardon de mes imperfections et en me promettant
XXIV
bien d'en diminuer le nombre, sans espérer de les extirper
toutes. J'ai donc émendé de mon mieux le texte de la première
édition, ainsi qu'en pourront juger les lecteurs; mais
cette émendation devait avoir des bornes,—et elle en a eu.
Malgré les prières de mon éditeur, qui, par excès de délicatesse,
voulait enlever à celui-ci ou à celui-là de mes devanciers
encore vivants tout prétexte à récrimination et à reproches de
plagiat, même aux moins fondés, j'ai cru de mon devoir et de
mon droit de conserver intactes des définitions dont je répondais,
que je savais être miennes, malgré leur ressemblance
avec celles de mon voisin. Ressemblance forcée, fatale, nécessaire
même, tous les gens de bonne foi n'hésiteront pas à le reconnaître.
Je ne voudrais pas avoir l'air de m'abriter derrière
la spirituelle et très juste définition de Charles Nodier: Les
dictionnaires sont des plagiats par ordre alphabétique; mais enfin
il est tout simple qu'ayant à définir une expression bizarre—par
exemple appeler Azor, le premier venu écrive comme
moi: «Siffler un acteur comme on siffle un chien.» On n'a
pas de brevet d'invention à prendre pour cette phrase qui traîne
sur toutes les lèvres. Appeler Azor signifiant pour tout le monde
siffler un acteur, Azor étant pour tout le monde le synonyme
de chien, comment s'y prendre pour ne pas dire: «Siffler un
acteur comme on siffle un chien?» Je ne vois qu'un moyen,
mais il est héroïque—de ridicule: c'est d'imiter le fameux
Marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour,—D'amour,
marquise, vos beaux yeux me font mourir,—Me font, marquise,
vos beaux yeux mourir d'amour,—Mourir vos beaux yeux me
font d'amour, marquise,—et ainsi de suite jusqu'au jugement
dernier. Oui, plus j'y réfléchis, plus je ne vois que ce moyen:
on m'excusera, je pense, de ne pas l'avoir employé.
Je glisse—de peur d'appuyer.
On remarquera que dans cette nouvelle édition, plus encore
que dans la précédente, je me suis plu à rétablir l'orthographe
XXV
réelle de vocables que les puristes déclarent être «du patois
de Pipelets». (Voy. Albert Hétrel, Code orthographique.)
J'en ai mis beaucoup, je regrette de n'en avoir pas mis davantage,
afin de confondre les ennemis de la bonne langue, la
vieille, et les admirateurs du petit français que l'on parle à
présent. Les puristes du sérail veulent qu'on dise chirurgien,
chercher, brebis, etc. Je le veux comme eux. Mais ils ricanent
lorsqu'ils entendent prononcer cercher, berbis, serurgien, et
leurs ricanements me font sourire: la pelle se moque du
fourgon,—la pelle a tort.
On m'a reproché d'avoir introduit dans la précédente édition
un certain nombre de mots anglais: je réponds en en introduisant
un plus grand nombre encore dans cette nouvelle édition.
L'anglomanie fait des progrès chez nous, peuple simiesque;
nous avons tous les mots nécessaires pour représenter
nos idées; mais, par genre, nous habillons ces idées avec des
mots de fabrique étrangère: au lieu de dire chien courant
comme leurs pères,—de rudes chasseurs, pourtant!—nos
sportsmen disent, les uns buck-hound, les autres boarhound.
Buck-hound, c'est bien du pur anglais de l'autre côté du
détroit; mais, de ce côté-ci, c'est de la langue verte.
Cela dit—avec tout le respect que je dois aux gens à qui
je le dis—j'arrive au finale de cette trop longue improvisation.
C'est la partie la plus douce de ma tâche d'aujourd'hui, puisqu'il
s'agit de remercier hautement ceux de mes confrères qui
ont bien voulu jouer le rôle de tibicinateurs en faveur du
Dictionnaire de la langue verte et les personnes connues ou
inconnues qui ont bien voulu répondre à l'appel que je leur
avais fait en me signalant les omissions et les attributions
erronées de la première édition. Je remercie donc bien sincèrement
ici MM. Jules Noriac, Léo Lespès, Alphonse Duchesne,
A. Ranc, Balathier de Bragelonne, Jules Claretie, A. de Fonvielle,
Gustave Bourdin, le docteur Stéphen Le Paulmier, Léon
XXVI
Renard, Henri Delaage, Eugène Mathieu, Coffineau, Alexandre
Pothey, Jules Choux—et tous ceux que ma plume sans mémoire
oublie de citer. Jules Choux, un chansonnier parisien
d'un accent original et qui connaît encore mieux que moi les
dessous ténébreux de notre chère ville natale, m'a apporté, à
lui seul, une plantureuse moisson que je n'ai eu que la peine
d'engranger. Les soins que j'ai apportés à cette seconde édition
témoigneront mieux que des paroles de toute ma gratitude
pour les encouragements que j'ai reçus de toutes parts: elle
est moins défectueuse que la première, et la prochaine sera
encore un peu plus digne d'intérêt que celle-ci, les livres du
genre du Dictionnaire de la langue verte devant forcément
se corriger et se compléter dans des éditions successives.
Quand il en sera à sa dixième, j'ose espérer que depuis longtemps
on aura fait une croix—sur ma tombe!
Alfred DELVAU.
1
DICTIONNAIRE
DE LA
LANGUE VERTE
A.
- ABADIE, s. f. Foule,—dans
l'argot des voleurs, qui l'appellent
ainsi, avec mépris, parce
qu'ils ont remarqué qu'elle se
compose de badauds, de gens
qui ouvrent les yeux, la bouche
et les oreilles d'une façon démesurée.
- ABAJOUES, s. f. pl. La face,—dans
l'argot du peuple.
Il n'est pas de mots que les
hommes n'aient inventés pour se
prouver le mutuel mépris dans
lequel ils se tiennent. Un des
premiers de ce dictionnaire est
une injure, puisque jusqu'ici
l'abajoue signifiait soit le sac que
certains animaux ont dans la
bouche, soit la partie latérale
d'une tête de veau ou d'un groin
de cochon. Nous sommes loin de
l'os sublime dedit. Mais nous en
verrons bien d'autres.
- ABALOURDIR, v. a. Rendre
balourd, niais, emprunté.
- ABAT-FAIM, s. m. Plat de résistance,—gigot
ou roastbeef
plantureux.
- ABATIS, s. m. pl. Le pied et
la main,—l'homme étant considéré
par l'homme, son frère,
comme une volaille.
Avoir les abatis canailles. Avoir
les extrémités massives, grosses
mains et larges pieds, qui témoignent
éloquemment d'une origine
plébéienne.
- ABAT-RELUIT, s. m. Abat-jour
à l'usage des vieillards. Argot
des voleurs.
- ABATTOIR, s. m. Le cachot
2
des condamnés à mort, à la Roquette,—d'où
ils ne sortent que
pour être abattus devant la porte
de ce Newgate parisien.
- ABATTRE (En). Travailler
beaucoup,—dans l'argot des
ouvriers et des gens de lettres.
- ABBAYE, s. f. Four,—dans
l'argot des rôdeurs de nuit qui,
il y a une quinzaine d'années, se
domiciliaient encore volontiers
dans les fours à plâtre des buttes
Chaumont, où ils chantaient matines
avant l'arrivée des ouvriers
chaufourniers.
Abbaye ruffante. Four chaud,—de
rufare, roussir.
- ABBAYE DE MONTE-A-REGRET,
s. f. L'échafaud,—dans
l'argot des voleurs, qui se font
trop facilement moines de cette
Abbaye que la Révolution a oublié
de raser.
- ABBAYE DES S'OFFRE-A-TOUS,
s. f. Maison conventuelle où sont
enfermées volontairement de jolies
filles qui ne pourraient jouer
le rôle de vestales que dans
l'opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du
Romancero, est toujours employée
par le peuple.
- ABCÈS, s. m. Homme au visage
boursouflé, au nez à bubelettes,
sur lequel il semble qu'on
n'oserait pas donner un coup de
poing,—de peur d'une éruption
purulente.
On a dit cela de Mirabeau, et
on le dit tous les jours des gens
dont le visage ressemble comme
le sien à une tumeur.
- ABÉLARDISER, v. a. Mutiler
un homme comme fut mutilé par
le chanoine Fulbert le savant
amant de la malheureuse Héloïse.
C'est un mot du XIIIe siècle,
que quelques écrivains modernes
s'imaginent avoir fabriqué; on
l'écrivait alors abaylarder,—avec
la même signification, bien
entendu.
- ABÉQUER, v. a. Nourrir quelqu'un,
lui donner la béquée,—dans
l'argot du peuple, qui prend
l'homme pour un oiseau.
- ABÉQUEUSE, s. f. Nourrice ou
maîtresse d'hôtel.
- ABIGOTIR (S'). v. réfl. Devenir
bigot, hanter assidûment
les églises après avoir hanté non
moins assidûment d'autres endroits,—moins
respectables.
Le mot a trois ou quatre cents
ans de noblesse.
- ABLOQUER ou Abloquir, v.
n. Acheter,—dans l'argot des
voleurs, qui n'achètent cependant
presque jamais, excepté en bloc,
à l'étalage des marchands.
- ABOMINER, v. a. Avoir de
l'aversion pour quelque chose et
de l'antipathie pour quelqu'un,—ce
que dit clairement l'étymologie
de ce mot: ab, hors de, et omen,
d'omentum, estomac.
Expression du vieux français et
des jeunes Parisiens.
- ABONNÉ AU GUIGNON (Être).
Être poursuivi avec trop de régularité
par la déveine. Argot des
faubouriens.
- ABOULER, v. a. Donner, remettre
à quelqu'un. Argot des
voyous.
3
Signifie encore Venir, Arriver
sans délai, précipitamment,
comme une boule.
- ABOYEUR, s. m. Crieur public
ou particulier qui se tient dans
les marchés ou à la porte des
théâtres forains.
- ABRACADABRA, adv. D'une
manière bizarre, décousue, folle,—dans
l'argot du peuple, qui a
conservé ce mot du moyen âge
en oubliant à quelle superstition
il se rattache. Les gens qui
avaient foi alors dans les vertus
magiques de ce mot l'écrivaient
en triangle sur un morceau de
papier carré, qu'ils pliaient de
manière à cacher l'écriture; puis,
ayant piqué ce papier en croix,
ils le suspendaient à leur cou en
guise d'amulette, et le portaient
pendant huit jours, au bout desquels
ils le jetaient derrière eux,
dans la rivière, sans oser l'ouvrir.
Le charme qu'on attachait à
ce petit papier opérait alors,—ou
n'opérait pas.
Faire une chose abracadabra.
Sans méthode, sans réflexion.
- ABRACADABRANT, E, adj.
Etonnant, extraordinaire, merveilleux,
épatant,—dans l'argot
des gens de lettres, qui ont emprunté
cette expression à l'abracadabra
du Romantisme.
«Satan vous verra.
De vos mains grossières,
Parmi des poussières,
Ecrivez, sorcières,
Abracadabra!»
dit Victor Hugo dans la pièce
des Odes et Ballades intitulée le
Sabbat.
Cet abracadabra était en effet
assez singulier, et je comprends
qu'on l'ait raillé en en faisant un
adjectif,—sans se douter que
depuis longtemps le peuple en
avait fait un adverbe.
- ABREUVOIR, s. m. Cabaret,—d'où
l'on sort plus altéré qu'on
n'y est entré.
D'où l'expression proverbiale:
Un bon cheval va bien tout seul à
l'abreuvoir, pour dire: Un ivrogne
n'a pas besoin d'y être invité pour
aller au cabaret.
- ABRUTI, s. m. Élève assidu,
acharné à l'étude,—dans l'argot
des Polytechniciens, dont la plupart
sont encore trop jeunes pour
ne pas être un peu fous.
- ABS, s. m. Apocope d'Absinthe,
créée il y a quelques années par
Guichardet, et aujourd'hui d'un
emploi général.
Les apocopes vont se multiplier
dans ce Dictionnaire. On en trouvera
à chaque page, presque à
chaque ligne: abs, achar, autor,
aristo, eff, délass-com, démoc,
poche, imper, rup, soc, liquid,
bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc.
Il semble, en effet, que les générations
modernes soient pressées
de vivre qu'elles n'aient pas le
temps de prononcer les mots
entiers.
- ABSINTHAGE, s. m. Action de
boire l'absinthe, ou de la faire.
- ABSINTHE (Faire son). Verser
de l'eau sur l'absinthe, afin
de la précipiter et de développer
en elle cette odeur qui grise tant
de cerveaux aujourd'hui.
Signifie aussi Cracher en parlant.
On a dit à propos d'un
4
homme de lettres connu par son
bavardage et ses postillons: «X...
demande son absinthe, on la lui
apporte, il parle art ou politique
pendant un quart d'heure,—et
son absinthe est faite.»
- ABSINTHE (Heure de l'). Le
moment de la journée où les Parisiens
boivent de l'absinthe dans
les cafés et chez les liquoristes.
C'est de quatre à six heures.
- ABSINTHER (S'), v. réfl. S'adonner
à l'absinthe, faire sa boisson
favorite de ce poison.
- ABSINTHEUR, s. m. Buveur
d'absinthe.
- ABSINTHIER, s. m. Débitant
d'absinthe, c'est-à-dire de poison.
- ABSORBER, v. n. et a. Manger
ou boire abondamment.
- ABSORPTION, s. f. Cérémonie
annuelle qui a lieu à l'Ecole polytechnique,
et «qui a été imaginée,
dit Emile de la Bédollière,
pour dépayser les nouveaux, les
initier aux habitudes de l'Ecole,
les accoutumer au tutoiement».
Le nom a été donné à cette fête
de réception, parce qu'elle précède
ordinairement l'absorption
réelle qui se fait dans un restaurant
du Palais-Royal, aux dépens
des taupins admis.
- ACABIT DE LA BÊTE, s. m.
Bonne ou mauvaise qualité d'une
chose ou d'une personne. Argot
du peuple.
Être de bon acabit. Avoir un
excellent caractère, ou jouir d'une
excellente santé.
- ACAGNARDER (S'), v. réfl. Se
plaire dans la solitude, vivre dans
son coin, comme un vieux chien
las d'aboyer à la lune et de courir
après les nuages,—ce gibier
que nous poursuivons tous sans
pouvoir même en jouir comme
Ixion.
J'ai souligné à dessein coin et
chien: c'est la double étymologie
de ce verbe, que n'osent pas
employer les gens du bel air,
quoiqu'il ait eu l'honneur de
monter dans les carrosses du roi
Henri IV. (V. les lettres de ce
prince.) S'acagnarder vient en
effet du latin canis, chien, ou du
vieux français cagnard, lieu retiré,
solitaire,—coin.
On dit aussi s'acagnarder dans
un fauteuil.
- ACALIFOURCHONNER (S'), v.
réfl. Se mettre à califourchon sur
n'importe quoi,—dans l'argot du
peuple, qui parle comme Cyrano
de Bergerac écrivait.
- ACCENTUER SES GESTES, v. a.
Donner un soufflet ou un coup
de poing,—ce qui est une manière
de se prononcer suivant les
règles de l'accent tonique.
- ACCESSOIRES, s. m. pl. Matériel
servant à meubler la scène;
tous les objets dont l'usage est
nécessaire à l'action d'une pièce
de théâtre, depuis la berline jusqu'à
la croix de ma mère.
Les acteurs emploient volontiers
ce mot dans un sens péjoratif
et comme point de comparaison.
Ainsi, du vin d'accessoires,
un poulet d'accessoires, etc., sont
du mauvais vin, un poulet artificiel,
etc.
- ACCOLADE, s. f. C'était jadis
un baiser que recevait sur la joue
gauche l'homme qu'on ordonnait
5
chevalier; c'est aujourd'hui un
soufflet que peut recevoir tout le
monde sur n'importe quelle joue.
- ACCOMMODER QUELQU'UN A
LA SAUCE PIQUANTE, v. a. Se
moquer de lui,—et même se
livrer sur sa personne à des voies
de fait désagréables.
- ACCOMMODER QUELQU'UN AU
BEURRE NOIR, v. a. Lui pocher
les yeux à coups de poing.
- ACCORDÉON, s. m. Chapeau
Gibus,—dans l'argot des faubouriens,
par allusion au soufflet
placé à l'intérieur de ce chapeau.
Se dit aussi d'un chapeau ordinaire
sur lequel on s'est assis
par mégarde.
- ACCOUCHER, v. n. Avouer,—dans
l'argot du peuple.
Accoucher de quelque chose. Divulguer
un secret; faire paraître
un livre; prendre un parti.
- ACCOUFFLER (S'). v. réfl. S'accroupir,
s'asseoir sur les talons,—dans
l'argot du peuple, qui a emprunté
ce mot aux patois du
Centre, où l'on appelle couffles
des balles de coton, sièges improvisés.
On dit aussi s'accrouer.
- ACCROCHE-CœURS, s. m. pl.
Petites mèches de cheveux bouclées
que les femmes fixent sur
chaque tempe avec de la bandoline,
pour donner du piquant à
leur physionomie.
Les faubouriens donnent le
même nom à leurs favoris,—selon
eux irrésistibles sur le beau
sexe, comme les favoris temporaux
du beau sexe sont irrésistibles
sur nous.
- ACCROCHER, v. a. Engager
quelque chose au mont-de-piété.
Argot des faubouriens.
- A CHAILLOT! Exclamation
populaire, passée dans l'argot
des drôlesses de Breda-Street, et
par laquelle on se débarrasse de
quelqu'un qui gêne.
- ACHETOIRES, s. m. pl. Argent,—dans
le même argot.
Maurice Alhoy trouvait le mot
trivial. Il est au contraire charmant
et bien construit. Montaigne
n'a-t-il pas écrit: «Je n'ai pas de
gardoire»? Garder, gardoire;
acheter, achetoires.
- ACœURER, v. a. Accommoder,
arranger de bon cœur. Argot des
voleurs.
- ACRÉE ou ACRIE, s. f. Méfiance,
cousine germaine de l'acrimonie.
Même argot.
Acrée donc! Cette interjection,
qui signifie «Tais-toi!» se jette
à voix basse pour avertir qu'un
nouvel arrivant est ou peut être
suspect. On dit aussi Nibé donc!
- ACTEUR-GUITARE, s. m. Acteur
qui ne varie pas assez ses
effets et n'obtient d'applaudissements
que dans certains rôles
larmoyants, par exemple Bouffé
et Mme Rose Chéri. Argot des
coulisses.
- ACTIONNAIRE, s. m. Homme
crédule et simple, qui s'imagine
que tout ce qu'on lui raconte est
arrivé, que toutes les offres qu'on
lui a faites sont sincères, etc.
Argot des gens de lettres.
- ADDITION, s. f. Ce que nos
6
pères appelaient la carte à payer,
ce que les paysans appellent
le compte, et les savants en goguettes
le quantum.
- ADJECTIVER QUELQU'UN, v.
a. Lui adresser des injures, qui
ne peuvent être en effet que des
adjectifs.
- ADROIT DU COUDE, adj. m.
Qui a plus l'habitude de boire
que celle de travailler. Argot du
peuple.
- AFF, s. f. pl. Apocope d'Affaires,—dans
l'argot des petites
dames.
- AFFAIRE, s. f. Vol à commettre.
Argot des prisons.
- AFFAIRE (Avoir son). Avoir
son compte, soit dans un duel,
soit dans un souper,—être presque
tué ou presque gris. Argot
du peuple.
- AFFAIRE JUTEUSE, s. f. D'un
bon rapport. Argot des Mercadets.
- AFFAIRES, s. f. pl. Se dit de
l'indisposition menstruelle des
femmes. Argot des bourgeois.
- AFFALER (S'). Tomber,—dans
l'argot du peuple.
- AFFE, s. f. La vie,—dans
l'argot des voleurs, qui me font
l'effet d'avoir à dessein confondu
avec affres, leur existence étant
un perpétuel effroi de la justice
et des gendarmes.
Eau d'affe, Eau-de-vie.
- AFFOLER, v. a. Accabler de
coups, blesser, endommager,—dans
l'argot du peuple, fidèle à
l'étymologie (à et fouler) et à la
tradition: «Vous nous affolerez
de coups, monsieur, cela est sûr,»
dit Rabelais.
«. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ce qui me console,
C'est que la pauvreté comme moi les affole,»
dit Mathurin Regnier.
- AFFOURCHER SUR SES ANCRES
(S'), v. réfl. Prendre du
repos; se retirer du service. Argot
des marins.
- AFFRANCHI, s. et adj. Corrompu,
qui a cessé d'être honnête.
Argot des voleurs.
- AFFRANCHIR, v. a. Initier un
homme aux mystères du métier
de voleur, faire d'un voyou un
grinche.
- AFFRANCHIR, v. a. Châtrer,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Couper.
- AFFRANCHISSEUR, s. m.
Homme qui rend hongres les
animaux entiers.
On dit aussi Coupeur.
- AFFRES, s. m. pl. Reproches,—dans
l'argot du peuple.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
- AFFUR, s. m. Profit,—dans
l'argot des voleurs.
Le mot vient en ligne droite de
ad furem (même signification),
qui vient lui-même du fur (voleur
de nuit), de Cicéron.
- AFFURER, v. a. Tromper,
faire un profit illicite.
- AFFUT (D'). Rusé, malin, habile.
Argot du peuple.
On dit aussi homme d'affût.
- AFFÛTER, v. a. Tromper quelqu'un,
7
le surprendre. Argot des
voleurs.
- AFFUTER SES PINCETTES.
Courir, ou seulement marcher.
Argot des faubouriens.
- AFFUTIAUX, s. m. pl. Bagatelles,
brimborions quelconques,—dans
l'argot des ouvriers, qui
ont emprunté cette expression au
patois des paysans.
- AGATE, s. f. Faïence quelconque,—dans
l'argot des voleurs.
- AGATER, v. n. Recevoir des
coups, être pris,—étrenner de
n'importe quelle façon. Argot des
faubouriens.
- AGOBILLE, s. f. Outil,—dans
l'argot des voleurs.
- AGONIR, v. n. Accabler d'injures
et de sottises. Argot des
bourgeois et du peuple.
Ne serait-ce pas une corruption
d'abonir, faire honte, un vieux
verbe français encore employé en
Normandie ainsi qu'agonir.
On dit aussi Agoniser.
- AGOUA, s. f. Eau,—dans
l'argot des canotiers, qui parlent
espagnol (agua) on ne sait pas
pourquoi.
- AGRAFER, v. a. Arrêter, consigner.
Argot des soldats et du
peuple.
Se faire agrafer. Se laisser
prendre.
- AGRIPPER, v. a. Prendre à
l'improviste, subitement. Argot
du peuple.
Signifie aussi filouter, dérober
adroitement.
Agripper (S'). Se prendre aux
cheveux avec quelqu'un.
- AHURI DE CHAILLOT, s. m.
Imbécile, homme un peu braque.
Argot des faubouriens.
(V. A Chaillot!)
- AÏ, s. m. Vin de Champagne,—dans
l'argot des vaudevillistes
de la Restauration.
- AIDE-CARGOT, s. m. Aide de
cuisine,—dans l'argot des troupiers,
par corruption d'aide-gargot.
- AIE-AIE, s. m. Omnibus,—dans
l'argot des faubouriens.
- AIGLEFIN, s. m. Chevalier
d'industrie, escroc du grand et du
petit monde, vivant aux dépens
de quiconque l'écoute.
C'est à dessein que je donne
cette orthographe, qui est aussi
véritable,—c'est-à-dire aussi
problématique,—que l'orthographe
officielle, aigrefin. Le
peuple prononce le nom comme
je l'écris: est-ce par euphonie,
est-ce par tradition? je l'ignore,
et les savants n'en savent pas
plus que moi là-dessus «Aigre
faim, faim très vive (homme
affamé)», dit Littré. Sans doute,
mais il y a eu jadis une monnaie
dite aiglefin, et les escrocs ne
sont pas moins affamés d'argent
que d'autre chose.
- AIGUILLE, s. f. Clé,—dans
l'argot des voleurs.
- AILE, s. f. Bras,—dans l'argot
des faubouriens, l'homme
étant considéré par eux comme
une oie.
On dit aussi Aileron.
- AIMANT, s. m. Embarras,
manières, épate. Même argot.
Faire de l'aimant. Faire des
8
embarras, protester hypocritement
de son amitié pour quelqu'un,
afin de l'attirer à soi.
- AIMER A CRÉDIT, s. a. Être
l'amant de cœur d'une femme
entretenue,—dans l'argot de
Breda-Street, où cependant,
«Tout en chantant Schubert et Webre,
On en vient à réaliser
L'application de l'algèbre
A l'amour, à l'âme, au baiser.»
On dit aussi Aimer à l'œil.
- AIMER QUELQU'UN COMME
SES PETITS BOYAUX, v. a. l'aimer
extrêmement.—Argot du
peuple.
On dit aussi Aimer quelqu'un
comme la prunelle de ses yeux.
- A LA CLÉ. Façon de parler
explétive des comédiens, qui entendent
fréquemment leur chef
d'orchestre leur dire: «Il
y a trois dièzes ou trois bémols
à la clé,» et qui ont retenu l'expression
sans en comprendre le
sens exact. Ainsi: Il y a des
femmes, ou des côtelettes à la clé,
signifie simplement: Il y a des
femmes,—ou des côtelettes.
- ALARMISTE, s. m. Chien de
garde. Argot des voleurs.
- ALÈNES, s. f. pl. Outils de
voleur, en général,—sans doute
à cause de leur forme subulée.
- ALENTOIR, adv. Aux environs,
alentour. Argot des voleurs.
- ALIGNER, v. n. Mettre le
couvert,—dans l'argot des
francs-maçons.
- ALIGNER (S'). Se battre en
duel,—dans l'argot des troupiers.
- ALLER (S'en). Vieillir,—dans
l'argot de Breda-Street, où l'on
s'en va aussi vite que les roses.
- ALLER A LA CHASSE AVEC UN
FUSIL DE TOILE, v. n. Mendier,
porter la besace. Argot du peuple.
- ALLER A LA COUR DES AIDES.
Se dit d'une femme qui trompe
son mari en faveur d'un ou de
plusieurs amants.
L'expression date de l'Histoire
comique de Francion.
- ALLER A L'ARCHE, v. n. Aller
chercher de l'argent. Argot
des voyous.
- ALLER A LA RETAPE, v. n.
Attendre quelqu'un sur une route
pour l'assassiner. Argot des prisons.
- ALLER A L'ASTIC. Astiquer
son fourniment. Argot des soldats.
- ALLER A NIORT, v. a. Nier,—dans
l'argot des voleurs, qui
semblent avoir lu les Contes d'Eutrapel.
- ALLER A SES AFFAIRES. Ce
que les Hébreux appellent hesich
raglaw, les Anglais to shit, les
Espagnols cagar, les Flamands
schijten, les Italiens cacare, et les
Grecs χεζειν [grec: chezein].
«Autrefois, chez le roi, on appelait
chaise d'affaires, la chaise
percée, et brevet d'affaires le privilège
d'entrer dans le lieu où le
roi est sur sa chaise d'affaires.»
- ALLER AU CARREAU, v. n.
Aller pour se faire engager,—dans
l'argot des musiciens de
9
barrières, qui chaque dimanche
ont l'habitude de se réunir sur le
trottoir de la rue du Petit-Carreau,
où les chefs d'orchestre savent
les rencontrer.
- ALLER AU PERSIL. Sortir pendant
le jour, aller se promener,—dans
l'argot des filles libres,
qui, à leur costume de grisettes
d'opéra-comique, ajoutent l'indispensable
petit panier pour
avoir l'air d'acheter... rien du
tout, le persil se donnant pour
rien chez les fruitières, mais en
réalité pour se faire suivre par
les flâneurs amoureux.
On dit également: Cueillir du
persil et Persiller.
- ALLER AU POT. Prendre dans
des dominos restants. Argot des
joueurs.
On dit aussi Fouiller au pot.
- ALLER AU SAFRAN. v. n.
Manger son bien,—dans l'argot
des bourgeois qui disent cela depuis
longtemps.
- ALLER AU TROT, v. n. Se dit—dans
l'argot des faubouriens—d'une
fille en toilette de combat
qui va «faire le boulevard».
- ALLER AU VICE. Hanter les
mauvais lieux,—dans l'argot
des bourgeois.
- ALLER AUX PRUNEAUX. Plaisanterie
qu'on fait à l'hôpital, à
tout nouveau venu qui paraît un
peu naïf; elle consiste à l'engager
à aller demander son dessert
dans une salle voisine, à tels ou
tels malades qu'on désigne. Celui
qui a l'imprudence d'aller aux
pruneaux est alors accueilli à
coups de traversin, comme l'innocent
qui va le 1er avril chez l'épicier
chercher de l'huile de cotrets
est accueilli à coups de balai.
- ALLER DE SA LARME (Y). Ne
pas craindre de se montrer ému,
au théâtre ou dans la vie, à propos
d'un événement touchant,
réel ou fictif. Argot des gens de
lettres et des faubouriens.
- ALLER EN RABATTANT. Vieillir,
sentir ses forces s'épuiser.
Argot du peuple.
- ALLER FAIRE FAIRE (S'). Expression
injurieuse—de l'argot
des bourgeois par laquelle on se
débarrasse de quelqu'un qui vous
gêne ou vous ennuie. Le second
verbe faire en remplace un autre
qui est tantôt paître, tantôt un
autre plus énergique.
- ALLER OÙ LE ROI VA A PIED.
V. Aller à ses affaires dans l'argot
du peuple.
C'est précisément pour y avoir
été que Henri III fut blessé mortellement
par Jacques Clément,
qui le frappa sur sa chaise d'affaires.
- ALLER QUE D'UNE FESSE (N').
Se dit—dans le même argot—de
quelqu'un qui n'est pas très
bien portant, ou de quelque
affaire qui ne marche pas à souhait
de celui qui l'a entreprise.
C'est l'ancienne expression,
plus noble: N'aller que d'une
aile.
- ALLER SON PETIT BONHOMME
DE CHEMIN. Aller doucement; se
conduire prudemment—pour
aller longtemps.
- ALLER SUR UNE JAMBE (Ne
pas s'en). Boire un second verre
10
ou une seconde bouteille,—dans
l'argot des ouvriers, qui
ont une manière à eux de marcher
et de faire marcher les
gens.
- ALLER VOIR DÉFILER LES
DRAGONS. Dîner par cœur,
c'est-à-dire ne pas dîner du tout,—dans
l'argot du peuple, qui se
rappelle le temps où, ne pouvant
repaître son ventre, il allait repaître
ses yeux, sous la République,
des hussards de la guillotine,
et sous l'Empire des dragons
de l'Impératrice. Qui
admire, dîne!
- ALLER VOIR MORICAUD, v. n.
Aller au Dispensaire,—dans
l'argot des filles, qui disent cela
depuis une vingtaine d'années,
par allusion au nom de M. Marécot,
sous-chef du bureau des
mœurs, chargé de statuer sur le
sort des visitées, après le rapport
du médecin visiteur M. Denis.
Elles disent aussi Aller à saint
DENIS.
Les femmes corrompues corrompent
naturellement tout—jusqu'aux
noms des gens avec
qui elles sont en contact.
- ALLEZ DONC VOUS LAVER! Interj.
de l'argot des voyous, pour
signifier: Allez-vous-en donc!
vous me gênez!
On dit aussi Allez donc vous
asseoir!
- ALLIANCES, s. f. pl. Poucettes
avec lesquelles les gendarmes
joignent les mains des malfaiteurs
pour gêner leurs mouvements.
- ALLONGER (S'). Payer, se
fendre,—dans l'argot des faubouriens.
- ALLUMÉ (Être). Être sur la
pente de l'ivresse, soit parce
qu'on a bu plus que de raison,
soit parce qu'on a trop regardé
une jolie fille. Même argot.
- ALLUMER, v. n. Exciter un
cheval à coups de fouet. Argot
des cochers.
- ALLUMER, v. a. Provoquer
l'admiration; jeter le trouble
dans le cœur d'un homme,
comme font certaines femmes
avec certains regards.
Se dit aussi du boniment que
font les saltimbanques et les
marchands forains pour exciter
la curiosité des badauds.
L'expression est vieille.
- ALLUMER, v. a. et n. Voir,
regarder,—dans l'argot des voleurs.
Allumer le miston. Regarder
quelqu'un sous le nez.
Allumer ses clairs. Regarder
avec attention.
- Allumer son pétrole, v. a.
S'enflammer l'imagination,—dans
l'argot des petites dames,
qui savent combien l'homme est
inflammable.
On dit aussi Allumer son gaz,—ce
qui, en effet, est une manière
de prendre feu.
- ALLUMEUR, s. m. Compère,
homme qui fait de fausses enchères,—dans
l'argot des habitués
de l'hôtel Drouot.
- ALLUMEUSE, s. f. Marcheuse,
dans l'argot des filles.
- ALPAGA, s. m. Habit, dans
11
l'argot des voleurs et des faubouriens.
- ALPHONSE, s. m. Nom d'homme
qui est devenu—dans l'argot
des filles—celui de tous
les hommes assez peu délicats
pour se laisser aimer et payer par
elles.
- ALPIOU, s. m. Homme qui
triche au jeu,—par allusion au
nom donné autrefois à la marque
que l'on faisait à sa carte en
jouant à la bassette.
- ALTÈQUE, ad. Beau, brave,
excellent,—dans l'argot des
voleurs, qui ont emprunté ce
mot (altus) à Virgile.
- AMADOU, s. m. «C'est dequoy
les argotiers se frottent
pour se faire devenir jaunes et
paraistre malades,»—c'est-à-dire
pour amadouer et tromper
les bonnes âmes.
- AMADOU, s. et adj. Homme
qui prend aisément feu—afin
d'être aimé, amatus. Argot du
peuple.
- AMADOUAGE, s. m. Mariage—dans
l'argot des voleurs.
- AMADOUÉ, s. m. Homme
marié.
- AMADOUER (S') v. réfl. Se
grimer pour tromper. Même
argot.
- AMANDES DE PAIN D'ÉPICE, s.
f. pl. Dents noires et rares.
Argot des faubouriens.
L'expression a été employée
par le duc de Grammont-Caderousse
qui, le soir de la 1re représentation
du Cotillon, au
Vaudeville, avait cassé trois
dents à un quidam.
- AMANT DE CARTON, s. m.
Amant sans conséquence,—dans
l'argot des petites dames.
- AMANT DE CœUR, s. m. Jeune
monsieur qui aime une jeune
dame aimée de plusieurs autres
messieurs, et qui, le sachant, ne
s'en fâche pas,—trouvant au
contraire très glorieux d'avoir
pour rien ce que ses rivaux achètent
très cher. C'est une variété
du Greluchon au XVIIIe siècle.
On disait autrefois: Ami de
cœur.
- AMATEUR, s. m. Bourgeois,—dans
l'argot des troupiers.
- AMATEUR, s. m. Homme du
monde qui ne fait pas payer sa
copie. Argot des gens de lettres.
- AMBASSADEUR, s. m. Cordonnier—dans
l'argot des
voyous.
Se dit aussi pour Souteneur de filles.
- AMBES, s. f. pl. Les jambes—dans
l'argot des voleurs, qui
serrent de près une étymologie: αμφω [grec: amphô] en grec, ambo en latin,
d'où ambes dans l'ancien langage
français,—trois mots qui ont
la même signification, deux: les
jambes vont par paire.
- AMBIER, v. n. Fuir, jouer des
ambes.
- AMÉRICAIN, s. m. Compère
du jardinier dans le vol appelé
charriage.
- AMÉRICAINE, s. f. Voiture découverte
à quatre roues. Argot
des carrossiers.
12
- AMICABLEMENT, adv. Avec
plaisir, affectueusement, de bonne
amitié,—dans l'argot du peuple,
dont les bourgeois auraient
tort de rire. Je ne conseille à
personne de cesser de prononcer
amicalement; mais je trouve
qu'en prononçant amicablement,
les ouvriers serrent de plus près
l'étymologie, qui est amicabilis,
amicable. Amicabilem operam
dare, dit Plaute, qui me rend un
service d'ami en venant ainsi à la
rescousse.
- AMIS COMME COCHONS, s. m.
pl. Inséparables.
- AMITEUX, adj. Amical, aimable,
doux, bon.
- AMOCHER, v. a. Blesser, meurtrir.
Argot des faubouriens.
S'amocher la gueule. Se meurtrir
mutuellement le visage à
coups de poing.
- AMOUR D'HOMME, s. m.
Homme dont raffolent les femmes—dans
l'argot de Breda-Street,
où M. Taine devrait bien aller
faire son cours d'esthétique, car
on y a des idées biscornues sur
la beauté et sur l'amour.
- AMUNCHE, s. m. Ami,—dans
l'argot des voleurs.
- AMUSATIF, adj. Drôle, plaisant,
amusant,—dans l'argot
des faubouriens.
- AMUSER A LA MOUTARDE (S'),
v. réfl. Se laisser distraire de son
devoir ou de sa besogne par des
niaiseries, des frivolités—dans
l'argot du peuple, qui trouve sans
doute que la vie pourrait se
passer de ces condiments.
- ANCIEN, s. m. Élève de première
promotion,—dans l'argot
des Saint-Cyriens et des
Polytechniciens.
- ANDALOUSERIE, s. f. Romance
mi-cavalière, mi-sentimentale,
comme on en chante dans
les cafés-concerts, et où il est
toujours question du «beau ciel
de l'Andalousie», des «beaux
yeux des brunes Andalouses»,
et où le héros s'appelle toujours
Pédro et l'héroïne Paquita. Argot
des bourgeois.
- ANDOUILLE, s. m. Homme
sans caractère, sans énergie,—dans
l'argot du peuple, qui emprunte
volontiers ses comparaisons
à la charcuterie.
- ANGE GARDIEN, s. m. Homme
dont le métier—découvert, ou
tout au moins signalé pour la
première fois par Privat d'Anglemont—consiste
à reconduire
les ivrognes à leur domicile
pour leur éviter le désagrément d'être
écrasés ou dévalises—par d'autres.
- ANGLAIS, s. m. Créancier,—dans
l'argot des filles et des
bohèmes, pour qui tout homme
à qui l'on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très
évidemment, puisqu'il se trouve
dans Marot; mais très évidemment
aussi, il a fait le plongeon
dans l'oubli pendant près de trois
cents ans, puisqu'il ne paraît
être en usage à Paris que depuis
une trentaine d'années.
- ANGLAIS, s. m. Entreteneur,—dans
l'argot des petites dames,
qui donnent ce nom à tout
galant homme tombé dans leurs
13
filets, qu'il soit né sur les bords
de la Tamise ou sur les bords
du Danube. Elles ajoutent à leur
manière des pages nombreuses
à notre livre des Victoires et
Conquêtes.
- ANGLAIS (Avoir ses). Avoir
ses menses,—dans l'argot des
filles, qui font ainsi allusion à la
couleur de l'uniforme des soldats
d'Albion.
Elles disent aussi: Les Anglais
ont débarqué.
- ANGLAISE, s. f. Écot, part de
chacun dans une affaire ou dans
un dîner. Argot des saltimbanques.
Faire une anglaise. Payer chacun
son écot.
- ANGLAISE, s. f. Jeu de gouapeurs
qui consiste à jeter les
sous de chacun et à garder pour
soi les faces; un second prend
les piles qui restent et rejette, etc.
Jouer à l'anglaise. Jouer aux sous.
- ANGLUCE, s. f. Oie,—dans
l'argot des voleurs.
- ANGOULÊME, s. f. La bouche—dans
l'argot des voleurs, qui
ont emprunté ce mot à l'argot du
peuple, par corruption du verbe
français engouler, avaler, et non,
comme le voudrait M. Francisque
Michel, par une allusion plus ou
moins ingénieuse et plus ou
moins fondée à la réputation de
goinfrerie de la capitale de l'Angoumois.
- ANGUILLE, s. f. Ceinture,—dans
l'argot des voleurs.
- ANGUILLE, s. f. Fouet à sabot,—dans
l'argot des enfants.
- ANONCHALI, adj. Découragé,
abattu par l'ennui ou le chagrin—dans
l'argot du peuple, fidèle
à la tradition du vieux langage.
- ANSE, s. f. Bras,—dans
l'argot des faubouriens.
Offrir son anse. Offrir son
bras.
Faire le panier à deux anses. Se
promener avec une femme à
chaque bras.
- ANSES, s. f. pl. Oreilles,—parce
qu'elles sont de chaque
côté de la tête comme les anses
de chaque côté d'un pot.
- ANTIF, s. m. Marche,—dans
l'argot des voleurs.
Battre l'antif. Marcher. Signifie
aussi Tromper, dissimuler.
- ANTIFFE, s. f. Eglise,—dans
le même argot.
On dit aussi Antiffle et Antonne.
- ANTIFFLER, v. n. Se marier à
l'église.
- ANTIPATHER, v. a. Avoir de
l'aversion, de l'antipathie pour
quelqu'un ou pour quelque chose.
Argot des lorettes et des bourgeoises.
Le mot est de Gavarni.
- ANTIQUE, s. m. Élève qui sort
de l'Ecole. Argot des Polytechniciens.
- ANTONISME, s. m. Maladie
morale introduite dans nos
mœurs par Alexandre Dumas,
vers 1831, époque de la première
représentation d'Antony,
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et qui consistait à se poser en
homme fatal, en poitrinaire, en
victime du sort, le tout avec
de longs cheveux et la face
blême. Cette maladie, combattue
avec vigueur par le ridicule,
ne fait presque plus de ravages
aujourd'hui. Cependant il y a
encore des voltigeurs du Romantisme
comme il y a eu des voltigeurs
de la Charte.
- ANTONY, s. m. Un nom
d'homme qui est devenu un
type, celui des faux poitrinaires
et des poètes incompris.
- APASCLINER (S'), v. réfl. S'acclimater,—dans
l'argot des voleurs.
(V. Paclin.)
- APIC, s. m. Ail,—dans le
même argot.
- APLOMBER, v. a. Étonner,
étourdir par son aplomb. Même
argot.
- APOPLEXIE DE TEMPLIER, s.
f. Coup de sang provoqué par
une ingestion exagérée de liquide
capiteux. Argot du peuple.
- APOTHICAIRE SANS SUCRE, s.
m. Ouvrier qui est mal outillé;
marchand qui est mal fourni des
choses qui concernent son commerce.
- APÔTRES, s. m. pl. Les doigts
de la main,—dans l'argot des
voleurs, qui font semblant d'ignorer
que les disciples du
Christ étaient douze.
- APPAREILLER, v. n. Sortir, se
promener,—dans l'argot des
marins.
- APPAS, s. m. pl. Gorge de
femme,—dans l'argot des bourgeois.
- APPELER AZOR, v. a. Siffler
un acteur comme on siffle un
chien. Argot des comédiens.
- APPLIQUE, s. f. Partie de décors
qui se place à l'entrée des
coulisses, sur les portants. Même
argot.
- APPRENTI, s. m. Premier
grade de la maçonnerie symbolique.
- APPRENTIF, s. m. Jeune garçon
qui apprend un métier,—dans
l'argot du peuple, fidèle à
l'étymologie (Apprehendivus) et
à la tradition: «Aprentif jugleor
et escrivain marri,» dit le Roman
de Berte.
- APPUYER, v. a. et n. Abaisser
un décor, le faire descendre
des frises sur la scène. Argot des
coulisses. (V. Charger.)
- APPUYER SUR LA CHANTERELLE,
v. n. Toucher quelqu'un
où le bât le blesse; prendre la
cigale par l'aile: insister maladroitement
sur une chose douloureuse,
souligner une recommandation.
Argot du peuple.
- AQUIGER, v. a. Prendre,—dans
l'argot des faubouriens.
Cependant ils disent plus volontiers
quiger, et quelquefois ils
étendent le sens de ce verbe
selon la nécessité de leur conversation.
- AQUIGER, v. a. Battre, blesser,—dans
l'argot des voleurs.
- AQUIGER, v. a. Faire,—dans
le même argot.
Aquiger les brêmes. Faire une
15
marque aux cartes à jouer, pour
les reconnaître et les filer au besoin.
- ARABE, s. et adj. Homme
dur, inexorable,—dans l'argot
du peuple, qui se sert de cette
expression depuis plus d'un
siècle.
- ARBALÈTE, s. f. Croix de
femme, dite à la Jeannette. Argot
des voleurs.
Arbalète d'antonne. Croix d'église.
Ils disent aussi Arbalète de chique,
arbalète de priante.
- ARBIF, s. m. Homme violent,
en colère, qui se rebiffe. Même
argot.
- ARCASIEN ou Arcasineur,
s. m. Voleur qui se sert de l'arcat
pour escroquer de l'argent
aux personnes timides autant que
simples.
On dit aussi Arcase.
- ARCAT, s. m. Escroquerie
commise au moyen de lettres de
Jérusalem. (V. ce mot.)
- ARCHE DE NOÉ, s. f. L'Académie
française,—dans l'argot
des faubouriens, qui ne se doutent
pas qu'ils se permettent une
impertinence inventée par Claude
Le Petit, un poète brûlé en
Grève pour moins que cela.
- ARCHIPOINTU, s. m. Archevêque.—dans
l'argot des voleurs,
qui ont trouvé plaisant de
travestir ainsi le mot archi-épiscopus.
- ARCHI-SUPPÔT DE L'ARGOT,
s. m. Docteur ès filouteries.
- ARÇONNER, v. a. Parler à
quelqu'un, l'apostropher, le forcer
à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé
ce mot dans le même sens,
en l'écrivant ainsi: arresoner; je
l'ai cherché en vain dans les dictionnaires.
D'un autre côté, les
voleurs disent: Faire l'arçon,
pour signifier: Faire le signal de
reconnaissance ou d'avertissement,
qui est, paraît-il, le bruit
d'un crachement et le dessin d'un
C sur la joue droite, près du
menton, avec le pouce de la
main droite.
- ARCPINCER ou Arquepincer,
v. a. Prendre, saisir quelqu'un
ou quelque chose. Argot des
faubouriens.
- ARDENT, s. m. Chandelle,—dans
l'argot des voleurs, qui ont
emprunté cette expression, avec
tant d'autres, à l'argot des Précieuses.
- ARDENTS, s. m. pl. Les yeux,—dans
le même argot.
- ARGENT MIGNON, s. m. Argent
destiné à satisfaire des curiosités
ou des vanités,—dans
l'argot des bourgeoises, à qui le
superflu est nécessaire, et qui,
plutôt que de s'en passer, le demanderaient
à d'autres qu'à leur
mari.
- ARGOT, s. m. Imbécile,—dans
le langage des voleurs.
- ARGOTIER, s. m. Voleur,—dont
l'argot est la langue naturelle.
- ARGUCHE, s. m. Argot.
Arguche, arguce, argutie. Nous
sommes bien près de l'étymologie
16
véritable de ce mot tant controversé:
nous brûlons, comme
disent les enfants.
- ARGUEMINE, s. f. Main,—dans
l'argot des voleurs.
- ARISTO, s. des deux g. Apocope
d'Aristocrate, qui, depuis
1848, signifie Bourgeois. Réactionnaire,
etc.,—dans l'argot
des faubouriens, qui ne se doutent
pas que ce mot signifie le
meilleur, l'excellent, αριστος [grec: aristos].
Ils disent aristo pour aristocrate,
comme sous la Fronde les
pamphlétaires disaient Maza pour
Mazarin.
- ARLEQUIN, s. m. Plat à l'usage
des pauvres, et qui, composé
de la desserte des tables
des riches, offre une grande variété
d'aliments réunis, depuis le
morceau de nougat jusqu'à la
tête de maquereau. C'est une
sorte de carte d'échantillons culinaires.
- ARMÉE ROULANTE, s. f. La
chaîne des forçats,—supprimée
depuis une cinquantaine d'années.
- ARNACHE, s. m. Agent de police,—dans
l'argot des voleurs.
- ARNACHE, s. f. Tromperie,
trahison, dans l'argot des voyous.
A l'arnache. En trompant de
toute manière.
Être à l'arnache. Être rusé,
tromper les autres et ne jamais
se laisser tromper par eux.
- ARNAU, s. m. Mauvaise humeur,—dans
l'argot des voleurs
et des faubouriens.
C'est une contraction de Renauder.
- ARNELLE, n. de l. Rouen,—dans
l'argot des voleurs.
- ARNELLERIE, s. f. Rouennerie.
- ARPAGAR, n. de l. Arpajon,
près Paris,—dans le même argot.
- ARPIONS, s. m. pl. Les pieds
de l'homme, considérés—dans
l'argot des faubouriens—comme
griffes d'oiseau, à cause de leurs
ongles que les gens malpropres
ne coupent pas souvent.
- ARQUER (S'). Se courber en
vieillissant. Argot du peuple.
- ARRACHER DU CHIENDENT,
v. n. Chercher pratique, ou plutôt
victime,—dans l'argot des
voleurs, qui n'exercent ordinairement
que dans les lieux déserts.
- ARRACHER SON COPEAU, v.
a. Travailler courageusement,
faire n'importe quelle besogne
avec conscience. Argot des ouvriers.
- ARRÊTER LES FRAIS, v. a. Interrompre
un récit; laisser une
affaire en train; renoncer à poursuivre
une entreprise au bout de
laquelle on ne voit que de l'ennui.
Argot du peuple.
- ARROSER SES GALONS, v. a.
Offrir à boire à ses camarades
quand on est reçu sous-officier.
Argot des soldats.
- ARROSER UN CRÉANCIER, v.
a. Lui donner un acompte,—dans
l'argot des bohèmes, assez
mauvais jardiniers.
- ARROSEUR DE VERDOUZE, s.
m. Jardinier, dans l'argot des voleurs.
17
- ARSENAL, s. m. Arsenic,—dans
le même argot.
- ARSOUILLE, s. m. Homme
canaille par ses vêtements, ses
mœurs, son langage. Argot du
peuple.
Milord L'Arsouille. Tout homme
riche qui fait des excentricités
crapuleuses.
- ARSOUILLER, v. a. et n. Engueuler,—dans
l'argot des faubouriens.
- ARTHUR. Amant de cœur,—dans
l'argot de Breda-Street.
- ARTHURINE, s. f. Femme légère,—la
femelle naturelle de
l'Arthur. Argot du peuple.
- ARTICLIER, s. m. Homme de
lettres parqué dans la spécialité
des articles de petits journaux.
Le mot a été créé par H. de Balzac.
- ARTIE, s. m. Pain,—dans
l'argot des voleurs, d'aujourd'hui
et d'autrefois, ainsi qu'il résulte
du livre d'Olivier Chéreau, le
Langage de l'Argot réformé, publié
au XVIe siècle.
Artie de Meulan. Pain blanc.
Artie de Gros-Guillaume. Pain
noir.
Artie de Grimault. Pain chanci.
On dit aussi Arton et Lartie.
- ARTILLEUR, s. m. Ivrogne,
homme qui boit beaucoup de canons.
Argot des ouvriers.
- ARTILLEUR A GENOUX, s. m.
Infirmier militaire,—dans l'argot
du peuple, qui a entendu
parler des mousquetaires à genoux
des siècles précédents.
On dit aussi Artilleur de la pièce
humide.
- ARTISTE, s. m. Médecin vétérinaire,—dans
l'argot des faubouriens
et des paysans.
- ARTON. V. Artie.
- AS DE CARREAU, s. m. Le sac
du troupier, à cause de sa forme.
On l'appelle aussi Azor,—à
cause de la peau de chien qui le
recouvre.
- AS DE CARREAU, s. m. Le
ruban de la Légion d'honneur,—dans
l'argot des voleurs, qui
font allusion à la couleur de cette
décoration.
- ASINVER, v. a. Abêtir quelqu'un,—dans
l'argot des voleurs,
pour qui les honnêtes gens
sont des sinves.
- ASPERGE MONTÉE, s. f. Personne
d'une grandeur démesurée
et, avec cela, maigre. Argot du
peuple.
- ASPIC, s. m. Avare,—dans
l'argot des voleurs.
- ASPIC, s. m. Mauvaise langue,
bavard indiscret. Argot du peuple.
- ASSEOIR (S'). Tomber.
Envoyer quelqu'un s'asseoir. Le
renverser, le jeter à terre. Signifie
aussi se débarrasser de lui, le
congédier.
- ASSISTER, v. a. Porter le pagne
à un détenu,—dans l'argot des
voleurs et des filles.
- ASSOCIÉE, s. f. Femme légitime.
Argot des typographes.
- ASSOMMOIR, s. m. Nom d'un
cabaret de Belleville, qui est devenu
celui de tous les cabarets de
bas étage, où le peuple boit des
18
liquides frelatés qui le tuent,—sans
remarquer l'éloquence sinistre
de cette métaphore, que
les voleurs russes semblent lui
avoir empruntée, en la retournant
pour désigner un gourdin sous le
nom de vin de Champagne.
- ASTEC, s. m. Avorton, homme
chétif,—dans l'argot du peuple.
Adversaire méprisable,—dans
l'argot des gens de lettres.
C'est un souvenir du passage
à Paris, il y a quelques années,
de ces petits monstres mexicains
exhibés sous le nom d'Aztecs.
- ASTIC, s. f. Epée,—dans l'argot
des voleurs, qui ne se doutent
pas que ce mot vient
de l'allemand stich, chose pointue,
dont on a fait estic, puis
astic, et même asti.
- ASTIC, s. m. Tripoli,—dans
l'argot des troupiers, qui s'en
servent avec un mélange de savon,
d'eau-de-vie et de blanc
d'Espagne, pour nettoyer les
cuivres de leur fourniment.
D'où Aller à l'astic.
- ASTICOT, s. m. Vermicelle,—dans
l'argot des faubouriens.
- ASTICOTER, v. a. Harceler
quelqu'un, le contrarier, le piquer
par des injures ou seulement
par des épigrammes, ce
qui est le forcer à un mouvement
vermiculaire désagréable.
Argot du peuple.
- ASTIQUER (S'), v. réfl. Se
chamailler de paroles avant d'en
venir aux voies de fait.
On dit aussi Astiquer quelqu'un,
dans le sens d'Agacer.
- ATELIER, s. m. L'endroit où
l'on se réunit—dans l'argot des
francs-maçons.
- ATIGER, v. a. Blesser quelqu'un
avec une arme quelconque.
Argot des prisons.
- ATOUSER, v. a. Encourager
quelqu'un, lui donner de l'atout.
Même argot.
- ATOUT, s. m. Courage,—parce
que souvent au jeu de cartes,
l'atout c'est du cœur.
- ATOUT, s. m. Aplomb, acquis,
assurance,—dans l'argot du
peuple qui sait par expérience
que les gens de cœur marchent
volontiers le front haut, comme
défiant les lâches.
- ATOUT, s. m. Coup plus ou
moins grave que l'on reçoit en
jouant—maladroitement—des
poings avec quelqu'un.
- ATOUT, s. m. Estomac,—dans
l'argot des voleurs.
- ATOUT, s. m. Argent, monnaie,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi capacités, talents.
- A TOUT CASSER. Extrêmement,—dans
l'argot du peuple.
- ATTACHE, s. f. Boucle,—dans
l'argot des voleurs.
Attaches d'huile. Boucles de souliers en argent.
Attaches d'Orient. Boucles en or.
- ATTAQUE (Être d'). v. s. Être
solide, montrer du sang-froid, du
courage, de la résolution dans
une affaire. Argot du peuple.
Y aller d'attaque. Commencer
19
une chose avec empressement,
avec enthousiasme.
- ATTENDRIR (S'), v. réfl. Arriver
à cette période de l'ivresse
où l'on sent des flots de tendresse
monter du cœur aux
lèvres. Argot des faubouriens.
- ATTRAPE, s. f. Plaisanterie,
mensonge,—dans l'argot du
peuple, qui disait cela du temps
de Calvin.
On dit aussi Graine d'attrape.
- ATTRAPER, v. a. Engueuler,—dans
le même argot.
Se faire attraper. Recevoir, sans
l'avoir demandée, une bordée
d'injures poissardes.
- ATTRAPER, v. a. Éreinter un
livre ou un confrère. Argot des
journalistes.
- ATTRAPER, v. a. Siffler. Argot
des coulisses.
Se faire attraper. Recevoir des
pommes crues et des sifflets.
- ATTRAPER L'OGNON, v. a. Recevoir
un coup destiné à un autre;
payer pour ceux qui ont
oublié leur bourse, argot des
faubouriens.
On dit aussi Attraper le haricot
ou la fève,—sans doute par
allusion au haricot ou à la fève
qui se trouve dans le gâteau des
rois, et qui met celui à qui elle
échoit dans la nécessité de payer
sa royauté.
- ATTRAPE-SCIENCE, s. m.
Apprenti,—dans l'argot des
typographes.
- ATTRIMER, v. a. Prendre,
Saisir. Argot des voleurs.
- ATTRIQUER, v. a. Acheter
des effets volés.
- ATTRIQUEUSE, s. f. Femme
qui achète des objets volés.
- AUBERT, s. m. Argent,—dans
l'argot des voleurs qui connaissent
leur Villon, ou dont les
ancêtres faisaient monnaie avec
les mailles des hauberts, comme
les enfants avec les loques de
cuivre.
- AUTEL, s. m. La table devant
laquelle est assis le vénérable.
Argot des francs-maçons.
- AUTEL DE PLUME, s. m. Le
lit,—dans l'argot du peuple,
qui dit cela depuis longtemps,
comme le témoigne ce couplet
d'une vieille chanson que nos
grand'mères chantaient, en s'accompagnant
de l'épinette, sur
l'air de Le démon malicieux et fin:
«A Damon vous avez tout permis
Pour l'hymen qu'il vous avait promis;
Mais, Iris, savez-vous la coutume?
Avez-vous pu l'en croire à son serment?
Ceux que l'on fait sur un autel de plume
Sont aussitôt emportés par le vent!»
- AUTEUR, s. m. Père ou mère,—dans
l'argot des faubouriens
et des vaudevillistes.
- AUTEUR BEURRIER, s. m.
Ecrivain dont les productions ne
se vendent pas en livres, aux
lecteurs, mais à la livre, à la
fruitière ou à l'épicier, qui en
enveloppent leurs produits.
- AUTOMÉDON, s. m. Cocher,—dans
l'argot des académiciens
et des vaudevillistes de l'école
20
Scribe, qui se souviennent de
l'écuyer d'Achille.
- AUTOR ET D'ACHAR (D'). Apocope
d'Autorité et d'Acharnement,
qu'on emploie,—dans l'argot
des faubouriens,—pour signifier:
Vivement, sans répliquer,
en grande hâte.
- AUTRE PAIRE DE MANCHES
(C'est une). C'est une autre
affaire.
Expression populaire usitée
dès le milieu du XVIIIe siècle.
- AUVERPIN, s. m. Auvergnat,—dans
l'argot des faubouriens,
qui donnent ce nom à tous les
charbonniers et à tous les commissionnaires.
- AVALÉ LE PÉPIN (Avoir). Être
enceinte,—par allusion à la fameuse
pomme dans laquelle on
prétend que notre mère Eve a
mordu.
- AVALER DES COULEUVRES,
v. a. Eprouver des déceptions;
essuyer des mortifications. Argot
du peuple.
- AVALER LE LURON, v. a.
Communier,—dans l'argot des
voleurs, qui appellent la sainte
hostie le luron, sans doute après
l'avoir appelée le Rond.
- AVALER SA CUILLER, v. a.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Avaler sa fourchette,
avaler sa gaffe et avaler sa
langue.
- AVALER SON POUSSIN, v. a.
Recevoir une réprimande, être
congédié. Argot des peintres en
bâtiment.
- AVALÉ UNE CHAISE PERCÉE
(Avoir). Se dit dans l'argot des
faubouriens,—à propos de
quiconque a l'haleine homicide.
- AVALOIR, s. m., ou Avaloire,
s. f. Le gosier,—dans l'argot
des faubouriens, dont les pères
ont chanté:
«Lorsque la cruelle Atropos
Aura tranché mon avaloire,
Qu'on dise une chanson à boire!»
- AVANTAGES, s. m. pl. La
gorge des femmes,—dans l'argot
des bourgeois.
- AVANT-COURRIER, s. m.
Mèche anglaise à percer. Argot
des voleurs.
- AVANT-SCÈNES, s. f. pl. La
poitrine, lorsqu'elle fait un peu
saillie en avant du buste,—dans
l'argot des petites dames.
Balzac a dit Avant-cœur.
- AVEINDRE, v. a. Aller prendre
un objet placé sur un meuble
quelconque, mais un peu élevé,—dans
l'argot du peuple qui a
parfois l'honneur de parler comme
Montaigne.
Je sais bien que Montaigne se
souciait peu d'écrire correctement;
en tout cas, il avait
raison, et le peuple aussi, d'employer
ce verbe—que ne peut
pas du tout remplacer atteindre,—car
il vient bel et bien d'advenire.
- AVÈNE, s. f. Avoine,—dans
l'argot des faubouriens, qui s'obstinent
à parler plus correctement
le français que les gens du bel
air: Avène ne vient-il pas d'avena.
21
- AVERGOT, s. m. Œuf,—dans
l'argot des voleurs.
- AVERTINEUX, adj. m. Homme
difficile à vivre, d'un caractère
ombrageux à l'excès,—dans
l'argot du peuple, qui ne se doute
pas qu'avertineux vient d'avertin,
et qu'avertin vient d'avertere
(a indiquant éloignement et
vertere, tourner), «mal qui détourne
l'esprit».
- AVESPRIR, v. n. Faire nuit,—dans
le même argot, où l'on
retrouve une multitude de vieilles
formules pittoresques et étymologiques.
Avesprir! Vous voyez
aussitôt se lever à l'horizon
l'Etoile de Vénus,—Vesper est
venu!
- AVOCAT BÉCHEUR, s. m. Ouvrier
qui médit de ses compagnons,
absents ou présents. Argot
des typographes.
C'est aussi le nom que les voleurs
donnent au procureur de la
République.
- AVOINE, s. f. Coups de fouet
donnés à un cheval pour l'exciter.
Argot des charretiers.
- AVOIR A LA BONNE, v. a.
Avoir de l'amitié ou de l'amour
pour quelqu'un. Argot du peuple.
- AVOIR CELUI, v. a. Avoir
l'honneur de...,—dans l'argot
des bourgeois.
- AVOIR DE CE QUI SONNE. Être
riche,—dans l'argot du peuple.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
- AVOIR DANS LE NEZ, v. a.
Ne pas pouvoir sentir quelqu'un
ou quelque chose.
- AVOIR DANS LE VENTRE. Être
capable de...,—dans l'argot
des gens de lettres.
- AVOIR DE BEAUX CHEVEUX, v.
a. Se dit ironiquement de quelqu'un
qui est mal mis, ou de
quelque chose qui est mal fait.
Argot des bourgeois.
- AVOIR DE LA CHANCE AU BATONNET,
v. a. N'être pas heureux
en affaires ou en amour.
Ironiq.—Argot des faubouriens.
On dit aussi Pas de chance au bâtonnet!
- AVOIR DE L'ANIS DANS UNE
ÉCOPE. Façon de parler ironique,
du même argot, où on
l'emploie pour répondre à une
demande indiscrète ou à un désir
impossible à satisfaire. T'auras
d'l'anis dans une écope équivaut à
Du vent!
- AVOIR DES AS DANS SON JEU,
v. n. Avoir du bonheur, de la
chance dans ses entreprises. Argot
du peuple.
N'avoir plus d'as dans son jeu.
Avoir tout perdu, famille, affection,
fortune, en être réduit à
mourir.
- AVOIR DES MOTS AVEC QUELQU'UN,
v. a. Se fâcher avec lui.
Avoir des mots avec la Justice.
Être traduit en police correctionnelle.
- AVOIR DU BEURRE SUR LA
TÊTE, v. a. Avoir commis quelques
méfaits plus ou moins graves,—dans
l'argot des voleurs,
qui ont certainement entendu
citer le proverbe juif: «Si vous
22
avez du beurre sur la tête, n'allez
pas au soleil: il fond et
tache.»
- AVOIR DU CHIEN DANS LE
VENTRE. v. a. Être hardi, entreprenant,
téméraire, fou même,
comme un chien enragé. Argot
du peuple.
- AVOIR DU PAIN SUR LA
PLANCHE. Avoir des économies
ou des rentes. Argot des bourgeois.
- AVOIR DU SABLE DANS LES
YEUX. Avoir envie de dormir.
On dit aussi: Le marchand de sable a passé.
- AVOIR LAISSÉ LE POT DE
CHAMBRE DANS LA COMMODE.
Avoir l'haleine homicide. Argot
des voyous.
- AVOIR LE BRAS LONG. Être en
position de rendre des services
importants, de protéger des inférieurs
et même des égaux.
- AVOIR LE COMPAS DANS
L'œIL, v. a. Voir juste; calculer
exactement; apprécier sainement.
- AVOIR LE CASQUE, v. a.
Avoir un caprice pour un homme,—dans
l'argot des filles.
- AVOIR LE FRONT DANS LE
COU. Être chauve comme l'Occasion,—dans
l'argot des faubouriens.
- AVOIR LE POUCE ROND, v. a.
Être adroit,—dans l'argot du
peuple, qui a constaté depuis
longtemps l'adresse avec laquelle
les voleurs mettent le pouce sur
la pièce d'argent qu'ils veulent
voler.
- AVOIR LES CÔTES EN LONG.
Être paresseux.
On dit aussi Avoir les côtes en
long comme les loups, qui en effet
ne peuvent pas, à cause de cela,
se retourner facilement. Ne pas
pouvoir se retourner, ne savoir
pas se retourner, c'est la grande
excuse des paresseux.
- AVOIR L'ESTOMAC DANS LES
MOLLETS. Avoir très grand'faim.
Argot du peuple.
On dit aussi Avoir l'estomac
dans les talons.
- AVOIR L'ÉTRENNE. Être le
premier à faire ou à recevoir une
chose.
- AVOIR L'OREILLE DE LA COUR.
Être écouté avec une faveur marquée
par les juges. Argot des
avocats.
- AVOIR LA PEAU TROP COURTE,
v. a. Faire, en dormant, des sacrifices
au dieu Crépitus,—dans
l'argot du peuple, qui croit
que le corps humain n'a pas une
couverture de chair suffisante, et
que lorsque l'hiatus de la bouche
se ferme, l'hiatus opposé doit s'ouvrir,
d'où l'action de crepitare.
- AVOIR MAL AU BRÉCHET, v.
n. Souffrir de l'estomac. Argot
du peuple.
- AVOIR MAL AUX CHEVEUX, v.
n. Avoir mal à la tête, par suite
d'excès bachiques. Argot des
faubouriens.
- AVOIR MANGÉ DE L'OSEILLE.
Être d'un abord désagréable, rébarbatif;
avoir la parole aigre,
être grincheux. Argot du peuple.
23
- AVOIR MANGÉ SES PIEDS.
Puer de la bouche,—dans l'argot
des faubouriens.
- AVOIR PAS INVENTÉ LE FIL A
COUPER LE BEURRE (N'). Être
simple d'esprit, et même niais.
On dit aussi N'avoir pas inventé
la poudre.
- AVOIR PAS SA LANGUE DANS
SA POCHE (N'). Être prompt à
la riposte; savoir parler. Argot
du peuple.
- AVOIR SA CLAQUE (En). Avoir
assez bu ou assez mangé, c'est-à-dire
trop mangé ou trop bu.
Argot des faubouriens.
- AVOIR SA CÔTELETTE, v. a.
Être chaleureusement applaudi,—dans
l'argot des comédiens.
- AVOIR SON CAILLOU. Commencer
à se griser,—dans l'argot
des faubouriens.
- AVOIR SON PAIN CUIT. Être
rentier,—dans l'argot du
peuple. Être condamné à mort,—dans
l'argot des voleurs.
- AVOIR TOUJOURS DES BOYAUX
VIDES, v. a. Avoir toujours faim,—dans
l'argot du peuple.
- AVOIR UNE ARAIGNÉE DANS
LE PLAFOND, v. a. Être fou, maniaque,
distrait. Argot de Breda-Street.
- AVOIR UNE CHAMBRE A LOUER.
Être un peu fou et en tout cas
très excentrique,—dans l'argot
du peuple, qui suppose que la
déraison peut être produite chez
l'homme par la vacuité de l'un
des compartiments du cerveau, à
moins qu'il ne veuille faire allusion
au déménagement du bon
sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.
- AVOIR UNE CRAMPE AU PYLORE.
Avoir grand appétit,—dans
l'argot des faubouriens.
- AVOIR UNE ÉCREVISSE DANS
LA TOURTE, v. a. Être fou, non
à lier, mais à éviter.
On dit aussi Avoir une écrevisse
dans le vol-au-vent, et Avoir
une hirondelle dans le soliveau.
- AVOIR UNE TABLE D'HÔTE
DANS L'ESTOMAC, manger goulûment
et insatiablement.
- AVOIR VU LE LOUP. Se dit,—dans
l'argot du peuple,—de
toute fille qui est devenue
femme sans passer par l'église et
par la mairie.
- AZOR, s. m. Nom de chien
qui est devenu celui de tous les
chiens,—dans le même argot.
V. Appeler Azor.
24
25
B
- BABILLARD, s. m. Confesseur,—dans
l'argot des voleurs.
Ils donnent aussi ce nom à tout Livre imprimé.
- BABILLARDE, s. f. Montre.
- BABILLARDS, s. f. Lettre.
On dit aussi Babille.
- BABILLAUDIER, s. m. Libraire,
vendeur de babillards.
- BABILLER, v. a. Lire.
- BABINES, s. f. pl. La bouche,—dans
l'argot du peuple, pour
qui sans doute l'homme n'est
qu'un singe perfectionné.
S'en donner par les babines. Manger
abondamment et gloutonnement.
S'en lécher les babines. Manifester
le plaisir en parlant ou en
entendant parler de quelque chose
d'agréable,—bon dîner ou belle
fille.
- BABOUE, s. f. Grimace, mines
plaisantes comme en fait la nourrice
pour amuser le nourrisson.
Faire la baboue. Faire la grimace.
L'expression se trouve dans
Rabelais—et sur les lèvres du
peuple.
- BABOUIN ou Baboua, s. m.
Petit bouton de fièvre ou de malpropreté,
qui vient à la bouche,
sur les babines.
Le babouin était autrefois une
figure grotesque que les soldats
charbonnaient sur les murs du
corps de garde et qu'ils faisaient
baiser, comme punition, à ceux
de leurs camarades qui avaient
perdu au jeu ou à n'importe quoi.
On comprend qu'à force de baiser
cette image, il devait en rester
quelque chose aux lèvres,—d'où,
par suite d'un trope connu,
le nom est passé de la cause à
l'effet.
- BAC, s. m. Apocope de Baccarat,—dans
l'argot des petites dames.
Tailler un petit bac. Faire une
partie de baccarat.
- BACCHANAL, s. m. Vacarme,
tapage fait le plus souvent dans
26
les cabarets, lieux consacrés à
Bacchus. Argot du peuple.
- BACCON, s. m Porc,—dans
l'argot des voleurs. Bacon, lard,
dans le vieux langage.
- BACHASSE, s. f. Travaux forcés.
Même argot.
- BACHELIÈRE, s. f. Femme du
quartier latin, juste assez savante
pour conduire un bachot en Seine—et
non en Sorbonne.
- BACHOT, s. m. Apocope de
Baccalauréat,—dans l'argot des
collégiens.
- BACHOTIER, s. m. Préparateur
au baccalauréat.
- BACHOTTER, v. n. Parier pour
ou contre un joueur. Argot des grecs.
On dit aussi Faire les bâches.
- BACHOTTEUR, s. m. Filou «chargé
du deuxième rôle dans une
partie jouée ordinairement au billard.
C'est lui qui arrange la partie,
qui tient les enjeux et va
chercher de l'argent lorsque la
dupe, après avoir vidé ses poches,
a perdu sur parole».
V. Bête et Emporteur.
- BACLER, v. a. Fermer,—dans
l'argot des voleurs, qui se servent
là d'un vieux mot de la langue
des honnêtes gens.
On dit aussi Boucler.
- BADIGEON, s. m. Maquillage
du visage,—dans l'argot du
peuple.
- BADIGEONNER (Se), v. réfl.
Se maquiller pour paraître plus
jeune.
- BADIGOINCES, s. f. pl. Les lèvres,
la bouche,—dans l'argot
du peuple qui a eu l'honneur de
prêter ce mot à Rabelais.
Jouer des badigoinces. Manger ou boire.
- BADOUILLARD, s. m. Coureur
de bals masqués,—dans l'argot
des étudiants du temps de Louis-Philippe.
Le type a disparu, mais
le mot est resté.
- BADOUILLE, s. f. Homme qui
se laisse mener par sa femme.
Argot du peuple.
- BADOUILLER, v. n. Courir les
bals, faire la noce.
- BADOUILLERIE, s. f. Vie libertine
et tapageuse.
- BAFFRE, s. f. Coup de poing
sur la figure. Argot du peuple.
- BAFRER, v. n. Manger.
- BAFRERIE, s. f. Action de
manger avec voracité; repas copieux.
- BAGNOLE, s. f. Chapeau de
femme, de forme ridicule,—dans
l'argot du peuple, qui ne se doute
pas que les bagnoles, avant de
mériter son mépris, avaient mérité
l'admiration des dames de
Paris en 1722.
- BAGOU ou BAGOUT, s. m.
Bavardage de femme; faux esprit. Argot des gens de lettres et du peuple.
Dans l'argot du peuple. Avoir du bagout équivaut à N'avoir pas
sa langue dans sa poche.
- BAGOUL, s. m. Nom,—dans
l'argot des voleurs.
- BAGOULARD, s. m. Bavard.
- BAGUE, s. f. Nom propre,—dans
le même argot, par allusion
27
à l'habitude qu'on a de faire graver
son nom à l'intérieur des anneaux
de mariage.
- BAGUENAUDE, s. f. Poche,—dans
l'argot des marbriers de cimetière,
qui y laissent quelquefois flâner de l'argent.
- BAGUENAUDER, v. n. Flâner,
vagabonder,—les mains dans
les poches. Argot du peuple.
- BAHUT, s. m. Les meubles en
général. Argot des ouvriers.
- BAHUT, s. m. Collège,—dans
l'argot des collégiens.
Se dit aussi de la maison du
préparateur au baccalauréat, et,
par extension de toute maison
où il est désagréable d'aller.
Bahut spécial. Saint-Cyr.
- BAHUTER, v. n. Faire du vacarme,—dans
l'argot des Saint-Cyriens.
- BAHUTEUR, s. m. Tapageur.
Se dit aussi d'un élève qui change souvent de pension.
- BAIGNE-DANS-LE-BEURRE, s.
m. Souteneur de filles,—dans
l'argot des faubouriens, qui font
allusion aux scombéroïdes du
trottoir.
- BAIGNEUSE, s. f. La tête,—dans
l'argot des voleurs, qui se
lavent et à qui on lave plus souvent
la tête que le reste du corps.
- BAIGNEUSE, s. f. Chapeau de
femme,—dans le même argot
qui a conservé des reflets de l'argot
de la mode au XVIIIe siècle. Baigneuse
ou bagnole, c'était tout un.
- BAIGNOIRE A BON DIEU, s. f.
Calice,—dans l'argot des voyous.
- BAIN DE PIED, s. m. Excédent
de café ou d'eau-de-vie retenu
par la soucoupe ou dans le plateau
qu'on place par précaution
sous chaque demi-tasse ou sous
chaque petit verre. Il y a des gens
qui boivent cela.
- BAIN- MARIE, s. m. Personne
d'un caractère ou d'un tempérament
tiède. Argot du peuple.
- BAIN QUI CHAUFFE, s. m.
Nuage qui menace de crever
quand il fait beau temps et que le
soleil est ardent.
- BAISER LE CUL DE LA VIEILLE,
v. a. Ne pas faire un seul point.
Argot des joueurs.
- BAJAF, s. m. Butor, gros homme
qui, sous l'effort de la respiration,
gonfle ses jaffes ou ses
abajoues, comme on voudra.
Le peuple dit aussi Gros bajaf.
- BALADE, s. f. Promenade, flânerie
dans l'argot des voyous.
Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.
- BALADER, v. a. Choisir, chercher.
Argot des voleurs.
- BALADER (Se), v. réfl. Marcher
sans but; flâner; et, par extension
s'en aller de quelque part,
s'enfuir.
- BALADEUR, s. m. Flâneur.
- BALADEUSE, s. f. Fille ou
femme qui préfère l'oisiveté au
travail et se faire suivre que se
faire respecter.
Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.
- BALAI, s. m. Agent de police,—dans
l'argot des petits marchands
ambulants.
28
- BALAI DE L'ESTOMAC (Le). Les
épinards,—dans l'argot du peuple,
qui connaît aussi bien que
les médecins la vertu détersive de
la Spinacia oleracea.
- BALANCEMENT, s. m. Renvoi,
congé,—dans l'argot des employés.
- BALANCER, v. a. Donner congé
à quelqu'un, renvoyer un employé,
un domestique,—dans
l'argot du peuple, qui ne se doute
pas qu'il emploie là, et presque
dans son sens originel, un des
plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.
- BALANCER LA TINETTE. Vider
le baquet-latrine,—dans l'argot
des troupiers.
- BALANCER QUELQU'UN, v. a.
Le faire aller, se moquer de lui.
Argot des faubouriens.
- BALANCER SA CANNE, v. a.
De vagabond devenir voleur,—ce
qui est une manière comme
une autre de franchir le Rubicon
qui sépare l'honneur du vice.
Signifie aussi Rompre son ban, s'évader.
- BALANCER SA LARGUE, v. a.
Se débarrasser de sa maîtresse,—dans
l'argot des voleurs.
- BALANCER SES ALÈNES, v. a.
Quitter le métier de voleur pour
celui d'honnête homme, à moins
que ce ne soit pour celui d'assassin.
- BALANCER SES CHASSES, v. a.
Regarder çà et là, distraitement.
Argot des voyous.
- BALANÇOIRE, s. f. Charge de
bon ou de mauvais goût,—dans
l'argot des coulisses et du peuple.
Envoyer à la balançoire. Se débarrasser
de quelqu'un qui ennuie
ou qui gêne.
- BALANÇON, s. m. Marteau de
fer,—dans l'argot des voleurs.
- BALANDRIN, s. m. Paquet recouvert
d'une toile; petite balle
portative, dans l'argot du peuple,
qui se souvient du balandras que
portaient ses pères.
- BALAUDER, v. n. Mendier,—dans
l'argot des prisons.
- BALIVERNEUR, s. m. Diseur
de riens, de balivernes. Argot du
peuple.
- BALLE. s. f. Secret,—dans
l'argot des voleurs.
- BALLE, s. f. Visage,—dans
l'argot des voyous.
Balle d'amour. Physionomie
agréable, faite pour inspirer des
sentiments tendres.
Rude balle. Visage caractéristique.
- BALLE, s. f. Pièce d'un franc,—dans
l'argot des faubouriens.
- BALLE, s. f. Occasion, affaire,—dans
l'argot du peuple
C'était bien ma balle. C'était bien
ce qui me convenait.
Manquer sa balle. Perdre une
occasion favorable.
- BALLE DE COTON, s. f. Coup
de poing.
- BALLERINE, s. f. Danseuse,—dans
l'argot des gandins et des
journalistes de première année.
Habituée de bals publics,—dans
l'argot des bourgeois.
- BALLON, s. m. Partie du corps
humain dont la forme sphérique
29
a été le sujet de tant de plaisanteries
depuis le commencement
du monde—et de la bêtise. Argot
des faubouriens.
Enlever le ballon à quelqu'un. Lui
donner un coup de pied dans
cette partie du corps sur laquelle
on a l'habitude de s'asseoir.
- BALOCHARD, s. m. Type d'un
personnage de carnaval, fameux
sous le règne de Louis-Philippe,
et complètement oublié aujourd'hui.
Il portait un bourgeron
d'ouvrier, une ceinture rouge, un
pantalon de cuirassier, et, sur la
tête, un feutre défoncé. Tel le représente
Gavarni.
- BALOCHER, v. n. Fréquenter
les bals publics; se trémousser.
Argot des faubouriens.
- BALOCHER, v. a. Tripoter,
faire des affaires illicites. Argot
des voyous.
- BALOCHER, v. n. Remuer,
pendre,—dans l'argot du peuple,
qui dit cela à propos des choses.
- BALOCHEUR, s. m. Ouvrier
qui se dérange, qui déserte l'atelier
pour le cabaret et le bastringue.
- BALTHAZAR, s. m. Repas copieux,—dans
l'argot des étudiants,
qui se souviennent du
festin biblique.
- BALUCHON, s. m. Paquet, petit
ballot. Argot des ouvriers.
- BAMBINO, s. m. Enfant, gamin,
bambin,—dans l'argot du
peuple, qui parle italien sans le
savoir, et seulement pour donner
à ce mot une désinence caressante.
- BAMBOCHADE, s. f. Tableau
sans prétentions, représentant
des scènes gaies,—dans l'argot
des artistes, qui ont conservé le
souvenir de Pierre de Laer.
- BAMBOCHE, s. f. Petite débauche,
de quelque nature qu'elle
soit. Argot des faubouriens.
Être bamboche. Être en état d'ivresse.
Faire des bamboches. Faire des
sottises plus ou moins graves,
qui mènent en police correctionnelle
ou à l'hôpital.
- BAMBOCHE, s. f. Plaisanterie;
chose de peu de valeur.
Dire des bamboches. S'amuser à
dire des contes bleus aux hommes
et des contes roses aux femmes.
- BAMBOCHEUR, s. m. Fainéant;
ivrogne; débauché.
On dit aussi: Bambochineur.
- BANBAN, s. des deux g. Boiteux,
bancal,—dans l'argot des
bourgeois, qui emploient principalement
cette onomatopée à
propos d'une femme.
- BANC, s. m. Lit de camp,—dans
l'argot des forçats.
- BANCAL, adj. Qui a une jambe
plus courte que l'autre. Argot
du peuple.
- BANCAL, s. m. Sabre de cavalerie,—dans
l'argot des troupiers.
- BANCO! Exclamation de l'argot
des joueurs de lansquenet
qui signifie: Je tiens!
Faire banco. Tenir les enjeux.
- BANCROCHE, s. et adj. Qui a
les jambes torses.
- BANDE D'AIR, s. f. Frise peinte
30
en bleu pour figurer le ciel. Argot
des coulisses.
- BANDER LA CAISSE, v. a. S'en
aller, s'enfuir.
- BANNETTE, s. f. Tablier,—dans
l'argot des faubouriens, qui
ont emprunté ce mot au patois
lorrain.
- BANNIÈRE (Être en). Être en
chemise, dans le simple appareil
d'une dame ou d'un monsieur
qu'on arrache au sommeil.
- BANQUE, s. f. Paye,—dans
l'argot des typographes.
- BANQUE, s. f. Escroquerie, ou
seulement mensonge afin de
tromper,—dans l'argot du peuple,
qui connaît son Robert Macaire
par cœur.
Faire une banque. Imaginer un
expédient—d'une honnêteté douteuse—pour
gagner de l'argent.
- BANQUE, s. f. Tout le monde
des saltimbanques, des banquistes.
TRUC DE BANQUE! Mot de passe
et de ralliement qui sert d'entrée
gratuite aux artistes forains dans
les baraques de leurs confrères.
On les dispense de donner à la
quête faite par les banquistes
d'une autre spécialité que la leur.
- BANQUET, s. m. Dîner,—dans
l'argot des francs-maçons.
- BANQUETTE, s. f. Menton,—dans
l'argot des voyous.
- BANQUISTE, s. m. Charlatan;
chevalier d'industrie; faiseur.
Argot du peuple.
- BAPTÊME, s. m. La tête,—dans
l'argot des faubouriens, qui
se souviennent de leur ondoiement.
- BAPTISER LE VIN, v. a. Le
noyer d'eau,—dans l'argot ironique
des cabaretiers, qui renouvellent
trop souvent, à notre préjudice,
le miracle des Noces de
Cana, en changeant l'eau en vin.
- BAQUET, s. m. Blanchisseuse,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi: Baquet insolent,
et l'on a raison,—car je ne connais
pas de créatures plus «fortes
en gueule» que les lavandières:
il semble qu'il leur reste aux
lèvres quelques éclaboussures des
ordures humaines avec lesquelles
elles sont en contact permanent.
- BAQUET DE SCIENCE, s. m.
Baquet où le cordonnier met sa
poix et les autres ingrédients de
son métier. Argot du peuple.
- BARAGOUINAGE, s. m. Langage
incohérent, confus, incompréhensible.—dans
l'argot du
peuple, qui dit cela surtout à
propos des langues étrangères.
On dit aussi Baragouin.
- BARAGOUINER, v. n. et a.
Parler bas; murmurer; marmotter.
- BARAQUE, s. f. Maison où les
maîtres font attention au service,—dans
l'argot des domestiques.
Journal où l'on est sévère pour
la copie,—dans l'argot des aspirants
journalistes.
- BARAQUES A CAVAIGNAC (Les).
Le no 44, dans l'argot des joueurs
de loto, dont l'allusion consacre
ainsi le nombre des baraques
construites en 1848 au Jardin du
Luxembourg, sous la dictature
du général Cavaignac.
31
- BARBE, s. f. Ivresse,—dans
l'argot des typographes.
Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe.
Se griser.
- BARBEAU, s. m. Souteneur
de filles, homme-poisson qui
sait nager entre deux eaux, l'eau
du vice et celle du vol.
- BARBEAUDIER, s. m. Concierge,—dans
l'argot des voleurs.
Barbeaudier de castu. Gardien d'hôpital.
- BARBEROT, s. m. Barbier,—dans
l'argot des forçats.
- BARBICHON, s. m. Capucin,—dans
l'argot des voyous.
- BARBILLE, s. m. Souteneur
de filles,—apprenti barbeau.
- BARBILLON, s. m. Jeune souteneur
de filles.
- BARBILLONS DE BEAUCE, s.
m. pl. Légumes,—dans l'argot
du peuple.
- BARBILLONS DE VARENNE, s.
m. pl. Navets,—dans l'argot
des voleurs, qui savent que ce
légume pousse, volontiers, dans
les terres sablonneuses.
Le dictionnaire d'Olivier Chéreau
donne: Babillons de varane.
- BARBISTE, s. m. Élève du collège
Sainte-Barbe.
- BARBOT, s. m. Canard,—dans
l'argot des voyous.
- BARBOTE, s. f. Visite minutieuse
du prisonnier à son entrée
en prison.
On dit aussi BARBOT, s. m.
- BARBOTER, v. a. Fouiller; voler.
Argot des voleurs.
- BARBOTEUR DE CAMPAGNE,
s. m. Voleur de nuit.
- BARBOTIER, s. m. Guichetier
chargé de la visite des prisonniers
à leur entrée.
- BARBUE, s. f. Plume à écrire,—dans
l'argot des voleurs.
- BARON DE LA CRASSE, s. m.
Homme gauche et ridicule en des
habits qu'il n'a pas l'habitude de
porter,—dans l'argot du peuple,
qui se souvient de la comédie de
Poisson.
- BARONIFIER, v. a. Créer quelqu'un
baron,—dans l'argot du
peuple, qui a vu mousser de près
la Savonnette Impériale.
- BARRE, s. f. Aiguille,—dans
l'argot des voleurs.
- BARRÉ, adj. et s. Simple d'esprit,
et même niais,—dans l'argot
du peuple, qui, sans doute,
veut faire allusion à une sorte
de barrage intellectuel qui rend
impropre à la conception.
- BARRER, v. n. Abandonner
son travail,—dans l'argot des
marbriers de cimetière.
Se barrer. S'en aller.
- Barrer, v. a. Réprimander,—dans
l'argot du peuple.
- Barrique, s. f. Bouteille ou
carafe,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disaient autrefois Gomorrhe,—du
nom d'une mesure juive
qui indiquait la quantité de
manne à récolter.
- BASANE, s. f. Peau du corps
32
humain,—dans l'argot des faubouriens.
Tanner la basane. Battre quelqu'un.
- BASANE, s. f. Amadou,—dans
l'argot des voleurs.
- BAS-BLEU, s. m. Femme de
lettres,—dans l'argot des hommes
de lettres, qui ont emprunté
ce mot (blue stocking) à nos voisins
d'outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des
Deux Mondes, avril 1860) donne
comme origine à cette expression
le club littéraire de lady
Montague, où venait assidûment
un certain M. Stillingfleet, remarquable
par ses bas bleus.
D'un autre côté, M. Barbey d'Aurevilly
(Nain Jaune du 6 février
1886) en attribue la paternité à
Addison. Or, le club de lady Montague
ne date que de 1780, et
Addison était mort en 1719. Auquel
entendre?
- BAS-BLEUISME, s. m. Maladie
littéraire spéciale aux femmes
qui ont aimé et qui veulent le
faire savoir à tout le monde.
Le mot a été créé récemment
par M. Barbey d'Aurevilly.
- BASCULE, s. f. Guillotine,—dans
l'argot des faubouriens.
- BASCULER, v. a. Guillotiner.
Être basculé. Être exécuté.
- BAS DE BUFFET, s. m. Homme
ou chose de peu d'importance.
Argot du peuple.
Vieux bas de buffet. Vieille
femme, vieille coquette ridicule
qui a encore des prétentions à
l'attention galante des hommes.
- BAS DE PLAFOND, s. m.
Homme d'une taille ridiculement
exiguë.
On dit aussi Bas du cul.
- BASOURDIR, v. a. Étourdir,
et, par extension naturelle, Tuer,—dans
l'argot des voleurs, qui
ont dédaigné abasourdir comme
trop long.
Basourdir ses gaux picantis, ou
seulement ses gaux. Chercher
ses poux—et les tuer.
- BAS PERCÉ, s. et adj. Homme
pauvre ou ruiné. Argot du peuple.
- BASSE, s. m. La terre par opposition
au ciel. Argot des voleurs.
- BASSIN, s. m. Homme ennuyeux,—dans
l'argot des filles
et des faubouriens, qui n'aiment
pas à être ennuyés, les premières
surtout.
On dit aussi Bassinoire.
- BASSINANT, adj. Ennuyeux,
importun, bavard.
- BASSINER, v. a. Importuner.
- BASSINOIRE, s. f. Grosse montre,—dans
l'argot des bourgeois.
- BASTIMAGE, s. m. Travail,—dans
l'argot des voleurs.
- BASTRINGUE, s. m. Guinguette
de barrière, où le populaire va
boire et danser les dimanches et
les lundis.
- BASTRINGUE, s. m. Bruit,
vacarme,—comme on en fait
dans les cabarets et dans les bals
des barrières.
- BASTRINGUE, s. m. Scie à
scier les fers,—dans l'argot des
prisons, où l'on joue volontiers
du violon sur les barreaux.
33
- BASTRINGUEUSE, s. f. Habituée
de bals publics.
- BATACLAN, s. m. Mobilier;
outils,—dans l'argot des ouvriers.
Signifie aussi bruit, vacarme.
- BATAILLE DE JÉSUITES, s. f.
Habitude vicieuse que prennent
les écoliers et que gardent souvent
les hommes,—dans l'argot
du peuple, qui a lu le livre de
Tissot.
On ajoute souvent après Faire
la bataille de Jésuites, cette phrase:
Se mettre cinq contre un.
- BATEAUX, s. m. pl. Souliers
qui prennent l'eau. Argot des
faubouriens.
- BATELÉE, s. f. Une certaine
quantité de gens réunis, quoique
inconnus. Argot du peuple.
- BBatelier, s. m. Battoir de
blanchisseuse,—dans l'argot des voleurs.
- BATH, s. m. Remarquablement
beau, ou bon ou agréable,—dans
l'argot de Breda-Street.
Bath aux pommes. Superlatif
du précédent superlatif.
Il me semble qu'on devrait
écrire Bat, ce mot venant évidemment
de Batif. Le papier
Bath n'est pour rien là dedans.
- BATIAU, s. m. Préparation au
Salé,—dans l'argot des typographes.
Aligner son batiau. S'arranger
pour avoir une banque satisfaisante.
- BATIF, adj. Neuf, joli,—dans
l'argot des voyous.
Le féminin est batifone où bative.
- BATON CREUX, s. m. Fusil,—dans
l'argot des voleurs.
- BATON DE CIRE, s. m. Jambe,—dans
le même argot.
- BATON DE TREMPLIN, s. m.
Jambe,—dans l'argot des saltimbanques.
- BATOUSE, s. f. Toile,—dans
l'argot des voleurs.
Batouse toute battante. Toile
neuve.
- BATOUSIER, s. m. Tisserand.
- BATTAGE, s. m. Tromperie;
mensonge; menée astucieuse.
Argot des ouvriers.
Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe,
brisure à un meuble, etc.
- BATTANT, s. m. Le cœur,—dans
l'argot des voleurs.
- BATTERIE, s. f. Menterie,—dans
le même argot.
Batterie douce. Plaisanterie aimable.
- BATTERIE, s. f. Coups échangés,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Batture.
- BATTERIE DE CUISINE, s. f.
Les dents, la langue, le palais,
le gosier. Argot des faubouriens.
- BATTEUR, s. m. Menteur;
fourbe.
C'est plus spécialement le tiers qui bat comtois pour lever le pante.
- BATTEUR D'ANTIF, s. m. Indicateur
d'affaires, voleur qui ne
travaille que de la langue. Argot
des prisons.
- BATTOIR, s. m. Main,—dans
l'argot du peuple, qui s'en sert
34
souvent pour applaudir, et plus
souvent pour battre.
- BATTRE COMTOIS, v. n. Faire
l'imbécile, le provincial,—dans
l'argot des voleurs, pour qui, à
ce qu'il paraît, les habitants de
la Franche-Comté sont des gens
simples et naïfs, faciles à tromper
par conséquent.
- BATTRE ENTIFLE, v. n. Faire
le niais. Même argot.
- BATTRE JOB, v. n. Dissimuler,
tromper. Même argot.
- BATTRE LA CAISSE, v. n. Aller
chercher de l'argent. Argot des tambours de la garde nationale.
- BATTRE LA COUVERTE, v. a.
Dormir,—dans l'argot des soldats.
- BATTRE L'ANTIF, v. n. Marcher,—dans
l'argot des voleurs
modernes.
C'est le: Battre l'estrade des voleurs d'autrefois.
Signifie aussi Espionner.
- BATTRE LE BRIQUET, v. a.
Cogner les jambes l'une contre
l'autre en marchant. Argot du
peuple.
- BATTRE LA SEMELLE, v. a.
Vagabonder,—dans l'argot du peuple, qui a peut-être lu
l'Aventurier Buscon.
- BATTRE L'œIL (S'en). Se moquer
d'une chose,—dans l'argot des faubouriens.
L'expression a une centaine d'années, ce qui étonnera certainement
beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l'emploient.
On dit aussi, dans le même
argot, S'en battre les fesses,—une
expression contemporaine de
la précédente.
- BATTRE MORASSE, v. n. Crier
au voleur, pour empêcher le volé
d'en faire autant. Argot des prisons.
- BATTRE SA FLÈME, v. n. Flâner,—dans
l'argot des voyous.
- BATTRE SON QUART, v. n.
Raccrocher les passants, le soir
à la porte des maisons mal famées,—dans
l'argot des filles
et de leurs souteneurs.
- BAUCE ou Bausse, s. m. Patron,—dans
l'argot des revendeuses
du Temple. C'est le baes
flamand.
Bauceresse. Patronne.
Bauce fondu. Ouvrier qui s'est
établi, a fait de mauvaises affaires
et est redevenu ouvrier.
- BAUCHER (Se), v. réfl. Se moquer,
dans l'argot des voleurs.
- BAUDE, s. f. Mal de Naples,—dans
l'argot des voleurs parisiens.
- BAUDROUILLER, v. n. Filer,—dans
le même argot.
Se dit aussi pour Fouet, s. m.
- BAUGE, s. f. Coffre,—dans
l'argot des voleurs, qui ne craignent
pas d'emprunter des termes
aux habitudes des sangliers,
qui sont aussi les leurs.
- BAUGE, s. f. Ventre,—dans
le même argot.
- BAUME D'ACIER, s. m. Les
outils du chirurgien et du dentiste,—dans
l'argot du peuple,
qui ne se doute pas que l'ancienne
pharmacopée a eu, sous ce nom-là,
35
un remède composé de limaille
d'acier et d'acide nitrique.
- BAVARD, s. m. Avocat.
- BAVARD, s. f. La bouche.—dans
l'argot des voleurs.
- BAVER, v. n. Parler,—dans
l'argot des faubouriens.
- BAYAFER, v. a. Fusiller,—dans
l'argot des voleurs parisiens,
qui ont emprunté cette expression
aux voleurs du Midi, lesquels
appellent un pistolet un
bayafe ou baillaf, comme l'écrit
M. Francisque Michel.
- BAZAR, s. m. Maison où les
maîtres sont exigeants,—dans
l'argot des domestiques paresseux;
maison quelconque,—dans l'argot
des faubouriens; maison de
filles,—dans l'argot des troupiers.
- BAZAR, s. m. Ensemble d'effets
mobiliers,—dans l'argot de
Breda-Street.
- BAZARDER, v. a. Vendre, trafiquer.
Bazarder son mobilier. S'endéfaire, l'échanger contre un
autre.
- BEAU, s. m. Le gandin du
premier Empire, avec cette différence
que, s'il portait un corset,
au moins avait-il quelque courage
dessous.
Ex-beau. Elégant en ruines, d'âge et de fortune.
- BEAU BLOND, s. m. Le soleil,—dans
l'argot des voleurs, qui
ne se doutent pas qu'ils font là de
la mythologie grecque.
- BÉBÉ, s. m. Costume d'enfant
(baby), que les habituées des
bals publics ont adopté depuis
quelques années.
- BÉBÉ (Mon). Petit terme de
tendresse employé depuis quelques
années par les petites dames
envers leurs amants, qui en sont
tout fiers,—comme s'il y avait
de quoi!
- BÉBÈTE, s. f. Bête quelconque,—dans
l'argot des enfants.
- BEC, s. m. Bouche,—dans
l'argot des petites dames.
- BÉCASSE, s. f. Femme ridicule,—dans
le même argot.
- BÉCHER, v. a. Médire et même
calomnier, dans l'argot des faubouriens,
qui ne craignent pas de
donner des coups de bec à la réputation
du prochain.
- BÉCHEUR, s. m. Le Ministère
public, l'Avocat général. Argot
des voleurs.
- BÉCOT, s. m. Bouche,—dans
l'argot des mères et des amoureux.
Signifie aussi Baiser.
- BÉCOTER, v. a. Donner des
baisers.
Se bécoter. S'embrasser à chaque instant.
- BEDON, s. m. Ventre,—dans
l'argot du peuple qui sait son Rabelais
par cœur sans l'avoir lu.
- BÉDOUIN, s. m. Homme dur,
brutal,—dans le même argot.
- BEDOUIN, s. m. Garde national
de la banlieue autrefois,—dans
l'argot des voyous irrespectueux.
Ils disaient aussi Gadouan, Malficelé,
Museau, Offarmé, Sauvage.
- BEEFSTEAK DE LA CHAMAREUSE,
s. m. Saucisse plate,—dans
36
l'argot des faubouriens, qui
savent de quelles charcuteries insuffisantes
se compose souvent le
déjeuner des ouvrières.
- BÈGUE, s. f Avoine,—dans
l'argot des voleurs, qui savent à ce
qu'il paraît l'italien (bavia, biada).
Ils disent aussi Grenuche.
- BÉGUIN, s. m. Tête,—dans
l'argot des faubouriens.
- BÉGUIN, s. m. Caprice, chose
dont on se coiffe volontiers l'esprit.
Argot de Breda-Street.
Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux.
Avoir un béguin pour un homme.
Le souhaiter pour amant quand
on est femme—légère.
On disait autrefois S'embéguiner.
- BEIGNE, s. f. Soufflet ou coup
de poing,—dans l'argot du peuple,
qui emploie ce mot depuis
des siècles.
On dit aussi Beugne.
- BÈLANT, s. m. Mouton,—dans
l'argot des voleurs, qui ne
se sont pas mis en frais d'imagination
pour ce mot.
- BÉLIER, s. m. Cocu,—dans
l'argot des voyous, pour qui les
infortunes domestiques n'ont rien
de sacré.
- BELLE, s. f. Dernière partie,—dans
l'argot des joueurs.
- BELLE, s. f. Occasion favorable;
revanche. Argot du peuple.
Attendre sa belle. Guetter une occasion.
Être servi de belle. Être arrêté à faux.
Cette dernière expression est plus spécialement de l'argot des
voleurs.
- BELLE À LA CHANDELLE, s. m.
Femme laide, qui n'a d'éclat qu'aux lumières. Argot du peuple.
- BELLE DE NUIT, s. f. Fille qui
hante les brasseries et les bals. Même argot.
- BÉNEF, s. m. Apocope de Bénéfice,—dans
l'argot des bohèmes
et du peuple.
- BENI-MOUFFETARD, s. m Habitant
du faubourg Saint-Marceau,—dans
l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.
- BÉNIR BAS, v. a. Donner un
ou des coups de pied au derrière
de quelqu'un,—comme ferait
par exemple un père brutal à qui
son fils aurait précédemment demandé,
avec sa bénédiction, quelques
billets de mille francs pour
courir le monde.
- BÉNIR SES PIEDS, v. a. Être
pendu,—dans l'argot impitoyable
du peuple, qui fait allusion
aux derniers gigottements d'un
homme accroché volontairement
à un arbre ou involontairement
à une potence.
- BÉNISSEUR, s. m. Père noble,
dans l'argot des coulisses, où «le vertueux Moëssard» passe
pour l'acteur qui savait le mieux bénir.
- BENOITON, s. m. Jeune homme
du monde qui parle argot comme on fait dans La famille Benoiton,
pièce de M. Sardou.
- BENOITON (Mme). Se dit d'une
femme sans cesse absente de sa
maison.
- BENOITONNE, s. f. Jeune fille
37
bien élevée qui parle la langue
des filles.
- BEQ, s. m. Ouvrage,—dans
l'argot des graveurs sur bois, qui
se partagent souvent à quatre ou
cinq un dessin fait sur quatre ou
cinq morceaux de bois assemblés.
- BÉQUET, s. m. Petite pièce de
cuir mise à un soulier,—dans
l'argot des cordonniers; petit
morceau de bois à graver,—dans
l'argot des graveurs; petit ajouté
de copie,—dans l'argot des typographes.
- BÉQUETER, v. a. et n. Manger,—dans
l'argot du peuple, qui
n'oublie jamais son bec.
- BÉQUILLARD. s. m. Vieillard,—dans
l'argot des faubouriens,
qui n'ont pas précisément pour
la vieillesse le même respect que
les Grecs.
- BÉQUILLE, s. f. Potence,—dans
l'argot des voleurs, dont
les pères ont eu l'occasion de remarquer
de près l'analogie qui
existe entre ces deux choses.
- BÉQUILLER, v. a. et n. Manger,—dans
l'argot des faubouriens.
- BÉQUILLEUR, s. m. Bourreau,—probablement
parce qu'il est le représentant de la Mort, qui
va pede claudo comme la Justice.
- BERBIS, s. f. Brebis,—dans
l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(vervex, vervecis) et à la
tradition:
«Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline,
Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,»
dit un poème du XIIIe siècle.
- Berceau, s. m. Entourage de
tombe,—dans l'argot des marbriers
de cimetière, qui croient
que les morts ont besoin d'être
abrités du soleil.
- BERDOUILLE, s. f. Ventre,—dans
l'argot des faubouriens.
- BERGE, s. f. Année,—dans
l'argot des voleurs.
- BERGÈRE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des troupiers.
- BERLAUDER, v. n. Flâner,
aller de cabaret en cabaret. Argot
des faubouriens.
Cette expression est certainement le résultat d'une métathèse:
on a dit, on dit encore, berlan pour brelan, berlandier pour
brelandier,—et berlauder pour brelander.
- BERLINE DE COMMERCE, s. f.
Commis marchand,—dans l'argot des voleurs.
- BERLU, s. m. Aveugle, homme
qui a naturellement la berlue. Même argot.
- BERLUE, s. f. Couverture,—dans
le même argot.
- BERNIQUE-SANSONNET! C'est
fini; il n'y a plus rien ni personne. Littré dit «Berniquet pour
Sansonnet: tu n'en auras pas.» C'est une variante dans l'argot
populaire.
- BERRI, s. m. Hotte,—dans
l'argot des chiffonniers.
- BERRIBONO, s. m. Homme
facile à duper,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Béricain.
- Berry, s. m. Capote d'études,
38
—dans l'argot des polytechniciens.
- BERTELO s. m. Pièce d'un
franc,—dans l'argot des voleurs.
- BERTRAND, s. m. Compère de
filou ou de faiseur,—dans l'argot
du peuple, qui a gardé les souvenir
de la légende de Robert-Macaire.
- BESOUILLE, s. f. Ceinture,—dans
l'argot des voleurs, qui y
serrent leurs bezzi, nom italien
des deniers.
- BESSONS, s. m. pl. Les deux
seins,—des jumeaux en effet.
Argot du peuple.
- BESTIASSE, s. m. Imbécile,
plus que bête,—dans l'argot du peuple.
- BESTIOLE, s. f. Petite bête, au
propre et au figuré,—dans l'argot du peuple, qui a parfois des
qualificatifs caressants.
- BÊTA, s. et adj. Innocent et
même niais,—dans l'argot du
peuple.
- BÊTE, s. f. Filou chargé de
jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial
par l'emporteur.
- BÊTE-A-CORNES, s. f. Fourchette,—dans
l'argot des voyous.
- BÊTE-A-PAIN, s. f. L'homme,—dans
l'argot du peuple.
- BÊTE COMME SES PIEDS. Se
dit,—dans l'argot populaire,—de tout individu extrêmement bête.
- BÊTE COMME UN CHOU. Extrêmement
bête,—dans l'argot des bourgeois qui calomnient cette crucifère.
- BÊTE ÉPAULÉE, s. f. Fille qui,
le jour de ses noces, n'a pas le
droit de porter le bouquet de
fleurs d'oranger,—dans l'argot
du peuple, cruel quand il n'est
pas grossier.
- BÊTE NOIRE, s. f. Chose ou
personne qui déplaît, que l'on craint ou que l'on méprise. Argot des bourgeois.
Être la bête noire de quelqu'un.
Être pour quelqu'un un objet d'ennui ou d'effroi.
- BÊTISES, s. f. pl. Grivoiseries,—dans
l'argot des bourgeoises,
qui trouvent très spirituels les
gens mal élevés qui en disent
devant elles.
- BETTANDER, v. n. Mendier,—dans
l'argot des filous.
- BETTERAVE, s. f. Nez d'ivrogne,—dans
l'argot des faubouriens,
par allusion à la ressemblance
de forme et de couleur
qu'il a avec la beta vulgaris.
- BEUGLANT (Le). Café-concert.
- BEUGLER, v. n. Pleurer,—dans
l'argot du peuple.
- BEURRE, s. m. Argent monnayé;
profit plus ou moins licite.
Argot des faubouriens.
Faire son beurre. Gagner beaucoup d'argent, retirer beaucoup
de profit dans une affaire quelconque.
Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des
avances, dans une entreprise.
- BEURRE (C'est un). C'est excellent,
en parlant des choses,
39
quelles qu'elles soient. Même argot.
- BEURRE DEMI-SEL, s. m. Fille
ou femme qui n'est plus honnête,
mais qui n'est pas encore complètement
perdu. Argot du peuple.
- BEURRIER, s. m. Banquier,—dans
l'argot des voleurs.
- BÉZEF, adv. Beaucoup,—dans
l'argot des faubouriens qui ont
servi en Afrique et en ont rapporté
quelques mots de la langue
sabir.
- BIARD, s. m. Côté,—dans
l'argot des voleurs, qui voient
les choses de biais.
- BIBARD, s. m. Vieil ivrogne,
ou vieux débauché,—dans l'argot
du peuple, qui cependant ne
sait pas que boire vient de bibere.
- BIBARDER, v. n. Vieillir dans
la fange, dans la misère.
- BIBASSE, s. f. Vieille femme.
- BIBASSERIE, s. f. Vieillesse.
On dit aussi Bibarderie.
- BIBASSIER, s. m. Vieil homme.
Signifie aussi Ivrogne,—le vin
étant le lait des vieillards.
- BIBELOT, s. m. Objet de fantaisie,
qu'il est de mode, depuis
une vingtaine d'années, de placer
en évidence sur une étagère. Les
porcelaines de Saxe, de Chine,
du Japon, de Sèvres, les écailles,
les laques, les poignards, les bijoux
voyants, sont autant de bibelots.
Par extension: Objet de peu de valeur.
Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l'origine
jouet d'enfants, et formait un commerce important, celui de la
bimbeloterie. Aujourd'hui qu'il n'y a plus d'enfants, ce commerce est
mort; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux
bimbelotiers.
- BIBELOT, s. m. Havresac, porte-manteau,—dans
l'argot des soldats.
- BIBELOTTER, v. a. Vendre ses
bibelots, et, par extension, ses
habits, ses meubles, etc. Argot
des filles et des bohèmes.
Par extension aussi: Bibelotter une affaire
dans le sens de Brasser.
- BIBELOTTER (Se), v. réfl.
S'arranger pour le mieux, se mijoter.
Argot des faubouriens.
- BIBERON, s. m. Ivrogne,—dans
l'argot du peuple, qui cependant
ne doit pas connaître le jeu
de mots (Biberius) fait sur le nom
de Tibère, impérial buveur.
- BIBI, s. m. Petit nom d'amitié,—dans
l'argot des faubouriens; petit nom d'amour,—dans
l'argot des petites dames.
- BIBINE, s. m. Cabaret de barrière,—dans
l'argot des chiffonniers.
- BIBON, s. m. Vieillard qu'on
ne respecte pas, parce qu'il ne se respecte pas lui-même.
C'est une corruption péjorative du mot barbon.
- BICHE, s. f. Demoiselle de
petite vertu, comme l'encre de
Guyot; variété de fille entretenue.
40
Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.
- BICHETTE, s. f. Petit nom
d'amitié ou d'amour,—dans
l'argot des petites dames et de
leurs Arthurs.
- BICHON, s. m. Petit jeune
homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n'importe quels Vautrin.
- BICHONNER, v. a. Arranger
avec coquetterie: friser comme un bichon. Argot des bourgeois.
Se bichonner. S'adoniser.
- BIDET, s. m. «Moyen très
ingénieux, dit Vidocq, qui sert
aux prisonniers à correspondre
entre eux de toutes les parties
du bâtiment dans lequel ils sont
enfermés; une corde passée à
travers les barreaux de leur fenêtre,
et qu'ils font filer suivant
le besoin en avant ou en arrière,
porte une lettre et rapporte la
réponse.»
- BIDOCHE, s. f. Viande,—dans
l'argot des faubouriens.
Portion de bidoche. Morceau de bœuf bouilli.
- Bidonner à la cambuse, v.
n. Boire au cabaret,—dans
l'argot des marins.
- BIEN, s. m. Mari ou femme,—dans
l'argot du peuple, qui a
tout dit quand il a dit Mon bien.
C'est plus énergique que ma
moitié.
- BIEN, adj. et s. Distingué,—dans
l'argot des petites dames.
- BIEN MIS, s. m. Bourgeois,—dans
l'argot du peuple.
- BIENSÉANT, s. m. Le derrière
de l'homme et de la femme,—dans
l'argot des bourgeoises.
- BIER, v. n. Aller,—dans
l'argot des voleurs.
- BIFIN, s. m. Chiffonnier,—dont
le crochet sert à deux fins,
à travailler et à se défendre.
- BIGARD, s. m. Trou,—dans
l'argot des voleurs.
D'où Bigardée pour Trouée, Percée.
- BIGE, s. m. Ignorant,—dans
le même argot.
- BIGEOIS ou Bigois, s. m. Imbécile,
homme bige.
- BIGORNE, s. m. L'argot des
voleurs,—monstre bicorniger en effet, corne littéraire d'un
côté, corne philosophique de l'autre, qui voit rouge et qui
écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la
science philologique.
- BIGORNEAU, s. m. Sergent
de ville,—dans l'argot du peuple.
- BIGOTTER, v. a. Prier Dieu,—dans
l'argot des faubouriens.
- BIGREMENT, adv. Extrêmement,—dans
l'argot des bourgeois
qui n'osent pas employer
un superlatif plus énergique.
- BIJOU, s. m. Ornement particulier,—dans
l'argot des francs-maçons.
Bijou de loge. Celui qui se porte au côté gauche.
Bijou de l'ordre. L'équerre attachée au cordon du Vénérable,
le niveau attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire
41
attachée au cordon du second surveillant.
- BIJOUTERIE, s. f. Frais avancés,
argent déboursé. Argot des
ouvriers et des patrons.
- BIJOUTIER, ÈRE, s. Marchand,
marchande d'arlequins,—dans
l'argot des faubouriens, à qui
ces détritus culinaires «reluisent
dans le ventre».
- BIJOUTIER SUR LE GENOU, s. m. Cordonnier.
On dit aussi: Bijoutier en cuir. Au XVIIe siècle,
on disait: Orfèvre en cuir.
- BILBOQUET, s. m. Femme
grosse et courte,—dans l'argot
du peuple.
- BILBOQUET, s. m. Homme
qui est le jouet des autres.
- BILBOQUET, s. m. Menues
impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres,
etc.,—dans l'argot des typographes.
- BILLANCER, v. n. Faire son
temps,—dans l'argot des voleurs.
- BILLANCHER, v. a. et n.
Payer, donner de la bille. Argot
des faubouriens.
On dit aussi Biller.
- BILLARD DE CAMPAGNE, s.
m. Mauvais billard,—dans l'argot des bourgeois.
- BBille, s. f. L'argent,—dans
l'argot des voleurs qui n'ont
pas l'air de se douter que nous
avons eu autrefois de la monnaie
de billon.
- BILLE À CHÂTAIGNE, s. f.
Figure grotesque,—dans l'argot des faubouriens.
- BILLEMON, s. m. Billet,—dans
l'argot des voleurs.
- BILLET DE CINQ, s. m.
Billet de cinq cents francs,—dans l'argot des bourgeois, qui
savent aussi bien que les Anglais que time is money, et qui ne
perdent pas le leur à prononcer des mots inutiles.
Ils disent de même: Billet de mille.
- BINELLE, s. f. Faillite,—dans
l'argot des voleurs.
Binelle-lof. Banqueroute.
- BINELLIER, s. m. Banqueroutier.
- BINETTE, s. f. Figure humaine,—dans
l'argot des faubouriens,
qui me font bien l'effet
d'avoir inventé ce mot, tout
moderne, sans songer un
seul instant au perruquier Binet
et à ses perruques, comme
voudrait le faire croire M. Francisque
Michel, en s'appuyant de
l'autorité d'Edouard Fournier,
qui s'appuie lui-même de celle
de Salgues. Pourquoi tant courir
après des étymologies, quand
on a la ressource de la génération
spontanée?
- BINOMES, s. m. pl. Camarades
de chambre à l'École d'application de Fontainebleau, et compagnons
d'études à l'Ecole polytechnique; amis, copains,
frères d'adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent
pas, mais qui n'en sont pas moins comme en algèbre, deux
termes, unis par - ou par +, et qui n'en forment pas moins à
eux deux une quantité.
42
- BIQUE-ET-BOUC, s. m. et f.
Créatures des deux genres,—dans l'argot du peuple, ordinairement
plus brutal pour ces créatures-là.
- BIRBADE, s. f. Vieille femme,—dans
l'argot des faubouriens.
- BIRBE, s. m. Vieillard.
Birbe dab. Grand'père.
- BIRBETTE, s. m. Archi-vieillard,—dans
l'argot des petites dames, qui ont dû connaître plus d'un birbante italien, anglais,
russe ou suédois.
- BIRLIBIBI, s. m. Jeu de dés et
de coquilles de noix. Argot des
voleurs.
- BISARD, s. m. Soufflet de cheminée,—dans
le même argot.
- BISBILLE, s. f. Querelle, fâcherie,—dans
l'argot des bourgeois,
qui sans doute ne savaient
pas que ce mot vient de l'italien
bisbiglio (murmure).
Être en bisbille. Être brouillés.
- BISCAYE, n. de l. Bicêtre,—dans
l'argot des voleurs.
- BISQUANT, adj. Ennuyeux,
désagréable,—dans l'argot du peuple.
- BISQUER, v. n. Enrager,—dans
l'argot des écoliers.
- BISSARD, s. m. Pain bis,—dans
l'argot des voyous.
- BITUMER, v. n. Raccrocher
les passants,—dans l'argot des filles habituées du trottoir.
On dit mieux Faire le bitume.
- BITURE, s. f. Réfection copieuse,—dans
l'argot des faubouriens.
- BITURER, v. n. Manger copieusement.
- BLAGUE, s. f. Gasconnade essentiellement
parisienne,—dans l'argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite
de ce chastre,—MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc.,—et tous sont rentrés
bredouille. Pourquoi remonter jusqu'à Ménage? Un gamin s'est
avisé un jour de la ressemblance qu'il y avait entre certaines paroles
sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la
blague fut!
Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme
Alexandre Dumas, Méry ou Nadar.
Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu'on sait; parler avec
habileté de ce qu'on fait.
Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d'écrivain dans
les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester.
Pousser une blague. Raconter d'une façon plus ou moins amusante
une chose qui n'est pas arrivée.
- BLAGUE SOUS LES AISSELLES!
Expression de l'argot des ouvriers, pour signifier qu'ils cessent
de plaisanter, qu'ils vont parler sérieusement, et pour inviter
les interlocuteurs à en faire autant.
On dit aussi: Blague dans le coin.
- BLAGUER, v. n. Mentir d'une
43 agréable manière, ou tout simplement
parler.
Blaguer quelqu'un. Se moquer de lui.
- BLAGUES A TABAC, s. f. pl.
Seins plus dignes d'une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie
que d'une femme civilisée. Argot des faubouriens.
«Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues!» ai-je
entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait
au même saladier que lui.
- BLAGUEUR, s. m. Gascon né
sur les bords de la Seine, dont le type extrême est le baron de
Worsmspire et le type adouci le Mistigris de Balzac.
- BLAIREAU, s. m. Conscrit,—dans
l'argot des vieux troupiers.
- BLAIREAU, s. m. Jeune homme
de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant
qu'il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes
littéraires.
- BLAIREAUTER, v. a. Peindre
avec trop de minutie.—dans l'argot des artistes qui n'ont encore
pu digérer Meissonnier.
- BLANC, s. m. Légitimiste,—dans
l'argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.
- BLANC, s. m. Vin blanc,—dans
le même argot.
- BLANCHISSEUR, s. m. Celui
qui revise un manuscrit, qui le polit,—dans l'argot des gens
de lettres, par allusion à l'action du menuisier, qui, à coups de
rabot, fait d'une planche rugueuse une planche lisse.
Signifie aussi Avocat.
- BLANCHISSEUSE DE TUYAUX
DE PIPES, s. f. Fille ou femme de mauvaise vie,—dans l'argot
du peuple.
- BLANC-VILAIN, s. m. Distributeur
de boulettes municipales destinées aux chiens errants,—dans
l'argot des faubouriens, qui, d'un nom propre probablement,
ont fait une qualification applicable à une profession.
- BLANQUETTE, s. f. Argenterie,—dans
l'argot des voleurs.
- BLASÉ, ÉE, ad. Enflé, ée,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression à l'allemand
blasen (Souffler).
- BLAVIN, s. m. Mouchoir,—dans
le même argot.
- BLAVINISTE, s. m. Pick-pocket qui a la spécialité des
mouchoirs.
- BLÉ BATTU, s. m. Argent,—dans
l'argot des paysans de la banlieue de Paris, pour qui blé
en grange représente en effet de l'argent.
Avoir du blé en poche. Avoir de l'argent dans sa bourse.
N'avoir pas de blé. N'avoir pas le sou.
- BLEU, s. m. Bonapartiste,—dans
l'argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l'appellent
rouge, la monnaie de leur couleur.
Les chouans appelaient Bleus
les soldats de la République, qui
les appelaient Blancs.
44
- BLEU, s. m. Conscrit,—dans
l'argot des troupiers; cavalier nouvellement arrivé,—dans
l'argot des élèves de Saumur.
- BLEU, s. m. Manteau,—dans
l'argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la
mémoire de Champion.
- BLEU, s. m. Vin de barrière,—dans
l'argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe
tachait de bleu les nappes des cabarets.
On dit aussi Petit bleu.
- BLEU, s. m. Marque d'un
coup de poing sur la chair.
Faire des bleus. Donner des coups.
- BLEU, adj. Surprenant, excessif,
invraisemblable.
C'est bleu. C'est incroyable.
En être bleu. Être stupéfait
d'une chose, n'en pas revenir,
se congestionner en apprenant une
nouvelle.
Être bleu. Être Étonnamment
mauvais,—dans l'argot des coulisses.
On disait autrefois: C'est vert!
Les couleurs changent, non les
mœurs.
- BLOC, s. m. La salle de police.
Argot des soldats.
Être au bloc. Être consigné.
Signifie aussi Prison.
- BLOCKHAUS, s. m. Garni,—dans
l'argot des chiffonniers, qui parlent allemand sans le savoir.
- BLONDE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des ouvriers.
- BLOQUER, v. a. Mettre un
soldat au bloc, à la salle de police,—ce qui est le boucler, vieille
forme du verbe blouquet.
- BLOQUER, v. a. Abandonner,—dans
l'argot des voleurs.
- BLOQUER, v. a. Jouer à la
bloquette,—dans l'argot des enfants.
- BLOQUETTE, s. f. Jeu de billes,
auquel on bloque.
- BLOQUIR, v. a. Vendre des
objets volés, ordinairement en bloc. (V. Abloquer.)
- BLOT, s. m. Prix d'une chose,—dans
l'argot des faubouriens.
C'est mon blot! Cela me convient.
- BLOUSE (La). Le peuple,—dans
l'argot dédaigneux des gandins.
- BLOUSER (Se), v. réfl. Faire
un pas de clerc, une sottise; se tromper,—dans l'argot du peuple,
qui a voulu faire une allusion à la blouse du billard.
- BLOUSIER, s. m. Voyou, porteur
de blouse,—dans l'argot des gens de lettres.
- BOBÊCHON, s. m. La tête,—dans
l'argot du peuple, par allusion à la bobêche qui surmonte le chandelier.
Se monter le bobêchon. S'illusionner
sur quelqu'un ou sur quelque chose; se promettre
monts et merveilles d'une affaire—qui accouche d'une souris.
- BOBELINS, s. m. pl. Bottes,—dans
l'argot des marchandes du Temple, qui ont l'air d'avoir lu Rabelais.
- BOBINE, s. f. Tête, visage,—dans
l'argot du peuple, qui a
45
constaté fréquemment les bobes ou grimaces que les passions font
faire à la figure humaine, d'ailleurs terminée cylindriquement.
- BOBINO, s. m. Montre,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Bobine.
- BOBINO. Le théâtre du Luxembourg,
qui a disparu. Argot des étudiants.
On disait aussi Bobinche et Bobinski.
- BOBO, s. m. Mal,—dans l'argot
des enfants.
Il n'y a pas de bobo. Il n'y a pas de mal,—dans l'argot des
faubouriens, qui parlent ici au figuré.
- BOBOSSE, s. m. Vieux galantin
bossu,—dans l'argot du peuple.
- BOBOSSE, s. f. Fille ou femme
affligée d'une gibbosité. Argot des faubouriens.
- BOCAL, s. m. Carreau de vitre,—dans
l'argot des faubouriens.
- BOCAL, s. m. Estomac.
Se garnir le bocal. Manger.
- BOCAL, s. m. Logement.
- BOCARD, s. m. Mauvais lieu
habité par des femmes de mauvaise vie. Argot des soldats.
- BOCHE, s. m. Mauvais sujet—dans
l'argot des petites dames, qui le préfèrent au muche. (V. ce
dernier mot.)
- BOCOTTER, v. n. Murmurer,
marmotter entre ses dents; rechigner,—dans
l'argot du peuple.
- BœUF, s. m. Second ouvrier,
celui à qui l'on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des
cordonniers.
- BœUF, adj. Enorme, extraordinaire,—dans
l'argot des faubouriens.
Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d'aplomb.
- BOGUE, s. f. Montre,—dans
l'argot des voleurs.
Bogue en jonc. Montre en or.
Bogue en plâtre. Montre en argent.
- BOGUISTE, s. m. Horloger.
- BOHÈME, s. f. Etat de chrysalide,—dans
l'argot des artistes et des gens de lettres arrivés
à l'état de papillons. Purgatoire pavé de créanciers, en attendant
le Paradis de la Richesse et de la Députation; vestibule
des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s'endorment—souvent
pour toujours—une foule de jeunes gens
trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du
Temple.
- BOHÈME, s. m. Paresseux qui
use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés
littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l'éternité de
la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin
à l'hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux,—comme la misère et
le vagabondage. Ce n'est pas à Saint-Simon seulement qu'ils remontent,
puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné
s'en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature:
c'est Balzac qui les a ressuscités,
46
et après Balzac, Henri Murger—dont ils ont fait la réputation.
- BOIRE DU LAIT, v. a. Avoir
un joli succès, dans l'argot des comédiens, assez chats.
- BOIRE UNE GOUTTE, v. a.
Être sifflé,—dans le même argot.
Payer une goutte. Siffler.
- BOIS POURRI, s. m. Amadou,
dans l'argot des voyous.
- BOISSEAU, s. m. Schako,—dans
l'argot des vieux troupiers.
- BOISSONNER, v. n. Boire plus
que de raison.
- BOISSONNIER, s. m. Ivrogne.
- BOIS-TORTU, s. m. Vigne,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot aux poètes du
XVIIe siècle.
- BOITE, s. f. Théâtre de peu
d'importance,—dans l'argot des comédiens; bureaux de ministère,—dans
l'argot des employés; bureau de journal,—dans l'argot des gens de lettres;
le magasin ou la boutique,—dans l'argot des commis.
- BOITE A CORNES, s. f. Chapeau,
coiffure quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
- BOITE AU LAIT, s. f. La gorge,—dans
l'argot du peuple, qui se souvient de sa nourrice.
- BOITE A DOMINOS, s. f. Cercueil,
—dans l'argot des faubouriens.
- BOITE A SURPRISES, s. f. La
tête d'un homme de lettres. Argot des voleurs.
- BOITE AU SEL, s. f. La tête,
siège de l'esprit. Argot des faubouriens.
Avoir un moustique dans la boîte au sel. Être un peu fou, un peu
maniaque.
- BOITE AUX CAILLOUX, s. f.
Prison. Même argot.
- BOITE DE PANDORE, s. f.
Boîte dans laquelle les voleurs
renferment la cire à prendre les
empreintes,—et de laquelle sortent
tous les mots qu'ils ont avec
la justice.
- Boiter des chasses, v. n.
Être borgne ou être affecté de strabisme,—dans l'argot des voleurs,
qui se sont rencontrés ici dans la même image avec l'écrivain
qui a dit le premier, à propos d'Esope, qu'il louchait de
l'épaule.
- BOLIVAR, s. m. Chapeau,—dans
l'argot du peuple, qui ignore
peut-être que c'est le nom de
l'émancipateur des colonies espagnoles,
et qui le donne indistinctement
à tout couvre-chef, de
feutre ou de paille, rond ou pointu,
parce que c'est une habitude
pour lui, depuis la Restauration.
- BOMBÉ, adj. et s. Bossu.
- BON, s. m. Homme sur lequel
on peut compter,—dans l'argot du peuple, à qui l'adjectif ne
suffisait pas, paraît-il.
- BONBONNIÈRE A FILOUS, s. f.
Omnibus,—dans l'argot des voyous, qui savent mieux que personne
avec quelle facilité on peut barboter dans ces voitures publiques.
- BON CHEVAL DE TROMPETTE,
s. m. Homme qui ne s'effraye pas aisément, dans l'argot du peuple.
47
- BON DIEU, s. m. Sabre,—dans
l'argot des fantassins.
- BONDY-SOUS-MMERDE, n. d. l.
Le village de Bondy, à cause du dépotoir. Argot des faubouriens.
Autrefois on disait Pantin-sur-Merde.
- BONHOMME, s. m. Saint,—dans
l'argot des voleurs, et du peuple.
- BONICARD, s. m. Vieil homme,—dans
l'argot des voleurs.
Bonicarde. Vieille femme.
- BONIFACE, s. m. Homme simple
et même niais,—dans l'argot du peuple, auprès de qui la
bonté n'a jamais été une recommandation.
- BONIFACEMENT, adv. Simplement,
à la bonne franquette.
- BONIMENT, s. m. Discours
par lequel un charlatan annonce
aux badauds sa marchandise,
qu'il donne naturellement comme
bonne; Parade de pître devant
une baraque de «phénomènes».
Par analogie, manœuvres pour tromper.
- BONIR, v. n. Se taire,—dans
l'argot des marbriers de cimetière.
- BONIR, v. a. Dire, parler,—dans
l'argot des voleurs.
- BONISSEUR, s. m. Celui qui
fait l'annonce, le boniment. Argot
des saltimbanques.
- BONJOUR (Vol au), s. m. Espèce
de vol que son nom désigne clairement. Le chevalier d'industrie,
dont c'est la spécialité, monte de bonne heure dans un hôtel
garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes, frappe au
hasard à l'une de celles-ci, entre s'il n'entend pas de réponse, et,
profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout ce
qui est à sa portée,—quitte à lui dire, s'il se réveille: «Bonjour,
Monsieur; est-ce ici que demeure M.***?»
- BONJOURIER, s. m. Voleur au
Bonjour.
On dit aussi: Chevalier grimpant,—par
allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit grimper.
- BON MOTIF, s. m. Mariage,—dans
l'argot des bourgeois.
- BONNE, s. f. Chose amusante
ou étonnante, bonne à noter.
En dire de bonnes. Raconter des histoires folichonnes.
En faire de bonnes. Jouer des tours excessifs.
- BONNE AMIE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des ouvriers.
Une expression charmante, presque aussi jolie que le sweetheart
des ouvriers anglais, et qu'on a tort de ridiculiser.
- BONNE-GRACE, s. f. Toilette
de tailleur.
- BONNET DE NUIT SANS COIFFE,
s. m. Homme mélancolique,—dans l'argot du peuple.
- BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Le
train de derrière d'une volaille. Argot des bourgeois.
- BONNET D'ÉVÊQUE, s. m. Petite
loge du cintre. Argot des coulisses.
- BONNETEUR, s. m. Filou qui,
48
dans les fêtes des environs de Paris, tient des jeux de cartes où
l'on ne gagne jamais.
- BONNETIER, s. m. Homme
vulgaire, ridicule,—dans l'argot des gens de lettres, qui méprisent
les commerçants autant que les commerçants les méprisent.
- BONNET JAUNE, s. m. Pièce
de vingt francs,—dans l'argot des filles.
- BON NEZ, s. m. Homme fin,
qui devine ce qu'on veut lui cacher, au figuré, ou qui, au propre,
devine qu'un excellent dîner se prépare dans une maison où
il s'empresse d'aller—quoique non invité.
C'est l'olfacit sagacissime de Mathurin Cordier.
- BONNICHON, s. m. Petit bonnet
d'ouvrière,—dans l'argot
du peuple.
- BONO, adj. Bon, passable,—dans
l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
- BON POUR CADET! Se dit d'une
lettre désagréable ou d'un journal ennuyeux que l'on met dans
sa poche pour servir de cacata charta. C'est l'histoire du sonnet
d'Oronte.
- BONSHOMMES, s. m. pl. Croquis,—dans
l'argot des écoliers.
Ils disent Bonhommes.
- BONSHOMMES, s. m. pl. Nom
que, par mépris, les filles donnent
à leurs amants, et les gens de
lettres à leurs rivaux.
- BORDÉE, s. f. Débauche de
cabaret,—dans l'argot des ouvriers,
qui se souviennent d'avoir
été soldats de marine.
Courir une bordée. S'absenter de l'atelier sans permission.
Tirer une bordée. Se débaucher.
- BORDEL, s. m. Prostibulum,—dans
l'argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup
d'autres:
«Miex ne voulsist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.»
dit l'auteur du roman de Flor et
Blanchefleur.
- BORDEL, s. m. Petit fagot de
deux sous,—dans l'argot des
charbonniers.
- BORDELIER, s. et adj. Homme
qui se plaît dans le libertinage.
Le mot a plus de cinq centsans de noblesse populaire,
ainsi que cela résulte de cette citation du Roman de la Rose:
«Li aultre en seront difamé,
Ribaut et bordelier clamé.»
- BORGNE, s. m. Le derrière
de l'homme et de la femme,—dans
l'argot des faubouriens.
- BORGNER, v. a. Regarder,—dans
l'argot des marbriers de
cimetière, qui clignent un œil
pour mieux voir de l'autre.
- BORGNESSE, s. f. Femme
borgne,—dans l'argot du peuple.
- BORGNIAT, s. m. Homme
borgne.
- BOSCOT, BOSCO, s. m. Bossu.
Au féminin, Boscotte.
49
- BOSSE, s. f. Excès de plaisir
et de débauche.
Se donner une bosse. Manger et boire avec excès.
Se faire des bosses. S'amuser énormément.
Se donner une bosse de rire. Rire à ventre déboutonné.
- BOSSOIRS, s. m. pl. La gorge
d'une femme,—dans l'argot des marins.
- BOTTER, v. a. Plaire, agréer,
convenir,—dans l'argot du peuple.
- BOTTER, v. a. Donner un
coup de pied au cul de quelqu'un.
- BOTTES DE NEUF JOURS, s. f.
pl. Bottes percées,—dans l'argot des faubouriens,—qui disent
aussi Bottes en gaieté.
- BOTTIER, s. m. Homme qui
se plaît à donner des coups de botte aux gens qui ne lui plaisent pas.
On dit d'un artiste en ce genre: C'est un joli bottier.
- BOUANT, s. m. Cochon,—dans
l'argot des voyous, sans doute à cause de la boue qui sert
de bauge naturelle au porc.
- BOUBANE, s. f. Perruque,—dans
l'argot des voleurs.
- BOUC, s. m. Cocu,—dans le
même argot.
- BOUCAN, s. m. Vacarme; rixe
de cabaret,—dans l'argot du peuple.
Faire du boucan. Faire du scandale,—ce
que les Italiens appellent far bordello.
Donner un boucan. Battre ou réprimander quelqu'un.
- BOUCANADE, s. f. Corruption
d'un témoin,—dans l'argot des
voleurs, qui redoutent le boucan
de l'audience.
Coquer la boucanade. Suborner un témoin.
- BOUCANER, v. n. Sentir mauvais,
sentir le bouc,—dans l'argot des ouvriers.
- BOUCANER, v. n. Faire du
bruit, du boucan.
- BOUCANEUR, s. et adj. Qui se
débauche et hante les mauvais lieux.
Boucanière, s. f. Femme légère, qui vit plus volontiers
dans les lieux où l'on fait du Boucan que dans ceux où l'on
fait son salut.
- BOUCARD, s. m. Boutique,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Boutogue.
- BOUCARDIER, s. m. Voleur
qui dévalise les boutiques.
- BOUCHER, s. m. Médecin,—dans
l'argot des voleurs, très petites maîtresses lorsqu'il s'agit
de la moindre opération chirurgicale.
- BOUCHER UN TROU, v. a.
Payer une dette,—dans l'argot
des bourgeois.
- BOUCHON, s. m. Acabit,
genre,—dans l'argot du peuple.
Être d'un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.
On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi
50
à Paris, sont ornés d'un rameau de verdure,—boscus.
- BOUCHON, s. m. Bourse,—dans
l'argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.
- BOUCLAGE, s. m. Liens, menottes.
Même argot.
- BOUCLÉ (Être), v. pron. Être
emprisonné.
- BOUCLER, v. a. Fermer,—même
argot.
Boucler la lourde. Fermer la porte.
- BOUCLEZOZE, s. m. Pain bis.
Même argot.
- BOUDER, v. a. Avoir peur,
reculer,—dans l'argot du peuple.
- BOUDER AUX DOMINOS, v. n.
Avoir des dents de moins,—dans l'argot des faubouriens.
- BOUDIN, s. m. Verrou,—dans
l'argot des voleurs.
- BOUDINS, s. m. pl. Mains
trop grasses, aux doigts ronds, sans nodosités. Argot du peuple.
- BOUÉ, s. m., ou Bouée, s. f.
Trou,—dans le même argot.
C'est un nom emprunté au patois manceau.
- BOUE JAUNE, s. f. L'or,—dans
lequel pataugent si gaiement tant de consciences, heureuses de
se crotter.
L'expression est de Mirabeau.
- BOUEUX, s. m. Celui qui ramasse
la boue des rues de Paris et la jette dans un tombereau.
- BOUFFARD, s. m. Fumeur,—dans
l'argot du peuple, qui a remarqué, sans doute, qu'en fumant
on enfle ou bouffe les joues.
- BOUFFARDE, s. f. Pipe.
- BOUFFARDER, v. n. Fumer.
- BOUFFARDIÈRE, s. f. Estaminet,
et, par extension, Cheminée. Argot des voleurs.
- BOUFFE-LA-BALLE, s. m.
Gourmet, goinfre,—dans l'argot du peuple.
Se dit aussi d'un Homme dont le visage est un peu soufflé.
- BOUFFER (Se). Se battre—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Se bouffer le nez.
- BOUFFER, v. n. Manger,—dans
l'argot du peuple, qui aime les mots qui font image.
- BOUFFETER, v. n. Causer,
bavarder. Argot des faubouriens.
- BOUGIE, s. f. Canne d'aveugle
parce qu'elle sert à l'éclairer. Même argot.
- BOUGIE GRASSE, s. f. Chandelle.
Même argot.
- BOUGON, s. et adj. Bourru,
grondeur,—dans l'argot du peuple, qui pourtant ne sait pas
que les abeilles sont appelées bugones, par onomatopée sans
doute.
On dit aussi Bougonneur.
- BOUGONNER, v. a. et n. Gronder
sans cesse et sans motif.
- BOUGRE, s. m. Homme robuste,
de bons poings et de grand cœur,—dans l'argot du peuple,
qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu'il a eu pendant
longtemps.
Bon bougre. Bon camarade, loyal ami.
51
Bougre à poils. Homme à qui la peur est inconnue.
Mauvais bougre. Homme difficile à vivre.
- BOUGREMENT, adv. Extrêmement.
- BOUI, s. m. Prostibulum,—dans
l'argot des voyous.
- BOUIBOUI, s. m. Marionnette,—dans
l'argot des fabricants de jouets, qui ont probablement
emprunté ce mot au cri guttural de Polichinelle.
On écrit aussi Bouis-bouis,—je
ne sais pas pourquoi puisque c'est une onomatopée. Bouig-bouig
serait plus exact alors.
Ensecreter un bouiboui. Attacher
tous les fils qui doivent servir à faire mouvoir une marionnette.
- BOUIBOUI, s. m. Petit théâtre,—dans
l'argot des comédiens. Endroit mal famé,—dans l'argot
des bohèmes.
- BOUILLABAISSE, s. f. Confusion
de choses ou de gens. Argot des coulisses et des gens de lettres.
Faire de la bouillabaisse. Arranger
confusément des choses ou des idées.
- BOUILLANTE, s. f. Soupe,—dans
l'argot des soldats.
- BOUILLIE POUR LES CHATS,
s. f. Affaire avortée, chose mal réussie. Argot des bourgeois.
Faire de la bouillie pour les chats. Travailler sans profit pour
soi ni pour personne.
- BOUILLON, s. m. Mauvaise
affaire, opération désastreuse. Même argot.
Boire un bouillon. Perdre de
l'argent dans une affaire.
- BOUILLON, s. m. Pluie,—dans
l'argot du peuple.
Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.
- BOUILLON AVEUGLE, s. m.
Bouillon gras qui n'est pas assez gras, dont on ne voit pas les
yeux. Même argot.
- BOUILLON DE CANARD, s. m.
Eau.
- BOUILLON D'ONZE HEURES,
s. m. Breuvage empoisonné.
Prendre un bouillon d'onze heures. Se suicider par le poison.
- BOUILLONNER, v. n. Perdre
de l'argent dans une affaire, boire un bouillon.
- BOUILLON POINTU, s. m. Lavement.
- BOUILLON POINTU, s. m.
Coup de baïonnette,—dans l'argot
des troupiers.
- BOUILLONS, s. m. Livres ou
journaux invendus.
- BOUIS, s. m. Fouet,—dans
l'argot des voleurs.
- BOUISER, v. a. Donner le
fouet ou du fouet,—selon qu'il
s'agit d'un enfant ou d'un
cheval.
- BOULANGE, s. f. Apocope de
Boulangerie. Argot des ouvriers.
- BOULANGER DES AMES, s. m.
Le diable,—dans l'argot des voleurs.
- BOULE, s. f. Foire,—dans
le même argot.
- BOULE, s. f. Tête,—dans
l'argot du peuple.
52
Bonne boule. Physionomie grotesque.
Perdre la boule. Ne plus savoir
ce que l'on fait.
- BOULE DE NEIGE, s. f. Nègre,—par
une antiphrase empruntée à nos voisins d'outre-Manche,
qui disent de tout oncle Tom: Snow-ball,—quand ils
n'en disent pas: lily-white (blanc de lis).
- BOULE DE SIAM, s. f. Tête
ridicule, figure grotesque, ayant quelque ressemblance avec le
disque percé de deux trous qui sert au jeu de quilles.
- BOULE DE SON, s. f. Pain,—dans
l'argot des prisons.
- BOULE DE SON, s. f. Figure
marquée de taches de rousseur,—dans l'argot des faubouriens.
- BOULENDOS, s. m. Bossu,—dans
l'argot des voyous.
Ils disent aussi Bosco, Bossemar.
- BOULER, v. n. Aller, rouler,—dans
le même argot.
- BOULER, v. a. Pousser quelqu'un
brusquement, le secouer brutalement. Argot du peuple.
S'emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d'énergiques
reproches.
- BOULE ROUGE, s. f. Fille ou
femme galante qui habitait le quartier de la Boule-Rouge, dans
le faubourg Montmartre.
Comme les mots ne manqueront jamais aux hommes pour
désigner les femmes,—du moins une certaine classe de
femmes,—ce nom, qui succédait à celui de lorette et qui date
de la même époque, a été lui-même remplacé par une foule
d'autres, tels que: filles de marbre,
prè-catelanières, casinettes, musardines,
etc., selon les localités.
- BOULES DE LOTO, s. f. Yeux
gros et saillants,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que
Junon les avait ainsi, et à qui peut-être la chose est parfaitement
indifférente.
- BOULET A CÔTES, s. m. Melon,—dans
l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Boulet à queue.
- BOULET JAUNE, s. m. Potiron,—dans
l'argot des voyous.
- BOULETTE, s. f. Bévue, erreur
plus ou moins grave. Argot du peuple.
- BOULEUSE, s. f. Actrice qui
joue tous les rôles, et principalement ceux dont ses camarades,
les chefs d'emploi, ne veulent pas. Argot des coulisses.
- BOULINER, v. a. Voler,—quand
cela exige qu'on fasse des boulins (ou trous) aux murs d'une
maison ou aux volets d'une boutique.
Les escrocs des siècles passés disaient bouler.
- BOULINGUER, v. a. Déchirer,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi gouverner, conduire,—dans l'argot des vagabonds,
qui savent si mal se boulinguer eux-mêmes.
- BOULINOIRE, s. f. Vilebrequin.
- BOULOTER, Assister un camarade,—dans
l'argot des voleurs.
- BOULOTS, s. m. pl. Haricots
ronds,—dans l'argot des bourgeois.
53
- BOULOTTER, v. a. Manger.
Argot du peuple.
- BOULOTTER, v. n. Aller doucement,
faire de petites affaires. Argot du peuple.
- BOULOTTER L'EXISTENCE, v.
a. La mener heureuse et douce.
- BOULVARI ou Boulevari, s.
m. Vacarme, tumulte excessif.
- BOUQUET, s. m. Accident heureux
ou malheureux.
C'est le bouquet! Cela complète mon malheur.
- BOUQUET, s. m. Boni, prime
de 25 pour cent accordée à L'homme de peine qui a voulu
s'abstenir; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.
- BOUQUET, s. m. Cadeau,—dans
l'argot des voyous.
- BOUQUIN, s. m. Livre neuf ou
vieux,—dans l'argot des gens
de lettres.
C'est une corruption ou une ironie du mot anglais book.
- BOUQUINER, v. n. Faire la
chasse aux livres anciens ou modernes.
- BOURBE (La). Nom que le
peuple s'obstine à donner à l'hospice
de la Maternité de Paris,
malgré l'espèce d'infamie cruelle
qui semble attachée à cette appellation.
- BOURBILLONS, s. m. pl. Filaments
d'encre épaisse qui restent
dans le bec de la plume. Argot
des écoliers.
- BOURDON, s. m. Fille publique,—dans
l'argot des voleurs.
- BOURDON, s. m. Mots oubliés,—dans
l'argot des typographes.
- BOURGEOIS, s. m. Expression
de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner
un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans
goût, et qui se trouve tout au long dans l'Histoire comique de Francion:
«Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m'appeler
bourgeois, car c'est l'injure que ceste canaille donne à ceux
qu'elle estime niais.»
- BOURGEOIS, s. m. Patron,—dans
l'argot des ouvriers; Maître,—dans l'argot des domestiques.
On dit dans le même sens, au féminin: Bourgeoise.
- BOURGEOIS, s. m. Toute personne
qui monte dans une voiture de place ou de remise,—à quelque
classe de la société qu'elle appartienne. Le cocher ne connaît
que deux catégories de citoyens; les cochers et ceux qui
les payent,—et ceux qui les payent ne peuvent être que des
bourgeois.
- BOURGEOISADE, s. m. Action
mesquine, plate, écœurante,—dans l'argot des gens de lettres et
des artistes.
- BOURGERON, s. m. Petite blouse
de toile bleue,—dans l'argot des
ouvriers dont, avec la cotte, cela
compose le costume de travail.
- BOURGUIGNON, s. m. Le soleil,
dans l'argot du peuple, qui croit que cet astre n'a été créé
par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d'Or.
- BOURRASQUE, s. f. Coup de
54
filet policier,—dans l'argot des
voleurs.
- BOURRE-COQUINS, s. m. pl.
Haricots,—dans l'argot du peuple.
- BOURRE-DE-SOIE, s. f. Fille
ou femme entretenue,—dans
l'argot des voyous.
- BOURRÉE, s. f. Bousculade
brutale,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Bourrade.
- BOURRICHON, s. m. La tête,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent les imbéciles pour des huîtres.
Se monter le bourrichon. Se faire
une idée fausse de la vie, s'exagérer
les bonheurs qu'on doit y
rencontrer, et s'exposer ainsi, de
gaieté de cœur, à de cruels mécomptes
et à d'amers désenchantements.
- BOURRIQUE, s. f. Imbécile,—dans
l'argot du peuple, qui calomnie
l'âne.
Tourner en bourrique. S'abrutir
ne plus savoir ce que l'on fait.
Faire tourner quelqu'un en bourrique.
L'obséder de reproches ou
d'exigences ridicules.
- BOURRIQUE A ROBESPIERRE,
s. f. Animal aussi fantastique que la bête du Gévaudan, que le peuple
se plaît à mettre à toutes les sauces, sans qu'on sache pourquoi.
Quand il a dit: Bête (ou saoûl, ou méchant) comme la bourrique
à Robespierre, c'est qu'il n'a pas trouvé de superlatif péjoratif
plus énergique.
- BOURSICOT, s. m. Porte-monnaie
et l'argent qu'il contient.
Même argot.
- BOURSICOTER, v. n. Economiser,
mettre de l'argent de côté.
Signifie aussi Faire de petites opérations de Bourse.
- BOURSICOTEUR, s. m. Courtier
marron de Bourse.
On dit aussi Boursicotier.
- BOURSILLONNER, v. n. Contribuer
pour une petite somme à
quelque dépense commune.
- BOUSCAILLE, s. f. Boue.—Argot
des voleurs.
- BOUSCAILLEUR, s. m. Balayeur.
- BOUSILLER, v. a. Faire vite et
mal,—dans l'argot du peuple,
qui sait avec quel sans-façon et
quelle rapidité les maçons bâtissent
les maisons des champs,
avec du crachat et de la boue, ou
mieux de la bouse.
- BOUSILLEUR, s. m. Ouvrier
qui fait de mauvais ouvrage,—parce
qu'il le fait trop vite et
sans soin.
- BOUSILLEUSE, s. f. Femme
qui gaspille volontiers ses robes
et l'argent qu'elle gagne,—sans
rien faire.
- BOUSIN, s. m. Vacarme, scandale,—dans
l'argot du peuple.
Faire du bousin. Faire du tapage du scandale; se battre à coups de
chaises, de tables et de bouteilles.
- BOUSIN, s. m. Maison mal
famée; cabaret borgne. Argot du
du peuple.
M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la
Manche et d'aller chercher bowsing, cabaret à matelots. C'est,
me semble-t-il, renverser l'ordre naturel des choses, et faire descendre
55
François Ier de Henri II. Bowsing n'est pas le père, mais
bien le fils de bousin, qui lui-même est né de la bouse ou de la boue.
Pour s'en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis
Régnier jusqu'à Restif de la Bretonne.
- BOUSINEUR, s. et adj. Ami
du bruit et du scandale.
- BOUSINGOT, s. m. Etudiant
romantique qui portait des gilets à la Robespierre et était affilié à
la Société des saisons: un type héroïque, quoique un peu théâtral,
qui a complètement disparu.
- BOUSINGOTISME, s. m. Doctrines
et mœurs des bousingots.
- BOUSSOLE, s. f. Tête,—dans
l'argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c'est là
que se trouve l'aiguille aimantée appelée la Raison.
Perdre la boussole. Devenir fou.
- BOUSSOLE DE SINGE, s. f.
Fromage de Hollande,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Boussole de refroidi.
- BOUSTIFAILLE, s. f. Vivres,
nourriture, en un mot ce que Rabelais appelait «le harnois de
gueule». Argot du peuple.
- BOUSTIFAILLER, v. n. Manger.
- BOUT DE CUL, s. m. Petit
homme,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Bas du cul.
- BOUTANCHE, s. f. Boutique,—dans
l'argot des prisons.
On dit aussi Boutogue, Boucard.
- BOUTEILLE, s. f. Nez,—dans
l'argot des faubouriens.
- BOUTEILLE, s. f. Latrines,—dans
l'argot des matelots.
- BOUTEILLE A L'ENCRE (C'est
la). Se dit, dans l'argot des bourgeois,—de toute affaire
embrouillée ou de toute personne aux allures ténébreuses.
- BOUTEILLER, v. n. Se dit des
globules d'air,—des bouteilles,—que
forme la pluie dans les ruisseaux lorsqu'elle tombe avec abondance.
- BOUTERNE, s. f. Boîte carrée
d'assez grande dimension, garnie de bijoux d'or et d'argent numérotés,
parmi lesquels il y a l'inévitable «pièce à choisir», qui
est ordinairement une montre avec sa chaîne, «d'une valeur de
600 francs», que la marchande reprend pour cette somme lorsqu'on
la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les
chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop
habilement distribuées pour cela: les dés sont pipés!
- BOUTERNIÈRE, s. f. Femme qui
dupe les simples avec la bouterne.
- BOUTIQUE, s. f. Ce que les
petites filles laissent voir si volontiers,—comme
dans le tableau de l'Innocence. Argot du peuple.
S'applique aussi à l'autre sexe.
Montrer toute sa boutique. Relever trop haut sa robe dans la
rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.
- BOUTIQUE, s. f. Bureau,—dans
l'argot des employés; journal,—dans l'argot des gens de
lettres.
56
Esprit de boutique. Esprit de corps.
Être de la boutique. Être de la maison, de la coterie.
- BBoutiquer, v. a. Faire à
contre-cœur; arranger mal une chose. Argot du peuple.
- BOUTON, s. m. Passe-partout.
Argot des voleurs.
- BOUTON, s. m. Louis d'or.
Argot des maquignons.
- BOVARISME, s. m. Hystérie
littéraire, réalisme ægypanesque dans le genre du roman de G.
Flaubert, madame Bovary. L'expression a été créée par Barbey
d'Aurevilly, à propos de son étude sur l'Antoine Quérard de
Ch. Bataille.
- BOXON, s. m. Mauvais lieu
habité par de jolies filles,—dans
l'argot des faubouriens.
- BOYAU ROUGE, s. m. Bon
buveur,—dans l'argot du peuple qui a emprunté cette expression
à la Bourgogne.
- BRADER, v. a. et n. Vendre
à vil prix. Argot des marchands de bric-à-brac.
- BRAILLANDE, s. f. Caleçon,
braies. Argot des voleurs.
- BRAILLARD, s. m. Mauvais
chanteur. Argot du peuple, qui dit plutôt: Gueulard.
- BRAILLER, v. n. Chanter.
- BRAIRE, v. n. Pleurer.
C'est un vieux mot. On le trouve dans la Chanson de Roland.
- BRAISE, s. f. Argent monnayé,—dans
l'argot des filles.
Abouler de la braise. Donner de l'argent à une fille pour être
aimé d'elle, ou à un voleur pour n'être pas tué par lui.
- BRAISER, v. n. Payer, dépenser
de la braise.
On dit aussi Braisiller.
- BRAISEUR, s. et adj. Homme
riche, ou seulement en train de dépenser de l'argent.
- BRANCARD, s. m. Lorette hors
d'âge, qui conduit les jeunes drôlesses dans les bons endroits, qui
les traîne sur la route du vice. Argot de Breda-Street.
- BRANCARDS, s. m. pl. Les
jambes,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que c'est
avec elles qu'on traîne le corps.
- BRANCHE, s. f. Ami, compagnon,
ma vieille branche,—dans
le même argot.
- BRANDILLEUSE, s. f. Sonnette,—dans
l'argot des voyous.
- BRANLANTES, s. f. pl. Dents
des vieillards,—dans le même argot.
- BRANLE-BAS, s. m. Vacarme,
bouleversement; déménagement. Argot du peuple.
Faire du branle-bas. Faire du tapage.
- BRANLER DANS LE MANC,
v. n. Se dit d'une chose ou d'une personne qu'on est menacé de
perdre.
- BRANQUE, s. m. Ane,—dans
l'argot des voleurs, dont les ancêtres, les gueux infirmes, étaient
portés à l'hospice sur un cacolet, qu'ils appelaient brancard.
- BRAQUE, s. m. Original,
homme à moitié fou, qui court de-ci, de-là, comme un chien de
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chasse,—dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment pas les excentriques,
et veulent qu'à leur exemple on marche à pas comptés et d'un air compassé.
On dit aussi Grand Braque,—même
à propos d'un homme de taille moyenne.
- BRAS, adj. m. Grand,—dans
l'argot des voleurs, qui exagèrent la longueur de la brasse.
- BRASSET, adj. m. Gros,—homme
difficile à embrasser.
- BRAVE, s. m. Vieux soldat,—dans
l'argot du peuple.
- BRAVE, adj. Beau, bien vêtu,—comme
paré pour le combat.
Brave comme un jour de Pâques. Richement habillé.
- BREDA-STREET, s. m. Cythère
parisienne, qui comprend non seulement la rue Bréda, mais
toutes les rues avoisinantes, où s'est agglomérée une population
féminine dont les mœurs laissent à désirer,—mais ne laissent pas
longtemps désirer. Mœurs à part, langage spécial formé, comme
l'airain de Corinthe, de tous les argots parisiens qui sont venus se
fondre et se transformer dans cette fournaise amoureuse. Nous
en retrouverons çà et là des échantillons intéressants.
- BRÉDI-BRÉDA, loc. adv. Précipitamment,
avec confusion,—dans l'argot du peuple.
On dit quelquefois Brédi-bréda taribara.
- BREDOCHE, s. f. Liard,—dans
l'argot des voyous.
Ils disent aussi brobèche et broque.
- BRELOQUE, s. f. Pendule,—dans
l'argot des faubouriens.
D'où est sans doute venue l'expression:
Battre la breloque, pour signifier d'abord chez les soldats:
«Annoncer à son de tambour l'heure des repas;» puis au figuré,
chez le peuple: «Déraisonner comme une pendule détraquée.»
- BRÊMES, s. f. pl. Cartes à
jouer, dans l'argot des voleurs et des petites dames.
Brême de paclin. Carte géographique.
Maquiller les brêmes. Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.
- BRÊMIER, s. m. Fabricant de
cartes.
- BRIC-A-BRAC, s. m. Choses de
peu de valeur,—ou d'une valeur énorme, selon le monde où
on emploie ce mot: Vieilles ferrailles ici, vieux Sèvres là.
- BRIC-A-BRAC, s. m. Revendeur,
petit marchand de débris, de bric-à-brac.
- BRICABRACOLOGIE, s. f. Science,
métier du bric-à-brac, des bibelots de luxe.
Le mot est de Balzac.
- BRICARD, s. m. Escalier,—dans
l'argot des voyous.
- BRICOLE, s. f. Mauvaise affaire,
affaire d'un produit médiocre. Argot du peuple.
- BRICOLER, v. a. Faire une
chose à la hâte et sans goût.
Signifie aussi faire des choses que pourraient réprouver
la conscience et la morale. Dans ce sens, il a pour parrain Saint-Simon.
- BRICOLEUR, s. m. Homme
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bon à tout faire, les bons comme
les mauvais métiers,—les mauvais
surtout.
On dit aussi Bricolier.
- BRICUL, s. m. Officier de paix,—dans
l'argot des voleurs.
- BRIDE, s. f. Chaîne de montre,—dans
le même argot.
- BRIDER, v. a. Fermer,—dans
le même argot.
Brider la lourde. Fermer la porte.
- BRIFFER, v. n. Manger,—dans
l'argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue.
«O! le bon appétit, voyez
comme il briffe!» dit Noël Du
Fail en ses Propos rustiques.
- BRIFFERRIGANTE, s. f. Perruque,—dans
l'argot des voleurs.
- BrifferRIGEANTS, s. m. pl. Cheveux,
dans le même argot.
On dit aussi Brigands,—à cause de la physionomie rébarbative
que vous donnent des cheveux ébouriffés.
- BRIGETON, s. m. Pain,—dans
l'argot des faubouriens.
- BRIMADE, s. f. Mauvaise plaisanterie,—dans
l'argot des troupiers qui se plaisent à jouer des
tours aux conscrits.
- BRIMAR, s. m. Briseur,—dans
l'argot des voleurs.
- BRIMER, v. a. Faire subir à un
conscrit des épreuves désagréables—qu'il peut toujours s'épargner
en n'épargnant pas le vin à ses camarades.
- BRINDEZINGUE, s. m. Etui en
fer-blanc, d'un diamètre peu considérable et de douze à quinze
centimètres de longueur, dans lequel les voleurs renferment une
lame d'acier purifié, taillée en scie, et à trois compartiments,
qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison. Comment
arrivent-ils à soustraire cet instrument de délivrance aux investigations
les plus minutieuses des geôliers? C'est ce qu'il faut
demander à M. le docteur Ambroise Tardieu, qui a fait une
étude spéciale des maladies de la gaîne naturelle de cet étui.
- BRINDEZINGUES (Être dans
les). Être complètement ivre. Argot des faubouriens.
- BRINGUE, s. f. Femme maigre,
déhanchée,—dans le même argot.
On dit aussi Grande bringue.
- BRIOCHE, s. f. Grosse bévue,
faute grossière,—dans l'argot
des bourgeois.
- BRIOLET, s. m. Petit vin suret,—dans
l'argot du peuple,
que ce vin rend ebriolus tout
comme si c'était du bourgogne.
- BRIQUEMON, s. m. Briquet,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Sabre de cavalerie.
- BRISER (Se la). Se retirer d'un
lieu quelconque, qu'on s'y trouve mal ou bien. Argot des faubouriens.
- BRISEUR, s. m. Variété d'escrocs
dont parle Vidocq.
- BRISQUE, s. f. Année,—dans
l'argot des voleurs.
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- BROBUANTE, s. f. Bague,—dans
le même argot.
- BROCANTE, s. f. Chose de peu
de valeur,—dans l'argot du peuple.
- BROCANTER, v. a. et n. Acheter
et vendre toutes sortes de choses, des tableaux et des femmes,
son talent et sa conscience. Argot des gens de lettres.
- BROCHE, s. f. Billet à ordre
d'une petite somme. Argot des
commerçants.
- BROCHES, s. f. pl. Dents. Argot
des voyous.
- BRODANCHER, v. a. Écrire,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Broder.
- BRODANCHEUR A LA PLAQUE,
s. m. Notaire,—à cause de son écusson.
- BRODEUR, s. m. Ecrivain public—ou
particulier.
- BRODEUSE, s. f. Individu appartenant
au troisième sexe. Même argot.
- BROQUILLE, s. f. Rien, chose
de peu de valeur. Argot des cabotins.
Ne s'emploie ordinairement que dans cette phrase: Ne pas dire
une broquille, pour: Ne pas savoir un mot de son rôle.
- BROQUILLE, s. f. Minute,—qui
est un rien de temps. Argot des voleurs.
- BROQUILLE, s. f. Bague,—dans
le même argot.
Signifie aussi Boucle d'oreille.
- BROSSÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot du peuple.
- BROSSER, v. a. Donner des coups.
Signifie aussi Gagner une partie de billard.
Se faire brosser, v. réfl. Se faire
battre,—au propre et au figuré.
- BROSSER LE VENTRE (Se), v.
réfl. Se passer de manger, et coucher
sans souper.
- BROUÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot des faubouriens,
qui parfois se décousent
ainsi les brouailles.
- BROUILLARDS (Être dans les).
Être gris à n'y voir plus clair pour se conduire.
- BROUILLÉ AVEC LA MONNAIE,
s. et adj. Pauvre, ruiné,—dans l'argot au peuple.
On disait autrefois Brouillé avec les espèces.
- BROUSSAILLES (Être dans les).
Être en état d'ivresse, à en perdre son chemin et à en donner
du nez contre les haies, au lieu de suivre le pavé du roi ou de la
république.
- BROUTE, s. m. Pain,—dans
l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas par hasard une corruption du Brod allemand?
- BROUTER, v. a. Manger.
- BROUTEUR SOMBRE, s. m.
Homme mélancolique, qui mange tout seul.
- BROYEUR DE NOIR EN CHAMBRE,
s. m. Ecrivain mélancolique; personne qui se suicide à domicile.
- BRUGE, s. m. Serrurier.—dans
l'argot des voleurs.
- BRUGERIE, s. f. Serrurerie,
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parce que cela se ronge vite βρυχω ([grec: bruchô]), dirait M. Lorédan Larchey
dans son ardeur d'étymologiste.
- BRÛLAGE, s. m. Déconfiture
générale de l'homme brûlé.
L'expression appartient à Balzac.
- BRÛLANT, adj. Délicat, scabreux,
difficile.
Actualité brûlante. Actualité on ne peut plus actuelle, pour ainsi
dire.
- BRÛLÉ (Être). N'inspirer plus
aucune confiance dans les endroits où l'on était bien reçu, où l'on
avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.
- BRÛLÉ (Être). Être déjoué par
la police, dans l'argot des voleurs.
- BRÛLÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot du peuple.
Foutre une brûlée. Battre lesennemis dans l'argot des troupiers.
Recevoir une brûlée. Être battu par eux.
- BRÛLE-GUEULE, s. m. Pipe
très courte et très culottée,—dans
l'argot du peuple et des artistes.
- BRÛLER, v. n. Approcher du
but, être sur le point de découvrir une chose,—dans l'argot
des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui
savent à quoi on s'expose en s'approchant du feu.
- BRÛLER, v. a. Dépasser une
voiture,—dans l'argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux,
malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.
- BRÛLER A LA RAMPE (Se).
Jouer pour soi sans se préoccuper de la pièce. Argot des coulisses.
- BRÛLER DU SUCRE, v. a. Recevoir
des applaudissements,—dans le même argot.
- BRÛLER LA POLITESSE, v. a.
Disparaître sans avertir,—dans l'argot des bourgeois.
- BRÛLER LE PÉGRIOT, v. a.
Faire disparaître les traces d'un vol. Argot des prisons.
- BRÛLER LES PLANCHES, v. a.
Avoir l'habitude de la scène, jouer un rôle avec aplomb. Argot des coulisses.
- BRÛLER SA CHANDELLE PAR LES DEUX BOUTS
, v. a. Faire des dépenses extravagantes,—dans l'argot des bourgeois.
- BRÛLOT, s. m. Petit punch à
l'eau-de-vie.
- BRUTAL, s. m. Canon,—dans
l'argot du peuple, qui a quelquefois à se plaindre de cet ultima
ratio regum.
- BU, adj. Ivre,—dans l'argot
du peuple.
- BUCHE, s. f. Bois à graver,—dans
l'argot des graveurs.
- BÛCHE, s. f. Pièce à faire,—dans
l'argot des tailleurs.
- BÛCHE, s. f. Imbécile,—dans
l'argot du peuple.
- BÛCHE PLOMBANTE, s. f. Allumette
chimique, dans l'argot
des voleurs.
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- BÛCHER, v. n. Travailler avec
énergie, avec assiduité. Argot du peuple.
- BÛCHER, v. a. Frapper, battre,—dans
le même argot.
Se bûcher. Echanger des coups.
- BÛCHERIE, s. f. Rixe populaire,
souvent sanglante, quoique à coups de pied et de poing seulement.
- BÛCHEUR, s. m. Piocheur.
- BBULL-PARK. Le jardin Bullier,—dans
l'argot des étudiants.
- BUQUER, v. n. Voler dans les
boutiques sous prétexte d'y demander
de la monnaie.
- BURELIN, s. m. Bureau,—dans
l'argot des voyous.
- BURETTES, s. f. pl. Paire de
pistolets,—dans l'argot des faubouriens.
- BUSARD, s. f. Niais; homme
incapable, paresseux, impropre à quoi que ce soit. Argot du peuple.
On dit aussi Buse et Buson.
- BUSTINGUE, s. f. Garni où
couchent les bateleurs, les Savoyards, les montreurs de curiosités.
Argot des voleurs.
- BUTE, s. f. L'échafaud que
doivent gravir ceux qui ont buté quelqu'un. Même argot.
- BUTER, v. a. Assassiner,—dans
l'argot des voleurs, qui ont un salutaire effroi de la bute.
- BUTEUR, s. m. Le bourreau,—qui
tue ceux qui ont tué, et bute ceux qui ont buté.
- BUTRE, s. f. Plat,—dans
l'argot des voleurs.
- BUVAILLER, v. a. Boire peu,
ou à petits coups. Argot du peuple.
- BUVAILLEUR, s. m. Homme
qui ne sait pas boire.
- BUVETTE, s. f. Endroit du
mur du cimetière par où passent les marbriers pour aller chercher
des liquides prohibés à la douane du gaffe en chef.
- BYRONIEN, adj. et s. Homme
fatal, style mélancolique,—dans
l'argot des gens de lettres.
- BYRONISME, s. m. Maladie
littéraire et morale, à la mode il y a quarante ans, aujourd'hui
presque disparue.
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63
C
- CA (Être). Être parfait, comme
il faut que ce soit—dans l'argot
du peuple.
- CAB, s. m. Apocope de Cabotin,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Cabot.
- CABARET BORGNE, s. m.
Mauvais lieu, cabaret de mauvaise
mine.
- CABAS, s. m. Vieux chapeau
d'homme ou de femme,—dans
l'argot des bourgeois.
- CABASSER, v. n. Bavarder,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi Tromper, et même Voler.
- CABASSEUR, s. m. Faiseur de cancans.
Signifie aussi Voleur.
- CABERMON, s. f. Cabaret,—dans
l'argot des voleurs.
- CABESTAN, s. m. Officier de
paix,—dans le même argot.
- CABILLOT, s. m. Soldat,—dans
l'argot des marins.
- CABO, s. m. Chien,—dans
l'argot du peuple, qui a contracté le vieux mot Clabaud.
On dit aussi Cabe.
- CABOCHE, s. f. Tête,—dans
l'argot du peuple, qui s'éloigne
bien du κεφαλη [grec: kephalê] grec et du caput
latin, mais ne s'éloigne pas du
tout de la tradition: «D'autant
plus qu'il n'avoit pas beaucoup
de cervelle en sa caboche,»—disent
les Nuits de Straparole.
«Biau sire, laissiés me caboche,
Par la char Dieu, c'est villenie!»
disent les poésies d'Eustache Deschamps.
On dit aussi Cabosse.
- CABOCHON, s. m. Coup reçu
sur la tête, ou sur toute autre partie du corps.
- CABOTIN, s. m. Mauvais acteur,—le
Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.
- CABOTINAGE, s. m. Le stage
de comédien, qui doit commencer
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par être sifflé sur les théâtres
de toutes les villes de France,
avant d'être applaudi à Paris.
- CABOTINE, s. f. Drôlesse qui
fait les planches au lieu de faire le trottoir.
- CABOTINER, v. n. Aller de
théâtre en théâtre et n'être engagé nulle part.
- CABOULOT, s. m. Boutique
de liquoriste tenue par de belles
filles bien habillées, qui n'ont
pour unique profit que les deux
sous du garçon.
Ce mot a une vingtaine d'années. Au début, il a servi d'enseigne
à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse,
puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation,
appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à
jeunes gens, et il a fait son chemin.
- CABRER (Se), v. réfl. Se fâcher,—dans
l'argot des bourgeois.
- CABRIOLET, s. m. Petit instrument
fort ingénieux que les agents de police emploient pour mettre les malfaiteurs qu'ils arrêtent
hors d'état de se servir de leurs mains.
- CABRION, s. m. Rapin, loustic,
mauvais farceur,—dans
l'argot des gens de lettres, qui
se souviennent du roman d'Eugène
Sue (Les Mystères de Paris).
- CACA, s. m. Evacuation alvine,—dans
l'argot des enfants; Vilenie,—dans l'argot
des grandes personnes qui connaissent le verbe Cacare.
Faire caca. Ire ad latrinas.
- CACADE, s. f. Reculade, fuite
honteuse,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de
prêter ce mot à Voltaire.
- CACHE, s. f. Endroit où l'on
se cache. Argot des enfants.
>Jouer à cache-cache. Jouer à se cacher.
- CACHEMIRE, s. m. Torchon,—dans
l'argot ironique des faubouriens.
Donner un coup de cachemire sur une table. L'essuyer.
- CACHEMIRE D'OSIER, s. m.
Hotte,—dans l'argot des
chiffonniers.
Ils disent aussi Cabriolet, et Carquois d'osier.
- CACHE-MISÈRE, s. m. Vêtement
ample, boutonné jusqu'au menton et dissimulant tant bien
que mal l'absence de la chemise. Argot du peuple.
- CACHEMITE, s. f. Cachot,—dans
l'argot des voleurs.
- CACHER, v. a. et n. Manger,—dans
l'argot des faubouriens.
- CACHET DE LA RÉPUBLIQUE,
s. m. Coup de talon de botte
sur la figure. Argot des voyous.
- CACHET DE M. LE MAIRE, s.
m. Tache breneuse à la chemise. Argot du peuple.
- CACHOTTERIE, s. f. Mystère
fait à propos de choses qui n'en valent pas la peine. Même argot.
- CACHOTTIER, s. m. Homme
sournois, mystérieux, qui ne confie rien à personne.
- CADAVRE, s. m. Synonyme
de corps. Même argot.
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Se mettre quelque chose dans le cadavre. Manger.
- CADAVRE, s. m. Secret qu'on
a intérêt à cacher,—faute ou crime, faiblesse ou malhonnêteté.
Argot des gens de lettres.
Savoir où est le cadavre de quelqu'un.
Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son faible.
- CADÈNE, s. f. Chaîne de cou,—dans
l'argot des voleurs, dont les pères ont jadis fait partie
de la Grande Cadène qui allait de Paris à Toulon ou à Brest.
- CADET, s. m. Outil pour forcer
les portes. Même argot.
- CADET, s. m. Les parties
basses de l'homme, «la cible aux coups de pied». Argot du
peuple.
Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates.
Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner
leur mépris à quelqu'un ou pour clore une discussion qui
leur déplaît: «Tiens, baise Cadet!»
- CADET, s. m. Synonyme de
Quidam ou de Particulier.
Tu es un beau cadet! Phrase ironique qu'on adresse à celui
qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.
- CADET DE HAUT APPÉTIT, s.
m. Grand mangeur, ou dépensier.
- CADET DE MES SOUCIS (C'est
le). Phrase de l'argot du peuple, qui signifie: Je ne m'inquiète
pas de cela, je m'en moque.
- CADICHON, s. m. Montre,—dans
l'argot des voleurs.
- CADRAN, s. m. Le derrière
de l'homme,—dans l'argot
des voyous.
Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.
- CAFARDE, s. f. La lune,—dans
l'argot des voleurs, qui redoutent les indiscrétions de cette
planète assistant à leurs méfaits derrière un voile de nuages.
- CAGE, s. f. Prison,—dans
l'argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l'on tenait à
empêcher l'homme qui vole de s'envoler.
Cage à chapons. Couvent d'hommes.
Cage à jacasses. Couvent de femmes.
Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.
- CAGE, s. f. Atelier de composition,—dans
l'argot des typographes.
Ils disent aussi Galerie.
- CAGETON, s. m. Hanneton,—dans
l'argot des voleurs, qui
savent qu'il est impossible de
mettre ce scarabée en cage, et
qui voudraient bien jouir du
même privilège.
- CAGNE, s. f. et m. Personne
paresseuse comme une chienne,—dans
l'argot du peuple.
C'est aussi le nom qu'il donne
au cheval,—pour les mêmes
raisons.
- CAGNOTTE, s. f. Rétribution
tacitement convenue qu'on placesous le chandelier de la demoiselle
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de la maison. Argot des joueurs du demi-monde.
- CAGOU, s. m. Voleur solitaire,—dans
l'argot des voleurs.
- CAHIN-CAHA, adv. Avec peine,
de mauvaise grâce,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie:
qua hinc, qua hac.
- CAILLASSE, s. f. Cailloux,—dans
le même argot.
- CAILLÉ, s. m. Poisson,—dans
l'argot des voleurs.
- CAILLE COIFFÉE, s. f. Femme
éveillée, un peu plus amoureuse que son mari ne le voudrait,—dans
l'argot du peuple, qui connaît les mœurs du Coturnix.
- CAILLOU, s. m. Figure grotesque,—dans
l'argot des voyous.
Signifie aussi Nez.
- CAISSE D'ÉPARGNE, s. f. La
bouche, dans l'argot du peuple, qui a l'ironie amère, parce qu'il
sait que les trois quarts du salaire sont absorbés par ce gouffre
toujours ouvert.
Il l'appelle aussi, en employant
une image contraire, Madame la
Ruine.
- CAISSON, s. m. Tête,—dans
l'argot des soldats.
Se faire sauter le caisson. Se
brûler la cervelle.
- CALABRE, s. f. Teigne,—dans
l'argot des voleurs.
- CALAIN, s. m. Vigneron,—dans
le même argot.
- CALANCHER, v. n. Mourir,—dans
l'argot des vagabonds.
- CALANDRINER LE SABLE, v.
a. Traîner sa misère,—dans
l'argot des voyous.
- CALÉ, ÉE, adj. Riche, heureux,—dans
l'argot du peuple, à qui il semble qu'un homme calé ne
peut plus tomber ni mourir.
- CALEBASSE, s. f. Tête,—dans
l'argot des faubouriens, qui
ont trouvé une analogie quelconque
entre l'os sublime et le
fruit du baobab, presque aussi
vides l'un que l'autre.
Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.
- CALEBASSES, s. f. pl. Gorge
molle, qui promet plus qu'elle
ne tient.
- CALÉGE, s. f. Femme entretenue,—dans
l'argot des voleurs qui prononcent calèche à la vieille mode.
- CALER, v. n. Appuyer sa
main droite sur sa main gauche
en jouant aux billes,—dans
l'argot des enfants.
- CALER, v. n. Céder, rabattre
de ses prétentions,—ce qui est une façon de baisser les voiles.
Argot du peuple.
- CALER, v. n. N'avoir pas de
besogne, attendre de la copie,—dans
l'argot des typographes.
- CALER L'ÉCOLE, v. a. N'y pas
aller, la lâcher,—dans l'argot
des écoliers qui ont appris assez
de latin et de grec pour supposer
que ce verbe vient de chalare
et de Χαλαω [grec: Chalaô].
Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs
classes, veulent qu'on dise caner et non caler, s'appuyant sur la
signification bien connue du
67
premier verbe, qui n'est autre en effet que Faire la cane, s'enfuir.
Mais je persisterai dans mon orthographe, dans mon étymologie et dans ma prononciation,
parce qu'elles sont plus rationnelles et qu'en outre elles ont
l'avantage de me rappeler les meilleures heures de mon enfance.
En outre aussi, à propos de cette expression comme à
propos de toutes celles où les avis sont partagés, je pense exactement
comme le chevalier de Cailly à propos de chante-pleure:
«Depuis deux jours on m'entretient
Pour savoir d'où vient chante-pleure:
Du chagrin que j'en ai, je meure!
Si je savais d'où ce mot vient,
Je l'y renverrais tout à l'heure...»
- CALICOT, s. m. Commis d'un
magasin de nouveautés,—dans
l'argot du peuple.
Le mot date de la Restauration, de l'époque où les messieurs
de l'aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons,
au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin
avec leurs allures militaires, qu'on éprouva le besoin de les
mettre au théâtre pour les corriger.
- CALICOTE, s f. Maîtresse de
commis de nouveautés.
- CALIGULER, v. a. Ennuyer,—dans
l'argot des gens de lettres,
qui ont gardé rancune au
Caligula d'Alexandre Dumas.
- CALINO, s. m. Nom d'une
sorte de Jocrisse introduit par
Antoine Fauchery dans un vaudeville,
et qui a été appliqué
depuis à tous les gens assez
simples d'esprit, par exemple,
pour s'imaginer avoir vu bâtir la
maison où ils sont nés.
- CALINOTADE, s. f. Naïveté
qui frise de près la niaiserie.
- CALLOT, s. m. Teigneux,—dans
l'argot des voleurs.
- CALME ET INODORE (Être). Se
conduire convenablement,—dans l'argot du peuple.
- CALOQUET, s. m. Chapeau.
- CALORGNE, s. m. Borgne, ou
seulement Bigle.
On dit aussi Caliborgne.
- CALOT, s. m. Dé à coudre,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi coquille de noix.
- CALOT, s. m. Grosse bille avec
laquelle on cale en jouant,—dans
l'argot des enfants.
- CALOTIN, s. m. Prêtre,—dans
l'argot du peuple.
- CALOTS, s. m. pl. Yeux ronds
comme des billes,—dans l'argot
des faubouriens.
Boiter des calots. Loucher.
- COTTE (La). Le Clergé,—dans
l'argot des bourgeois.
Le régiment de la calotte.
Société de Jésus,—sous la Restauration.
Aux XVIIe et XVIIIe
siècles on avait donné ce nom à
une société bien différente, composée
de beaux esprits satiriques.
- CALOTTE, s. f. Soufflet,—dans
l'argot du peuple.
- CALOTTER, v. a. Souffleter.
- CALVIGNE, s. f. La vigne,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Clavigne.
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On dit aussi Clavin.
- CAMARADERIE, s. f. Aide mutuelle
mais intéressée que se prêtent les gens de lettres, journalistes
ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à la réputation.
C'est la courte-échelle appliquée à l'art et à la littérature,
c'est-à-dire aux deux plus respectables choses qui soient au
monde,—les plus respectables et les moins respectées, «Passe-moi
la casse et je te passerai le séné. Dis que j'ai du génie et je
crierai partout que tu as du talent.»
Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres
de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés
et pas du tout des amis; ils s'aident, mais ils se méprisent. C'est
Henri Delatouche, l'ennemi, et, par conséquent, la victime de la
camaraderie, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement
marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la
littérature française.
- CAMARDE, s. f. La Mort,—dans
l'argot des voleurs, qui
trouvent sans doute qu'elle manque
de nez.
- CAMARO, s. m. Camarade,
ami,—dans l'argot des faubouriens.
- CAMBOLER, v. n. Se laisser
choir. Même argot.
- CAMBRIOLE, s. f. Chambre,—dans
l'argot des voleurs.
Cambriole de Milord. Appartement
somptueux.
Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.
- CAMBRIOLEUR, s. m. Homme
qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques,
en l'absence de leurs locataires.
Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.
- CAMBROU, s. m. Domestique
mâle. Même argot.
- CAMBROUSE, s. f. Gourgandine,—dans
l'argot des faubouriens, qui se rencontrent sans le
savoir avec les auteurs du Théâtre-Italien.
- CAMBROUSIER, s. m. Brocanteur,—dans
l'argot des revendeurs
du Temple.
- CAMBROUSSE, s. f. Banlieue,
campagne,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Camplouse.
- CAMBUSE, s. f. Cabaret,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi logis quelconque, taudis.
- CAMELLIA, s. m. Femme entretenue,—par
allusion à Marie Duplessis, qui a servi de type à Alexandre Dumas fils, pour sa
Dame aux Camélias.
C'est par conséquent un mot qui date de 1852. Les journalistes
qui l'ont employé l'ont écrit tous avec un seul l,—comme Alexandre
Dumas fils lui-même, du reste,—sans prendre garde
qu'ainsi écrit ce mot devenait une injure de bas étage au lieu d'être
une impertinence distinguée: un
69
camellia est une fleur, mais le camélia est un καμηλος [grec: kamêlos].
- CAMELOT, s. m. Marchand
ambulant,—dans l'argot des faubouriens, qui s'aperçoivent
qu'on ne vend plus aujourd'hui que de la camelotte.
- Camelotte, s. f. Mauvaise
marchandise; besogne mal faite,—dans
l'argot des ouvriers;
livre mal écrit, dans l'argot des
gens de lettres.
Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont
adjectivé ce substantif; ils ont dit: Un mariage camelotte.
- CAMELOTTE, s. f. «Femme
galante de dix-septième ordre,»—dans
l'argot du peuple.
- CAMELOTTE EN POGNE, s. f.
Vol dans la main. Argot des prisons.
- CAMELOTTER, v. n. Marchander
ou vendre.
Signifie aussi mendier, vagabonder.
- CAMOUFLE, s. f. Chandelle,—dans
l'argot des voleurs.
La camoufle s'estourbe. La chandelle s'éteint.
- CAMOUFLEMENT, s. m. Déguisement,—parce
que c'est à tromper que sert la camoufle de l'instruction et de l'éducation.
- CAMOUFLER, v. pr. S'instruire,—se
servir de la camoufle, de la
lumière intellectuelle et morale.
- CAMOUFLER (Se), v. réfl. Se
déguiser.
- CAMOUFLET, s. m. Chandelier.
- CAMP DES SIX BORNES, s. m.
Endroit du cimetière où les marbriers
font leur sieste aux jours
de grande chaleur.
Piquer une romaine au camp. Dormir.
- CAMPHRE, s. m. Eau-de-vie
de qualité inférieure, âpre au gosier et funeste à l'estomac,
comme on en boit dans les cabarets populaciers ou assommoirs.
- CAMPHRIER, s. m. Marchand
de vin et d'eau-de-vie,—dans
l'argot des faubouriens.
Se dit aussi pour buveur d'eau-de-vie.
- CAMPO, s. m. Congé,—dans
l'argot des écoliers et des employés,
qui ne sont pas fâchés
d'aller ad campos et de n'aller ni
à leur école ni à leur bureau.
Avoir campo. Être libre.
- CAMUS, adj. Etonné, confus,
comme quelqu'un qui viendrait
de «se casser le nez»,—dans
l'argot du peuple.
- CAMUSE, s. f. Carpe,—dans
l'argot des voleurs, qui alors n'ont
pas vu les carpes des bassins de
Fontainebleau.
- CAMUSE (La). La Mort,—dans
le même argot.
- CANAGE, s. m. Agonie,—dans
l'argot des voyous, qui ont
vu caner souvent devant la mort.
- CANAPÉ, s. m. Lieu où Bathylle
aurait reçu Anacréon,—dans
l'argot des voleurs, qui ont
toutes les corruptions.
- CANARD, s. m. Imprimé crié
dans les rues,—et par extension,
Fausse nouvelle. Argot des journalistes.
70
- CANARD, s. m. Journal sérieux
ou bouffon, politique ou
littéraire,—dans l'argot des
typographes, qui savent mieux
que les abonnés la valeur des
blagues qu'ils composent.
- CANARD, s. m. Mari fidèle et
soumis,—dans l'argot des bourgeoises.
- CANARD, s. m. Morceau de
sucre trempé dans le café, que le
bourgeois donne à sa femme ou
à son enfant,—s'ils ont été bien
sages.
- CANARD, s. m. Chien barbet,—dans
l'argot du peuple, qui
sait que ces chiens-là vont à l'eau
comme de simples palmipèdes,
water-dogs.
- CANARD, s. m. Fausse note,—dans
l'argot des musiciens.
On dit aussi Couac.
- CANARDER, v. a. Fusiller,—dans
l'argot des troupiers,
pour qui les hommes ne comptent
pas plus que des palmipèdes.
- CANARDER, v. a. Tromper.
- CANARDIER, s. m. Crieur de
journaux.
Signifie aussi journaliste.
- CANARD SANS PLUMES, s. m.
Nerf de bœuf,—dans l'argot du peuple.
- CANARI, s. m. Imbécile, serin,—dans
le même argot.
- CANASSON, s. m. Cheval,—dans
l'argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit
de son aussi bien que d'avoine: cane-à-son.
- CANCAN, s. m. Médisance à
l'usage des portières et des femmes de chambre. Argot du peuple.
- CANCAN, s. m. Fandango parisien,
qui a été fort en honneur il y a trente ans, et qui a été remplacé
par d'autres danses aussi décolletées.
- CANCANER, v. n. Danser le
cancan;—Faire des cancans.
- CANCANIER, adj. et s. Bavard,
indiscret. Qui colporte de faux bruits, des médisances.
On dit aussi Cancaneur.
- CANCRE, s. m. Collégien qui
ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère
le Jardin des plantes de Buffon au Jardin des racines
grecques de Lancelot.
- CANCRE, s. et adj. Avare,
homme qui n'aime point à prêter.
Argot du peuple.
Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien,
soit par incapacité, soit par inconduite.
- CANER, v. n. Avoir peur, s'enfuir,
faire la cane ou le chien.
- CANER, v. a. Ne pas faire,
par impuissance ou par paresse.
Argot des gens de lettres.
Caner son article. Ne pas envoyer
l'article qu'on s'était engagé à écrire.
- CANER, v. n. Mourir,—dans
l'argot des voyous.
- CANER LA PÉGRENNE, v. a.
Mourir de faim,—dans l'argot
des voleurs.
- CANICHE, s. m. Chien en général,—dans
l'argot du peuple, pour lequel le caniche est le seul
chien qui existe, comme le dada
71
est pour les enfants le seul cheval de la création.
- CANICHE, s. m. Ballot à oreilles,—dans
l'argot des voleurs.
- CANNE, s. f. Surveillance de
la haute police,—dans le même
argot.
- CANNE, s. f. Congé, renvoi
plus ou moins poli,—dans l'argot
des gens de lettres, dont quelques-uns
ont une assez jolie collection
de ces rotins.
Offrir une canne. Prier un collaborateur
de ne plus collaborer;
l'appeler à d'autres fonctions,
toutes celles qu'il voudra—mais
ailleurs.
- CANON, s. m. Verre,—dans
l'argot des francs-maçons; petite
mesure de liquide,—dans l'argot
des marchands de vin.
Petit canon. La moitié d'un cinquième.
Grand canon. Cinquième.
- CANONNER, v. n. Fréquenter
les cabarets.
- CANONNER, v. n. Crepitare,—dans
l'argot facétieux des faubouriens, amis du bruit, d'où qu'il sorte.
- CANONNEUR, s. m. Ivrogne,
homme qui boit beaucoup de canons.
- CANONNIER DE LA PIÈCE HUMIDE,
s. m. Infirmier,—dans
l'argot des soldats.
- CANONNIÈRE, s. f. Le podex
de Juvénal, dans l'argot des faubouriens.
Charger la canonnière. Manger.
Gargousses de la canonnière. Navets, choux, haricots, etc.
- CANT, s. m. Argot des voleurs
anglais, devenu celui des voleurs
parisiens.
- CANT, s. m. Afféterie de manières
et de langage; hypocrisie
à la mode. Expression désormais
française.
Le cant et le bashfulness, deux
jolis vices!
- CANTALOUP, s. m. Imbécile,
melon,—dans l'argot des faubouriens.
- CANTIQUE, s. m. Chanson à
boire,—dans l'argot des francs-maçons,
qui savent que chanter
vient de cantare.
- CANTON, s. m. Prison,—dans
l'argot des voleurs.
- CANTONADE, s. f. Partie du
théâtre en dehors du décor,—dans
l'argot des coulisses.
Parler à la cantonade. Avoir
l'air de parler à quelqu'un qui est censé vous écouter,—au
propre et au figuré.
Ecrire à la cantonade. Ecrire pour n'être pas lu,—dans l'argot
des gens de lettres.
- CANTONNIER, s. m. Prisonnier.
- CANULANT, adj. Ennuyeux,
importun, insupportable,—dans l'argot du peuple, qui a une
sainte horreur des matassins, armés comme l'on sait, qui poursuivent
M. de Pourceaugnac.
- CANULE, s. f. Homme ennuyeux,
obsédant.
- CANULER, v. a. Ennuyer, obséder.
- CAPAHUTER, v. a. Assassiner
72
un complice pour s'approprier
sa part du vol.
- CAPE, s. f. Écriture,—dans
l'argot des voleurs.
- CAPET, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des ouvriers.
- CAPINE, s. f. Écritoire.
- CAPIR, v. a. Écrire.
- CAPITAINE, s. m. Agioteur,
dans l'argot des voleurs.
- CAPITAINE, s. m. Capitaliste,—dans
le même argot.
- CAPITAINE BÉCHEUR, s. m.
Capitaine rapporteur,—dans l'argot des soldats.
- CAPITAINER, v. a. Agioter.
- CAPITONNER (Se), v. réfl.
Garnir le corsage de sa robe «d'avantages» en coton,—dans
l'argot des petites dames qui, pour séduire les hommes,
ont recours à l'Art quand la Nature est insuffisante.
- CAPON, s. m. Lâche,—dans
l'argot du peuple, trop coq gaulois pour aimer les chapons.
- CAPONNER, v. n. Reculer,
avoir peur.
- CAPORAL, s. m. Tabac de la
régie.
- CAPOU, s. m. Ecrivain public,—dans
l'argot des voleurs.
- CAPRICE, s. m. Amant de
cœur,—dans l'argot de Breda-Street, où l'on a l'imagination
très capricante.
Caprice sérieux. Entreteneur.
- CAPSULE, s. f. Chapeau à
petits bords, à la mode depuis quelques années. Argot des faubouriens.
- CAQUER, v. n. Alvum deponere,—dans
l'argot du peuple.
- CARABAS, s. m. Vieille berline
de comte ou de marquis, carrosse d'un modèle suranné.
- CARABAS, s. m. Riche propriétaire
de terres ou de maisons.
On dit aussi Marquis de Carabas.
- CARABIN, s. m. Etudiant en
médecine,—dans l'argot du
peuple.
Carabine, s. f. Maîtresse d'étudiant.
- CARABINE, s. f. Fouet,—dans
l'argot des soldats du
train.
- CARABINÉ, ÉE, adj. De première
force ou de qualité supérieure.
Argot du peuple.
Plaisanterie carabinée. Difficile à accepter,
parce qu'excessive.
- CARABINER, v. n. Jouer timidement,
aventurer en hésitant son argent sur quelques cartes.
Argot des joueurs de lansquenet.
- CARAMBOLAGE, s. m. Lutte
générale,—dans l'argot des faubouriens.
- CARAMBOLER, v. a. Battre
quelqu'un, et surtout plusieurs quelqu'uns à la fois; faire coup
double, au propre et au figuré.
- CARANT, s. m. Planche,
morceau de bois carré,—dans l'argot des voleurs.
- CARANTE, s. f. Table.
73
- CARAPATTER (Se). V. réfl. Se
sauver, jouer des pattes. Argot des faubouriens.
- CARBELUCHE GALICÉ, s. m.
Chapeau de soie,—dans l'argot des voleurs.
- CARCAGNO, s. m. Usurier,—dans
l'argot des faubouriens.
- CARCAN, s. m. Vieux cheval
bon pour l'équarrisseur. Argot des maquignons.
- CARCASSE, s. f. Le corps humain,—dans
l'argot du peuple.
Avoir une mauvaise carcasse. Avoir une mauvaise santé.
- CARCASSIER, s. m. Habile
dramaturge,—dans l'argot des
coulisses.
On dit aussi Charpentier.
- CARDER, v. a. Egratigner le
visage de quelqu'un à coups d'ongles. Argot du peuple.
- CARDINAL DE LA MER, s. m.
Le homard,—dans l'argot ironique des gens de lettres, par
allusion à la bévue de Jules Janin.
- CARDINALE, s. f. Lune,—dans
l'argot des voleurs.
- CARDINALES, s. f. pl. Les
menses des femmes,—dans l'argot des bourgeois.
- CARDINALISER (Se), v. réfl.
Rougir, soit d'émotion, soit en buvant.
L'expression appartient à Balzac. Déjà Rabelais avait parlé
des «escrevisses qu'on cardinalise à la cuite».
- CARE, s. f. Cachette,—dans
l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi Planque.
- CARER, v. a. Cacher, se mettre
à l'abri.
- CAREUR, s. m. Voleur dont
la spécialité consiste à s'établir à portée du tiroir de caisse d'un
marchand, sous prétexte de pièces anciennes à échanger, et à
profiter de la moindre distraction pour s'emparer du plus de pièces
possible—anciennes ou nouvelles.
On dit aussi Voleur à la care.
C'est le pincher anglais.
- CARGE, s. f. Balle,—dans
l'argot des voleurs.
- CARGUER SES VOILES, v. a.
Agir prudemment, prendre ses invalides,—dans l'argot des marins.
- CARIBENER, v. a. Voler à la
care.
On dit aussi Carer.
- CARLINE, s. f. La Mort,—dans
l'argot des bagnes.
La carline (carlina vulgaris) est
une plante qui, au dire d'Olivier de Serres, prend son nom du
roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste. La vie étant
aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la mort
nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu'on lui a
donné ce nom? Ou bien est-ce parce qu'elle nous apparaît hideuse,
comme Carlin avec son masque noir?
- CARMAGNOLE, s. m. Soldat
de la République,—dans l'argot
74
des ci-devant émigrés à Coblentz.
- CARME, s. m. Argent,—dans
l'argot des voleurs.
Quelques étymologistes veulent qu'on écrive et prononce
carle,—probablement par contraction de carolus.
- CARME, s. m. Miche de pain,—dans
le même argot.
- CARMER, v. n. Payer, faire des
effets de poche.
- CARNAVAL, s. m. Personne
vêtue d'une façon extravagante, qui attire les regards et les
rires des passants. Argot des bourgeois.
- CARNE, s. f. Viande gâtée, ou
seulement de qualité inférieure,—dans l'argot du peuple, qui a
l'air de savoir que le génitif de caro est carnis.
Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise
allure.
- CAROGNE, s. f. Fille ou
femme de mauvaise vie.
- CAROTTE, s. f. Prudence habile,—dans
l'argot des joueurs.
Jouer la carotte. Hasarder le
moins possible, ne risquer que de petits coups et de petites
sommes.
- CAROTTE, s. f. Escroquerie
légère commise au moyen d'un mensonge intéressant,—dans
l'argot des étudiants, des soldats et des ouvriers.
Tirer une carotte. Conter une histoire mensongère destinée à
vous attendrir et à délier les cordons de votre bourse.
Carotte de longueur. Histoire habilement forgée.
- CAROTTE DANS LE PLOMB
(Avoir une), v. a. Se dit d'un chanteur qui fait un couac ou
chante faux,—dans l'argot des coulisses; avoir l'haleine infecte,—dans
l'argot des faubouriens.
- CAROTTER, v. a. Se servir de
carottes pour obtenir de l'argent
de son père, de son patron, ou
de toute personne charitable.
Carotter l'existence. Vivre misérablement.
Carotter le service. Se dispenser
du service militaire, ou autre, en demandant des congés
indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.
- CAROTTER, v. n. Jouer mesquinement,
ne pas oser risquer de grands coups ni de grosses sommes.
- CAROTTEUR, s. et adj. Celui
qui carotte au jeu.
- CAROTTIER, s. m. Homme
qui vit d'expédients, qui ment volontiers pour obtenir de l'argent.
Carottier fini. Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent
toujours.
- CAROUBLE, s. f. Fausse clé,—dans
l'argot des voleurs.
- CAROUBLEUR, s. m. Individu
qui vole à l'aide de fausses clés.
On dit aussi caroubleur refilé.
Caroubleur à la flan. Voleur à
l'aventure.
- CARRÉ (Être). Avoir une
grande énergie, aller droit au but. Argot des bourgeois.
75
- CARREAU DE VITRE, s. m.
Monocle,—dans l'argot des faubouriens.
- CARREAUX BROUILLÉS, s. m.
pl. Maison mal famée, tapis
franc,—abbaye des s'offre-à-tous.
- CARRELURE DE VENTRE, s. f.
Réfection plantureuse,—dans l'argot du peuple, qui éprouve
souvent le besoin de raccommoder son ventre déchiré par la faim.
- CARRÉMENT, adv. D'une manière
énergique, carrée.
- CARRER (Se), v. réfl. Se donner
des airs, faire l'entendu,—dans
le même argot.
On dit aussi Se recarrer.
- CARRER (Se), v. réfl. Se cacher,—dans
l'argot des faubouriens.
- CARRER DE LA DÉBINE (Se),
v. réfl. Se tirer de la misère.
- CARTAUDE, s. f. Imprimerie,—dans
l'argot des voleurs.
- CARTAUDE, s. m. Imprimé.
- CARTAUDER, v. a. Imprimer.
- CARTAUDIER, s. m. Imprimeur.
- CARTE, s. f. Papiers d'identité
qu'on délivre à la Préfecture de police, aux femmes qui veulent
exercer le métier de filles.
Être en carte. Être fille publique.
- CARTON, s. m. Carte à jouer,—dans
l'argot de Breda-Street, où fleurit le lansquenet.
Manier le carton. Jouer aux cartes.—On dit aussi Graisser
le carton et Tripoter le carton.
Maquiller le carton. Faire sauter la coupe.
- CARTONNIER, adj. Mal habile
dans son métier. Argot des ouvriers.
- CARUCHE, s. f. Prison,—dans
l'argot des voleurs.
- CAS, s. m. La lie du corps humain,
les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins
bruyante.
Faire son cas. Alvum deponere.
Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.
- CASAQUIN, s. m. Le corps
humain,—dans l'argot du peuple.
Sauter ou tomber sur le casaquin
à quelqu'un. Battre quelqu'un,
le rouer de coups.
Avoir quelque chose dans le casaquin.
Être inquiet, tourmenté par
un projet ou par la maladie.
- CASCADE, s. f. Plaisanterie;
manque de parole,—chute de promesse.
- CASCADES, s. f. pl. Fantaisies
bouffonnes, inégalités grotesques, improvisations fantasques,—dans
l'argot des coulisses.
- CASCADEUSE, s. f. Fille ou
femme qui,—dans l'argot des faubouriens,—laisse continuellement
la clé sur la porte de son cœur, où peuvent entrer indifféremment
le coiffeur et l'artiste, le caprice et le protecteur.
- CASCARET, s. m. Homme sans
importance, de mine malheureuse ou d'apparence chétive. Argot du peuple.
- CASE, s. f. Maison, logement
quelconque,—dans l'argot du 76
peuple, qui parle latin sans le savoir.
Le patron de la case. Le maître de la maison, d'un établissement
quelconque; le locataire d'une boutique, d'un logement.
- CASIMIR, s. m. Gilet,—dans
le même argot.
- CASQUE, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des faubouriens, pour qui c'est le mâle de casquette.
Casque-à-mèche. Bonnet de coton.
- CASQUE, s. m. Effronterie,
aplomb, blague du charlatan.
Avoir du casque, c'est-à-dire
parler avec la faconde de Mangin.
- CASQUE (Avoir son), v. a.
Être complètement gris,—ce qui amène naturellement une
violente migraine, celle que les médecins appellent galea, parce
qu'elle vous coiffe comme avec un casque.
- CASQUER, v. n. Payer,—dans
l'argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent
leur casque, avec prière—armée—de déposer votre offrande
dedans.
Signifie aussi: donner aveuglément dans un piège,—de
l'italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus
de la seconde que de la première,—celle qui est contenue dans cette phrase
fréquemment employée par le peuple: J'ai casqué pour le roublard
(je l'ai pris pour un malin).
- CASQUETTE, s. f. Chapeau de
femme,—dans l'argot des faubouriens.
- CASQUETTE (Être), v. n. Être
sur la pente d'une forte ivresse, avoir son casque.
- CASSANT, s. m. Noyer, arbre,—dans
l'argot des voleurs; biscuit de mer,—dans l'argot des matelots.
- CASSANTES, s. f. pl. Les dents,—dans
l'argot des voleurs.
- CASSE, s. f. Ce que l'on casse.
Argot des garçons de café.
- CASSE-COU, s. m. Homme
hardi jusqu'à l'audace, audacieux jusqu'à l'imprudence, jusqu'à la
folie. Argot du peuple.
- CASSE-CUL, s. m. Chute qu'on
fait en glissant. Argot du peuple. Les enfants jouent souvent au casse-cul.
- CASSE-GUEULE, s. m. Bal de
barrière,—dans l'argot des faubouriens qui s'y battent fréquemment.
- CASSE-MUSEAU, s. m. Coup
de poing,—dans le même argot.
C'est le nom d'une sorte de pâtisserie dans l'ouest de la
France. Rabelais dit casse-musel.
- CASSE-NOISETTE, s. m. Figure
grotesque, où le nez et le menton sont sur le point d'accomplir
le mariage projeté depuis leur naissance.
- CASSE-POITRINE, s. m. Eau-de-vie
poivrée,—dans l'argot du peuple.
- CASSE-POITRINE, s. m. pl.
Individus voués aux vices abjects,
77
qui manustupro dediti sunt, dit le docteur Tardieu.
- CASSER, v. n. Mourir,—dans
l'argot des voleurs.
- CASSER, v. a. Couper,—dans
l'argot des voyous.
- CASSER (Se la), v. réfl. S'en
aller de quelque part; s'enfuir.
- CASSER DU BEC, v. n. Avoir
une haleine infecte,—dans l'argot des faubouriens.
- CASSER DU GRAIN, v. a. Ne
rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du peuple.
- CASSER DU SUCRE, v. a. Faire
des cancans,—dans l'argot des cabotins.
- CASSER LA GEULE A SON
PORTEUR D'EAU, v. a. Avoir ses menses,—dans l'argot des
voyous.
- CASSER LA HANE, v. a. Couper
la bourse,—dans l'argot des voleurs.
- CASSER LA MARMITE, v. a. Se ruiner;
s'enlever, par une folie, tout moyen d'existence. Argot des faubouriens.
- CASSER LE COU A UN CHAT,
v. a. Manger une gibelotte,—dans l'argot du peuple.
- CASSER LE COU A UNE NÉGRESSE,
v. a. Vider une bouteille.
- CASSER LE NEZ (Se), v. réfl.
Avoir une déception plus ou moins amère, depuis celle qu'on
éprouve à trouver fermée une porte qu'on s'attendait à trouver
ouverte, jusqu'à celle qu'on ressent à voir un amant chez
une femme qu'on avait le droit de croire seule.
- CASSER LE SUCRE A LA ROUSSE.
Dénoncer un camarade ou plutôt un complice. Argot des voleurs.
- CASSEROLE, s. f. Mouchard,—dans
le même argot.
- CASSEROLE, s. f. L'hôpital du
Midi,—dans l'argot des faubouriens.
Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord;
être soumis à un traitement dépuratif énergique.
- CCasser son cable, v. a.
Mourir,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté
l'expression à Commerson.
C'est une allusion à la rupture du câble transatlantique.
- CASSER SA CANNE, v. a. Dormir,
et, par extension, mourir.
- CASSER UNE CROUTE, v. a.
Manger légèrement en attendant un repas plus substantiel. Argot
des bourgeois.
- CASSER SA CRUCHE, v. a. Perdre
le droit de porter le bouquet de fleurs d'oranger,—dans l'argot
du peuple, qui interprète à sa manière le tableau de Greuze.
- CASSER SA FICELLE, v. a. S'évader
du bagne ou d'une maison centrale,—dans l'argot des voleurs.
- CASSER SA PIPE, v. a. Mourir,
dans l'argot des faubouriens et des rapins.
- CASSER SON SABOT, v. a.
Perdre le droit de porter un bouquet de fleur d'oranger,—dans
l'argot du peuple.
78
- CASSEUR, s. m. Fanfaron,qui
a l'air de vouloir tout casser,—dans
l'argot du peuple.
Mettre son chapeau en casseur.
Sur le coin de l'oreille, d'un air de défi.
- CASSEUR DE PORTES, s. m.
Voleur avec effraction,—dans l'argot des voyous.
- CASSINE, s. f. Maison où le
service est sévère,—dans l'argot des domestiques paresseux;
atelier où le travail est rude,—dans l'argot des ouvriers gouapeurs.
- CASSOLETTE, s. f. Bouche,—dans
l'argot des faubouriens.
Plomber de la cassolette. Fetidum halitum emittere.
- CASSOLETTE, s. f. La matula
de Plaute, et le «Pot qu'en chambre on demande» de Lancelot,—dans
l'argot du peuple, qui va chercher ses phrases dans
un autre Jardin que celui des Racines grecques.
Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d'immondices
et qu'il s'en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.
- CASTE DE CHARRUE, s. m.
Quart d'un écu,—dans l'argot
des voleurs.
- CASTILLE, s. f. Petite querelle,—dans
l'argot des bourgeois, qui cependant n'ont pas lu l'Histoire de Francion.
Chercher castille. Faire des reproches
injustes ou exagérés.
- CASTOR, s. m. Chapeau
d'homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en
paille,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie pas cette expression
précisément en bonne part.
- CASTROZ, s. m. Chapon,—dans
l'argot des voyous.
Ils disent aussi Castion.
- CASTU, s. m. Hôpital,—dans
l'argot des voleurs, qui savent mieux que personne que les premiers
établissements hospitaliers en France, notamment l'hôpital
général à Paris, ont été de véritables forteresses, castelli.
- CASTUC, s. f. Prison, un autre
hôpital, celui des vices, qui sont la maladie de l'âme.
- CAT, s. m. Chat,—dans
l'argot des enfants, qui parlent mieux le vieux français que les
grandes personnes:
Lou cat a fain
Quant manjo pain,
dit un fabliau ancien.
- CATAPLASME AU GRAS, s. m.
Épinards,—dans l'argot des
faubouriens.
- CATAPLASME DE VENISE, s.
m. Soufflet, coup sur le visage,—dans 'argot du peuple.
- CAUTEAU, s. f. Fille qui n'a
pas voulu coiffer sainte Catherine et s'est mariée avec le général
Macadam.
- CATHOLIQUE A GROS GRAINS,
s. m. Catholique peu pratiquant,—dans l'argot des bourgeois.
- CATIN, s. m. Un nom charmant
devenu une injure, dans l'argot du peuple, qui a bien
le droit de s'en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné
elle-même.
79
- CATINISER (Se). De fille honnête
devenir fille.
- CAUCHEMARDANT, adj. Ennuyeux,
importun,—dans l'argot des faubouriens.
- CAUCHEMARDER, v. a. Ennuyer,
obséder.
- CAUSE GRASSE. Cause amusante
à plaider et à entendre plaider,—dans l'argot des avocats,
héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d'œuvre du
genre est l'affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau, Me Arouet
de Voltaire plaidant—la plume à la main.
- CAUSETTE, s. f. Causerie familière,
à deux, dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter ce mot à George Sand.
Faire la causette. Causer tout bas.
- CAUSOTTER, v. n. Se livrer à
une causerie intime entre trois
ou quatre personnes.
- CAVALCADE, s. f. Aventure
galante.
Avoir vu des cavalcades. Avoir eu de nombreux amants.
- CAVALE, s. f. Course précipitée,
fuite,—dans l'argot des
voyous.
Se payer une cavale. Courir.
- CAVALE, s. f. Grande femme
maigre, mal faite, déhanchée.
- CAVALER (Se), v. réfl. S'enfuir
comme un cheval,—dans
l'argot des faubouriens.
- CAVALOT, s. m. Pièce de menue
monnaie,—dans le même
argot.
- CAVÉ, s. m. Dupe,—dans le
même argot.
- CAVÉE, s. f. Église,—dans
l'argot des voleurs, qui redoutent les rhumatismes.
- CAYENNE, s. m. Cimetière
extra muros,—dans l'argot du peuple, pour qui il semble que
ce soit là une façon de lieu de déportation.
Il dit aussi Champ de Navets,—parce
qu'il sait qu'avant d'être utilisés pour les morts,
ces endroits funèbres ont été utilisés pour les vivants.
- CAYENNE, s. m. Atelier éloigné
de Paris; fabrique située dans la banlieue. Argot des ouvriers.
- CÉLADON, s. m. Vieillard galant,—dans
l'argot des bourgeois, dont les grand'mères ont lu l'Astrée.
On dit aussi Vieux céladon.
- CENDRILLON, s. f. Jeune fille
à laquelle ses parents préfèrent ses sœurs et même des étrangères;
personne à laquelle on ne fait pas attention,—dans l'argot
du peuple, qui a voulu consacrer le souvenir d'un des plus
jolis contes de Perrault.
- CE N'EST PAS A FAIRE! Je
m'en garderais bien!
Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par
eux à toutes les sauces: c'est leur réponse à tout. Il faudrait
pouvoir la noter.
- CENT COUPS (Être aux). Être
bouleversé; ne savoir plus où donner de la tête. Argot des bourgeois.
80
- CENT COUPS (Faire les). Se
démener pour réussir dans une affaire; mener une vie déréglée.—Argot
des bourgeois.
- CENTRE, s. m. Nom,—dans
l'argot des voleurs, qui savent que le nom est en effet le point
où convergent les investigations de la police, et qui, à cause de
cela, changent volontiers de centre.
Centre à l'estorgue. Faux nom, sobriquet.
Centre d'altèque. Nom véritable.
- CENTRE DE GRAVITÉ, s. m.
Nates,—dans l'argot des bourgeois, qui ont emprunté cette
expression-là aux Précieuses.
- CERBÈRE, s. m. Concierge,—dans
l'argot du peuple.
- CERCHER, v. a. Chercher,—dans
l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (circare) et à la tradition:
«Mes sommiers estoient assez loin, et estoit trop tard pour les cercher,» dit Philippe
de Commines.
Li marinier qui par mer nage,
Cerchant mainte terre sauvage,
Tout regarde il à une estoile,
disent les auteurs du Roman de la Rose.
- CERCLE, s. m. Argent monnayé,—dans
l'argot des voleurs.
- CERCLÉ, s. m. Tonneau,—dans
le même argot.
- CERF-VOLANT, s. m. Femme
qui attire sous une allée ou dans un lieu désert les enfants en train
de jouer pour leur arracher leurs boucles d'oreilles et quelquefois
l'oreille avec la boucle.—Argot des voleurs.
- CERNEAU, s. m. Jeune fille,—dans
l'argot des gens de lettres.
- C'EST LE CHAT! Expression
de l'argot du peuple, qui souligne ironiquement un doute, une dénégation.
Ainsi, quelqu'un disant: Ce n'est pas moi qui ai fait cela.—Non!
c'est le chat! lui répondra-t-on.
- CHABANNAIS, s. m. Reproches
violents, quelquefois mêlés de coups de poing,—dans le même
argot.
Ficher un chabannais. Donner une correction.
- CHACAL, s. m. Zouave,—dans
l'argot des soldats d'Afrique, par allusion au cri que poussent
les zouzous en allant au feu.
- CHAFOUIN, adj. et s. Sournois,
rusé,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de
prêter cette expression à Saint-Simon, qui l'a employée à propos
de Dubois.
- CHAFOFURER (Se), v. réfl.
S'égratigner.
- CHAFRIOLER (Se), v. réfl. Se
caresser, se complaire,—à la façon des chats.
L'expression appartient à Balzac.
- CHAHUT, s. m. Cordace lascive
fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration,
et remplacée depuis par le cancan,—qui a été lui-même
remplacé par d'autres cordaces de la même lascivité.
81
Quelques écrivains font ce mot du féminin.
- CHAHUT, s. m. Bruit, vacarme
mêlé de coups,—dans l'argot des faubouriens.
Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret;
tomber sur les sergents de ville, dans la rue.
- CHAHUTER, v. n. Danser indécemment.
- CHAHUTER, v. a. Secouer
avec violence; renverser; se disputer.
- CHAHUTEUR, s. m. Mauvais
sujet.
- CHAHUTEUSE, s. f. Habituée
des bals publics; dévergondée.
- CHALOUPE, s. f. Femme à
toilette tapageuse,—dans l'argot
des voyous.
Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.
- CHALOUPER, v. n. Danser le
chahut.
- CHAMAILLER (Se), v. réfl. Se
disputer,—dans l'argot du
peuple.
- CHAMAILLER DES DENTS, v. n.
Manger.
- CHAMBARDER, v. a. Secouer
sans précaution; renverser; briser,—dans l'argot des ouvriers
qui ont servi dans l'infanterie de marine.
- CHAMBRE DES PAIRS, s. f.
Bagne à vie,—dans l'argot des prisonniers.
- CHAMBRELAN, s. m. Ouvrier
en chambre; locataire qui n'occupe qu'une seule chambre,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Chamberlan, et ce mot, comme l'autre, est la première
forme de Chambellan. Les gens du bel air ont donc tort de
rire des petites gens,—qui parlent mieux qu'eux, puisqu'ils
parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissart,
qui parlaient comme les Allemands (Kâmmerling ou Chamarlinc).
- CHAMBRILLON, s. f. Petite
servante,—dans le même argot.
- CHAMEAU, s. m. Fille ou
femme qui a renoncé depuis
longtemps au respect des hommes.
Le mot a une cinquantaine d'années de bouteille.
- CHAMEAU, s. m. Compagnon
rusé, qui tire toujours à lui la
couverture, et s'arrange toujours
de façon à ne jamais payer son
écot dans un repas ni de sa personne
dans une bagarre.
- CHAMP D'OIGNONS, s. m. Cimetière,—dans
l'argot des faubouriens, qui savent que les
morts empruntent aux vivants un terrain utilisé pour l'alimentation
de ceux-ci.
- Champfleurisme, s. m. Ecole
littéraire dont Champfleury est le chef. C'est le réalisme.
- CHAMPFLEURISTE, s. et adj.
Disciple de Champfleury.
- CHAMPOREAU, s. m. Café à
la mode arabe, concassé et fait à froid,—dans l'argot des faubouriens
qui ont été troupiers en Afrique.
Pour beaucoup aussi, c'est du
82
café chaud avec du rhum ou de l'absinthe.
- CHANÇARD, s. m. Homme
heureux en affaires ou en amour,—dans
l'argot du peuple.
- CHANCELER, v. n. Être gris à
ne plus pouvoir se tenir sur ses
jambes,—dans le même argot.
- CHANCRE, s. m. Grand mangeur,
homme qui dévore tout,—dans
le même argot.
- CHANDELIER, s. m. Le nez,—dans
l'argot des faubouriens.
- CHANDELLE, s. f. Mucosité
qui forme stalactite au-dessous du nez,—dans le même argot.
- CHANDELLE, s. f. Soldat en
faction. Même argot.
Être entre quatre chandelles. Être conduit au poste entre
quatre fusiliers.
- CHANDELLE BRÛLE (La). Se
dit,—dans l'argot des bourgeois,—pour
presser quelqu'un,
l'avertir qu'il est temps de rentrer
au logis.
- CHANGER DE COMPOSTEUR.
Passer à un autre exercice, manger après avoir causé, rire après
avoir pleuré, etc. Argot des typographes et des ouvriers.
- CHANGER SES OLIVES D'EAU,
v. n. Meiere,—dans l'argot des faubouriens.
- CHANGEUR, s. m. Le Babin
chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour,
se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers,
selon leurs besoins du moment.
- CHANOINE, s. m. Rentier,—dans
l'argot des voleurs.
Au féminin, Chanoinesse.
- CHANOINE DE MONTE-A-REGRET.
Condamné à mort.
- CHANTAGE, s. m. Industrie
qui consiste à soutirer de l'argent à des personnes riches et
vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes; ou
seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins
bien, en les menaçant de les éreinter dans le journal dont on
dispose.
- CHANTÉ (Être). Être dénoncé,—dans
l'argot des voleurs.
- CHANTEAU, s. m. Morceau de
pain ou d'autre chose,—dans l'argot du peuple.
- CHANTER, v. a. Parler,—dans
l'argot du peuple, qui n'emploie ce verbe qu'en mauvaise part.
Faire chanter. Faire pleurer.
- CHANTER (Faire). Faire donner
de l'argent à un homme riche qui possède un vice secret
que l'on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être
loué dans un feuilleton.
L'expression est vieille comme le vice qu'elle représente.
- CHANTER LE CHANT DU DÉPART,
v. a. Quitter une réunion, une compagnie d'amis,—dans
l'argot des bohèmes.
- CHANTER POUILLE, v. n.
Chercher querelle, dire des injures. Argot du peuple.
- CHANTEUR, s. m. Homme
sans moralité qui prend en main
83
la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.
- CHANTEUR DE LA CHAPELLE
SIXTINE, s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par
suite d'accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de capi-agassi.
- CHAPARDER, v. a. Marauder,—dans
l'argot des troupiers.
- CHAPARDEUR, s. m. Maraudeur.
- CHAPEAU EN BATAILLE, s.
m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers
d'état-major.
Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c'est-à-dire dans
la ligne du nez.
- CHAPELLE, s. f. Cabaret, buvette
quelconque,—dans l'argot des ouvriers, dévots à Bacchus.
Faire ou Fêter des chapelles.
Faire des stations chez tous les marchands de vin.
- CHAPI, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des faubouriens,
dont les ancêtres ont dit chapel
et chapin.
- CHAPITEAU, s. m. La tête,—sommet
de la colonne-homme.
Même argot.
- CHAPON, s. m. Morceau de
pain frotté d'ail,—dans l'argot du peuple, qui en assaisonne
toutes les salades.
On dit aussi Chapon de Gascogne.
- CHAPON DE LIMOUSIN, s. m.
Châtaigne.
- CHAPSKA, s. m. Chapeau.
Argot des faubouriens.
C'est un souvenir donné à la coiffure des lanciers polonais,—de
la garde nationale de Paris.
- CHAPUISER, v. n. Tailler, couper,—dans
l'argot du peuple, qui emploie là un des vieux mots de notre langue.
- CHARABIA, s. m. Patois de
l'Auvergne.
Se dit aussi pour Auvergnat.
- CHARCUTER, v. a. Couper un
membre; opérer.
- CHARCUTIER, s. m. Chirurgien.
- CHARDON DU PARNASSE, s. m.
Mauvais écrivain,—dans l'argot des Académiciens, dont
quelques-uns pourraient entrer dans la tribu des Cinarées.
- CHARDONNERET, s. m. Gendarme,—dans
l'argot des faubouriens, qui font allusion au liseré
jaune du costume de la maréchaussée.
- CHARGÉ (Être). Être en état
d'ivresse, dans l'argot des ouvriers.
- CHARGÉE (Être). Avoir levé
un homme au bal, ou sur le trottoir,—dans l'argot des petites
dames.
- CHARGER, v. a. et n. Enlever
un décor. Argot des coulisses.
C'est la manœuvre contraire à Appuyer.
- CHARLEMAGNE, s. m. Sabre-poignard,—dans
l'argot des troupiers.
- CHARLOT. L'exécuteur des
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hautes œuvres,—dans l'argot du peuple.
Le mot est antérieur à 1789.
Soubrettes de Charlot. Les valets
du bourreau, chargés de faire
la toilette du condamné à mort.
Les Anglais disent de même Ketch ou Jack Ketch,—quoique
Monsieur de Londres s'appelle Calcraft.
- CHARMANTE, s. f. La gale,—dans
l'argot des voleurs.
- CHARMER LES PUCES, v. a. Se
mettre en état d'ivresse,—dans l'argot du peuple.
- CHAROGNE, s. f. Homme difficile
à vivre,—dans l'argot des
faubouriens.
Signifie aussi Homme roué, corrompu.
- CHARPENTER LE BOURRICHON
(Se), v. réfl. S'enflammer à propos de n'importe qui ou de
n'importe quoi,—dans l'argot des ouvriers.
- CHARPENTIER, s. m. Celui
qui agence une pièce, qui en fait la carcasse,—dans l'argot des
dramaturges, qui se considèrent, avec quelque raison, comme des
ouvriers de bâtiment.
- CHARRIAGE, s. m. Vol pour
lequel il faut deux compères, le
jardinier et l'Américain, et qui
consiste à dépouiller un imbécile
de son argent en l'excitant à
voler un tas de fausses pièces d'or
entassées au pied d'un arbre,
dans une plaine de Grenelle quelconque.
S'appelle aussi Vol à l'Américaine.
- CHARRIEUR, s. m. Voleur qui
a la spécialité du charriage.
Charrieur, cambrousier. Voleur qui exploite les foires et les fêtes
publiques.
Charrieur de ville. Celui qui
vole à l'aide de procédés chimiques.
Charrieur à la mécanique. Autre
variété de voleur.
- CHARRON, s. m. Voleur.
- CHARTRON, s. m. Position des
acteurs vers la fin d'une pièce.
Faire ou Former le chartron.
Ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment
du couplet final.
- CHAS ou CHASSE, s. m. Œil,—dans
l'argot des voleurs, soit
parce que les yeux sont les trous
au visage, ou parce qu'ils en sont
les châssis, ou enfin parce qu'ils
ont parfois, et même souvent, la
chassie.
Ce mot qui ne se trouve pourtant
dans aucun dictionnaire respectable, est plus étymologique
qu'on ne serait tenté de le supposer au premier abord. Je m'appuie,
pour le dire, de l'autorité de Ménage, qui fait venir chassie de
l'espagnol cegajoso, transformé par le patois français en chaceuol, qui
voit mal, qui a la vue faible. Et, dans le même sens nos vieux auteurs
n'ont-ils pas employé le mot chacius?
Châsses d'occase. Yeux bigles,
ou louches.
- CHASSE, s. f. Réprimande, objurgation,
reproches,—dans
l'argot des ouvriers.
Foutre une chasse. Faire de violents reproches.
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- CHASSE-COQUIN, s. m. Bedeau,—dans
l'argot du peuple.
- CHASSE-COUSIN, s. m. Mauvais
vin,—dans l'argot des bourgeois, qui emploient volontiers
ce remède héroïque, quand ils «traitent» des parents importuns,
pour se débarrasser à jamais d'eux.
- CHASSE-NOBLE, s. m. Gendarme,—dans
l'argot des voleurs, qui se rappellent sans
doute que leurs ancêtres étaient des grands seigneurs, des gens de
haute volée.
- CHASSER, v. n. Fuir,—dans
l'argot des faubouriens.
- CHASSER AU PLAT, v. n.
Faire le parasite,—dans l'argot
du peuple.
- CHASSER DES RELUITS, v. n.
Pleurer. Argot des voleurs.
- CHASSER LE BROUILLARD, v.
a. Boire le vin blanc ou le petit verre du matin,—dans l'argot
des ouvriers.
On dit aussi Chasser l'humidité.
- CHASSIS, s. m. pl. Les yeux.
Argot des faubouriens.
- CHASSUE, s. f. Aiguille,—dans
l'argot des voleurs, qui savent
que toute aiguille a un
chas.
- CHASSURE, s. f. Lotium,—dans
le même argot.
- CHAT, s. m. Geôlier,—dans
le même argot.
Chat fourré. Juge; greffier.
- CHAT, s. m. Lapin,—dans
l'argot du peuple, qui s'obstine à croire que les chats coûtent moins
cher que les lapins et que ceux-ci n'entrent que par exception
dans la confection des gibelottes.
- CHAT, s. m. Enrouement subit
qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait
faire des couacs.
- CHAT (Être). Avoir des allures
caressantes, félines,—dans l'argot du peuple, qui dit cela en
bonne comme en mauvaise part.
- CHATAIGNE, s. f. Soufflet appliqué
sur la joue,—dans l'argot des ouvriers, qui ont emprunté
cette expression à des Lyonnais.
- CHATAUD, de, adj. et s.
Gourmand, gourmande,—dans l'argot du peuple. «J'étais chataude
et fainéante,» dit la jolie Manon de Rétif de la Bretonne.
- CHATEAU-BRANLANT, s. m.
Chose ou personne qui remue toujours, et qu'à cause de cela on
a peur de voir tomber. Argot du peuple.
- CHATTE, s. f. Autrefois écu
de six livres, aujourd'hui pièce de cinq francs,—dans l'argot
des filles.
- CHATTEMENT, adv. Doucement,
câlinement.
L'expression est de Balzac.
- CHAUD, adj. et s. Rusé, habile,—dans
l'argot du peuple, assez
cautus.
Être chaud. Se défier.
Il l'a chaud. C'est un malin qui entend bien ses intérêts.
- CHAUD, adj. Cher, d'un prix
élevé.
86
- CHAUD! cHAUD! Exclamation
du même argot, signifiant: Vite!
dépêchez-vous!
- CHAUD DE LA PINCE, s. m.
Homme de complexion amoureuse.
- CHAUDRON, s. f. Mauvais
piano qui rend des sons discordants,—dans
l'argot des bourgeois.
Taper sur le chaudron. Jouer du piano,—dans l'argot du peuple.
- CHAUDRONNER, v. a. Aimer
à acheter et à revendre toutes
sortes de choses, comme si on y
était forcé.
- CHAUDRONNIER, s. m. Acheteur
et revendeur de marchandises d'occasion,—de la tribu
des Rémonencq parisiens.
- CHAUFFE LA COUCHE, s. m.
Homme qui aime ses aises et reste volontiers au lit,—dans l'argot
du peuple.
J'ai entendu employer aussi cette expression dans un sens contraire
à celui que je viens d'indiquer,—dans le sens d'Homme
qui s'occupe des soins incombant à la femme de ménage.
C'est le mari de la femme qui porte les culottes.
- CHAUFFER, v. n. Aller bien,
rondement, avec énergie.
- CHAUFFER LE FOUR, v. a. Se
griser.
Avoir chauffé le four. Être en état d'ivresse.
- CHAUFFER UNE FEMME, v. a.
Lui faire une cour sur le sens de laquelle elle n'a pas à se méprendre.
Nos pères disaient: Coucher en joue une femme.
- CHAUFFER UNE PIÈCE, v. a.
Lui faire un succès, la prôner d'avance dans les journaux ou
l'applaudir à outrance le jour de la représentation.
- CHAUFFER UNE PLACE, v. a.
La convoiter, la solliciter ardemment.
Nos pères disaient: Coucher en joue un emploi.
- CHAUFFEUR, s. m. Homme
de complexion amoureuse.
Se dit aussi de tout homme qui amène la gaieté avec lui.
- CHAUFFEUR, s. et adj. Hâbleur,
blagueur.
- CHAUMIR, v. a. Perdre,—dans
l'argot des voleurs.
- CHAUSSER, v. a. Convenir,—dans
l'argot des bourgeois, qui
n'osent pas dire botter.
- CHAUSSER LE COTHURNE, v.
a. Ecrire ou jouer des tragédies,—dans l'argot des académiciens,
qui parlent presque aussi mal que les faubouriens la noble langue
dont ils sont les gardiens, comme les capi-agassi sont ceux
d'un sérail.
- CHAUSSETTES DE DEUX PAROISSES,
s. f. pl. Chaussettes dépareillées.
- CHAUSSETTES POLONAISES, s.
f. pl. Morceaux de papier dont les soldats s'enveloppent les pieds.
- CHAUSSON, s. m. Femme ou
fille qu'une vie déréglée a avachie, éculée.
Putain comme chausson. Extrêmement
débauchée. Aurélien
87
Scholl a spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible
à citer, par cette autre, qui n'écorche pas la bouche et
qui rend la même pensée: Légère comme chausson.
- CHAUSSON, s. m. Pâtisserie
grossière garnie de marmelade de
pommes et de raisiné. Les enfants
en raffolent parce qu'il y a
beaucoup à manger et que cela
ne coûte qu'un sou.
- CHAUSSON, s. m. Boxe populaire
où le pied joue le rôle principal,
chaussé ou non.
- CHAUSSONNER, v. a. Donner
des coups de pied.
- CHELINGUER, v. n. Puer,—dans
l'argot des faubouriens.
Chelinguer des arpions. Puer des pieds.
On dit plus élégamment: Chelinguer des arps.
Chelinguer du bec. Fetidum emittere halitum.
L'expression ne viendrait-elle pas de l'allemand schlingen, avaler,
ouvrir trop la bouche?
- CHEMIN DE FER, s. m. Variété
du jeu de baccarat,—où l'on perd plus vite son argent.
- CHEMISE DE CONSEILLER, s.
f. Linge volé,—dans l'argot des voleurs, qui ont voulu, dit
M. Francisque Michel, donner à entendre que le linge saisi servait
à faire des chemises à leurs juges.
- CHÊNE, s. m. Homme victime,—dans
l'argot du bagne.
Faire suer le chêne. Tuer un homme.
Chêne affranchi. Homme affranchi, voleur.
Les voleurs anglais ont le même
mot: oak, disent-ils d'un homme riche. To rub a man down with
an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d'un homme qu'ils ont
tué en le frottant avec une serviette de chêne,—un bâton.
- CHENILLON, s. m. Fille laide
ou mal mise,—dans l'argot des
bourgeois.
- CHENU, adj. Bon, exquis, parfait,—dans
l'argot des ouvriers.
- CHENUMENT, adv. Très bien.
Vadé l'a employé.
- CHENU RELUIT, adv. Bonjour,—dans
l'argot des voleurs.
Chenu sorgue. Bonsoir.
- CHERCHE! Rien,—dans l'argot
des gamins et des faubouriens.
Avoir dix à cherche. Avoir dix points lorsque son adversaire n'en
a pas un seul.
- CHERCHER LA PETITE BÊTE,
v. a. Vouloir connaître le dessous
d'une chose, les raisons cachées
d'une affaire,—comme les enfants
les ressorts d'une montre.
Argot du peuple.
Avoir trop d'ingéniosité dans l'esprit et dans le style, s'amuser
aux bagatelles de la phrase au lieu de s'occuper des voltiges sérieuses
de la pensée. Argot des gens de lettres.
- CHERCHER MIDI A QUATORZE
HEURES, v. a. Hésiter à faire une chose, ou s'y prendre maladroitement
pour la faire,—dans l'argot du peuple, ennemi des lambins.
88
Signifie aussi: Se casser la tête pour trouver une chose simple.
- CHETAR ou Jetar, s. m. Prison.
Argot des voleurs.
- CHEVAL DE RETOUR, s. m.
Vieux forçat, récidiviste.
- CHEVAL DE TROMPETTE, s. m.
Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre.
Argot du peuple.
Être bon cheval de trompette. Ne s'étonner, ne s'effrayer de
rien.
- CHEVALIER DU CROCHET, s. m. Chiffonnier.
- CHEVALIER DU LANSQUENET,
s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à n'importe quel jeu de
cartes,—dans l'argot des bourgeois, qui ne sont pas fâchés de
mettre au rancart certaines autres expressions sœurs aînées de
celle-ci, comme Chevalier d'industrie, etc.
- CHEVALIER DU LUSTRE, s. m.
Applaudisseur gagné. Argot de théâtre.
On dit aussi Romain.
- CHEVALIER DU MÈTRE, s. m.
Commis de nouveautés.
- CHEVANCE, s. f. Ivresse,—dans
l'argot des voleurs, qui savent
que, dans cet état, les plus
gueux se croient toujours heureux
et riches.
- CHEVELU, s. m. Romantique,—dans
l'argot des bourgeois de 1830.
- CHEVEU, s. m. Embarras subit,
obstacle quelconque, plus ou
moins grave,—dans l'argot du
peuple.
Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble
à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux
cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le
salut des Mégariens; mais la vérité est qu'il sort tout simplement
et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de
l'Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.
Trouver un cheveu à la vie. La
prendre en dégoût et songer au suicide.
Voilà le cheveu! C'est une variante
de: Voilà le hic!
- CHEVILLARD, s. m. Boucher
sans importance,—dans l'argot
des gros bouchers, qui n'achètent
pas à la cheville, eux!
- CHÈVRE, s. f. Mauvaise humeur,—dans
l'argot des ouvriers, et spécialement des typographes.
Avoir la chèvre. Être en colère.
Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quelqu'un.
Signifie aussi se laisser berner.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on
disait, dans le même sens, Prendre
la chèvre.
- CHEVRONNÉ, s. et adj. Récidiviste,—dans
l'argot des prisons.
- CHEVROTIN (Être). Avoir un
caractère épineux, difficile à manier, qui amène souvent des
chèvres.
- CHIASSE, s. f. Diarrhée,—dans
l'argot du peuple.
89
- CHIASSE, s. f. Chose de peu
de valeur; marchandise avariée.
Même argot.
Chiasse du genre humain. Homme méprisable.
- CHIASSE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en
général et en particulier.
- CHIC, s. m. Habileté de main,
ou plutôt de patte,—dans l'argot des artistes, qui ont emprunté ce
mot au XVIIe siècle.
Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d'imagination,
de souvenir.
- CHIC, s. m. Goût, façon pittoresque
de s'habiller ou d'arranger les choses,—dans l'argot des
petites dames et des gandins.
Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon—ou
de mauvais—goût.
Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire
une chose.
- CHIC (Être). Être bien, être
bon genre,—dans le même
argot.
Monsieur Chic. Personne distinguée—par
sa générosité envers
le sexe.
Discours chic. Discours éloquent,—c'est-à-dire
rigolo.
- CHICAN, s. m. Marteau,—dans
l'argot des voleurs.
- CHICARD, adj. et s. Superlatif
de Chic.
Ce mot a lui-même d'autres superlatifs, qui sont Chicandard
et Chicocandard.
- CHICARD, s. m. Type de carnaval,
qui a été imaginé par un
honorable commerçant en cuirs,
M. Levesque, et qui est maintenant
dans la circulation générale
comme synonyme de Farceur, de
Roger-Bontemps, de Mauvais
sujet.
- CHICARDEAU, adj. m. Poli,
aimable,—dans l'argot des faubouriens.
- CHICARDER, v. n. Danser à la
façon de Chicard, «homme de génie qui a modifié complètement
la chorégraphie française», affirme M. Taxile Delord.
- CHICHE, s. m. Économe, et
même Avare,—dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi Chichard.—Notre vieux français avait chice.
- CHICHE! Exclamation de défi
ou de menace,—dans l'argot des
enfants et des ouvriers.
- CHICHERIE, s. f. Lésinerie.
Notre vieux français avait chiceté.
- CHICORÉE, s. f. Verte réprimande,
reproches amers qui souvent se changent même en coups.
Tout le monde connaît le goût de la cichorium—endivia ou non
endivia.
- CHICORÉE, s. f. Femme maniérée,
chipie.
Faire sa chicorée. Se donner des airs de grande dame, et n'être
souvent qu'une petite dame.
- CHICOT, s. m. Petit morceau
de dent, de pain, ou d'autre
chose,—dans l'argot du peuple.
- CHICOTER (Se), v. réfl. Se disputer,
se battre pour des riens. Même argot.
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Ce verbe est vieux: on le trouve dans les Fabliaux de
Barbazan.
- CHIÉ, part. passé. Ressemblant.
C'est lui tout chié. Il a le même visage et surtout le même caractère.
- CHIEN, s. m. Entrain, verve,
originalité,—dans l'argot des
gens de lettres et des artistes;
bagou, impertinence, désinvolture
immorale,—dans l'argot des
petites dames.
- CHIEN, s. m. Caprice de
cœur,—dans l'argot des petites
dames.
Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
- CHIEN, s. m. Compagnon,—dans
l'argot des ouvriers affiliés
au Compagnonnage.
- CHIEN, s. et adj. Tracassier,
méticuleux, avare, exigeant,—dans
l'argot du peuple, qui se
plaît à calomnier «l'ami de
l'homme». C'est l'expression
anglaise: Dog-bolt.
Vieux chien. Vieux farceur,—sly dog, disent nos voisins.
- CHIENDENT, s. m. Difficulté,
obstacle, anicroche,—dans l'argot
du peuple, qui sait avec
quelle facilité le hunds-grass
pousse dans le champ de la
félicité humaine.
Voilà le chiendent. Voilà le hic.
- CHIEN DE RÉGIMENT, s. m.
Caporal ou brigadier,—dans l'argot des soldats.
- CHIEN DU COMMISSAIRE, s. m.
Agent attaché au service du commissaire; celui qui, il y a
quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette
pour inviter les boutiquiers au balayage.
- CHIENLIT, s. m. Homme vêtu
ridiculement, grotesquement,—dans l'argot du peuple, qui n'a
pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles
Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes
philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu'au XVe siècle
pour trouver—dans chéaulz, enfants, et lice, chienne—une
étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en
capitales de onze sur le bas de leur chemise, c'est avoir une
furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs,
sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare—en
français—date du XIIIe siècle,
et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe,
n'a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu
du XVIIIe siècle; mais il existait
tout formé du jour où le verbe lui-même l'avait été, et l'on peut
dire qu'il est né tout d'une pièce. Il est regrettable que M. Charles
Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d'ingéniosité
à ce propos; mais aussi, son point de départ était par trop
faux: «La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de
Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison.» M. Nisard a tort,
qu'il me permette de le lui dire: les gamins de Paris ont toujours
91
prononcé chie-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée,
le reste s'écroule. Il est vrai que les morceaux en sont
bons.
- CHIENLIT (A la)! Exclamation
injurieuse dont les voyous et les
faubouriens poursuivent les masques,
dans les jours du carnaval,—que
ces masques soient élégants
ou grotesques, propres ou
malpropres.
- CHIENNER, v. n. Se dit—dans
l'énergique argot du peuple—des
femmes qui courent après
les hommes, renversant ainsi les
chastes habitudes de leur sexe.
- CHIENNERIE, s. f. Vilenie,
liarderie; mauvais tour,—dans
le même argot.
- CHIER DANS LA MALLE OU
DANS LE PANIER DE QUELQU'UN,
v. n. Lui jouer un tour qu'il ne
pardonnera jamais,—dans le
même argot.
Le peuple dit quelquefois, pour
mieux exprimer le dégoût que lui
cause la canaillerie de quelqu'un:
Il a chié dans mon panier jusqu'à
l'anse.
L'expression, qu'on pourrait
croire moderne, sort de la satire
Ménippée, où on lit: «Cettuy-là
a fait caca en nos paniers: il a
ses desseins à part.»
- CHIER DANS LE CASSETIN AUX
APOSTROPHES, v. n. Devenir
riche,—dans l'argot des typographes,
qui n'ont pas de fréquentes
occasions de commettre
cette incongruité rabelaisienne.
- CHIER DANS SES BAS, v. n.
Donner des preuves d'insanité
d'esprit,—dans l'argot du
peuple.
- CHIER DE GROSSES CROTTES
(Ne pas), v. a. Avoir mal dîné,
ou n'avoir pas dîné du tout.
- CHIER DE PETITES CROTTES,
v. a. Gagner peu d'argent, vivre
dans la misère.
- CHIER DES CAROTTES, v. a.
Se dit de toute personne qui non
potest excernere, ou difficillime
excernit, ou excernit sanguinem.
- CHIER DES CHASSES. Pleurer.
Argot des voyous.
- CHIER DES YEUX. Avoir les
yeux chassieux. Argot du peuple.
- CHIER DU POIVRE, v. n. Manquer
à une promesse, à un rendez-vous;
disparaître au moment où
il faudrait le plus rester.
- CHIER SUR LA BESOGNE. Travailler
mollement, et même renoncer
au travail.
- CHIER SUR L'œIL, v. n. Se
moquer tout à fait de quelqu'un.
- CHIER SUR QUELQU'UN ou
sur quelque chose. Témoigner
un grand mépris pour elle ou
pour lui; l'abandonner, y renoncer.
Brantôme a employé cette
expression à propos de la renonciation
du ministre protestant
David.
- CHIEUR D'ENCRE. Écrivain,
journaliste.
- CHIFFARDE, s. f. Assignation
à comparoir,—dans l'argot des
voleurs.
- CHIFFARDE, s. f. Pipe,—dans
l'argot des faubouriens.
- CHIFFE, s. f. Homme sans
92
énergie, chiffon pour le courage,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Mou comme une
chiffe, mais c'est un pléonasme.
- CHIFFERTON ou Chiffreton,
s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.
- CHIFFON, s. f. Petite fille—et
aussi grande fille—à minois ou à vêtements chiffonnés. Voltaire
a employé cette expression à propos de la descendante de Corneille.
- CHIFFON DE PAIN, s. m. Morceau
de pain coupé,—dans l'argot du peuple.
- CHIFFON ROUGE, s. m. La
langue,—dans l'argot des voleurs, qui sont parfois des néologues
plus ingénieux que les gens de lettres.
Balancer le chiffon rouge. Parler.
Les voleurs anglais disent de même Red rag.
- CHIFFONNER, v. a. Contrarier,
ennuyer,—dans l'argot
des bourgeois.
- CHIFFONNIER, s. m. Homme
qui se plaît dans le désordre.
- CHIFFONNIER, s. m. Voleur
de mouchoirs,—qui sont des
chiffons pour ces gens-là.
- CHIFFONNIER DE LA DOUBLE
COLLINE, s. m. Mauvais poète,—dans
l'argot des gens de lettres.
- CHIFFORNION, s. m. Foulard;
loque; chiffons,—dans l'argot des voyous.
- CHIGNER DES YEUX, v. n.
Pleurer,—dans le même argot.
- CHIMIQUE, s. f. Allumette
chimique,—dans l'argot du peuple.
- CHINER, v. n. Brocanter, acheter
tout ce qu'il y a d'achetable—et surtout de revendable—à
l'hôtel Drouot.
- CHINEUR, s. m. Marchand de
peaux de lapins,—dans l'argot des chiffonniers. Signifie aussi
Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un
Raphaël qu'un lot de fonte.
- CHINFRENIAU, s. m. Ornement
de tête ou de cou,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi coup à la tête ou au visage,—au chanfrein.
- CHINOIS, s. m. Original; quidam
quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Chinois de paravent.
- CHINOIS, s. m. Petite orange
verte, confite dans l'eau-de-vie, qui est, à ce qu'il paraît, le produit
d'un oranger particulier, le citrus vulgaris chinensis, le bigaradier
chinois.
- CHINOISERIE, s. f. Farce,
plaisanterie de bon ou de mauvais goût.
- CHIPER, v. a. Dérober,—dans
l'argot des enfants; voler,—dans l'argot des grandes personnes.
Peccadille ici, délit là.
Génin donne à ce mot une origine commune au mot chiffon,
ou chiffe: le verbe anglais to chip, qui signifie couper par morceaux.
Je le veux bien; mais il serait si simple de ne rien emprunter
aux Anglais en se contentant
93
de l'étymologie latine accipere, dont on a fait le vieux
verbe français acciper! Acciper, par syncope, a fait ciper; ciper à
son tour a fait chiper,—comme cercher a fait chercher.
- CHIPETTE, s. f. Rien ou peu
de chose,—dans l'argot du
peuple.
- CHIPETTE, s. f. Lesbienne,—dans
l'argot des voleurs, qui ne connaissent pas le grec, mais
dont les ancêtres ont connu le rouchi.
- CHIPEUR, s. m. Enfant qui
emprunte les billes ou les tartines
de ses camarades; homme qui vole les porte-monnaie et les
mouchoirs de ses concitoyens.
- CHIPIE, s. f. Fille ou femme
qui fait la dédaigneuse, qui prend
de grands airs à propos de petites
choses,—dans l'argot du
peuple, ennemi né des grimaces.
- CHIPOTER, v. n. Faire des
façons; s'arrêter à des riens. Ce mot appartient à la langue romane.
Signifie aussi: Manger du bout des dents.
- CHIPOTEUSE, s. f. Femme capricieuse;
variété de Chipie.
- CHIPOTIER, ÈRE, s. m. et f.
Celui, celle qui ne fait que chipoter.
- CHIQUE, s. f. Église,—dans
l'argot des voleurs, qui, s'ils ne savent pas le français, savent
sans doute l'anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l'allemand
(Kirch).
- CHIQUE, s. f. Griserie,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi mauvaise humeur,—l'état de l'esprit étant
la conséquence de l'état du corps.
Avoir une chique. Être saoul.
Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.
- CHIQUE, s. f. Morceau de tabac
cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer
placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un
plaisir—dégoûtant.
Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir.
On dit aussi, pour imposer silence à quelqu'un: Pose ta chique
et fais le mort.
- CHIQUÉ (Être). Être fait, peint
ou dessiné avec goût, avec esprit, avec chic.
- CHIQUE DE PAIN, s. f. Morceau
de pain.
- CHIQUEMENT, adv. Avec chic.
- CHIQUER, v. a. Dessiner ou
peindre avec plus d'adresse que de correction, avec plus de chic
que de science véritable.
- CHIQUER, v. a. Battre, donner
des coups,—dans l'argot des faubouriens, qui déchiquettent
volontiers leurs adversaires, surtout lorsqu'ils ont une chique.
Se chiquer. Echanger des coups de poing et des coups de
pied.
- CHIQUER, s. m. Manger.
- CHIQUETTE, s. f. Petit morceau.
- CHIQUETTE A CHIQUETTE,
adv. Par petits morceaux.
C'est évidemment le même mot que chicot, qui a lui même
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pour racine le vieux mot français chice.
- CHIQUEUR, s. m. Mangeur,
glouton.
- CHIQUEUR, s. m. Artiste qui
fait de chic au lieu de faire d'après
nature.
- CHIRURGIEN EN VIEUX, s.
m. Savetier qui répare les vieux
cuirs,—dans l'argot des faubouriens.
- CHOCAILLON, s. f. Ivrognesse,
chiffonnière,—dans l'argot des
bourgeois.
- CHOCNOSOFF, s. et adj. Brillant,
élégant, beau, parfait,—dans
l'argot des faubouriens et
des rapins.
- CHOLÉRA, s. m. Viande malsaine,
ou seulement de qualité inférieure,—dans l'argot des
bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.
- CHOLETTE, s. f. Chopine de
liquide,—dans l'argot des voleurs.
Double cholette. Litre.
- CHOPER, v. a. Attraper en
courant,—dans l'argot des écoliers.
- CHOPER, v. a. Prendre, voler,—dans
l'argot des voleurs.
Se faire choper. Se faire arrêter.
- CHOPIN, s. m. Objet volé;
coup; affaire.
Bon chopin. Vol heureux et considérable.
Mauvais chopin. Vol de peu d'importance, qui ne vaut pas
qu'on risque la prison.
- CHOPINER, v. n. Hanter les
cabarets,—dans l'argot dédaigneux des bourgeois, qui, eux,
hantent les cafés.
Chopiner théologalement, dit Rabelais.
- CHOSE. Nom qu'on donne à
celui ou celle qu'on ne connaît pas.
On dit aussi Machin. Ulysse,
au moins, se faisait appeler Personne
dans l'antre de Polyphème!
- CHOSE, adj. Singulier, original,
bizarre,—dans l'argot du peuple, à qui le mot propre
manque quelquefois.
Avoir l'air chose. Être embarrassé,
confus, humilié.
Être tout chose. Être interdit,
ému, attendri.
- CHOU-BLANC, s. m. Insuccès,
le chou blanc étant, dans la classe
des Brassicées, ce que la rose
noire est dans la famille des Rosacées:
le désespoir des chercheurs
d'inconnu.
Faire chou blanc. Echouer dans une entreprise; manquer au
rendez-vous d'amour; revenir de la chasse le carnier vide, etc.
- CHOUCHOUTER, v. a. Choyer,
caresser, traiter de petit chou.
L'expression est de Balzac.
- CHOUCROUTER, v. n. Manger
de la sauer-kraut,—dans l'argot
des faubouriens.
Signifie aussi parler allemand.
- CHOUCROUTEUR, s. m. Allemand,
mangeur de sauer-kraut.
On dit aussi Choucroutemann.
- CHOUETTE, adj. Superlatif de
Beau, de Bon et de Bien,—dans
l'argot des ouvriers.
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On dit aussi Chouettard et
Chouettaud,—sans augmentation
de prix.
- CHOUETTE (Être). Être pris,—dans
l'argot des voleurs, qui
opèrent la nuit comme les chats-huants,
et, le jour, s'exposent
comme eux à avoir sur le dos
tous les oiseaux de proie policiers,
leurs ennemis naturels.
- CHOUETTE (Faire une). Jouer
au billard seul contre deux autres
personnes.
- CHOUETTEMENT, adv. Parfaitement.
- CHOUFFLIQUEUR, s. m. Mauvais
ouvrier, Savetier,—dans l'argot des typographes, qui, à
leur insu, se servent là de l'expression allemande schuhflicker.
- CHOUMAQUE, s. m. Cordonnier,—dans
l'argot du peuple, qui ne se doute guère qu'il prononce
presque bien le mot allemand Schumacher.
On dit aussi Choufflite: mais ce mot n'est qu'une corruption
du précédent.
- CHOURINER, v. a. Tuer,—dans
l'argot des ouvriers qui ont
lu les Mystères de Paris d'Eugène
Sue, et qui, à cause de cela,
n'ont que de fort incomplètes et
de fort inexactes notions de
l'argot des voleurs.
V. Suriner.
- CHOURINEUR, s. m. Assassin,—par
allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte
ce nom, lequel avait, à ce qu'il paraît, grand plaisir à tuer.
L'étymologie voudrait que l'on dît Surineur; mais l'euphonie
veut que l'on prononce Chourineur.
- CHRÉTIEN, s. m. Homme, à
quelque religion qu'il appartienne.
Argot du peuple.
Viande de chrétien. Chair humaine.
- CHRONOMÈTRE, s. m. Montre
en général. Argot des bourgeois.
- CHRYSALIDE, s. f. Vieille
coquette, dans l'argot des faubouriens, qui ont parfois l'analogie
heureuse, quoique impertinente.
- CHTIBES, s. f. pl. Bottes,—dans
l'argot des voyous.
- CHUTER, v. n. Tomber,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi, et alors ce verbe est actif. Empêcher de réussir,—dans
l'argot des coulisses.
- CIBLE A COUPS DE PIED, s. f.
Le derrière. Argot du peuple.
- CI-DEVANT, s. m. Vieillard,—qui
a été jeune.
- CI-DEVANT, s. m. Noble.
- CIERGE, s. m. Sergent de
ville en grande tenue,—dans l'argot des marbriers de cimetière.
- CIGALE, s. f. Cigare,—dans
l'argot du peuple, qui frise l'étymologie
de plus près que les
bourgeois, puisque cigare vient
de Espagnol cigarro, qui vient
lui-même, à tort ou à raison, de
cigara, cigale, par une vague
analogie de forme.
- CIGALE, s. f. Chanteuse des
rues, qui se trouve souvent dépourvue
lorsque «la bise est venue».
96
- CIGALE, s. f. Pièce d'or,—dans
l'argot des voleurs, qui
aiment à l'entendre sonner dans
leur poche.
Ils disent aussi cigue, par apocope,
et Ciguë, par corruption.
- CIGOGNE, s. f. Le Palais de
justice,—dans l'argot des voleurs.
Dab de la Cigogne. Le procureur général.
- CIMENT, s. m. Moutarde.—dans
l'argot des francs-maçons.
- CINQ-CENTIMADOS, s. m. Cigare
d'un sou,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu
parodier à leur façon les trabucos, les cazadores, etc.
- CINQ SOUS, s. m. Cigare de
vingt-cinq centimes.
- CINQUIÈME, s. m. Verre de
la contenance d'un cinquième de
litre,—dans l'argot des marchands
de vin.
Les faubouriens amis de l'euphonie, disent volontiers cintième.
- CIPAL, s. m. Garde municipal,—dans
l'argot des voyous,
amis des aphérèses.
- CIREUX, adj. et s. Qui a de la
chassie, de la cire aux yeux.
- CIRURGIEN, s. m. Médecin,
chirurgien,—dans l'argot du peuple, qui parle comme Ambroise
Paré écrivait. C'est le χειρουργικος [grec: cheirourgikos] des anciens.
- CITOYEN OFFICIEUX, s. m.
Laquais,—dans l'argot révolutionnaire,
qu'on emploie encore aujourd'hui.
- CIVADE, s. f. Avoine,—dans
l'argot des maquignons et des voleurs, qui emploient un mot
de la vieille langue française. Civade, vient de cive, qui venait
de cæpa, oignon, d'où cæpatum civet, plat à l'oignon; et l'étymologie
n'a rien de forcé, aimé venant bien d'amatum.
Les Espagnols disent cebada pour Orge.
- CIVARD, s. m. Herbage.
- CIVE, s. f. Herbe.
- CLABAUDER, v. n. Crier à
propos de tout, et surtout à propos de rien,—comme un chien.
Argot des bourgeois.
Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle; faire des cancans,—et
alors il est verbe actif.
- CLAIRTÉ, s. f. Lumière, netteté,
beauté,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (claricas)
et à la tradition.
«Parquoy s'ensuit qu'en toute claireté
Son nom reluyt et sa vertu pullule,»
dit Clément Marot.
- CLAMPIN, s. m. Fainéant,
traîne-guêtres, homme qui a besoin
d'être fortifié par un clamp.—le
clamp de l'énergie et de la
volonté.
- CLAMPINER, v. n. Marcher
paresseusement, flâner.
- CLAPIER, s. m. Maison mal
famée, où l'on élève du gibier
domestique à l'usage des amateurs
parisiens.
L'expression se trouve dans beaucoup d'écrivains des XVe et
XVIe siècles.
- CLAQUE, s. f. Soufflet,—dans
l'argot du peuple, qui aime les
onomatopées.
Figure à claques. Visage moqueur
97
qui donne des démangeaisons
à la main de celui qui le
regarde.
- CLAQUÉ, s. m. Homme mort.
La boite aux claqués. La Morgue.
Le jardin des claqués. Le cimetière des hospices.
- CLAQUE-FAIM, s. m. Homme
sans ressources, qui meurt de faim.
Le peuple dit aussi, dans le même sens, Claque-soif,—par
compassion, l'homme qui meurt de soif étant pour lui plus à
plaindre que celui qui meurt de faim.
- CLAQUER, v. a. Donner des
soufflets.
- CLAQUER, v. a. Vendre une
chose, s'en débarrasser,—dans
le même argot.
Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.
- CLAQUER, v. n. Manger,—dans
l'argot des voyous, qui font
allusion au bruit de la mâchoire
pendant la mastication.
- CLAQUER, v. n. Mourir.—dans
l'argot des faubouriens.
- CLARINETTE DE CINQ PIEDS,
s. f. Fusil,—dans l'argot des soldats.
- CLAVIN, s. m. Clou,—dans
l'argot des voleurs, plus fidèles
à l'étymologie (clavus) qu'à l'honnêteté.
- CLICHÉ, s. m. Phrase toute
faite, métaphore banale, plaisanterie
usée,—dans l'argot des
gens de lettres.
- CLIQUE, s. f. Diarrhée. Argot
du peuple.
- CLIQUE, s. f. Bande, coterie,
compagnie de gens peu estimables.
Même argot.
Mauvaise clique. Pléonasme fréquemment employé,—clique
ne pouvant jamais se prendre en bonne part.
- CLOPORTE, s. m. Concierge—soit
parce qu'il habite une
loge sombre et humide, comme
l'oniscus murarius; soit parce qu'il
a pour fonctions de clore la
porte de la maison.
- CLOQUE, s. f. Phlyctène bénigne
qui se forme à l'épiderme.—dans
l'argot du peuple, ami
des onomatopées.
Les bourgeois, eux, disent cloche: c'est un peu plus français,
mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules
lorsqu'on les crève.
- CLOS-CUL, s. m. Le dernier-né
d'une famille ou d'une couvée.
On dit aussi Culot.
- CLOU, s. m. Le mont-de-piété,—où
l'on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on
a un besoin immédiat d'argent.
Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements chez
un commissionnaire au mont-de-piété.
Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux,
dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.
- CLOU, s. m. Prison,—dans
l'argot des voleurs.
- CLOU, s. m. La salle de police,—dans
l'argot des soldats,
qui s'y font souvent accrocher
par l'adjudant.
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Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.
- CLOUER LE BEC, v. a. Imposer
silence à un importun, ou à
un mauvais raisonneur,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi River le clou.
- CLOUS, s. m. pl. Outils,—dans
l'argot des graveurs sur
bois, qui confondent sous ce nom
les échoppes, les burins et les
gouges.
- CLOUS DE GIROFLE, s. m. pl.
Dents noires, avariées, esgrignées comme celles de Scarron.
- CO, s. m. Coq,—dans l'argot
des paysans et des enfants.
- COCANGES, s. f. pl. Coquilles
de noix avec lesquelles certains
fripons font des dupes.
- COCANGEUR, s. m. Voleur
qui a la spécialité des Cocanges et
de la Roubignole.
- COCARDE, s. f. La tête,—dans
l'argot du peuple.
Taper sur la cocarde. Se dit
d'un vin trop généreux qui produit
l'ivresse.
Avoir sa cocarde. Être en état
d'ivresse.
- COCARDIER, s. m. Homme
fanatique de son métier,—dans
l'argot des troupiers.
- COCASSERIE, s. f. Saugrenuïté
dite ou écrite, jouée ou peinte,—dans
l'argot des artistes et des
gens de lettres.
- COCHE, s. f. Femme adipeuse,
massive, rougeaude,—dans l'argot du peuple, qui veut que la
femme pour mériter ce nom, ressemble à une femme et non
à une scrofa.
- COCHONAILLE, s. f. Charcuterie,—dans
l'argot des ouvriers,—qui ne redoutent pas les trichines.
On dit aussi Cochonnerie.
- COCHONNER, v. a. Travailler
sans soin, malproprement,—dans
l'argot des bourgeois.
- COCHONNERIE, s. f. Besogne
mal faite; marchandise de qualité inférieure; nourriture avariée
ou mal préparée.—Argot du peuple.
- COCHONNERIE, s. f. Vilain
tour, trahison, manque d'amitié.
- COCHONNERIE, s. f. Ce que
Cicéron appelle turpitudo verborum.—Argot des bourgeois.
- COCO, s. m. Boisson rafraîchissante
composée d'un peu de bois de réglisse et de beaucoup
d'eau. Cela ne coûtait autrefois qu'un liard le verre et les verres
étaient grands; aujourd'hui cela coûte deux centimes, mais les
verres sont plus petits. O progrès!
- COCO, s. m. Tête,—dans l'argot
des faubouriens, qui prennent
l'homme pour un Coco nucifera.
Coco déplumé. Tête sans cheveux.
Redresser le coco. Porter la tête haute.
Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l'imagination.
- COCO, s. m. Gorge, gosier,—dans
le même argot.
Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.
- COCO, s. m. Homme singulier,
99
original,—dans le même
argot.
Joli coco. Se dit ironiquement
de quelqu'un qui se trouve dans
une position ennuyeuse, ou qui
fait une farce désagréable.
Drôle de coco. Homme qui ne
fait rien comme un autre.
- COCO, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot des faubouriens.
- COCO, s. m. Cheval,—dans
l'argot du peuple.
Il a graissé la patte à coco. Se
dit ironiquement d'un homme
qui s'est mal tiré d'une affaire,
qui a mal rempli une commission.
- COCO, s. m. Œuf,—dans l'argot
des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.
- C>OCODÈS, s. m. Imbécile
riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se
moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte: il n'en
est rien,—car voilà une vingtaine d'années que l'acteur Osmont
l'a mis en circulation.
- COCODETTE, s. f. Drôlesse,—la
femelle du cocodès,—comme la chatte est la femelle
de la souris.
- COCO ÉPILEPTIQUE, s. m.
Vin de Champagne,—dans l'argot des gens de lettres qui ont lu
la Vie de Bohème.
- COCOS, s. m. pl. Souliers,—dans
l'argot des enfants.
- COCOTTE, s. f. Demoiselle qui
ne travaille pas, qui n'a pas de
rentes, et qui cependant trouve
le moyen de bien vivre—aux
dépens des imbéciles riches qui
tiennent à se ruiner.
Le mot date de quelques années
à peine. Nos pères disaient:
Poulette.
- COCOTTERIE, s. f. Le monde
galant, la basse-cour élégante où gloussent les cocottes.
- COCOTTES, s. f. pl. Poules,
canards, dindons, etc.,—dans
l'argot des enfants.
Se dit aussi des Poules en papier avec lesquelles ils jouent.
- CœUR D'ARTICHAUT, s. m.
Homme à l'amitié banale; femme à l'amour vénal,—dans l'argot
du peuple.
On dit: Il ou Elle a un cœur
d'artichaut, il y en a une feuille pour tout le monde.
- COFFRE, s. m. La poitrine,—dans
l'argot du peuple, qui a
l'honneur de se rencontrer pour
ce mot avec Saint-Simon.
Avoir le coffre bon. Se bien porter physiquement.
- COFFRER, v. a. Emprisonner,—dans
l'argot du peuple, qui
s'est rencontré pour ce mot avec
Voltaire.
Se faire coffrer. Se faire arrêter.
- COGNADE, s. f. Gendarmerie,—dans
l'argot des voleurs, qui ont de fréquentes occasions de
se cogner avec les représentants
de la loi.
- COGNE, s. m. Gendarme.
La cogne. La gendarmerie.
- COGNE, s. m. Apocope de Cognac,—dans
l'argot des faubouriens.
100
- COGNER (Se), v. réfl. Echanger
des coups de pied et des coups de poing,—dans le même
argot.
Se dit aussi pour: Prendre les armes, descendre dans la rue et
faire une émeute.
- COIFFER, v. a. Donner un
soufflet, une _calotte_.
- COIFFER, v. a. Trahir son
mari,—dans l'argot des bourgeoises.
- COIFFER (Se). Se prendre d'amitié
ou d'amour pour quelqu'un
ou pour quelque chose,—dans
l'argot du peuple, qui a eu l'honneur
de prêter ce mot à La Fontaine.
- COIFFER SAINTE CATHERINE,
v. a. Rester vieille fille,—dans
l'argot des bourgeois.
- COIRE, s. f. Ferme, métairie,—dans
l'argot des voleurs.
- COLAS, s. m. Cou,—dans le
même argot.
Faucher le colas. Couper le cou.
On dit aussi le colin.
- COLAS, s. m. Imbécile, ou seulement
homme timide,—dans
l'argot du peuple, qui aime les
gens dégourdis.
Grand Colas. Nigaud, qui a
laissé échapper une bonne fortune.
- COLBACK, s. m. Conscrit,—dans
l'argot des vieux troupiers,
pleins de mépris pour les débutants.
- COL CASSÉ, s. m. Gandin,—jeune
homme à la mode. Argot
des faubouriens.
- COLLAGE, s. m. Union morganatique,—dans
l'argot du peuple,
qui sait que ces mariages-là durent
souvent plus longtemps que
les autres.
- COLLANT, adj. Ennuyeux,—dans
l'argot des petites dames,
qui n'aiment pas les gens qui ont
l'air de les trop aimer.
- COLLE, s. f. Examen préparatoire
à un examen véritable,—dans
l'argot des Polytechniciens.
Être tangent à une colle. Être menacé d'un simulacre d'examen.
- COLLE, s. f. Mensonge,—dans
l'argot des faubouriens.
- COLLÉ (Être). Ne plus savoir
quoi répondre; être interdit,—dans
l'argot du peuple.
- COLLÈGE, s. m. La prison,—dans
l'argot des voleurs, qui y font en effet leur éducation et en
sortent plus forts qu'ils n'y sont entrés.
Collèges de Pantin. Prisons de
Paris.
Les Anglais ont la même expression:
City college, disent-ils
à propos de Newgate.
- COLLÉGIEN, s. m. Prisonnier.
- COLLER, v. a. Donner,—dans
l'argot des faubouriens, qui collent
souvent des soufflets sans se
douter que le verbe colaphizo
(χολαπτω [grec: cholaptô]) signifie exactement la
même chose.
Se coller. S'approprier quelque chose.
- COLLER, v. a. Mettre, placer,
envoyer,—dans l'argot du peuple.
- COLLER (Se), v. réfl. Se placer
quelque part et n'en pas bouger.
- COLLER (Se), v. réfl. Se lier
101
trop facilement; faire commerce
d'amitié avec des gens qui n'y
sont pas disposés.
- COLLER (Se faire). Se faire refuser
aux examens,—dans l'argot
des étudiants.
- COLLER SOUS BANDE, v. a.
Châtier un impertinent; river son clou à un farceur; tromper un
trompeur; sortir victorieux d'un pugilat de paroles.
- COLLER UN PAIN, v. a. Appliquer
un soufflet ou un coup de poing sur la figure de quelqu'un.—Argot
des faubouriens.
- COLLEUR, s. m. Menteur.
- COLLEUR, s. m. Examinateur—dans
l'argot des Polytechniciens.
- COLLEUR, s. m. Homme qui
se lie trop facilement; importun bavard qui, une fois qu'il vous
tient, ne vous lâche plus.
On dit plutôt: Collant.
- COLLOQUER (Se), v. réfl. Se
placer, s'asseoir,—dans l'argot
du peuple.
- COLOQUINTE, s. f. Tête,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont trouvé dans certains individus
grotesques une ressemblance avec le cucumis colocynthis.
- COLTIN, s. m. Force, énergie,—dans
l'argot du peuple, qui
tire du cou dans presque tous ses
travaux.
- COLTINER, v. n. Traîner une
charrette avec un licol, comme
font les hommes de peine, qui
remplacent ainsi les bêtes de
somme.
- COLTINEUR, s. m. Homme
qui traîne une charrette avec un licol.
- COMBERGEANTE, s. f. Confession,—dans
l'argot des voleurs.
- COMBERGO, s. m. Confessionnal,—dans
le même argot.
Aller à comberge. Aller à confesse.
- COMBLANCE, s. f. Abondance,
excès, chose comble,—dans le
même argot.
Par comblance. Par surcroît.
- COMBRE, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de comparer cette
coiffure à un concombre, et plus plaisant encore de supprimer la
première syllabe de ce dernier mot.
Ils disent aussi Combriot.
- COMBRIE, s. f. Pièce d'un
franc,—dans le même argot.
- COMBRIEU, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Cambrieu, plus conforme à l'étymologie qui est
certainement cambré.
- COMBROUSIER, s. m. Paysan,—dans
l'argot des voleurs.
- COMBUSTIBLE (Du)! Se dit,
comme Chaud! Chaud!—dans l'argot du peuple,—pour exciter
quelqu'un à faire quelque chose.
- COME, s. m. Apocope de Commerce,—dans
l'argot des voyous.
- COMÈTE, s. f. Vagabond,—dans
l'argot des faubouriens.
- COMMANDER A CUIRE, v. n.
Envoyer à l'échafaud,—dans
l'argot des prisons.
102
- COMMANDITE, s. f. Ouvriers
travaillant ensemble pour le compte d'un tâcheron,—dans
l'argot des typographes.
- COMME IL FAUT, s. m. Les
règles de l'élégance et de la distinction,
le suprême bon ton,—dans
l'argot des bourgeois, à propos
des gens et des choses. C'est
le Cant des Anglais.
On prononce comifô.
- COMME IL FAUT, adj. Selon le
code du bon goût et du bon ton,
du bien dire et du bien élevé.
L'homme comme il faut des
bourgeoises est le monsieur bien
des petites dames.
- COMMODE, s. f. Cheminée,—dans
l'argot des voleurs, qui y
serrent les objets dont ils veulent
se débarrasser comme trop compromettants.
- COMMUNE COMME UNE MOULe,
adj. Se dit—dans l'argot des
Précieuses bourgeoises—de
toute femme, du peuple ou d'ailleurs,
qui ne leur convient pas.
- COMMUNISTE, s. m. Républicain,—dans
l'argot des bourgeois,
qui, en 1848, donnaient
ce nom à tout ce qui n'était pas
eux.
- COMPAS, s. m. Les jambes,—dans
l'argot des ouvriers.
Ouvrir le compas. Marcher.
Allonger le compas. Précipiter sa
marche.
- COMPÈRE-COCHON, s. m.
Homme plus familier qu'il n'en a le droit,—dans l'argot des
bourgeois.
- COMPTE (Avoir son), v. a.
Être gris pour avoir trop bu, ou blessé à mort pour s'être battu
en duel.
- COMPTER SES CHEMISES, v. a.
Vomir,—dans l'argot des marins et du peuple.
Les Anglais ont une expression
analogue: To cast up one's accounts
(rendre ses comptes), disent-ils.
- COMTE DE CARUCHE, s. m.
Porte-clés,—dans l'argot des voleurs, qui se plaisent à occuper
leurs loisirs forcés en s'improvisant les Borel d'Hauterive
de leur prison.
- COMTE DE GIGOT-FIN, s. m.
Beau mangeur,—dans l'argot du peuple, qui ne craint pas de
créer des types comme Molière et d'anoblir des vilains comme
Napoléon.
- COMTE DU CANTON, s. m.
Geôlier,—dans l'argot des voleurs.
- CONDÉ, s. m. Permission de
tenir des jeux de hasard,—dans
l'argot des voleurs, qui obtiennent
cette permission d'un des
condés suivants:
Grand condé. Préfet.
Petit condé. Maire.
Demi-condé. Adjoint.
Condé franc ou affranchi. Fonctionnaire
qui se laisse corrompre.
Plus particulièrement: Faveur
obtenue d'un geôlier ou d'un directeur.
- CONFÉRENCIER, s. m. Orateur
en chambre, qui parle de tout
sans souvent être payé pour cela.
Mot nouveau, profession nouvelle.
103
- CONFIRMER, v. a. Donner une
paire de soufflets.
- CONFRÈRE DE LA LUNE, s. m.
Galant homme qui a eu le tort d'épouser une femme galante,—dans
l'argot du peuple, trop irrévérencieux envers le croissant de
la chaste Diane.
- CONILLER, v. n. User de subterfuges
pour échapper à un ennui ou à un danger, se cacher, disparaître, comme un lapin
(cuniculus, conil) dans son trou. Argot du peuple.
- CONIR, v. n. Mourir.
- CONJUNGO, s. m. Mariage,—dans
l'argot du peuple, qui a
voulu faire allusion au premier
mot du discours du prêtre aux
mariés: Conjungo (je joins).
- CONNAISSANCE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour
femme.
- CONNAÎTRE LE JOURNAL. Être
au courant d'une chose; savoir à quoi s'en tenir sur quelqu'un.
Argot des bourgeois.
Signifie aussi: Savoir de quoi se
compose le dîner auquel on est
invité.
- CONNAÎTRE LE NUMÉRO, v. a.
Avoir de l'habileté, de l'expérience,—dans
l'argot du peuple,
qui ne se doute pas que l'expression
a appartenu à l'argot des
chevaliers d'industrie. «Les escrocs
disent d'une personne qu'ils
n'ont pu duper: Celui-là sait le
numéro, il n'y a rien à faire.»
(Les Numéros parisiens, 1788.)
Connaître le numéro de quelqu'un.
Savoir ce qu'il cache; connaître
ses habitudes, son caractère, etc.
- CONNU! Exclamation de l'argot
du peuple, qui l'emploie pour interrompre les importuns, les
bavards—et même les éloquents.
Signifie aussi: C'est usé! Je ne crois plus à ces choses-là!
- CONOBRER, v. a. Connaître,—dans
l'argot des voleurs.
Ce verbe ne viendrait-il pas de cognoscere, connaître, ou de cognobilis,
facile à connaître.
- CONQUÊTE, s. f. Maîtresse
d'une heure ou d'un mois,—dans l'argot des bourgeois,
Alexandres pacifiques.
- CONSCIENCE, s. f. Travail spécial,
fait à la journée au lieu de l'être aux pièces. Argot des
typographes.
Être en conscience, ou à la conscience.
Travailler à la journée.
- CONSCRIT, s. m. Elève de première
année,—dans l'argot des
Polytechniciens, dont beaucoup
se destinent à l'armée.
C'est aussi l'élève de seconde année à Saint-Cyr.
- CONSERVATOIRE, s. m. Grand
Mont-de-piété,—dans l'argot du peuple.
- CONSOLATION, s. f. Eau-de-vie,—dans
l'argot du peuple, qui se console à peu de frais.
Débit de consolation. Liquoriste,
cabaret.
- CONSOLER SON CAFÉ. Mettre
de l'eau-de-vie dedans. Habitude normande,—très parisienne.
- CONSOMME, s. f. Apocope de
104
consommation,—dans l'argot des
faubouriens.
- CONSTANTE, s. f. Nom que
les Polytechniciens donnent à l'élève externe, parce que l'externe
sort de l'école comme il y est entré: il n'a pas d'avancement; il
n'est pas choyé, il joue au milieu de ses camarades le rôle de la
constante dans les calculs: il passe par toutes les transformations
sans que sa nature en subisse aucune variation.
- CONTRE, s. m. Consommation
personnelle, au café, que l'on joue avec une autre personne
contre sa consommation.
- CONTRÔLE, s. m. Flétrissure,
marque de fer rouge sur l'épaule des forçats,—dans l'argot des
prisons.
- CONTRÔLER, v. a. Donner un
coup de talon de botte sur la figure de quelqu'un. Argot des
faubouriens.
On dit aussi mettre le contrôle.
- CONVALESCENCE, s. f. Surveillance
de la haute police,—dans
l'argot des voleurs.
Être en convalescence. Être sous
la surveillance de la police.
- COPAIN, s. m. Compagnon
d'études,—dans l'argot des
écoliers.
On écrivait et on disait autrefois compaing, mot très expressif
que je regrette beaucoup pour ma part, puisqu'il signifiait l'ami,
le frère choisi, celui avec qui, aux heures de misère, on partageait
son pain,—cum pane. C'est l'ancien nominatif de compagnon.
- COPE, s. f. Apocope de copie,—dans
l'argot des typographes.
Avoir de la cope. Avoir un manuscrit à composer.
- COPEAU, s. m. La langue,—dans
l'argot des souteneurs de
filles.
Lever son copeau. Parler, bavarder.
- COPIE, s. f. Travail plus ou
moins littéraire, bon à livrer à
l'imprimeur,—dans l'argot des
gens de lettres, qui écrivent copiosissimè
dans l'intérêt de leur
copia.
Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour
une revue.
Caner sa copie. Ne pas écrire
l'article promis.
Pisser de la copie. Écrire beaucoup
trop, sur tous les sujets.
Pisseur de copie. Ecrivain qui a
une facilité déplorable et qui en
abuse pour inonder les journaux
ou revues de Paris, des départements
et de l'étranger, de sa
prose ou de ses vers.
- COQ, s. m. Cuisinier,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi
dans la marine, et qui ne savent
pas parler si bien latin, coquus.
- COQUARD, s. m. Œil,—dans
l'argot des bouchers.
- COQUARD, s. m. Œuf,—dans
l'argot des enfants.
- COQUARDEAU, s. m. Galant
que les femmes dupent facilement,—dans
l'argot du peuple.
Le mot n'est pas aussi moderne
qu'on serait tenté de le croire,
105
car il sort du Blason des fausses
amours:
«Se ung coquardeau
Qui soit nouviau
Tombe en leurs mains,
C'est un oyseau
Pris au gluau
Ne plus ne moins.»
- COQUARDER, v. n. Alvum deponere.
Argot des faubouriens.
(V. Coquard et Pondre un œuf.)
- COQUER, v. a. Dénoncer,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté à l'argot lyonnais ce
mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.
- COQUER, v. a. Donner,—dans
le même argot.
Coquer la camouffle. Présenter la chandelle.
Coquer la loffitude. Donner l'absolution.
Coquer le poivre. Empoisonner.
Coquer le taf. Faire peur.
- COQUEUR, s. m. Dénonciateur.
- COQUEUR DE BILLE, s. m.
Bailleur de fonds.
- COQUILLARD, s. m. Pèlerin,—dans
l'argot des faubouriens.
- COQUILLE, s. f. Lettre mise à
la place d'une autre,—dans
l'argot des typographes.
- COQUILLON, s. m. Pou,—dans
l'argot des faubouriens, qui se rappellent sans doute
qu'on donnait autrefois ce nom à un capuchon qui se relevait
sur la tête.
- CORBEAU, s. m. Frère de la
Doctrine chrétienne,—dans l'argot des faubouriens, qui ont été
frappés de l'analogie d'allures qu'il y a entre ces honnêtes instituteurs
de l'enfance et l'oiseau du prophète Elie.
- CORBEAU, s. m. Employé des
pompes funèbres,—dans le même argot.
- CORBUCHE, s. f. Ulcère,—dans
l'argot des voleurs.
Corbuche-lof. Ulcère factice.
- CORDER, v. n. Fraterniser,
vivre avec quelqu'un toto corde,—dans
l'argot du peuple.
- CORDON BLEU, s. m. Cuisinière
émérite. Argot des bourgeois.
- CORNARD, s. m. Galant
homme qui a épousé une femme
galante,—dans l'argot du peuple,
impitoyable pour les malheurs
ridicules et pour les martyrs
grotesques.
- CORNEAU, s. m. Bœuf,—dans
l'argot des voleurs.
Corneaude. Vache.
- CORNER, v. a. Publier une
chose avec éclat; répéter une nouvelle, fausse ou vraie,—dans
l'argot du peuple.
Corner une chose aux oreilles de
quelqu'un. La lui répéter de façon à lui être désagréable.
- CORNER, v. n. Puer,—dans
l'argot des faubouriens, qui font probablement allusion à l'odeur
insupportable qu'exhale la corne brûlée.
- CORNET, s. m. Estomac,—dans
le même argot.
Se mettre quelque chose dans le cornet. Manger.
N'avoir rien dans le cornet. Être à jeun.
106
- CORNET D'ÉPICES, s. m. Capucin,—dans
l'argot des voleurs.
- CORNICHE, s. f. Chapeau.
Argot des faubouriens.
- CORNICHON, s. m. Veau. Argot des voleurs.
- CORNICHON, s. et adj. Nigaud,
homme simple, qui respecte les femmes,—dans l'argot de Breda-Street;
parfois imbécile,—dans l'argot au peuple, qui juge un
peu comme les filles, ses filles.
- CORNIÈRE, s. f. Étable.
- CORNIFICETUR, s. m. Galant
homme qui a épousé une femme
galante et qui le regrette tous
les jours.
- CORSER, v. a. Multiplier les
péripéties,—dans l'argot des gens de lettres; augmenter la
force d'un liquide,—dans l'argot des marchands de vin.
- CORSER (Se). Se compliquer,
devenir grave. Argot des gens de lettres.
- CORVETTE, s. f. L'Héphestion
des Alexandres populaciers,—dans l'argot des voleurs.
- COSSU, adj. Riche,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela à propos des gens et des choses.
- COSTEL, s. m. Souteneur de
filles,—dans l'argot des voyous.
- COSTIÈRES, s. f. pl. Rainures
pratiquées dans le plancher d'un théâtre pour y faire glisser les
portants; celles qui avancent sur la scène se ferment au moyen
des trappillons.
On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu'ils sont tombés
dans les costières.
- CÔTE, s. f. Passe difficile de
la vie,—dans l'argot des bohèmes, qui s'essoufflent à gravir le
Double-Mont.
Être à la côte. N'avoir pas d'argent.
Frère de la côte. Compagnon de misère.
- CÔTE-DE-BœUF, s. f. Sabre
d'infanterie,—dans l'argot du peuple.
- COTE G, s. f. Objet de peu
de valeur innocemment détourné, en vertu d'un usage immémorial,
par les clercs inventoriant une succession. Ce bibelot, ne figurant
à aucune cote de l'acte, passe à la cote G, qui me fait
l'effet d'être un jeu de mots (cote j'ai).
- CÔTELARD, s. m. Melon à
côtes,—dans l'argot des faubouriens.
- CÔTELETTE DE PERRUQUIER,
s. f. Morceau de fromage de Brie,—dans l'argot du peuple,
qui suppose que les garçons perruquiers n'ont pas un salaire assez
fort pour déjeuner à la fourchette comme les gandins.
On dit aussi Côtelette de vache.
Les ouvriers anglais ont une expression du même genre: A
welsh rabbit (un lapin du pays de Galles), disent-ils à propos d'une
tartine de fromage fondu.
- CÔTELETTES, s. f. pl. Favoris
larges par le bas et minces par le haut,—dans le même argot.
- COTERIE, s. f. Compagnon,—dans
l'argot des maçons.
107
- COTILLON, s. m. Fille ou
femme,—dans l'argot du peuple.
Aimer le cotillon. Être de complexion amoureuse.
Faire danser le cotillon. Battre sa femme.
- COTON, s. m. Douceur,—dans
le même argot.
Elever un enfant dans du coton. Le gâter de caresses.
- COTON, s. m. Coups échangés,—dans
l'argot des faubouriens,
dont la main dégaine volontiers.
Il y a eu ou il y aura du coton. On s'est battu ou l'on se battra.
- COTON, s. m. Travail pénible,
difficulté, souci,—dans le même
argot.
Il y a du coton. On aura de la
peine à se tirer d'affaire.
- COTRETS, s. m. pl. Jambes,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi fumerons.
- COTTE, s. f. Pantalon de toile
bleue,—dans l'argot des ouvriers,
qui ne le mettent que pour
travailler, par-dessus un autre
pantalon.
- COUAC, s. m. Prêtre,—dans
l'argot des voyous, fils des faubouriens,
qui, en croyant dire
une plaisanterie et faire une allusion
au cri du corbeau, prononcent
sérieusement quaker.
- COUCHER, s. m. Homme qui
s'attarde volontairement dans
une maison où il ne devrait
jamais même mettre les pieds.
- COUCHER A LA CORDE, v. n.
Passer la nuit dans un de ces cabarets comme il en existait
encore, il y a quelques années, assis et les bras appuyés sur
une corde tendue à hauteur de ceinture.
- COUCHER BREDOUILLE (Se).
Se coucher sans avoir dîné.
- COUCHER DANS LE LIT AUX
POIS VERTS, v. n. Coucher dans
les champs, à la belle étoile.
- COUCHER EN CHAPON (Se), v.
réfl. Se coucher repu de viande et de vin,—dans l'argot du peuple.
- COUCOU, s. m. Cocu,—par
antiphrase.
Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme.
On dit aussi Faire cornette, quand c'est la femme qui est
trompée.
- COUCOU, s. m. Montre,—dans
l'argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les
horloges de la Forêt-Noire.
Ils disent mieux Bogue.
- COUDE, s. m. Permission,—dans
l'argot des voyous.
Prendre sa permission sous son coude. Se passer de permission.
- COUENNE, s. et adj. Imbécile,
niais, homme sans énergie,—dans l'argot des faubouriens, qui
pensent comme Emile Augier (dans la Ciguë), que «les sots
sont toujours gras».
- COUENNE, s. f. Chair,—dans
l'argot du peuple.
Gratter la couenne à quelqu'un.
Le flatter, lui faire des compliments exagérés.
- COUENNE DE LARD, s. f.
Brosse,—dans le même argot.
- COUENNES, s. f. pl. Joues
pendantes.
108
- COULE, s. f. Les dégâts, les
petits vols que commettent les
employés, les ouvriers, les domestiques
d'une maison, et spécialement
les garçons de café, parce
que c'est par là souvent qu'on
coule une maison.
On dit aussi Coulage.
Veiller à la coule. Veiller sur les
domestiques, avoir l'œil sur les garçons de café et autres, pour
empêcher la dilapidation.
- COULE (Être à la). Être d'un
aimable caractère, d'un commerce
agréable, doux, coulant,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi: Savoir tirer son épingle du jeu; être dupeur plutôt
que dupé; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de
marteau à celui d'enclume.
- COULER (En). En conter aux
gens crédules, dans le même argot.
- COULER DOUCE (Se la), v. réfl.
Vivre sans rien faire, sans souci d'aucune sorte,—dans l'argot du
peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette façon-là, pour
changer.
- COULEUR, s. f. Menterie,
conte en l'air,—dans l'argot du
peuple, qui s'est probablement
aperçu que, chaque fois que
quelqu'un ment, il rougit, à
moins qu'il n'ait l'habitude du
mensonge.
Monter une couleur. Mentir.
Au XVIIe siècle on disait: Sous
couleur de, pour Sous prétexte de.
Or, tout prétexte étant un mensonge,
il est naturel que tout
mensonge soit devenu une couleur.
- COULEUR, s. f. Opinion politique.
Même argot.
- COULEUVRE, s. f. Femme enceinte,—dans
l'argot des voyous, qui, probablement, font allusion
aux lignes serpentines de la taille d'une femme en cette «position
intéressante».
- COULIANT, s. m. Lait,—dans
l'argot des voleurs.
- COULOIR, s. m. Le gosier,—dans
l'argot des faubouriens, qui
en lavent les parois à grands
coups de vin et d'eau-de-vie,
sans redouter l'humidité.
Chelinguer du couloir. Fetidum halitum emittere.
- COUPAILLON, s. m. Coupeur
maladroit, inexpérimenté. Argot
des tailleurs.
- COUP D'ARROSOIR, s. m. Verre
de vin bu sur le comptoir du cabaretier. Argot des faubouriens.
- COUP DE BOUTEILLE, s. m.
Rougeur du visage, coup de sang occasionné par l'ivrognerie,—dans
l'argot du peuple.
- COUP DE CANIF, s. m. Infidélité
conjugale,—dans l'argot des bourgeois.
Donner un coup de canif dans le
contrat. Tromper sa femme ou son mari.
- COUP DE CASSEROLE, s. m.
Dénonciation,—dans l'argot des voleurs.
- COUP DE CHASSELAS, s. m.
Demi-ébriété,—dans l'argot du peuple.
Avoir un coup de chasselas. Être en état d'ivresse.
109
- COUP DE CHIEN, s. m. Traîtrise,
procédé déloyal et inattendu,—dans le même argot.
- COUP DE FEU, s. m. Moment
de presse.
- COUP DE FEU DE SOCIÉTÉ, s.
m. Dernier degré de l'ivresse,—dans
l'argot des typographes.
- COUP DE FOURCHETTE, s. m.
Déjeuner. Argot des bourgeois.
Donner un coup de fourchette. Manger.
- COUP DE FOURCHETTE, s. m.
Vol à l'aide de deux doigts seulement.
- COUP DE FOURCHETTE, s. m.
Coup donné dans les deux yeux avec les deux doigts qui suivent
le pouce de la main droite. Argot des faubouriens.
- COUP DE GAZ, s. m. Coup
de vin. Argot des faubouriens.
- COUP DE PIED DE JUMENT,
s. m. Maladie désagréable,—dans l'argot du peuple.
- COUP DE PIED DE VÉNUS, s.
m. «Trait empoisonné lancé par le fils de Cythérée au nom
de sa mère»,—dans l'argot des bourgeois, qui connaissent leur
mythologie.
- COUP DE PISTOLET, s. m. Opération
isolée et sans suite, mais
destinée cependant à faire un
peu de bruit.
Coup de pistolet dans l'eau. Affaire ratée.
- COUP DE POING DE LA FIN,
s. m. Mot ironique ou cruel, qu'on lance à la fin d'une conversation
ou d'un article. Argot des gens de lettres.
- COUP DE RAGUSE, s. m. Traîtrise,
acte déloyal, trahison,—dans l'argot des ouvriers, chez
qui le souvenir de la défection de Marmont est toujours vivant.
C'est pour eux ce qu'est le coup de Jarnac pour les lettrés.
- COUP DE RIFLE, s. m. Ivresse,—dans
l'argot des typographes.
- COUP DE SOLEIL, s. m. Demi-ébriété,—dans
l'argot des faubouriens,
que le vin allume et
dont il éclaire le visage.
- COUP DE TAMPON, s. m. Coup
de poing. Argot du peuple.
- COUP DE TORCHON, s. m.
Baiser,—dans l'argot des faubouriens,
qui sans doute, veulent parler de ceux qu'on donne aux
femmes maquillées, dont alors les lèvres essuientle visage.
- COUP DE TORCHON (Se donner
un), v. réfl. Se battre en duel ou à coups de poing, comme
des gentilshommes ou comme des goujats.
C'est une façon comme une autre d'essuyer l'injure reçue.
Même argot.
- COUP DE TRENTE-TROIS CENTIMÈTRES,
s. m. Coup de pied. Argot calembourique des faubouriens.
- COUP DE VAGUE, s. m. Vol
improvisé.
- COUP DU LAPIN, s. m. Coup
féroce que se donnent parfois les voyous dans leurs battures.
Il consiste à saisir son adversaire, d'une main par les testicules,
de l'autre par la gorge, et à tirer dans les deux sens:
110
celui qui est saisi et tiré ainsi n'a pas même le temps de recommander
son âme à Dieu. (V. la Gazette des Tribunaux, mai 1864.)
- COUP DU LAPIN, s. m. Coup
plus féroce encore, que la nature vous donne vers la cinquantième
année, à l'époque de l'âge critique.
Recevoir le coup du lapin. Vieillir
subitement du soir au lendemain; se réveiller avec des rides
et les cheveux blancs.
Signifie aussi au figuré: Coup de grâce.
- COUP DU MÉDECIN, s. m. Le
verre de vin que l'on boit immédiatement
après le potage,—dans
l'argot des bourgeois, qui
disent quelquefois: «Encore un
écu de six francs retiré de la
poche du médecin!» Mais dans
ce cas, quelque convive prudent
ne manque jamais d'ajouter:
«Oui... et jeté dans la poche du
dentiste!»
- COUP DUR, s. m. Obstacle
imprévu; désagrément inattendu,—dans
l'argot du peuple.
- COUPE, s. f. Misère,—dans
l'argot des voleurs, qui y tombent souvent par leur faute
(culpa).
- COUPE-CHOUX, s. m. Sabre
de garde national,—dans l'argot du peuple, qui suppose cette
arme inoffensive et tout au plus bonne à servir de sécateur.
- COUPE-CUL (A), adv. Sans
revanche,—dans l'argot des faubouriens.
- COUPE-FICELLE, s. m. Artificier,—dans
l'argot des artilleurs.
- COUPELARD, s. m. Couteau,—dans
l'argot des prisons.
- COUPER, v. a. Passer devant
une voiture,—dans l'argot des cochers, qui se plaisent à se blesser
ainsi entre eux.
- COUPER (La), v. a. Etonner
quelqu'un désagréablement en
lui enlevant sa maîtresse, son
emploi, n'importe quoi, au moment
où il s'y attendait le moins.
Le mot date de la maréchale Lefebvre.
On dit volontiers comme elle: Cela te la coupe!
- COUPER (Se), v. réfl. Faire
un lapsus linguæ compromettant
dans la conversation; commencer
un récit scabreux à la troisième
personne, et le continuer,
sans s'en apercevoir, à la
première.
- COUPER CUL, v. n. Abandonner
le jeu,—dans l'argot des
joueurs.
- COUPER DANS LE PONT, v. n.
Donner dans le panneau, croire à
ce qu'on vous raconte,—par allusion
au pont que font les Grecs
en pliant les cartes à un endroit
déterminé, de façon à guider la
main du pigeon dans la portion
du jeu où elle doit couper sans
le vouloir.
- COUPER DEDANS, v. n. Se
laisser tromper, accepter pour vraie une chose fausse. Argot du
peuple.
- COUPER LA GUEULE A QUINZE
PAS, v. a. Avoir une haleine
111
impossible à affronter, même à
une distance de quinze pas,—dans
l'argot des faubouriens,
impitoyables pour les infirmités
qu'ils n'ont point.
- COUPER LA QUEUE A SON
CHIEN, v. a. Faire quelque excentricité
bruyante et publique, de façon à attirer sur soi l'attention
des badauds,—stratagème renouvelé des Grecs.
- COUPER LE TROTTOIR, v. n.
Forcer quelqu'un qui vient sur vous à descendre sur la chaussée,
en marchant comme s'il n'y avait personne; ou bien, de derrière
passer devant lui sans crier gare.
- COUPER LE SIFFLET A QUELQU'UN,
v. a. Le faire taire en parlant plus fort que lui, ou en
lui prouvant clairement qu'il a tort, qu'il se trompe.
Signifie aussi Tuer.
- COUPER LES VIVRES. Supprimer
tout envoi d'argent ou de
pension,—dans l'argot des étudiants,
qui n'en meurent pour
cela ni de faim ni de soif.
- COUPE-SIFFLET, s. m. Couteau.
- COUPLET DE FACTURE, s. m.
Composé uniquement en vue de l'effet, avec des rimes riches et
redoublées. Argot des coulisses.
- COUPS DE MANCHE, s. m.
Mendiant qui va à domicile porter des lettres-circulaires dans
lesquelles il se dépeint comme zouave pontifical, ancien exilé,
artiste sans commandes, homme de lettres sans éditeurs,—selon
le quartier et la victime choisis.
- COURAILLER, v. n. Faire le
libertin,—dans l'argot des bourgeois.
- COURANT, s. m. Truc, secret,
affaire mystérieuse,—dans l'argot du peuple.
Connaître le courant. Savoir de quoi il s'agit.
Montrer le courant. Initier quelqu'un
à quelque chose.
- COURANTE, s. f. Fluxus ventris,—dans
l'argot des bourgeois.
- COURBE, s. f. Épaule,—dans
l'argot des voleurs.
Courbe de maxne. Epaule de mouton.
- COUREUR, s. m. Libertin,—dans
l'argot des bourgeois.
- COUREUSE, s. f. Fille ou
femme qui a plus souci de son plaisir que de sa réputation et
qui hante plus les bals que les églises.
- COUREUSE, s. f. Plume à
écrire,—dans l'argot des voleurs.
- COURIR, v. n. Libertiner,—dans
l'argot des bourgeois.
On dit aussi Courir la gueuse et Courir le guilledou.
- COURIR (Se la). S'en aller de
quelque part, s'enfuir,—dans
l'argot des faubouriens.
- COURSIER, s. m. Cheval,—dans
l'argot des académiciens.
Coursier de fer. Locomotive.
- COURTANGE, s. f. La Courtille,—dans
l'argot des voyous.
- COURTAUD DE BOUTANCHE,
s. m. Commis de magasin,—dans
l'argot des voleurs.
112
- COUSIN DE MOÏSE, s. m. Galant
homme qui a épousé une femme galante,—dans l'argot
du peuple, qui fait allusion aux deux lignes de feu dont sont ornées
les tempes du législateur des Hébreux.
- COUSINE, s. f. L'Héphestion
des Alexandres de bas étage,—dans
l'argot du peuple.
- COUSINE DE VENDANGE, s. f.
Fille ou femme qui fait volontiers débauche au cabaret,—dans
le même argot.
- COUSSE DE CASTU, s. m. Infirmier
d'hôpital,—dans l'argot des voleurs.
J'ai vu écrit conce de castus dans
le vieux dictionnaire d'Olivier Chéreau, avec cette définition
conforme du reste à la précédente: «Celuy qui porte les
salletés de l'hospital à la rivière.»
Cousse ne signifie rien, tandis
que conce est une antiphrase ironique
et signifie parfumé (de l'italien
concio).
- COÛTER LES YEUX DE LA
TÊTE, v. n. Extrêmement cher,—dans
l'argot des bourgeois.
- COÛTER UNE PEUR ET UNE
ENVIE DE COURIR, v. n. Absolument rien, ce que coûtent les
objets volés. Argot des faubouriens.
- COUTURASSE, s. f. Couturière,—dans
l'argot des voyous.
- COUTURIÈRE, s. f. Courtilière,
insecte des jardins,—dans l'argot
des enfants, qui ne sont pas
très forts en entomologie.
- COUVERCLE, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un
pot.
- COUVERT DE CONSEILLER, s.
m. Couvert d'argent démarqué,—dans l'argot des voleurs.
On dit de même Linge de conseiller
pour linge volé et démarqué.
- COUVRE-AMOUR, s. m. Chapeau
d'homme, quelque forme qu'il affecte,—dans l'argot facétieux
des bourgeois, qui voudraient faire croire que leur tête
est le siège des passions.
- COUVREUR, s. m. Celui qui
ouvre et ferme les portes—dans l'argot des francs-maçons.
- COUVRIR LA JOUE, v. a. Donner
un soufflet,—dans l'argot des bourgeois.
- COUVRIR LE TEMPLE, v. a.
Fermer les portes,—dans l'argot des francs-maçons.
Faire couvrir le temple à un frère. Le faire sortir.
- COUYON, s. m. Lâche, paresseux,—dans
l'argot du peuple, qui mouille l'y d'une façon partiticulière.
- COUYONNADE, s. m. Farce,
mauvais tour.
Signifie aussi Niaiserie, chose de peu d'importance.
- COUYONNER, v. n. Manquer de courage.
Signifie aussi Se moquer.
- CCouyonner quelqu'un, v. a.
Le faire aller, se moquer de lui.
Signifie aussi: Importuner, agacer,—probris lacessere.
113
- CRABOSSER, v. n. Bossuer un
chapeau, un carton,—dans l'argot
des bourgeois.
D'aucuns disent encore comme du temps de Rabelais, Cabosser.
- CRAC-CRIC-CROC, s. m. Onomatopée
à l'usage du peuple lorsqu'il veut rendre le bruit
d'une chose qui se déchire pièce par pièce, ou qu'il broie avec ses
dents.
- CRACHÉ, adj. Ressemblant,—dans
l'argot du peuple, à qui La Fontaine et Voltaire ont fait
l'honneur d'emprunter cette expectoration.
On dit: C'est lui tout craché. ou
C'est son portrait tout craché.
- CRACHER, v. n. Parler.—dans
l'argot des ouvriers.
- CRACHER AU BASSINET, v. n.
Être forcé de payer,—dans l'argot du peuple.
- CRACHER BLANC, v. n. Avoir
soif, pour s'être enivré trop la veille,—dans l'argot du peuple,
qui employait cette expression du temps de Rabelais.
On dit aussi Cracher du coton et Cracher des pièces de dix sous.
- CRACHER SES DOUBLURES, v. a.
Rendre ses poumons par fragments,comme font les poitrinaires.
Même argot.
- CRACHER SON AME, v. a.
Mourir,—dans l'argot des infirmiers,
qui ne se doutent guère qu'ils emploient là une des plus
énergiques expressions latines:
Vomere animam, dit Lucrèce.
Chrysanthus animam ebulliit, dit
un des convives du festin de Trimalcion.
- CRACHER SUR QUELQUE CHOSE,
v. n. En faire mépris,—dans l'argot du peuple, qui emploie
plus ordinairement cette expression avec la négative: Il ne crache
pas sur la vendange, c'est-à-dire il aime le vin.
- CRACHOIR, s. m. Action de
bavarder,—dans le même argot.
Tenir le crachoir. Parler.
Abuser du crachoir. Abuser de
la facilité qu'on a à parler et de
l'indulgence des gens devant qui
l'on parle.
- CRAMPER, v. n. Courir,—dans
l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Tirer sa crampe.
- CRAMPER (Se), v. réfl. Se
cramponner, au propre et au figuré,—dans
le même argot.
- CRAMPON, s. m. Homme ennuyeux
qui ne lâche pas sa victime
et qu'on tuerait sur place,—si
le Code ne punissait pas le
meurtre, même dans le cas de
légitime défense.
- CRÂNE, s. m. Homme audacieux,—dans
l'argot du peuple.
Faire son crâne. Faire le fanfaron.
- CRÂNE, adj. Superlatif de
Beau, de Fort, d'Eminent, de Bon.
Avoir un crâne talent. Avoir beaucoup de talent.
- CRÂNEMENT, adv. Beaucoup,
supérieurement, fortement.
Avoir crânement de talent. En avoir beaucoup.
- CRÂNEUR, s. m. Homme audacieux,
ou plutôt fanfaron d'audace.
Faire son crâneur. Parler ou
114
marcher avec aplomb, comme un homme qui ne craint rien.
- CRAPAUD, s. m. Mucosité
sèche du nez,—dans l'argot des
voyous.
- CRAPAUD, s. m. Cadenas,—dans
l'argot des voleurs, qui ont trouvé là une image juste.
- CRAPAUD, s. m. Petit fauteuil
bas,—dans l'argot des tapissiers.
- CRAPAUD, s. m. Bourse,—dans
l'argot des soldats.
- CRAPAUD, s. m. Apprenti,
petit garçon,—dans l'argot des faubouriens.
- CRAPOUSSIN, s. m. Homme
de petite taille et de peu d'apparence,—dans
le même argot.
- CRAPULADOS, s. m. Cigare de
cinq centimes.—dans le même argot.
- CRAQUE, s. f. Menterie,—dans
l'argot des enfants et des faubouriens qui ont vu jouer sans doute le Monsieur de Crac dans
son petit castel, de Colin d'Harleville.
- CRAQUELIN, s. m. Homme
chétif,—dans l'argot des marins, qui d'un coup de poing feraient
craquer les os à de plus solides.
- CRAQUER, v. n. Mentir, gasconner
à la parisienne.
- CRAQUEUR, s. m. Menteur,
Gascon,—de Paris.
- CRASSE, s. m. Lésinerie, indélicatesse,—dans
l'argot du peuple, pour qui il semble que les sentiments bas soient l'ordure
naturelle des âmes non baptisées par l'éducation.
- CRASSE, s. f. Pauvreté; abjection,—dans
le même argot.
Tomber dans la crasse. Déchoir de rang, de fortune; de millionnaire
devenir gueux, et d'honnête homme coquin.
- CRASSE DU COLLÈGE, s. f.
Manières gauches, empruntées, mêlées de pédantisme,—dans
l'argot des gens de lettres.
- CRASSEUX, adj. et s. Avare.
- CRAVATE DE CHANVRE, s. f.
Corde,—dans l'argot du peuple.
- CRAVATE DE COULEUR, s. f.
Arc-en-ciel,—dans l'argot des faubouriens.
- CRÉATEUR, s. m. Peintre,—dans
l'argot des voleurs, qui ont parfois le sens admiratif.
- CRÉATURE, s. f. Synonyme
péjoratif de Fille,—dans l'argot des bourgeois.
- CREDO, s. m. Potence,—dans
l'argot des voleurs, qu'ils aient voulu faire soit une anagramme
de Corde, soit une allusion à la confession du condamné
à mort, qui récite son Credo avant de réciter son meâ culpâ.
- CREDO, s. m. Aveu,—dans
l'argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de savoir le latin.
Faire son credo. Avouer franchement ses torts.
- CRÈME, s. f. Superlatif de
Bon, de Beau, de Fort,—dans l'argot des bourgeois.
La crème des hommes. Le meilleur des hommes.
- CRÊPER LE CHIGNON (Se). Se
115
gourmer, échanger des coups, s'arracher mutuellement les cheveux,—dans
l'argot du peuple.
- CRÉPINE, s. f. Bourse,—dans
l'argot des voleurs qui savent que les premières bourses ont
été des aumônières et que saint Crépin est le patron du cuir.
- CRÉTIN, s. m. Rival littéraire
ou artistique,—dans l'argot des
peintres et des gens de lettres.
Ils disent aussi goitreux.
- CRÉTINISER (Se), v. réfl. Faire
toujours la même chose, avoir les mêmes habitudes,—dans le
même argot.
- CREUX, s. m. Voix,—dans
l'argot du peuple.
Bon creux. Belle voix, claire, sonore.
Fichu creux. Voix brisée, défaillante,
qui «sent le sapin».
- CREUX, s. m. Maison, logis
quelconque,—dans l'argot des
voyous.
Les voyous anglais disent de même Ken,
apocope de Kennel (trou, terrier).
- CREVAISON, s. f. Agonie,—dans
l'argot du peuple.
Faire sa crevaison. Mourir.
- CREVANT, adj. Ennuyeux,—dans
l'argot des petites dames.
- CREVARD, s. m. Enfant mort-né,—dans
l'argot des voyous.
- CREVÉ, s. m. Homme maigre
pâle, ruiné de corps et d'âme,—dans l'argot des ouvriers.
Petit crevé. Synonyme de gandin.
- CREVER, v. a. Battre,—à
tuer, souvent. Argot des faubouriens.
- CREVER, v. a. Congédier,
renvoyer,—dans l'argot des typographes.
- CREVER (Se), v. réfl. Manger
avec excès, à en mourir,—dans l'argot du peuple.
- CREVER L'œIL au diable, v.
a. Réussir malgré les envieux, faire du bien malgré les ingrats,—dans
le même argot.
- CREVETTE, s. f. Petite dame
de Breda-Street.
Mot de création tout à fait récente.
- CRIAILLER, v. n. Crier toujours,
quereller de paroles,—dans l'argot du peuple.
- CRIBLER, v. n. Crier,—dans
l'argot des voleurs.
Cribler à la chienlit ou au charron. Crier au voleur.
Cribler à la grive. Avertir un
camarade, en train de travailler, de l'arrivée de la police
ou d'importuns quelconques.
- CRIBLEUR DE LANCE, s. m.
Porteur d'eau.
- CRIBLEUR DE MALADES, s.
m. Celui qui, dans une prison, est chargé d'appeler les détenus
au parloir.
- CRIC, s. m., ou CRIQUE, s. f.
Eau-de-vie de qualité inférieure,—dans
l'argot des faubouriens.
- CRIC-CROC! A ta, ou A votre
santé!—dans l'argot du peuple et des voleurs.
- CRIER A LA GARDE, v. n. Se
plaindre mal à propos,—comme les gens qui font déranger les
hommes d'un poste à propos de rien. Argot du peuple.
116
- CRIER AU VINAIGRE, v. n. Appeler
au secours. Même argot.
- CRIER AUX PETITS PATÉS, v.
n. Se dit—dans le même argot—d'une femme en mal d'enfant,
qui se plaint d'abord comme Gargamelle faisant le même vœu
impie qu'elle, et, après remerciant Dieu et son Grandgousier.
- CRIGNE, s. f. Viande,—dans
l'argot des voleurs et des filles.
Ne serait-ce pas une contraction de carogne, mot dérivé du
latin caro?
D'un autre côté, je trouve crie et criolle
dans le dictionnaire d'Olivier Chéreau, et Bouchet lui donne la
signification de Lard. Auquel entendre?
- CRIGNOLIER, s. m. Boucher.
- CRIN, s. m. Personne désagréable
d'aspect et de langage.—dans
l'argot du peuple.
Être comme un crin. Être de mauvaise humeur.
- CRIN-CRIN, s. m. Violon de
barrière,—dans l'argot du peuple.
- CRINS, s. m. pl. Cheveux,—dans
l'argot du peuple, qui n'est pas aussi irrespectueux qu'on
pourrait le croire au premier abord, puisque La Fontaine a dit:
«Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.»
- CRIQUET, s. m. Homme de
petite taille, qui ne compte pas plus qu'un grillon,—dans l'argot
du peuple, qui s'incline volontiers devant la Force et méprise
volontiers la Faiblesse.
- CRIS DE MERLUCHE, s. m. pl.
Cris épouvantables,—comme ceux que poussait Mélusine, la
pauvre belle serpente dont Jean d'Arras nous a conservé la touchante
histoire.
On dit aussi Crier comme une merlusine.
- CRISTALLISER, v. n. Flâner,
se reposer,—dans l'argot des Polytechniciens.
- CROCHER (Se), v. réfl. Se
battre à coups de poing et de pied, comme les crocheteurs,—dans
l'argot des bourgeois.
- CROCHER UNE PORTE, v. a.
La crocheter,—dans l'argot du
peuple.
- CROCODILE, s. m. Homme de
mauvaise foi ou d'un commerce désagréable,—dans le même
argot.
Signifie aussi Créancier.
- CROCS, s. m. pl. Dents,—dans
l'argot des faubouriens, qui
assimilent volontiers l'homme au
chien.
- CROIRE LE PREMIER MOUTARDIER
DU PAPE (Se). Se donner des airs d'importance, faire
le suffisant, l'entendu,—dans l'argot du peuple, qui a ouï parler
du cas que les papes, notamment Clément VII, faisaient de leurs
fabricants de moutarde, justement enorgueillis.
- CROMPER, v. a. Sauver
quelqu'un,—dans l'argot des prisons.
Cromper sa sorbonne. Sauver sa tête de la guillotine.
- CROMPIRE, s. f. Pomme de
terre,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce mot à la
Belgique.
117
- CROQUE-AU-SEL (A la), adv.
Aussi simplement que possible,—au propre et au figuré.
- CROQUE-MORT, s. m. Employé
des pompes funèbres,—dans l'argot sinistre du peuple.
- CROQUENEAUX, s. m. pl.
Souliers,—dans l'argot des faubouriens, qui les font croquer
quand ils sont neufs.
Croqueneaux verneaux. Souliers vernis.
- CROQUER, v. n. Faire crier
les souliers en marchant,—dans l'argot des enfants et des ouvriers.
- CROQUER, v. a. Dessiner à
la hâte,—dans l'argot des artistes.
- CROQUER LE MARMOT. Attendre
en vain,—dans l'argot du peuple.
- CROQUET, s. m. Homme
d'humeur cassante,—dans le même argot.
Être comme un croquet. Se fâcher sous le moindre prétexte.
- CROSSE, s. f. Avocat général,
ministère public,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Crosseur.
- CROSSER, v. n. Sonner,—dans
le même argot.
Douze plombes crossent: il est midi ou minuit.
- CROSSER QUELQU'UN, v. a.
Médire de lui avec violence,
user ses crocs contre sa réputation,—ou
jouer avec elle comme les enfants avec la pierre
qu'ils chassent devant eux avec la crosse.
- CROSSEUR, s. m. Sonneur de
cloches.
- CROTTE, s. f. Misère, abjection,—dans
l'argot du peuple.
Tomber dans la crotte. Se ruiner,
se déshonorer,—se salir l'âme et la conscience.
Vivre dans la crotte. Mener une vie crapuleuse.
On n'est jamais sali que par la
crotte. On ne reçoit d'injures que des gens grossiers.
- CROTTE D'ERMITE, s. f. Poire
cuite,—dans l'argot des voleurs.
- CROUPIONNER, v. n. Faire des
effets de crinoline,—dans l'argot
des faubouriens.
- CROUPIR DANS LE BATTANT,
v. n. Se dit d'une indigestion qui se prépare, par suite d'une
trop grande absorption de liquide ou de solide.
- CROÛTE, s. f. Tableau mal
peint et mal dessiné,—dans l'argot des artistes, qui doivent
employer ce mot depuis longtemps, car on le trouve dans les
Mémoires secrets de Bachaumont.
- CROÛTON, s. m. Peintre médiocre,
qui arrivera peut-être à l'Institut, mais jamais à la célébrité.
- CROÛTONNER, v. n. Peindre
détestablement.
- CRUCHE, s. et adj. Imbécile,—dans
l'argot du peuple.
Il dit aussi Cruchon.
- CRUCIFIX A RESSORT, s. m.
Poignard ou pistolet,—dans l'argot des voleurs.
- CUCURBITACÉ, s. m. Imbécile,—dans
l'argot des vaudevillistes,
118
qui prennent des mitaines d'érudits pour appeler les gens melons,
ayant lu la satire XIV de Juvénal
et le chapitre XXXIX du Satyricon
de Pétrone.
- CUIR, s. m. Peau,—dans
l'argot du peuple.
Tanner le cuir. Battre.
- CUIR, s. m. Liaison brutale
de deux mots, emploi exagéré des t,—dans l'argot des bourgeois,
qui se moquent du peuple à cause de cela, sans se douter
que cela a fait longtemps partie du langage macaronique.
- CUIRASSIER, s. m. Faiseur de
cuirs, homme qui parle mal.
- CUIR DE BROUETTE, s. m.
Bois,—dans l'argot du peuple.
Avoir le dessous des arpions
doublé en cuir de brouette. Avoir le dessous des pieds aussi dur
que du bois.
- CUIR DE POULE, s. m. Gants
de femme légers,—dans l'argot des ouvriers gantiers, qui pourtant
savent bien que les gants sont faits de peau de chevreau
ou d'agneau.
- CUIRE DANS SON JUS, v. n.
Avoir très chaud, jusculentus,—dans l'argot du peuple.
- CUISINE, s. f. La préfecture
de police,—dans l'argot des voleurs, qui y sont amenés sur
les dénonciations des cuisiniers ou coqueurs.
- CUISINE, s. f. Tout ce qui
concerne l'ordonnance matérielle
d'un journal,—dans l'argot des
gens de lettres.
Connaître la cuisine d'un journal.
Savoir comment il se fait, par qui il est rédigé et quels
en sont les bailleurs de fonds réels.
Faire la cuisine d'un journal.
Être chargé de sa composition, c'est-à-dire de la distribution des
matières qui doivent entrer dedans, en surveiller la mise en
page, la correction des épreuves, etc.
- CUISINE A L'ALCOOL (Faire
sa). Boire souvent de l'eau-de-vie,—dans l'argot du peuple.
- CUISINIER, s. m. Dénonciateur,—dans
l'argot des prisons.
(V. Coqueur et Mouton.)
Signifie aussi Agent de police.
- CUISINIER, s. m. Avocat,—dans
l'argot des voleurs, qui ont eu de fréquentes occasions de
constater l'habileté avec laquelle leurs défenseurs savent arranger
leur vie avariée, de façon à la rendre présentable à leurs juges.
- CUIT (Être), v. p. Être condamné,—dans
le même argot.
- CUITE, s. f. Ivresse,—dans
l'argot du peuple.
Avoir sa cuite ou une cuite. Être saoul.
- CUIVRE, s. m. Monnaie,—dans
le même argot.
- CUIVRES, s. m. pl. Les instruments
de cuivre, sax-horn, clairons, etc.,—dans l'argot
des troupiers et des orphéonistes.
- CUL A FAUTEUIL, s. m. Académicien,—dans
l'argot incongru des faubouriens.
119
Ils disent aussi Enfant de la
fourchette, Mal choisi et Quarantier.
- CULBUTE, s. f. Pantalon,—dans
l'argot des voleurs.
- CULBUTE, s. f. Faillite,—dans
l'argot des bourgeois.
Faire la culbute. Faire banqueroute.
- Cul de plomb, s. m. Bureaucrate,—dans
l'argot des bourgeois.
- CUL DE PLOMB, s. m. Employé
sans capacité ou sans ambition, destiné à mourir simple
expéditionnaire,—dans l'argot des bureaucrates, qui se rêvent
tous le titre de chef de division comme bâton de maréchal.
- CUL GOUDRONNÉ, s. m. Matelot,—dans
l'argot du peuple.
- CULOTTE, s. f. Nombre considérable
de points, au jeu de dominos,—dans l'argot des bourgeois.
Attraper une culotte. Se trouver
à la fin d'une partie, à la tête d'un grand nombre de dominos
qu'on n'a pu placer.
- CULOTTE (Avoir une). Être
complètement ivre,—dans l'argot des faubouriens, qui, par
cette expression, font certainement une allusion scatologique,
car l'ivrogne ne sait pas toujours ce qu'il fait...
On dit aussi Prendre une culotte.
- CULOTTÉ, adj. Bronzé, aguerri,
rompu au mal et à la misère,—comme une pipe qui a beaucoup
servi.
- CULOTTÉ (Être). Être complètement
gris,—pour s'être donné une culotte.
- CULOTTER, v. n. Noircir,—dans
l'argot du peuple, qui emploie ce verbe spécialement à
propos des pipes fumées.
- CULOTTER (Se). Se griser.
On dit aussi Se culotter le nez.
- CULOTTER (Se). Avoir, par
suite d'excès de tous genres, le visage d'un rouge brique,—comme
cuit au feu des passions.
- CULOTTER (Se). S'aguerrir,
s'accoutumer au mal, à la fatigue, à la misère, aux outrages des
hommes et de la destinée.
Signifie aussi: Vieillir, devenir hors de service.
- CULOTTEUR DE PIPES, s. m.
Pilier d'estaminet, rentier suspect, vaurien,—dans l'argot des
bourgeois.
- CUL ROUGE, s. m. Soldat,—dans
l'argot des faubouriens, qui font allusion au pantalon garance.
- CUL TERREUX, s. m. Paysan,—dans
l'argot des faubouriens; Jardinier de cimetière,—dans
l'argot des marbriers.
- CUPIDON, s. m. Chiffonnier,—dans
l'argot des faubouriens, qui font allusion à son carquois
d'osier.
On dit mieux: Vieux Cupidon.
- CURIEUX, s. m. Le juge d'instruction,—dans
l'argot des voleurs, qui, en effet, n'aiment
120
pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits
secrets.
- CYMBALE, s. f. Lune,—dans
le même argot. Sans doute par une ressemblance de forme et
de couleur entre cet astre et les gongs de notre musique militaire.
On l'appelle aussi Moucharde.
121
D
- DAB, s. m. Roi, et, plus particulièrement
Père,—dans l'argot
des voleurs.
Les Anglais ont le même mot pour signaler un homme consommé
dans le vice: A rum dabe disent-ils.
- DAB, s. m. Maître, dans l'argot
des domestiques; Patron,—dans
l'argot des faubouriens.
- DABESSE, s. f. Reine.
- DABICULE, s. m. Fils du patron.
- DABOT, s. m. Préfet de police.
- DABUCHE, s. f. Mère, nourrice.
- DACHE, s. m. Diable,—dans
l'argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable.
Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable.
Les ouvriers emploient aussi cette expression.
- DADA, s. m. Cheval,—dans
l'argot des enfants.
Fantaisie, manie,—dans l'argot des grandes personnes, plus
enfants que les enfants.
- DADAIS, s. m. Imbécile,
homme qui fait l'enfant,—dans l'argot du peuple, qui ne se doute
pas que le mot a trois cents ans de noblesse.
- DAIM, s. m. Monsieur bien mis,
et garni d'un porte-monnaie mieux mis encore, qui se fait gloire et
plaisir d'être le mâle de la biche,—dans
l'argot des faubouriens, dont la ménagerie s'augmente
tous les jours d'une bête curieuse.
Daim huppé. Daim tout à fait riche.
Signifie aussi: imbécile, nigaud.
- DALLE, s. f. Pièce de six
francs,—dans l'argot des voleurs,
dont l'existence est pavée
de ces écus-là.
- DALLE, s. f. Gosier, gorge,—dans
l'argot des faubouriens.
S'arroser ou Se rincer la dalle.
Boire.
On dit aussi la Dalle du cou.
122
- DAME DU LAC, s. f. Femme
entretenue, ou qui, désirant l'être, va tous les jours au Bois de Boulogne,
autour du lac principal, où abondent les promeneurs élégants
et riches. Argot des gens de lettres.
- DAMER LE PION A QUELQU'UN,
Le supplanter, lui jouer un tour quelconque pour se venger de lui,
lui répondre vertement. Argot des bourgeois.
- DAMER UNE FILLE, v. a. La
séduire,—ce qui, du rang de demoiselle, la fait passer à celui
de dame, de petite dame.
- DANDILLER, v. n. Sonner,—dans
l'argot des faubouriens.
- DANDILLON, s. m. Cloche.
- DANDINETTE, s. f. Correction,—dans
l'argot du peuple, qui corrige ses enfants en les faisant
danser.
- DANSE, s. f. Coups donnés ou
reçus,—dans le même argot.
Danse soignée. Batterie acharnée.
- DANSE, s. f. Combat,—dans
l'argot des troupiers.
- DANSE DU PANIER, s. f. Bénéfice
illicite de la cuisinière. Argot du peuple.
On dit aussi: Faire danser l'anse
du panier. Quand une cuisinière, revenue du marché, a vidé les
provisions que contenait tout à l'heure son panier, elle prend celui-ci
par l'anse et le secoue joyeusement pour faire sauter l'argent
épargné par elle à son profit, et non à celui de sa maîtresse.
- DANSER, v. n. Exhaler une
insupportable odeur,—dans l'argot
des faubouriens.
Danser du bec. Avoir une haleine
douteuse.
Danser des arpions. Avoir des
chaussettes sales.
- DANSER, v. n. Perdre de l'argent;
payer ce qu'on ne doit pas.
On dit aussi, à propos d'une
somme perdue, volée, ou donnée:
La danser de tant.
Faire danser quelqu'un. Se faire
offrir quelque chose par lui.
- DANSER (Faire). Battre, donner
des coups.
Faire danser ses écus. Dépenser joyeusement sa fortune.
- DANSER (La), v. n. Perdre
son emploi, et, par extension, la
vie.
Signifie aussi: Être battu.
- DANSER DEVANT LE BUFFET,
v. n. N'avoir pas de quoi manger,—dans l'argot du peuple.
- DANSEUR, s. m. Dindon,—dans
l'argot des voyous.
- DARDANT, s. m. L'amour,—dans
l'argot des voleurs, qui aiment
la femme avec excès.
- DARDELLE, s. f. Gros sou,—dans
l'argot des gamins, qui s'en servent pour jouer au bouchon.
- DARE-DARE, interj. A la hâte,—dans
l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de prêter cette expression
à Diderot, qui s'en est servi dans son Neveu de Rameau.
- DARIOLE, s. f. Soufflet, coup
de poing,—dans le même argot.
- DARON, s. m. Père,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté
123
ce mot au vieux langage
des honnêtes gens.
Daron de la raille ou de la rousse. Préfet de police.
Daronne du Dardant. Vénus, mère de l'Amour.
Daronne du grand Aure, la Sainte Vierge, mère de Dieu.
- DAUFFE, s. f. Pince de voleur,
dont l'extrémité est en queue de dauphin.
- DAUPHIN ou DOS FIN, s. m.
Souteneur de filles; homme-poisson ad usum Delphinæ, ou toute
autre sainte de même farine ou de même charbon.
- DAVONE, s. f. Prune,—dans
l'argot des voleurs.
- DÉ, adv. Oui,—dans l'argot
des marbriers de cimetière.
- DÉBACLER, v. a. Ouvrir,—dans
l'argot des voleurs.
- DÉBAGOULER, v. a. Parler,—dans
l'argot du peuple.
- DÉBALLAGE, s. m. Déshabillé
de l'homme ou de la femme,—dans l'argot des faubouriens.
Être volé au déballage. S'apercevoir
avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme
qu'on s'était imaginée idéalement belle, d'après les exagérations de
sa crinoline et les exubérances de son corsage, n'a aucun rapport,
même éloigné, avec la Vénus de Milo.
- DÉBARBOUILLER, v. a. Éclaircir
une chose, une situation,—dans l'argot du peuple.
Se débarbouiller. Se retirer tant bien que mal d'une affaire délicate,
d'un péril quelconque.
Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.
- DÉBARDEUR, s. m. Type du
carnaval parisien, inventé il y a une trentaine d'années, et dont
il ne reste plus rien aujourd'hui que ce léger fusain:
«Qu'est-ce qu'un débardeur? Un jeune front qu'incline
Sous un chapeau coquet l'allure masculine,
Un corset dans un pantalon.
Un masque de velours aux prunelles ardentes,
Sous des plis transparents des formes irritantes,
Un ange doublé d'un démon.»
- DÉBINAGE, s. m. Médisance,
et même calomnie,—dans l'argot des faubouriens.
- DÉBINE, s. f. État de gêne,
misère,—dans le même argot.
J'ai entendu dire Dibène (pour
malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l'on parle
le wallon, c'est-à-dire le vieux français.
Tomber dans la débine. Devenirpauvre.
- DÉBINER, v. a. Médire,—et
même calomnier.
En wallon, on dit: Dibiner, pour être mal à l'aise, en langueur.
Se débiner. S'injurier mutuellement.
- DÉBINER (Se). S'en aller, s'enfuir.
En wallon, on dit Biner pour Fuir.
- DÉBINER LE TRUC, v. a. Vendre
le secret d'une affaire, révéler les ficelles d'un tour. Argot des
saltimbanques.
124
- DÉBONDER, v. n. Alvum deponere,—dans
l'argot du peuple.
- DÉBORDER, v. n. Rejeter hors
de l'estomac le liquide ou la nourriture ingérés en excès,—dans le
même argot.
Se faire déborder. Se faire vomir.
- DÉBOUCLER, v. a. Mettre un
prisonnier en liberté,—dans l'argot des voleurs.
- DÉBOURRER, v. a. Déniaiser
quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
Se débourrer. S'émanciper, se dégourdir.
- DÉBOUSCAILLER, v. a. Décrotter—dans
l'argot des voyous.
- DÉBOUSCAILLEUR, s. m. Décrotteur.
- DÉBOUTONNER (Se). Parler
franchement, dire ce qu'on a sur le cœur ou dans le ventre.
Argot des bourgeois.
- DÉBRIDER, v. n. Ouvrir,—dans
l'argot des voleurs.
- DÉBRIDER, v. n. Manger avec
appétit,—dans l'argot du peuple, qui assimile l'homme au
cheval.
- DÉBRIDOIR, s. m. Clef.
- DÉBUTER, v. n. Viser un but
quelconque et s'en approcher le plus possible, afin de savoir qui
jouera le premier aux billes, à la marelle, etc. Argot des enfants.
- DÉCADENER, v. a. Déchaîner,
débarrasser de ses liens,—dans
l'argot des voleurs.
- DÉCALITRE, s. m. Chapeau
rond, en forme de boisseau,—dans l'argot des faubouriens.
- DÉCAMPER, v. n. S'en aller,
s'enfuir,—dans l'argot du peuple.
Décamper sans tambour ni trompette.
S'en aller discrètement ou honteusement, selon qu'on est
bien élevé ou qu'on a été inconvenant.
On dit aussi Décampiller.
- DÉCANAILLER (Se), v. a. Sortir
de l'obscurité, de la misère, de l'abjection,—dans le même
argot.
- DÉCANILLER, v. n. Déguerpir,
partir comme un chien,—dans
le même argot.
On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie
si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été
jusqu'en Picardie chercher une chenille.
- DÉCARCASSER (Se), t. réfl. Se
démener, s'agiter bruyamment,—dans le même argot.
- DÉCARRADE, s. f. Sortie, départ,
fuite,—dans l'argot des voleurs.
- DÉCARRER, v. n. S'en aller de
quelque part, s'enfuir.—dans l'argot des voleurs et du peuple.
- DÉCARRER DE BELLE. Sortir
de prison sans avoir passé en jugement. Argot des voleurs.
- DÉCARTONNER (Se), v. réfl.
Vieillir, ou être atteint de maladie mortelle,—dans l'argot des
faubouriens.
- DÉCATI, adj. et s. Qui n'a plus
ni jeunesse, ni beauté, qui sont
le cati, le lustre de l'homme et
de la femme.
125
- DÉCATIR (Se), v. réfl. Vieillir,
enlaidir, se faner.
- DÉCAVÉ, s. m. Homme ruiné,
soit par le jeu, soit par les femmes,—dans
l'argot de Breda-Street.
- DÉCHANTER, v. n. Revenir
d'une erreur; perdre une illusion;
rabattre de ses prétentions,—dans
l'argot du peuple, fidèle
sans le savoir à l'étymologie (decantare).
- DÈCHE, s. f. Pauvreté, déchet
de fortune ou de position,—dans
le même argot.
Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat
d'Anglemont en attribue l'invention à un pauvre cabotin du
Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de
Ferdinand Laloue: «Quel échec, mon empereur!» se troubla
et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que: «Quelle
dèche, mon empereur!»
Être en dèche. Être en perte
d'une somme quelconque.
- DÉCHEUX, adj. et s. Homme
pauvre, misérable.
- DÉCHIRÉE (N'être pas trop).
Se dit—dans l'argot du peuple—d'une femme qui est encore
jeune, jolie et appétissante.
On dit aussi N'être pas trop égratignée.
- DÉCHIRER (Ne pas se). Se faire
des compliments; se vanter.
- DÉCHIRER DE LA TOILE. Faire
un feu de peloton,—dans l'argot des troupiers.
- DÉCHIRER LA CARTOUCHE, v.
a. Manger,—dans l'argot des
soldats et des ouvriers qui se
souviennent de leurs sept ans.
- DÉCHIRER SON HABIT, v. a.
Mourir,—dans l'argot des tailleurs.
- DÉCHIRER SON TABLIER, v. a.
Mourir,—dans l'argot des domestiques.
- DÉCLANCHER (Se), v. réfl. Se
démettre l'épaule,—dans l'argot des faubouriens, qui assimilent
l'homme au mouton.
- DÉCLOUER, v. a. Dégager des
effets du mont-de-piété, du clou.
- DÉCOLLER, v. n. S'en aller de
quelque part; quitter une place,—dans l'argot des ouvriers.
- DÉCOLLER LE BILLARD. Mourir.
On dit aussi Dévisser son billard.
- DÉCOMPTE, s. m. Blessure
mortelle,—dans l'argot des troupiers, qui savent qu'en la touchant
il faut quitter le service et la vie.
- DÉCONFITURE, s. f. Faillite,—dans
l'argot des bourgeois.
Être en déconfiture. Avoir déposé son bilan.
- DÉCORS, s. m. pl. Cordons,
tabliers, bijoux,—dans l'argot des francs-maçons.
- DÉCOUDRE (En), v. n. Se battre
en duel ou à coups de poing,—dans
l'argot du peuple et des
troupiers.
- DÉCOUVRIR LA PEAU DE QUELQU'UN,
v. a. Lui faire dire ce qu'il arait voulu cacher,—dans
l'argot du peuple.
126
- DÉCRASSER UN HOMME, v. a.
Lui enlever sa timidité, sa pudeur, sa dignité, sa conscience,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont des idées particulières sur la
propreté.
Pour les filles, Décrasser un homme, c'est le ruiner, et pour
les voleurs, c'est le voler,—c'est-à-dire exactement la même
chose.
- DÉCROCHER, v. a. Dégager un
objet du mont-de-piété,—dans l'argot des ouvriers.
- DÉCROCHER, v. a. Tuer d'un
coup de fusil,—dans l'argot des
troupiers.
Ils disent aussi Descendre.
- DÉCROCHER SES TABLEAUX,
v. a. Opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire
les mucosités sèches qui peuvent s'y trouver. Argot des rapins.
- DÉCROCHER UN ENFANT, v.
a. Faire avorter une femme,—dans l'argot du peuple.
Se faire décrocher. Employer des médicaments abortifs.
- DÉCROCHEZ-MOI ÇA, s. m.
Chapeau de femme,—dans l'argot des revendeuses du Temple.
- DÉCROCHEZ-MOI ÇA, s. m.
Boutique de fripier,—dans l'argot du peuple.
Acheter une chose au décrochez-moi
ça. L'acheter d'occasion, au
Temple ou chez les revendeurs.
- DÉCROTTER UN GIGOT, v. a.
N'en rien laisser que l'os,—dans l'argot des ouvriers, qui ont
bon appétit une fois à table.
- DÉDURAILLER, v. a. Oter les
fers d'un forçat ou les liens d'un prisonnier.
- DÉFARDEUR, s. m. Voleur,—dans
l'argot des voyous.
On dit aussi Doubleur.
- DÉFARGUER, v. n. Pâlir,—dans
l'argot des voleurs, pour qui farguer c'est rougir.
- DÉFARGUEUR, s. m. Témoin
à décharge, assez maître de lui pour mentir sans rougir.
- DÉFENDRE SA QUEUE, v. a.
se défendre quand on est attaqué,—dans l'argot du peuple,
qui prend l'homme pour un chien.
- DÉFIGER, v. a. Réchauffer,—dans
le même argot.
- DÉFILER LA PARADE, v. n.
Mourir,—dans l'argot des troupiers, qui blessés en pleine poitrine
par un éclat d'obus, trouvent encore le temps de faire le
salut militaire à leur chef comme pour lui dire: Ave, Cæsar, morituri
te salutant.
- DÉFLEURIR LA PICOURE, v. a.
Voler le linge étendu dans les prés ou sur les haies. Argot des
prisons.
- DÉFOURAILLER, v. n. Courir,—dans
l'argot des voyous.
- DÉFRIMOUSSER, v. a. Défigurer
quelqu'un,—dans le même argot.
- DÉFRISER, v. a. Désappointer,
contrarier quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
- DÉFRUSQUER, v. a. Dépouiller
quelqu'un de ses vêtements,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Défrusquiner.
Se défrusquer. Se déshabiller.
127
- DÉGAINE, s. f. Allures du
corps, fourreau de l'âme.—dans
l'argot du peuple, qui n'emploie
ordinairement ce mot qu'en mauvaise
part.
Avoir une belle dégaine. Se dit ironiquement
des gens qui n'ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.
- DÉGAUCHIR, v. n. Voler.
- DÉGELÉE, s. f.—Coups donnés
ou reçus,— dans l'argot des
faubouriens.
- DÉGELER, v. n. Se déniaiser,
se remettre de son émotion,—dans le même argot.
Signifie aussi: Mourir.
- DÉGINGANDÉ, adj. s. Qui a
mauvaise grâce, au propre et au figuré,—dans l'argot du peuple.
- DÉGINGANDER (Se), v. réfl.
Se donner des allures excentriques
et de mauvais goût.
- DÉGOBILLADE, s. f. Résultat
d'une indigestion,—dans l'argot du peuple.
- DÉGOBILLER, v. a. et n.
Avoir une indigestion.
- DÉGOMMADE, s. f. Vieillesse,
décrépitude naturelle ou précoce,—dans l'argot du peuple.
- DÉGOMMER, v. a. Destituer,
casser d'un grade,—dans l'argot des troupiers.
Se dégommer. S'entre-tuer.
- DÉGOMMER (Se), v. réfl. Vieillir,
perdre de ses cheveux, de son élégance, de sa fraîcheur,—au
propre et au figuré.
- DÉGOTTAGE, s. m. Action de
surpasser quelqu'un en force ou en talent, en esprit ou en beauté.
Argot des faubouriens.
Signifie aussi: Recherche couronnée de succès.
- DÉGOTTER, v. a. Surpasser,
faire mieux ou pis; étonner, par sa force ou par son esprit, des
gens malingres ou niais.
Signifie aussi: Trouver ce que l'on cherche.
- DÉGOULINER, v. n. Couler,
tomber goutte à goutte des yeux
et surtout de la bouche,—dans
l'argot du peuple.
- DÉGOURDIR, v. a. Emanciper
l'esprit ou les sens de quelqu'un,—dans le même argot.
Se dégourdir. Se débourrer,
se débarrasser de ses allures
gauches, de la timidité naturelle
à la jeunesse.
Signifie aussi: S'amuser.
- DÉGOUTÉ (N'être pas). Prendre
le meilleur morceau, choisir la plus jolie femme,—dans le
même argot.
- DÉGRAISSER (Se). Maigrir,—dans
l'argot du peuple.
- DÉGRAISSER UN HOMME, v. a.
Le ruiner,—dans l'argot des petites dames, qui trouvent alors
qu'il n'y a pas gras dans ses poches.
- DÉGRINGOLADE, s. f. Ruine,
débâcle de fortune,—dans l'argot des bourgeois, témoins des
croulements fréquents des parvenus d'aujourd'hui.
- DÉGROSSIR, v. a. Découper
des viandes,—dans l'argot des francs-maçons.
- DÉGUEULAS, adj. Dégoûtant,—dans
l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens
et des choses.
128
- DÉGUEULER, v. a. et n. Avoir
une indigestion,—dans l'argot du peuple.
- DÉGUEULIS, s. m. Résultat
d'une indigestion.
- DÉGUI, s. m. Déguisement—dans
l'argot des voleurs.
- DÉGUISER EN CERF (Se), v.
réfl. Se retirer avec plus ou moins d'empressement,—dans l'argot
des faubouriens.
- DÉJETÉ, adj. Individu mal
fait, laid, maigre, dégingandé,—dans l'argot des ouvriers.
N'être pas trop déjeté. Être bien
conservé.
- DÉJEUNER DE PERROQUET, s.
m. Biscuit trempé dans du vin, qui permet d'attendre un repas
plus substantiel. Argot des bourgeois.
- DE LA BOURRACHE! Exclamation
de l'argot des faubouriens, dont il n'est pas difficile de deviner
le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de la borrago
officinalis.
C'est une expression elliptique
très raffinée: Ah! de la bourrache!
c'est-à-dire: «Tu me fais suer!»
- DÉLICAT ET BLOND, adj. Se
dit ironiquement d'un gandin, d'un homme douillet, quelles
que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de son corps.
L'expression date d'un siècle.
- DÉLICOQUENTIEUSEMENT,
adv. Merveilleusement,—dans l'argot des coulisses.
- DÉLIGE, s. f. Diligence,—dans
l'argot des voyous, qui ne
parlent pas toujours diligentissimè.
- DÉMANCHER (Se). Se remuer
beaucoup, se donner beaucoup de mal, souvent inutilement.
Argot du peuple.
- DÉMANTIBULER, v. a. Briser,
disjoindre. Même argot.
C'est démandibuler qu'il faudrait
dire; la première application de ce verbe a dû être élite à
propos de la mâchoire, qui se désarticule facilement.
Se démantibuler. Se séparer, se
briser,—au propre et au figuré.
- DÉMAQUILLER, v. a. Défaire
une chose faite ou convenue,—dans
l'argot des voleurs.
- DÉMARGER, v. a. S'en aller,
disparaître, s'enfuir,—dans le
même argot.
On disait autrefois Démurger.
- DÉMARRER, v. n. S'en aller;
quitter une place pour une autre,—dans l'argot du peuple, qui a
emprunté ce mot au vocabulaire des marins.
- DÉMÉNAGER, v. n. Perdre la
raison, le bon sens, le sang-froid,—dans le même argot.
Signifie aussi: Être vieux, être
sur le point de partir pour l'autre monde.
- DÉMÉNAGER A LA FICELLE,
v. n. A l'insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la
fenêtre ou par la porte,—dans l'argot des bohèmes, pour qui le
dieu Terme est le diable.
On dit aussi Déménager à la cloche de bois.
- DÉMÉNAGER AVANT LE TERME,
Faire un Lapsus linguæ, «mettre la charrue devant les bœufs».
Argot du peuple.
129
- DÉMÉNAGER PAR LA CHEMINÉE,
v. n. Brûler ses meubles lorsqu'on a reçu congé,—dans
le même argot.
- DEMI-AUNE, s. f. Bras,—dans
l'argot des faubouriens.
Tendre la demi-aune.—Mendier.
- DEMI-CACHEMIRE, s. m. Fille
ou femme qui est encore dans les limbes de la richesse et de la
galanterie, et qui attend quelque protection secourable pour briller
au premier rang des drôlesses.
AU XVIIIe siècle, en appelait
ça Demi-castor. Les mots changent, mais les vices restent.
- DEMI-MONDAINE, sub. fém.
Femme du demi-monde,—dans
l'argot des gens de lettres.
- DEMI-MONDE, s. m. Sphère
galante de la société parisienne, dans l'argot de M. Alexandre
Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.
- DEMI-VERTU, s. f. Demoiselle
qui est devenue dame de son propre chef, sans passer par
l'église ni par la mairie: la chrysalide d'une fille.
- DÉMOC, s. m. Apocope de
Démocrate,—dans l'argot du peuple.
Démoc-soc. Démocrate-socialiste.
- DEMOISELLE DU PONT-NEUF,
s. f. Femme banale dans le cœur
de laquelle tout le Paris galant
a le droit de circuler.
- DÉMOLIR, v. a. Critiquer âprement
et injustement,—dans l'argot des gens de lettres, qui
oublient trop qu'il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.
- DÉMOLIR, v. a. Tuer,—dans
l'argot des faubouriens, qui oublient trop qu'il faut vingt ans
pour construire un homme.
- DÉMONÉTISER, v. a. Attaquer
la réputation de quelqu'un et le ruiner,—dans l'argot du
peuple.
Se démonétiser. Se discréditer, s'amoindrir, se ruiner moralement.
- DÉMORGANER, v. n. Se ranger
à un avis, se rendre à une
observation,—dans l'argot des
voleurs.
- DÉNICHEUR DE FAUVETTES,
s. m. Coureur de filles,—dans l'argot du peuple.
- DENT (Avoir de la). Être encore
beau cavalier ou jolie femme,—dans l'argot de Breda-Street.
Les petites dames de ce pays
cythéréen qui veulent donner à rêver aux hommes disent aussi:
Seize ans, toutes ses dents et pas de corset.
Mal de dents. Mal d'amour.
N'avoir plus mal aux dents. Être mort.
- DÉPARLER, v. n. Cesser de
parler,—dans l'argot du peuple.
Ne pas déparler. Bavarder fort
et longtemps.
- DÉPARLER, v. n. Ne pas savoir
ce que l'on dit, parler d'une
chose que l'on ne connaît pas.
Argot des faubouriens.
- DÉPARTEMENT DU BAS-REIN,
s. m. La partie du corps sur laquelle on s'assied, et qui depuis
130
des siècles a le privilège de servir
d'aliment à ce qu'on est
convenu d'appeler «la vieille
gaieté gauloise».
L'expression appartient à l'argot des ouvriers, loustics de leur
nature.
- DÉPENDEUR D'ANDOUILLES, s.
m. Homme d'une taille exagérée,—dans l'argot du peuple.
- DÉPENSER SA SALIVE, v. a.
Parler,—dans le même argot.
On dit aussi Perdre sa salive,
dans le sens de: Parler inutilement.
- DÉPIAUTER, v. a. Enlever
la peau, l'écorce,—dans le même argot.
Se dépiauter. S'écorcher.
Signifie aussi Se déshabiller.
- DÉPLANQUER, v. a. Retirer
des objets d'une cachette ou du
plan,—dans l'argot des voleurs.
- DÉPLUMÉ, s. m. et a. Homme
chauve,—dans l'argot des faubouriens.
- DÉPLUMER (Se), v. réfl. Perdre
ses cheveux.
- DÉPONER, v. n. Levare ventris
onus,—dans l'argot du peuple,
pour qui le derrière est le ponant
du corps.
- DÉPOSER UNE PÊCHE, v. a.
Levare ventris onus,—dans l'argot des ouvriers.
Ils disent aussi Déposer un kilo.
- DÉPOTOIR, s. m. Confessionnal,—dans
l'argot des voleurs, qui ont de rares occasions d'y
décharger leur conscience, pourtant bien remplie d'impuretés.
- DÉPOTOIR, s. m. «Pot qu'en
chambre on demande»,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Coffre-fort.
- DÉPOTOIR, s. m. Prostibulum,—dans
l'argot des voyous.
- DÉPUCELEUR DE NOURRICES,
s. m. Fat ridicule, cousin germain de l'amoureux des onze
mille vierges,—dans l'argot du peuple, qui n'aime pas les Gascons.
- DE QUOI, s. m. Fortune, aisance,—dans
le même argot.
Avoir de quoi. Être assuré
contre la soif, la faim et les autres fléaux qui sont le lot ordinaire
des pauvres gens.
On dit aussi Avoir du de quoi.
- DER, s. m. Apocope de dernier,—dans
l'argot des écoliers.
- DÉRALINGUER, v. n. Mourir,—dans
l'argot des marins d'eau
salée et d'eau douce.
- DÉROYALISER, v. a. Détrôner
un roi, enlever à un pays la
forme monarchique et la remplacer
par la forme républicaine.
L'expression date de la première Révolution et a pour père
le conventionnel Peysard.
- DÉSATILLER, v. a. Châtrer,—dans
l'argot des voleurs.
- DESCENDRE, v. a. Tuer, abattre
d'un coup de fusil,—dans l'argot des soldats et des chasseurs.
- DESCENDRE LA GARDE, v. n.
Mourir,—dans l'argot du peuple.
- DESCENTE DE LIT, s. f. Lion
que l'esclavage a abruti et qui se laisse donner des coups de cravache
par son dompteur sans protester par des coups de griffes.
131
- DÉSENBONNETDECOTONNER,
v. a. Débourgeoiser, donner de l'élégance à quelqu'un ou à quelque
chose.
Le mot est de Balzac.
- DÉSENFLAQUER (Se). Se désem...nuyer,—dans
l'argot des faubouriens.
- DÉSENFLAQUER (Se). Se tirer
de peine, et aussi de prison,—dans l'argot des voleurs.
- DÉSENFRUSQUINER (Se). Se
déshabiller,—dans l'argot des faubouriens.
- DÉSENTIFLAGE, s. m. Rupture,
divorce,—dans l'argot des voleurs.
- DÉSENTIFLER (Se), v. réfl. Se
quitter, divorcer.
- DESGRIEUX, s. m. Chevalier
d'industrie et souteneur de Manons,—dans
l'argot des gens de
lettres, qui, avec raison, ne peuvent
pardonner à l'abbé Prévost
d'avoir poétisé le vice et le vol.
- DÉSHABILLER, v. a. Donner
des coups, battre quelqu'un à lui
en déchirer ses vêtements,—dans
l'argot des faubouriens.
- DÉSOSSÉ, adj. et s. Homme
extrêmement maigre,—dans
l'argot du peuple.
- DESSALÉE, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie,—dans le même argot.
Cette expression, qui a plus d'un siècle, signifie aussi
femme rusée, roublarde.
- DESSALER (Se), v. Boire le
vin blanc du matin,—dans
l'argot des faubouriens, qui dorment
volontiers salé, comme
Gargantua.
- DESTRIER, s. m. Cheval.—dans
l'argot des académiciens,
qui ont horreur du mot propre.
Ils disent aussi Palefroi,—dans
les grandes circonstances.
- DÉTACHER, v. a. Donner,—dans
l'argot du peuple.
Détacher un soufflet. Souffleter quelqu'un.
Détacher un coup de pied. Donner un coup de pied.
- DÉTACHER LE BOUCHON, v.
a. Couper la bourse ou la chaîne
de montre,—dans l'argot des
voleurs.
- DÉTAFFER, v. a. Aguerrir
quelqu'un, l'assurer contre le taf,—dans
l'argot des voyous.
- DÉTAIL, s. m. Chose grave
que l'on traite en riant,—dans l'argot du peuple.
C'est un détail! signifie: Cela
n'est rien!—même lorsque c'est quelque chose d'important,
d'excessivement important, fortune perdue ou coups reçus.
- DÉTALER, v. n. S'enfuir, s'en
aller sans bruit,—dans le même
argot.
- DÉTAROQUER, v. a. Démarquer
du linge,—dans l'argot des
voleurs, qui ont bien le droit de
faire ce que certains vaudevillistes
font de certaines pièces.
- DÉTELER, v. n. Renoncer aux
jeux de l'amour et du hasard,—dans
l'argot des bourgeois, qui
connaissent le Solve senescentem
d'Horace, mais qui ont de la
peine à y obéir.
On dit aussi Enrayer.
- DÉTOCE ou Détosse, s. f.
132
Détresse, guignon,—dans l'argot
des prisons.
- DÉTOURNE (Vol à la), s. m.
Vol dans l'intérieur des magasins
ou à la devanture des boutiques.
On dit aussi Grinchissage à la détourne.
- DÉTOURNEUR, EUSE, s. Individu
qui pratique le grinchissage à la détourne.
- DEUX COCOTTES (Les). Le
numéro 22,—dans l'argot des joueurs de loto.
- DEUX D'AMOUR, s. m. Le
numéro 2,—dans le même argot.
- DEUX SœURS, s. f. pl. Les
nates de Martial,—dans l'argot des faubouriens.
- DEUX SOUS DU GARÇON, s.
m. pl. Le pourboire que chaque consommateur est forcé—sous
peine d'être «mal servi»—de donner aux garçons de café, qui
s'achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt
direct.
- DEVANT DE GILET, s. m.
Gorge de femme,—dans l'argot des faubouriens.
- DÉVEINE, s. f. Malheur constant
dans une série d'opérations constantes.
Être en déveine. Perdre constamment au jeu.
- DÉVERGONDÉE, s. f. Fille ou
femme qui a toute vergogne bue,—dans l'argot des bourgeoises,
qui quelquefois donnent ce nom à une pauvre fille dont le seul
crime est de n'avoir qu'un amant.
- DÉVIDAGE, s. m. Long discours,
bavardage interminable,—dans l'argot des voleurs.
Dévidage à l'estorgue. Accusation.
- DÉVIDER, v. a. et n. Parler,
et, naturellement, bavarder.
Dévider à l'estorgue. Mentir.
Dévider le jar. Parler argot.
On dit aussi Entraver le jar.
- DÉVIDEUR, s. m. Bavard.
- DÉVIERGER, v. a. Séduire une
jeune fille et la rendre mère,—dans l'argot du peuple.
- DÉVISAGER, v. a. Egratigner
le visage, le meurtrir de coups,—dans le même argot.
Signifie aussi: Regarder quelqu'un avec attention.
- DÉVISSER SON BILLARD, v. a.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
- DÉVISSEUR, s. m. adj. Médisant,
débineur,—dans l'argot des gens de lettres et des faubouriens.
- DEVOIR UNE DETTE, v. a.
Avoir promis un rendez-vous d'amour,—dans l'argot des filles,
qui sont brouillées avec la grammaire comme avec la vertu, et
qui redoutent moins un pléonasme qu'un agent de police.
- DÉVORANT, s. m. Compagnon
du Tour de France,—dans l'argot
des ouvriers.
- DIABLE, s. m. Agent provocateur,—dans
l'argot des voleurs, qui sont tentés devant lui du péché de colère.
- DIABLE, s. m. L'attelabe,—dans
l'argot des enfants, qui ont
133
été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux
mandibules cornées.
- DIABLE (A la), adv. Avec
précipitation, sans soin, sans précaution,—dans l'argot du
peuple.
- DIABLE AU VERT (Au). Très
loin,—dans le même argot.
Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression
populaire vienne du château de Vauvert, sur l'emplacement
duquel fut jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même
depuis longtemps remplacé par le bal de la Grande chartreuse
ou Bal Bullier: je le veux bien, n'ayant pas assez d'autorité
pour vouloir le contraire, pour prétendre surtout être seul de
mon avis contre tant de monde. Cependant je dois dire d'abord
que je ne comprends guère comment les Parisiens du
XIVee siècle
pouvaient trouver si grande la distance qu'il y avait alors comme
aujourd'hui entre la Seine et le carrefour de l'Observatoire; ensuite,
j'ai entendu souvent, en province, des gens qui n'étaient
jamais venus à Paris, employer cette expression, que l'on dit exclusivement
parisienne.
- DIABLE BAT SA FEMME ET
MARIE SA FILLE (Le). Il pleut et fait soleil tout à la fois,—même
argot.
- DIABLE EN PRENDRAIT LES
ARMES! (Le) Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie
pour renforcer une menace, pour donner plus de poids à un ultimatum.
Se dit aussi à propos d'un grand vacarme «où l'on n'entendrait
pas Dieu tonner». Quand on n'entend pas Dieu tonner, c'est
qu'en effet le «diable en a pris les armes».
- DIAMANT, s. m. Voix de la
plus belle eau,—dans l'argot
des coulisses.
- DICTIONNAIRE VERDIER, s.
m. Lexique fantastique,—dans l'argot des typographes, qui y font
allusion chaque fois qu'un de leurs compagnons parle mal ou orthographie
défectueusement.
- DIEU BAT SES MATELAS. Se
dit,—dans l'argot du peuple, lorsqu'il tombe de la neige.
- DIEU TERME (Le). Les 8 janvier,
8 avril, 8 juillet et 8 octobre de chaque année,—dans
l'argot des bohèmes.
- DIGUE-DIGUE, s. f. Attaque
d'épilepsie,—dans l'argot des
voyous.
- DIJONNIER, s. m. Moutardier,—dans
l'argot des faubouriens.
- DILIGENCE DE ROME, s. f. La
langue,—dans l'argot du peuple, qui sait qu'on va partout
quand on sait demander son chemin.
- DIMANCHE, adv. Jamais,—dans
le même argot.
On dit aussi Dimanche après la grand'messe.
- DIMANCHE, s. m. Endroit
d'un navire ou d'une maison
qu'on a oublié de nettoyer,—dans
l'argot des marins.
- DIMASINE, s. f. Chemisette,—dans
l'argot des voleurs.
134
- DINDE, s. f. Femme sotte,
maladroite, sans aucun des charmants défauts de son sexe,—dans
l'argot du peuple, qui a, du reste, l'honneur de se rencontrer
avec Shakespeare: Goose (oie), dit celui-ci en deux ou trois
endroits de ses comédies.
- DINDON, s. m. Imbécile, dupe.
Être le dindon de la farce. Être la victime choisie,
payer pour les autres.
- DINDONNER, v. a. Tromper,
duper.
- DINDORNIER, s. m. Infirmier,—dans
l'argot des voleurs.
- DÎNER EN VILLE, v. n. Manger
un petit pain en marchant à travers les rues,—dans l'argot
parfois navrant des bohèmes.
- DÎNER PAR CœUR, v. n. Ne
pas dîner du tout,—dans l'argot du peuple.
- DINGUER, v. n. N'être pas
d'aplomb,—dans l'argot des coulisses,—où l'on emploie ce
verbe à propos des décors et des machinistes.
- DINGUER, v. n. Flâner, se
promener,—dans l'argot des
faubouriens.
Envoyer quelqu'un dinguer. Le
congédier brusquement, s'en débarrasser en le mettant à la
porte.
- DIRE, v. n. Plaire, agréer,
convenir,—dans l'argot du
peuple.
Cela ne me dit pas. Je n'ai pas d'appétit, de goût pour cela.
- DIRE LA SIENNE, v. a. Raconter
son histoire ou chanter sa romance après que les autres ont
chanté ou raconté. Même argot.
- DISCUSSION AVEC LES PAVÉS
(Avoir une). Tomber sur les pavés et s'y égratigner le visage, soit
en état d'ivresse, soit par accident,—dans
l'argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque
tous les lundis, en revenant de la barrière.
- DIX-HUIT, s. m. Soulier ressemelé,
c'est-à-dire deux fois neuf (9),—dans l'argot calembourique
du peuple.
- DOCTES PUCELLES (Les). Les
neuf Muses,—dans l'argot des Académiciens, qui devraient pourtant
se rappeler le
... casta quam nemo rogavit
de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques,
tout le monde y gagnerait,—et surtout la littérature française.
- DODO, s. m. Lit,—dans l'argot
des enfants et des filles.
Faire dodo. Dormir.
- DOG-CART, s. m. Sorte de voiture
de maître, d'invention anglaise, et maintenant à la mode
française. Argot des gandins et des carrossiers.
- DOMINO-CULOTTE, s. m. Le
domino restant dans la main du joueur.
- DOMINOS, s. m. pl. Les dents,—dans
l'argot du peuple, qui emploie là, s'en sans douter, une
expression du slang anglais.
Avoir le jeu complet. Avoir toutes ses dents.
Jouer des dominos. Manger.
135
- DONDON, s. f. Femme chargée
d'embonpoint; servante de cabaret,—dans le même argot.
- DONDON, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot dédaigneux des bourgeoises.
- DONNER, v. a. Dénoncer,—dans
l'argot des voleurs.
Être donné. Être dénoncé.
- DONNER (S'en), v. réfl. Prendre
d'un plaisir avec excès,—dans
l'argot du peuple.
- DONNER (Se la), v. S'en aller,
s'enfuir,—dans l'argot elliptique des faubouriens.
- DONNER A LA BOURBONNAISE
(La). Regarder quelqu'un d'un mauvais œil,—dans l'argot des
voleurs.
- DONNER CINQ ET QUATRE, v.
a. Donner deux soufflets, l'un de la paume de la main, où les
cinq doigts assemblés frappent ensemble; l'autre du revers de
la main, le pouce demeurant alors sans action. Argot du
peuple.
On dit aussi Donner dix-huit.
- DONNER DANS L'œIL, v. n.
Plaire,—dans l'argot des petites dames, qui l'emploient aussi bien
à propos des gens que des choses dont elles ont envie.
Les faubouriens disent: Taper
dans l'œil. C'est plus expressif,—parce
que c'est plus brutal.
Molière a employé Donner dans la vue avec la même signification.
J'ai trouvé dans le Tempérament, tragédie-parade de
1755: Il m'a donné dans l'œil, employé dans le même sens.
- DONNER DE COUPS DE PIED
(Ne pas se). Faire son propre éloge, se dire des choses aimables,
s'avantager dans un récit. Argot du peuple.
- DONNER DE LA GROSSE
CAISSE. Faire des réclames à un livre ou à un médicament,—dans
l'argot des journaux.
- DONNER DE L'AIR (Se), v. réfl.
S'en aller de quelque part, non parce qu'on y étouffe, mais parce
qu'on s'y ennuie, ou parce qu'il est l'heure de se retirer.
- DONNER DE LA SALADE.
Battre, secouer quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, qui
ne se doutent pas que cette expression est une corruption
de Donner la salle, c'est-à-dire fouetter un écolier en public.
Ils disent aussi Donner une chicorée.
- DONNER DU BALAI. Chasser
quelqu'un, remercier un employé, congédier un domestique,—dans
l'argot des bourgeois.
- DONNER DU BON TEMPS (Se).
Se divertir, «cueillir le jour» et la nuit,—dans le même
argot.
- DONNER DU CAMBOUIS. Se
moquer de quelqu'un, lui jouer un tour, le duper,—dans l'argot
du peuple, qui emploie cette expression depuis trois cents
ans: «Ah! très orde vieille truande! vous me baillez du
cambouys!» s'écrie le Diable dans la Farce du meunier.
- DONNER DU FIL A RETORDRE.
Embarrasser quelqu'un, lui rendre
136
une affaire épineuse, une question difficile à résoudre.
- DONNER DU VENT. Brimer,—dans
l'argot des Saint-Cyriens.
- DONNER DU VINAIGRE. Tourner
très vite,—dans l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent à la
corde.
- DONNER LA MIGRAINE A UNE
TÊTE DE BOIS, v. a. Être excessivement ennuyeux,—dans l'argot
des gens de lettres.
L'expression appartient à Hippolyte Babou.
- DONNER SON BOUT, v. a. Congédier
un ouvrier,—dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi donner son bout de ficelle.
- DONNER UN COUP DE PIED
JUSQUE... Aller jusqu'à tel endroit désigné,—dans l'argot du
peuple.
- DONNER UN COUP DE POING
DONT ON NE VOIT QUE LA
FUMÉE, v. a. L'appliquer sur le
visage avec une grande violence,—même
argot.
J'ai entendu la phrase, et j'ai frémi pour celui à qui elle
s'adressait: «Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu
n'en verras que la fumée!» disait un robuste Auvergnat à
un ouvrier d'apparence médiocre.
- DONNER UN PONT A FAUCHER,
v. a. Tendre un piège,—dans l'argot des voleurs.
- DONNER UN REDOUBLEMENT
DE FIÈVRE, v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d'un
accusé,—dans le même argot.
- DONNEUR D'AFFAIRES, s. m.
Celui qui indique les vols à faire.
- DONNEZ-LA! Méfiez-vous,—dans
le même argot.
- DONT AUQUEL, adj. A qui
rien n'est comparable,—dans
l'argot du peuple.
Il y a plus d'un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.
- DONZELLE, s. f. Fille qui préfère
la compagnie des hommes à celle des femmes,—dans le
même argot.
Signifie aussi Maîtresse.
Comme les mots déchoient!
La donzelle du Moyen Age était la demoiselle de la maison,—dominicella,
ou domina; la donzelle du XIXe siècle est une
demoiselle de maison.
- DOR, s. m. Or, du dor,—dans
l'argot des enfants.
- DORANCHER, v. a. Dorer,—dans
l'argot des voleurs.
- DORMIR EN CHIEN DE FUSIL,
v. n. C'est,—dans l'argot du peuple,—prendre en dormant
une posture qui donne au corps la forme d'une S ou du morceau
de fer qu'on abat sur le bassinet de certaines armes à feu lorsqu'on
veut tirer.
- DORSAY, s. m. Petite jaquette
élégante,—dans l'argot des tailleurs et des gandins.
- DORT-DANS-L'AUGE, s. m.
Paresseux, homme qui s'endort sur la besogne,—dans l'argot
du peuple.
- DORT-EN-CHIANT, s. m.
Homme mou, paresseux, lambin.
137
- DOS D'AZUR, s. m. Souteneur
de filles.
(V. Dauphin.)
On dit aussi Dos vert.
- DOSSIÈRE, s. f. Fille publique,—dans
l'argot des voleurs, qui n'ont certainement pas voulu
dire, comme le prétend un étymologiste, «femme sur laquelle
tout le monde peut s'asseoir». Quelle étymologie alors? Ah!
voilà! Difficile dictu. Une dossière, c'est une femme qui joue
souvent le rôle de supin.
- DOSSIÈRE DE SATTE, s. f.
Chaise, fauteuil,—dans le même argot.
- DOUBLAGE, s. m. Vol,—dans
l'argot des voyous, qui appellent les voleurs Doubleurs,
probablement parce qu'ils témoignent
une grande duplicité.
- DOUBLE, s. m. Sergent-major,—dans
l'argot des soldats, qui l'appellent ainsi probablement à
cause de ses deux galons dorés.
- DOUBLER, v. a. Voler.
- DOUBLER UN CAP, v. a. Passer
heureusement une échéance, un 1er ou un 15, sans avoir un
billet protesté,—dans l'argot des commerçants, qui connaissent
les écueils de la Fortune.
Henry Murger, dans sa Vie de Bohème, appelle ce 1er et ce 15
de chaque mois le Cap des Tempêtes,
à cause des créanciers qui font rage à ce moment-là pour
être payés.
- DOUBLE SIX, s. m. Nègre,—dans
l'argot des voleurs.
- DOUBLE SIX, s. m. Les deux
dents au milieu de la mâchoire supérieure. Argot des faubouriens.
- DOUBLEUR, s. m. Voleur.
Doubleur de sorgue. Voleur de nuit.
- DOUBLURE, s. f. Acteur secondaire,
chargé de remplacer, de doubler son chef d'emploi
malade ou absent. Argot des coulisses.
- DOUBLURE DE LA PIÈCE, s. f.
«Ce qu'il y a sous le corsage d'une robe de femme»,—dans
l'argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont parfois de
la famille de Tartufe.
- DOUCE, s. f. Étoffe de soie ou
de satin,—dans l'argot des voleurs.
- DOUCE, s. f. Fièvre,—dans
le même argot.
- DOUCE (A la), adv. Doucement,—dans
l'argot du peuple.
On dit quelquefois: A la douce, comme les marchands de cerises.
- DOUCETTE, s. f. Lime,—dans
l'argot des voleurs.
- DOUCEURS, s. f. pl. Choses
de diverse nature qu'on porte aux malades ou aux prisonniers,—aux
uns des oranges, aux autres du tabac.
- DOUILLARD, s. m. Homme
riche, fourni de douille.
Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.
- DOUILLE, s. f. Argent, monnaie,—dans
l'argot des voleurs
et des faubouriens.
- DOUILLES, s. f. pl. Cheveux,—dans
le même argot.
138
Douilles savonnées. Cheveux blancs.
- DOUILLET, s. m. Crin, crinière.
- DOUILLURE, s. f. Chevelure.
- DOUSSIN, s. m. Plomb,—dans
l'argot des voleurs.
- DOUX, s. m. Crème de menthe,
anisette, vespétro, etc.,—dans l'argot des bourgeoises.
- DOUX LARCIN, s. m. Baiser,—dans
l'argot des académiciens, qui traitent l'Amour d'«aimable
voleur de cœurs».
- DRAGÉE, s. f. Balle,—dans
l'argot des troupiers.
Recevoir une dragée. Être atteint d'une balle.
On dit aussi Gober la dragée.
- DRAGUE, s. f. Attirail d'escamoteur,
tréteaux de charlatan,—dans l'argot des faubouriens,
qui savent avec quelle facilité les badauds se laissent nettoyer les
poches.
- DRAGUEUR, s. m. Charlatan,
escamoteur, saltimbanque.
- DRAPEAU, s. m. Serviette,—dans
l'argot des francs-maçons.
Grand drapeau. Nappe.
- DRAPEAUX, s. m. pl. Couches,
langes de nouveau-né,—dans l'argot du peuple, qui emploie
ce mot depuis quelques siècles.
- DRINGUE, s. f. Ventris fluxus,—dans
l'argot des faubouriens.
- DROGUE, s. f. Chose de mauvaise
qualité, étoffe inférieure, camelote,—dans l'argot des
bourgeois, qui se rappellent le droguet de leurs pères.
- DROGUE, s. f. Femme acariâtre,
et, de plus, laide,—dans l'argot du peuple, qui a de la
peine à avaler ces créatures-là.
Se dit aussi d'un Homme difficile à vivre.
- DROGUEROGUE, s. f. Jeu de cartes,—dans
l'argot des troupiers, qui condamnent le perdant à
porter sur le nez un petit morceau de bois fendu.
Faire une drogue. Jouer cette partie de cartes.
- DROGUEROGUER, v. n. Attendre,
faire le pied de grue,—dans l'argot du peuple.
- DROGUEROGUER, v. n. Demander,—dans
l'argot des voleurs, qui savent qu'on attend toujours, et
quelquefois longtemps, une réponse.
- DROGUEROGUERIE, s. f. Demande.
- Drogueur de la haute, s.
m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec des histoires.
- DROGUERÔLE (Pas ou Peu), adj.
Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie à propos de tout
et de rien, d'un événement qui l'afflige ou d'une histoire qui
l'ennuie, d'une bretelle qui se rompt ou d'une tuile qui tombe
sur la tête d'un passant, etc., etc.
- DRÔLESSE, s. f. Habitante de
Breda-Street, ou de toute autre Cythère,—dans l'argot des
bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne
sont que dévergondées.
- DRÔLESSE, s. f. Maîtresse,
concubine,—dans l'implacable argot des bourgeoises, jalouses
139
de l'empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec
leur fortune.
- DRÔLICHON, ne, adj. Amusant,
drôle,—dans l'argot du peuple.
- DUC DE GUICHE, s. m. Guichetier,—dans
l'argot des faubouriens.
- DULCINÉE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des bourgeois, qui cependant se garderaient bien
de se battre pour la leur, même contre des moulins.
- DUMANET, s. m. Soldat crédule
à l'excès,—dans l'argot du peuple, qui a conservé le souvenir
de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d'Alger.
- DUR, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Raide.
- DUR, s. m. Fer,—dans l'argot
des voleurs.
Ils disent aussi Durin.
- DUR A AVALER, adj. Se dit—dans
l'argot du peuple—d'une histoire invraisemblable à laquelle
on se refuse à croire, ou d'un accident dont on a de la peine à
prendre son parti.
On dit aussi, dans le même sens: Dur à digérer.
- DUR-A-CUIRE, s. m. Homme
insensible à la douleur, physique
ou morale.
- DURAILLE, s. f. Pierre,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Dure.
Dure à briquenion. Pierre à briquet.
Ils disent aussi Dure à riffle.
Duraille sur mince. Diamant sur papier.
- DUR-A-LA-DÉTENTE, adj. et
s. Homme avare, qui ne lâche pas volontiers les ressorts de la
bienfaisance ou du crédit,—dans l'argot du peuple, pour qui
ces sortes de gens sont de «singuliers pistolets».
On dit aussi Dur à la desserre.
- DURE, s. f. La terre,—dans
l'argot des voleurs et du peuple.
Coucher sur la dure. Coucher à la belle étoile.
- DURÊME, s. m. Fromage
blanc,—dans l'argot des voleurs.
- DURILLON, s. m. Gibbosité
humaine,—dans l'argot des
faubouriens, que les bossus feront
toujours rire.
Ils disent aussi Loupe.
- DURINER, v. a. Ferrer,—dans
l'argot des voleurs.
- DU VENT! de la mousse!
Phrase de l'argot des faubouriens, qui l'emploient fréquemment
en réponse à quelque chosequi leur déplaît ou ne leur va pas.
Ils disent aussi, soit: De l'anis!
soit: Des navets! soit: Des nèfles!
soit: Du flan!
Qu'on ne croie pas l'expressionmoderne, car elle a des
chevrons: «Si on la loue en toutes sortes de langues, elle
n'aura que du vent en diverses façons,» dit La Serre, historiographe
de France, dans un livre adressé à mademoiselle d'Arsy,
fille d'honneur de la reine (1638).
140
141
E
- EAU BÉNITE DE CAVE, s. f.
Vin,—dans l'argot du peuple, qui sait que tous les cabaretiers
font concurrence à saint Jean-Baptiste.
- EAU DE BOUDIN, s. f. Chose
illusoire.
Tourner en eau de boudin. Se
dit d'une promesse qu'on ne tient pas, d'un héritage qui
échappe, d'un projet qui avorte.
Ne serait-ce pas plutôt os de
boudin? Car enfin à la rigueur, on peut trouver de l'eau dans un
boudin, tandis qu'on n'y trouvera jamais d'os.
- EAU-FORTIER, s. m. Graveur.
- EAUX SONT BASSES (Les). N'avoir
plus ou presque pas d'argent,—dans
l'argot des bourgeois.
- ÉBASIR, v. a. Assassiner,—dans
l'argot des prisons.
- ÉBAUBI, adj. et s. Étonné,
émerveillé,—dans l'argot du
peuple.
- ÉBERLUÉ, adj. Surpris, émerveillé,
aveuglé par l'étonnement.
- ÉBOUFFER (S'), v. réfl. Rire
aux éclats.
- ÉCACHER, v. a. Écraser en
aplatissant.
On disait et on écrivait autrefois Esquacher.
- ÉCARBOUILLER, v. a. Écraser,
aplatir, réduire en miettes, en
escarbilles, ou plutôt en escarres.
On dit aussi Écrabouiller, et Escrabouiller.
- ÉCARTER DU FUSI, v. n.
Envoyer, en parlant, une pluie
de salive au visage de son interlocuteur.
On disait autrefois Écarter la dragée.
- ÉCHALAS, s. m. pl. Jambes, surtout
quand elles sont maigres,—dans
l'argot des faubouriens.
Avoir avalé un échalas. Être d'une maigreur remarquable.
- ÉCHAPPÉ D'HÉRODE, s. m.
Homme innocent, c'est-à-dire niais,—dans l'argot ironique du
peuple. 142
- ÉCHARPILLER, v. a. Briser
une chose en mille morceaux.
Se faire écharpiller. Se faire accabler de coups.
- ÉCHASSES, s. f. pl. Jambes fines,
et même maigres. Argot du
peuple.
- ÉCHASSIER, s. m. Homme
long et maigre.
- ÉCHAUBOULURE, s. f. Petite
élevure rouge qui vient sur la peau à la suite d'une brûlure.
- ÉCHAUDÉ (Être). Trompé par
un marchand, volé par un restaurateur, carotté par un neveu.
- ÉCHAUDER, v. a. Surfaire un
prix, exagérer le quantum d'une note,—dans l'argot des bourgeois,
qui, depuis le temps qu'il y a des marchands et des restaurateurs,
doivent avoir l'eau froide en horreur.
- ÉCHO! Bis,—dans l'argot
des goguettiers, qui se plaisent à faire répéter les couplets des
autres, afin qu'on fasse bisser les leurs.
- ÉCHOS, s. m. pl. Les bruits
de ville et de théâtre,—dans l'argot des petits journalistes.
- ÉCHOTER, v. n. Rédiger des échos.
- ÉCHOTIER, s. m. Faiseur ou
collecteur d'échos.
- ÉCLAIRER, v. n. Payer,—dans
l'argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce
d'or reluisante ou pièce d'argent toute battante neuve.
- ÉCLAIRER, v. n. Montrer
qu'on a de l'argent pour parier, pour jouer ou pour faire des
galanteries,—dans l'argot de Breda-Street.
- ÉCLIPSER (S'), v. réfl. S'en
aller, s'enfuir,—dans l'argot des bourgeois frottés d'astronomie.
- ÉCLOPÉ, s. et adj. Qui marche
difficilement,—dans l'argot du
peuple, fidèle à la tradition.
«Il n'i a borgne n'esclopé.»
dit le Roman du renard.
Se dit aussi pour Blessé.
- ÉCLUSER, v. n. Meiere,—dans
l'argot des ouvriers facétieux.
Ils disent aussi Lâcher les écluses.
- ÉCONOMIE DE BOUTS DE CHANDELLE,
s. f. Économie mal entendue, qu'il est ridicule
parce qu'inutile de faire. Argot des bourgeois.
- ÉCOPER, v. n. Boire,—dans
l'argot des typographes.
- ÉCOPER, v. n. Recevoir des
coups,—dans l'argot des gamins.
- ÉCORCHE-CUL (A), loc. adv.
En glissant, en se traînant sur le derrière,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi A contre-cœur.
- ÉCORCHER, v. a. Surfaire un
prix, exagérer le quantum d'une addition, de façon à faire crier les
consommateurs et à les empêcher de revenir.
- ÉCORNÉ, adj. et s. Voleur sur
la sellette.
- ÉCORNER, v. a. Médire de
143
quelqu'un, attaquer sa réputation,—dans
l'argot du peuple.
- ÉCORNER, v. a. Injurier, faire
les cornes,—dans l'argot des voleurs.
- ÉCORNER LES BOUCARDS, v.
a. Forcer les boutiques,—dans le même argot.
- ÉCOSSAIS, s. et adj. Hospitalier,—dans
l'argot des gens de lettres, qui ont conservé bon
souvenir des montagnards de la Dame blanche.
Hospitalité écossaise. Hospitalité gratuite,
désintéressée, aimable.
- ÉCOSSEUR, s. m. Secrétaire,
homme chargé d'ouvrir les dépêches,—dans
l'argot des employés.
- ÉCOT, s. m. Part de chacun
dans un repas. Argot du peuple.
Être à son écot. Payer ce qu'on consomme.
Être à l'écot de quelqu'un. Dîner à ses dépens.
- ÉCOUTE S'IL PLEUT, s. m.
Fadaise, conte à dormir debout,—dans
le même argot.
- ÉCRACHE, s. m. Passeport,—dans
l'argot des voleurs.
Écrache-tarte. Faux passeport.
- ÉCRACHER, v. a. Exhiber son
passeport. Même argot.
- ÉCRASANT, adj. Etonnant,
inouï, accablant,—dans l'argot des littérateurs, qui emploient ce
mot à propos des gens aussi bien qu'à propos des choses.
- ÉCRASER DES TOMATES, v. a.
Avoir ses menses,—dans l'argot des petites dames.
- ÉCRASER UN GRAIN, v. a.
Boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier,—dans
l'argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans l'estomac.
- ÉCREVISSE, s. f. Cardinal,—dans
l'argot des voleurs, qui ont l'honneur de se rencontrer avec
Jules Janin, lequel a employé le même trope à propos du Homard,
«ce cardinal de la mer». Cardinaux sans doute, ces crustacés
décapodes,—mais seulement lorsqu'ils ont subi la douloureuse
épreuve du court-bouillon.
- ÉCRIVASSER, v. n. Ecrire,
faire des livres,—dans l'argot des gens de lettres, qui n'emploient
cette expression que péjorativement.
- ÉCRIVASSIER, s. m. Mauvais
écrivain.
Le mot a été employé pour la première fois en littérature, par
Gilbert.
- Écriveur, euse, s. et adj.
Qui se plaît à écrire, et, à cause
de cela, écrit à tort et à travers.
Argot du peuple.
Madame de Sévigné, qui était une écriveuse d'esprit, a employé
le mot écriveux.
- ÉCUELLE, s. f. Assiette,—dans
l'argot du peuple, fidèle à la tradition.
«Et doibt, por grace deservir,
Devant le compaignon servir,
Qui doibt mengier en s'escuelle.»
dit le Roman de la Rose.
144
- ÉCUME DE TERRE, s. f. Etain,—dans
l'argot des voleurs.
- ÉCUMOIRE, s. f. Visage marqué
de petite vérole,—dans
l'argot des faubouriens.
- ÉCURER SON CHAUDRON, v.
a. Aller à confesse,—dans l'argot du peuple, pour qui c'est un
moyen de nettoyer sa conscience de tout le vert-de-gris qu'y ont
déposé les passions mauvaises.
- ÉDREDON DE TROIS PIEDS, s.
m. Botte de paille.
- ÉF, s. m. Apocope d'effet,—dans
l'argot de Breda-Street.
Faire de l'ef. Briller; faire des embarras.
- EFFACER, v. a. Boire ou
manger,—dans l'argot des faubouriens.
Effacer un morceau de fromage.
- Effaroucher, v. a. Voler,—dans
l'argot des voleurs, qui sont si adroits qu'en effet la
chose qu'ils dérobent a l'air de s'enfuir, effarouchée, de la poche
du volé dans la leur.
- EFFET, s. m. Impression produite
sur le public par une pièce ou par un acteur. Argot des coulisses.
Se dit en général de l'ouvrage ou du rôle, et, en particulier,
d'un mot, d'un geste, d'une intonation.
Avoir un effet. Avoir à dire un
mot qui doit impressionner les spectateurs, les faire rire ou
pleurer.
Couper un effet. Distraire les
spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur attention à
son profit et au préjudice du camarade qui est en train de
jouer.
- EFFETS DE BICEPS, s. m. pl.
Vanité de boucher ou de débardeur,—dans l'argot du peuple.
Faire des effets de biceps. Battre
quelqu'un, uniquement pour lui prouver qu'on est plus fort que
lui.
- EFFETS DE POCHE, s. m. pl.
Étalage de pièces d'or et de billets de banque.
Faire des effets de poche. Payer.
- EFFONDRER, v. a. Enfoncer,—dans
l'argot des voyous.
- EFFONDRILLES, s. f. pl. Les
scories du pot-au-feu,—dans
l'argot des ménagères.
- ÉGAYER, v. n. Siffler,—dans
l'argot des coulisses.
Se faire égayer. Se faire envoyer des trognons de pommes.
- ÉGLISIER, s. m. Bigot, homme
qui hante trop les églises. Argot
des faubouriens.
- ÉGRAFFIGNER, v. a. Égratigner,—dans
l'argot du peuple.
- ÉGRUGEOIR, s. m. Chaire à
prêcher,—dans l'argot des voleurs, par allusion à sa forme
et à celle du bonnet du prédicateur qui ressemble assez à un
pilon.
- ÉGUEULER, v. a. Écorner un
vase, l'ébrécher,—dans l'argot du peuple.
- ÉGYPTIEN, s. m. Mauvais
acteur,—dans l'argot des coulisses.
- ELBEUF, s. m. Habit,—dans
145
l'argot du peuple, qui emploie
fréquemment la métonymie.
- ÉLIXIR DE HUSSARD, s. m.
Eau-de-vie inférieure.
- ÉLOQUENT (Être). Faire sentir
ses paroles,—dans l'argot facétieux des bourgeois, qui croient
seulement pour eux à la vertu de l'Eau de Botot.
- ÉMANCIPER (S'), v. réfl. Se
permettre des familiarités déplacées envers les femmes,—dans
l'argot des bourgeoises, à qui leur devoir impose l'obligation
de s'en fâcher.
- EMBALLER, v. a. Arrêter,—dans
l'argot des voleurs et des
filles.
- EMBALLER, v. n. Se dit,—dans
l'argot des maquignons,—d'un cheval qui prend le mors
aux dents, sans se soucier des voyageurs qu'il traîne après lui.
S'emballer, se dit dans le même sens d'un homme qui s'emporte.
- EMBALLER (Se faire). Se faire
mettre à Saint-Lazare,—dans l'argot des filles.
- EMBALLES, s. f. pl. Manières,
embarras,—dans le même argot.
Faire des emballes. Faire des embarras.
- EMBALLEUR, s. m. Agent de
police.
- EMBALUCHONNER, v. a. Empaqueter,
faire un baluchon.
- EMBARBOTTER (S'). S'embarrasser
dans un discours, bredouiller.—Argot du peuple.
On dit aussi S'embarbouiller.
- EMBARDER, v. n. Tergiverser,
digressionner,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans
l'infanterie de marine, et se rappellent combien de faux coups
de barre donnés au gouvernail peuvent retarder le navire.
- EMBARQUER SANS BISCUIT
(S'), v. réfl. Oublier l'essentiel, ne prendre aucune précaution,—dans
l'argot des bourgeois, d'ordinaire prudents comme Ulysse.
- EMBARRAS, s. m. pl. Grands
airs, manières arrogantes, dédaigneuses,—dans
l'argot du peuple.
Faire ses embarras. Éclabousser
ses rivales du haut de son coupé,—dans l'argot des petites
dames.
- EMBAUDER, v. a. Prendre de
force,—dans l'argot des voleurs.
- EMBÉGUINER (S'), v. réfl.
S'éprendre d'amitié pour un homme ou d'amour pour une
femme,—dans l'argot du peuple.
- EMBERLIFICOTER, v. a. Embarrasser,
gêner, obséder, entortiller.
S'emberlificoter. Se troubler
dans ses réponses, s'embarrasser
dans un discours, comme dans
un piège.
- EMBERLIFICOTEUR, s. m.
Homme rusé, qui sait entortiller
son monde.
- EMBERLUCOQUER (S'), v. réfl.
S'enticher d'une chose ou de quelqu'un, s'attacher à une opinion
sans réfléchir, aveuglément, comme si on avait la berlue.
L'expression se trouve dans
146
Rabelais sous cette forme. Hauteroche
a dit Embrelicoquer, et
Châteaubriand Emberloquer.
- EMBÊTEMENT, s. m. Contrariété,
ennui,—dans l'argot des
bourgeois, qui ne veulent pas
employer le substantif poli des
gens bien élevés et n'osent pas
employer le substantif énergique
des faubouriens.
- EMBÊTER, v. a. Obséder quelqu'un,
le taquiner.
S'embêter. S'ennuyer.
S'embêter comme une croûte de
pain derrière une malle. S'ennuyer
extrêmement.
- EMBLÈME, s. m. Tromperie,—dans
l'argot des voleurs.
- EMBLÉMER, v. n. Tromper.
- EMBLÈMES (Des)! Se dit,—dans
l'argot des faubouriens,—pour se moquer de quelqu'un qui
se vante, qui ment, ou qui ennuie.
- EMBOBINER, v. a. Circonvenir,
enjôler,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefois, et on dit quelquefois encore aujourd'hui,
Embobeliner.
- EMBOUCHÉ (Bien ou mal),
adj. Homme poli ou grossier,—dans l'argot des bourgeois.
- EMBRENER (S'). Se couvrir
les doigts ou les vêtements d'ordures,—dans l'argot du peuple.
Par extension, S'engluer.
- EMBROCHER, v. a. Passer son
épée ou sa baïonnette au travers du corps,—dans l'argot des
troupiers.
Se faire embrocher. Se faire tuer.
- EMBROUILLAMINI, s. m. Confusion
de choses ou de mots,—embrouillement.
Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en
grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L'auteur
du Code orthographique,—fort bon livre d'ailleurs,—prétend
qu'il ne faut pas dire embrouillamini, parce que ce mot
n'est pas français, mais bien brouillamini,—qui n'est pas
plus français, j'ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l'Académie,
son autorité. On a commencé par dire Bol d'Arménie, et
le bol d'Arménie était un remède de cheval fort compliqué,
fort embrouillé; de Bol d'Arménie on a fait Brouillamini, puis Embrouillamini:
Molière a employé le premier dans son Bourgeois Gentilhomme, et Voltaire s'est
servi du second dans sa Lettre à d'Argental.
Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple
dit-il, lui,—puisque c'est le Dictionnaire du peuple que je
fais ici? Le peuple prononce Embrouillamini.
Cela me suffit.
Embrouillamini du diable. Confusion
extrême, embarras dont on ne peut sortir.
- EMBROUILLER (S'), v. réfl.
Commencer à ressentir les atteintes
de l'ivresse,—dans l'argot
des ouvriers.
Ils disent aussi S'embrouillarder.
- EMBU, s. m. Tache à un tableau;
147
ton terne, crasseux,—dans l'argot des artistes.
- ÉMÉCHER (S'), v. réfl. Se
griser, être sur la pente de l'ivresse,—dans
l'argot des faubouriens.
- ÉMÉRILLONNER (S'), v. réfl.
S'égayer en buvant et s'empourprer la face en s'allumant les yeux.—Argot
du peuple.
- EMMANCHER UNE AFFAIRE,
v. a. L'entamer, la commencer.
- Emmastoquer (S'), v. réfl.
Se bien nourrir,—dans l'argot
du peuple, pour qui c'est une
façon de devenir mastoc.
- EMMERDEMENT, s. m. Profond
ennui,—dans le même
argot.
- EMMERDER, v. a. Ennuyer,
obséder quelqu'un.
Les bourgeois disent Emmieller.
- EMMITONNER QUELQU'UN, v.
a. Le circonvenir, l'endormir par des promesses.
- EMMITOUFLER (S'), v. réfl.
Se couvrir de trop de vêtements,—dans
le même argot.
On dit aussi S'empaletequer et
S'emmitonner, dans le même sens.
- ÉMOTION INSÉPARABLE, s.
f. Cliché de l'argot des gens de lettres et de théâtre, qui sous-entendent
toujours: d'un premier
début.
- ÉMOUSTILLÉ, adj. Aiguillonné,
égayé, éveillé,—dans l'argot du peuple, qui connaît l'effet du vin
doux, du moût (mustum).
- ÉMOUSTILLER (S'), réfl. Se
remuer, changer de place.
- ÉMOUVER (S'), v. réfl. Se remuer,
s'agiter, s'empresser,—dans
l'argot du peuple, fidèle à
l'étymologie (emovere).
- EMPAFFES, s. m. pl. Draps
de lit,—dans l'argot des voleurs.
V. Empave.
Ils disent aussi Embarras,—parce
qu'en effet il leur est assez difficile de les emporter.
- EMPAILLÉ, s. m. Imbécile,
homme sans valeur,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent souvent aussi: Il est à empailler!
- EMPAUMER, v. a. Circonvenir;
tromper,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de
prêter ce verbe à Corneille.
- EMPAVE, s. f. Carrefour, pavimentum,—dans
l'argot des
voleurs.
Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que ce mot,
au pluriel, signifie aussi Draps de lit. Dont acte.
- EMPÊCHEUR DE DANSER EN
ROND. s. m. Gêneur,—dans l'argot des coulisses.
- EMPÊTRER (S'), v. réfl. S'embarrasser
dans une affaire, sans savoir comment en sortir.—Argot
des bourgeois.
- EMPIFFRER (S'), v. réfl. Manger
gloutonnement, comme un animal plutôt que comme un
homme,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis
longtemps.
- EMPIFFRERIE, s. f. Gloutonnerie.
- EMPIOLER, v. a. Enfermer,
148
mettre en piole,—dans l'argot
des voleurs.
- EMPLÂTRE, s. m. Homme
sans énergie, pusillanime, qui reste collé en place, sans pouvoir
se décider à bouger. Argot du peuple.
- EMPLÂTRE, s. m. Empreinte,—dans
l'argot des voleurs, oui se garderaient bien d'en prendre
avec du plâtre (comme l'insinue M. Francisque Michel) et qui se
servent au contraire de substances molles, ou se malaxant
entre les doigts, collant enfin ενπλασσω [grec: enplassô]) comme la cire, la
gomme-résine, etc.
- EMPLÂTRER, v. a. Gêner
comme avec un emplâtre,—dans l'argot du peuple.
S'emplâtrer de quelqu'un. S'en embarrasser en s'en chargeant.
- EMPOIGNER, v. a. Critiquer
vertement un livre,—dans l'argot des gens de lettres; Siffler un
acteur ou une pièce,—dans l'argot des coulisses.
- EMPOIGNER (Se faire). Se
faire arrêter par un agent de police.
- EMPORTAGE A LA CÔTELETTE,
s. m. Variété de vol, dont Vidocq donne les détails. (V. Les
Voleurs, page 108.)
- EMPORTER LE CHAT, v. a.
Se mêler d'une chose que l'on ne connaît pas, et recevoir pour sa
peine une injure, ou pis encore.—Argot du peuple.
- EMPORTER SES CLIQUES ET
SES CLAQUES, v. a. Emporter ses outils, ses effets.
Signifie aussi Mourir.
- EMPORTEUR, s. m. Filou qui
a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte
quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où
ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce
mot, le volume de Vidocq.)
- EMPOTÉ, s. et adj. Paresseux,
maladroit,—dans l'argot du peuple, qui trouve volontiers
bêtes comme des pots tous les gens qui n'ont pas ses biceps et
ses reins infatigables.
- EMPROSEUR, s. m. Lesbien,—dans
l'argot des voleurs.
- EMPRUNTÉ, adj. Gauche,
maladroit, timide,—dans l'argot des bourgeois.
- EMPRUNTER UN PAIN SUR LA
FOURNÉE, v. a. Avoir un enfant d'une femme avant de l'avoir
épousée,—dans l'argot du peuple, à qui ses boulangères
font volontiers crédit.
- ÉMU (Être). Être gris à ne plus
pouvoir parler ni marcher,—comme un homme à qui l'émotion
enlèverait l'usage de la parole et des jambes.
On dit aussi Être légèrement ému.
- EN AVOIR PLEIN LE DOS.
Être excessivement ennuyé de quelque chose ou par quelqu'un.—Argot
du peuple.
- ENBOHÉMER (S'), v. réfl.
Perdre sa jeunesse, son esprit et son argent dans les parlottes artistiques
et littéraires.
- ENBONNETDECOTONNER (S'),
149
v. réfl. Prendre des allures bourgeoises, mesquines, vulgaires.
Argot des gens de lettres.
- ENCAGER, v. a. Emprisonner,—dans
l'argot du peuple.
Il dit aussi Encoffrer.
- ENCAISSER UN SOUFFLET, v.
a. Le recevoir sur la joue.—Même argot.
- ENCARRADE, s. f. Entrée,—dans
l'argot des voleurs.
- ENCARRER, v. n. Entrer.
- ENCASQUER, v. n. Entrer
quelque part ou dans quelque chose,—dans le même argot.
- ENCEINTRER, v. a. Mettre une
femme dans une «position intéressante».
Le peuple, qui emploie ce verbe aujourd'hui, a dit autrefois
Enceinturer.
- ENCENSOIR, s. m. Fressure
d'animal,—dans l'argot des voleurs,
qui ont probablement
voulu faire allusion au plexus de
graisse qui enveloppe cette partie.
Ils l'appelaient autrefois Pire.
- ENCHARIBOTTÉ, adj. Ennuyé,
chagriné, embarrassé,—dans
l'argot du peuple.
Il a dit autrefois Encharbotté.
- ENCHIFERNÉ, adj. Enrhumé
du cerveau.
Enchifrené, vaudrait peut-être
mieux, mais le peuple est autorisé à dire comme on disait au
XVIIe siècle.
- ENCOLIFLUCHETER. (S'), v.
réfl. S'ennuyer, être tout je ne sais comment.
On dit aussi S'encornifistibuler.
- ENCORE UN TIRE-BOUCHON!
Se dit,—dans l'argot des coulisses,—lorsqu'un
entr'acte se prolonge outre mesure.
- ENCOTILLONNER (S'). Se laisser
mener par sa femme ou par
les femmes. Argot du peuple.
- ENCROÛTER (S'). S'acagnarder
dans une habitude ou dans un
emploi.
- ENDÊVER, v. n. Enrager, être
dépité.
Faire endêver quelqu'un. Le taquiner, l'importuner de coups
d'épingle.
Caillières prétend que le mot est «du dernier bourgeois».
C'est possible, mais en attendant Rabelais et Jean-Jacques
Rousseau s'en sont servis.
- ENDIMANCHÉ, adj. Gauchement
et ridiculement habillé,—dans l'argot des bourgeois, impitoyables
pour le peuple, d'où ils sont sortis.
- ENDIMANCHER (S'), v. réfl.
Mettre son habit ou sa redingote du dimanche.
- ENDORMI, s. m. Juge,—dans
l'argot des voyous.
- ENDORMIR, v. a. Etourdir,
tuer,—dans l'argot des prisons.
- ENDORMIR SUR LE RÔTI (S'),
v. réfl. Se relâcher de son activité ou de sa surveillance; se
contenter d'un premier avantage ou d'un premier succès, sans
profiter de ce qui peut venir après.
150
Cette expression qui s'emploie plus fréquemment avec la négative,
est de l'argot des bourgeois. Le peuple, lui, dit; S'endormir
sur le fricot.
Rester sur le rôti. Agir prudemment,
au contraire, en n'allant
pas plus loin dans une affaire
sur l'issue de laquelle on a
des doutes.
- ENDOS, s. m. L'échine du dos,—dans
l'argot des voyous.
- ENDOSSES, s. f. Épaules,—dans
l'argot des voleurs.
- EN DOUCEUR, adv. Doucement,
prudemment, avec précaution,—dans
l'argot du
peuple.
- ENDROGUER, v. n. Chercher
à faire fortune,—dans l'argot
des voleurs.
- ENFANT DE CHœUR, s. m.
Pain de sucre,—dans l'argot des faubouriens.
- ENFANT DE LA BALLE, s. m.
Celui qui a été élevé dans la profession paternelle, comédien
parce que sa mère a appartenu au théâtre, épicier parce que son
père a été marchand de denrées coloniales, etc. Argot du peuple.
- ENFANT DE LA FOURCHETTE,
s. m. Académicien,—dans l'argot des voyous.
- ENFANT DE TROUPE, s. m.
Fils de comédien, enfant né sur les planches,—dans l'argot des
coulisses.
- ENFILER (S'), v. réfl. S'endetter,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Se laisser entraîner à jouer gros jeu.
- ENFLAQUER, v. a. Em...nuyer,—dans
le même argot.
- ENFLAQUER, v. a. Mettre,
revêtir, endosser,—dans l'argot
des voleurs.
Signifie aussi: Arrêter, emprisonner.
- ENFLÉ, s. m. Imbécile,
homme dont on se moque,—dans
l'argot des faubouriens.
Ohé! l'enflé! est une injure à la mode.
- ENFLÉE, s. f. Vessie,—dans
l'argot des voleurs.
- ENFLER, v. n. Boire,—dans
l'argot du peuple.
- ENFONCÉ, adj. Ruiné, blessé
mortellement, perdu sans rémission.
Signifie aussi: Avoir perdu la partie, quand on joue.
- ENFONCER, v. a. Tromper,
faire tort, duper.
Signifie aussi Surpasser.
- ENFONCEUR, s. m. Mercadet
gros ou petit, agent suspect
d'affaires véreuses.
- ENFONCEUR DE PORTES OUVERTES,
s. m. Faux brave, qui ne se battrait même pas contre
des moulins, de peur de recevoir un coup d'aile.
- ENFRIMER, v. a. Regarder
quelqu'un au visage,—dans
l'argot des voleurs.
Les faubouriens disent Enfrimousser.
- ENGANTER, v. a. Prendre,
saisir, empoigner, voler avec la
151 main qui est le moule du gant.
Même argot.
Signifie aussi: Traiter quelqu'un comme il mérite de
l'être.
- ENGANTER (S'), v. réfl. S'amouracher,—dans
le même
argot.
- ENGONCÉ, adj. Vêtu sans
goût ni grâce,—dans l'argot
des bourgeois.
Signifie aussi: Qui a l'air d'avoir le cou dans les épaules.
- ENGOULER, v. a. Manger
goulûment,—dans l'argot du
peuple.
Il dit aussi Engoulifrer.
- ENGRAILLER, v. a. Prendre,—dans
l'argot des voleurs.
Engrailler l'ornie. Dévaliser un poulailler.
- ENGUEULEMENT, s. m. Injure
de parole,—dans l'argot du peuple. Injure de plume,—dans
l'argot des gens de lettres.
- ENGUEULER, v. n. Avaler,
manger,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Engouler.
- ENGUEULER, v. a. injurier
grossièrement; provoquer, chercher
querelle.
Se faire engueuler. Se faire attraper.
- ENGUEULEUR, s. m. Ecrivain
qui trempe sa plume dans la boue et qui en éclabousse les
livres dont il n'aime pas les auteurs.
- ENJÔLER, v. a. Caresser, endormir
la résistance par des
discours flatteurs.
- ENJÔLEUR, s. m. Homme qui
trompe les hommes par des
promesses d'argent et les femmes
par des promesses de mariage.
- ENLEVER, v. a. Débiter un
rôle ou passage d'un rôle, avec feu, verve ou aplomb,—dans
l'argot des coulisses.
- ENLEVER (S'), v. réfl. Souffrir
de la faim,—dans l'argot des voleurs.
- ENLEVER LE CUL, v. a.
Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.—Argot du
peuple.
On dit aussi Enlever le ballon.
- ENLEVER QUELQUE CHOSE, v.
a.—dans l'argot des bourgeois qui n'osent pas employer la précédente
expression.
- ENLEVEUR, s. m. Acteur qui
joue ses rôles avec beaucoup
d'aplomb.
- ENLUMINER (S'), v. réfl.
Commencer a ressentir les effets de l'ivresse, qui colore le visage
d'un fard intense.
- ENLUMINURE, s. f. Demi-ivresse.
- ENNUYER (S'), v. réfl. Être
sur le point de mourir,—dans l'argot des bourgeois, que cela
chagrine beaucoup.
- ENQUILLER, v. a. Cacher,—dans
l'argot des voleurs.
Enquiller une thune de camelote. Cacher entre ses cuisses
une pièce d'étoffe.
- ENQUILLER, v. n. Entrer
quelque part comme une boule
152
au jeu de quilles,—dans l'argot du peuple.
- ENQUILLEUSE, s. f. Femme
qui porte un tablier pour dissimuler ce qu'elle vole.
- ENROSSER, v. a. Dissimuler
les vices rédhibitoires d'un cheval, d'une rosse,—dans l'argot
des maquignons.
- ENTABLEMENT, s. m. Épaules,—dans
l'argot des faubouriens.
- ENTAILLER. Tuer,—dans
l'argot des prisons.
- ENTAULER, v. n. Entrer dans
la taule, ou ailleurs. Même argot.
Entauler à la planque. Entrer dans sa cachette.
- ENTENDRE DE CORNE, v. n.
Entendre autre chose que ce qu'on dit,—dans l'argot des
bourgeois.
- ENTENDRE QUE DU VENT (N'y).
N'y rien entendre,—dans l'argot du peuple.
- ENTERREMENT, s. m. Morceau
de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu,—comme,
par exemple, une tranche de gras-double revenu
dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté,
tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.
- ENTICHER (S'). Se prendre
d'affection pour quelqu'un au point de le gâter de caresses et
d'amitiés. Argot des bourgeois.
Se dit aussi à propos des choses.
- ENTIFFER, v. n. Entrer,—dans
l'argot des faubouriens.
- ENTIFFER, v. a. Enjôler,
ruser,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Entifler.
- ENTONNER, v. n. Boire,—dans
l'argot du peuple.
- ENTONNOIR, s. m. La bouche,—dans
l'argot des faubouriens, imitateurs involontaires des Beggars
anglais, qui disent de même gan, aphérèse de began (begin commencer,
entonner).
- ENTORTILLER, v. a. Circonvenir,—dans
l'argot des marchands. Captiver, allumer,—dans
l'argot des petites dames. Ennuyer,—dans l'argot du
peuple.
- ENTORTILLER (S'), v. réfl.
S'embarrasser, s'empêtrer dans ses réponses.
- EN-TOUT-CAS, s. m. Parapluie
à deux fins, trop grand pour le soleil, trop petit pour la pluie,—dans
l'argot des bourgeoises, qui font toujours les choses à moitié.
- ENTRAÎNEMENT, s. m. Méthode
anglaise, devenue française qui s'applique aux hommes
aussi bien qu'aux chevaux, et qui consiste à faire maigrir, ou
plutôt à dégraisser les uns et les autres pour leur donner une plus
grande légèreté et une plus grande vigueur.
- ENTRAÎNER, v, a. et n. Soumettre
un cheval, un jockey ou un rameur à un régime particulier,
de façon qu'ils pèsent moins et courent et rament mieux.
- ENTRAVAGE, s. m. Conception
d'un vol, d'un mauvais coup,—dans l'argot des voleurs.
153
- ENTRAVER, v. a. Comprendre,
entendre,—dans l'argot des voleurs, qui emploient là un
des plus vieux mots de la langue des honnêtes gens, car ils disent
aussi Enterver comme Rutebeuf et l'auteur d'Ogier le Danois.
Entraver bigorne ou arguche. Comprendre et parler l'argot.
Signifie aussi: Embarrasser la police.
Entraver nibergue ou niente. N'y entendre rien.
- ENTRECÔTE DE BRODEUSE.
Morceau de fromage de Brie,—dans l'argot du peuple, qui sait
que les brodeuses, ainsi que les autres ouvrières, ne gagnent pas
assez d'argent pour déjeuner à la fourchette comme les filles
entretenues.
- ENTREFILET, s. m. Petit article
placé dans le corps du journal,
entre deux autres.
- ENTREFESSON, s. m. Le périnée,—dans
l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Ambroise
Paré.
- ENTRELARDÉ, s. et adj.
Homme qui n'est ni gras ni
maigre.
- ENTRELARDER, v. a. Mêler,
farcir, au propre et au figuré.
- ENTRER AUX-QUINZE-VINGTS.
Dormir,—dans l'argot des faubouriens, qui ont cette facétie à
leur disposition chaque fois qu'ils éprouvent le besoin de fermer
les yeux.
- ENTRER DANS LA CONFRÉRIE
DE SAINT-PRIS, v. n. Se marier,—dans
l'argot du peuple, qui s'y laisse prendre plus volontiers
que personne.
- ENTRETENEUR, s. m. Galant
homme qui a un faible pour les femmes galantes, et dépense
pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour
des rosières.
- ENTRETENIR (Se faire). Préférer
l'oisiveté au travail, le Champagne à l'eau filtrée, les
truffes aux pommes de terre, l'admiration des libertins à l'estime
des honnêtes gens.
L'expression est vieille comme l'immoralité qu'elle peint.
- ENTRIPAILLÉ, adj. Gros, gras,
ventripotent.
- ENTRIPAILLER (S'), v. réfl.
Manger de façon à devenir
pansu.
- ENTROLER, v. a. Emporter,—dans
l'argot des voleurs.
- ENVELOPPER, v. a. Arrêter les
contours d'un dessin, d'une peinture,—dans l'argot des
artistes.
- ENVOYER, v. a. et n. Injurier,
se moquer, critiquer,—dans
l'argot du peuple.
C'est bien envoyé! Se dit d'une
repartie piquante ou d'une impertinence réussie.
- ENVOYER A LA BALANÇOIRE,
v. a. Se débarrasser sans façon de quelqu'un ou de quelque
chose. Argot des faubouriens.
154
- ENVOYER A L'OURS, v. a.
Prier impoliment quelqu'un de se taire ou de s'en aller. Même
argot.
- ENVOYER FAIRE LAN LAIRE,
v. a. Se débarrasser de quelqu'un,—dans l'argot des bourgeois,
qui n'osent pas employer un plus gros mot.
Ils disent aussi Envoyer promener.
- ENVOYER PAÎTRE, v. a. Prier
brusquement quelqu'un de s'en
aller ou de se taire.
- ÉOLE, s. m. Ventris flatus,—dans
l'argot des faubouriens, heureux que le fils de Jupiter leur
fournisse un prétexte à une équivoque.
- ÉPAIS, s. m. Le cinq et le six,—dans
l'argot des joueurs de
dominos.
- ÉPARGNER LE POITOU, v. a.
Prendre des précautions,—dans l'argot des voleurs.
- ÉPATAGE, s. m. Action d'éblouir,
de renverser quelqu'un les quatre pattes en l'air par la
stupéfaction ou l'admiration. Argot du peuple.
On dit aussi Epatement.
- ÉPATAMMENT, adv. D'une
façon épatante.
L'expression appartient à M. Roger Delorme. (Tintamarre du
28 janvier 1866).
- ÉPATANT, adj. Étonnant,
extraordinaire.
- ÉPATE, s. f. Apocope d'Epatage.
Faire de l'épate. Faire des embarras,
en conter, en imposer aux simples.
- ÉPATEMENT, s. m. Étonnement.
- ÉPATER, v. a. Étonner, émerveiller,
par des actions extravagantes ou par des paroles pompeuses.
Épater quelqu'un. L'intimider.
Signifie aussi: Le remettre à sa place.
- ÉPATEUR, s. m. Homme qui
fait des embarras, qui raconte des
choses invraisemblables que les
imbéciles s'empressent d'accepter
comme vraies.
- ÉPATEUSE, s. f. Drôlesse qui
fait des effets de crinoline exagérés
sur le boulevard, pour faire croire aux passants,—ce
qui n'existe pas.
- ÉPICEMAR, s. m. Épicier,—dans
l'argot des faubouriens.
- ÉPICÉPHALE, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des étudiants, à qui le grec est naturellement
familier επι ([grec: epi], sur, et κεφαλη [grec: kephalê],
tête).
- ÉPICER, v. a. Médire, railler,
et même calomnier,—dans l'argot des faubouriens, à qui le
poivre ne coûte rien quand il s'agit d'assaisonner une réputation.
- ÉPICERIE, s. f. Bourgeoisisme,—dans
l'argot des romantiques.
Le mot est de Théophile Gautier.
- ÉPICE-VINETTE, s. m. Épicier,—dans
l'argot des voleurs,
155
- ÉPICIER, s. et adj. Homme
vulgaire, sans goût, sans esprit,
sans rien du tout,—dans
l'argot des gens de lettres et des
artistes, pleins de dédain pour
les métiers où l'on gagne facilement
sa vie.
- ÉPINGLE A SON COL (Avoir
une). Avoir un verre de vin, payé d'avance par un camarade,
à boire sur le comptoir voisin de l'atelier. Argot des ouvriers.
On dit aussi Avoir un factionnaire à relever.
- ÉPIPLOON, s. m. Cravate.—dans
l'argot des étudiants, frais émoulus du grec. Pour ceux, en
effet, qui ne sont pas encore gandins, la cravate flotte sur le
cou επι ([grec: epi] et πλειν [grec: plein]) comme le grand repli du péritoine flotte sur
les intestins.
Signifie aussi Chemise.
- ÉPLUCHER, v. a. Examiner
avec soin, méticuleusement, soupçonneusement, la conduite
de quelqu'un ou une affaire quelconque.
- ÉPONGE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des voyous, qui révèlent ainsi d'un mot tout un
détail de mœurs. Autrefois (il n'y a pas longtemps) les filles et
leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus
de la police. Ces messieurs consommaient, on inscrivait sur
l'ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note
d'un coup d'éponge.
- ÉPONGE, s. f. Ivrogne,—dans
l'argot du peuple.
- ÉPONGE A SOTTISES, s. f.
Imbécile, qui accepte tout ce
qu'on lui dit comme paroles
d'Évangile.
L'expression sort du Théâtre Italien de Ghérardi.
- ÉPONGE D'OR, s. f. Avoué,—dans
l'argot des prisons.
- ÉPOQUES (Avoir son ou ses).
Se dit,—dans l'argot des bourgeois,—des
menses des femmes.
- ÉPOUFFER, v. a. et n. Saisir
la victime à l'improviste,—dans l'argot des voleurs.
- ÉPOUSE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des étudiants, qui se marient souvent pour rire avant
de se marier pour de bon.
- ÉPOUSER LA CAMARDE, v. a.
Mourir,—dans l'argot des voleurs, qui préféreraient souvent
une autre fiancée.
- ÉPOUSER LA FOUCANDIERE,
v. a. Se débarrasser des objets volés en les jetant çà et la quand
on est poursuivi.
«Épouser est ici une altération
d'éponter, qui faisait autrefois partie du langage populaire avec
le sens de glisser, de se dérober.»
C'est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.
- ÉPOUSER LA VEUVE, v. a.
Être exécuté,—dans l'argot des malfaiteurs, dont beaucoup
sont fiancés dès leur naissance avec la guillotine.
- ÉQUIPE, s. f. Les ouvriers qui
composent une commandite,—dans
l'argot des typographes.
- ÉREINTER, v. a. Dire du mal
d'un auteur ou de son livre,—dans
l'argot des journalistes;
156
siffler un acteur ou un chanteur,—dans
l'argot des coulisses.
- ÉREINTEUR, s. m. Homme-merle
qui sait siffler au lieu de savoir parler, et remplace le
style par l'injure, la bonne foi de l'écrivain digne de ce nom
par la partialité du condottiere
digne de la police correctionnelle.
- ÉRÉNÉ, adj. et s. Éreinté,—fourbu,—dans
l'argot du peuple.
Ce mot, du meilleur français
et toujours employé, manque au Dictionnaire de Littré.
- Ergots, s. m. pl. Les pieds
ou les talons.
Être sur ses ergots. Tenir son quant-à-soi; avoir une certaine
raideur d'attitude frisant de très près l'impertinence.
Monter sur ses ergots. Se fâcher.
- ES, s. m. Apocope d'Escroc,—dans
l'argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision
et d'inintelligibilité avec les voleurs.
Ils disent aussi Croc, par aphérèse.
- ESBIGNER (S'), v. réfl. S'en
aller, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens, à qui Désaugiers
a emprunté cette expression.
- ESBLOQUANT, adj. Etonnant,
ébouriffant,—dans l'argot des soldats, qui songent au bloc plus
souvent qu'ils ne le voudraient, et le mettent naturellement à
toutes sauces.
- ESBROUFFANT, adj. Inouï, incroyable,—dans
l'argot du
peuple.
- ESBROUFFE, s. f. Embarras,
manières, vantardises.
Faire de l'esbrouffe. Faire plus de bruit que de besogne.
- ESBROUFFER, v. a. En imposer;
faire des embarras, des manières,
intimider par un étalage
de luxe et d'esprit.
Signifie aussi Réprimander.
- ESBROUFFEUR, s. et adj. Gascon
de Paris, qui vante sa noblesse apocryphe, ses millions
improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du
crédit chez les fournisseurs et de l'admiration chez les imbéciles.
- ESBROUFFEUSE, s. t. Drôlesse
qui éclabousse d'autres drôlesses, ses rivales, par son luxe insolent,
par ses toilettes tapageuses, par le nombre et la qualité de
ses amants.
- ESCAFIGNONS, s. m. Souliers,—dans
l'argot du peuple, qui parle comme écrivait ou à peu
près, il y a 450 ans, Eustache Deschamps, l'inventeur de la
Ballade.
«De bons harnois, de bons chauçons velus.
D'escafilons, de sollers d'abbaïe.»
Les écoliers du temps jadis disaient
Escaffer pour Donner un coup de pied «quelque part.»
Sentir l'escafignon. Puer des
pieds.
- ESCANNER, v. n. Fuir,—dans
l'argot des voleurs.
A l'escanne! Fuyons!
157
- ESCARE, s. m. Empêchement,—dans
le même argot.
- ESCARER, v. a. et n. Empêcher.
- ESCAREUR, s. m. Homme qui
trouve des obstacles à tout.
- ESCARGOT, s. m. Homme
mal fait, mal habillé,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi: Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins,
rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les
cornes pour obtenir de l'argent.
- ESCARPE, s. m. Voleur qui
va jusqu'à l'assassinat pour en arriver à ses fins.—Argot des
prisons.
C'était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique
occasion d'exercer leur verve... singulière. Eh bien, non! tous
ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à
défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie? Je ne dirai pas:
Escarpe, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade
la muraille qui sépare le délit du crime et la prison de
l'échafaud; mais seulement parce qu'il emploie un instrument tranchant
aigu,—scarp en allemand. Pourquoi pas? escarbot
vient bien de scarabæus, en vertu d'une épenthèse fréquente dans
notre langue.
A moins cependant qu'escarpe ne vienne du couteau d'escalpe
(du scalp) des sauvages... (V. Les Natchez).
Escarpe-Zézigue. Suicide.
- ESCARPER, v. a. Tuer, écharper
un homme.
On disait autrefois Escaper.
Escarper un zigue à la capahut.
Assassiner un camarade pour lui voler sa part de butin.
- ESCARPINER (S'). S'échapper,
s'enfuir en courant légèrement,—dans
l'argot des faubouriens,
qui ne savent pas qu'ils emploient
un mot du XVIe siècle.
- ESCARPINS DE LIMOUSIN, s.
m. pl. Sabots,—dans l'argot du
peuple, qui sait que les Lémovices
n'ont jamais porté d'autre
chaussure, si l'on en excepte
toutefois des souliers pachydermiques
qui ont plus de clous que
l'année n'a de semaines.
On dit aussi Escarpins en cuir de brouette.
- ESCARPOLETTE, s. f. Charge
de bon ou de mauvais goût, interpolation bête ou spirituelle,—dans
l'argot des comédiens.
- ESCLOTS, s. m. pl. Sabots,—dans
l'argot du peuple, qui se servait déjà de cette expression
du temps de Rabelais.
- ESCOBAR, s. m. Nom d'homme,
qui est devenu celui de tous les hommes dont la conduite est
tortueuse et dont les paroles semblent louches.
- ESCOFFIER, v. a. Tuer,—dans
l'argot du peuple, qui a
emprunté ce mot au provençal
escofir.
- ESCOGRIFFE, s. m. Homme
de grande taille et de mine suspecte,—dans le même argot.
On dit aussi Grand escogriffe
158
—pour avoir l'occasion de faire
un pléonasme.
- ESCOUSSE, s. f. Élan,—dans
l'argot des écoliers.
Prendre son escousse. Reculer
de quelques pas en arrière pour
sauter plus loin en avant.
- ESPALIER, s. m. Figurante,—dans
l'argot des coulisses.
- ESPALIER, s. m. Galérien,—dans
l'ancien argot des voleurs.
- ESPÈCE, s. f. Femme entretenue,—dans
l'argot méprisant des bourgeoises, héritières des
rancunes des duchesses contre les jolies filles qui leur enlèvent
leurs fils et leurs maris.
- ESPÉRANCES, s. f. pl. Héritage
paternel ou maternel que toute jeune fille bien élevée doit
apporter comme surcroît de dot à son époux, qui ne craint pas de
voir mettre les souliers d'un mort dans la corbeille de mariage.
Avoir des espérances. Avoir des
grands-parents riches que l'on
compte voir mourir bientôt,—façon
bourgeoise de «tuer le
mandarin!»
- ESQUINTE, s. m. Abîme,—dans
l'argot des voleurs.
- ESQUINTER, v. a. Fracturer,
briser, perdre, abîmer, tuer.
Signifie aussi: Tromper, enfoncer quelqu'un.
- ESQUINTER, v. a. Éreinter,
battre,—dans l'argot du peuple.
S'esquinter, v. pron. Se fatiguer
à travailler, à marcher, à jouer, à—n'importe quoi de fatigant.
On dit aussi S'esquinter le tempérament.
- ESSAYER LE TREMPLIN. Jouer
dans un lever de rideau; être le premier à chanter dans un concert.
Argot des comédiens et des chanteurs de café-concert.
On dit aussi Balayer les planches.
- ESSENCE DE CHAUSSETTES, s.
f. Sueur des pieds,—dans l'argot
des faubouriens.
- ESSUYER LES PLÂTRES, v. a.
Habiter une maison récemment construite, dont les plâtres n'ont
pas encore eu le temps de sécher.
Se dit aussi, ironiquement, des
Gandins qui embrassent des filles
trop maquillées.
- ESSUYEUSE DE PLÂTRES, s. f.
Lorette, petite dame, parce que ce type parisien, essentiellement
nomade, plante sa tente où le hasard le lui permet, mais surtout
dans les maisons nouvellement construites, où l'on consent à
l'admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C'est ainsi
qu'on fait essayer les ponts aux soldats.
- ESTAFFIER, s. m. Sergent de
ville, mouchard,—dans l'argot du peuple, fidèle à la tradition.
- ESTAFFION, s. m. Chat,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Griffard.
- ESTAFFION, s. m. Taloche,
coup de poing léger,—dans l'argot du peuple.
- ESTAMPILLER, v. a. Marquer
du fer rouge,—dans l'argot des
prisons.
159
- ESTOC, s. m. Esprit, finesse,
malice,—dans l'argot des voleurs,
qui emploient là une expression
de la langue des honnêtes
gens.
- ESTOMAC, s. m. La gorge de
la femme,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait
Marot:
«Quant je voy Barbe en habit bien duisant,
Qiu l'estomac blanc et poli descœuvre.»
- ESTOMAQUÉ, adj. Étonné, stupéfait,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Stomaqué.
- ESTOME, s. m. Apocope d'Estomac,—dans
l'argot des faubouriens.
- ESTORGUE, s. f. Fausseté, méchanceté,—dans
l'argot des voleurs.
Centre à l'estorgue. Faux nom.
Chasse à l'estorgue. Œil louche,—storto.
- ESTOURBIR, v. a. Tuer,—dans
l'argot des faubouriens et
des voleurs.
Le vieux français avait esturbillon,
tourbillon, et le latin exturbatio. L'homme que l'on tue
au moment où il s'y attend le moins doit être en effet estourbillonné.
Signifie aussi Mourir.
- ESTOURBIR (S'). Disparaître,
s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
Par extension: Mourir.
- ESTRANGOUILLADE, s. f. Action
d'étrangler, strangulare,—dans
l'argot du peuple.
- ESTRANGOUILLER, v. a. et n.
Etrangler quelqu'un, étouffer.
- ESTROPIER UN ANCHOIS, v. a.
Manger un morceau pour se mettre en appétit; faire un déjeuner
préparatoire. Argot des ouvriers.
- ESTUQUER, v. a. et n. Donner
ou recevoir des coups,—dans l'argot du peuple.
- ÉTAL, s. m. La gorge de la
femme,—dans l'argot des faubouriens,
qui appellent la chair
de la viande.
- ÉTALER, v. a. Jeter par terre,—dans
l'argot du peuple.
S'étaler. Se laisser tomber.
- ÉTALER SA MARCHANDISE, v.
a. Se décolleter trop,—dans l'argot des faubouriens, qui disent
cela à propos des marchandes d'amour.
- ET ALLEZ DONC! Phrase exclamative,
une selle à tous chevaux: on l'emploie volontiers
pour renforcer ce qu'on vient de dire, comme coup de fouet de la
fin.
- ÉTALON, s. m. Homme de
galante humeur,—dans l'argot
du peuple.
- ÉTAMINE, s. f. Chagrin, misère,—dans
l'argot du peuple, qui sait que l'homme doit passer
par là pour devenir meilleur.
Passer par l'étamine. Souffrir du froid, de la faim et de la soif.
- ÉTEINDRE SON GAZ, v. a.
Se coucher,—dans l'argot du peuple.
Le mot est de Gavarni.
Se dit aussi pour Mourir.
160
- ÉTERNUER DANS DU SON, v.
n. Être guillotiné,—dans l'argot
des bagnes.
On dit aussi Éternuer dans le sac.
- ÉTERNUER UN NOM. Se dit,—dans
l'argot du peuple, d'un nom difficile à prononcer, à
cause des nombreuses consonnes sifflantes qui le composent, par
exemple les noms polonais.
- ET MÈCHE! Formule de l'argot
des faubouriens, employée
ordinairement pour exagérer un
récit: «Combien cette montre
a-t-elle coûté? soixante francs?—Soixante
francs, et mèche!»
c'est-à-dire beaucoup plus de
soixante francs.
- ÉTOILE, s. f. Cantatrice en renom,
comédienne hors ligne, premier rôle d'un théâtre,—dans
l'argot des coulisses, où il y a tant de nébuleuses.
- ÉTOILE DE L'HONNEUR, s. f.
La croix de la Légion d'honneur,—dans l'argot des vaudevillistes,
plus académiciens qu'ils ne s'en doutent.
- ÉTOILE, s. f. Bougie allumée
ou non,—dans l'argot des francs-maçons.
Etoile flamboyante. Le symbole de la divinité.
- ÉTOUFFER, v. a. Cacher, faire
disparaître,—dans l'argot des
faubouriens.
- ÉTOUFFER UNE BOUTEILLE, v.
a. La boire, la faire disparaître jusqu'à la dernière goutte,—dans
l'argot du peuple.
- ÉTOUFFEUR, s. m. Libraire qui
ne sait pas lancer ses livres ou qui ne veut pas lancer les livres
édités par les autres libraires.
- ÉTOUFFOIR, s. m. Table d'hôte
où l'on joue l'écarté,—dans l'argot des voleurs, qui savent que
dans ces endroits-là on ferme tout avec soin, portes et fenêtres,
de peur de surprise policière.
- ÉTOURDIR, v. n. Solliciter,—dans
le même argot.
- Étourdisseur, s. m. Solliciteur.
- ÉTRANGLER UNE DETTE, v.
a. L'acquitter, pour s'en débarrasser lorsqu'elle est trop criarde,—dans
l'argot des bohèmes.
- ÊTRE (En), v. n. Faire partie
de la corporation des non-conformistes.
- ÊTRE (En), v. n. Euphémisme
de l'argot du peuple, qui est une
allusion aux Insurgés de Romilly.
(Voir ce mot.)
- ÊTRE (L'). Être trompé par sa
femme,—dans l'argot des bourgeois, qui se plaisent à équivoquer
sur ce verbe elliptique.
- ÊTRE A COUTEAUX TIRÉS
AVEC QUELQU'UN. Être brouillé
avec lui, ne plus le saluer ni lui
parler,—dans l'argot des bourgeois.
- ÊTRE A FEU. Être en colère,—dans
l'argot des faubouriens.
- ÊTRE A FOND DE CALE. N'avoir
plus d'argent,—dans l'argot des ouvriers.
- ÊTRE A JEUN. Être vide,—dans
l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses
aussi bien qu'à propos des gens,
161
au sujet d'un sac aussi bien qu'au sujet d'un cerveau.
Avoir la sacoche à jeun. N'avoir pas le sou.
- ÊTRE A LA BONNE, v. n. Inspirer
de la sympathie, de l'intérêt de l'amour,—dans l'argot
du peuple, qui a conservé là, en la modifiant un peu, une vieille
expression française.
Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à
propos de M. Sainte-Beuve, et ils ont cru l'avoir inventée pour lui.
«Vous ne poviez venir à heure plus opportune, nostre maistre
est en ses bonnes,» dit Rabelais.
- ÊTRE A LA CAMPAGNE, v. n.
Être à Saint-Lazare,—dans l'argot des filles qui rougissent d'aller
en prison et ne rougissent pas d'autre chose non moins grave.
- ÊTRE A LA CHANCELLERIE.
Être pris de façon à ne pouvoir se défendre,—dans l'argot des
lutteurs français et anglais.
- ÊTRE A LA FÊTE, v. n. Être
de bonne humeur;—dans l'argot du peuple.
- ÊTRE A LA MANQUE, v. n.
Tromper quelqu'un, le trahir,—dans
l'argot des voyous.
- ÊTRE A LA PAILLE (En). Être
à l'agonie,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à
la paille que l'on étale dans la rue devant la maison où il y a un
malade.
- ÊTRE A L'OMBRE, v. n. Être
en prison,—dans l'argot du peuple.
- ÊTRE A PLUSIEURS AIRS, v.
n. Faire ses embarras; faire ses coups à la sourdine,—dans l'argot
des ouvriers.
- ÊTRE A POT ET A FEU AVEC
QUELQU'UN. Avoir un commerce d'amitié, vivre familièrement avec
lui.
- ÊTRE ARGENTÉ, v. n. Avoir
dans la poche quelques francs disposés à danser le menuet sur
le comptoir du marchand de vin.
Être désargenté. N'avoir plus un sou pour boire.
- ÊTRE A SEC. N'avoir plus
d'argent,—dans l'argot du peuple.
C'est la même expression que Les eaux sont basses.
- ÊTRE A TU ET A TOI AVEC
QUELQU'UN. Vivre familièrement avec quelqu'un, être son ami,
ou seulement son compagnon de débauche.
- ÊTRE AUX ÉCOUTES, v. n.
Faire le guet; surprendre une conversation,—dans l'argot du
peuple.
L'expression sort de la langue romane.
- ÊTRE AVEC UNE FEMME, v. n.
Vivre maritalement avec elle,—dans l'argot des ouvriers.
- ÊTRE AVEC UN HOMME, v.
n. Vivre en concubinage avec lui,—dans l'argot des grisettes.
- ÊTRE BIEN, v. n. Être en état
d'ivresse,—dans l'argot du peuple.
- ÊTRE BIEN DE SON PAYS. Avoir
de la naïveté, s'étonner de tout et de rien, se fâcher au lieu de
rire. Argot du peuple.
162
- ÊTRE BIEN PORTANT, v. n. Être
libre,—dans l'argot des voleurs.
- ÊTRE BON LÀ. Demander plus
qu'il n'est permis. Manifester des exigences ou des prétentions,—dans
l'argot du peuple, qui n'emploie cette expression qu'ironiquement,
par antiphrase.
- ÊTRE BREF, v. n. Être à court
d'argent.
- ÊTRE CHARGÉ A CUL. Être
pressé, scatologiquement parlant,—dans l'argot des commissionnaires.
- ÊTRE COMPLET. Être ivre-mort,—dans
l'argot des bourgeois.
Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait,—en
vices.
- ÊTRE COUSU D'OR. Avoir
beaucoup d'argent,—dans l'argot du peuple qui a l'hyperbole
facile.
- ÊTRE CROTTÉ. N'avoir pas le
sou,—dans l'argot des ouvriers tailleurs. Ils le disent aussi d'un
travail pour lequel il manque la quantité d'étoffe voulue, ou qui
nécessite une économie extraordinaire.
- ÊTRE DANS DE BEAUX DRAPS.
Se dit ironiquement de quelqu'un qui s'est attiré une fâcheuse affaire,
ou qui est ruiné. Argot du peuple.
- ÊTRE DANS LE SIXIÈME DESSOUS.
Être ruiné, ou mort,—forme explétive de Troisième
dessous, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches de
l'Opéra pour en recéler les machines.
- ÊTRE DANS LES PAPIERS DE
QUELQU'UN. Avoir sa confiance, son affection.
On dit aussi Être dans les petits
papiers de quelqu'un.
- ÊTRE DANS LES VIGNES. Être
complètement ivre,—dans l'argot
du peuple.
Il dit aussi Être dedans.
- ÊTRE DANS SES PETITS SOULIERS.
Être embarrassé, gêné par une observation, par une
question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu'un qui
serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.
- ÊTRE DANS TOUS SES ÉTATS.
Être très préoccupé d'une chose; se donner beaucoup de mal, se
remuer extrêmement à propos de n'importe quoi et de n'importe
qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du
coche. Même argot.
- ÊTRE DANS UN ÉTAT VOISIN.
Être ivre,—dans l'argot des typographes, qui pratiquent volontiers
l'ellipse et la syncope.
- ÊTRE DE CHÉ, ou d'CHÉ. Être
complètement saoul,—dans l'argot des voleurs.
- ÊTRE DE LA BONNE, v. n.
Être heureux, avoir toutes les chances,—dans l'argot des voleurs.
- ÊTRE DE LA FÊTE. Être heureux
ou hors de danger après avoir été compromis, menacé.
Argot du peuple.
- ÊTRE DE LA HAUTE. Appartenir
à l'aristocratie du mal,—dans le même argot. Faire partie
163
de l'aristocratie du vice,—dans l'argot des filles.
- ÊTRE DE LA PAROISSE DE LA
NIGAUDAIE. Être un peu trop simple d'esprit,—dans l'argot
du peuple.
- ÊTRE DE LA PAROISSE DE
SAINT-JEAN-LE-ROND. Être ivre,—dans l'argot des ouvriers irrévérencieux
sans le savoir envers d'Alembert.
- ÊTRE DE LA PROCESSION.
Être du métier.
On dit aussi En être.
- ÊTRE DÉMATÉ. Être vieux,
impotent,—dans l'argot des
marins.
- ÊTRE DESSOUS. Être ivre,—dans
l'argot du peuple.
- ÊTRE DU BÂTIMENT, v. n.
Faire partie de la rédaction d'un journal. Être feuilletoniste ou
vaudevilliste,—dans l'argot des gens de lettres, qui forment une
corporation dont l'union ne fait pas précisément la force.
- ÊTRE D'UN BON SUIF. Être
ridicule, mal mis, ou contrefait,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Être d'un bon tonneau.
- ÊTRE DU QUATORZIÈME BÉNÉDICITÉ.
Faire partie du régiment,—ou plutôt de l'armée des imbéciles.
- ÊTRE ENCORE (L'). C'est,
pour une femme, avoir encore le droit de recevoir un bouquet
de roses blanches, le jour de l'Assomption, sans être exposée
à considérer le présent comme une épigramme.
- ÊTRE EN DÉLICATESSE AVEC
QUELQU'UN. Être presque brouillé
avec lui; l'accueillir avec froideur,—dans
l'argot des bourgeois.
- ÊTRE EN FINE PÉGRAINE, v.
n. Être à toute extrémité,—dans
l'argot des prisons,
- ÊTRE EN TRAIN, v. n. Commencer
à se griser,—dans l'argot des ouvriers.
- ÊTRE FORT AU BÂTONNET.
Façon de parler ironique qu'on emploie à propos d'une maladresse
commise.
- ÊTRE LE BœUF, v. a. Être
victime de quelque mauvaise farce, de quelque mauvais coup,—dans
l'argot du peuple, qui a voulu faire allusion au dieu Apis
que l'on abat tous les jours dans les échaudoirs sans qu'il proteste,
même par un coup de corne.
- ÉTRENNER, v. n. Recevoir un
soufflet, un coup quelconque.
Argot des faubouriens.
- ÊTRE PAF, v. n. Être en état
d'ivresse. Même argot.
- ÊTRE PRÈS DE SES PIÈCES.
N'avoir pas d'argent ou en avoir peu. Argot du peuple.
- ÊTRE PRIS DANS LA BALANCINE.
Se trouver dans une position gênante.
L'expression est de l'argot des marins.
- ÊTRE SUR LA PLANCHE, v. n.
Comparaître en police correctionnelle ou devant la Cour d'assises.
Argot des voleurs.
- ÊTRE SUR LE SABLE, v. n.
N'avoir pas de maîtresse,—dans
164
l'argot des souteneurs, que cela expose à crever de faim.
- ÊTRE TROP PETIT. N'avoir
pas l'adresse ou le courage nécessaire pour une chose. Argot
du peuple.
T'es trop petit! est une expression
souveraine de mépris, dans la bouche des faubouriens.
- ÊTRE VENT DESSUS VENT
DEDANS. Être en état d'ivresse,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.
- ÉTRILLER, v. a. Donner des
coups,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.
- Étron, s. m. Stercus,—dans
le même argot.
Signifie aussi: Homme mou, sans consistance, sans valeur.
L'expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais
n'a-t-il pas dit, au chapitre des Meurs et conditions de Panurge:
«Il fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz...,
d'estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses?»
- ÉTRONNER, v. n. Cacare,—dans
l'argot des faubouriens.
- ET TA SœUR! Expression fréquemment
employée par les faubouriens à tout propos et même
sans propos, comme réponse à une importunité, à une demande
extravagante, ou pour se débarrasser d'un fâcheux.
On dit quelquefois aussi: Et
ta sœur, est-elle heureuse? C'est le
refrain d'une chanson très populaire,—malheureusement.
- ÉTUDIANT DE LA GRÈVE, s.
m. Maçon,—dans l'argot du peuple.
- ÉTUDIANTE, s. f. Grisette,—dans
l'argot des ouvriers.
Etudiante pur sang. Fille destinée
à embellir l'existence de
plusieurs générations d'étudiants.
- ÉTUI, s. m. La peau du
corps,—dans l'argot du peuple, qui a l'honneur de se rencontrer
avec Shakespeare (case).
Se dit aussi pour Vêtements.
- ÉTUI A LORGNETTE, s. m.
Cercueil,—dans l'argot des voyous, qui ont parfaitement
saisi l'analogie de forme existant entre deux choses pourtant si
différentes comme destination.
- EUSTACHE, s. m. Couteau,—dans
l'argot du peuple, qui dit
aussi: Ustache.
- ÉVANOUIR (S'). S'en aller de
quelque part,—dans l'argot
des faubouriens.
- ÉVAPORER, v. a. Voler quelque
chose adroitement,—dans
le même argot.
- ÉVENTAIL A BOURRIQUE, s.
m. Bâton,—dans le même argot.
- ÉVÊQUE DE CAMPAGNE, s. m.
Pendu,—dans l'argot du peuple, qui veut dire que ces sortes
de suicidés bénissent avec les pieds.
- EXCELLENT (Être). Puer de
l'aisselle,—dans l'argot des
bourgeois, qui font des calembours
165
par à peu près et pour faire celui-ci sont forcés de
prononcer essellent.
- EXÉCUTER QUELQU'UN, v. a.
Lui interdire l'entrée de la Bourse, parce qu'il est insolvable,—dans
l'argot des coulissiers.
- EXPÉDIER, v. a. Tuer,—dans
l'argot du peuple.
- EXPERT, s. m. Officier de
loge,—dans l'argot des francs-maçons.
- EXTRA, s. m. Garçon de supplément,—dans
l'argot des cafés et des restaurants.
- EXTRA, s. m. Dîner fin,—dans
l'argot des bourgeois qui traitent.
- EXTRA, s. m. Petite débauche
supplémentaire,—dans l'argot du peuple.
Faire un extra. Faire une petite
noce, une petite débauche de table.
Signifie aussi, seulement:
Ajouter un plat à un repas trop spartiate, un demi-setier à un
déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.
- EXTRA, s. m. Convive,—dans
l'argot des tables d'hôte militaires.
166
167
F
- FACE, s. f. Pièce de cinq centimes,—dans
l'argot des faubouriens, qui peuvent ainsi contempler
à peu de frais la figure du monarque régnant.
- FACE! Exclamation de l'argot
des ouvriers, qui la font entendre lorsqu'au cabaret ou au café
quelque chose tombe et se casse.
- FACE DE CARÊME, s. f. Mine
fatiguée, pâlie par l'étude ou les veilles malsaines. Argot du
peuple.
- FACE DU GRAND TURC, s. f.
Un des nombreux pseudonymes de messire Luc,—dans le
même argot.
- FACES, s. f. pl. Joues,—dans
l'argot des bourgeois.
- FACIÈS, s. m. Visage,—dans
l'argot du peuple, qui parle sans s'en douter comme Cicéron.
- FACTIONNAIRE, s. m. Insurgé
de Romilly. (V. ce mot.)
Poser un factionnaire, Alvum deponere.
- FACTOTON, s. m. Valet,
homme à tout faire,—(factotum),—dans
l'argot du peuple, qui n'emploie jamais cette expression
qu'en mauvaise part.
- FACTURIER, s. m. Vaudevilliste
qui a la spécialité des couplets de facture.
- FADAGE, s. m. Partage,—dans
l'argot des voleurs.
- FADARD, adj. et s. Bon, beau,
agréable,—dans l'argot des faubouriens.
- FADASSE, s. f. Femme trop
blonde,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que
ses grand mères, les Gauloises, avaient les cheveux flaves.
- FADE, s. m. Quote-part de
chacun dans une dépense générale;
Ecot que l'on paye dans un
pique-nique.
Mot de l'argot des voleurs qui
a passé dans l'argot des ouvriers. Mais, avant d'appartenir au cant,
il appartenait à notre vieille langue: «Saciés bien que se je
168
en muir, faide vos en sera demandée», dit Aucassin au vicomte
de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or faide ici signifie
compte et ne peut venir que de fœdus, accord particulier, règlement,
compte.
- FADE, s. m. Fat,—dans
l'argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime bien le dégoût
que lui causent les gens amoureux de leur personne.
Les deux mots ont d'ailleurs la même étymologie, fatuus, insipide.
- FADER, v. n. et a. Partager
des objets volés.
- FADEURS, s. m. pl. Mensonges
ordinaires de la conversation,—dans l'argot du peuple,
payé pour être sceptique.
Il n'emploie ordinairement cette expression que pour se
moquer, et à propos de n'importe quoi. On lui raconte que
le roi d'Araucanie est monté sur son trône «Des fadeurs!» dit-il.
On lui assure que la France va avoir la guerre avec l'Angleterre
à propos de Madagascar: «Des fadeurs!» On lui apprend
une mauvaise nouvelle: «Des fadeurs!» Une bonne: «Des fadeurs!» etc.
- FAFFE ou Fafiot, s. m. Papier
blanc ou imprimé,—dans l'argot des voleurs.
Fafiot garaté. Billet de banque autrefois signé Garat et aujourd'hui
Soleil.
Fafiot mâle. Billet de mille
francs.
Fafiot femelle. Billet de cinq
cents francs.
Fafiot loff. Faux certificat ou
faux passeport.
Fafiot sec. Bon certificat ou
bon passeport.
- FAFIOTEUR, s. m. Marchand
de papiers; Banquier.
Signifie aussi Ecrivain.
- FAFIOTS, s. m. p. Souliers,—dans
l'argot des revendeuses
du Temple.
- FAGOT, s. m. Forçat,—Homme
qui est lié à un autre homme: en liberté, par une complicité de sentiments mauvais;
au bagne, par des manicles.
Fagot à perte de vue. Condamné
aux travaux forcés à perpétuité.
Fagot affranchi. Forçat libéré.
- FAGOT, s. m. Vieillard,—dans
l'argot des marbriers de cimetière, qui savent mieux que
personne ce qu'on fait du bois mort.
- FAGOT, s. m. Élève de l'École
des eaux et forêts,—dans l'argot des Polytechniciens.
- FAGOTÉ, adj. Habillé, arrangé,—dans
l'argot des bourgeois, qui n'emploient jamais ce mot qu'en mauvaise part.
- FAGOTER, v. a. Travailler
sans soin, sans goût, maladroitement,—dans
l'argot des ouvriers.
- FAGOTER (Se), v. réfl. S'habiller
extravagamment, grotesquement.
A signifié autrefois Se moquer.
- Fagots, s. m. pl. Contes à
169
dormir debout, niaiseries,—dans
l'argot du peuple.
Débiter des fagots. Dire des fadaises, des sottises.
- FAIBLE, s. m. Penchant, tendresse
particulière et souvent injuste,—dans
l'argot des bourgeois.
Prendre quelqu'un par son
faible. Caresser sa marotte, flatter son vice dominant.
- FAILLOUSE, s. f. Le jeu de la
bloquette,—dans l'argot des écoliers.
- FAÎNE, s. f. Pièce de cinq
centimes,—dans l'argot des ouvriers, qui pour trouver cette
analogie, ont dû se reposer sub tegmine fagi.
- FAININ, s. m. Liard,—qui
est une petite faîne.
- FAIRE, s. m. Façon d'écrire
ou de peindre,—dans l'argot des gens de lettres et des artistes.
- FAIRE, v. a. Dépecer un animal,—dans
l'argot des bouchers, qui font un veau, comme
les vaudevillistes un ours.
- FAIRE, v. a. Visiter tel quartier
commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des
marchandises,—dans l'argot des commis voyageurs et des
petits marchands.
- FAIRE, v. n. Cacare,—dans
l'argot à moitié chaste des bourgeois.
Faire dans ses bas. Se conduire
en enfant, ou comme un vieillard en enfance; ne plus savoir
ce qu'on fait.
- FAIRE, v. n. Jouer,—dans
l'argot des bohèmes.
Faire son absinthe. Jouer son
absinthe contre quelqu'un, afin de la boire sans la payer.
On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
- FAIRE, v. n. Travailler, être
ceci ou cela,—dans l'argot des
bourgeois.
Faire dans l'épicerie. Être épicier.
Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
- FAIRE, v. a. Voler, et même
Tuer,—dans l'argot des prisons.
Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche.
Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres.
Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans
exception et y voler tout ce qui s'y trouve.
- FAIRE (Le), v. a. Réussir,—dans
l'argot du peuple, qui emploie ordinairement ce verbe avec
la négative, quand il veut défier ou se moquer. Ainsi: Tu ne peux
pas le faire, signifie: Tu ne me supplanteras pas,—tu ne peux
pas lutter de force et d'esprit avec moi,—tu ne te feras jamais aimer
de ma femme,—tu ne deviendras jamais riche, ni beau,—etc.,
etc. Comme quelques autres du même argot, ce verbe, essentiellement parisien, est une
selle à tous chevaux.
- FAIRE (Se), v. réfl. S'habituer,—dans
l'argot des bourgeois.
Se faire à quelque chose. Y prendre goût.
Se faire à quelqu'un. Perdre de
170
la répugnance qu'on avait eue d'abord à le voir.
- FAIRE (Se). Se bonifier,—dans
l'argot des marchands de vin.
- FAIRE ACCROCHER (Se). Se
faire mettre à la salle de police,—dans l'argot des soldats.
- FAIRE A LA RAIDEUR (La).
Se montrer raide, exigeant, dédaigneux,—dans l'argot des petites
dames.
Elles disent de même: La faire
à la dignité, ou à la bonhomie, ou
à la méchanceté, etc.
- FAIRE ALLER, v. a. Se moquer
de quelqu'un, le berner,—dans l'argot du peuple.
- FAIRE A L'OSEILLE (La), v. a.
Jouer un tour désagréable à quelqu'un,—dans l'argot des
vaudevillistes.
L'expression sort d'une petite gargote de cabotins de la rue de
Malte, derrière le boulevard du Temple, et n'a que quelques années.
La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des
œufs à l'oseille, où il y avait souvent plus d'oseille que d'œufs. Un
jour elle servit une omelette... sans œufs.—«Ah! cette fois,
tu nous la fais trop à l'oseille,» s'écria un cabotin. Le mot circula
dans l'établissement, puis dans le quartier; il est aujourd'hui dans
la circulation générale.
- FAIRE AU MÊME, v. a. Tromper,
prendre sa revanche de quelque chose,—dans l'argot du
peuple.
Il dit aussi Refaire au même.
- FAIRE BAISER (Se). Se faire
arrêter ou engueuler,—dans le même argot.
On dit aussi Se faire choper.
- FAIRE BALAI NEUF, v. n.
Montrer un zèle exagéré qui ne pourra pas se soutenir,—dans
le même argot.
- FAIRE BRÛLER MOSCOU. Faire
un punch monstre,—dans l'argot des soldats, qui connaissent
tous, par ouï-dire, les belles flammes qui s'échappaient, le
29 septembre 1812, de l'antique cité des czars, brûlée par Rostopchin.
- FAIRE CABRIOLET. Se traîner
sur le cul, comme les chiens lorsqu'ils veulent se torcher. Argot
du peuple.
- FAIRE CASCADER LA VERTU,
v. a. Obtenir d'une femme l'aveu de son amour et en abuser,—dans
l'argot de Breda-Street, d'après la Belle Hélène.
- FAIRE CELUI QUI... Faire
semblant de faire une chose,—dans l'argot du peuple.
- FAIRE CHARLEMAGNE. Se retirer
du jeu après y avoir gagné, sans vouloir donner de revanche,—dans
l'argot des joueurs, qui savent ou ne savent pas leur histoire
de France. «Charlemagne (dit Génin en ses Récréations philologiques)
garda jusqu'à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le
jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires; le
joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne:
il fait Charlemagne:
Se non è vero... Je ne demande
171
pas mieux d'en croire Génin, mais jusqu'ici il m'avait semblé
que Charlemagne n'avait pas autant fait Charlemagne que le dit le
spirituel et regrettable érudit, et qu'il y avait, vers les dernières
pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui
en avait été le Waterloo. Et puis... Mais le chevalier de
Cailly avait raison!
- FAIRE CORPS NEUF, v. a. Alvum
deponere,—et le remplir ensuite de nouveaux aliments.
- FAIRE COUCOU. Jouer à se
cacher,—dans l'argot des enfants.
- FAIRE COULER UN ENFANT,
v. a. Prendre un médicament abortif,—dans l'argot des filles.
- FAIRE CUIRE SA TOILE, v. a.
Employer les tons rissolés, les grattages, les ponçages,—dans
l'argot des critiques d'art, qui n'ont pas encore digéré la peinture
de Decamps.
- FAIRE CUIRE SON HOMARD,
v. a. Rougir d'émotion ou d'autre chose,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Faire cuire son écrevisse.
- FAIRE DANSER UN HOMME SUR
LA PELLE A FEU. Exiger sans cesse de l'argent de lui, le ruiner,—dans
l'argot des petites dames.
On dit aussi Faire danser sur la poêle à frire.
- FFAIRE DE CENT SOUS QUATRE
FRANCS, v. a. Dépenser follement son argent,—dans l'argot des
bourgeois, qui ajoutent quelquefois: Et de quatre francs rien.
- FAIRE DE LA MUSIQUE. Se
livrer à des conversations intempestives sur les coups. Argot des
joueurs.
- FAIRE DE LA POUSSIÈRE, v. a.
Faire des embarras,—dans l'argot des petites dames, qui recommandent
toujours à leurs cochers d'aller grand train quand
il s'agit de couper une rivale sur le boulevard, ou dans l'avenue
des Champs-Élysées, ou dans les allées du bois de Boulogne.
- FAIRE DE L'EAU, v. a. Meiere,—dans
l'argot des bourgeois.
Ils disent aussi Epancher de
l'eau, Pencher de l'eau et Lâcher de l'eau.
- FAIRE DE L'OR. Gagner beaucoup
d'argent.
Le peuple, lui, dit Chier de l'or.
- FAIRE DES AFFAIRES, v. a.
Faire beaucoup de bruit pour rien, exagérer l'importance des
gens et la gravité des choses,—dans l'argot du peuple, qui se
gausse volontiers des M. Prudhomme.
On dit aussi Faire des affaires de rien.
- FAIRE DES AFFAIRES (Se), v.
réfl. S'attirer des désagréments, des querelles, des embarras.
- FAIRE DES CHOUX ET DES
RAVES, v. a. Faire n'importe quoi d'une chose, s'en soucier
médiocrement,—dans l'argot des bourgeois.
- FAIRE DES CORDES, v. a.
Difficilimè excernere,—dans l'argot du peuple, qui emploie là
une expression déjà vieille: Tu
172
funem cacas? dit à son camarade un personnage d'une comédie
grecque traduite en latin.
- FAIRE DES CRÊPES, v. a.
S'amuser comme il est de tradition
de le faire au Mardi-Gras,—dans
l'argot des artistes, gouailleurs
de leur nature.
Se dit volontiers pour retenir quelqu'un: «Rester donc; nous
ferons des crêpes.»
- FAIRE DES GAUFRES. S'embrasser
entre grêlés,—dans l'argot du peuple.
- FAIRE DES GRÂCES, v. a. Minauder
ridiculement.
Signifie aussi: S'étendre paresseusement au lieu de travailler.
- FAIRE DES SIENNES, v. a.
Faire des folies ou des sottises,—dans
l'argot des bourgeois.
- FAIRE DES YEUX DE HARENG,
v. a. Crever les yeux à quelqu'un,—dans l'argot des voleurs.
- FAIRE DE VIEUX OS (Ne pas),
v. a. Ne pas demeurer longtemps dans un emploi, dans un logement,
etc.
Signifie aussi: N'être pas destiné à mourir de vieillesse, par
suite de maladie héréditaire ou de santé débile.
- FAIRE DU LARD, v. a. Dormir;
se prélasser au lit,—dans l'argot du peuple, à qui les exigences
du travail ne permettront jamais d'engraisser.
Aller faire du lard. Aller se coucher.
- FAIRE DU PAPIER MARBRÉ,
v. a. Avoir la mauvaise habitude
de se réchauffer les pieds avec un
gueux,—dans l'argot du peuple,
qui a eu maintes fois l'occasion de
constater les inconvénients variqueux
de cette habitude familière
aux marchandes en plein
vent, aux portières, et généralement
à toutes les femmes trop
pauvres pour pouvoir employer
un autre mode de chauffage que
celui-là.
- FAIRE ÉCLATER LE PÉRITOINE
(S'en). Manger ou boire avec excès,—dans l'argot des étudiants.
- FAIRE ENSEMBLE, v. n. Jouer
ou manger ensemble,—dans l'argot des écoliers, qui prêtent
quelquefois cette expression aux ,grandes personnes.
- FAIRE FEU, v. a. Boire,—dans
l'argot des francs-maçons, qui ont des canons pour verres.
- FAIRE JACQUES DÉLOGE, v. n.
Partir précipitamment sans payer son terme ou sans prendre congé
de la compagnie,—dans l'argot du peuple.
- FAIRE LA BALLE ÉLASTIQUE.
Manquer de vivres,—dans l'argot des voleurs, que cela doit
faire bondir.
- FAIRE LA BARBE, v. a. Se
moquer de quelqu'un, lui jouer un vilain tour,—dans l'argot du
peuple.
- FAIRE LA BÊTE, v. a. Faire
des façons.
On dit aussi Faire l'âne pour avoir du son.
- FAIRE LA GRANDE SOULASSE,
v. a. Assassiner,—dans l'argot des voleurs.
173
- FAIRE LA GRASSE MATINÉE,
v. a. Rester longtemps au lit à dormir ou à rêvasser,—dans
l'argot des bourgeois, à qui leurs moyens permettent ce luxe.
- FAIRE LA MANCHE, v. a. Faire
la quête,—dans l'argot des saltimbanques.
- FAIRE LA PLACE POUR LES
PAVÉS A RESSORTS. Faire semblant de chercher de l'ouvrage et
prier le bon Dieu de ne pas en trouver,—dans l'argot des ouvriers,
ennemis-nés des paresseux.
- FAIRE LA PLUIE ET LE BEAU
TEMPS. Être le maître quelque part; avoir une grande influence
dans une compagnie, dans un atelier. Argot des bourgeois.
- FAIRE LA RETAPE, v. a. Aller
se promener sur le trottoir des rues ou des boulevards, en toilette
tapageuse et voyante, bien retapée en un mot, pour y faire la chasse à l'homme. Argot des
filles et des souteneurs.
- FAIRE L'ARTICLE, v. a. Vanter
sa marchandise,—dans l'argot des marchands. Parler de ses
titres littéraires,—dans l'argot des gens de lettres. Faire étalage
de ses vices,—dans l'argot des petites dames.
- FAIRE LA SOURIS, v. n. Enlever
délicatement et sans bruit son argent à un homme au moment
où il doit y penser le moins,—dans l'argot des petites dames
qui ne craignent pas d'ajouter le vol au vice.
- FAIRE LA TORTUE. Jeûner,—dans
l'argot des voleurs et des faubouriens, qui font allusion à
l'abstinence volontaire ou forcée à laquelle l'intéressant testudo est
astreint pendant des mois entiers.
- FAIRE LA VIE, v. n. Se débaucher,
courir les gueuses, ou avoir de nombreux amants, selon
le sexe,—dans l'argot des bourgeois, qui pensent peut-être
que c'est plutôt défaire sa vie.
- FAIRE LE BON FOURRIER, v.
n. C'est, dans un repas, servir ou
découper de façon à ne pas s'oublier
soi-même.
Faire le mauvais fourrier. Servir ou découper de façon à contenter
tout le monde excepté soi-même.
- FAIRE LE BOULEVARD, v. n.
Se promener, en toilette provocante et en tournure exagérée,
sur les boulevards élégants,—dans l'argot de Breda-Street, qui
est l'écurie d'où sortent chaque soir, vers quatre heures, de si jolis
pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc.
On dit aussi Faire la rue ou Faire le trottoir.
- FAIRE LE CUL DE POULE, v.
n. Faire la moue en avançant les lèvres et en les pressant,—dans
l'argot du peuple.
- FAIRE L'ÉCUREUIL. Faire une
besogne inutile, marcher sans avancer,—dans le même argot.
- FAIRE L'ÉGARD. Détourner à
son profit partie d'un vol.
On disait autrefois Ecarter,—ce
qui est faire son écart.
174
- FAIRE LE GRAND, v. a. Alvum
deponere,—dans l'argot des pensionnaires.
Elles disent aussi Faire le grand tour.
- FAIRE LE LÉZARD, v. n. S'étendre
au soleil et y dormir ou y rêver,—dans l'argot des bohèmes
et du peuple.
- FAIRE LE MOUCHOIR, v. a.
Voler une idée de drame, de vaudeville ou de roman,—dans
l'argot des gens de lettres.
- FAIRE LE PETIT, v. a. Meiere;—dans
l'argot des pensionnaires.
Elles disent aussi Faire le petit tour.
- FAIRE LE PLONGEON, v. a. Se
confesser in extremis—dans l'argot du peuple, qui a horreur
de l'eau.
C'est le mot de Condorcet parlant des derniers moments d'Alembert:
«Sans moi, dit-il, il faisait le plongeon.»
- FAIRE L'œIL de carpe. Rouler
les yeux de façon à n'en montrer que le blanc,—dans
l'argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à penser
aux hommes.
- FAIRE MAL. Faire pitié,—dans
l'argot des faubouriens et des filles, qui disent cela avec le
plus grand mépris possible. Ah!tu me fais mal! est d'une éloquence
à nulle autre pareille: on a tout dit quand on a dit cela.
- FAIRE MOURIR (S'en). Désirer
ardemment une chose,—dans l'argot du peuple.
S'emploie d'ordinaire comme
formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée: Ah! tu t'en
ferais mourir! C'est le refrain d'une chanson récente qui a fait
son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train
de faire son tour au monde comme le drapeau tricolore.
- FAIRE NONNE. Prêter la main
à un vol,—dans l'argot des prisons.
- FAIRE PASSER LE GOÛT DU
PAIN. Tuer quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Perdre le goût du pain, pour Mourir.
- FAIRE PATROUILLE. Se débaucher
de compagnie, courir les
rues après minuit avec des libertins
et des ivrognes.
- FAIRE PEAU NEUVE. S'habiller
à neuf.
- FAIRE PÉTER LE CYLINDRE
(S'en). Se dit, dans l'argot des faubouriens, de toute chose faite
avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait
faire éclater un homme,—c'est-à-dire le tuer.
On dit aussi S'en faire péter la sous-ventrière.
- FAIRE PETITE CHAPELLE, v.
n. Se chauffer comme ont la pernicieuse habitude de le faire les
femmes du peuple, qui s'exposent ainsi à des maladies variqueuses.
- FAIRE PIEDS NEUFS, v. a. Accoucher
d'un enfant,—dans l'argot du peuple, qui se souvient,
sans l'avoir lu, du livre Ier, chap. VI, de Gargantua.
175
- FAIRE PLEURER SON AVEUGLE.
Meiere,—dans l'argot des faubouriens.
- FAIRE RAMASSER (Se). Se faire
arrêter,—dans l'argot des voleurs et des filles.
- FAIRE SA BALLE, v. a. Suivre
les instructions ou les conseils de quelqu'un,—dans l'argot des
prisons.
- FAIRE SALUER LE POLICHINELLE.
Réussir, faire mieux que les autres,—dans l'argot des
faubouriens. C'est une allusion aux tirs à l'arbalète des fêtes publiques,
où, quand on met dans le mille, on voit sortir et saluer
une tête de Turc quelconque.
- FAIRE SA SOPHIE, v. n. Se
scandaliser à propos d'une conversation
un peu libre, montrer
plus de sagesse qu'il ne convient.
On dit aussi Faire sa poire,
Faire sa merde, et Faire son
étroite,—dans l'argot des voyous.
- FAIRE SAUTER LA COUPE.
Battre les cartes de façon à toujours amener le roi,—dans l'argot
des grecs.
- FAIRE SAUTER LE SYSTÈME
(Se), v. réfl. Se brûler la cervelle,—dans l'argot des faubouriens.
- FAIRE SES CHOUX GRAS DE
QUELQUE CHOSE. En faire ses délices, s'en arranger,—dans
l'argot des bourgeois.
- FAIRE SES FRAIS, v. a. Emmener
un homme du Casino,—dans l'argot des petites dames, à
qui leur toilette de combat coûterait bien cher si elles étaient forcées
de la payer.
- FAIRE SES FRAIS, v. a. Réussir
à plaire à une jolie femme un peu légère,—dans l'argot des
libertins, qui sèmeraient en vain leur esprit et leur amabilité s'ils
ne semaient en même temps quelques gouttes de «boue jaune».
- FAIRE SES ORGES, v. a. Faire
des profits illicites,—dans l'argot du peuple.
- FAIRE SES PETITS PAQUETS,
v. a. Être à l'agonie,—dans l'argot des infirmiers, qui ont
remarqué que les malades ramassent leurs draps, les ramènent
vers eux instinctivement, à mesure que le froid de la mort les
gagne.
- FAIRE SON CAMBRONNE. Cacare,—dans
l'argot dédaigneux des duchesses du faubourg Saint-Germain,
qui disent cela depuis l'apparition des Misérables de Victor
Hugo.
- FAIRE SON DEUIL D'UNE
CHOSE. La considérer comme perdue, s'en passer,—dans l'argot
du peuple.
- FAIRE SON MICHAUD, v. a.
Dormir,—dans le même argot.
- FAIRE SON TEMPS, v. a. Rester
en prison ou au bagne pendant un nombre déterminé de
mois ou d'années, à l'expiration duquel on est libre.
—Se dit aussi du Service militaire auquel on est astreint lorsqu'on
est tombé à la conscription.
- FAIRE SUER, v. a. Tuer.—dans
l'argot des escarpes, qui
d'un coup de surin, procurent
176
immédiatement à un homme des
sueurs de sang.
—Faire suer un chêne. Tuer un homme.
- FAIRE TOMBER LE ROUGE.
Avoir l'inconvénient de la bouche—dans l'argot des comédiens, à
qui l'émotion inséparable donne souvent cette infirmité passagère.
- FAIRE UN DIEU DE SON VENTRE,
v. a. Ne songer qu'à bien manger et à bien boire,—dans
l'argot des bourgeois.
- FAIRE UNE BELLE JAMBE. Ne
servir à rien,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression
ironiquement et à propos de n'importe quoi. Ça lui fait une
belle jambe!
La «Belle Heaulmière» de François Villon disait dans le
même sens: J'en suis bien plus grasse!
- FAIRE UNE COMMISSION, v. a.
Levare ventris onus,—dans l'argot
des bourgeoises.
- FAIRE UNE COQUILLE DE BERGERAC,
v. a. Se dit,—dans l'argot des tailleurs, quand un ouvrier
a fait une pièce dont les pointes de collet ou de revers, au
lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l'air et poignardent
le ciel.
C'est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisiennée.
- FAIRE UNE ENTRÉE DE BALLET,
v. a. Entrer quelque part sans saluer,—dans l'argot des
bourgeois, amis des bienséances.
- FAIRE UNE FEMME, v. n. Nouer
une intrigue amoureuse avec elle,—dans l'argot des étudiants.
- FAIRE UNE FIN, v. n. Se marier,—dans
l'argot des viveurs, qui finissent par où les gens rangés
commencent, et qui ont lieu de s'en repentir.
- FAIRE UNE MOULURE, v. a.
Levare ventris onus,—dans l'argot des menuisiers.
- FAIRE UNE TÊTE (Se). Se grimer
d'une manière caractéristique, suivant le type du personnage
à représenter. Argot des coulisses.
Got, Mounet-Sully, Paulin Ménier excellent dans cet art
difficile.
- FAIRE UN HOMME, v. n. Se
faire emmener du bal par un noble inconnu, coiffeur ou banquier.
Argot des petites dames.
- FAIRE UN PLI (Ne pas). Aller
tout seul,—dans l'argot du peuple.
- FAIRE UN TASSEMENT, v. a.
Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d'un repas,—dans
l'argot des bohèmes.
On dit aussi Faire un trou.
- FAIRE UN TROU A LA LUNE.
Faire faillite, enlever la caisse de son patron et se réfugier en Belgique.
Argot du peuple.
- FAISANDER (Se), v. réfl.
Vieillir,—dans l'argot des faubouriens,
qui ne se font aucun scrupule d'assimiler l'homme au gibier.
Ils disent aussi S'avarier.
- FAISANT, s. m. Camarade, copain,—dans
l'argot du collège, où l'on éprouve le besoin d'avoir
un second soi-même, un confident
177
des premières joies et des premières douleurs, un ami qui
fasse vos thèmes et de qui l'on fasse les billes et les confitures.
- FAISEUR, s. m. Type essentiellement
parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et
moitié brasseur d'affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en
bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy
là—coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il
réussit. Argot des bourgeois.
- FAISEUR D'œIL, s. m. Lovelace
qui jette l'hameçon de son regard amorcé d'amour sur toutes
les femmes qu'il suppose appelées à y mordre.
L'expression est de Nestor Roqueplan.
- FALOURDE, s. f. Le double-six,—dans
l'argot des joueurs de dominos.
On l'appelle aussi le Bateau à charbon et l'Ami.
- FALOURDE ENGOURDIE, s. f.
Cadavre,—dans l'argot des voyous.
- FAMEUX, s. m. Homme solide
de bras et de cœur,—dans l'argot du peuple.
- FAMEUX, EUSE, adj. Excessif,
énorme, dans le sens péjoratif.
Un fameux paillard. Un paillard consommé.
Une fameuse bévue. Une bévue colossale.
Quelquefois aussi ce mot est employé dans le sens d'Excellent,
en parlant des choses et des gens, et il n'est pas rare alors de
l'entendre prononcer ainsi: P, h, a, pha, fameux!
C'est le nec plus ultra de l'admiration populaire.
- FANAL, s. m. La gorge,—dans
l'argot des faubouriens.
S'éclairer le fanal. Boire un verre de vin ou d'eau-de-vie.
On dit aussi Fanon, afin qu'aucune injure ne soit épargnée à
l'homme par l'homme.
- FANANDEL, s. m. Frère, ami,
compagnon,—dans l'argot des
prisons.
Grands fanandels. Association
de malfaiteurs de la haute pègre, formée en 1816, «à la suite
d'une paix qui mettait tant d'existences en question», d'après Honoré
de Balzac.
- FANFAN, s. f. Jeune fille,—dans
l'argot du peuple, qui a
parfois la parole caressante, s'il a
la main rude.
Se dit aussi d'un enfant quelconque.
- FANFAN BENOITON, s. m.
Petit garçon de manières et d'un langage au-dessus de son âge,—dans
l'argot des gens de lettres, par allusion au petit personnage
de la comédie de M. Victorien Sardou (1865-1866). C'est le pendant
de Fouyou.
- FANFARER, v. n. et a. Faire
des réclames à une pièce ou à un livre, à une danseuse ou à un
chien savant,—dans l'argot des gens de lettres.
- FANFE, s. f. Tabatière,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Fonfe.
- FANFOUINER, v. n. Priser,—dans
l'argot des voyous.
178
- FANFOUINEUR, s. m. Priseur.
- FANTAISIE, s. f. Caprice
amoureux,—dans l'argot de Breda-Street, où l'on est très fantaisiste.
- FANTAISISME, s. m. Ecole littéraire
antagoniste du Réalisme. C'est le dévergondage à la quinzième
puissance, c'est l'extravagance chauffée à une douzaine
d'atmosphères. La littérature d'autrefois a connu cette infirmité
de l'esprit, cette maladie de l'imagination, mais à l'état d'exception;
la littérature d'aujourd'hui a moins de santé, mais il faut espérer qu'elle n'en mourra
pas.
- FANTAISISTE, s. et adj. Ecrivain
pyrotechnicien, plus fier de parler aux yeux que de s'adresser
à l'esprit, plus amoureux des fulgurants effets de style que bon
observateur des règles du bien dire, et, comme tel, destiné à
durer autant qu'un feu d'artifice: fusées tombées, fusées
mortes!
- FANTASIA, s. t. Caprice, lubie,
fantaisie,—dans l'argot du peuple.
- FARAUD, s. m. Monsieur,—dans
l'argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les
messieurs avaient assez ordinairement l'air fiérot.
A signifié aussi, à l'origine, souteneur de filles, comme le
prouvent ces vers cités par Francisque Michel:
«Monsieur, faut vous déclarer
Que c'est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud...»
Faire son faraud. Se donner
des airs de gandin quand on est
simple garçon tailleur, ou s'endimancher
en bourgeois quand on
est ouvrier.
- FARAUDEC, s. f. Mademoiselle,—dans
l'argot des voleurs.
- FARAUDÈNE, s. f. Madame,—dans
l'argot des voleurs, qui disaient autrefois faraude.
- FARCE, adj. Amusant, grotesque,—dans
l'argot du peuple.
Chose farce. Chose amusante.
Homme farce. Homme grotesque.
Être farce. Avoir le caractère
joyeux; être ridicule.
- FARCE, s. f. Plaisanterie en
paroles ou en action,—dans l'argot du peuple, qui a été souvent
la victime de farces sérieuses de la part de farceurs sinistres.
- FARCES, s. f. pl. Actions plus
ou moins répréhensibles, justiciables
de la Morale ou de la Police
correctionnelle.
Faire des farces. Faire des
dupes; tromper des actionnaires par des dividendes fallacieux.
Avoir fait ses farces. Avoir eu
beaucoup de maîtresses ou un grand nombre d'amants.
- FARCEUR, s. m. Homme d'une
moralité équivoque, qui jongle avec les choses les plus sacrées
et se joue des sentiments les plus respectables; débiteur qui
restera toujours volontairement insolvable; amant qui exploitera
toujours la crédulité—et la bourse—de ses maîtresses,
etc., etc.
179
- FARCEUSE, s. f. Femme ou
fille qui ne prend au sérieux rien ou personne, pas plus l'amour
que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui se dit,
comme Louis XV: «Après moi le déluge!»
- FARD, s. m. Mensonge, broderie
ajoutée à un récit,—dans
l'argot du peuple.
Sans fard. De bonne foi.
- FARD, s. m. Rougeur naturelle
du visage.
Avoir un coup de fard. Rougir
subitement, sous le coup d'une
émotion ou de l'ébriété.
- FARDER (Se), v. réfl. Se griser,—par
allusion aux rougeurs que l'ivresse amène sur le visage
en congestionnant le cerveau.
- FAR-FAR, adv. Vite, promptement,—dans
l'argot des voleurs.
- FARFOUILLER, v. n. Chercher
quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot
du peuple.
- FARFOUILLEUR, adj. et s.
Homme qui se plaît, comme Tartufe, à s'approcher plus qu'il
ne convient des robes des femmes, afin de s'assurer que l'étoffe
en est moelleuse.
- FARGUE, s. f. Charge, poids,—dans
l'argot des voleurs, qui doivent avoir emprunté cette expression
aux marins.
- FARGUEMENT, s. m. Chargement.
- FARGUER, v. a. Charger.
Signifie aussi Rougir.
- FARGUEUR, s. m. Chargeur.
- FARIBOLE, s. f. Farce, plaisanterie,
gaminerie,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Chose sans importance, objet de peu de valeur.
On disait autrefois et on dit encore quelquefois Falibourde.
- FARINEUX, adj. Excellent, parfait,—dans
l'argot des faubouriens, pour qui il n'y a rien au-dessus
du pain, si ce n'est la brioche.
- FATIGUE, s f. Le travail du
bagne.
- FATIGUER, v. n. et act. Salir
un livre à force de le consulter,—dans
l'argot des relieurs.
- FAUBOURIEN, s. m. Homme
mal élevé, grossier, dans l'argot des bourgeois, qui voudraient bien
être un peu plus respectés du peuple qu'ils ne le sont.
- FAUCHANTS, s. m. pl. Ciseaux,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Faucheux.
- FAUCHÉ (Être). Être guillotiné
au bagne.
- FAUCHE-ARDENT, s. m. Mouchettes,—dans
l'argot des voleurs.
- FAUCHER, v. a. Couper,—dans
le même argot, où on emploie ce verbe au propre et au figuré.
Faucher le colas. Couper le cou.
Faucher dans le pont. Donner
aveuglément dans un piège.
Faucher le grand pré. Être au bagne.
180
- FAUCHER LE PERSIL, v. a. Se
promener, en toilette «esbrouffante», sur les trottoirs les plus
et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs souteneurs.
On dit aussi Cueillir le persil,
Aller au persil, et Persiller.
- FAUCHEUR, s. m. Le bourreau,—dans
l'argot des prisons où l'allégorie du Temps est une
sinistre réalité.
- FAUCHEUX, s. m. Homme à
jambes longues et grêles comme les pattes du Phalangium,—dans
l'argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune
infirmité grave ou légère, sans la saluer d'une injure ou tout au
moins d'une épigramme.
- FAUCHURE, s. f. Coupure.
- FAUSSE-COUCHE, s. f. Homme
raté, sans courage, sans vertu, sans talent, sans quoi que ce soit,—dans
l'argot du peuple.
- FAUTER, v. n. Commettre une
faute,—dans le même argot.
- FAUX-BOND, s. m. Manque
de parole,—dans l'argot des bourgeois.
Faire faux-bond à l'échéance. N'être pas en mesure de payer.
- FAUX-COL, s. m. La mousse
d'une chope de bière,—dans l'argot des faubouriens.
- FAVEURS, s. f. pl. La preuve
matérielle qu'une femme donne de son amour à un homme,—dans
l'argot des bourgeois, qui ne se contenteraient pas, comme
les galants d'autrefois, de rubans, de boucles et de nœuds
d'épée.
Avoir eu les faveurs d'une emme. Avoir été son amant.
- FAVORI D'APOLLON, s. m.
Poëte estimable,—dans l'argot des académiciens.
Ils disent aussi Favori des Muses.
- FAVORI DE MARS, s. m.
Guerrier heureux en batailles,—dans le même argot.
On dit aussi Favori de Bellone.
- FAVORI D'ESCULAPE, s. m.
Médecin heureux en malades,—dans
le même argot.
- FAYOTS, s. m. pl. Légumes
en général, haricots, lentilles, ou fèves, fayols,—dans l'argot des
ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
Le cap Fayot. Moment de la traversée où l'équipage, ayant
épuisé les provisions fraîches, est bien forcé d'entamer les légumes
secs. C'est ce qu'on appelle alors Naviguer sous le cap Fayot.
- FÉCALITÉS, s. f. pl. Laideurs
sociales, ordures morales,—dans l'argot des gens de lettres.
Le mot a été employé pour la première fois par Charles Bataille.
- FÉE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des ouvriers, qui ne savent pas dire si vrai en disant si poétiquement.
- FÉE-BOSSE, s. f. Femme
vieille, laide, acariâtre. On dit aussi Fée Carabosse.
- FEIGNANT, s. et adj. Fainéant,—dans
l'argot du peuple, qui parle plus correctement qu'on
ne serait tenté à première vue,
181
de le supposer, feignant venant du verbe feindre, racine de fainéantise,
qu'on écrivait autrefois faintise.
Signifie aussi Poltron, lâche, et
c'est alors une suprême injure,—l'ignavus
de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne
rendrait pas du tout la même idée, parce qu'il n'a pas la même
énergie et ne contient pas autant de mépris.
- FÊLER (Se), v. réfl. Donner des
preuves de folie, faire des excentricités,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent la boîte
osseuse pour une faïence.
On dit aussi Avoir la tête fêlée.
- FELOUSE, s. f. Prairie,—dans
l'argot des voleurs, qui ont seulement démarqué la première
lettre du mot généralement employé.
- FEMELLE, s. f. Femme,
épouse,—dans l'argot des ouvriers,
qui se considèrent comme
des mâles et non comme des
hommes.
L'expression,—toujours employée
péjorativement,—a des chevrons, puisqu'on la retrouve
dans Clément Marot, qui, s'adressant à sa maîtresse, la petite lingère
du Palais, dit:
«Incontinent, desloyalle femelle,
Que j'auray faict et escrit ton libelle,
Entre les mains le mettray d'une femme
Qui appelée est Renommée, ou Fame,
Et qui ne sert qu'à dire par le monde
Le bien ou mal de ceux où il abonde.»
- FEMME DE LA TROISIÈME CATÉGORIE,
s. f. Fille de mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens,
qui ont saisi avec empressement, il y a quelques années,
les analogies que leur offraient les divisions officielles de la
viande de boucherie.
- FEMME DU QUARTIER, s. f.
Grisette qui a la spécialité de l'étudiant et qui se garderait bien
de frayer avec les bourgeois ou les militaires, de peur de déplaire
à Paul de Kock.
On dit aussi Femme de l'autre
côté (sous-entendu: de la Seine).
- FEMME DU RÉGIMENT, s. f. La
grosse caisse,—dans l'argot des soldats.
- FEMME ENTRETENUE, s. f.
Fille ou femme qui croit que la vertu est un «meuble inutile»
et qui préfère acheter les siens à tant par amant.
Les Belges disent Une entretenue.
- FENDANT, s. m. Homme qui
marche d'un air conquérant, le chapeau sur le coin de l'oreille,
les moustaches relevées en crocs, la main gauche sur la hanche, et
de la droite manœuvrant une canne,—qui n'effraie personne.
Il y a longtemps que le peuple
emploie cette expression, comme le prouve ce passage de la Macette
de Mathurin Regnier:
«N'estant passe-volant, soldat ny capitaine,
Depuis les plus chétifs jusques aux plus fendants,
Qu'elle n'ait desconfits et mis dessus les dents.»
Faire son fendant. Se donner des allures de matamore.
On dit aussi Fendart.
- FENDEUR DE NASEAUX, s. m.
182
Faux brave, qui fait plus de bruit
que de besogne.
On dit aussi, et plus élégamment, Casse-gueule.
- FENDRE (Se), v. réfl. Montrer
de la générosité, dépenser beaucoup d'argent, s'ouvrir,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Se dévouer.
Se fendre à s'écorcher. Pousser à
l'excès la prodigalité.
- FENDRE L'ARCHE, v. a. Importuner,
ennuyer,—dans le même argot.
Tu me fends l'arche! est une
des exclamations que les étrangers sont exposés à entendre le
plus fréquemment en allant aux Gobelins.
- FENDRE L'ERGOT. S'enfuir,—dans
l'argot du peuple, fidèle aux vieilles traditions.
On dit aussi, mais moins, Bander l'ergot.
- FENÊTRIÈRE, s. f. Fille qui
fait le trottoir par sa fenêtre.
- FENOUSE, s. f. Prairie,—dans
l'argot des voleurs.
- FER CHAUD, s. m. Le pyrosis,—dans
l'argot du peuple,
qui, ne connaissant pas le nom grec à donner à cette affection,
emploie une expression fort simple et très caractéristique de la
douleur cruelle qu'elle occasionne à l'estomac.
- FERLAMPIER, s. m. Homme
à tout faire, excepté le bien,—dans l'argot des voleurs, qui ont
emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des honnêtes
gens, en le dénaturant un peu.
- FERLAMPIER, s. m. Pauvre
diable, misérable,—dans l'argot du peuple.
- FERLINGANTE, s. f. Verrerie,
faïencerie,—dans l'argot des voleurs.
- FERME, s. f. Décor de fond,
dans la composition duquel entre une charpente légère qui permet
d'y établir des portes praticables. Argot des machinistes.
- FERMER, v. a. et n. Attacher
solidement, rendre ferme,—dans
l'argot des coulisses, où l'on emploie ce verbe à propos
de décors.
- FERRÉ A GLACE (Être). Savoir
parfaitement son métier ou sa leçon,—dans l'argot des bourgeois.
- FERS, s. m. pl. Le forceps,—dans
l'argot du peuple, qui ne connaît pas le nom latin de l'instrument
inventé par Palfyn.
- FERTANGE ou Fertille, s. f.
Paille,—dans l'argot des voleurs.
- FERTILLIERS, s. m. pl. Blés,—les
graminées fertiles par excellence.
- FESSE, s. f. Femme, moitié,—dans
l'argot des faubouriens.
- FESSÉE, s. f. Correction paternelle
ou maternelle comme celle dont Jean-Jacques Rousseau avait
conservé un si agréable souvenir.
- FESSE-MATHIEU, s. m. Avare,
usurier,—dans l'argot du peuple.
- FESSER, v. a. et n. Fouetter
avec des verges ou avec la main
183
les parties charnues que l'homme a le plus sensibles et sur lesquelles
il ne manque jamais de tomber quand il glisse.
Le verbe est vieux. On trouve
dans les Chansons de Gautier Garguille:
«Fessez, fessez, ce dist la mère,
La peau du cul revient toujours.»
Signifie aussi, par analogie au
peu de durée de cette correction maternelle: Faire promptement
une chose.
Fesser la messe. La dire promptement.
- FESSER LE CHAMPAGNE, v.
n. Boire des bouteilles de vin de
champagne,—dans l'argot des
viveurs.
Du temps de Rabelais on disait Fouetter un verre.
- FESSES, s. f. pl. Grosses joues,—dans
l'argot des faubouriens.
- FESSIER, s. m. Les nates,—dans
l'argot du peuple, qui a l'honneur de parler comme Mathurin
Régnier:
«Dieu sçait comme on le veid et derrière et devant,
Le nez sur les carreaux et le fessier au vent,»
a dit le grand satirique.
- FESSU, adj. Qui a de grosses
fesses.
- FESTILLANTE, s. f. Queue
d'animal,—par exemple du
chien, qui fait fête à son maître
en remuant la sienne.
Le mot est de l'argot des voleurs.
- FESTINER, v. n. Boire et manger
à ventre déboutonné,—dans l'argot du peuple.
- FESTONNER, v. n. Être en
état d'ivresse et décrire en marchant des zigzags dont s'amusent
les gamins, et dont rougissent les hommes au nom de la Raison
et de la Dignité humaine outragées.
- FESTOYER, v. n. Dîner copieusement
en joyeuse compagnie.
- FÊTE DU BOUDIN, s. f. Le
25 décembre, fête de Noël,—dans l'argot du peuple, qui, ce
jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.
- FEUILLE DE CHOU, s. f. Journal
littéraire sans autorité,—dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussi Carré de papier.
- FEUILLE DE CHOU, s. f. Guêtre
de cuir,—dans l'argot des troupiers.
- FEUILLES DE CHOU, s. f. pl.
Les oreilles,—dans l'argot des
bouchers.
On dit aussi Esgourdes et Maquantes.
- FIASCO, s. m. Insuccès,—dans
l'argot des coulisses et des
petits journaux.
Faire fiasco. Échouer dans une
entreprise amoureuse; avoir sa pièce sifflée; faire un mauvais
article.
Se dit aussi pour Manquer de parole.
- FICELER, v. a. et n. Faire
avec soin,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: S'habiller correctement,
«se tirer à quatre épingles».
- FICELLE, s. f. Secret de métier,
184
procédé particulier pour arriver à
tel ou tel résultat,—dans l'argot
des artistes et des ouvriers.
- FICELLE, adj. et s. Malin,
rusé, habile à se tirer d'affaire,—dans
l'argot du peuple, qui a
gardé le souvenir de la chanson
de Cadet-Rousselle:
«Cadet Rousselle a trois garçons,
L'un est voleur, l'autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle...»
Cheval ficelle. Cheval qui «emballe»
volontiers son monde,—dans
l'argot des maquignons.
- FICELLES, s. f. pl. Ruses, imaginations
pour tromper,—dans l'argot du peuple.
- FICELLES, s. f. pl. «Les procédés
épuisés et les conventions classiques,»—dans l'argot des
gens de lettres.
- FICELLIER, s. m. Homme rusé,
retors, qui vit d'expédients.
- FICHAISE, s. f. Chose de peu
d'importance,—dans l'argot des
bourgeois, qui n'osent pas dire
Foutaise.
- FICHANT, adj. Ennuyeux, désagréable,—en
parlant des choses et des gens.
- FICHE DE CONSOLATION, s.
f. Compensation, dédommagement.
- FICHER, v. n. Faire, convenir,
importer.
Une remarque en passant: On écrit Ficher, mais on prononce
Fiche, à l'infinitif.
Signifie aussi: Appliquer, envoyer, jeter.
- FICHER (Se), v. réfl. S'habiller
de telle ou telle façon.
Se ficher en débardeur. Se costumer en débardeur.
- FICHER (Se), v. réfl. Se moquer.
Se ficher du monde. N'avoir aucune retenue, aucune pudeur.
Je t'en fiche! Se dit comme
pour défier quelqu'un de faire telle ou telle chose.
- FICHER (Se), v. réfl. Se mettre
dans l'esprit.
- FICHER LE CAMP, v. a. S'en
aller, s'enfuir.
Le peuple dit: Foutre le camp.
- FICHER SON BILLET (En).
Donner mieux que sa parole, faire croire qu'on y engagerait
même sa signature.
Le peuple dit En foutre son billet.
- FICHTRE! Exclamation de
l'argot des bourgeois, qui remplace Foutre! et marque l'étonnement,
quand elle ne marque pas la colère.
- FICHU, adj. Perdu, en parlant
des choses; à l'agonie, en parlant des gens. Même argot.
Madame de Sévigné a donné des lettres de noblesse à cette
expression trop bourgeoise, en parlant quelque part de «l'esprit
fichu de mademoiselle Du Plessis!»
- FICHU, adj. Détestable, archi-mauvais,—en
parlant des choses et des gens.
Fichu livre. Livre mal écrit.
Fichu raisonnement. Raisonnement faux.
185
Fichue connaissance. Triste amant ou désagréable maîtresse.
- FICHU, adj. Capable de.
- FICHU, adj. Habillé.
Être mal fichu, Être habillé sans soin, sans grâce.
On dit aussi Être fichu comme
un paquet de sottises ou comme un paquet de linge sale
Signifie quelquefois: Être malfait, mal bâti, et même malade.
- FIENTER, v. n. Cacare,—dans
l'argot du peuple, toujours rabelaisien.
- FIER, adj. Gris, un peu raide,—dans
l'argot des faubouriens.
- FIER, adj. Etonnant, inouï,—dans
l'argot du peuple, qui prend ce mot plutôt dans le sens virgilien
(Sævus Hector: le redoutable Hector) que dans le sens cicéronien
(Superbus).
«Là véissiés un fier abateis;
Il n'a el monde païen ne sarasin,
S'il les veist, cui pitié n'en prisist,»
dit un poème du moyen âge.
Signifie aussi Habile, malin.
- FIER-A-BRAS, s. m. Fanfaron,
bravache, qui menace de tout casser,—et qui est souvent
obligé de se la casser.
- FIÈREMENT, adv. Beaucoup,
étonnamment.
- FIÉROT, adj. et s. Homme un
peu fier.
- FIEU, s. m. Enfant,—dans
l'argot des nourrices.
- FIÈVRE CÉRÉBRALE, s. f. Condamnation
à mort,—dans l'argot des assassins, à qui cela doit
donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.
- FIFI, s. m. Vidangeur,—dans
l'argot ironique du peuple, qui tire aussi bien sur ses propres
troupes que sur les autres, le Bourgeois et le Monsieur.
- FIFI-LOLO, s. m. Homme qui
fait la bête ou l'enfant,—dans l'argot des faubouriens.
- FIFINE. Réduplication caressante
de Joséphine.
- FIFRELIN, s. m. Monnaie
imaginaire fabriquée par le peuple et valant pour lui cent fois
moins que rien.
- FIGARO, s. m. Coiffeur,—dans
l'argot des bourgeois qui ont gardé bon souvenir du Barbier
de Seville, le premier coup de pioche de la Révolution.
- FIGER (Se), v. réfl. Avoir
froid,—dans l'argot du peuple.
- FIGNARD, s. m. Le podex,—dans
l'argot des voyous.
- FIGNOLADE, s. f. Roulade à
perte de vue, vocalise infiniment prolongée,—dans l'argot des
coulisses.
- FIGNOLER, v. a. Achever avec
soin, finir avec amour,—dans l'argot des ouvriers et des artistes.
Certain étymologiste veut que
ce mot signifie: «Exécuter avec fions.» C'est possible, mais j'ai
entendu souvent prononcer Finioler: or, la première personne
du verbe finire n'est-elle pas finio?—V. aussi Fionner.
- FIGURATION, s. f. Les figurants,—dans
186
l'argot des coulisses.
- FIGURE s. f. Tête de mouton,
bonne pour le pot-au-feu,—dans
l'argot des faubouriens.
Demi-figure. Moitié de tête de mouton achetée chez le tripier.
- FIGURE (Ma), pron. pers. Moi,
ma personne,—dans le même
argot.
- FIGURE DE CAMPAGNE, s. f.
Celle qu'on ne montre, ou plutôt qu'on ne découvre, qu'à la
campagne, au coin d'une haie bien fournie, ou à l'ombre d'un
hêtre touffu, lorsqu'on se croit bien seul dans la nature. Argot
du peuple.
(V. Pleine lune et Visage.)
- FIGURE DE PROSPÉRITÉ, s. f.
Visage qui annonce la santé.
- FIGURER, v. n. Paraître
comme comparse sur un théâtre, à raison de vingt sous par soirée
quand on est homme et pauvre, et pour rien quand on est femme
et jolie.
- FIGURER, v. n. Être exposé
au poteau d'infamie,—dans l'argot des voleurs, qui paraissent là
comme des figurants sur un théâtre.
- FIL, s. m. Adresse, habileté,—dans
l'argot du peuple, qui assimile l'homme à un couteau et
l'estime en proportion de son acuité.
Avoir le fil. Savoir comment
s'y prendre pour conduire une affaire.
Connaître le fil. Connaître le
truc.
On dit aussi d'une personne
médisante ou d'un beau parieur:
C'est une langue qui a le fil.
- FILASSE s. f. Cheveux trop
blonds,—dans l'argot des faubouriens.
Saint-Simon a employé cette expression à propos des cheveux
de la duchesse d'Harcourt, et, avant Saint-Simon, le poète Rutebeuf.
«Au deable soit tel filace,
Fet li vallés, comme la vostre!»
- FILASSE, s. f. Matelas, et
même lit,—dans l'argot des faubouriens.
Se fourrer dans la filasse. Se mettre au lit.
- FIL EN AIGUILLE (De), adv.
De propos en propos,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur
de prêter cette expression à Mathurin Régnier:
«Enfin, comme en caquets ce vieux sexe fourmille,
De propos en propos et de fil en esguille,
Se laissant emporter au flus de ses discours,
Je pense qu'il falloit que le mal eust son cours,»
dit le vieux poète en sa Macette.
- FIL-EN-QUATRE, s. m. Eau-de-vie
très forte,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Fil-en-trois.
- FILER, v. a. Suivre un malfaiteur,—dans
l'argot des agents de police. Suivre un débiteur,—dans
l'argot des gardes du commerce.
- FILER, v. a. Voler,—dans
l'argot des voyous.
Filer une pelure. Voler un paletot.
187
- FILER, v. n. S'en aller, s'enfuir,—dans
l'argot des faubouriens.
- FILER, v. n. Levare ventris
onus,—dans le même argot.
- FILER DOUX, v. n. Ne pas
protester,—même lorsqu'il y a lieu; souffrir ce qu'on ne peut
empêcher. Argot des bourgeois.
«Comme son lict est feict: que ne vous couchez-vous,
Monsieur n'est-il pas temps? Et moi, de filer dous,»
dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.
- FILER LE PARFAIT AMOUR, v.
n. S'abandonner aux douceurs de l'amour platonique,—dans l'argot
du peuple, qui a des tendresses particulières pour Estelle et
Némorin.
- FILER SON CABLE PAR LE
BOUT, v. a. S'enfuir, et, par extension,
Mourir,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans
l'infanterie de marine.
- FILER SON NœUD, v. a. S'en
aller, s'enfuir,—dans le même argot.
- FILER UNE SCÈNE. La conduire
avec art,—dans l'argot des vaudevillistes.
On dit de même Filer une intrigue, une reconnaissance, etc.
- FILER UN MAUVAIS COTON.
Être malade et sur le point de mourir,—dans l'argot du
peuple.
Signifie aussi: Faire de mauvaises affaires; mener une vie déréglée.
- FILER UN SINVE, v. a. Suivre
quelqu'un,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Faire la filature.
- FILET COUPÉ (Avoir le). Être
extrêmement bavard,—dans l'argot du peuple, qui, en entendant
certains avocats, souhaiterait qu'on ne leur eût pas incisé
le repli triangulaire de la membrane muqueuse de la bouche.
On dit de même: Il n'a pas le filet.
- FILET DE VINAIGRE, s. m.
Voix aigre et fausse,—dans
l'argot des coulisses.
- FILEUR, s. m., ou Fileuse,
s. f. Chevalier dont l'industrie
consiste à suivre les floueurs et les
emporteurs, et à prélever un impôt de trois francs par chaque
louis escroqué à un sinve.
- FILLE, s. f. Servante,—dans
l'argot des bourgeois.
- FILLE, s. f. Femme folle de
son corps,—dans l'argot du
peuple.
Fille d'amour. Femme qui
exerce par goût et qui n'appartient pas à la maison où elle
exerce.
Fille en carte. Femme qui, avec
l'autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans
une maison.
Fille à parties. Variété de
précédente.
Fille soumise. Fille en carte.
Fille insoumise. Femme qui
exerce en fraude, sans s'assujettir aux règlements et aux obligations
de police,—une contrebandière galante.
188
- FILLE, s. f. Femme qui vit maritalement
avec un homme,—dans l'argot des bourgeoises,
implacables pour les fautes qu'elles n'ont pas le droit de commettre.
- FILLE DE MAISON s. f. Pensionnaire
du prostibulum.
- FILLE DE MARBRE, s. f. Petite
dame qui a un caillou à la place du cœur,—dans l'argot
des gens de lettres, qui emploient cette expression en souvenir
de la pièce de Théodore Barrière et de Lambert Thiboust
jouée au Vaudeville il y a une trentaine d'années.
- FILLE DE TOURNEUR, s. f.
Femme de mauvaise vie,—dans l'argot du peuple, qui a voulu
jouer sur le mot toupie.
- FILOCHE, s. f. Bourse,—dans
l'argot des voleurs, qui devraient bien changer d'expression, aujourd'hui
qu'on a remplacé les bourses en filet, à glands et à anneaux,
par des porte-monnaie en cuir.
Avoir sa filoche à jeun. N'avoir pas un sou en poche.
- FILOU, s. et adj. Malin, rusé,—dans
l'argot du peuple, qui, quoi qu'en dise M. Francisque
Michel, continue à employer ce mot avec le même sens qu'au
XVIIe siècle.
- FILSANGE, s. f. Filoselle,—dans
l'argot des voleurs.
- FILS-DE-FER, s. m. pl. Jambes
grêles,—dans l'argot des ouvriers.
- FILS DE L'AUTRE. Nom donné
par les bonapartistes, sous la Restauration, au duc de Reichstadt,
fils de Napoléon, dont il était défendu de parler.
- FILS DE PUTAIN! Injure du
vocabulaire populaire que les mères adressent souvent naïvement
à leurs propres fils.
- FINANCE, s. f. Argent,—dans
l'argot du peuple.
- FINANCER, v. n. Payer.
- FINASSER, v. n. Ruser, niaiser.
- FINASSERIE, s. f. Finesse
grossière, procédé de mauvaise foi.
- FINASSEUR, s. m. Homme
méticuleux, qui épilogue sur des
riens.
On dit plutôt Finassier.
- FINASSEUSE, s. f. Femme rusée,
qui sait faire jouer les fils du pantin-homme.
- FINAUD, adj. et s. Homme
trop malin et pas assez loyal.
- FINE-LAME, s. f. Homme habile
à l'escrime,—dans l'argot des salles d'armes.
- FINE-MOUCHE, s. f. Femme rusée,
experte; homme «malin»,—dans l'argot des bourgeois.
- FINESSES COUSUES DE FIL
BLANC, s. f. pl. Finesses grossières, farces qui sont facilement
devinées, trahisons qui sont facilement éventées.
- FINI, adj. Qui atteint le plus
haut degré en bien ou en mal.
Troupier fini. Soldat parfait.
Coquin fini. Drôle fieffé.
189
- FINIR EN QUEUE DE POISSON,
v. n. Finir désagréablement, fâcheusement, tristement, platement,
bêtement,—dans l'argot du peuple, qui cependant ne
connaît pas le desinat in piscem d'Horace.
- FINIR EN QUEUE DE RAT, v. n.
finir fâcheusement, tristement, bêtement,—dans l'argot des ouvriers
qui ont servi dans l'infanterie de marine.
- FIOLE, s. f. Bouteille de vin,—dans
l'argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable
étymologie: φιαλη [grec: phialê] (vase à boire).
- FIOLER, v. a. Boire, vider une
ou plusieurs fioles de vin.
Fioler le rogome. Boire de l'eau-de-vie.
- FIOLEUR, s. m. Ivrogne.
- FION, s. m. Dernière main
mise à un ouvrage,—dans l'argot des ouvriers et des artistes.
Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.
- FIONNER, v. a. et n. Donner
le dernier coup de lime ou de rabot; mettre la dernière main à
une chose; avoir du fion.
- FIONNEUR, s. m. Ouvrier qui
s'habille en monsieur, qui fait le bourgeois.
- FIORITURES, s. f. pl. Choses
ajoutées à un récit pour l'embellir et souvent pour le dénaturer,—dans
l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette
expression aux chanteurs et en font le même abus que ces derniers.
- FIOTTE, s. f. Petite fille,—dans
l'argot caressant du peuple.
On dit aussi Fillotte.
- FIQUER, v. a. Enfoncer, ficher,—dans
l'argot des voleurs.
- FIRTS, s. m. Nates,—dans
l'argot des faubouriens.
- FISTON, s. m. Fils, enfant.
Signifie aussi Ami.
- FLAC, s m. Sac,—dans l'argot
des voleurs, qui ont voulu rendre la flaccidité de cette enveloppe.
Flac d'al. Sacoche à argent.
Ils disent aussi Flacul.
- FLACONS, s. m. pl. Souliers,—dans
l'argot des faubouriens, qui en font des réservoirs à essences.
- FLAFLA, s. m. Etalage pompeux,
en paroles ou en actions,—dans l'argot du peuple, très
onomatopéique. Car je ne pense pas qu'il faille voir autre chose
qu'une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d'une
batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l'éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux tapins de mon
quartier, lorsque j'étais enfant, je pencherais volontiers pour la première
hypothèse; comme étymologiste, j'inclinerais à croire que
la seconde vaut mieux,—d'autant plus que les Anglais emploient
le même mot dans le même sens. Flash (éclair), disent-ils;
flash-flash (embarras, manières.)
Faire du fla-fla. Faire des embarras.
190
- FLAGEOLER, v. n. Trembloter,—dans
l'argot du peuple, qui emploie ce verbe à propos des
jambes des ivrognes et des poltrons, et fait sans doute allusion
aux trémolos ordinaires du flageolet des aveugles.
- FLAGEOLETS, s. m. pl. Jambes,—dans
le même argot.
On dit aussi Flûtes.
- FLAMBANT, s. m. Artilleur à
cheval,—dans l'argot des troupiers.
- FLAMBANT, adj. et s. Propre,
net, beau, superbe,—dans l'argot du peuple, qui a eu longtemps
les yeux éblouis par les magnificences des costumes des gentilshommes
et des nobles dames, lesquels
«... Riches en draps de soye, alloient
Faisant flamber toute la voye.»
- FLAMBANT NEUF (Être tout).
Porter des vêtements neufs.
Toute flambante neuve. Pièce de
monnaie nouvellement frappée.
- FLAMBART, s. m. Canotier de
la Seine.
Par extension: Joyeux compagnon, loustic.
- FLAMBE, s. f. Epée,—dans
l'argot des voleurs, qui connaissent l'archange Michel, ce Préfet
de Police de la capitale du ciel.
Petite flambe. Couteau.
- FLAMBÉ (Être). Être ruiné ou
atteint de maladie mortelle,—dans
l'argot des faubouriens.
Se dit aussi à propos d'une affaire dont on ne peut plus rien
espérer.
- FLAMBERGE, s. f. Épée,—dans
l'argot du peuple, qui a conservé bon souvenir du fameux
bran d'acier de Renaud de Montauban.
Mettre flamberge au vent. Dégaîner.
Se dit aussi pour Montrer «la
figure de campagne», et pour Jeter au vent l'aniterge dont on
vient de se servir.
- FLAMME, s. f. Amour,—dans
l'argot des Académiciens.
Peindre sa flamme. Déclarer son amour.
- FLAMSIK, s. m. Flamand,—dans
l'argot des voleurs, qui ne s'éloignent pas trop du vlaemsch
des honnêtes gens.
- FLAN (A la), adj. Au hasard,
à l'aventure. Même argot.
- FLAN (Du)! Expression de
l'argot des faubouriens, qu'ils emploient à propos de rien,
comme formule de refus ou pour se débarrasser d'un ennuyeux.
Ce flan-là est de la même famille
que les navets, les emblèmes,
et autres zut consacrés par un long usage.
Cette expression a signifié
quelquefois, au contraire: «C'est au nanan!» comme le prouve
cet extrait d'une chanson publiée par le National de 1835:
«J'dout' qu'à grinchir on s'enrichisse;
J'aime mieux gouaper: c'est du flan.»
- FLANCHE, s. f. La roulette et
le trente-et-un,—dans l'argot des voleurs.
Grande flanche. Grand jeu.
- FLANCHE, s. m. Affaire,—dans
le même argot.
191
S'emploie ordinairement avec l'adjectif comparatif mauvais.
«C'est un mauvais flanche», pour: C'est une mauvaise affaire.
- FLANCHE, s. m. Truc, secret,
ruse,—dans l'argot des faubouriens.
- FLANCHER, v. n. Jouer franchement.
- FLANCHER, v. n. Se moquer,—dans
l'argot des voyous.
- FLANCHET, s. m. Part, lot,—dans
l'argot des voleurs.
- FLANDRIN, s. m. Imbécile;
grand dadais,—dans l'argot du peuple, qui constate ainsi, à son
insu, la haute taille des Flamands.
Les Anglais disent aussi dans le même sens Lanky fellow.
- FLANELLE, adj. et s. Flâneur
amoureux,—dans l'argot des filles, qui préfèrent les gens sérieux.
C'est de la flanelle! disent-elles
en voyant entrer un ou plusieurs de ces platoniciens et en quittant
aussitôt le salon.
Faire flanelle. Aller de prostibulum
en prostibulum, comme un amateur d'atelier en atelier,
pour lorgner les modèles.
- FLANOCHER, v. n. Flâner timidement,
sans en avoir le droit,
à une heure qui devrait être consacrée
au travail. Argot des ouvriers.
On dit aussi Flanotter.
- FLANQUER, v. a. Lancer un
coup, jeter,—dans l'argot des bourgeois, qui n'osent pas employer
le verbe énergique des faubouriens.
Se flanquer. Se jeter, s'envoyer.
On disait autrefois Flaquer
pour Lancer, jeter avec force un liquide.
- FLAQUADER, v. n. Cacare,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Aller à flaquada.
- FLAQUADIN, s. m. Poltron,
homme mou, irrésolu, sur lequel on ne peut compter, parce que la
peur produit sur lui un effet physique désagréable.
- FLAQUER, v. n. Alvum deponere,—dans
l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.
- FLAQUET, s. m. Gousset de
montre, poche de gilet,—dans l'argot des voleurs.
- FLÊME, s. f. Lassitude d'esprit
et de corps,—dans l'argot des faubouriens, qui, sans s'en douter,
emploient là un des plus vieux mots de notre langue.
Qu'est-ce en effet que la flême, si ce n'est une exagération du
flegme, sa conséquence même, comme la rêverie celle d'un tempérament
lymphatique? Or, dès le XIIIe siècle, flegme s'écrivait
flemme.
Avoir la flême. Être plus en
train de flâner que de travailler.
Jour de flême. Où l'on déserte
l'atelier pour le cabaret.
- FLEUR DU MAL, s. f. Femme
à propos de laquelle on peut dire ce que, dans une de ses épigrammes,
Martial dit d'une nommée Bassa, chez laquelle on ne
voyait jamais venir d'hommes:
Hic ubi vir non est, ut sit adulterium.
192
Fleur du mal est une expression
toute moderne; elle appartient
à l'argot des gens de lettres
depuis l'apparition du volume de
poésies de Charles Baudelaire.
- FLEUR DE MARI, s. f. Ce que
pleurait sur la montagne la fille de Jephté,—dans l'argot des
voleurs, qui ont rarement autant de délicatesse.
- FLEUR DES POIS, s. f. Le plus
brillant causeur d'une compagnie,—dans
l'argot des gens de lettres. Le plus vaillant compagnon
d'un atelier,—dans l'argot des ouvriers. La plus belle
fille d'un bal,—dans l'argot des gandins.
- FLEURER, v. a. et n. Respirer,
sentir,—dans l'argot du peuple, qui trouve que flairer
n'emporte pas assez avec soi l'idée d'odeurs, de parfums. C'était
aussi l'opinion de Mathurin Régnier, qui a dit:
«Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
Qu'il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.»
- FLEURETTES, s. m. pl. Galanteries,—dans
l'argot des bourgeois.
Conter fleurettes. Faire la cour
à une femme.
Conteur de fleurettes. Libertin.
- FLEURS BLANCHES, s. f. pl.
Blennorrhée spéciale aux femmes,—dans
le même argot, qui n'est
pas la bonne langue.
C'est Flueurs (de fluere, couler)
qu'on devrait dire, à ce qu'il me semble du moins,—contrairement
à l'opinion de Littré.
- FLEURS ROUGES, s. f. pl. Les
menstrues féminines,—dans l'argot du peuple.
- FLIBUSTER, v. a. Filouter,—dans
le même argot.
- FLIBUSTIER, s. m. Escroc.
- FLIGADIER, s. m. Pièce de
cinq centimes,—dans l'argot des
voleurs.
- FLINGOT, s. m. Couteau,—dans
l'argot des bouchers. Fusil,—dans l'argot des troupiers.
- FLIQUADARD, s. m. Sergent
de ville,—dans l'argot des faubouriens.
- FLONFLONS, s. m. pl. Chansons,—dans
l'argot du peuple.
Faiseur de flonflons. Vaudevilliste.
- FLOPÉE, s. f. Foule,—dans
l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses
comme à propos des gens.
- FLOPÉE, s. f. Coups de poing
et coups de pieds nombreux.
- FLOTTANT, s. m. Poisson,—dans
l'argot des voleurs.
- FLOTTE, s. f. Argent paternel
ou avunculaire,—dans l'argot des étudiants.
Recevoir sa flotte. Toucher sa
pension.
- FLOTTE, s. f. Grande quantité
de monde ou de choses,—dans l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(fluctus, flot, chose abondante) et à la tradition:
«As noces vint bien atornée,
Et des autres i ot grand flote,
Et Renart lor chante une note.»
dit le Roman du Renard.
193
Être de la flotte. Être de la compagnie.
- FLOTTER, v. n. Se baigner, nager.
- FLOTTEUR, s. m. Nageur.
- FLOU, s. m. Variété de morbidesse,
de douceur de touche, de coloris vaporeux,—dans l'argot
des artistes.
J'aurais volontiers été tenté de
croire ce mot moderne et qu'il n'était qu'une onomatopée de
l'œil et de l'oreille, si je n'avais pas lu dans François Villon:
«Item je donne à Jean Lelou.
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu'il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.»
Flou, c'est flo, et flo, c'est faible.
Faire flou. Dessiner ou peindre
sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour
des objets une sorte de brume agréable.
Se dit aussi à propos de la
sculpture; car Puget ne craignait
pas de faire flou.
- FLOUCHIPE, s. m. Filou, macaire,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Monsieur de Flouchipe.
- FLOUE, s. f. Foule,—dans
l'argot des voleurs, qui peuvent
s'y fluer et y flouer à leur aise.
- FLOUER, v. a. et n. Jouer,—dans
le même argot.
Flouer grand flouant. Jouer
gros jeu, risquer sa liberté ou sa
vie.
- FLOUER, v. a. Tricher au jeu;
voler,—dans l'argot du peuple.
- Flouerie, s. f. Tricherie; escroquerie,
vol pour ainsi dire légal.
Signifie aussi dans le sens figuré: Duperie.
- FLOUEUR, s. m. Tricheur; escroc;
voleur.
- FLOUME, s. f. Femme,—dans
l'argot des voleurs et des troupiers.
- FLUME, s. m. Résultat, expectoré
ou non, de la pituite,—dans l'argot du peuple, qui parle
comme écrivait le poète Eustache Deschamps:
«Dieux scet que ma vieillesse endure
De froit et reume jour et nuict,
De fleume, de toux et d'ordure.»
Fleume ou flume, c'est tout un.
Avoir des flumes. Être d'un
tempérament pituiteux. On dit de même Avoir la poitrine grasse.
- FLUT'! Expression de l'argot
de Breda-Street, où l'on dédaigne d'employer le zut traditionnel,
comme trop populaire.
- FLÛTE, s. f. Bouteille de vin,—dans
l'argot des ouvriers.
- FLÛTE, s. f. L'instrument
avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac,—dans
l'argot du peuple, Tulou médiocre.
Avoir toujours la flûte au cul.
Abuser des détersifs.
- FLÛTENCUL, s. m. Pharmacien.
- FLÛTER, v. a. et n. Boire
beaucoup.
- FLÛTER, v. n. Parler inutilement.
194
Le peuple n'emploie ordinairement
ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de
refus: C'est comme si tu flûtais!
- FLÛTER (Se faire). Se faire
administrer un détersif dans le
gros intestin.
- FLÛTES, s. f. pl. Jambes.
Jouer des flûtes. Courir, se sauver.
Astiquer ses flûtes. Danser.
- Flûteur, s. m. Ivrogne.
- FOGNER, Alvum deponere,—dans
l'argot des ouvriers, qui parlent comme écrivait Bonaventure
Des Périers.
- FOIN, s. m. Synonyme d'argent,—dans
l'argot du peuple.
Avoir du foin au râtelier. Avoir de la fortune.
Mettre du foin dans ses bottes.
Amasser de l'argent, faire des économies.
On dit aussi Avoir du foin dans ses bottes.
- FOIRE, s. f. Diarrhée,—dans
l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie
(foria) et à la tradition:
«Renart fait comme pute beste:
Quand il li fu desus la teste,
Drece la queüe et aler lesse
Tot contreval une grant lesse
De foire clere a cul overt,
Tout le vilain en a covert,»
dit le Roman du Renard.
- FOIRE D'EMPOIGNE, s. f. Vol.
Aller à la foëre d'empoigne. Voler.
On disait autrefois: Passer à l'île des Gripes.
- FOIRER, v. n. avoir peur,—dans
l'argot des faubouriens.
Par extension, Mourir.
On dit aussi Avoir la foire.
- FOIREUX, s. et adj. Poltron,
homme dont le cœur est débilité et l'esprit dévoyé.
Foireux comme un geai. Extrêmement poltron.
On dit aussi Foirard.
- FOLICHON, s. et adj. Homme
amusant, chose agréable,—dans l'argot du peuple, qui dit cela
depuis plus d'un siècle.
Être folichon. Commencer à se
griser.
Signifie aussi: Dire des gaudrioles
aux dames.
- FOLICHONNADE, s. f. Amusement
plus ou moins décent; farce plus ou moins drôle.
On dit aussi Folichonnerie.
- FOLICHONNE, s. f. Femme
qui n'est pas assez bégueule; bastringueuse.
On dit aussi Folichonnette.
- FOLICHONNER, v. n. Folâtrer
avec plus ou moins de décence.
Signifie aussi: Courir les bals et les cabarets.
- FONCÉ, adj. Riche, en fonds.
- FONCER, v. n. Donner de
l'argent, fournir des fonds.
«S'il plaist, s'il est beau, il suffit.
S'il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu'il n'espargne rien.»
trouve-t-on dans G. Coquillard,
poète du XVe siècle.
Les bourgeois disent, eux:
Foncer à l'appointement.
195
- FONCER, v. n. Courir, s'abattre,
se précipiter,—dans l'argot des écoliers.
- FONCER (Se). Commencer à
se griser,—dans l'argot des ouvriers.
- FONDANT, s. m. Beurre,—dans
l'argot des voyous.
- FOND D'ESTOMAC, s. m. Potage
épais,—dans l'argot du peuple.
- FONDEMENT, s. m. Le podex,—dans
l'argot des bourgeois, qui parlent comme écrivait Ambroise Paré.
- FONDRE, v. n. Maigrir.
- FONDRE LA CLOCHE. Terminer
une affaire, en arriver à ce qu'elle a d'essentiel, de difficile.
Signifie aussi: Vendre une chose et s'en partager l'argent
entre plusieurs.
- Fondrière, s. f. Poche,—dans
l'argot des voleurs, qui ne
craignent pas d'y descendre avec
la main.
- FONDS (Être en). Avoir de
l'argent dans son porte-monnaie.
Les fonds sont bas. N'avoir presque
plus d'argent; être dans la gêne.
- FONFE. s. f. Tabatière,—dans
le même argot.
On dit aussi Fonfière.
- FORCIR, v. n. Engraisser, devenir
fort et grand,—dans l'argot des bourgeois, qui disent cela
surtout à propos des enfants.
- FORMES, s. f. pl. Les parties
saillantes du corps de la femme.
Dessiner ses formes. Se serrer
dans son corset et à la taille, de façon à accuser davantage les
reliefs naturels.
- FORT, adv. Étonnant, inouï,
incroyable,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de tout
ce qui lui semble amer ou difficile à avaler.
On dit aussi Fort de café, fort
de moka et fort de chicorée.
C'est plus fort que de jouer au
bouchon. C'est extrêmement étonnant.
L'expression ne date pas d'hier:
«Vous m'avouerez que cela est fort, locution de la Cour,» dit
de Caillières (1690).
Dans un sens ironique: Cela n'est pas fort! pour Cela n'est
pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.
- FORTE, s. f. Chose inouïe, incroyable.
En dire de fortes. Raconter des
histoires invraisemblables; mentir.
En faire de fortes. Se rendre
coupable d'actions délictueuses.
- FORT-EN-GUEULE, adj. et s.
Insolent, bavard; homme qui crie plus qu'il n'agit.
On connaît l'apostrophe de madame Pernelle à la soubrette
de sa bru:
... Vous êtes, ma mie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.»
- FORT-EN-MIE, s. m. Homme
très gras,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent les os
pour la croûte du corps.
Les voyous anglais ont la
même expression: Crummy.
196
- FORT-EN-THÈME, s. m. Jeune
homme qui obtient de brillants succès au collège. Argot des
gens de lettres.
- FORTIN, s. m. Poivre,—dans
l'argot des voleurs.
- FORTINIÈRE, s. f. Poivrière.
- FORT POUR... (Être). Avoir du
goût pour une chose; avoir tendance à faire une chose. Argot
des bourgeois.
- FORTUNE DU POT (A la), adv.
Au hasard, au petit bonheur,—perdrix aux choux ou choux sans
perdrix.
- FOSSE AUX LIONS, s. f. Loge
d'avant-scène, à l'Opéra, où se tenaient, il y a une trentaine
d'années, les élégants du jour, les lions.
On disait aussi La loge infernale.
- FOSSILE, s. m. Académicien,—dans
l'argot des Romantiques, qui prenaient Népomucène Lemercier pour un Megatherium
et Andrieux pour un Ichthyosaurus.
- FOUAILLER, v. n. Manquer
d'énergie, de courage,—dans l'argot du peuple.
- FOUAILLER, v. n. Échapper,
éclater, manquer,—en parlant
des choses.
Signifie aussi Faire faillite.
- FOUAILLEUR, s. m. Homme
irrésolu et même lâche.
- FOUCADE, s. f. Lubie, envie
subite, fougue d'un moment, coup de tête.
Travailler par foucades. Irrégulièrement.
On prétend qu'il faut dire fougade,
et même fougasse. Je le
crois aussi, mais le peuple dit
foucade,—comme l'écrivait
Agrippa d'Aubigné.
- FOUETTE-CUL, s. m. Magister,
maître d'école.
- FOUETTEUX DE CHATS, s. m.
Homme-femme, sans énergie sans virilité morale.
- FOUILLE-AU-POT, s. m. Homme
qui s'occupe plus qu'il ne le devrait des soins du ménage, qui
fait la cuisine au lieu de la laisser faire par sa femme.
Signifie aussi: Marmiton, cuisinier.
- FOUILLE-MERDE, s. m. L'escarbot.
Se dit aussi des gens qui «travaillent
sur le tard», et surtout la nuit, comme les goldfinders.
- FOUILLER (Se). Chercher inutilement,—dans
l'argot des faubouriens, qui n'emploient ce verbe que dans cette phrase:
Tu peux te fouiller. C'est-à-dire:
Tout ce que tu diras et feras sera inutile.
- FOUILLOUSE, s. f. Poche,—dans
l'argot des voleurs.
Le mot est contemporain de François Villon.
- FOUINER, v. n. S'occuper de
ce qui ne vous regarde pas,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi S'enfuir.
- FOUINEUR ou Fouinard, s.
m. Homme qui se mêle des affaires
des autres, et rapporte
chez lui ce qui se passe chez ses
voisins. Même argot.
197
Signifie aussi: Malin, et même Lâche.
- FOULAGE, s. m. Besogne pressée,—dans
l'argot des ouvriers.
Il y a du foulage. Les travaux
arrivent en foule.
- FOULER LA RATE (Ne pas se).
En prendre à son aise, ne pas se
donner beaucoup de mal.
On dit aussi absolument: Ne pas se fouler.
- FOULETITUDE, s. f. Grande
quantité de gens ou de choses.
- FOUR, s. m. L'amphithéâtre,—dans
l'argot des coulisses.
- FOUR, s. m. «Fausse poche
dans laquelle les enquilleuses cachent
les produits de leurs vols.»
Argot des voleurs.
- FOUR, s. m. Insuccès, chute
complète,—dans l'argot des
coulisses et des petits journaux.
M. Littré dit à ce propos:
«Rochefort, dans ses Souvenirs d'un Vaudevilliste, à l'article
Théaulon, attribue l'origine de cette expression à ce que cet auteur
comique avait voulu faire éclore des poulets dans des fours,
à la manière des anciens Egyptiens, et que son père, s'étant
chargé de surveiller l'opération, n'avait réussi qu'à avoir des
œufs durs. Cette origine n'est pas exacte, puisque l'expression,
dans le sens ancien, est antérieure à Théaulon. Il est possible
qu'elle ait été remise à la mode depuis quelques années et
avec un sens nouveau, qui peut avoir été déterminé par le four
de Théaulon; mais c'est ailleurs qu'il faut en chercher l'explication:
les comédiens refusant de jouer et renvoyant les spectateurs
(quand la recette ne couvrait pas les frais), c'est là le sens primitif,
faisaient four, c'est-à-dire rendaient la salle aussi noire
qu'un four.»
- FOUR BANAL, s. m. Omnibus,—dans
l'argot des voleurs.
- FOURBI, s. m. Piège; malice,—dans
l'argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby
(le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua.
Connaître le fourbi. Être malin.
Connaître son fourbi. Être
aguerri contre les malices des
hommes et des choses.
- FOURCHETTE, s. f. Baïonnette,—dans
l'argot des soldats.
Travailler à la fourchette. Se
battre à l'arme blanche.
- FOURCHETTE, s. f. Mangeur,—dans
l'argot des bourgeois.
Belle fourchette ou Joli coup de
fourchette. Beau mangeur, homme de grand appétit.
- FOURCHETTE D'ADAM, s. f.
Les doigts.
- FOURCHU, s. m. Bœuf,—dans
l'argot des voleurs.
- FOURGAT, s. m. Recéleur,—dans
le même argot.
- FOURGONNER, v. a. et n. Remuer
le feu avec la pelle ou la pincette, comme les ouvriers des
forges avec le fourgon. Argot des bourgeois.
On n'emploie guère ce verbe
que dans un sens péjoratif.
Signifie aussi: Remuer les tiroirs
198
d'une commode ou d'une
armoire pour y chercher quelque
chose.
- FOURGUER, v. a. Vendre à un
recéleur des objets volés.
- FOURLIGNER, v. a. Voler, détourner
«tirer hors de la ligne droite».
- FOURLINE ou Fourlineur,
s. m. Meurtrier,—dans l'argot des prisons.
Signifie aussi Voleur.
- FOURLINE, s. f. Association
de meurtriers, ou seulement de
voleurs.
- FOURLOURD, s. m. Malade,—dans
l'argot des prisons.
- FOURLOUREUR, s. m. Assassin.
- FOURMILLON, s. m. Marché,
qui fourmille de monde. Même argot.
Fourmilion à gayets. Marché aux chevaux.
- FOURNÉE, s. f. Promotions
périodiques à des grades ou à des distinctions honorifiques. Argot
des troupiers.
Le mot a deux cents ans de noblesse: Saint-Siméon parle
quelque part de «l'étrange fournée» de ducs et pairs de 1663.
- FOURNIER, s. m. Garçon
chargé de verser le café aux
consommateurs. Argot des limonadiers.
- FOURNIL, s. m. Lit,—dans
l'argot des faubouriens, par allusion à la chaleur qu'on y trouve
ordinairement.
- FOURNION, s. m. Insecte, de
fournil ou d'ailleurs,—dans l'argot des voyous.
- FOURNITURE, s. f. Les fines
herbes d'une salade, cerfeuil, estragon, pimprenelle, civette, ciboulette
et cresson alénois. Argot des ménagères.
- FOUROBE, s. f. Fouille,—dans
l'argot des bagnes.
- FOUROBER, v. a. Fouiller les
effets des forçats.
- FOURRAGER, v. a. et n. Chiffonner
de la main la robe d'une femme,—sa doublure surtout.
Argot des bourgeoises.
- FOURRAGEUR, adj. et s. Homme
qui aime à chiffonner les
robes des femmes.
- FOURRER DANS LE GILET
(S'en). Boire à tire-larigot. Argot du peuple.
- FOURRER LE DOIGT DANS
L'œIL (Se). S'illusionner, se faire
une fausse idée des choses, des
hommes et des femmes. Argot
des faubouriens.
Superlativement, ils disent
aussi Se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude.
Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie
par le langage disent, eux: Se mettre le doigt dans l'œil.
- FOURRER SON NEZ, v. a. Se
mêler de ce qui ne vous regarde
pas,—dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi Fourrer son nez partout.
- FOURRER TOUT DANS SON
VENTRE. Manger sa fortune.
199
- FOUTAISE, s. f. Chose de peu
d'importance, morceau de peu
de valeur,—dans l'argot du
peuple.
Dire des foutaises. Dire des niaiseries.
- FOUTIMASSER, v. n. Ne rien
faire qui vaille.
- FOUTIMASSEUR, s. m. Homme
qui fait semblant de travailler.
- FOUTRE (Se). Se moquer,—dans
l'argot du peuple, qui ne mâche pas ses mots, et,
d'ailleurs, n'attache pas à celui-ci d'autre sens que les bourgeois
au verbe se ficher. D'un autre côté aussi, n'est-il pas autorisé à dire
ce que le bibliophile Jacob n'a pas craint d'écrire dans Vertu
et tempérament,—un roman fort curieux et fort intéressant sur les
mœurs de la Restauration, où on lit: «Quand un lâche nous
trahirait, nous nous en foutons!»
- FOUTRE DU PEUPLE (Se). Se
moquer du public, braver l'opinion du monde.
- FOUTRE LA PAIX. Laisser
tranquille.
- FOUTRE LE CAMP. Déguerpir,
s'enfuir au plus vite.
Signifie aussi: Disparaître,—en
parlant des choses. «Le torchon
blanc a foutu le camp!»
s'écrie le concierge de la comtesse
Dorand dans le roman cité
plus haut.
- FOUTRE SON BILLET (En).
Donner sa parole qu'une chose sera faite, parce qu'on y tient
beaucoup. Quand un ouvrier a dit à quelqu'un: Je t'en fous mon
billet! c'est comme s'il avait juré par le Styx.
- FOUTRE UN COUP DE PIED A
QUELQU'UN. Lui faire un emprunt,—le taper d'une somme
quelconque.
On dit aussi Lui foutre un coup
de pied dans les jambes,—mais seulement lorsqu'il s'agit d'un
emprunt plus important. Une nuance!
- FOUTRIQUET, s. m. Homme
de petite taille.
A signifié, il y a soixante-dix
ans, Fat, ridicule, intrigant.
On dit aussi Fautriot.
- FOUTU, adj. Mauvais, détestable,
exécrable.
Foutue besogne. Triste besogne.
Foutue canaille. Canaille parfaite.
Foutu comme quatre sous. Habillé
sans goût et même grotesquement.
- FOUTU (Être). Être ruiné, ou
sur le point de mourir.
- FOUYOU, s. m. Gamin,—dans
l'argot des coulisses, où l'on a gardé le souvenir de là
pièce des Variétés (le Maître d'École)
où jouait un enfant de ce nom.
- FRACTURER (Se la). S'en aller
de quelque part, s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
- Frais (Être). Être dans une
situation fâcheuse, à ne pas savoir comment s'en tirer. Argot du
peuple.
200
- FRANC, s. m. Complice,—dans
l'argot des voleurs.
Franc bourgeois. Escroc du grand monde.
Franc de maison. Recéleur d'objets volés—et même de
voleurs.
- FRANC DU COLLIER, adj.
Homme ouvert, loyal, comme
on n'en fait plus assez. Argot du peuple.
- FRANCILLON, s. m. Français,—dans
l'argot des voleurs.
Les Belges nous appellent Fransquillons.
- FFrangin, s. m. Frère,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi fralin.
Frangin-Dab. Oncle.
Frangine-Dabuche. Tante.
- FRANQUETTE (A la). Franchement,
tout uniment, loyalement,—dans l'argot du peuple.
On dit plutôt A la bonne franquette.
- FRASQUE, s. f. Folie aimable,
coup de tête,—dans l'argot des bourgeois.
Faire des frasques. Faire des
folies, des escapades.
- FRAYER, v. n. Convenir, s'accorder,
vivre ensemble. Argot du peuple.
- FREDAINE, s. f. Intrigue
amoureuse,—dans l'argot des bourgeois.
Faire ses fredaines. Aimer «le
cotillon».
- FRELOCHE, s. f. Filet à prendre
les papillons,—dans l'argot des écoliers.
- FRELUQUET, s. m. Jeune
homme, gandin,—dans l'argot du peuple, probablement par allusion
au parler frelu d'autrefois.
- FRÉQUENTER (Se). Avoir avec
soi-même des relations habituelles—condamnées
par le livre de Tissot.
- FRÈRE, s. m. Initié,—dans
l'argot des francs-maçons.
Faux frère. Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie
comme d'un instrument.
- FRÈRE, s. m. Philosophe,—dans
l'argot des encyclopédistes. On sait que Diderot était, en
religion philosophique, frère Platon, Frédéric II, roi de Prusse,
frère Luc, etc.
- FRÈRE, s. m. Citoyen,—dans
l'argot des Jacobins de la première révolution.
- FRÈRE ET AMI, s. m. Camarade,—dans
l'argot des démocrates de 1848.
- FRÈRE DE LIT, s. m. Homme
à qui l'on a succédé dans le cœur d'une femme, épouse ou
maîtresse. Argot du peuple.
Sœur de lit. Femme qui a succédé
à une autre femme dans le cœur d'un homme, amant ou
mari.
- FRÉROT, s. m. Frère,—dans
l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Bonaventure Des Périers.
- FRÉROT DE LA CAQUE, s. m.
Filou,—dans l'argot des prisons.
- FRESSURE, s. f. Le cœur et
ses dépendances, siège des désirs,—dans
201
l'argot du peuple, qui parle comme écrivait La
Fontaine:
«Telle censure
Ne fut si sûre
Qu'elle espéroit;
De ma fressure
Dame Luxure
Jà s'emparoit.»
- FRÉTILLANTE, s. f. Plume,—dans
l'argot des voleurs.
- FRÉTILLON, s. f. Grisette,
bonne fille, amoureuse garantie bon teint par feu Béranger. Argot
des bourgeois.
- FRÉTIN, s. m. Poivre,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Fortin.
- FRIAUCHE, s. m. Condamné
à mort qui s'est pourvu en cassation. Même argot.
- FRICASSÉ (Être). Être ruiné,
perdu, déshonoré, à l'agonie.
Argot des faubouriens.
Ils disent aussi Être cuit.
- FRICASSE (On t'en)! Ce n'est
pas pour toi! Terme de refus ironique.
- FRICASSÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus.
- FRICASSER, v. a. Dépenser.
Fricasser ses meubles. Les vendre.
- FRICASSEUR, s. m. Dépensier,
ivrogne, libertin.
- FRIC-FRAC, s. m. Effraction
de meuble ou de porte,—dans
l'argot des voleurs.
Faire fric-frac. Voler avec effraction.
- FRICHTI, s. m. Ragoût aux
pommes de terre,—dans l'argot des ouvriers, qui prononcent
à leur manière le früstück allemand.
- FRICOT, s. m. Ragoût; mets
quelconque,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis plus
d'un siècle. Le mot se trouve dans Restif de La Bretonne.
- FRICOTER, v. a. et n. Dépenser
de l'argent, le boire ou le
manger; faire la noce; se régaler.
- FRICOTER, v. n. Se mêler
d'affaires véreuses; pêcher en eau trouble.
- FRICOTEUR, s. m. Homme qui aime les bons repas.
Signifie aussi Agent d'affaires
véreuses.
Le bataillon des fricoteurs.
«S'est dit, pendant la retraite
de Moscou, d'une agrégation de soldats de toutes armes qui, s'écartant
de l'armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et
fricotaient au lieu de se battre.» (Littré.)
- FRIGOUSSE, s. m. Cuisine,
ou plutôt chose cuisinée,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie spécialement: Ragoût de pommes de terre.
- FRIGOUSSER, v. a. et n. Cuisiner;
préparer un ragoût quelconque.
- FRILEUX, adj. et s. Poltron,
homme qui a froid aux yeux et au cœur,—dans l'argot du peuple.
S'emploie surtout avec la négative.
- FRIMAS, s. m. pl. Le froid, la
neige, l'hiver,—dans l'argot des
académiciens.
202
- FRIME, s. f. Mensonge, hypocrisie,
fausse alerte,—dans l'argot des faubouriens.
C'est pour la frime. C'est pour rire.
Le mot a quelques siècles de bouteille:
«Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes!»
dit le Roman du Renard.
- FRIME, s. f. Apocope de Frimousse,—dans
l'argot des voyous et des voleurs.
Tomber en frime. Se rencontrer
nez à nez avec quelqu'un.
«Sans paffs', sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu'un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.»
- FRIMER, v. a. Envisager et
dévisager.
- FRIMOUSSE, s. f. Visage,—dans
l'argot des faubouriens.
C'est pour ma frimousse. C'est pour moi.
L'expression a des cheveux blancs:
«... De tartes et de talmouses,
On se barbouille les frimouses.»
a écrit l'auteur de la Henriade travestie.
- FRIMOUSSER, v. n. Tricher
au jeu en se donnant les figures à chaque coup,—dans l'argot
des voleurs.
- FRIMOUSSEUR, s. m. Tricheur.
- FRIPE, s. f. Action de manger
ou de cuisiner,—dans l'argot
du peuple.
Signifie aussi: Dépense, écot de chacun.
- Friper, v. a. et n. Manger.
L'expression se trouve dans Saint-Amant, un goinfre fameux:
«Les dieux du liquide élément,
Conviés chez un de leur troupe,
Sur le point de friper la soupe,
Seront saisis d'étonnement.»
S'emploie aussi, au figuré, dans le sens de Dissiper.
- FRIPE-SAUCE, s. m. Cuisinier,
marmiton.
Signifie aussi Goinfre.
- FRIPOUILLE, s. f. Homme
malhonnête et même canaille.
On dit aussi Frapouille.
- FRIQUET, s. m. Mouchard,—dans
l'argot des voleurs.
- FRIRE, v. a. et n. Faire;
Manger,—dans l'argot du peuple, dont la cuisine se fait en
plein vent, sur le fourneau portatif des friturières.
N'avoir rien à frire. N'avoir pas un sou pour manger ou
boire.
L'expression est vieille, car elle
se trouve en latin et en français dans Mathurin Cordier: Il n'a
que frire; il n'a de quoy se frapper aux dez. Nullam habet rem
familiarem. Est pauperio Codro.» (qui est le «pauvre comme Job»
de Juvénal).
- FRIRE DES œUFS A QUELQU'UN.
Lui préparer une mauvaise affaire; s'apprêter à lui jouer un
méchant tour.
J'ai souvent entendu: Prends garde, Jean, on te frit des œufs.
- FRISÉ, s. m. Juif,—dans l'argot
des voleurs.
- FRISER COMME UN PAQUET DE
CHANDELLES. Ne pas friser du
203
tout, en parlant des cheveux. Argot du peuple.
- FRISES, s. f. pl. Bandes de
toiles pendantes qui figurent le haut des décors en scène. Argot
des machinistes.
- FRISONS, s. m. pl. Boucles de
cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd'hui
sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent
tandis que les frisons en soie qu'elles portent en chignon
ne leur ont jamais appartenu.
- FRISQUET, s. m. Froid vif.
Il fait frisquet. Il fait froid.
- FRISQUETTE, adject. subs. fém.
Fille jeune, fraîche et avenante.
Le vieux français avait l'adjectif frisque.
- FRIT, adj. Perdu, compromis,
arrêté, atteint d'une maladie mortelle.
- FRITES, s. f. pl. Pommes de
terre frites.
- FRITURER, v. a. Manger; cuisiner.
- FRITURIER, ÈRE s. Marchand,
marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à
la poêle.
- FRIVOLISTE, s. m. Littérateur
léger, écrivain de journal de modes,—dans l'argot des gens
de lettres.
Ce mot a été créé par Mercier.
- FROID AUX YEUX, s. m. Manque
de courage,—dans l'argot au peuple.
Avoir froid aux yeux. Avoir peur.
N'avoir pas froid aux yeux. Être résolu à tout.
- FROIDUREUX, adj. Sujet à
avoir froid.
- FROLLAU, s. m. Traître, médisant,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Froller sur la balle.
- FROMAGES (Faire des). Se dit—dans
l'argot des petites filles,—d'un jeu particulier qui consiste
à imprimer un mouvement de rotation à leur robe et à se
baisser rapidement de façon à former par terre «une belle
cloche».
- FROME, s. m. Apocope de
Fromage,—dans l'argot des voyous.
- FRONTIN, s. m. Valet habile,
fripon, spirituel,—dans l'argot
des gens de lettres.
- FROTESKA, s. f. Correction,
frottée,—dans l'argot du peuple, qui a saisi cette occasion de
donner un nom de plus à la danse qu'il a inventée pour son plaisir
et pour sa défense.
- FROTIN, s. m. Billard,—dans
l'argot des faubouriens.
Coup de frotin. Partie de billard.
- FROTTE (La). La gale,—qu'on
guérit en frottant énergiquement le corps.
- FROTTÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot du peuple.
204
- FROTTER, v. a. Battre, donner
des coups.
On dit aussi Frotter les reins et Frotter le dos.
- FROUFROU, s. m. Bruissement
d'une robe de soie,—dans l'argot des amoureux, à qui cette
onomatopée fait toujours bondir le cœur.
Au XVIIe siècle, c'était une
autre onomatopée, frifilis, mais qui ne valait pas
celle-ci,—n'en déplaise à saint François de
Sales.
- FROUFROU, s. m. Embarras,
manières; effet de crinoline,—dans l'argot du peuple.
Faire du froufrou. Faire de «l'épate».
- FROUFROU, s. m. Onomatopée
par laquelle les voleurs désignent un Passe-partout.
- FROUSSE, s. m. Peur, frissonnement,—dans
l'argot du peuple.
- FRUGES, s. f. pl. Bénéfices
plus ou moins licites sur la vente—dans
l'argot des commis de
nouveautés.
- FRUIT, s. m. Enfant nouveau-né,—dans
l'argot des faubouriens, qui, tout en gouaillant,
font ainsi une allusion philosophique au fameux pommier du
Paradis de nos pères.
- FRUIT SEC, s. m. Jeune homme
qui sort bredouille du lycée ou d'une école spéciale.
Se dit aussi, par extension,
d'un mauvais écrivain ou d'un artiste médiocre.
«Cette appellation,—dit Legoarant,
vient de l'Ecole polytechnique, où un jeune homme
de Tours qui travaillait peu fut interpellé par ses camarades pour
savoir quelles étaient ses intentions s'il n'était pas classé. Il répondit:
Je ferai comme mon père le commerce des fruits secs. Et en
effet ce fut son lot.»
Les fruits secs de la vie. Les
gens qui, malgré leurs efforts
ambitieux, n'arrivent à rien,—qu'au
cimetière.
- FRUSQUE, s. f. Habit ou redingote,—dans
l'argot des marchandes du Temple.
- FRUSQUES, s. f. pl. Vêtements
en général,—dans l'argot des faubouriens.
Frusques boulinées. Habits en mauvais état.
- FRUSQUIN (Saint), s. m. Vêtements;
économies serrées dans une armoire, à même le linge et
les habits.
L'expression n'est pas d'hier:
«J'étois parfois trop bête
D'aimer ce libertin,
Qui venait tête-à-tête
Manger mon saint frusquin,»
dit Vadé.
- FRUSQUINER (Se), v. réfl.
S'habiller.
- FRUSQUINEUR, s. m. Tailleur.
- FUIR, v. n. Mourir, s'en aller,—comme
le vin d'un tonneau
défoncé.
- FUMÉ, adj. Pris, perdu, ruiné,
mort.
- FUMELLE, s. f. Femme.
Les faubouriens parlent comme
écrivait Jean Marot.
205
«Le masle n'a la fumelle en mépris,»
dit le père du valet de chambre
de François Ier.
- FUMER, v. n. Enrager, s'impatienter,
s'ennuyer.
On dit aussi Fumer sans pipe et sans tabac.
- FUMERIE s. f. Science du fumeur,
action de fumer.
- FUMERON, s. m. Fumeur
acharné,—dans l'argot des bourgeoises, que la fumée de la pipe
incommode et qui ne pardonnent qu'à celle du cigare.
Se dit aussi pour Gamin qui s'essaye à fumer.
- FUMERONS, s. m. pl. Jambes,—dans
l'argot des faubouriens, qui disent cela surtout quand
elles sont maigres.
- FUMER SA PIPE. Se dit,—dans
l'argot des infirmiers,—«d'un symptôme qui se présente
quelquefois dans les apoplexies: le malade, dont un côté de la face
est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration;
mouvement qui a quelque ressemblance avec celui d'un fumeur.»
- FUMER SES TERRES. Être enterré
dans sa propriété. Argot des bourgeois.
Voltaire a employé cette expression.
- FUMER SES TERRES. Épouser,
noble et pauvre, une fille de vilain, riche,—laquelle selon
l'expression de Montesquieu, «est comme une espèce de fumier qui
engraisse une terre montagneuse et aride».
- FUSEAUX, s. m. pl. Jambes
grêles,—dans l'argot du peuple, qui parle comme a écrit Voltaire.
- FUSÉE, s. f. Jet de vin qui sort
de la bouche d'un homme qui en a trop bu.
Lâcher une fusée. Vomir.
- FUSER, s. m. Levare ventri
onus,—dans l'argot des troupiers.
- FUSIL, s. m. Estomac,—dans
l'argot des faubouriens.
Se coller quelque chose dans le fusil. Manger ou Boire.
Ecarter du fusil. Cracher une pluie de salive en parlant à
quelqu'un.
- FUSILLER, v. n. Donner un
mauvais dîner—dans l'argot des
troupiers.
- FUTÉ, adj. et s. Malin, rusé,
habile,—dans l'argot du peuple
qui emploie souvent ce mot en
bonne part.
206
207
G
- GABATINE, s. f. Plaisanterie,—dans
l'argot du peuple, héritier des anciens gabeurs, dont il a
lu les prouesses dans les romans de chevalerie de la Bibliothèque
Bleue.
Donner de la gabatine. Se moquer
de quelqu'un, le faire aller, en s'en moquant.
- GABEGIE, subst. f. Fraude,
tromperie.
Est-ce un souvenir de la gabelle, ou une conséquence du
verbe se gaber?
- GABELOU, s. m. Employé de
l'octroi, le Gabellier de nos pères.
- GACHER, v. n. Se dit à propos
du mauvais temps, de la boue et de la neige qui rendent les rues
impraticables.
Cependant, au lieu de Il gâche,
on dit plus fréquemment: Il fait gâcheux ou il fait du gâchis.
- GACHER DU GROS, v. a.
Levare ventris onus.
- GACHEUR, adj. et s. Écrivain
médiocre, qui gâche les plus beaux sujets d'articles ou de
livres par son inhabileté ou la pauvreté de son style. Argot
des gens de lettres.
- GACHEUSE, s. f. Femme ou
fille du monde de la galanterie, qui ne connaît le prix de rien
excepté celui de ses charmes.
- GACHIS, s. m. Embarras politique
ou financier.
Il y aura du gâchis. On fera des barricades, on se battra.
- Gadin, s. m. Bouchon,—dans
l'argot des voyous.
Flancher au gadin. Jouer au bouchon.
- GADIN, s. m. Vieux chapeau
qui tombe en loques. Argot des faubouriens.
- GADOUAN, s. m. Garde national
de la banlieue,—dans l'argot des voyous.
- GADOUE, s. f. Immondices des
rues de Paris, qui servent à faire pousser les fraises et les violettes
des jardiniers de la banlieue.
D'où l'on a fait Gadouard,
pour Conducteur des voitures de boue.
- GADOUE, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie,—dans l'argot
208
des faubouriens, sans pitié pour
les ordures morales.
- GAFFE, s. f. Les représentants
de l'autorité en général,—dans
l'argot des voleurs, qui redoutent
probablement leur gaflach (épée,
dard).
Être en gaffe. Monter une faction;
faire sentinelle ou faire le guet.
- GAFFE, s. m. Représentant de
l'autorité en particulier.
Gaffe à gail. Garde municipal
à cheval; gendarme.
Gaffe de sorgue. Gardien de
marché; patrouille grise.
On dit aussi Gaffeur.
- GAFFE, s. m. Gardien de cimetière,—dans
l'argot des marbriers.
- GAFFE, s. f. Bouche, langue,—dans
l'argot des ouvriers.
Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps.
Coup de gaffe. Criaillerie.
- GAFFER, v. a. et n. Surveiller.
- GAGA, s. m. Gâteau,—dans
l'argot des enfants, qui, de même que M. Jourdain faisait de la
prose sans le savoir, emploient à leur insu l'allitération, l'aphérèse
et l'apocope. Ouf!
- GAGNER DES MILLE ET DES
CENTS, v. a. Gagner beaucoup d'argent,—dans l'argot des
bourgeois.
- GAGUIE, s. f. Bonne commère
d'autant d'embonpoint que de gaieté. Argot du peuple.
- GAI (Être). Avoir un commencement
d'ivresse,—dans l'argot des bourgeois.
On dit aussi Être en gaieté.
- GAIL, s. m. Cheval,—dans
l'argot des souteneurs de filles et
des maquignons.
Quelques Bescherelle de Poissy veulent qu'on écrivegaye et d'autres
gayet.
- GAILLARDE, s. f. Fille ou
femme à qui les gros mots ne font pas peur et qui se plaît
mieux dans la compagnie des hommes que dans la société des
femmes. Argot des bourgeois.
- GALA, s. m. Repas copieux,
fête bourgeoise.
- GALANTERIE, s. f. Le mal de
Naples,—depuis si longtemps acclimaté à Paris.
- GALAPIAT, s. m. Fainéant,
voyou,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi: Galapiau, Galapian,
Galopiau, qui sont autant de formes du mot Galopin.
- GALBE, s. m. Physionomie,
bon air, élégance,—dans l'argot
des petites dames.
Être truffé de galbe. Être à la
dernière mode, ridicule ou non,—dans
l'argot des gandins.
Ils disent aussi Être pourri de chic.
- GALBEUX, adj. Qui a du chic,
une désinvolture souverainement impertinente,—ou souverainement
ridicule.
- GALE, s. f. Homme difficile à
vivre, ou agaçant comme un
acarus,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Teigne.
- GALERIE, s. f. La foule d'une
place publique ou les habitués
d'un café, d'un cabaret.
Parler pour la galerie. Faire
209
des effets oratoires;—parler, non pour convaincre, mais pour
être applaudi,—et encore, applaudi, non de ceux à qui l'on
parle, mais de ceux à qui on ne devrait pas parler. Que de gens,
de lettres ou d'autre chose, ont été et sont tous les jours victimes
de leur préoccupation de la galerie?
- GALETTE, s. f. Imbécile,
homme sans capacité, sans épaisseur
morale. Argot du peuple.
- GALETTE, s. f. Matelas d'hôtel
garni.
- GALIFARD, s. m. Cordonnier,—dans
l'argot des revendeuses
du Temple.
- GALIFARDE, s. f. Fille de boutique.
- GALIMAFRÉE, s. f. Ragoût,
ou plutôt Arlequin,—dans l'argot
du peuple.
S'emploie aussi au figuré.
- GALIOTE, s. f. «Complot
entre deux joueurs qui s'entendent pour faire perdre ceux qui
parient contre un de leurs compères.»
On dit aussi Gaye.
- GALIPOT, s. m. Stercus humain,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie
de marine.
A proprement parler le Galipot est un mastic composé de résine
et de matières grasses.
- GALIPOTER, v. n. Cacare.
- GALLI-BATON, s. m. Vacarme;
rixe,—dans l'argot des faubouriens.
- GALLI-TRAC, s. m. Poule-mouillée,
homme qui a le trac.
- GALOCHE, s. f. Jeu du bouchon,—dans
l'argot des gamins.
- GALONS D'IMBÉCILE, s. m.
pl. Grade subalterne obtenu à l'ancienneté,—dans l'argot des
troupiers.
- GALOP, s. m. Réprimande,—dans
l'argot des ouvriers.
- GALOPÉ, adj. Fait à la hâte,
sans soin, sans goût.
- GALOPER, v. n. Se dépêcher.
Signifie aussi Aller çà et là.
Activement, ce verbe s'entend
dans le sens de Poursuivre, Courir
après quelqu'un.
- GALOPER UNE FEMME. Lui
faire une cour pressante.
- GALOPIN, s. m. Apprenti,—dans
l'argot des ouvriers. Mauvais sujet,—dans l'argot des
bourgeois. Impertinent,—dans l'argot des petites dames.
- GALOUBET, s. m. Voix,—dans
l'argot des coulisses.
Avoir du galoubetAvoir une belle voix.
Donner du galoubet. Chanter.
- GALUCHE, s. m. Galon,—dans
l'argot des voleurs.
- GALUCHER, v. a. Galonner.
- GALUCHET, s. m. Valet,—dans
l'argot des voyous.
- GALURIN, s. m. Chapeau.
Ce mot ne viendrait-il pas, par
hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau?
- GALVAUDAGE, s. m. Désordre,
210
gaspillage de fortune et d'existence. Argot des bourgeois.
- GALVAUDER, v. a. Gâcher,
gâter, dissiper.
- GALVAUDER (Se). Vivre dans
le désordre; ou seulement Hanter les endroits populaciers.
- GALVAUDEUX, s. m. Fainéant,
bambocheur. Argot du peuple.
- GAMBILLARD, adj. et s.
Homme alerte qu'on rencontre toujours marchant.
- GAMBILLER, v. n. Danser,
remuer les jambes.
Il est tout simple qu'on dise
gambiller, la première forme de
jambe ayant été gambe.
«Si souslevas ton train
Et ton peliçon ermin,
Ta cemisse de blan lin,
Tant que ta gambete vitz»
dit le roman d'Aucassin et Nicolette.
- GAMBILLES, s. f. pl. Jambes.
- GAMBILLEUR, s. m. Danseur,—dans
l'argot des voleurs qui, comme de simples vaudevillistes,
prennent le bien des autres où ils le trouvent.
Gambilleur de tourtouse. Danseur de corde.
- GAMBRIADE, s. f. La danse, et
principalement le Cancan.
- GAMET, s. m. Raisin des environs
de Paris avec lequel on
fait de la piquette. Argot du
peuple.
- GAMIN, s. m. Enfant qui
croit comme du chiendent entre les pavés du sol parisien, et
qui est destiné à peupler les ateliers ou les prisons, selon qu'il
tourne bien ou mal une fois arrivé à la Patte d'Oie de la vie, à
l'âge où les passions le sollicitent le plus et où il se demande s'il
ne vaut pas mieux vivre mollement sur un lit de fange, avec le
bagne en perspective, que de vivre honnêtement sur un lit de
misères et de souffrances de toutes sortes.
Ce mot, né à Paris et spécial
aux Parisiens des faubourgs, a commencé à s'introduire dans
notre langue sous la Restauration, et peut-être même un peu
auparavant,—bien que Victor Hugo prétende l'avoir employé le
premier dans Claude Gueux, c'est-à-dire en 1834.
- GAMIN, s. m. Homme trop
impertinent,—dans l'argot des
petites dames, qui ne pardonnent
les impertinences qu'aux hommes
qui en ont les moyens.
- GAMINER, v. n. Faire le gamin
ou des gamineries.
- GAMINERIE, s. t. Plaisanterie
que font volontiers les grandes personnes à qui l'âge n'a pas apporté
la sagesse et le tact.
Faire des gamineries. Écrire
ou faire des choses indignes d'un homme qui se respecte un peu.
- GAMME, s. f. Correction paternelle,—dans
l'argot du peuple.
Faire chanter une gamme.—Châtier
assez rudement pour faire crier.
On dit aussi Monter une gamme.
- GANACHE, s. f. Homme qui
211
ne sait rien faire ni rien dire; mâchoire.
Dans l'argot des gens de lettres,
ce mot est synonyme de
Classique, d'Académicien.
«Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon;
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson!»
dit une épigramme du temps de
la Restauration.
Père Ganache. Rôle de Cassandre,—dans
l'argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.
- GANCE, s. f. Clique, bande,—dans
l'argot des voleurs.
- GANDIN, s. m. Oisif riche qui
passe son temps à se ruiner pour des drôlesses,—et qui n'y
passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit
d'enfer.
Le mot n'a qu'une dizaine
d'années. Je ne sais plus qui l'a créé. Peut-être est-il né tout seul,
par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces
demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils
promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.
- GANDIN, s. m. Coup monté
ou à monter,—dans l'argot des
voleurs.
Hisser un gandin à quelqu'un.
Tromper.
- GANDIN, s. m. Amorce, paroles
fallaces,—dans l'argot des
marchandes du Temple.
Monter un gandin. Raccrocher
une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
- GANDIN D'ALTÈQUE, s. m. Décoration
honorifique quelconque,—dans
l'argot des voleurs.
- GANDINE, s. f. La femelle du
gandin,—un triste mâle et une triste femelle.
- GANDINERIE, s. f. Actions, habitudes
de gandin. Peu usité.
- GANTER, v. a. et n. Convenir,
agréer,—dans l'argot des bourgeois.
- GANTER, v. n. Payer plus ou
moins généreusement,—dans l'argot des filles.
Ganter 51/2. N'être pas généreux.
Ganter 81/2. Avoir la main
large et pleine.
- GANTS, s. m. pl. Les deux
sous du garçon des filles,—avec cette différence que les sous du
premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et
même en or. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des
Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buona mancia des
Italiens.
- GGANTS DE... (Avoir les). Avoir
tout le mérite d'une découverte, tout l'honneur d'une affaire, etc.
Se donner les gants de... Se vanter
d'une chose qu'on n'a pas faite; s'attribuer l'honneur d'une
invention, le mérite d'une fine repartie,—en un mot, et il est
de Génin, «s'offrir à soi-même un pourboire» gagné par un
autre.
- GARCE, s. f. Fille ou femme
qui recherche volontiers la compagnie des hommes,—surtout
quand ils sont riches.
212
Un mot charmant de notre
vieux langage, que l'usage a défloré et couvert de boue. Il n'y a
plus aujourd'hui que les paysans qui osent dire d'une jeune fille
chaste: «C'est une belle garce.»
S'emploie fréquemment avec de, à propos des choses.
- GARÇON, s. m. Voleur,—dans
l'argot des prisons.
Brave garçon. Bon voleur.
Garçon de campagne. Voleur de grand chemin.
- GARÇON D'ACCESSOIRES, s. m.
Employé chargé de la garde du magasin où sont renfermés les
accessoires. Argot des coulisses.
On dit aussi Accessoiriste.
- GARÇONNER, v. n. Se plaire
avec les petits garçons quand on est petite fille, et avec les jeunes
hommes quand on est femme. Argot des bourgeois.
- GARÇONNIÈRE, adj. et s. Fille
qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de
cet oubli.
- GARDE-MANGER, s. m. Water-Closet,—dans
l'argot du peuple, moins décent que l'argot anglais,
qui ne fait allusion qu'à l'estomac en disant: Victualling-Office.
- GARDE NATIONAL, s. m. Paquet
de couenne,—dans l'argot des faubouriens, irrévérencieux
envers l'institution inventée par La Fayette.
- GARDER, v. n. Être près du
bouchon ou de l'une des pièces tombées. Argot des gamins.
- GARDER A CARREAU (Se). S'arranger
de façon à n'être pas surpris par une réclamation, par un
désaveu, par une attaque, etc. Argot du peuple.
Signifie aussi: Ne pas dépenser tout son argent.
On dit de même Avoir une garde à carreau.
- GARDER UN CHIEN DE SA
CHIENNE A QUELQU'UN. Se proposer de lui jouer un tour ou de
lui rendre un mauvais office.
On dit aussi Garder une dent,
et, absolument, la garder.
- GARDER UNE POIRE POUR LA
SOIF. Faire des économies; épargner,
jeune, pour l'heure où l'on sera vieux.
- GARDIEN, s. m. Variété de
Sentinelle ou de Factionnaire.
(V. Insurgé de Romilly.)
- GARE-L'EAU, s. m. «Pot
qu'en chambre on demande.»,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Reçoit-tout.
- GARGANTUA, s. m. Grand mangeur,—dans
l'argot du peuple.
- GARGARISER (Se), v. réf. Boire
un canon de vin ou un petit verre d'eau-de-vie.
- GARGARISME, s. m. Verre de
vin ou d'eau-de-vie.
- GARGOINE, s. f. Gorge, gosier,
γαργαρεων [grec: gargareôn].
Se rincer la gargoine. Boire.
- GARGOT, s. m. Petit restaurant
où l'on mange à bon marché et mal.
On dit aussi Gargote.
- GARGOTAGE, s. m. Mauvais
ragoût; chose mal apprêtée,—au
propre et au figuré.
On dit aussi Gargoterie.
213
- GARGOTER, v. a. et n. Cuisiner
à la hâte et malproprement.
On trouve «Gargoter la marmite»
dans les Caquets de l'accouchée.
Signifie aussi Hanter les gargotes.
- GARGOTER, v. a. et n. Travailler
sans goût, à la hâte.
- GARGOTIER, s. m. Mauvais
traiteur, au propre; mauvais ouvrier au figuré.
- GARGOUILLADE, s. f. Borborygmes.
Se dit aussi de Fioritures de mauvais goût.
- GARGOUILLER, v. n. Avoir
des borborygmes.
On dit aussi Trifouiller.
- GARGUE, s. f. Bouche,—dans
l'argot des voleurs.
C'est l'apocope de Gargoine.
- GARNAFFE, s. f. Ferme,—dans
le même argot.
- GARNAFFIER, s. m. Fermier,
paysan.
- GARNISON, s. f. Pediculi,—dans
l'argot du peuple.
Naturellement c'est une garnison de grenadiers.
- GAS, s. m. Garçon, enfant
mâle,—dans l'argot du peuple, qui trouve plus doux de prononcer
ainsi que de dire gars.
Beau gâs. Homme solide.
Mauvais gâs. Vaurien, homme
suspect.
- GATEAU FEUILLETÉ, s. m.
Bottes qui se délitent,—dans l'argot des faubouriens.
- GÂTE-MÉTIER, s. m. Ouvrier
qui met trop de cœur à l'ouvrage; marchand qui vend trop
bon marché,—dans l'argot du peuple, qui, s'il le connaissait,
citerait volontiers le mot de Talleyrand: «Pas de zèle! Pas de
zèle!»
- GÂTER LA TAILLE (Se), pour
une femme «devenir enceinte».
- GÂTE-SAUCE, s. m. Garçon
pâtissier.
- GATEUX, s. m. Journaliste
sans esprit, sans style et sans honnêteté,—dans l'argot des
gens de lettres, qui n'y vont pas de plume morte avec leurs confrères.
- GAU, s. m. Pou,—dans l'argot
des voleurs.
Basourdir des gaux. Tuer des poux.
On a écrit autrefois Goth; Goth
a été pris souvent pour Allemand; les Allemands passent pour des
gens qui «se peignent avec les quatre doigts et le pouce»: concluez.
- GAU PICANTI, s. m. Le pediculus
vestimenti.
- GAUDINEUR, s. m. Peintre-décorateur.
- GAUDISSARD, s. m. Commis-voyageur,
loustic,—dans l'argot du peuple.
Le type appartient à Balzac,
qui en a fait un roman; mais le mot appartient à la langue du
XVIe siècle, puisque Montaigne a
employé Gaudisserie pour signifier Bouffonnerie, plaisanterie.
- GAUDRIOLE, s. f. Parole leste
dont une femme a le droit de rougir,—dans l'argot des bourgeois,
214
qui aiment à faire rougir les dames par leurs équivoques.
- GAUDRIOLER, v. n. Rire et
plaisanter aux dépens du goût et souvent de la pudeur.
- GAUDRIOLEUR, s. et adj. Bourgeois
farceur, qui a de l'esprit aux dépens de Piron, qu'il a lu
sans le citer, et de la morale, qu'il blesse sans l'avertir.
- GAULÉ, s. m. Cidre,—dans
l'argot des voleurs et des paysans.
- GAULOIS, adj. et s. Homme
gaillard en action, et surtout en paroles,—dans l'argot du peuple,
qui a conservé «l'esprit gaulois» de nos pères, lesquels
étaient passablement orduriers.
- GAUPE, s. f. Fille d'une conduite
lamentable.
- GAUPERIE, s. f. Actions, conduite,
dignes d'une gaupe.
- GAVÉ, s. m. Ivrogne,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Gaviolé.
- GAVER (Se), v. réfl. Manger,—dans
l'argot du peuple, qui
prend l'homme pour un pigeon.
- GAVIOT, s. m. Gorge, gosier.
Serrer le gaviot à quelqu'un.
L'étrangler, l'étouffer.
Autrefois on disait Gavion.
- GAVOT, s. m. Rival du Dévorant,—dans
l'argot du compagnonnage.
- GAVROCHE, s. m. Voyou,—dans
l'argot des gens de lettres, qui ont lu les Misérables
de Victor Hugo.
- GAZ, s. m. Les yeux, que la
passion allume si vite,—dans l'argot des faubouriens.
Allumer son gaz. Regarder avec attention.
- Gaz, s. m. Ventris flatus.
On dit aussi Fuite de gaz.
Lâcher son gaz. Crepitare.
Avoir une fuite de gaz dans l'estomac.
Fetidum halitum emittere.
- GAZER, v. a. et n. Ne pas dire
les choses crûment,—dans l'argot
des bourgeois.
- GAZON, s. m. Perruque plus
ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés
de calvitie.
- GAZOUILLER, v. n. Parler,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Répondre.
- GEIGNEUR, s. et adj. Homme
qui aime à se plaindre sans avoir
de sérieux motifs de plainte,—dans
l'argot du peuple, ennemi
de ces hommes-femmes-là.
- GEINDRE, v. n. Se plaindre.
- GENDARME, s. m. Hareng
saur,—dans l'argot des charcutiers.
- GENDARME, s. m. Femme délurée
et de grande taille,—dans
l'argot du peuple.
- GENDARME, s. m. Fer à repasser,—dans
l'argot des ménagères, qui ont constaté que la
plupart de ces utiles instruments sortaient de la maison de la
veuve Gendarme.
Branleuse de gendarme. Repasseuse.
- Gendarmer (Se), v. réfl. S'offenser.
Signifie aussi: Regimber, résister.
215
- GENDARMES, s. m. pl. Moisissures
que le contact de l'air développe à la surface du vin,—dont
cela arrête ainsi le travail de bonification.
- GENDELETTRE, s. m. Homme
de lettres,—dans l'argot des bourgeois, qui font de ce mot ce
que le peuple a fait du mot précédent, primitivement écrit gens
d'armes.
- GÊNE, s. f. Pauvreté,—dans
l'argot du peuple, dont c'est le
vice principal.
- GÊNÉ DANS SES ENTOURNURES.
Ennuyé, agacé par quelqu'un ou par quelque chose,—dans l'argot
des faubouriens, qui aiment les vêtements larges et les «bons
enfants».
- GÉNÉRAL MACADAM, s. m.
Le public, qui est le Salomon de toutes les filles.
On disait le général Pavé, avant
l'introduction en France du système d'empierrement des rues
dû à l'ingénieur anglais MacAdam.
- GÊNEUR, s. et adj. Type essentiellement
parisien,—comme la punaise. C'est plus que l'importun,
plus que l'indiscret, plus que l'ennuyeux, plus que le raseur:
c'est—le gêneur.
- GÉNISSE, s. f. Femme trop libre.
- GENOU, s. m. Crâne affligé de
calvitie.
Avoir son genou dans le cou. Être chauve.
- GENRE, s. m. Manières; embarras;
pose,—dans l'argot du
peuple.
Que ça de genre! est son exclamation
favorite à propos de choses ou de gens qui «l'épatent».
- GENTLEMAN, s. m. Homme
d'une correction de langage et de manières à nulle autre pareille,—dans
l'argot des gandins.
On dit aussi Parfait Gentleman,
mais c'est un pléonasme, puisqu'un
Gentleman qui ne serait
pas parfait ne serait pas gentleman.
- GERBEMENT, s. m. Jugement,
condamnation,—dans l'argot des voleurs.
- GERBER, v. a. Condamner.
Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité.
Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.
- GERBERIE, s. f. Tribunal,
Cour d'assises.
- GERBIER, s. m. Avocat d'office,—dans
l'argot des voleurs, qui, certainement à leur insu,
donnent à leur défenseur, médiocre porte-toge, le nom du très
célèbre avocat au parlement de
Paris.
Signifie aussi Juge.
- GÉRONTOCRATIE, s. f. Puissance
des préjugés, de la routine et des idées caduques, «sous laquelle
tout se flétrit en France»,—où les Gérontes sont encore
plus nombreux que les Scapins.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
- GERCE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des voyous pour qui, sans doute, c'est la vermine.
- GÉSIER, s. m. Gorge, gosier,—dans
l'argot du peuple.
216
Avoir mal au gésier. Avoir une laryngite ou une bronchite.
- GESSEUR, s. m. Homme qui
fait des embarras,—dans l'argot
des faubouriens.
Signifie aussi Grimacier, excentrique.
Je n'ai pas besoin de dire que
l'étymologie de ce mot est geste,
et que c'est par euphonie qu'on
le prononce ainsi que je l'écris.
- GESSEUSE, s. m. Femme minaudière,
qui fait sa sucrée—et
même «sa Sophie».
- G. G. s. m. Bon sens, jugeotte.
Avoir du g.-g. N'être pas un imbécile.
- G. D. G. Phrase ironique
qu'emploient fréquemment les
faubouriens, qui dédaignent d'en
dire plus long, affectant de n'en
pas savoir davantage.
Avec ou sans g. d. g.? disent-ils
souvent, à propos des moindres choses. Il est inutile d'ajouter
que ce sans g. d. g. est l'abréviation de sans garantie du gouvernement.
- GIBASSE, s. f. pl. Gorge qui
a peut-être promis, mais qui ne
tient pas.
- GIBELOTTE DE GOUTTIÈRE,
s. f. Chat de toits,—dans l'argot du peuple.
- GIBERNE, s. f. La partie du
corps dont les femmes augmentent
encore le volume à grand
renfort de jupons et de crinolines.
Ce mot,—de l'argot des faubouriens,
s'explique par la position que les soldats donnaient
autrefois à leur cartouchière.
- GIBIER DE GAYENNE, s. m.
Voleur, ou meurtrier,—dans
l'argot du peuple.
- GIBOYER, s. m. Journaliste
d'estaminet, homme de lettres à
tout faire,—dans l'argot des
gens de lettres, qui consacrent
ainsi le souvenir de la comédie
d'Emile Augier. Encore un nom
d'homme devenu un type.
- GIFFE ou GIFFLE, s. f. Soufflet,—dans
l'argot du peuple, qui se rappelle sans doute que ce mot signifiait autrefois joue.
- GIFFLER, v. a. Souffleter quelqu'un.
- GIGOLETTE, s. f. Jeune fille
qui a jeté sa pudeur et son bonnet par-dessus les moulins, et
qui fait consister son bonheur à aller jouer des gigues dans les
bals publics,—surtout les bals de barrière.
Je crois avoir été un des premiers,
sinon le premier, à employer ce mot, fort en usage
dans le peuple depuis une quinzaine d'années. J'en ai dit ailleurs
(Les Cythères parisiennes): «La gigolette est une adolescente,
une muliéricule. Elle tient le milieu entre la grisette et la
gandine,—moitié ouvrière et moitié fille. Ignorante comme
une carpe, elle n'est pas fâchée de pouvoir babiller tout à son
aise avec le gigolo, tout aussi ignorant qu'elle, sans redouter
ses sourires et ses leçons.»
- GIGOLO, s. m. Male de la gigolette.
C'est un adolescent, un
217
petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan,—moitié
nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne,
que je laisse à d'autres observateurs le soin d'observer plus en
détail.
- GIGOTER, v. n. Remuer les
gigues; danser.
- GIGOTS, s. m. pl. Cuisses de
l'homme,—dans l'argot des faubouriens, toujours contempteurs
de l'humanité.
- GIGUE, s. f. Femme maigre
et d'une taille élevée.
On dit aussi Grande gigue.
- GIGUER, v. n. Danser.
- GIGUES, s. f. pl. Jambes,—dans
l'argot du peuple, qui s'en sert pour danser la gigue ou la
faire danser aux gens qui l'ennuient.
On disait autrefois gigoteaux.
- GILET, s. m. Estomac; poitrine.
S'emplir le gilet. Boire ou manger.
Avoir le gilet doublé de flanelle.
Avoir mangé une soupe plantureuse.
Gilet à la mode. Belle gorge de
femme, où le lard abonde.
- GILLES, s. m. Nom d'homme
devenu celui de tous les hommes
dont l'esprit et le cœur ne se
sont pas développés autant que
les jambes.
Faire Gilles. S'en aller,—s'enfuir.
- GILMONT, s. m. Gilet,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Georget.
- GILQUIN, s. m. Coup de
poing,—dans l'argot des artistes et des canotiers.
On dit aussi Coup de Gilquin.
- GIN, s. m. Genièvre,—dans
l'argot des faubouriens, qui s'anglomanisent par moquerie comme
les gandins par genre.
- GIRAFE, s. f. Escalier en spirale,—dans
l'argot des écoles de natation.
- GIRIES, s. f. pl. Fausse modestie,
refus des lèvres et non du cœur,—dans l'argot du peuple,
qui a horreur de l'hypocrisie.
Faire des giries. Faire semblant
de pleurer quand on n'en a pas envie; refuser ce qu'on meurt
d'envie d'accepter.
Faiseuse de giries. Fausse Agnès,
fausse prude,—et vraie femme.
- GIROFLÉE A CINQ FEUILLES,
s. f. Soufflet,—dans l'argot des
faubouriens, qui savent très bien
le nombre des feuilles du cheiranthus,
et encore mieux celui des
doigts de leur main droite.
On dit aussi giroflée à plusieurs
feuilles,—autre ravenelle qui
pousse sur les visages.
- GIROFLÉTER, v. a. Souffleter.—Verbe
créé par Balzac.
- GIROLLE, adv. Soit,—dans
l'argot des voleurs.
- GIRON, s. m. La partie du
corps comprise entre la ceinture et les genoux d'une femme assise,—dans
l'argot du peuple, qui a conservé précieusement ce mot,
en souvenir de ce qu'il représente pour lui, fils reconnaissant.
218
- GIRONDE, adj. f. Se dit de
toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot
des voleurs.
On dit aussi Girofle.
- GIRONDINE, adj. Femme plus
jeune et plus gentille que celle qui n'est que gironde.
- GIROUETTE, s. f. Homme sans
conscience et sans moralité, mais non sans habileté et sans esprit,
qui tourne à tous les vents sociaux et politiques: royaliste
avec les Bourbons, républicain avec la République, napoléonien
avec l'Empire, mouton avec les gens qui bêlent, dogue avec les
gens qui mordent, roquet avec les gens qui aboient, enclume
avec le peuple et marteau avec le Pouvoir. Argot du peuple.
- GÎTER, v. n. Habiter, demeurer.
- GIVERNER, v. n. Passer la
nuit à vagabonder,—dans l'argot des cochers de fiacre.
- GIVERNEUR, s. m. Vagabond,
rôdeur de nuit.
- GLACIS, s. m. Verre,—dans
l'argot des voleurs, qui parlent anglais (glass) sans le savoir.
Un glacis de lance. Un verre
d'eau.
- GLACIS, s. m. Ton léger et
transparent,—dans l'argot des artistes.
Se poser un glacis. Boire,—ce
qui amène la transpiration sur
le visage et le fait reluire en le
colorant.
- GLAÇON, s. m. Homme d'un
abord un peu raide,—dans l'argot du peuple, que la distinction
effarouche.
- GLAIVE, s. m. Couteau à découper,—dans
l'argot des francs-maçons.
- GLAS, s. m. Homme ennuyeux,
qui répète toujours la même chose,—comme la cloche
qui sonne la mort de quelqu'un. Argot du peuple.
Les ouvriers anglais ont une
expression du même genre:
croaker, disent-ils.
- GLAUDE, s. m. Innocent, et
même niais.
Evidemment le Glaude d'ici est
un Claude, comme Colas est un
Nicolas, et Miché peut être un
Michel.
- GLAVIOT, s. m. Mucosité expectorée,—dans
l'argot des faubouriens.
- GLAVIOTTER, v. n. Cracher
fréquemment et malproprement.
Signifie aussi Débiner.
- Glaviotteur, s. m. Homme
qui crache fréquemment et abondamment.
- GLIER, s. m. Le Diable,—dans
l'argot des voleurs.
C'est une syncope de Sanglier
probablement.
Le Glier t'enrôle en son pasclin!
Le diable t'emporte en enfer
(son pays).
Signifie aussi Enfer.
- GLISSADE, s. f. Chute plus
déshonorante que dangereuse pour la jeune fille qui la fait:
elle ne casse que son sabot, mais il vaudrait mieux qu'elle se
fût cassé la jambe. Argot du peuple.
219
Faire des glissades. Changer
souvent d'amants.
- GLISSANT, s. m. Savon,—dans
l'argot des voleurs.
- GLISSER, v. n. Mourir,—dans
l'argot des faubouriens.
- GLISSOIRE, s. f. Ruisseau gelé
sur lequel les gamins s'amusent à glisser.
- GLOBE, s. m. Tête,—dans
l'argot des faubouriens, qui la laissent souvent osciller sur son
axe.
- GLOBES ARRONDIS (Les). La
gorge,—dans l'argot des Académiciens.
Quelques-uns ajoutent quelquefois: par la main des
Grâces.
- GLORIA, s. m. Tasse de café
noir avec un petit verre d'eau-de-vie. Argot des limonadiers.
- GLOUGLOUTER, v. n. Boire,
faire des glouglous en buvant. Argot des faubouriens.
- GLOUSSER, v. n. Parler.
- GLUANT, s. m. Enfant à la
mamelle que le lait qu'il tette et qu'il laisse baver sur lui rend
tout poisseux et désagréable à toucher pour quiconque n'est ni
son père ni sa mère.
- GLUAU, s. m. Expectoration
abondante.
Lâcher son gluau. Cracher malproprement.
- GNANGNAN, adj. des deux g.
Mou, paresseux, sans courage.
- GNIAF, s. m. Ouvrier,—dans
l'argot des cordonniers. Savetier,—dans
l'argot des ouvriers.
- GNIAFFER, v. a. Travailler
mal; faire une chose sans soin, sans goût,—comme un savetier.
- GNIFF, s. et adj. Clair, dépouillé,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela spécialement à propos
du vin.
- GNOGNOTTE, s. f. Marchandise
sans valeur; chose sans importance.
Balzac a employé aussi ce mot
à propos des personnes,—et
dans un sens péjoratif, naturellement.
- GNOLLAIS, s. m. Batignollais,—dans
l'argot des voyous.
- GNOLLE, adj. des 2 g. Paresseux;
niais,—dans l'argot des faubouriens.
Quelques lexicographes du ruisseau veulent que l'on écrive et
prononce gniole.
- GNOLLES- CEAUX,
n. d. l. Batignolles-Monceaux.
- GNOLLES- CHY., Batignolles-Clichy.
- GNON, s. m. Meurtrissure que
se fait une toupie ou un sabot,—dans l'argot des enfants; et
par extension, Blessure que se font les hommes en se battant.
S'emploie au figuré.
- GO (De, ou Tout de), adv. Librement,
sans façon, sans obstacle,—dans l'argot du peuple.
- GOBELOTTER, v. a. Aller de
cabaret en cabaret.
Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.
- GOBELOTTEUR, s. m. Ami des
220
franches lippées, et des plantureuses réfections.
- GOBE-MOUCHERIE s. f. La
franc-maçonnerie,—dans l'argot des voleurs.
- GOBE-MOUCHES, s. m. Imbécile,
homme qui bée au vent au lieu de regarder à ses côtés, où
se trouve parfois un pick-pocket. Argot du peuple.
- GOBER, v. a. Croire légèrement
aux choses qu'on dit, avaler les mensonges avec autant
de confiance que si c'étaient des vérités.
- GOBER, v. a. Avoir de la
sympathie pour quelqu'un; ressentir de l'enthousiasme pour certaines
idées. Argot des faubouriens.
Eprouver un sentiment subit de
tendresse pour un compagnon,—dans l'argot des petites dames.
- GOBER (La). Être ruiné pour
avoir trop cru aux Mercadets.
Par extension: Mourir.
- GOBER (Se). Avoir de la fatuité;
s'écouter parler et se regarder dans une glace en parlant.
- GOBERGER (Se), v. réfl. Se
complaire dans un endroit, dans un bon lit, dans un bon fauteuil,
auprès d'un bon feu ou d'une bonne table.
On sait qu'on appelle goberges les ais du fond sanglé du lit.
- GOBER SON BœUF, v. a. Être
furieux, d'une chose ou contre quelqu'un,—dans l'argot des
ouvriers.
- GOBE-SON, s. m. Calice,—dans
l'argot des voleurs.
- GOBET, s. m. Morceau de
viande quelconque,—dans l'argot des bouchers, qui emploient
ce mot à propos de la viande non encore détaillée.
- GOBET, s. m. Polisson; ouvrier
qui se débauche,—dans l'argot du peuple.
Mauvais gobet. Méchant drôle.
- GOBICHONNADE, s. f. Ripaille.
- GOBICHONNER, v. n. Courir
les cabarets; faire le lundi toute la semaine. Argot des ouvriers.
- GOBICHONNEUR, s. m. Ami
des franches lippées.
- GOBIN, s. m. Bossu.
- GODAILLER, v. n. Courir les
cabarets.
Ce verbe est un souvenir de l'occupation de Paris par les Anglais,
amateurs de good ale.
- GODAILLEUR, s. m. Ivrogne,
pilier de cabaret.
- GODAN, s. m. Rubrique, mensonge,
supercherie,—dans l'argot
des faubouriens.
Connaître le godan. Savoir de
quoi il s'agit; ne pas se laisser prendre à un mensonge.
Tomber dans le godan. Se laisser duper;
tomber dans un piège.
- GODANCER, v. n. Croire à un
mensonge; tomber dans un piège,—dans un godan.
- GODDAM, s. m. Anglais,—dans
l'argot du peuple, qui a
221
trouvé moyen de désigner toute une nation par son juron favori.
- GODELUREAU, s. m. Jeune
homme qui fait l'agréable auprès des «dames» et les réjouit,—dans
l'argot des bourgeois qui n'aiment pas les Lovelaces.
On écrivait au XVIe siècle gaudelereau,—ce
qu'explique l'étymologie gaudere.
- GODET, s. m. Verre à boire,—dans
l'argot du peuple.
- GODICHE, s. et adj. Niais, ou
seulement timide.
On dit aussi Godichon.
- GODILLER, v. n. Se réjouir,
être content.
- GODINETTE, s. f. Grisette,
maîtresse.
Baiser en godinette. «Baiser sur
la bouche en pinçant les joues de la personne,»—sans doute comme baisent les grisettes des
romans de Paul de Kock.
- GOFFE, adj. Homme mal bâti,
ou maladroit, grossier de corps ou d'esprit.
- GOGAILLE, s. f. Repas joyeux
et plantureux.
- GOGO, s. m. Homme crédule,
destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles,
même et surtout dans les plus véreuses,—chemins de fer
de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de
cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques
sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire.
A propos de ce mot encore, les
étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers
le passé et se sont égarés en route,—parce qu'ils tournaient
le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L'un veut que gogo
vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie:
l'autre trouve gogo dans François Villon et n'hésite pas un seul instant
à lui donner le sens qu'il a aujourd'hui. Pourquoi, au lieu
d'aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser
une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue
du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des
gens à qui l'on promet qu'ils auront tout à gogo?
Ce mot «du moyen âge» date de 1830-1835.
- GOGO (A), adv. A profusion, en
abondance.
- GOGOTTE, adj. Faible, mou,
sans caractère; malpropre, mauvais, désagréable. Argot des faubouriens.
Avoir la vue gogotte. Avoir de
mauvais yeux, n'y pas voir clair, ou ne pas voir de loin.
Être gogotte. Être un peu niais; faire l'enfant.
- GOGUENOT, s. m. Vase de fer-blanc,—dans
l'argot des troupiers d'Afrique, qui s'en servent
comme casserole et comme gobelet.
- GOGUENOT, s. m. Baquet-latrine,—dans
l'argot des prisons et des casernes.
On dit aussi Goguenaux.
- GOGUETTE, s. f. Société chantante,—dans
l'argot du peuple, qui lui aussi a son Caveau.
222
- GOGUETTE, s. f. Chanson
joyeuse.
Être en goguette. Être de bonne
humeur, grâce à des libations réitérées.
- GOGUETTIER, s. m. Chanteur
de goguettes; membre d'une société chantante.
- GOÏ, s. m. Chrétien,—dans
l'argot des voleurs.
- GOINFRADE, s. f. Repas copieux,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Goinfrerie.
- GOINFRE, s. m. Chantre,—dans
l'argot des voleurs.
- GOINFRER (Se), v. réfl. Boire
et manger avec excès,—comme font les gens qui ne mangent pas
tous les jours.
- GOÎTREUX, s. m. Aménité de
l'argot des gens de lettres, qui se croient autorisés à l'adresser à
leurs rivaux,—qu'ils appellent aussi crétins, pour varier leurs
injures.
- GOLGOTHER, v. n. Poser en
martyr; se donner des airs de victime; faire croire à un Calvaire,
à un Golgotha imaginaire.
Ce verbe appartient à Alexandre Pothey, graveur et chansonnier—sur
bois.
- GOMBERGER, v. a. Compter—dans
l'argot des prisons.
- GONCE, s. m. Homme quelconque
du bois dont on fait les dupes,—dans l'argot des voleurs,
qui ont remarqué que les bourgeois se parfumaient (concio).
- GONCIER, s. et adj. Homme
rusé, malin, qui enfonce le gonce.
- GONZESSE, s. f. Femme en
général, et, en particulier, Maîtresse, concubine.
- GORET, s. m. Premier ouvrier,—dans
l'argot des cordonniers.
- GORET, s. m. Homme malpropre,
petit cochon,—dans l'argot du peuple, qui a appelé
la reine Isabeau la grande gore.
- GORGE, s. f. Étui,—dans
l'argot des voleurs.
- GORGNIAT, s. m. Homme malpropre,
cochon,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient
cette expression au propre et au figuré.
- GOSSE, s. f. Bourde, menterie,
attrape,—dans l'argot des écoliers et du peuple.
Voilà encore un mot fort intéressant,
à propos duquel la verve des étymologistes eût pu se donner
carrière. On ne sait pas d'où il vient, et, dans le doute, on le
fait descendre du verbe français se gausser, venu lui-même du
verbe latin gaudere. On aurait pu le faire descendre de moins haut,
me semble-t-il. Outre que Noël Du Fail a écrit gosseur et gosseuse,
ce qui signifie bien quelque chose, jamais les Parisiens, inventeurs
du mot, n'ont prononcé gausse. C'est une onomatopée purement
et simplement,—le bruit d'une gousse ou d'une cosse.
Conter des gosses. Mentir.
Monter une gosse. Faire une farce.
- GOSSE, s. m. Apprenti,—dans
l'argot des typographes.
223
Ils disent aussi Attrape-science
et Môme.
- GOSSE, s. m. Enfant, petit
garçon,—dans l'argot du peuple.
- GOSSELIN, s. m. Nouveau-né,—dans
l'argot des voleurs.
- GOSSELINE. Petite fille.
- GOSSEMARD, s. m. Gamin,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Goussemard.
- GOSSEUR, adj. et s. Menteur.
- GOTEUR, s. m. Débauché, libertin,—dans
l'argot des voleurs.
- GOTHIQUE, adv. Vieux, suranné,—dans
l'argot du peuple.
- GOTHON, s. f. Cuisinière malpropre.
Signifie aussi Coureuse,—dans l'argot des bourgeois.
- GOUALANTE, s. f. Chanson,—dans
l'argot des voleurs.
- GOUALER, v. a. et n. Chanter.
On dit aussi Galouser.
- GOUALEUR, s. m. Chanteur
des rues.
Goualeuse. Chanteuse.
- GOUAPE, s. f. Vagabondage;
fainéantise,—dans l'argot du peuple.
- GOUAPE, s. f. Filou,—dans
l'argot des faubouriens. Faiseur de poufs,—dans l'argot des cabaretiers.
On dit aussi Gouapeur. Cependant
gouape a quelque chose de
plus méprisant.
- GOUAPER, v. a. Flâner, chercher
aventure.
- GOUGE, s. f. Fille ou femme
qui vend l'amour au lieu de le donner,—dans l'argot du peuple,
qui a déshonoré là un des plus vieux et des plus charmants
mots de notre langue. Gouge, comme garce, n'avait pas à l'origine
la signification honteuse qu'il a aujourd'hui; cela voulait dire
jeune fille ou jeune femme. «En son aage viril espousa Gargamelle,
fille du roy des Parpaillos, belle gouge,» dit Rabelais.
- GOUGNOTTE, s. f. «Femme
ou fille qui abuse des personnes de son sexe,—d'où le verbe
gougnotter,» dit Francisque Michel.
On dit aussi Gusse.
- GOUILLE (A la). A la volée,—dans
l'argot des enfants, quand ils jouent à jeter des billes.
Envoyer à la gouille. Renvoyer
quelqu'un qui importune,—dans l'argot des faubouriens.
- GOUILLOU, s. m. Gamin,
voyou,—avec cette différence que le premier est le père du second,
comme la lorette est la mère de la boule-rouge.
- GOUINE, s. f. Coureuse,—dans
l'argot du peuple, qui a un arsenal d'injures à sa disposition
pour foudroyer les drôlesses, ses filles.
A qui a-t-il emprunté ce carreau?
A ses ennemis les Anglais, probablement. Il y a eu une Nell
Gwynn, maîtresse de je ne sais plus quel Charles II. Il y a aussi
la queen, qu'on respecte si fort de l'autre côté du détroit et si peu
de ce côté-ci. Choisissez!
224
- GOUJAT, s. m. Homme mal
élevé,—dans l'argot des bourgeoises.
- GOUJON, s. m. Homme facile
à duper,—dans l'argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires
et leurs regards;—ainsi que dans l'argot des faiseurs, qui ont
pour hameçons des dividendes invraisemblables.
- GOUJONNER, v. a. Tromper,
duper quelqu'un.
On disait autrefois Faire avaler le goujon.
- GOULE, s. f. La gorge, le gosier,—dans
l'argot au peuple, qui parle latin sans le savoir
(gula).
- GOULÉE, s. f. Bouchée de
viande ou cuillerée de soupe.
- GOULIAFFE, s. m. Gourmand,
ou plutôt goinfre.
Le mot est vieux, puisqu'on le trouve dans la langue romane.
On dit aussi Gouillafre, ou gouillaffe.
- GOULOT, s. m. Bouche, gosier,—dans
l'argot des faubouriens.
Trouilloter du goulot. Fetidum halitum habere.
- GOULU, s. m. Poêle,—dans
l'argot des voleurs.
Se dit aussi pour Puits.
- GOUPINER, v. a. Voler,—dans
le même argot.
Goupiner les poivriers. Dévaliser
les ivrognes endormis sur la voie publique.
- GOUPINEUR, s. m. Voleur.
- GOUPLINE, s. f. Litre,—dans
le même argot.
- GOUR, s. m. Pot à eau ou à
vin,—dans le même argot.
Dans la langue des honnêtes
gens, le gour est un creux plein d'eau dans un rocher, au pied
d'un arbre, etc.
- GOURD, DE, adj. Engourdi
par le froid,—dans l'argot du peuple.
- GOURDEMENT, adv. Beaucoup,—dans
l'argot des voyous.
- GOURDIN, s. m. Gros bâton,—dans
l'argot du peuple, qui pour le manœuvrer ne doit pas
avoir les mains gourdes.
- GOURDINER, v. a. Bâtonner
quelqu'un.
- GOURGANDE, s. f. Apocope de
Gourgandine,—dans l'argot des
faubouriens.
- GOURGANDINE, s. f. Fille ou
femme qui court plus que ses jambes et la morale le lui permettent,
et qui, en courant ainsi, s'expose à faire une infinité de
glissades. Argot du peuple.
- GOURGANDINER, v. n. Mener
une vie libertine.
- GOURGANER, v. n. Manger de
la prison,—dans l'argot des faubouriens.
- GOURGANES, s. f. pl. Lentilles
ou haricots,—dans l'argot des prisons et des ateliers, où les
hommes sont nourris comme des bestiaux.
Gourganes des prés. Celles qui
constituent la nourriture des forçats.
Proprement, la gourgane est
une petite fève de marais fort
douce.
225
- GOURGOUSSAGE, s. m. Murmure
de mécontentement ou de
colère,—dans l'argot des typographes.
- GOURGOUSSER, v. n. Murmurer.
- GOURME, s. f. La fougue de
la jeunesse,—dans l'argot du peuple, qui sait que cet impetigo
finit toujours par disparaître avec les années,—malheureusement!
Jeter sa gourme. Vivre follement,
en casse-cou, sans souci
des périls, des maladies et de la
mort.
- GOURRER, v. a. Tromper, duper,—dans
l'argot des voleurs, qui se sont approprié là un verbe
du langage des honnêtes gens. (Goure, drogue falsifiée: goureur,
qui falsifie les drogues.)
- GOURREUR, s. m. Trompeur.
- GOUSPIN, s. m. Voyou, jeune
apprenti voleur,—dans l'argot des faubouriens, qui se servent
de cette expression depuis longtemps.
- GOUSPINER, v. n. Vagabonder
au lieu de travailler.
- GOUSSE (La). Nom donné au
banquet mensuel des artistes du Vaudeville. Il a lieu, le premier
jeudi de chaque mois, chez Laumônier-Brébant.
- GOUSSET, s. m. Aisselle,—dans
l'argot du peuple.
Sentir du gousset. Puer.
«[Grec: Maschalê], axila, aisselle, sale odeur,»
dit M. Romain Cornut, expurgateur
de Lancelot et continuateur
de Port-Royal.
- GOÛTER, v. n. Plaire, faire
plaisir.
- GOUTTE, adv. Peu ou point.
N'y voir goutte. N'y pas voir du tout.
On dit aussi N'y entendre goutte.
- GOUTTE, s. f. Petit verre d'eau-de-vie,—dans
l'argot des ouvriers et des soldats.
Marchand de goutte. Liquoriste.
- GOUVERNE, s. f. Règle de conduite;
façon d'agir.
- GOUVERNEMENT, s. m. Épée
d'ordonnance,—dans l'argot des Polytechniciens, qui distinguent
entre les armes que leur fournit le gouvernement et celles qu'ils se
choisissent eux-mêmes. (V. Spickel.)
- GRABUGE, s. m. Trouble, vacarme,—dans
l'argot du peuple.
- GRAFFIGNER, v. a. et n. Saisir,
prendre,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Égratigner.
- GRAFFIN, s. m. Chiffonnier.
- GRAILLON, s. f. Servante malpropre,
cuisinière peu appétissante. Argot du peuple.
On dit aussi Marie-Graillon.
- GRAILLONNER, v. n. Cracher
fréquemment.
- GRAILLONNER, v. n. S'entretenir
à haute voix, d'une fenêtre ou d'une cour à l'autre,—dans
l'argot des prisons.
- GRAILLONNEUR, s. m. Homme
qui crache à chaque instant.
- GRAILLONNEUSE, s. f. Femme
qui vient laver son linge au bateau
226
sans être du métier,—dans l'argot des blanchisseuses.
- GRAIN, s. m. Pièce de cinquante
centimes,—dans l'argot des voleurs.
- GRAIN (Avoir un), v. a. Être
un peu fou, ou seulement maniaque,—dans l'argot du peuple.
- GRAINE D'ATTRAPE, s. f. Mensonge,
moquerie, tromperie.
- GRAINE DE CHOU COLOSSAL,
s. f. Amorce pour duper les simples.
C'est un souvenir des réclames
faites il y a vingt ans par un industriel possesseur d'une variété
de brassica oleracea fantastique, servant à la fois à la nourriture
des hommes et des bestiaux, et donnant un ombrage agréable
pendant l'été.
- GRAINE D'ÉPINARDS, s. f.
Épaulettes des officiers supérieurs,—dans l'argot des troupiers,
dont ce légume est le desideratum permanent.
Porter la graine d'épinards.
Avoir des épaulettes d'officier supérieur.
- GRAISSE, s. m. Variété de voleur
dont Vidocq donne le signalement et l'industrie (p. 193).
- GRAISSE, s. f. Argent,—dans
l'argot du peuple, qui sait que c'est avec cela qu'on enduit
les consciences pour les empêcher de crier lorsqu'elles tournent sur
leurs gonds.
- GRAISSER, v. a. Gratter,—dans
l'argot des voleurs.
- GRAISSER LA PATT, v. a.
Acheter la discrétion de quelqu'un, principalement des inférieurs,
employés, concierges ou valets.
On dit aussi graisser le marteau,—mais
plus spécialement en parlant des concierges.
- GRAISSER LES BOTTES, v. a.
Donner des coups à quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Faire des compliments
à quelqu'un, le combler d'aise en flattant sa vanité.
- GRAISSER SES BOTTES, v. a.
Recevoir l'Extrême-Onction, être en état de faire le grand voyage
d'où l'on ne revient jamais.
- GRAMMAIRE BENOITON, s. f.
La grammaire de la langue verte,—dans l'argot des journalistes,
qui ont voulu ainsi fixer le passage, dans la littérature française,
de la pièce de M. Victorien Sardou, la Famille Benoiton (1865-66).
On dit aussi le Dictionnaire Benoiton.
- GRAND ARROSEUR, s. m.
Dieu,—dans l'argot du peuple, qui devrait pourtant savoir (depuis
le temps!) comment se forment les nuages et la pluie.
- GRAND COURT-BOUILLON, s.
m. La mer.
On dit aussi la Grande tasse,—où
tant de gens qui n'avaient pas soif ont bu leur dernier coup.
- GRANDE BOUTIQUe, s. f. La
préfecture de police,—dans l'argot des voleurs, qui voudraient
bien dévaliser celle-là de ses sommiers judiciaires.
- GRANDE FILLE, s. f. Bouteille,—dans
l'argot des ouvriers.
Petite fille. Demi-bouteille.
227
- GRAND LUMIGNON, s. m. Le
soleil,—dans l'argot des voyous.
- GRAND RESSORT, s. m. La volonté,
le cœur,—dans l'argot du peuple, qui sait quels rouages
font mouvoir la machine-homme.
Casser le grand ressort. Perdre
l'énergie, le courage nécessaires pour se tirer des périls d'une
situation, des ennuis d'une affaire, pour rompre une liaison mauvaise,
etc., etc.
- GRAND TOUR, s. m. Résultat
de la digestion,—dans l'argot des enfants et des grandes personnes
timides.
- GRAND TROTTOIR (Le). Le
répertoire classique,—dans l'argot des coulisses.
- GRAND TURC, s. m. Personnage
imaginaire qui intervient fréquemment dans l'argot des bourgeois.
S'en soucier comme du Grand
Turc. Ne pas s'en soucier du
tout.
Travailler pour le Grand Turc. Travailler sans profit.
Ce Grand Turc est un peu parent du roi de Prusse, auquel il
est fait allusion si souvent.
- GRAPPIN, s. m. Main,—dans
l'argot du peuple.
Poser le grappin sur quelqu'un. L'arrêter.
Poser le grappin sur quelque chose.
Le prendre.
- GRAPPINER, v. a. et n. Arrêter,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Cueillir.
- GRAS, adj. Gaillard, grivois, et
même obscène,—dans l'argot des bourgeois.
Parler gras. Dire des choses destinées à effaroucher les oreilles.
- GRAS, s. m. Profit,—dans
l'argot des faubouriens.
Il y a gras. Il y a de l'argent à gagner.
Il n'y a pas gras. Il n'y a rien à faire là-dedans.
- GRAS, s. m. Réprimande, correction,—dans
l'argot des voyous. C'est le suif des faubouriens.
- GRAS A LARD, s. et adj.
Homme chargé d'embonpoint,—dans l'argot du peuple.
- GRAS-DOUBLE, s. m. Plomb
volé et roulé,—par allusion à la ressemblance qu'il offre ainsi
avec les tripes qu'on voit à la devanture des marchands d'abats.
Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute
au plomb une ressemblance avec la mousse.
- GRAS-DOUBLE, s. m. Gorge
trop plantureuse,—dans l'argot des faubouriens.
L'analogie, pour être assez exacte, n'est pas trop révérencieuse;
en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges,
connue de tout le monde, le Sourd ou l'Auberge pleine: «Je
ne voudrais pas payer madame Legras—double!» dit Dasnières
en parlant de l'aubergiste, femme aux robustes appas.
Castigat ridendo mores, le théâtre!
C'est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.
228
- GRAS-DOUBLIER, s. m. Plombier,—dans
l'argot des voleurs.
- GRATIS, s. m. Crédit,—dans
l'argot des marchands de vin.
- GRATOU, s. m. Rasoir,—dans
l'argot des voleurs.
- GRATOUILLE, s. f. Gale,—dans
le même argot.
- GRATOUSE, s. f. Dentelle,—dans
le même argot.
- GRATTE, s. f. Dîme illicite
prélevée sur une étoffe,—dans l'argot des couturières, qui en
prélèvent tant et si fréquemment qu'elles arrivent à s'habiller de
soie toute l'année sans dépenser un sou pour cela. C'est un
vol non puni, mais très punissable.
Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose,—car
eux aussi ont la conscience large.
- GRATTE (La). La gale,—dans
l'argot des faubouriens.
- GRATTE-CUL, s. m. Femme
qui a été jolie comme une rose et n'a rien conservé de sa fraîcheur
et de son parfum,—dans l'argot du peuple, qui ne sait pas que:
«Si la jeunesse est une fleur,
le souvenir en est l'odeur.»
- GRATTÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus.
Se donner une grattée. Se battre à coups de poing.
- GRATTE-PAPIER, s. m. Employé,
clerc d'huissier, expéditionnaire etc.,—tous les scribes
enfin.
- GRATTER, v. n. et a. Prélever
un morceau plus ou moins considérable sur une pièce d'étoffe,—de
façon à pouvoir trouver un gilet dans une redingote et un
tablier dans une robe.
- GRATTOIR, s. m. Rasoir,—dans
l'argot du peuple.
Se passer au grattoir. Se raser.
- GRAVEUR SUR CUIR, s. m. Cordonnier,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent le tranchet
pour un burin.
- GREC, s. m. Filou, homme
qui triche au jeu,—dans l'argot des ennemis des Hellènes.
Le mot a une centaine d'années de bouteille.
- GRECQUERIE, s. f. Tricherie,
art ou science des grecs.
Le mot a été créé par Robert-Houdin.
- GRÉER (Se), v. réfl. S'habiller,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de
marine.
- GREFFER, v. n. Mourir de
faim,—dans l'argot des voyous.
- GREFFIER, s. m. Chat,—dans
l'argot des faubouriens, qui n'aiment pas les gens à robe noire,
et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l'on
sent la griffe.
- GRÊLE, s. f. Petite vérole,—dans
l'argot du peuple.
On dit d'un homme dont le visage porte des traces de virus
variolique: Il a grêlé sur lui.
- GRÊLE, s. m. Patron, maître,—dans
l'argot des tailleurs.
Le grêle d'en haut. Dieu.
229
Grêlesse. Patronne.
- GRELOT, s. m. La voix humaine,—dans
l'argot des faubouriens.
Faire entendre son grelot. Parler.
- GRELU, s. m. Blé,—dans
l'argot des voleurs, qui font sans doute allusion à la gracilité de
cette graminée.
- GRELUCHON, s. m. Amant de
cœur,—dans l'argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur
de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du
XVIIIe siècle.
- GRELUCHONNER, v. n. Se
conduire en greluchon, comme se conduisent beaucoup de jeunes
gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de
petits articles de petite littérature dans de petits journaux.
- GRENADIER, s. m. Pediculus,—dans
l'argot des enfants, dont les mères assurent que c'est «la
santé», et qui tous pourraient servir de modèles au fameux tableau
de Murillo.
- GRENAFE, s. f. Grange.—dans
l'argot des voleurs.
- GRENIER A COUPS DE POING,
s. m. Femme d'ivrogne,—dans l'argot du peuple.
- GRENIER A COUPS DE SABRE,
s. m. Fille à soldats.
- GRENIER A LENTILLES, s. m.
Homme dont le visage est marqué de la petite vérole.
- GRENIER A SEL, s. m. La tête,
siège de l'esprit.
- GRENOUILLARD, s. m. Buveur
d'eau.
- GRENOUILLE, s. f. Prêt de la
compagnie,—dans l'argot des troupiers.
Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie.
S'emploie aussi, dans l'argot
du peuple, pour signifier: Dépenser l'argent d'une société, en dissiper
la caisse.
- GRENOUILLE, s. f. Femme,—dans
l'argot des faubouriens, qui emploient cette expression
injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font
les femmes en échangeant des caquets.
- GRENOUILLER, v. n. Boire de
l'eau.
- GRENOUILLÈRE, s. f. Établissement
de bains.
- GRÈVE, s. f. Cessation de
travail,—dans l'argot des ouvriers, qui avaient, il y a quelques
années encore, l'habitude de se réunir sur la place de l'Hôtel-de-Ville.
Faire grève. Cesser de travailler
et se réunir pour se concerter sur les moyens d'augmenter le
salaire.
On dit aussi Se mettre en grève.
- GRIBLAGE, s. m. Plainte, cri,
reproche,—dans l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Gourpline.
- GRIBOUILLAGE, s. m. Écriture
mal formée; dessin confus, incohérent. Argot du peuple.
On dit aussi Gribouillis.
- GRIBOUILLER, v. a. et n.
230
Écrire illisiblement, dessiner incorrectement.
- GRIBOUILLETTE, s. f. Objet
quelconque lancé au milieu d'enfants,—dans
l'argot des écoliers, qui se bousculent alors pour
s'en emparer. Cela constitue un jeu.
Jeter une chose à la gribouillette.
La lancer un peu au hasard,—dans
l'argot du peuple.
- GRIF, adj. Froid,—dans
l'argot des voleurs.
Grielle. Froide.
- GRIFFER, v. a. Saisir, prendre,
dérober,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Agriffer.
- GRIGNON, s. m. Morceau, de
pain spécialement.
- GRIGNOTTER, v. n. Faire de
maigres profits, et surtout des profits illicites.
- GRIGOU, s. m. Avare, homme
qui vit sordidement.
«Ce grigou, d'un air renfrogné
Lui dit: Malgré ton joli nez...»
a écrit l'abbé de Lattaignant.
- GRIL, s. m. Charpente légère
et à jour qui s'étend au-dessus de la scène et où s'accrochent les
frises. Argot des coulisses.
- GRILLER UNE (En), v. a. Fumer
une pipe ou une cigarette,—dans l'argot des artistes et des
ouvriers.
- GRIME, s. m. Rôle de vieux,—dans
l'argot des coulisses.
- GRIMOIRE, s. m. Le Code
pénal,—dans l'argot des voleurs.
Grimoire mouchique. Les sommiers judiciaires.
On dit aussi Grinchisseur.
- GRINCHEUX, s. et adj. Homme
difficile à vivre,—dans l'argot du peuple et des gens de
lettres.
- GRINCHIR, v. a. Voler quelque
chose.
On dit aussi Grincher.
Grinchir à la cire. Voler des
couverts d'argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
- GRINCHISSAGE, s. m. Vol.
(V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage:
à la limonade, à la desserte, au voisin,
aux deux lourdes, etc.)
- GRINCHISSEUR A LA CHICANE,
s. m. Voleur adroit, qui travaille sans compère.
- GRINGALET, s. m. Gamin,
homme d'apparence chétive,—dans l'argot des faubouriens.
- GRINGUENAUDES, s. f. pl.
Ordures des environs du podex,—dans l'argot du peuple qui
sent souvent le faguenat à cause de cela.
- GRIPPE, s. f. Caprice, mauvaise
humeur contre quelqu'un,—dans l'argot des bourgeois.
Avoir en grippe. Ne pas pouvoir
supporter quelqu'un ou quelque chose.
Prendre en grippe. Avoir de
l'aversion pour quelqu'un ou quelque chose.
- GRIPPER, v. a. Chiper, et
231
même voler,—dans l'argot du peuple.
- GRIPPE-JÉSUS, s. m. Gendarme,—dans
l'argot des voleurs.
- GRIPPE-SOUS, s. m. Usurier,
avare,—dans l'argot du peuple.
- GRIS, adj. Cher, précieux,—dans
l'argot des voleurs.
Grise. Chère, aimable.
- GRISAILLE, s. f. Sœur de charité,—dans
l'argot des faubouriens qui savent qu'on appelle
ces saintes filles des sœurs grises.
- GRISE, s. f. Chose extraordinaire
et désagréable,—dans l'argot du peuple.
En voir de grises. Peiner, pâtir.
En faire voir de grises. Jouer
des tours désagréables à quelqu'un.
- GRISERIE, s. f. Ivresse légère,—dans
l'argot des bourgeois.
- GRIS JUSQU'À LA TROISIÈME
CAPUCINE (Être). Être en complet état d'ivresse, à en déborder,—dans
l'argot des troupiers, qui savent que la troisième capucine
est près de la bouche du fusil.
- GRISOTTER (Se), v. réfl. Se
griser légèrement, honnêtement, pour ainsi dire,—dans l'argot
des bourgeois, ennemis des excès parce qu'ils sont amis de la vie.
- GRIVE, s. f. La garde,—dans
l'argot des voleurs, qui se rappellent
peut-être que les soldats s'appelaient autrefois des grivois.
Corps de grive.—Corps de
garde.
Harnais de grive. Uniforme.
- GRIVIER, s. m. Soldat.
- GRIVOIS, s. m. Libertin,—dans
l'argot du peuple.
- GRIVOISE, s. f. Fille ou femme
qui se plaît dans le commerce des hommes riches.
- GROGNARD, s. m. Homme
chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse.
L'expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de
l'empire, comme on serait tenté de le croire: elle se trouve dans
le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709.
On dit aussi grognon.
- GROGNE, s. f. Mauvaise humeur,
chagrin.
- GROGNER, v. n. Se plaindre;
gronder sans raison.
- GROLLER, v. n. Murmurer
d'une façon désagréable, gronder, faire un bruit semblable à celui
que fait en criant le freux, ou plutôt la grolle, une corneille.
Signifie aussi: Remuer des tiroirs,
ouvrir et fermer des portes,—et
alors c'est un verbe actif.
- GROMIAU, s. m. Enfant, gamin,—dans
l'argot des faubouriens.
- GROS, adv. Beaucoup,—dans
l'argot du peuple.
Coucher gros. Dire quelque
chose d'énorme.
Gagner gros. Avoir de grands
bénéfices.
Il y a gros à parier. Il y a de
nombreuses chances pour que...
Tout en gros. Seulement.
- GROS LÉGUMES, s. m. pl. Les
232
officiers supérieurs,—dans l'argot des troupiers.
- GROS LOT, s. m. Mal de Naples.
- GROS NUMÉRO, s. m. Prostibulum.
- GROS PAPA, s. m. Homme
bon enfant, rond de caractère comme de ventre, ayant ou non des enfants.
On dit aussi Gros père.
- GROSSE CAVALERIE, s. f. Cureurs
d'égout,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion aux
grosses bottes de ces ouvriers troglodytes.
- GROSSE CAVALERIE, s. f. Figurantes
du corps de ballet qu'on ne fait jamais donner,—dans
l'argot des gandins, à qui cette grosse cavalerie fait toujours donner.
- GROSSIER COMME DU PAIN
D'ORGE, adj. Extrêmement brutal, dans l'argot des bourgeois amis
du pain blanc et des discours amènes.
- GROUCHY, s. m. Retardataire,
flâneur,—dans l'argot du peuple. Passé de mode.
- GROUCHY, s. m. Article qui
arrive trop tard à l'imprimerie.—dans l'argot des journalistes.
L'expression est d'H. de Balzac.
On dit aussi Rappel de Waterloo.
- GROUILLER, v. n. Remuer,
s'agiter,—dans l'argot du peuple.
- GROUILLIS-GROUILLOT, s. m.
Foule de gens ou d'animaux,—par allusion à leurs mouvements
vermiculaires.
Ce mot fait image et mérite
d'être conservé, malgré sa trivialité.
- GROUIN, s. m. Visage,—dans
l'argot des faubouriens, qui n'ont pas le moindre respect pour
le «miroir de l'âme».
- GROUMER, v. n. Gronder,
murmurer,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie
de marine.
- GRUE, s. f. Femme entretenue,
que la Nature a douée d'autant de bêtise que de beauté, et
qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là.
C'est un mot heureux que les
gens de lettres ont trouvé là pour
répondre à l'insolence des filles
envers les honnêtes femmes.
Bécasses! disaient-elles. Grues!
leur répond-on.
Mais ce mot, dans ce sens péjoratif,
n'est pas né d'hier, il y a
longtemps que le peuple l'emploie
pour désigner un niais, un sot,
un prétentieux.
- GRUERIE, s. f. Bêtise rare,—comme
il en sort tant de tant de jolies bouches.
- GRUGER, v. a. Manger le bien
de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
Les gens de lettres écrivent
grue-ger, par allusion aux mœurs
des grues,—ces Ruine-maison!
Grugeur, s. m. Parasite,
faux ami qui vous aide à vous
ruiner, comme si on avait besoin
d'être aidé dans cette agréable
besogne.
233
- GUANO, s. m. Fèces, non pas
des phénicoptères des mers du Sud, mais de l'homme,—dans
l'argot des faubouriens, qui aiment les facéties grasses et remuent
volontiers la lie de l'esprit pour en dégager les parfums
nauséabonds au nez des autres et même à leur propre nez.
- GUELTE, s. f. Bénéfice (geld)
qu'on abandonne aux commis d'un magasin qui sont parvenus
à vendre un objet jugé invendable. Grâce à la faconde des gaudissards
modernes, il est rare qu'un rossignol reste sur les rayons, et
leur guelte s'en accroît d'autant.
- GUENILLON, s. m. Fille ou
femme mal habillée,—dans l'argot des bourgeoises, qui ne tolèrent
pas les infractions à la mode.
- GUENON, s. f. Femme laide
ou corrompue,—dans l'argot du peuple.
C'est la trot des Anglais.
On dit aussi Guenippe et Guenuche.
- GUÉRETS, s. m. pl. Les blés
mûrs,—dans l'argot des Académiciens.
- GUÉRITE, s. f. Chapelle,—dans
l'argot des marbriers de cimetière, qui s'y réfugient au moment
des averses.
- GUETTE, s. f. Gardien,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela à propos des chiens.
Bonne guette. Chien qui aboie
quand il faut, pour avertir son maître.
Être de guette. Aboyer aux voleurs,
ou aux étrangers.
- GUEULARD, s. m. Gourmand.
Signifie aussi Homme qui parle
trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.
- GUEULARD, s. m. Poêle,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Bissac.
- GUEULARDE, s. f. Poche,—dans
le même argot.
- GUEULARDISE, s.f. Gourmandise,—dans
l'argot du peuple.
- GUEULE, s. f. Visage.
Bonne gueule. Visage sympathique.
Casser la gueule à quelqu'un.
Lui donner des coups de poing en pleine figure.
Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.
- GUEULE, s. f. Appétit énorme.
Être porté sur sa gueule. Aimer
les bons repas et les plantureuses ripailles.
Donner un bon coup de gueule.
Manger avec appétit.
Bonne gueule. Bouche fraîche,
saine, garnie de toutes ses dents.
- GUEULE DE BOIS, s. f. Ivresse,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont voulu exprimer son résultat
le plus ordinaire.
Se sculpter une gueule de bois.
Commencer à se griser.
- GUEULE D'EMPEIGNE, s. f.
Homme qui a une voix de stentor ou qui mange très chaud ou
très épicé.
Avoir une gueule d'empeigne.
Avoir le palais assuré contre l'irritation
que causerait à tout autre
234
l'absorption de certains liquides
frelatés.
On dit aussi Avoir la gueule ferrée.
Chercher la gueulée. Piquer l'assiette.
Signifie aussi une grosse bouchée.
- GUEULÉES, s. f. pl. Paroles
fescennines, et même ordurières.
- GUEULE ENFARINÉE (Avoir la).
Être alléché par quelque chose, par une promesse de dîner ou
d'amour et se créer par avance une indigestion ou une félicité
sans pareilles.
- GUEULE FINE, s. f. Gourmet.
- GUEULER, v. n. Crier, gronder.
Signifie aussi Parler.
- GUEULETON, s. m. Repas plantureux,
ou simplement Repas.
Fin gueuleton. Ripaille où tout
est en abondance, le vin et la viande.
- GUEULETONNER, v. n. Faire
un gueuleton.
- GUEUSAILLER, v. n. Vagabonder,
mendier,—dans l'argot des bourgeois.
- GUEUSAILLE, s. f. La canaille.
- GUEUSARD, s. m. Polisson.
- GUEUSE, s. f. Drôlesse qui exploite
le plus pur, le plus exquis des sentiments humains, l'amour,
et «s'en fait des tapis de pieds»,—pour employer l'abominable
expression que j'ai entendu un jour sortir, comme un crapaud
visqueux, de la bouche de l'une d'elles.
Courir les gueuses. Fréquenter
le monde interlope de Breda-Street.
En 1808 on disait: Courir la
gueuse.
- GUEUSERIE, s. f. Action vile,
honteuse, comme les coquins en peuvent seuls commettre.
- GUEUX, s. m. Petit pot de
terre qu'on emplit de cendres rouges et que les marchandes en
plein vent et les bonnes femmes pauvres placent sous leurs pieds
pour se chauffer.
- GUEUX, s. m. Coquin,—dans
l'argot du peuple, qui, d'un seul mot, prouve ainsi éloquemment
que le Vice est le fils naturel de la Misère.
- GUEUX D'ARGENT! Expression
du même argot, qui équivaut à l'argentum sceleratum
(c'est-à-dire causa omnium scelerum) de l'argot des convives de
Trimalcion, dans Pétrone. C'est un cri que poussent depuis longtemps
les misérables et qui retentira longtemps encore à travers
les âges.
- GUIBES, s. f. pl. Jambes,—dans
l'argot des voyous.
- GUIBOLLES, s. f. pl. Jambes,—dans
l'argot des faubouriens.
Jouer des guibolles. Courir, s'enfuir.
- GUICHEMAR, s. m. Guichetier,—dans
l'argot des voyous.
- GUIGNE, s. f. Mauvaise chance,—dans
l'argot des cochers qui ne veulent pas dire guignon.
235
Porter la guigne. Porter malheur.
- GUIGNE A GAUCHE, s. m.
Homme qui louche,—dans l'argot des faubouriens.
- GUIGNER, v. a. Viser, convoiter,
attendre,—dans l'argot du peuple.
- GUIGNON, s. m. Pseudonyme
moderne du vieux Fatum.
Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce
qu'on entreprend.
- GUIGNONNANT, adj. Désagréable.
C'est guignonnant! C'est une fatalité!
On dit aussi—à tort—guignolant.
- GUIGNONNÉ (Être). Être poursuivi
par la déveine au jeu, par l'insuccès dans ce qu'on entreprend.
- GUIMBARDE, s. f. Voiture mal
suspendue, comme les coucous d'il y a cinquante ans,—dans
l'argot des faubouriens, qui emploient aussi cette expression à
propos de n'importe quelle voiture.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne, qui l'emploie
à propos d'une «grande voiture à quatre roues chargée de
marchandises».
Se dit aussi en parlant d'une vieille guitare.
- GUINAL, s. m. Juif,—dans
l'argot des voleurs.
Grand-guinal. Le Mont-de-Piété.
- GUINCHE, s. f. Grisette de bas
étage, habituée de bastringues mal famés.
- GUINCHE, s. f. Bal de barrière,—dans
l'argot des voyous, qui appellent de ce nom la Belle
Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux chêne, rue Mouffetard,
le Salon de la Victoire, à Grenelle, etc.
- GUINCHER, v. n. Danser.
- Guincher (Se). S'habiller à la
hâte,—et mal.
- GUINCHEUR, s. m. Habitué
des bastringues.
- GUINDAL, s. m. Verre,—dans
l'argot des bouchers.
Siffler le guindal. Boire.
- GUINGOIS (De), adv. De travers,—dans
l'argot du peuple.
- GUINGUETTE, s. f. Grisette,—parce
qu'elle hante les bals de barrière.
- GUITARE, s. f. Rengaîne;
plainte banale, blague sentimentale,—dans l'argot des artistes
et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les
beaux vers des Orientales de Victor Hugo.
- GY, adv. Oui,—dans l'argot
des voleurs.
236
237
H
- HABILLÉ DE SOIE, s. m.
Porc,—dans l'argot des faubouriens
et des paysans des environs
de Paris.
- HABILLER, v. a. Médire de
quelqu'un,—dans l'argot du
peuple.
Habiller de taffetas à 40 sous.
Mettre sur le dos de quelqu'un des sottises ou des méchancetés
compromettantes pour sa réputation.
- HABILLER, v. a. Préparer un
animal pour l'étal,—dans l'argot des bouchers.
- HABILLER DE SAPIN (S'), v.
réfl. Mourir,—par allusion au bois dont se composent ordinairement
les cercueils. Argot du peuple.
Les gueux de Londres appellent le cercueil a wooden coat
(un habit de bois ou une redingote en sapin).
- HABIN, Chien,—dans l'argot
des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes
gens.
On dit aussi Happin et Hubin.
Habin ergamé. Chien enragé.
- HABINER, v. a. Mordre.
- HABIT NOIR, s. m. Bourgeois,—dans
l'argot des souteneurs de filles, gens au peuple, et, à cause
de cela, ennemis de l'habit.
Être habit noir. Être par trop
simple, par trop naïf,—comme les bourgeois le sont d'ordinaire
aux yeux des voyous, qui ont une morale différente de la leur.
- HABITONGUE, s. f. Habitude,—dans
l'argot des voleurs.
- HACHER DE LA PAILLE, v. a.
Parler allemand,—dans l'argot des ouvriers.
- HALEINE CRUELLE, s. f.
C'est-à-dire fétide—dans l'argot des gens de lettres, qui ne veulent
pas dire haleine homicide.
Ils disent aussi Haleine à la Domitien.
238
- HALEINER, v. a. Respirer
l'haleine de quelqu'un,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi, au figuré: Flairer,
chercher à deviner ce qu'une personne pense.
- HALLE AUX DRAPS, s. f. Le lit,—dans
l'argot des faubouriens.
Aller à la halle aux draps. Se coucher.
- HALLEBARDE, s. f. Femme
trop grande et mal habillée.
On disait autrefois, et plus justement,
Hallebréda, qui était une
corruption de Halbrené (dépenaillé).
- HALOT, s. m. Soufflet,—dans
l'argot des voleurs.
- HALOTER, v. n. et a. Souffleter.
Signifie aussi Souffler.
- HANNETON, s. m. Manie
quelconque, idée fixe,—dans l'argot de Breda-Street, où les
hannetons-hommes viennent d'eux-mêmes s'attacher le fil à la
patte.
Avoir un hanneton dans le plafond.
Être fou de quelqu'un ou de quelque chose.
Les voyous anglais ont une expression analogue: To have a
bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.
- HANNETONNER, v. n. Se conduire
comme un enfant; avoir des distractions.
- HARAUDER, v. n. Crier après
quelqu'un, le poursuivre d'injures ou de moqueries,—dans l'argot
du peuple.
J'ai respecté l'orthographe dece verbe, que j'ai entendu souvent
après l'avoir lu dans les Matinées du seigneur de Cholières.
Mais, à vrai dire, on devrait l'écrire Haroder, puisqu'il vient
de Haro. Et, à ce propos, qui se douterait que ce dernier mot, si
connu, est composé de l'exclamation Ha! et du nom de Raoul,
premier duc de Normandie?...
- HARDES, s. f. pl. Vêtements.
- HARDI A LA SOUPE, adj.
Homme doué de plus d'appétit que de courage,—gulo.
On dit aussi dans le même sens:
N'avoir de courage qu'à la soupe.
- HARENGÈRE, s. f. Femme du
peuple quelconque, «un peu trop forte en gueule»—dans l'argot
des bourgeoises, qui se souviennent des plaisanteries salées dont
les accablaient jadis les Dames de la Halle, aujourd'hui muselées
par ordonnance de police.
- HARIA, s. m. Embarras; chose
ennuyeuse à faire ou à dire,—dans l'argot du peuple.
J'ai suivi pour ce mot l'orthographe
de Balzac, mais je crois que c'est à tort et qu'il doit s'écrire
sans H, venant probablement de l'italien aria, air,—d'où arietta,
ariette, air de peu d'importance. A moins cependant que Haria ne
vienne d'Hariolus, sorcier.
- HARICANDER, v. n. Chamailler
quelqu'un sur des vétilles; être de mauvaise composition.
- HARICOTS, s. m. pl. Maison
d'arrêt de la garde nationale, où il est de tradition—fausse—que
l'ordinaire de cette prison pour rire se compose de légumes,
comme celui des prisons sérieuses.
239
On dit aussi l'Hôtel des Haricots.
Aug. Villemot prétend que cette expression est une
corruption d'Hôtel Darricau. Il a peut-être raison.
- HARIDELLE, s. f. Femme maigre
et grande.
On dit aussi, mais en moins mauvaise part, Haquenée.
- HARNACHÉ, adj. Mal habillé.
- HARPE, s. f. Barreaux de fer
qui garnissent les fenêtres des prisons,—dans l'argot des voleurs.
Pincer de la harpe. Se mettre à
la fenêtre.
- HARPIE, s. f. Femme acariâtre
comme la femme de Socrate,—dans l'argot des bourgeois,
qui ont souvent le malheur d'épouser une Xantippe.
- HARPIGNER (Se), v. réfl. Se
quereller, se battre,—dans l'argot du peuple.
- HASARD! Expression de l'argot
des typographes, qui s'en servent ironiquement à propos de
choses qu'on répète trop souvent devant eux.
Souvent ils se contentent de dire H!
- HASARD DE LA FOURCHETTE
(Au). Expression proverbiale de l'argot du peuple, qui, après
l'avoir longtemps employée au propre, l'emploie maintenant au
figuré.
C'est l'équivalent de Au petit bonheur.
- HASARDER LE PAQUET. Tenter
une chose, fortune ou danger, après avoir longtemps hésité.
- HAUS, s. m. Nom que les
commis de nouveautés donnent à toute personne qui entre dans
le magasin, y marchande plusieurs choses, et s'en va sans
rien acheter.
- HAUSSIER, s. m. Spéculateur
qui joue plus souvent à la hausse qu'à la baisse,—dans l'argot
des boursiers.
- HAUT-DE-TIRE, s. m. Bas,—dans
l'argot des voleurs, pour qui ce mot a signifié originairement
Haut-de-chausses.
Ils disent aussi Tirants.
- HAUTE, s. f. La fraction riche
de chaque classe de la société, bourgeois, lorettes, et même ouvriers.
Cette expression, très employée
par le peuple et par le monde interlope, appartient à l'argot des
voleurs, qui se sont divisés en deux grandes catégories, Haute
et basse pègre.
- HAUTE-BICHERIE, s. f. «Les
plus élégantes et les plus connues d'entre les coureuses parisiennes,
reines d'un jour qui ne font que paraître et disparaître sur le boulevard,
leur champ de bataille.»
- HAUT-MAL, s. m. L'épilepsie,—dans
l'argot du peuple.
- HAUTOCHER, v. n. Monter,—dans
l'argot des voleurs.
- HAUT-ET-BAS, s. m. pl.
Chances diverses de bonheur et de malheur, de perte et de gain,
de tristesse et de joie,—dans l'argot du peuple, qui connaît le
jeu de bascule de la vie.
Avoir des hauts et des bas. N'avoir
240
pas de position solide, de commerce à l'abri de la ruine.
Les Anglais ont la même expression:
the ups and downs, disent-ils
à propos de ces vicissitudes
de l'existence.
- HERBE A GRIMPER, s. f. Belle
gorge ou belles épaules,—éperons du cœur, compulsoires d'amour.
- HERBE SAINTE, s. f. L'absinthe,—à
cause de la désinence, et par antiphrase.
- HERBES DE LA SAINT-JEAN,
s. f. pl. Moyens extraordinaires employés pour faire réussir une
affaire, soins excessifs donnés à une chose,—dans l'argot du
peuple, qui a une Flore à lui, comme il a sa Faune.
- HIATER, v. n. Bâiller, s'entr'ouvrir
comme hiatus.
L'expression appartient à J. Janin,
qui l'a employée à propos des guenilles indécentes de Chodruc
Duclos.
- HIBOU, s. m. Homme d'un
commerce difficile et désagréable,—dans l'argot des bourgeois,
incapables de comprendre les susceptibilités sauvages d'Alceste,
qui préférait la nuit avec son silence solennel au jour avec ses
bruits discordants, et le désert avec les loups à la ville avec les
hommes.
- HIC, s. m. Difficulté, obstacle,
ennui quelconque. Hic jacet lepus.
Voilà le hic. Voilà le difficile
de l'affaire, son côté scabreux, ou périculoseux, ou seulement
désagréable.
- HIRONDELLE, s. f. Ouvrier
récemment débarqué de province,—dans l'argot des tailleurs.
- HIRONDELLE, s. f. Commis
voyageur,—dans l'argot des faubouriens.
- HIRONDELLE, s. f. Cocher de
remise,—dans l'argot des cochers de place.
- HIRONDELLE DE GRÈVE, s. f.
Gendarme,—dans l'argot des voleurs, qui se souviennent du
temps où l'on exécutait en Grève.
On disait autrefois, avant Guillotin,
Hirondelle de potence.
Les voleurs anglais disent de
même: gallows bird.
- HIRONDELLES D'HIVER, s. f.
pl. Les marchands de marrons, et aussi les petits ramoneurs,
parce que c'est au milieu de l'automne, aux approches de l'hiver,
que les premiers viennent s'installer dans les boutiques des
marchands de vin, et que les seconds font leur apparition dans
les rues de Paris.
- HISTOIRE, s. f. Bagatelle,
chose de rien, fadaise,—dans l'argot du peuple, qui donne ce
nom à tout ce qui n'en a pas
pour lui.
- HISTOIRE, s. f. Visage de campagne
que découvrent si volontiers et si innocemment les petits
garçons et les petites filles.
- HISTOIRES, s. f. pl. Discussion
à propos de quelque chose,—et surtout à propos de rien.
Faire des histoires. Se fâcher
sans motif raisonnable; exagérer
241
un événement de peu d'importance.
- HOGNER, v. n. Murmurer, se
plaindre, pleurer.
- HOMARD, s. m. Soldat de la
ligne,—dans l'argot des faubouriens, qui, sans connaître l'anglais,
imitent cependant les malfaiteurs de Londres appelant les
soldats de leur pays lobsters, à cause de la couleur rouge de leur
uniforme.
Signifie aussi: Suisse; domestique
en grande livrée.
- HOMÉLIE, s. f. Discours ennuyeux,—dans
l'argot du peuple, qui se soucie peu des Pères de l'Église, et bâille aussi
volontiers devant un sermon profane que Gil Blas devant les sermons
religieux de l'archevêque de Grenade.
- HOMICIDE, s. m. L'hiver,—dans
l'argot des vagabonds, pour qui cette saison est en effet meurtrière.
- HOMMASSE, adj. Femme que
son embonpoint exagéré rapproche trop de l'homme,—dans
l'argot du peuple.
- HOMME, s. m. «Nom que
les filles donnent à leur amant de prédilection.»
C'est aussi le nom que les femmes du peuple donnent à leur
mari.
- HOMME A FEMMES, s. m.
Homme de galante humeur,—dans l'argot du peuple.
- HOMME A CASQUE, s. m. Saltimbanque,
dentiste en plein vent, pédicure de place publique, etc.
- HOMME AU SAC, s. m. Personne
riche, généreuse,—dans l'argot des petites dames qui
voudraient que l'Humanité ne fût composée que de ces hommes-là.
- HOMME DE LETTRES, s. m.
Faussaire,—dans l'argot des voleurs.
- HOMME DE PAILLE, s. m. Gérant
responsable, machine à signatures,—dans l'argot des
bourgeois.
Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite,
devaient inventer le man of straw,—et l'homme de paille fut.
- HOMME DE PAILLE, s. m.
Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre,—dans l'argot
du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois
cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords:
«Jean qui estoit homme de paille,
N'ayant que mettre sous la dent,
Prit une vieille et de l'argent:
Maintenant il vit et travaille.»
- HOMME DE PEINE, s. m. Voleur
qui a déjà subi une ou plusieurs condamnations.
- HOMMELETTE, s. f. Homme
qui n'a rien des qualités et des vices de l'homme,—dans l'argot
du peuple, ami «des lurons».
- HONNÊTE, adj. Plus que suffisant,—dans
l'argot des bourgeois.
- HÔPITAL, s. m. Prison,—dans
242
l'argot des voleurs, dont la conscience est souvent malade.
- HORION, s. m. Coup donné
ou reçu.
- HORLOGER, s. m. Le Mont-de-Piété,—dans
l'argot des ouvriers, qui y portent volontiers
leur montre lorsqu'elle retarde de 20 francs.
- HORREUR D'HOMME, s. f.
Homme qui fait rougir et que l'on n'ose pas chasser,—dans
l'argot des bourgeoises, qui commencent à se shockigner comme
les ladies anglaises.
- HORREURS, s. f. pl. Ce que
Cicéron appelle turpitudo verbarum,—dans
l'argot des bourgeois.
Dire des horreurs. Tenir des
propos plus que grivois.
Dire des horreurs de quelqu'un.
L'accuser de choses monstrueuses, invraisemblables,—par
exemple d'avoir volé les tours Notre-Dame.
Faire des horreurs. Agir trop librement.
- HOSTO, s. m. Prison,—dans
l'argot des ouvriers.
- HÔTEL DE LA MODESTIE, s.
m. Hôtel garni, mauvaise auberge,—dans l'argot des faubouriens,
qui savent que les locataires de ces maisons-là n'ont
pas le droit de faire les fiers.
Ils disent aussi Être logé à l'enseigne des Haricots.
- HÔTEL DU RAT QUI PÈTE, s.
m. Cabaret populacier,—dans l'argot des marbriers de cimetière.
- HOTTERIAU, s. m. Chiffonnier,—dans
l'argot des faubouriens.
- HOUPE DENTELÉE, s. f. Lien
de fraternité,—dans l'argot des francs-maçons.
- HOURVARI, s. m. Vacarme,
dispute bruyante,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté ce
mot en l'altérant à l'argot des chasseurs. V. Boulvari.
- HOUSPILLER, v. a. Maltraiter
quelqu'un par paroles ou par action.
- HUCHER, v. a. Appeler quelqu'un,
crier après lui.
- HUGREMENT, adv. Beaucoup,
victorieusement,—dans l'argot des faubouriens.
- HUILE, s. f. Vin,—dans
l'argot du peuple, qui oint ses membres avec cette onctueuse
liqueur.
Pomper les huiles. Boire avec excès.
- HUILE, s. f. Soupçon,—dans
l'argot des voyous.
- HUILE BLONDE, s. f. Bière,—dans
l'argot des étudiants, habitués des brasseries.
- HUILE DE BRAS, s. f. Vigueur
physique, volonté de bien faire, qui remplace avantageusement
l'huile pour graisser les ressorts de notre machine. Argot du peuple.
On dit aussi Huile de poignet.
- HUILE DE COTRET, s. f. Coups
de bâton,—dans l'argot des ouvriers, qui, dans les jours
gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers pour
243
demander un litre de cette huile-là.
La plaisanterie et l'expression sortent du roman de Cervantès.
- HUILE DE MAINS, s. f. L'argent,
qui vous glisse toujours entre les doigts,—dans l'argot
du peuple, plagiaire involontaire des voyous anglais: Oil of palms
disent ces derniers.
- HUIT, s. m. Entrechat,—dans
l'argot des troupiers.
Battre un huit. S'en aller gracieusement
en pirouettant sur les talons.
- HUIT ÉCUS, s. m. La mésange,—dans
l'argot des paysans des environs de Paris, qui
ont voulu faire allusion au chant de cet oiseau.
- HUÎTRE, s. f. Mucosité expectorée,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent les produits
des cryptes muqueuses des bronches pour des mollusques
acéphales.
Faire des huîtres. Cracher beaucoup
et malproprement.
- HUÎTRE, s. f. Imbécile,—dans
l'argot du peuple, qui jette volontiers ses coquilles à la tête
des gens.
Le parti des huîtres. Nom qu'on a donné, sous Louis-Philippe
aux députés du centre, gens satisfaits,—et attachés à
leurs bancs.
- HUIT-RESSORTS, s. m. Voiture
à la mode, coupé de petite dame.
Se dit aussi pour la Petite dame elle-même.
- HUÎTRIFIER (S'). S'embourgeoiser,
se parquer dans une vie casanière.—Argot des gens de
lettres.
- HUMECTER (S'), v. réfl.
Boire,—dans l'argot des ouvriers qui avaient assez de poussières
malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu le
palais.
- HUMIDE EMPIRE (L'). La
mer,—dans l'argot des académiciens.
Ils disent de même Les plaines humides.
La première expression peut s'appliquer aussi justement à
l'Egout collecteur, et la seconde aux prairies suffisamment irriguées.
- HUMORISTE, s. m. Écrivain
de l'école de Swift et de Sterne en Angleterre, et de Jean-Paul
Richter et Henri Heine en Allemagne,—dans
l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté
le mot (humourist) et la littérature qu'il représente.
- HUMOUR, s. m. Mélange
d'esprit et de sentiment, de gaieté et de mélancolie, d'ironie
et de tendresse, qui se rencontre à foison chez les écrivains anglais,
et qu'on remarque depuis une quarantaine d'années chez
quelques-uns des écrivains français, Charles Nodier, Gérard de
Nerval, etc. Argot des gens de lettres.
- HUPPÉ, adj. Bien habillé,—dans
l'argot du peuple.
Monsieur huppé. Personne de distinction.
244
- HURÉ, adj. Riche,—dans
l'argot des voleurs.
- HURLUBERLU, s. m. Homme
fantasque, excentrique, étourdi, et même un peu fou. Argot du
peuple.
- HURON, s. m. Homme rude
d'aspect et de langage,—dans l'argot des bourgeois, qui n'aiment
pas Alceste.
- HUS-MUS! Grand merci,—dans
l'argot des voleurs.
- HUSSARD A QUATRE ROUES,
s. m. Soldat du train,—dans l'argot des troupiers.
- HUSSARD DE LA GUILLOTINE,
s. m.Gendarme,—dans l'argot des prisons.
On dit aussi Hussard de la veuve.
- HYDRE DE L'ANARCHIE (L').
Le socialisme,—dans l'argot des bourgeois qui ont peur de
leur ombre.
- HYDROPIQUE, adj. et s. Fille
ou femme enceinte,—dans l'argot facétieux du peuple.
- HYMÉNÉE, s. m. Mariage,—dans
l'argot des académiciens.
Serrer les liens ou les nœuds de
l'hyménée. Se marier.
245
I
- ICIGO, adv. Ici,—dans l'argot
des voleurs.
Ils disent aussi Icicaille.
- IDÉE, s. f. Petite quantité de
quelque chose, solide ou liquide,—dans l'argot du peuple.
Cette expression est de la
même famille que scrupule, larme,
soupçon et goutte.
- IDÉES, s. f. pl. Soupçons jaloux,—dans
l'argot des bourgeoises.
Se forger des idées. Concevoir des soupçons sur la fidélité d'une
femme.
- IDIOT, s. m. Aménité de l'argot
des gens de lettres, qui l'adressent volontiers aux confrères
qui leur déplaisent.
- IDIOTISME, s. m. Bêtise complète;
ânerie renversante.
- IL A PLU SUR SA MERCERIE.
Se dit—dans l'argot des gens de lettres et des rapins—d'une
femme autrefois très avantagée par la Nature, et maintenant
tout à fait désavantagée par la Vie.
On connaît l'effet désastreux de la pluie sur les étoffes—sur
les étoffes de satin principalement.
- IL EST MIDI! Exclamation de
l'argot des faubouriens, pour avertir quelqu'un qui parle d'avoir
à se méfier des gens devant lesquels il parle.
On dit aussi Il est midi et demi.
- ILLICO, adv. Sur-le-champ,
tout de suite,—dans l'argot du peuple.
- ILLICO, s. m. Potion improvisée,—dans
l'argot des pharmaciens, qui composent ordinairement
ce garus de teinture de cannelle, de sucre et d'alcool.
- IL N'Y A PAS DE BON DIEU!
Phrase elliptique de l'argot du peuple, qui ne sent pas le fagot
autant qu'on pourrait le croire au premier abord; elle signifie
246
simplement, dans la bouche de l'homme le plus en colère:
«Malgré tout, je ferai ce que je veux faire, rien ne m'arrêtera.»
- IL PLEUT! Terme de refus
ironique,—dans l'argot des gamins et des ouvriers.
- IL PLEUT! Exclamation de
l'argot des typographes, pour annoncer la présence d'un étranger
dans l'atelier.—Exclamation de l'argot des francs-maçons,
pour s'avertir mutuellement de l'intrusion d'un profane
dans une réunion.
- IL TOMBERA UNE ROUE DE
VOTRE VOITURE! Phrase souvent employée,—dans l'argot
du peuple—à propos des gens trop gais ou d'une gaieté intempestive.
- IMAGE, s. f. Lithographie,
gravure, dessin,—dans l'argot des enfants et du peuple, ce
grand enfant.
- IMBIBER (S'), v. réfl. Boire,—dans
l'argot des faubouriens.
- IMBRIAQUE, s. f. Écervelé,
excentrique, maniaque,—dans l'argot du peuple.
A signifié autrefois Homme pris de vin.
Nous ne sommes pas loin de l'ebriacus de Plaute.
- IMMEUBLE, s. m. Maison,—dans
l'argot des bourgeois.
- Immortel, s. m. Académicien,—dans
l'argot ironique des gens de lettres, qui savent
très bien que l'Institut est un Léthé.
Les quarante immortels. Les
quarante membres de l'Académie à tort dite Française.
- IMPAIR, s. m. Insuccès, fiasco,—dans
l'argot des artistes.
- IMPAVIDE, adj. Impassible,
que rien ou personne n'émeut.
J'ai employé cette expression
il y a quatre ou cinq ans, quelques-uns de mes confrères l'ont
employée aussi,—et maintenant elle est dans la circulation.
- IMPAYABLE, adj. Qui est
d'une haute bouffonnerie, d'un caractère extrêmement plaisant.—dans
l'argot du peuple, qui emploie ce mot à propos des
choses et des gens.
- IMPAYABLE, adj. Etonnant à
force d'exigences, ennuyeux à force de caprices,—dans l'argot
de Breda-Street.
- IMPÈRE, s. f. Apocope d'Impériale,—dans
l'argot des faubouriens.
- IMPOSSIBLE, adj. Extravagant,
invraisemblable à force d'être excentrique.—Argot des gens
de lettres.
- IMPURE, s. f. Femme entretenue,—dans
l'argot des vieux galantins, qui ont conservé les
traditions du Directoire.
- INCOMMODE, s. m. Réverbère,—dans
l'argot des malfaiteurs, ennemis-nés des lumières.
- INCONGRUITÉ, s. f. Ventris crepitus,
ou Ructus,—dans l'argot des bourgeois, qui oublient
que leurs pères éructaient et même crépitaient à table sans la
moindre vergogne.
247
Faire une incongruité. Crepitare vel eructare.
Dire une incongruité. Dire une
gaillardise un peu trop poivrée,—turpitudoverborum.
- INCONOBRÉ, s. et adj. Inconnu,
étranger,—dans l'argot des voleurs.
- INCONSÉQUENCE, s. f. Infidélité
galante,—dans l'argot de Breda-Street, où le manque de
probité en amour est naturellement considéré comme péché
véniel.
- INCONSÉQUENTE, s. f. Femme
qui change souvent d'amants, soit parce qu'elle a la papillonne
de Fourier, soit parce qu'ils n'ont pas la fortune de M. de
Rothschild.
- INCONVÉNIENT, s. m. Infirmité,—dans
l'argot du peuple.
Avoir l'inconvénient de la bouche.
Mériter cette épigramme de
Tabourot à Punaisin:
«Tu t'esbahis pourquoy ton chien,
Les estrons de sa langue touche:
Se peut-il pas faire aussi bien
Qu'il lesche ta lèvre et ta bouche?»
Avoir l'inconvénient des pieds.
Suer outrageusement des pieds.
- INCROYABLE, s. m. Le gandin
du Directoire.
On prononçait Incoïable.
- INDÉCROTTABLE, adj. Incorrigible,—dans
l'argot des bourgeois.
- INEXPRESSIBLE, s. m. Pantalon,—dans
l'argot des Anglaises pudiques, qui est devenu celui des gouailleurs parisiens.
- INFANTE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des troupiers.
Les infantes étant les filles puînées des rois d'Espagne et de
Portugal, sont supposées belles, et l'on sait que tous les amants
jouent volontiers de l'hyperbole à propos de leurs maîtresses:
ils disent «mon infante» comme ils disent «ma reine».
Une couronne leur coûte moins à donner avec les lèvres qu'une
robe de soie avec les mains.
- INFECT, adj. Détestable, mal
écrit,—dans l'argot des gens de lettres qui disent cela à propos
des articles ou des livres de ceux de leurs confrères qu'ils
n'aiment pas, à tort ou à raison.
- INFECT, adj. Peu généreux,—dans
l'argot des petites dames, pour qui ne pas regarder à la
dépense c'est sentir bon, et n'avoir pas d'argent c'est puer.
- INFÉRIEUR, adj. Qui est indifférent;
qui semble peu important. Argot des faubouriens.
Cela m'est inférieur. Cela m'est égal.
- INFIRME, s. et adj. Imbécile,—dans
l'argot du peuple et des gens de lettres.
Jouer comme un infirme. Jouer très mal.
- INGÉNUE, s. f. Jeune fille innocente
et persécutée par les séducteurs auxquels elle résiste
vertueusement—tant que dure son rôle: la toile baissée, c'est
différent. Argot des coulisses.
Cet emploi commence à disparaître
248
des théâtres et des pièces comme trop invraisemblable et
par conséquent ridicule. Les actrices aiment mieux jouer les
travestis.
- INGLICHE, s. m. Anglais,—dans
l'argot des faubouriens, qui prononcent à peu près bien ce
mot, mais qui l'écriraient probablement très mal.
Ils disent aussi Inglichemann (Englishman).
- INGRISTE, s. m. Peintre qui
fait gris comme M. Ingres et exagère la sécheresse et la froideur
de couleur de ce maître. Argot des artistes et des gens de
lettres.
- INGURGITER, v. a. et n. Boire,
ou manger, avaler,—dans l'argot du peuple.
Ce verbe, que n'oseraient pas
employer les gens du bel air, est un des mieux formés et des plus
expressifs que je connaisse: ingurgitare,—qui
évoque naturellement le souvenir du fameux
ingurgite vasto, cet abîme goulu où disparurent les Lyciens, les
fidèles compagnons d'Enée.
On dit aussi S'ingurgiter quelque chose.
- INGURGITER SON BILAN.
Mourir,—dans l'argot des commerçants.
- IN NATURALIBUS. En chemise,
ou nu.
- INODORES, s. m. pl. Water-closets,—dans
l'argot des bourgeois.
- INQUIÉTUDES, s. f. pl. Démangeaisons,—dans
l'argot des faubouriens.
Avoir des inquiétudes dans le mollet. Avoir une crampe.
- Insinuant, s. m. Apothicaire,—dans
l'argot des voleurs, qui ont voulu détrôner
M. Fleurant.
- INSOLPÉ, adj. et s. Insolent,—dans
le même argot.
- INSURGÉ DE ROMILLY, s. m.
Résultat probant de toute bonne digestion. Synonyme de factionnaire,
sentinelle, etc. Cette expression date de 1848 et est due à
une historiette grasse rapportée par le Corsaire de cette époque.
- INTERLOPE, s. et adj. Qui
appartient au monde de la galanterie,—où les smugglers des
deux sexes fraudent sans cesse la Morale, la Pudeur et même
la Préfecture de police.
Le monde interlope. La Bohème galante.
- INTERLOQUER, v. a. Confondre,
stupéfier, humilier,—dans
l'argot du peuple.
- INTIME, s. m. Applaudisseur
gagé,—dans l'argot des coulisses.
- INVALIDE, s. m. Ancienne
pièce de quatre sous,—dans l'argot du peuple.
- Invalo, s. m. Apocope d'Invalide,—dans
l'argot des faubouriens.
- INVITE, s. f. Apocope d'Invitation,—dans
l'argot des joueurs de whist.
- INVITE, s. f. Apocope d'Invitation.—Argot
249
des faubouriens.
Faire une invite à l'as. Solliciter
quelqu'un de vous offrir quelque chose.
- IRLANDE (En)! Obliquement,
à droite ou à gauche,—dans l'argot des gamins, qui emploient
cette expression en jouant au bouchon ou aux billes.
- IROQUOIS, s. m. Imbécile,—dans
l'argot du peuple, qui ne respecte pas assez les héros de
Cooper.
S'habiller en iroquois. D'une
manière bizarre, extravagante.
Parler comme un iroquois. Fort mal.
- ISOLAGE, s. m. Abandon.—dans
l'argot des voleurs.
- ISOLER, v. a. Abandonner.
- ITRER, v. a. Avoir,—dans
le même argot.
C'est un verbe irrégulier.
Ainsi: Ire-tu picté ce luisant? (As-tu bu aujourd'hui?)
- IVOIRE, s. m. Les dents,—dans
l'argot des faubouriens.
Faire un effet d'ivoire. Rire de façon à montrer qu'on a la
bouche bien meublée.
Les voyous anglais disent de même: o flash one's ivory.
- IVROGNER (S'), v. réfl. Avoir
des habitudes d'ivrognerie,—dans
l'argot du peuple.
250
- 251
J
- JABOT, s. m. Estomac,—dans
l'argot des faubouriens, qui savent pourtant bien que l'homme
n'est pas un granivore.
S'arroser le jabot. Boire.
Faire son jabot. Manger.
On dit aussi Remplir son jabot.
L'expression est vieille:
«De ce vin champenois dont j'emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot!»
dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament
(1755).
- JABOT, s. m. Gorge de femme.
Chouette jabot. Poitrine plantureuse.
- JABOTAGE, s. m. Bavardage,—dans
l'argot du peuple.
- JABOTER, v. n. Parler, bavarder.
L'expression se trouve dans
Restif de la Bretonne:
«Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte;
Voyez comme l'esprit
Dans un jeune cœur s'introduit.»
- JABOTEUR, s. m. Bavard.
- JACASSE, s. f. Femme bavarde.
Se dit aussi d'un Homme bavard ou indiscret.
- JACASSER, v. n. Bavarder.
- Jacasseur, s. m. Bavard,
indiscret.
- JACOBIN, s. m. Révolutionnaire,—dans
l'argot des bourgeois, qui singent les aristocrates.
- JACQUE, s. m. Pièce d'un sou,—dans
l'argot des voleurs.
- JACQUE, s. m. Geai,—dans
l'argot du peuple.
- JACQUELINE, s. f. Grisette,—dans
l'argot des bourgeois; Concubine,—dans l'argot des bourgeoises.
«Notre Jacqueline le fouille,
Emporte la grenouille.
Laisse là mon nigaud,»
dit une vieille chanson.
- JACQUELINE, s. f. Sabre de
cavalerie,—dans l'argot des
soldats.
252
- JACQUES BONHOMME. Le
peuple,—dans l'argot des faubouriens, dont les pères firent
la Jacquerie.
C'est le John Bull anglais, le Frère Jonathan
américain, etc.
- JACQUOT, s. m. Niais, bavard,
importun,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Grand Jacquot.
- JACTER, v. n. Parler,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce verbe à la vieille langue
des honnêtes gens (jactare, vanter, prôner).
- JAFFE, s. f. Soufflet,—dans
l'argot du peuple, qui s'assimile volontiers les mots des ouvriers
provinciaux transplantés à Paris, et qui a certainement emprunté
celui-ci au patois normand.
- JAFFES, s. f. pl. Les joues.
- JAFFIER, s. m. Jardin,—dans
l'argot des voleurs.
- JAFFIN, s. m. Jardinier.
- JAFFLE, s. f. Soupe, potage,—dans
le même argot.
- JALO, s. m. Chaudronnier,—dans
le même argot.
- JAMBE DE VIN, s. f. Ivresse,—dans
l'argot du peuple.
Faire jambe de vin. Boire à tire-larigot.
- JAMBES DE COQ, s. f. pl.
Jambes maigres,—dans l'argot du peuple.
Jambes en coton. Flageolantes comme le sont d'ordinaire celles
des ivrognes, des poltrons et des convalescents.
Jambes en manches de veste. Jambes arquées, disgracieuses.
- JAMBES EN L'AIR, s. f. Potence,—dans
l'argot des voleurs.
- JAMBONS, s. m. pl. Les
cuisses,—dans l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme
pour un goret, et qui ont quelquefois raison.
Scarron n'a pas été moins irrévérencieux:
«Aussi fut Pélias le bon
Fort incommodé d'un jambon.»
dit-il dans son Virgile travesti.
- JAPPER, v. n. Crier.
- JAR, s. m. Argot des voleurs,
qui n'est pas autre chose qu'un jargon.
Dévider le jar. Parler argot.
Le peuple disait autrefois d'un
homme très fin, très rusé: Il entend le jar. Et souvent il ajoutait:
Il a mené les oies,—le jar étant le mâle de l'oie.
- JARDINAGE, s. m. Débinage,
médisance,—dans l'argot des voyous.
- JARDINER, v. a. et n. Débiner.
- JARDINER, v. n. Parler,—dans
le même argot.
- JARDINIER, s. m. Complice
de l'Américain dans le vol au charriage. C'est lui qui est chargé
de flairer dans la foule l'homme simple à dépouiller.
- JARGOLLE, n. d. l. La Normandie,—dans
l'argot des voleurs.
- JARGOLLIER, s. m. Normand.
- JARGONNER, v. n. Babiller,
bavarder,—dans l'argot du peuple.
253
- JARGOUILLER, v. n. Parler
confusément.
On dit aussi Gargouiller.
- JARGUER, v. n. Parler argot, dévider le _jar.
- JARNAFFE, s. f. Jarretière,—dans
l'argot des voleurs.
Jeu de la jarnaffe. Escroquerie dont Vidocq donne le procédé,
pages 233-34 de son ouvrage.
- JARRET, s. m. Bon marcheur,—dans
l'argot du peuple, qui emploie souvent la métonymie.
- JASANTE, s. f. Prière,—dans
l'argot des voleurs.
- JASER, v. n. Prier.
- JASER, v. n. Parler indiscrètement,
de manière à compromettre des tiers ou soi-même,—dans
l'argot du peuple.
- JASPIN, adv. Oui,—dans l'argot
des voleurs.
- JASPINEMENT, s. m. Aboiement,—dans
le même argot.
- JASPINER, v. a. et n. Parler,
bavarder.
Jaspiner bigorne. Entendre et parler l'argot. V. Bigorne.
En wallon, Jaspiner c'est gazouiller, faire un petit bruit doux
et agréable comme les oiseaux.
- JAUNE, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot des chiffonniers.
- JAUNE, s. m. Été, la saison
mûrissante,—dans l'argot des
voleurs.
- JAUNE D'œUF (Avec un). Phrase
suffixe que le peuple emploie ironiquement avec le verbe _Aimer
ou Adorer.
Ainsi Je t'adore avec un jaune d'œuf signifie: «Je ne l'aime pas
du tout», et fait une sorte de calembour, par allusion à l'emploi
connu du jaune d'œuf.
- JAUNET, s. m. Pièce d'or de
vingt francs,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Jauniau.
Au XVIIe siècle, on disait Rouget.
- JAUNIER, s. m. Débitant ou
buveur d'eau-de-vie.
- JAVANAIS, s. m. Langue de
convention parlée dans le monde des coulisses et des filles, qui
consiste à ajouter après chaque syllabe la syllabe _va_ ou _av,
_ad libitum, de façon à rendre le mot prononcé inintelligible pour
les profanes.
Les voleurs ont aussi leur javanais,
qui consiste à donner des terminaisons en _ar_ et en _oc, en
al ou en em, de façon à défigurer les mots, soit français,
soit d'argot, en les agrandissant.
Quant aux bouchers, étaliers ou patrons, leur javanais consiste
à remplacer toutes les premières lettres consonnes d'un mot, par
un l et à reporter la première consonne à la fin du mot, auquel on
coud une syllabe javanaise. Ainsi pour dire Papier, ils diront Lapiepem,
ou Lapiepoc.
Pour les mots qui commencent par une voyelle, on les fait précéder
et suivre par un l, sans oublier de coudre à la fin une syllabe
javanaise quelconque. Par exemple avis se dit Laviloc ou
mieux Lavilour. Quelquefois aussi ils varient pour mieux dérouter
254
les curieux; ils disent nabadutac pour tabac,—quand
ils ne disent pas néfoin du tré pour tréfoin, en employant les
syllabes explétives na et né qui sont du pur javanais, comme av
et va.
- JAVARD, s. m. Lin que l'on
met en javelles,—dans l'argot des voleurs.
- JAVOTTE, s. f. Homme bavard,
indiscret,—dans l'argot du peuple.
- JEAN, s. m. Imbécile; mari
que sa femme trompe sans qu'il s'en aperçoive.
On disait autrefois Janin.
- JEAN-BÊTE, s. m. Imbécile.
C'est le cas ou jamais de citer
les vers de madame Deshoulières:
«Jean? Que dire sur Jean? C'est un terrible nom
Que jamais n'accompagne une épithète honnête:
Jean Des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon
Qu'en si beau chemin je m'arrête.»
- JEAN DE LA SUIE, s. m. Savoyard,
ramoneur,—dans l'argot du peuple.
- JEAN DE LA VIGNE, s. m.
Crucifix,—dans l'argot des voleurs.
- JEANFESSE, s. f. Malhonnête
homme, bon à fouetter,—dans l'argot des bourgeois.
- JEANFOUTRE, s. m. Homme
sans délicatesse, sans honnêteté, sans courage, sans rien de ce qui
constitue un homme,—dans l'argot du peuple, dont cette expression
résume tout le mépris.
- JEAN GUÊTRÉ. Le peuple des
paysans.
L'expression est de Pierre Dupont.
- JEAN-JEAN, s. m. Conscrit,—dans
l'argot des vieux troupiers, pour qui tout soldat novice est un
imbécile qui ne peut se dégourdir qu'au feu.
- JEAN-JEAN, s. et adj. Homme
par trop simple, qui se laisse mener par le bout du nez,—dans
l'argot du peuple.
- JEANLORGNE, s. m. Innocent,
et même niais.
- JEANNETON, s. f. Fille de moyenne
vertu,—dans l'argot des bourgeois, qui connaissent leur
La Fontaine.
«Car il défend les jeannetons,
Chose très nécessaire à Rome.»
- JEAN-RAISIN. Le peuple des
vignerons.
L'expression est de Gustave Mathieu.
- JE NE SAIS QUI, s. f. Femme
de mœurs plus que légères,—dans l'argot méprisant des bourgeoises.
- JE NE SAIS QUOI, s. m. Qualité
difficile à définir; l'inconnue d'un sentiment ou d'un caractère
qu'on chercherait en vain à dégager. Argot des gens de lettres.
- JÉRÔME, s. m. Canne, bâton,—dans
l'argot du peuple.
- JÉSUITE, s. m. Dindon,—dans
l'argot des voleurs, qui doivent employer cette expression
depuis l'introduction en France,
255
par les missionnaires, de ce précieux gallinacé, c'est-à-dire depuis
1570.
- JÉSUS, s. m. Innocent,—dans
l'argot souvent ironique du peuple.
D'où le grippe-Jésus de l'argot encore plus ironique des voleurs,
puisqu'ils appellent ainsi les gendarmes.
- JÉSUS, s. m. «Enfant dressé
au vol et à la débauche,»—dans l'argot des voleurs.
- JET, s. m. Canne, jonc,—dans
le même argot.
- Jeter, v. n. Suppurer,—dans
l'argot du peuple.
- JETER DES PERLES DEVANT
LES POURCEAUX, v. a. Dire ou faire de belles choses que l'on
n'apprécie point à leur juste valeur,—dans l'argot des bourgeois.
C'est le margaritas antè porcos des Anciens.
- JETER DU CœUR SUR DU CARREAU.
Rendre fort incivilement son déjeuner ou son dîner, lorsqu'on
l'a pris trop vite ou trop abondant.
- JETER LE MOUCHOIR, v. a.
Distinguer une femme et lui faire agréer ses hommages et son cœur,—dans
l'argot des vieux galantins.
- JETER SA LANGUE AUX CHIENS,
v. a. Renoncer à deviner une chose, à la comprendre,—dans
l'argot des bourgeois.
On dit aussi Jeter sa langue aux chats.
- JETER SON BONNET PAR DESSUS
LES MOULINS. Dire adieu à la pudeur, à l'innocence, et, par suite
au respect des honnêtes gens, et se lancer à cœur perdu dans la
voie scabreuse des aventures amoureuses. Argot du peuple.
- JETER SON LEST, v. a. Se débarrasser
involontairement du déjeuner ou du dîner dont on s'était
lesté mal à propos.
- JETER UN FROID, v. a. Commettre
une incongruité parlée, dire une inconvenance, faire une
proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout le monde sur
ses gardes.
- JETON, s. m. Pièce d'argent,—dans
l'argot des faubouriens.
- JEUNE, s. m. Petit enfant ou
petit animal,—dans l'argot du peuple.
- JEUNE, adj. Naïf, et même un
peu sot.
Quand un ouvrier dit de quelqu'un: Il est trop jeune! cela signifie:
il est incapable de faire telle ou telle chose,—il est trop
bête pour cela.
- JEUNE-FRANCE, s. m. Variété
de Romantique, d'étudiant ou de commis—en pourpoint de velours,
en barbe fourchue, en cheveux en broussailles, avec le
feutre mou campé sur l'oreille.
- JEUNE HOMME, s. m. Double
moos de bière,—dans l'argot
des brasseurs parisiens.
- JEUNE HOMME (Avoir son),
v. a. Être complètement ivre, de façon à se laisser mater et conduire
256
par un enfant. Argot des faubouriens.
On dit aussi: Avoir son petit jeune homme.
- JEUNE SEIGNEUR, s. m. Gandin,—du
moins d'après madame
Eugénie Foa, à qui je laisse
toute la responsabilité de ce néologisme,
que je n'ai jamais entendu,
mais qu'elle déclare, à la
date du 1er mars 1840, être «le
titre de bon goût remplaçant ceux
de petits-maîtres, beaux-fils, muscadins,
etc..» Greffier fidèle, j'enregistre
tout.
- JEUNESSE, s. f. Jeune fille,—dans
l'argot du peuple.
- JEUNET, ETTE, adj. Qui est un
peu trop jeune, et par conséquent trop naïf.
S'emploie aussi à propos d'un vin trop nouveau et que sa verdeur
rend désagréable au palais.
- JEUX SANGLANTS DE MARS
(Les). La guerre,—dans l'argot des académiciens.
- JIGLER, v. a. et n. Sauter en
s'éparpillant. Ne s'emploie qu'à propos des liquides, vin, boue ou
sang.
- JINGLARD, s. m. Petit vin suret,
ou le vin au litre en général,—dans l'argot du peuple, qui
ne veut plus dire ginguet, et encore moins guinguet, une étymologie
cependant.
- JOB, s. m. Innocent, imbécile,
dupe,—dans l'argot des faubouriens, qui parlent comme
écrivaient Noël Du Fail en ses Propos rustiques et d'Aubigné en
sa Confession de Sancy.
- JOB, s. m. Tromperie, mensonge.
Monter un job. Monter un coup.
Monter le job. Tromper, jouer une farce.
- JOBARD, s. m. et adj. Homme
par trop crédule, dont chacun se moque, les femmes parce qu'il est
trop respectueux avec elles, les hommes parce qu'il est trop confiant
avec eux.
C'est un mot de vieille souche,
qu'on supposerait cependant né
d'hier,—à voir le «silence prudent»
que le Dictionnaire de
l'Académie garde à son endroit.
- JOBARDER, v. a. Tromper, se
moquer; duper.
Se faire jobarder. Faire rire à ses dépens.
- JOBARDERIE, s. f. Confiance
par trop excessive en la probité des hommes et la fidélité des
femmes.
Joberie, s. f. Niaiserie, simplicité
de cœur et d'esprit.
- JOBISME, s. m. Pauvreté complète,
pareille à celle de Job.
L'expression appartient à H. de Balzac.
- JOCKO, s. m. Pain long,—dans
l'argot des bourgeois, qui consacrent ainsi le souvenir du
singe Jocko, un lion il y a trente ans.
On dit aussi Pain jocko ou à la Jocko.
- JOCRISSE, s. m. Mari qui se
laisse mener par sa femme,—dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter ce mot à Molière.
257
- JOCRISSIADE, s. f. Naïveté,—ou
plutôt Niaiserie.
- JOINT, s. m. Biais pour se tirer
d'affaire,—dans l'argot des bourgeois, qui découpent mieux
qu'ils ne parlent.
Connaître le joint. Savoir de quelle façon sortir d'embarras;
connaître le point capital d'une affaire.
- JOJO, adj. Joli,—dans l'argot
des voyous.
- JOJO, adj. et s. Innocent, et
même Niais,—dans l'argot du peuple.
Faire du jojo. Faire l'enfant, la bête.
- JOLI, adj. et s. Chose fâcheuse,
désagréable.
Voilà du joli! Nous voici dans une position critique.
- JOLI GARÇON, s. m. Se dit
ironiquement et en manière de reproche de quelqu'un dont on a
à se plaindre.
- JONC, s. m. Or,—dans l'argot
des voleurs, qui appellent ainsi ce métal, non, comme le
veut M. Francisque Michel, par corruption de jaune, mais bien
parce que c'est le nom d'une bague en or connue de tout le
monde, et qui ne se porte qu'en souvenir de l'anneau de paille des
gens mariés par condamnation de l'Officialité.
- JONCHER, v. a. Dorer.
- JONCS, s. m. pl. Lit de prison,
à cause de la paille qui en compose
les matelas.
Être sur les joncs. Être arrêté ou condamné pour un temps
plus ou moins long—toujours trop long!—«à pourrir sur la
paille humide des cachots».
- JORDONNE, s. m. Homme qui
aime à commander, dans l'argot du peuple.
On dit aussi Monsieur Jordonne, et,
de même, Madame ou Mademoiselle Jordonne,
quand il s'agit d'une femme qui se donne des «airs de princesse».
- JORNE, s. m. Jour,—dans
l'argot des voleurs, qui d'ordinaire ne travaillent pas a giorno.
- JOSEPH, s. m. Homme par
trop chaste,—dans l'argot des petites dames, qui ressemblent
par trop à madame Putiphar.
Faire son Joseph. Repousser les avances d'une femme, comme
le fils de Jacob celles de la femme de Pharaon.
- JOSÉPHINE, s. f. Mijaurée, bégueule,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont voulu donner une compagne à Joseph.
Faire sa Joséphine. Repousser
avec indignation les propositions galantes d'un homme.
- JOUASSER, v. n. Jouer mal ou
sans application, pour passer le temps plutôt que pour gagner
une partie.
On dit aussi Jouailler.
- JOUASSON, s. m. Joueur malhabile
ou distrait, redouté des véritables joueurs,—qui lui préféreraient
volontiers un Grec.
On dit aussi Jouaillon.
- JOUER (se). S'arranger, s'organiser,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression
258
à propos d'une foule de choses étrangères à la musique et au
jeu. Ainsi, à propos d'un portefeuille à secret, au lieu de dire:
Comment cela s'ouvre-t-il?
il dira: Comment cela se joue-t-il?
Ce verbe s'emploie dans un autre sens, celui de faire, pour
marquer l'étonnement.
Comment cela se joue-t-il donc? Tout à l'heure j'avais de l'argent et maintenant je n'en ai plus!
- JOUER A COURIR, v. n. Se défier
à la course,—dans l'argot des enfants.
- JOUER A LA MAIN CHAUDE,
v. n. Être guillotiné,—dans l'argot des voleurs, qui font allusion
à l'attitude du supplicié, agenouillé devant la machine, la
tête basse, les mains liées derrière
le dos.
- JOUER A LA RONFLE, v. n.
Ronfler en dormant,—dans l'argot des faubouriens.
- JOUER COMME UN FIACRE, v.
n. Jouer très mal,—dans l'argot du peuple, qui sait que les voitures
imaginées, au XVIIe siècle,
par Sauvage, sont les plus détestables véhicules du monde.
On dit aussi Jouer comme une huître.
- JOUER DE LA HARPE. S'assurer,
comme Tartufe, et dans le même but que lui, auprès d'une
femme, que l'étoffe de sa robe est moelleuse.
- JOUER DE QUELQU'UN, v. n.
Le mener comme on veut, en tirer soit de l'argent, soit des
complaisances de toutes sortes,—dans l'argot de Breda-Street,
où l'on joue de l'homme comme Liszt du piano, Paganini du violon,
Théophile Gautier de la prose, Théodore de Banville du vers, etc., etc.
- JOUER DES JAMBES, v. a. S'enfuir,—dans
l'argot des faubouriens.
- JOUER DEVANT LES BANQUETTES.
Jouer devant une salle où les spectateurs ne sont pas nombreux,
ainsi que cela arrive fréquemment l'été. Argot des coulisses.
- JOUER DU CœUR. Rejeter les
vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à propos,—dans
l'argot du peuple, à qui les concetti ne déplaisent pas.
Nos aïeux disaient Tirer aux chevrotins.
- JOUER DU NAPOLÉON, v. a.
Payer; dépenser sans compter,—dans l'argot des bohèmes, à
qui ce jeu-là est interdit.
- JOUER DU PIANO, v. a. Se
dit,—dans l'argot des maquignons, d'un cheval qui frappe
inégalement des pieds en courant.
- JOUER DU POUCE, v. a. Dépenser
de l'argent,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi Compter de l'argent.
- JOUER DU VIOLON, v. a. Scier
ses fers,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Jouer de la harpe.
- JOUER DU VIOLON, v. n. Se
dit,—dans l'argot des écrivains fantaisistes, à propos des mouvements
de systole et de diastole du cœur humain en proie à l'Amour,
ce divin Paganini.
259
- JOUER LA FILLE DE L'AIR,
v. a. S'en aller de quelque part; s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
- JOUJOU, s. m. Jouet,—dans
l'argot des enfants.
Faire joujou. S'amuser,—au propre et au figuré.
- JOUJOU, s. m. La croix d'honeur,—dans
l'argot du peuple.
On se rappelle les tempêtes
soulevées par Clément Thomas, employant cette expression en
pleine Assemblée nationale.
- JOUJOUTER, v. n. Jouer, faire
joujou,—dans l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe
au propre et au figuré.
- JOUR DE LA SAINT-
JEAN-BAPTISTE
(Le). Le jour de l'exécution,—dans l'argot des
prisons. C'est une allusion, comprise même des plus ignorants
et des plus païens, à la décollation du Précurseur, dont la belle
et cruelle Hérodiade ne pouvait digérer les mercuriales.
Les voleurs anglais ont aussi leur allusion à ce jour fatal,
qu'ils appellent le Jour du torticolis (wry-neck day).
- JOURNOYER, v. n. Ne rien
faire de la journée, flâner. Argot du peuple.
- JUBÉCIEN, IENNE, adj. et s.
Grimacier, grimacière, qui fait des façons, des giries.
- JUBILATION, s. f. Contentement
extrême,—dans l'argot du peuple.
Visage de jubilation. Qui témoigne d'un très bon estomac.
- JUBILER, v. n. Se réjouir.
- JUDAS, s. m. Traître; homme
dont il faut se méfier,—dans l'argot du peuple, chez qui est
toujours vivante la tradition de l'infamie d'Iscariote.
Baiser de Judas. Baiser qui manque de sincérité.
Barbe de Judas. Barbe rouge.
Bran de Judas. Taches de rousseur.
Le point de Judas. Le nombre 13.
- JUDAS, s. m. Petite ouverture
au plancher d'une chambre située au-dessus d'une boutique, et qui
trahit ainsi la présence d'un étranger dans celle-ci.
Les judas parisiens sont les cousins germains des
espions belges et suisses.
- JUDASSER, v. n. Embrasser
pour tromper—comme Judas Iscariote fit au Christ.
Signifie aussi simplement: Tromper, trahir.
- JUDASSERIE, s. f. Fausse démonstration
d'amitié; tour, perfidie; trahison.
- JUDÉE, n. de l. Préfecture de
police,—dans l'argot des voleurs, qui ont appris à leurs dépens
le chemin de la rue de Jérusalem.
Ils disent aussi Petite Judée.
- JUGE DE PAIX, s. m. Tourniquet
de marchand de vin, qui condamne à payer une tournée
celui qui perd en amenant le plus petit nombre. Argot des ouvriers.
- JUGE DE PAIX, s. m. Bâton,—parce
qu'il est destiné à mettre le holà.
260
Cette expression fait partie de
l'argot des voleurs et de celui des
faubouriens.
- JUGEOTTE, s. f. Jugement,
logique, raison, bon sens,—dans
l'argot du peuple, pour qui cela remplace la judiciaire.
- JUGULER, v. a. Importuner,
ennuyer, égorger d'obsessions.
- JUIF, s. m. Prêteur à la petite
semaine,—dans l'argot des étudiants.
- JUIF ERRANT, s. m. Grand
marcheur, homme qui va par monts et par vaux, comme Ahasvérus,
que Jésus—«la bonté même»—a condamné à
marcher «pendant plus de mille
ans».
- JUIFFER, v. a. Tromper en
vendant; avoir un bénéfice usuraire dans une affaire.
- JUILLETISER, v. a. Faire une
révolution, détrôner un roi,—dans l'argot du peuple, qui a
gardé le souvenir des «glorieuses journées» de 1830.
- JULES, s. m. Pot qu'en chambre
on demande,—dans l'argot des faubouriens révolutionnaires,
qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint
Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C'est ce que les Anglais appellent
To pay a visit to mistress Jones.
- JUMELLES, s. f. pl. Partie du
corps qui constitue la Vénus Callipyge,—dans
l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses, lesquelles
appelaient cette partie Les deux sœurs.
- JUS, s. m. Grâce, élégance,
bon goût,—dans l'argot des faubouriens, pour qui certaines
qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la sauce de certaines
qualités de l'âme.
Avoir du jus.
Avoir du chic, de la tournure.
Être d'un bon jus. Être habillé d'une façon grotesque, ou avoir
un visage qui prête à rire.
- JUS, s. m. Profit, bénéfice que
rend une affaire.
- JUS DE BÂTON, s. m. Coup de
bâton.
- JUS D'ÉCHALAS, s. m. Vin.
- JUS DE RÉGLISSE, s. m. Nègre
ou mulâtre.
- JUSQU'À PLUS SOIF, adv. A
l'excès, extrêmement,—dans l'argot des faubouriens, qui disent
cela à propos de tout.
- JUSTE, s. f. La Cour d'assises,—dans
l'argot des voleurs, qui s'étrangleraient sans doute à prononcer
le mot tout entier, qui est Justice.
- JUSTE MILIEU, s. m. Député
conservateur quand même, ami quand même du gouvernement
régnant. Argot des journalistes libéraux.
On dit aussi Centrier.
- JUSTE-MILIEU, s. m. L'endroit
consacré par la jurisprudence du
Palais-Royal comme cible aux
coups de pied classiques et aux
plaisanteries populaires.
- JUTEUX, EUSE, adj. qui donne
de grands bénéfices, qui rend un grand profit,
qui a du jus enfin.
261
K
- KIF-KIF, adv. Ric-à-ric,—dans
l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
- KINSERLICK, s. m. Autrichien,—dans
l'argot des troupiers, qui ont entendu parler des Impériaux
(die Kaiserlichen) battus par leurs pères, les soldats de la Grande
Armée.
On dit aussi et mieux Kaiserlick.
- KLEBJER, v. n. Manger,—dans
l'argot des marbriers de cimetière,
qui parlent russe (kleb,
pain) sans le savoir.
Ils disent aussi Tortorer.
- KOKSNOFF, adj. Elégant, beau,
brillant, chocnosoff,—dans l'argot des bohèmes et des rapins.
- KOLBAC, s. m. Coiffure généralement
quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
- KRAPSER, v. a. Tuer,—dans
l'argot des faubouriens qui ont fait la guerre d'Orient.
Signifie aussi mourir.
- KYRIELLE, s. f. Suite ou procession
de gens; famille nombreuse,—dans
l'argot du peuple.
Avoir des kyrielles d'enfants.
En avoir beaucoup.
262
263
L
- LA, s. m. Mot d'ordre, signal;
invitation à se mettre à l'unisson,—dans
l'argot des gens de lettres.
Donner le la. Indiquer par son
exemple, par sa conduite, ce que
les autres doivent faire, dire,
écrire.
- LA-BAS, adv. de l. Saint-Lazare,—dans
l'argot des filles, qui
n'aiment à parler qu'allusivement
de ce Paraclet forcé.
- LABORATOIRE, s. m. Cuisine,—dans
l'argot des restaurateurs, chimistes ingénieux qui savent
transformer les viandes et les
vins de façon à dérouter les connaisseurs.
- LACETS, s. m. pl. Poucettes,—dans
l'argot des voleurs.
Les marchands de lacets. Les
gendarmes.
- LACHE, s. et adj. Paresseux,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi Saint Lâche.
Lâcher d'un cran. Abandonner
subitement.
- LACHER LA RAMPE, v. a.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
- LACHER (Se), v. réfl. Oublier
les lois de la civilité puérile et
honnête, ventris flatum emittere,—dans
l'argot des bourgeois.
On dit aussi En lâcher un ou
une,—selon le sexe de l'incongruité.
- LACHER LE COUDE DE QUELQU'UN,
v. a. Cesser de l'importuner,—dans
l'argot des faubouriens.
C'est plutôt une exclamation
qu'un verbe: Ah! tu vas me lâcher
le coude! dit-on à quelqu'un
qui ennuie, pour s'en débarrasser.
- LÂCHER SON ÉCUREUIL, v. a.
Meiere,—dans l'argot des voyous.
- LACHER UN CRAN, v. a. Se
déboutonner un peu quand on a bien dîné,—dans l'argot des
bourgeois.
- LACHER UNE NAÏADE, v. a.
264
Meiere,—dans l'argot facétieux
des ouvriers.
Ils disent aussi Lâcher les écluses.
- LACHER UNE TUBÉREUSE. (V.
Se lâcher.)
- LACHEUR, s. et adj. Homme
qui abandonne volontiers une femme,—dans l'argot de Breda-Street,
où le rôle d'Ariane n'est pas apprécié à sa juste valeur.
- LACHEUR, s. m. Homme qui
laisse ses camarades «en plan» au cabaret, ou ne les reconduit
pas chez eux lorsqu'ils sont ivres,—dans l'argot des ouvriers, que
cette désertion humilie et indigne.
Beau lâcheur. Homme qui fait
de cette désertion une habitude.
- LACHEUR, s. et adj. Confrère
qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui
même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable.
Argot des gens de lettres.
Lâcheur ici est synonyme de
Lâche.
- LAFARGER, v. a. Se débarrasser
de son mari en l'empoisonnant ou de tout autre façon,—dans
l'argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu'il fait survivre
le châtiment au coupable.
- LAFFE, s. f. Potage, soupe,—dans
l'argot des voleurs.
- LAGO, adv. Là,—dans le
même argot.
Labago. Là-bas.
- LAIDERON, s. m. Fille ou
femme fort laide,—dans l'argot des bourgeois, dont l'esthétique
laisse beaucoup à désirer.
On dit aussi Vilain laideron,—quand
on veut se mettre un pléonasme
sur la conscience.
- LAINE, s. f. Ouvrage,—dans
l'argot des tailleurs.
- LAINÉ, s. m. Mouton,—dans
l'argot des voleurs.
- LAISSER ALLER (Se), v. réfl.
N'avoir plus d'énergie, s'habiller sans goût et même sans soin; se
négliger. Argot du peuple.
- LAISSER ALLER LE CHAT AU
FROMAGE. Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d'oranger
traditionnel.
L'expression est vieille,—comme
l'imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos,
un passage charmant d'une lettre écrite par Voiture à une abbesse
qui lui avait fait présent d'un chat: «Je ne le nourris (le chat)
que de fromages et de biscuits; peut-être, madame, qu'il n'était
pas si bien traité chez vous; car je pense que les dames de *** ne
laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent
ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère.»
- LAISSER DE SES PLUMES, v. a.
Perdre de l'argent dans une affaire; ne sortir d'un mauvais pas
qu'en finançant.
- LAISSER FUIR SON TONNEAU.
Mourir,—dans l'argot des marchands de vin.
- LAISSER PISSER LE MÉRINOS,
v. n. Ne pas se hâter; attendre patiemment le résultat d'une affaire,
265
d'une brouille, etc. Argot des faubouriens.
- LAISSER SES BOTTES QUELQUE
PART, v. a. Y mourir,—dans l'argot du peuple.
- LAISSER TOMBER SON PAIN
DANS LA SAUCE. S'arranger de manière à avoir un bénéfice certain
sur une affaire; montrer de l'habileté en toute chose.
- LAIT, s. m. Encre,—dans
l'argot des voleurs.
Lait à broder. Encre à écrire.
Lait de cartaudier. Encre d'imprimerie.
- LAIT DE VIEILLARD, s. m.
Vin,—dans l'argot du peuple, qui dit cela pour avoir le droit de
téter jusqu'à cent ans.
- LAÏUS, s. m. Discours quelconque,—dans
l'argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804,
époque de la création du cours de composition française, parce
que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les
élèves avait été l'époux de Jocaste.
Piquer un Laïus. Prononcer un
discours.
Les Saint-Cyriens, eux, disent
Brouta (du nom d'un professeur
de l'Ecole), broutasser et broutasseur.
- LAMBERT. Nom qu'on donne,
depuis l'été de 1864 à toute personne dont on ignore le nom
véritable.
Appeler Lambert. Se moquer
de quelqu'un dans la rue.
- LAMBIN, s. et adj. Paresseux,
flâneur,—dans l'argot du peuple.
Il emploie ce mot depuis très
longtemps, trois siècles à peu
près, si l'on en croit le Dictionnairehistorique de M. L.-J. Larcher,
qui le fait venir de Lambin,
philosophe français, «lent
dans son travail et lourd dans
son style».
Signifie aussi hésitant.
- LAMBINER, v. n. Hésiter à
faire une chose, à prendre un parti; flâner.
- LAME, s. f. Tombeau,—dans
l'argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots
des poètes du XVIe siècle.
Être couché sous la lame. Être mort.
- LAMINE, n. d. v. Le Mans,—dans
l'argot des voleurs.
- LAMPE, s. f. Verre à boire,—dans
l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Canon.
- LAMPÉE, s. f. Grand coup de
vin,—dans l'argot du peuple.
- LAMPER, v. a. et n. Boire
abondamment.
On disait, il y a deux siècles:
Mettre de l'huile dans la lampe
pour emplir un verre de vin.
- LAMPIE, s. f. Repas,—dans
l'argot des voleurs.
- LAMPION, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des voyous.
- LAMPIONS, s. m. pl. Yeux,—dans
l'argot des faubouriens.
«Si j'te vois fair' l'œil en tir'lire
A ton perruquier du bon ton,
Calypso, j'suis fâché d'te l'dire,
Foi d'homme! j'te crève un lampion!»
266
dit une chanson qui court les
rues.
Lampions fumeux. Yeux chassieux.
- LANCE, s. f. Pluie,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot des
voleurs.
A qui qu'il appartienne, il fait image.
- LANCE, s. f. Balai,—dans le
même argot.
- LANCE DE SAINT CRÉPIN, s.
f. Alène,—dans l'argot du peuple,
qui sait que saint Crépin est
le patron des cordonniers.
- LANCÉ, s. m. Effet de jambes,
dans l'argot des bastringueuses.
- LANCÉ, adj. Sur la pente de
l'ivresse,—dans l'argot des bourgeois.
- LANCER, v. n. Meiere,—dans
l'argot des voleurs.
- LANCER (Se), v. réfl. De timide
devenir audacieux auprès des femmes. Argot des bourgeois.
- LANCEUR, s. m. Libraire qui
sait vendre les livres qu'il édite,—dans l'argot des gens de lettres.
Bon lanceur. Éditeur intelligent,
habile, qui vendrait même des
rossignols,—par exemple Dentu,
Lévy, Marpon, etc.
Le contraire de lanceur c'est
Etouffeur,—un type curieux,
quoiqu'il ne soit pas rare.
- LANCEUSE, s. f. Lorette vieillie
sous le harnois, qui sert de chaperon, et de proxénète, aux
jeunes filles inexpérimentées, dont la vocation galante est cependant
suffisamment déclarée.
- LANCIER DU PRÉFET, s. m.
Balayeur,—dans l'argot des faubouriens.
- LANCIERS, s. m. pl. Quadrille
à la mode il y a une dizaine d'années.
Danser les lanciers. Danser ce
quadrille.
- LANDERNAU, n. d. l. Ville de
Bretagne située entre la Madeleine et la porte Saint-Martin,—dans
l'argot des gens de lettres, qui ne se doutent peut-être pas
que l'expression est octogénaire.
Il y a du bruit dans Landernau.
Il y a un événement quelconque
dans le monde des lettres ou des
arts.
- LANDIER, s. m. Employé de
l'octroi,—dans l'argot des voleurs, qui ont conservé le souvenir
du Landit de Saint-Denis.
- LANDIÈRE, s. f. Boutique de
marchand forain.
- LANGUARD, e, adj. et s. Bavard,
bavarde, mauvaise langue,—dans l'argot du peuple.
Le mot sort des poésies de Clément Marot.
- LANGUE DES DIEUX (La). La
poésie,—dans l'argot des académiciens,
dont cependant les vers n'ont rien de divin.
- LANGUE VERTE, s. f. Argot
des joueurs, des amateurs de tapis vert. Il y a, dans
les Nuits de la Seine, drame de Marc Fournier,
un professeur de langue verte qui enseigne et pratique les
tricheries ordinaires des grecs. Le
267
sens du mot s'est étendu: on sait quel il est aujourd'hui.
Langue verte! Langue qui se
forme, qui est en train de mûrir, parbleu!
- LANSQUE, s. m. Apocope de
Lansquenet,—dans l'argot de Breda-Street.
Faire un petit lansque. Jouer une
partie de lansquenet.
- LANSQUAILLER, v. n. Meiere,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Lascailler.
- LANSQUINE, s. f. Eau pluviale,—dans
le même argot.
- LANSQUINER, v. n. Pleuvoir.
Lansquiner des chasses. Pleurer.
- LANTERNER, v. n. Temporiser;
hésiter; marchander et n'acheter rien. Argot du peuple.
- LANTERNER, v. a. Ennuyer
quelqu'un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.
- LANTERNES DE CABRIOLET,
s. m. pl. Yeux gros et saillants.
- LANTERNIER, s. m. Homme
irrésolu, sur lequel il ne faut pas compter.
- LANTIMÈCHE, s. m. Imbécile;
jocrisse,—dans l'argot des faubouriens.
- LANTIPONNAGE, s. m. Discours
importun, hésitation à faire
ou dire une chose,—dans l'argot
du peuple.
- LANTIPONNER, v. n. Passer
son temps à bavarder, à muser.
- LANTURLU, s. m. Ecervelé,
extravaguant, hurluberlu.
On disait autrefois L'Enturlé.
- LA PALFÉRINETTE, s. f. Princesse
de la bohème galante, de bal et de trottoir,—dans l'argot
des gens de lettres, qui ont consacré ainsi le souvenir de La
Palférine de H. de Balzac.
- LAPIN, s. m. Apprenti compagnon,—dans
l'argot des ouvriers.
- LAPIN, s. m. Homme solide
de cœur et d'épaules,—dans l'argot du peuple.
Fameux lapin. Robuste compagnon,
à qui rien ne fait peur, ni
les coups de fusil quand il est
soldat, ni la misère quand il est
ouvrier.
- LAPIN s. m. Camarade de lit,—dans
l'argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls.
On sait quel était le lapin
d'Encolpe, dans le Satyricon de
Pétrone.
- LAPIN (En), adv. Être placé
sur le siège de devant, avec le cocher,—dans l'argot du peuple.
- LAPIN DE GOUTTIÈRE, s. m.
Chat.
- LAPIN FERRÉ, s. m. Gendarme
à cheval,—dans l'argot des voleurs.
Ils l'appellent aussi Liège.
- LARBIN, s. m. Domestique,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l'argot
des voleurs.
- LARBINERIE,s. f. Domesticité,
valetaille.
- LARD, s. m. La partie adipeuse
de la chair,—dans l'argot du peuple, qui prend l'homme
pour un porc.
268
Sauver son lard. Se sauver quand on est menacé.
Les ouvriers anglais ont la
même expression: To save his bacon, disent-ils.
- LARDER, v. a. Percer d'un
coup d'épée ou d'un coup de
sabre,—dans l'argot des troupiers.
Se faire larder. Recevoir un coup d'épée.
- LARDOIRE, s. f. Epée ou sabre.
- LARGE, adj. Généreux, qui
ne regarde pas à la dépense,—dans l'argot du peuple, qui parle
comme écrivait Clément Marot:
«.... Ils sçavent bien
Que vostre père est homme large;
A souper l'auront, à la charge
Pour dix buveurs maistres passez.»
(Traduction du Colloque d'Erasme.)
- LARGE DES ÉPAULES. Avare.
Cette expression se trouve dans le Dictionnaire de Leroux, édition
de 1786, qui n'est pas la première édition.
- LARGUE, s. f. Femme, maîtresse,—dans
l'argot des voleurs et des souteneurs.
Larguepé. Femme publique.
- LARGUOTTIER, s. m. Libertin,
ami des largues.
On dit aussi Larcottier.
- LARME, s. f. Très petite
quantité,—dans l'argot des bourgeois, qui prennent une
larme d'eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent
gris.
- LARTIF, ou Lartille, ou
Larton, s. m. Pain,—dans
l'argot des voleurs qui ne veulent pas dire artie.
Larton brut. Pain bis.
Larton savonné. Pain blanc.
Lartille à plafond. Pâté,—à
cause de sa croûte.
- LARTONNIER, IÈRE, s. Boulanger,
boulangère.
- LASCAR, s. m. Nom que,—dans
l'argot des troupiers et du peuple—on donne à tout homme
de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre
la loi, la morale et les choses établies.
C'est une allusion aux mœurs
des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments
européens, hollandais principalement, et qui, tirés de
la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes
gens.
- LATIF, s. m. Linge blanchi,—dans
l'argot des voleurs.
- LATINE, s. f. maîtresse d'étudiant.
«Je suis latine
Gaiment je dine
Sur le budget de mon étudiant!»
dit une chanson moderne.
- LATTE, s. f. Sabre de cavalerie,—dans
l'argot des troupiers.
Se ficher un coup de latte. Se
battre en duel.
- LAUMIR, v. a. Perdre,—dans
l'argot des voleurs.
- LAVABE, s. m. Place de parterre
à prix réduit,—dans l'argot des voyous.
- LAVAGE, s. m. Vente au rabais
d'objets ayant déjà eu un
269
premier propriétaire,—dans l'argot des filles et des bohèmes,
qui ont l'habitude de laver précisément
les choses les plus neuves et les plus propres, afin
de s'en faire de l'argent comptant.
- LAVASSE, s. f. Mauvais bouillon,
trop lavé d'eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des
bourgeois.
Se dit aussi du mauvais café.
- LAVEMENT, s. m. Homme
ennuyeux, tracassier, canulant,—dans l'argot du peuple, qui
n'aime pas les détersifs.
- LAVER, v. a. Vendre à perte
les objets qu'on avait achetés pour les garder.
Pourquoi laver au lieu de vendre? M. J. Duflot prétend
que cela vient de l'habitude qu'avait Théaulon de remettre à son
blanchisseur, afin qu'il battît monnaie avec, les nombreux billets
auxquels il avait droit chaque jour. (L'Institution Porcher—la
claque—ne fonctionnait pas encore.) «Un jour, dit M. Duflot,
le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels
Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le
blanchisseur entra pour prendre les billets.—«C'est mon blanchisseur,
messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant
vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à
coucher; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous
laverez aussi.» Le petit paquet que Bernier trouva contenait les
billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que
laver voulait dire vendre. Depuis ce jour, il ne manquait jamais
de dire, en entrant chez Théaulon: «C'est le blanchisseur de
Monsieur: Monsieur a-t-il quelque chose à laver?»
- LAVER LA TÊTE, v. a. Faire
de violents reproches, et même dire des injures,—dans l'argot
du peuple, qui ne fait que traduire
le verbe objurgare de Cicéron.
- LAVETTE, s. f. Langue,—dans
l'argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos
des hommes que des chiens.
- LAVOIR, s. m. Le confessionnal,—dans
l'argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller
leur conscience, même lorsqu'elle est le plus chargée
d'impuretés.
- LAZAGNE, s. f. Lettre,—dans
l'argot des voleurs.
- LAZZI-LOFF, s. m. Maladie
qui ne se guérit qu'à l'hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot.
- LÈCHECUL, s. m. Flatteur outré;
flagorneur,—dans l'argot du peuple.
- LÉCHER UN TABLEAU, v. a.
Le peindre trop minutieusement, à la hollandaise,—dans l'argot
des artistes.
- LÉCHEUR, s. et adj. Qui aime
à embrasser; qui se plaît à recevoir et à donner des baisers,—dans
l'argot du peuple, qui n'est pas précisément de la tribu des
Amalécites.
270
- LÉGITIME, s. f. Épouse,—dans
l'argot des bourgeois.
- LÉGRE, s. f. Foire, marché,—dans
l'argot des voleurs.
- LÉGUMES, s. m. pl. Oignons,
œils de perdrix, durillons des
pieds,—dans l'argot des faubouriens.
J'en ai entendu un s'écrier:
«Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied
de Louis XIV!»
On dit aussi Champignons.
- LÉGUMISTE, s. m. Homme
qui, par respect pour les bêtes, se nourrit exclusivement de légumes,
comme un vertueux brahmine. Il y a une Société des légumistes.
- LENDORE, s. m. Paresseux,
nonchalant, endormi,—dans l'argot du peuple.
- LÉON, n. d'h. Le président des
assises,—dans l'argot des voleurs, renards qui se sentent en présence
du lion.
- LERMON, s. m. Etain,—dans
le même argot.
- LERMONER, v. a. Etamer.
- LEM. Désinence javanaise,—mais
d'un javanais spécial aux saltimbanques, et quelquefois aussi aux voleurs.
Parler en lem. Ajouter cette
syllabe à tous les mots pour les rendre inintelligibles au vulgaire.
On dit aussi Parler en luch—et
alors on remplace lem par luch.
- LESBIEN, s. m. Ce que les
voleurs anglais appellent un gentleman of the back-door. Argot de
gens de lettres.
- LESBIENNE, s. f. Fleur du
mal, et non du mâle.
- LESSIVANT, s. m. Avocat d'office,—dans
l'argot des voleurs, qui ont grand besoin d'être blanchis.
Les Gilles Ménage de Poissy
et de Sainte-Pélagie prétendent qu'il faut dire Lessiveur.
- LESSIVE, s. f. Plaidoirie,—tout
avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils
nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour
d'assises.
- LESSIVE, s. f. Perte,—dans
l'argot des joueurs.
- LESSIVE, s. f. Vente à perte,
de meubles, de vêtements ou de livres,—dans l'argot des bohèmes
et des lorettes.
Faire sa lessive. Se débarrasser
au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou
par les auteurs,—dans l'argot des bibliopoles, qui n'en enlèvent
pas assez souvent les ex-dono.
- LESSIVE DE GASCON, s. f.
Propreté douteuse qui ne résiste pas à l'examen,—dans l'argot
des bourgeois, heureux d'avoir du linge.
Faire la lessive du Gascon. Retourner
sa chemise quand elle est
sale d'un côté,—ce que font
beaucoup de bohèmes.
On connaît ce mot d'un vaudevilliste
propret à propos d'un
autre vaudevilliste goret: «Faut-il
que cet homme ait du linge
271
sale, pour pouvoir en mettre
ainsi tous les jours!»
- LESSIVER. Défendre un prévenu
en police correctionnelle,
un accusé en Cour d'assises.
- LESSIVER (Se faire). Perdre
au jeu.
- LETTRE DE JÉRUSALEM, s. f.
Escroquerie par lettre, dont Vidocq donne le détail aux pages
241-253 de son livre.
- LETTRE MOULÉE, s. f. Le
journal,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté
cette expression à Paul-Louis Courier.
- LEVAGE, s. m. Escroquerie,—dans
l'argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin,—dans
l'argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès,—dans
l'argot des gandins.
- LEVÉ (Être). Être suivi par un
garde du commerce,—dans l'argot des débiteurs.
- LÈVE-PIEDS, s. m. Echelle,
escalier,—dans l'argot des voleurs.
- LEVER, v. a. Capter la confiance,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi voler.
Se faire lever de tant. Se laisser
gagner ou «emprunter une
somme de...»
- LEVER LA JAMBE, v. a. Danser
le chahut d'une façon supérieure. Argot des gandins.
- LEVER DE RIDEAU, s. m. Petite
pièce sans importance, de l'ancien ou du nouveau répertoire,
qui se joue la première devant les banquettes, au milieu
du bruit que font les spectateurs à mesure qu'ils arrivent. Argot
des coulisses.
- LEVER LA LETTRE, v. a. Être
compositeur d'imprimerie,—dans l'argot des typographes.
- LEVER LE BRAS, v. a. N'être
pas content,—dans le même argot.
- LEVER LE COUDE, v. a. Boire,—dans
l'argot du peuple.
- LEVER LE PIED, v. a. Fuir en
emportant la caisse.
- LEVER UNE FEMME, v. a.
«Jeter le mouchoir» à une femme qu'on a remarquée au
bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de
lettres et des commis.
Lever une femme au crachoir. La
séduire à force d'esprit ou de
bêtises parlées.
- LEVER UN HOMME, v. a. Attirer
son attention et se faire suivre ou emmener par lui. Argot des petites dames.
Lever un homme au souper.
S'arranger de façon à se faire
inviter à souper par lui.
- LEVEUR, s. m. Pick-pocket.
- LEVEUR, s. m. Lovelace de
bal ou de trottoir.
- LÉZARD, s. m. Mauvais compagnon,—dans
l'argot des voleurs.
- LÉZINER, v. a. Tromper au
jeu; hésiter avant de faire un coup. Même argot.
- LIARDEUR, s. et adj. Homme
qui couperait un liard en quatre pour moins dépenser,—dans
272
l'argot du peuple, qui n'est point avare, n'étant pas riche.
- LICHADE, s. f. Embrassade,—dans
l'argot des faubouriens.
- LICHANCE, s. f. Repas plus
ou moins plantureux.
Lichance soignée. Gueuleton.
On dit aussi Lichade.
- LICHER, v. a. et n. Manger
et boire à s'en lécher les lèvres.
- LICHETTE, s. f. Petite quantité
de quelque chose.
Se dit aussi pour Goutte d'eau-de-vie;
petit verre.
- LICHEUR, EUSE, s. Homme,
femme, qui aime à manger et à boire.
On dit aussi Lichard.
- LIE DE FROMENT, s. f. Les
fumées humaines,—dans l'argot du peuple.
- LIGNARD, s. m. Soldat de la
ligne,—dans l'argot des faubouriens.
- LIGNOTTE, s. f. Corde, lien,—dans
l'argot des voleurs, qui répugnent sans doute à employer
lignette, un mot de la langue des honnêtes gens.
Ils disent aussi Ligotte.
- LIGOTTER, v. a. Lier,—dans
le même argot.
- LILANGE, n. d. l. Lille,—dans
le même argot.
- LILLOIS, s. m. Fil à coudre.
- LIMACE, s. f. Fille à soldats,—dans
l'argot des faubouriens.
- LIMACE, s. f. Chemise,—dans
l'argot des voleurs et des vendeurs du Temple.
- LIMACIÈRE, s. f. Lingère.
- LIMANDE, s. f. Homme plat,—dans
l'argot des voleurs et des faubouriens.
- LIMER, v. n. «Aller lentement
en affaire,»—dans l'argot du peuple.
- LIME SOURDE, s. f. Sournois,—dans
l'argot des voleurs.
- LIMOGÈRE, s. m. Chambrière,—dans
le même argot.
- LIMONADE, s. f. Eau,—dans
l'argot des faubouriens.
Tomber dans la limonade. Se
laisser choir dans l'eau.
- LIMONADE, s. f. Etat de limonadier.
- LIMONADE, s. f. Assiette,—dans
l'argot des voleurs.
- LIMOUSIN, s. m. Maçon,—dans
l'argot du peuple, qui sait que les castors qui ont bâti Paris
et qui sont en train de le démolir appartiennent à l'antique
tribu des Lémovices.
- LIMOUSINE, s. f. Blouse de
charretier.
- LIMOUSINE, s. f. Plomb,—dans
l'argot des voleurs.
- LIMOUSINER, v. a. et n.
Bâtir des maisons.
- LIMOUSINEUR, s. m. Voleur
de plomb sur les toits.
- LINGE, s. m. Chemise,—dans
l'argot du peuple. Jupon blanc de dessous,—dans l'argot
des filles.
Avoir du linge. Porter une
chemise blanche.
Faire des effets de linge. Retrousser
adroitement sa robe, de
273
façon à montrer trois ou quatre jupons éblouissants de blancheur
et garnis de dentelles—de coton.
- LINGE LAVÉ (Avoir son).
S'avouer vaincu; être pris,—dans l'argot des voleurs, qui,
une fois en prison, n'ont plus à s'occuper de leur blanchisseuse.
- LINGRE, s. m. Couteau,—dans
l'argot des voleurs, qui savent que Langres est la patrie de
la coutellerie.
Lingriot. Petit couteau; canif;
bistouri.
- LINGRER, v. a. Frapper à
coups de couteau.
- LINGRERIE, s. f. Coutellerie.
- LINSPRÉ, s. m. Prince,—dans
l'argot des voleurs, qui cultivent l'anagramme comme le
grand Condé les œillets.
- LION, s. m. Homme qui, à
tort ou à raison,—à tort plus souvent qu'à raison,—a attiré
et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant
un jour, rarement pendant plus d'un mois, l'attention capricieuse
de la foule, soit parce qu'il a publié un pamphlet scandaleux,
soit parce qu'il a commis une éclatante gredinerie, soit
pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose; homme
enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou,
comme Alphonse Karr, s'est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,
Du plat de sa sandale a souffleté l'histoire.
Être le lion du jour. Être le
point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.
- LION, s. m. Le frère aîné du
gandin, le dandy d'il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable—qui
l'était du beau—qui l'était de l'élégant—qui
l'était de l'incroyable—qui l'était du muscadin,—qui l'était
du petit-maître, etc.
Ce mot nous vient d'Angleterre.
- LIONCEAU, s. m. Apprenti
lion,—garçon tailleur qui cherche à se faire passer pour le
comte d'Orsay ou pour Brummel, et qui réussit rarement, le
goût étant une fleur rare comme l'héroïsme.
- LIONNE, s. f. Femme à la
mode—il y a trente ans. C'était «un petit être coquet, joli,
qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à
cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait
point le champagne frappé.» Aujourd'hui, mariée ou non,
grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec
celle qu'on appelle drôlesse.
- LIONNERIE, s. f. Haute et
basse fashion.
- LIPPE, s. f. Moue, grimace,—dans
l'argot du peuple.
Faire sa lippe. Bouder.
- LIPPÉE, s. f. Simple bouchée;
repas insuffisant.
Franche lippée. Repas copieux.
- LIPPER, v. n. Courir de cabaret
en cabaret, y manger,—et surtout y boire.
274
- LIQUIDE, s. f. Apocope de
Liquidation,—dans l'argot des coulissiers.
- LIQUIDE, s. m. Vin,—dans
l'argot du peuple, qui fait semblant d'ignorer qu'il existe
d'autres corps aqueux.
Avoir absorbé trop de liquide.
Être ivre.
- LIRE AUX ASTRES, v. n.
Muser, faire le gobe-mouches; regarder en l'air au lieu de regarder
par terre,—comme l'astrologue de la fable.
- LISETTE, s. f. Gilet long,—dans
l'argot des voleurs.
- LITHOGRAPHIER (Se). Tomber
par terre,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que
lorsqu'on tombe, on a le visage désagréablement impressionné par
la pierre.
- LITRER, v. a. Avoir, posséder,—dans
l'argot des voleurs. V. Itrer.
- LITRON, s. m. Litre douteux
servi dans un pot qui n'a pas toujours la contenance légale.
Argot du peuple.
- LITTÉRATURE JAUNE, s. f.
Le Réalisme,—une maladie ictérique désagréable qui a sévi
avec assez d'intensité dans les rangs littéraires il y a une dizaine
d'années, et dont a été particulièrement atteint Champfleury,
aujourd'hui (1867) presque guéri.
L'expression, fort juste, appartient
à Hippolyte Babou.
- LITTÉRATURIER, s. m. Mauvais
écrivain,—dans l'argot des gens de lettres.
- LIVRE ROUGE, s. m. Les registres
du Dispensaire,—dans l'argot des filles.
- LIVRAISON DE BOIS DEVANT
SA PORTE (Avoir une), v. a. Se dit,—dans l'argot des faubouriens,
d'une femme richement avantagée par la Nature.
- LIVRE D'ARCHITECTURE, s.
m. Registre qui contient les procès-verbaux d'une loge,—dans
l'argot des francs-maçons.
- LIVRE DES ROIS, s. m. Jeu de
cartes. Argot des faubouriens.
- LOCANDIER, s. m. Variété
de voleur au bonjour.
- LOCATIS, s. m. Cheval de
louage,—dans l'argot des commis de nouveautés, à qui
leurs moyens défendent les pur-sang.
- LOCHE, s. f. Paresseux, gras,
mou,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot au propre
et au figuré, par allusion à la limace, grise ou rouge, qu'on
voit se traîner, visqueuse, par les sentiers.
- LOCHE, s. f. Oreille,—dans
l'argot des voleurs.
- LOCHER, v. a. et n. Ecouter.
- LOCHER, v. n. Branler, être
près de tomber,—dans l'argot du peuple.
- LOCOMOTIVE, s. f. Fumeur
acharné,—dans l'argot des bourgeois, qui, sans s'en douter
emploient là une expression de l'argot des voleurs anglais: Steamer.
- LOFFARD ou Loff, s. et adj.
Innocent, niais, pleurard,—dans
275
l'argot des comédiens, qui ne se doutent pas qu'ils ont emprunté
ce mot à l'argot des forçats, qui l'ont emprunté eux-mêmes
à l'argot des marins.
Le lof est le côté d'un navire
qui se trouve frappé par le
vent, qui le fait crier. Le loffard,
au bagne, est le forçat frappé par
une condamnation à perpétuité,
et qui gémit comme un enfant
sur son sort.
- LOFFAT, s. m. Aspirant compagnon,—dans
l'argot des ouvriers.
- LOFFITUDE, s. f. Niaiserie,
bêtise.
- LOGE, s. f. Lieu de réunion,—dans
l'argot des francs-maçons.
Loge irrégulière. Assemblée de
francs-maçons qui ne sont pas réguliers et avec lesquels on ne
doit pas fraterniser.
- LOGE INFERNALE, s. f. Petite
loge d'avant-scène, où se mettent par tradition, les gandins,—imitateurs
serviles des lions.
Se dit aussi des Premières chaises du premier rang, aux
concerts en plein vent comme ceux des Champs-Elysées.
- LOGER AUX QUATRE VENTS,
v. n. Demeurer dans une maison mal close, où le vent entre comme chez lui.
- LOGER RUE DU CROISSANT,
v. n. Avoir pour femme une drôlesse qui donne dans le contrat
autant de coups de canif qu'il y a de jours dans l'année.
- LOIR, s. m. Homme paresseux,
dormeur, ami de ses aises,—dans l'argot du peuple, qui
sait que cette sorte de gens, comme le mus nitela, mange les
meilleurs fruits des espaliers et de la vie: d'où le vieux verbe
loirer, pour dérober, voler.
- LOLO, s. m. Lait,—dans
l'argot des enfants.
- LOLOTTE, s. f. Fille ou femme
qui aime pour vivre au lieu de vivre pour aimer. Argot des faubouriens.
- LOMBARD, s. m. Commissionnaire
au Mont-de-Piété,—dans l'argot des ouvriers qui ont
travaillé avec les Belges; car c'est en effet le nom qu'on
donne à Bruxelles, au Grand-Mont-de-Piété, et ce nom a sa
valeur historique.
- LONDRÈS, s. m. Cigare de
vingt-cinq centimes de la Havane,—ou d'ailleurs.
- LONGCHAMP, s. m. Procession
plus ou moins considérable de gens,—dans l'argot du peuple,
qui consacre ainsi le souvenir d'une mode dont on ne parlera
plus dans quelques années.
- LONGCHAMP, s. m. Promenade
favorite,—dans l'argot des Polytechniciens. C'est une cour
oblongue, bordée d'une file de cabinets dont nous laissons deviner
la destination, et où les élèves viennent fumer et causer
pendant les heures d'étude.
- LONG DU MUR (Le). Avec son
argent,—dans l'argot du peuple.
Pour bien comprendre cette expression pittoresque si fréquemment
employée, je veux citer la
276
réponse que me fit un jour un coiffeur:
«Combien gagnez-vous chez votre patron?—Trois francs
par jour.—Alors vous êtes nourri?—Nourri et blanchi,
oui... le long du mur!»
- LONGE, s. f. Année,—dans
l'argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu'ils sont en
prison.
- LONGÉ, adj. Agé.
- LONGIS, s. et adj. Homme
nonchalant, lent à faire ce qu'il entreprend. Argot du peuple.
On dit aussi Saint Longin.
Longie. Nonchalante, paresseuse.
On dit aussi Sainte-Longie.
Signifie aussi: Postillon, crachat,
expectoration abondante.
- LOQUES, s. f. pl. Boutons de
guêtre ou de pantalon, en cuivre,—dans l'argot des écoliers,
qui les recueillent avec soin.
Jouer aux loques. Jouer avec
des boutons comme avec des
billes, à la bloquette, à la pigoche,
etc.
- LORCEFÉ, s. f. La prison de la
Force,—dans l'argot des voleurs,
qui, pour ce mot, se sont
contentés de changer la place des
lettres et de mettre un é au lieu
d'un a.
La Lorcefé des largues. Saint-Lazare,
qui est la prison, la maison de Force où l'on renferme
les femmes.
- LORET, s. m. Monsieur peu
délicat et peu difficile, qui vit volontiers
des miettes de la table amoureuse de la lorette.
Le mot appartient à Nestor Roqueplan.
- LORETTE, s. f. Fille ou femme
qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre.
Le mot a une vingtaine d'années
(1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un
hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur
quartier de prédilection,—le quartier Notre-Dame-de-Lorette.
- LORGNE, s. m. Borgne,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Lorgne-bè.
- LORGUE, s. m. As,—dans le
même argot.
- LOUBION, s. m. Bonnet
d'homme ou de femme,—dans le même argot.
- LOUBIONNIER, s. m. Bonnetier.
- LOUCHE, s. f. Cuiller à potage,—dans
l'argot du peuple.
Un mot provincial acclimaté maintenant à Paris.
- LOUCHE, adj. Douteux, équivoque.
- LOUCHÉE, s. f. Cuillerée,—dans
l'argot des voleurs.
- LOUCHER (Faire). Donner envie;
exciter la convoitise,—dans l'argot du peuple, où l'on
emploie souvent cette expression ironique pour refuser quelque
chose.
- LOUCHER DE LA JAMBE, v.
n. Boîter.
Loucher de l'épaule. Être bossu.
277
Loucher de la bouche. Avoir le
sourire faux.
- LOUCHES, s. f. pl. Les mains,—dans
l'argot des voleurs, qui ne savent pas prendre franchement,
honnêtement, et en en demandant la permission.
- LOUCHON, s. m. Individu affligé
de strabisme,—dans l'argot du peuple.
- LOUFIAT, s. m. Voyou, homme
crapuleux,—dans l'argot des faubouriens.
- LOUIS D'OR, s. m. Insurgé de
Romilly,—dans l'argot facétieux des faubouriens, qui entendent
dire depuis si longtemps et qui répètent eux-mêmes si volontiers
que marcher dedans c'est signe d'argent.
On dit aussi Pièce de vingt francs.
- LOUIS D'OR (N'être pas). Ne
pouvoir plaire à tout le monde,
soit par son visage quand on est
femme, soit par son caractère
quand on est homme, soit par
son talent quand on est artiste
ou écrivain.
C'est une phrase souvent employée,
de l'argot du peuple, qui sait que les Louis—XV ou
non—seront toujours les bien-aimés,
mais qui ignore les âpres joies des grands dédaigneux, jaloux
de plaire seulement à un petit nombre d'amis ou de lecteurs
de choix.
Odi profanum vulgus, et arceo.
- Louisette, s. f. Premier nom
donné à la guillotine, «en l'honneur» du docteur Louis,
secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie et inventeur,
du moins importateur de cet instrument de mort.
On l'a appelée aussi Louison.
- LOULOU, s. m. Petit chien-loup,—dans
l'argot du peuple.
- LOULOU. Terme d'amitié, caresse
de femme à amant ou d'amant à maîtresse.
On dit aussi Gros loulou.
- LOUP, s. m. Homme qui se plaît
dans la solitude et qui n'en sort que lorsqu'il ne peut pas faire
autrement. Argot du peuple.
Malgré le væ soli! de l'Ecriture
et l'opinion de Diderot: «Il n'y a que le méchant qui vit seul,»
les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons:
la forêt vaut mieux que l'abattoir.
- LOUP, s. m. Créancier,—dans
l'argot des typographes.
Faire un loup. Faire une dette,—et ne pas la payer.
- LOUP, s. m. Absence de texte,
solution de continuité dans la copie. Même argot.
- LOUP, s. m. Pièce manquée
ou mal faite,—dans l'argot des
tailleurs.
On dit aussi Bête ou Loup qui
peut marcher tout seul.
- LOUP-CERVIER, s. m. Homme
qui fait des affaires d'argent; Boursier,—dans l'argot des gens
de lettres.
- LOUPE, s. f. Paresse, flânerie,—dans
l'argot des ouvriers,
qui ont emprunté ce mot à l'argot
des voleurs.
Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes
278
de savant, s'en est allé jusqu'en Hollande, et même plus
loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui
eût volontiers fournie. «Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper
(coureur), loop (course), loopen (courir). L'allemand a laufer...
le danois lœber...: enfin le suédois possède lopare... Tous ces
mots doivent avoir pour racine l'anglo-saxon lleàpan (islandais
llaupa), courir.»
L'ardeur philologique de l'estimable
M. Francisque Michel l'a cette fois encore égaré, à ce que
je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe
dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu
les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes
sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler: soit
les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers
et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s'acquérant vraiment
que dans le far niente et le far niente ne s'acquérant que
dans la pauvreté;—soit les Lupanarii,
où l'on ne fait rien de bon, du moins; soit les lupilli, qu'enployaient
les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon
(humulus lupulus) qui grimpe et s'étend au soleil comme un lézard;
soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe
son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
- LOUPE (Camp de la), s. m.
Réunion de vagabonds. C'était une guinguette du boulevard extérieur,
alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était
flanquée, d'un côté par un pâtissier nommé Laflème, et, de l'autre,
par un marchand de vin, nommé Feignant...
- LOUPEL, s. m. Avare; homme
tout à fait pauvre,—dans l'argot des voleurs.
- LOUPER, v. n. Flâner, vagabonder,—dans
l'argot des ouvriers.
- LOUPEUR, s. m. Flâneur, vagabond,
ouvrier qui se dérange.
- LOUPEUSE, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie qui, n'aimant pas le travail honnête et
doux de l'atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.
- LOUPIAT, s. m. Fainéant,
Loupeur,—dans l'argot des faubouriens.
- LOUPION, s. m. Chapeau
d'homme, rond. Même argot.
- LOURDE, s. f. Porte,—dans
l'argot des voleurs.
- LOURDIER, s. m. Portier.
- LOUVETEAU, s. m. Fils d'affilié,—dans
l'argot des francs-maçons.
On dit aussi Louveton et Louftot.
- LOUVRE, s. m. Maison quelconque
en pierre de taille,—dans l'argot des bourgeois, pour
lesquels la colonnade de Perrault est le nec plus ultra de l'art architectonique.
Ils disent aussi Petit Louvre,—pour
ne pas scandaliser dans leurs tombes François Ier, Henri II et
Charles IX.
- LOVELACE, s. m. Libertin,
279
grand séducteur,—dans l'argot des bourgeois, qui éternisent
ainsi le souvenir du principal héros du roman de Richardson
(Clarisse Harlowe).
- LUCARNE, s. f. Monocle,—dans
l'argot des faubouriens.
Crever sa lucarne. Casser le
verre de son lorgnon.
- LUCRÈCE, s. f. Femme chaste,
en apparence du moins,—dans l'argot du peuple, qui a entendu
parler de l'héroïsme de la femme de Collatin, et qui n'y croit que
sous bénéfice d'inventaire.
Faire la Lucrèce. Contrefaire la
prude et l'honnête femme.
- LUISANT, s. m. Soleil, ou
Jour,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Luisard.
On dit aussi Luisarde.
- LUNCH, s. m. Collation légère
entre le déjeuner et le dîner—dans l'argot des gandins, qui répudient
ainsi notre ancien goûter.
Le mot et la mode sont anglais; seulement le lunch anglais
a cet avantage sur le lunch parisien, qu'il est une réfection
copieuse,—un troisième déjeuner ou un premier dîner,—destiné
à ravitailler les estomacs épuisés par les luttes des hustings, quand
il y a des élections.
- LUNCHER, v. n. Manger des
gâteaux arrosés de bordeaux chez un pâtissier en renom.
- LUNDICRATE, adj. et s. Feuilletonniste
du lundi,—dans l'argot des gens de lettres.
Ce mot appartient à M. Pierre Véron.
- LUNE, s. f. Caprice; mauvaise
humeur,—dans l'argot du peuple.
Être dans ses lunes. Avoir un
accès de mauvaise humeur, de
misanthropie.
- LUNE, s. f. Visage large, épanoui,
rayonnant de satisfaction et de santé.
On dit aussi Pleine lune.
- LUNE, s. f. Le second visage
que l'homme a à sa disposition, et qu'il ne découvre jamais en
public,—à moins d'avoir toute honte bue.
On dit aussi Pleine lune.
- LUNE A DOUZE QUARTIERS,
s. f. Roue,—dans l'argot des voleurs.
- LUNETTE, s. f. Le cercle de la
trulla,—dans l'argot du peuple.
- LUNETTES, s. f. pl. Les nates,—qui
sont en effet de petites
lunes.
- LUQUE, s. m. Faux certificat,
faux passeport, loques de papier,—dans
l'argot des voleurs.
Porte-luque. Portefeuille.
Luque signifie aussi image, dessin.
- LURELURE (A), loc. adv. Au
hasard, sans dessein, sans réflexion surtout,—dans l'argot
du peuple.
- LURON, s. m. Homme hardi,
déluré.
Joyeux luron. Bon compagnon.
- Lusquin, s. m. Charbon,—dans
l'argot des voleurs.
Lusquine. Cendre.
- LUSTRE, s. m. La claque,—dans
l'argot des coulisses.
280
Chevaliers du lustre. Gens payés
pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement
au parterre au-dessous du lustre.
On dit aussi Romains.
- LUSTRE, s. m. Juge,—dans
l'argot des voleurs.
- LUSTRER, v. a. et n. Juger.
- LUSTUCRU, s. m. Imbécile;
évaporé, extravagant,—dans l'argot du peuple.
- LYCÉE, s. m. Prison,—dans
l'argot des voleurs, qui y font leurs humanités et parmi lesquels
se trouve, de temps en temps, un Aristote de la force de Lacenaire
qui leur enseigne sa Logique du meurtre et sa Philosophie
de la guillotine.
- LYONNAISE, s. f. Soierie,—dans
l'argot des faubouriens, qui pratiquent volontiers l'hypallage
et la métonymie.
281
M
- MAC, s. m. Apocope de Maquereau,—dans
l'argot des faubouriens.
- MACACHE, adj. Mauvais, détestable,—dans
l'argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.
On emploie ordinairement ce mot avec bono:
Macache-bono. Ce n'est pas bon, cela ne vaut rien.
Signifie aussi Zut!
- MACADAM, s. m. Boue épaisse
et jaune due à l'ingénieur anglais Mac Adam.
- MACADAM, s. f. Boisson sucrée
qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards
macadamisés.
- MACADAMISER, v. a. Empierrer
les voies publiques d'après le système de Mac Adam.
- MACAIRE, s. m. Escroc; agent
d'affaires véreuses; saltimbanque,—dans l'argot du peuple, qui a
conservé le souvenir du type créé par Frédérick-Lemaître au
théâtre et par Daumier au Charrivari.
On dit aussi Robert-Macaire.
- MACARON, s. m. Huissier,—dans
l'argot des voyous. Traître,—dans l'argot des voleurs.
- MACARONER, v. a. et n. Agir
en traître.
- MACCHABÉE, s. m. Cadavre,—dans
l'argot du peuple, qui fait allusion, sans s'en douter,
aux sept martyrs chrétiens.
Mauvais macchabée. Mort de
dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu'on est forcé
de tasser,—dans l'argot des employés des pompes funèbres.
- MAC-FARLANE, s. m. Paletot
sans manche,—dans l'argot des gandins et des tailleurs.
- MÂCHER DE HAUT, v. a. Manger sans appétit,—dans
l'argot des bourgeois.
- MÂCHER LES MORCEAUX, v.
a. Préparer un travail, faire le
282
plus difficile d'une besogne qu'un autre achèvera. Argot du peuple.
- MACHER LES MOTS, v. a.
Choisir les expressions les plus chastes, les moins blessantes.
Ne pas mâcher les mots à quelqu'un.
Lui dire crûment ce qu'on a à lui dire.
- MACHIN, s. m. Nom qu'on
donne à une personne ou à une chose sur laquelle on ne peut
mettre une étiquette exacte.
On dit aussi Chose.
- MACHINE, s. f. Chose quelconque
dont on ne peut trouver le nom,—dans l'argot des bourgeois,
qui ne connaissent pas exactement la propriété des termes.
Ainsi il n'est pas rare d'entendre l'un d'eux dire à un artiste,
en parlant de son tableau: «Votre petite machine est très
jolie.»
Grande machine. Grande toile ou statue de grande dimension.
- MÂCHOIRE, s. f. Imbécile,—dans
l'argot du peuple, qui sait avec quelle arme Samson assomma
tant de Philistins.
Signifie aussi: Suranné, Classique,—dans
l'argot des romantiques,—ainsi que cela résulte
d'un passage des Jeune France de Théophile Gautier, qu'il faut
citer pour l'édification des races futures: «L'on arrivait par la
filière d'épithètes qui suivent: ci-devant, faux toupet,
aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire,
ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l'épithète la plus
infamante, académicien et membre de l'Institut.»
- MACHICOT, s. m. Mauvais
joueur,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Mâchoire.
- MACHONNER, v. n. Parler à
voix basse; murmurer, maugréer.
- MACHURER, v. a. Barbouiller,
noircir.
- MAÇON DE PRATIQUE, s. m.
Ouvrier en bâtiment,—dans l'argot des francs-maçons.
- MAÇON DE THÉORIE, s. m.
Franc-maçon.
- MADAME, s. f. Dame,—dans
l'argot des petites filles.
Jouer à la Madame. Contrefaire
les mines, les allures des grandes personnes.
- MADAME. Nom que les filles
de maison donnent à leur maîtresse,—à l'abbesse.
- MADAME LA RESSOURCE, s.
f. Marchande à la toilette; revendeuse.
- MADAME TIREMONDE, s. f.
Sage-femme,—dans l'argot des faubouriens.
Les voyous disent Madame Tirepousse.
Au XVIe siècle, on disait
Madame du guichet et Portière du petit guichet.
- MADEMOISELLE MANETTE, s.
f. Malle.
- MADRICE, s. f. Finesse, habileté,
madrerie,—dans l'argot des
voleurs.
- MADRIN, adj. et s. Habile,
fin, madré.
- MAFFLU, adj. et s. Qui a une
283
face large, épanouie,—dans l'argot
du peuple.
Grosse mafflue. Grosse commère.
On dit aussi grasse maffrée et
grosse mafflée.
- MAGNEUSE, s. f. «Femme
qui se déprave avec des individus de son sexe,» dit M. Francisque
Michel, qui va bien loin chercher l'étymologie de ce mot,—dans
lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté
religieuse, tandis qu'il l'a sous la main, cette étymologie.
- MAGOT, s. m. Economies,
argent caché,—dans l'argot du peuple.
Manger son magot. Dépenser
l'argent amassé.
- MAGOT, s. m. Homme laid
comme un singe ou grotesque comme une figurine chinoise en
pierre ollaire.
- MAIGRE COMME UN CENT DE
CLOUS, adj. Extrêmement maigre.
On dit aussi Maigre comme un
coucou, et Maigre comme un hareng-sauret.
- MAIGRE (Du)! interj. Silence!—dans
l'argot des voleurs.
- MAINS DE BEURRE, s. f. pl.
Mains maladroites, qui laissent glisser ce qu'elles tiennent. Argot
du peuple.
- MAISON DE SOCIÉTÉ, s. f.
Abbaye des S'offre-à-tous,—dans l'argot des bourgeois.
- MAISON DE MOLIÈRE (La).
Le Théâtre-Français,—dans l'argot des sociétaires de ce
théâtre, qui n'y exercent pas précisément l'hospitalité à la façon
écossaise.
Sous le premier Empire c'était le Temple du goût, et, sous la
Restauration, le Temple de Thalie.
- MAISONNÉE, s. f. Les personnes,
grandes et petites, qui
composent une famille,—dans
l'argot du peuple.
- MAÎTRESSE DE PIANO, s. f.
Dame d'âge ou laide qui vient
chaque matin chez les petites
dames leur faire les cors, ou les
cartes, ou leur correspondance
amoureuse. Argot de Breda-Street.
- MAJOR, s. m. Chirurgien,—dans
l'argot des soldats.
- MAJOR DE TABLE D'HÔTE, s.
m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux
ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui
sert de protecteur aux tripots de la banlieue.
- MALADE, adj. et s. Prisonnier,—dans
l'argot des voleurs, qui
ont perdu la santé de l'âme.
Être malade. Être compromis.
- Malade du pouce, adj. Paresseux,—dans
l'argot du
peuple.
On dit aussi Avoir le pouce démis
pour son argent.
- MALADE DU POUCE, adj.
Avare, homme qui n'aime pas à compter de l'argent,—aux autres.
Argot des faubouriens.
- MALADIE, s. f. Emprisonnement.
Argot des voleurs.
284
- MAL-A-GAUCHE, s. et adj.
Maladroit,—dans l'argot facétieux
et calembourique des faubouriens.
- MALANDREUX, s. et adj. Infirme;
malade; mal à son aise,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefois Landreux.
- MAL BLANCHI, s. et adj. Nègre,—dans
l'argot des faubouriens.
- MALECHANCE, s. f. Fatalité,
mauvaise chance,—dans l'argot du peuple.
- MAL CHOISI, s. m. Académicien,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont parfois raison.
- MALDINE, s. f. Pension bourgeoise,—dans
l'argot des voyous.
- MAL-DONNE, s. f. Fausse distribution
de cartes.—dans l'argot des joueurs.
- MALE, s. m. Homme,—dans
l'argot des faubouriennes, qui préfèrent les charretiers aux gandins.
Beau mâle. Homme robuste, plein de santé.
Vilain mâle. Homme d'une apparence maladive,
ou de petite taille.
Signifie aussi Mari.
- MAL EMBOUCHÉ, adj. et s.
Insolent, grossier,—dans l'argot du peuple.
- MAL FICELÉ, s. m. Garde national
de la banlieue,—dans l'argot des faubouriens.
- MALFRAT, s. m. Vaurien,
homme qui mal fait, ou gamin qui mal fera,—dans l'argot des
paysans de la banlieue de Paris.
M. Francisque Michel donne Malvas, en prenant soin d'ajouter
que ce mot est «provençal» et qu'il est populaire à Bordeaux.
M. F. Michel a beaucoup plus vécu avec les livres qu'avec les
hommes. D'ailleurs, les livres aussi me donnent raison, puisque
je lis dans l'un d'eux que le peuple parisien disait jadis un
Malfé (malefactus) à propos d'un malfaiteur, et donnait le même
nom au Diable.
- MALINGRER, v. n. Souffrir,—dans
l'argot des voleurs.
- MALINGREUX, s. et adj. Souffreteux,—dans
l'argot du peuple.
- MALITORNE, s. f. Femme disgracieuse,
laide, mal faite,—malè tornata.
- MALTAIS, s. m. Cabaretier,—dans
l'argot des troupiers qui ont
été en Algérie.
- MALTAISE, s. f. Pièce de vingt
francs,—dans l'argot des voleurs.
- MALTOUZE, s. f. Contrebande,—dans
l'argot des voleurs, les maltôtiers modernes (malle tollere,
enlever injustement).
Pastiquer la maltouze, Faire la contrebande.
- MALTOUZIER, s. m. Contrebandier.
- MANCHE, s. f. Partie,—dans
l'argot des joueurs.
Manche à (sous-entendu: Manche),
Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et
qu'il reste à faire la belle.
285
- MANCHE, s. f. Quête; aumône,—dans
l'argot des saltimbanques.
Faire la manche. Quêter, mendier.
- MANCHE (Avoir dans sa). Disposer
de quelqu'un comme de soi-même,—dans l'argot du peuple.
- MANCHON, s. m. Chevelure
absalonienne,—dans l'argot des faubouriens.
Avoir des vers dans son manchon.
Avoir çà et là des places chauves sur la tête.
- MANCHOT, s. m. Homme
maladroit comme s'il avait un bras de moins.
N'être pas manchot. Être très adroit,—au propre et au figuré.
- MANDARIN, s. m. Personnage
imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides,—dans
l'argot des gens de
lettres.
Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot
comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans
votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant sans les
trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild
et aussi heureux qu'un roi, parce que vous supposez avec raison
que l'argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse
très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et
que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant
tous ses caprices à coups de billets de banque. Eh bien, il y a,
à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous
ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild:
sans bouger, sans même faire un geste, rien qu'avec la Volonté,
vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, sans qu'on
sache jamais que vous êtes son meurtrier.
Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en
chargeant Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches,
mais non sans en être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier
de le signaler dans ce Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire
des idées modernes que des mots contemporains. D'ailleurs, il a
passé dans la littérature et dans la conversation, puisqu'on dit Tuer
le mandarin. A ce titre déjà, je lui devais une mention honorable.
- MANDIBULES, s. f. pl. Le bas
du visage,—dans l'argot du peuple.
Jouer des mandibules. Manger.
On dit aussi Jouer des badigoinces.
- MANDOLE, s. f. Soufflet,—dans
l'argot des marbriers de cimetière.
Jeter une mandole. Donner un soufflet.
- MANDOLET, s. m. Pistolet,—dans
l'argot des voleurs.
- MANDRIN, s. m. Bandit, homme
capable de tout, à quelque rang de la société qu'il appartienne,
sur quelque échelon qu'il se soit posé.
Cette expression—de l'argot
du peuple—est dans la circulation depuis longtemps.
286
On dit aussi Cartouche,—ces
deux coquins faisant la paire.
- MANGEAILLE, s. f. Nourriture.
- MANGEOIRE, s. f. Restaurant,
cabaret,—dans l'argot des faubouriens.
- MANGER, v. a. Subir, avoir,
faire,—dans l'argot du peuple.
Manger de la misère. Être besogneux,
misérable.
Manger de la prison. Être prisonnier.
Manger de la guerre. Assister à
une bataille.
- MANGER DANS LA MAIN, v. n.
Prendre des familiarités excessives, abuser des bontés de quelqu'un.
- MANGER DE CE PAIN-LÀ (Ne
pas). Se refuser à faire une chose que l'on croit malhonnête, malgré
le profit qu'on en pourrait retirer; répugner à certains métiers,
comme ceux de domestique, de souteneur, etc.
- MANGER DE LA MERDE. Souffrir
de toutes les misères et de toutes les humiliations connues;
en être réduit comme l'escarbot, à se nourrir des immondices
trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par
les hommes et dédaignés même des chiens.
Cette expression—de l'argot des faubouriens—est horrible,
non parce qu'elle est triviale, mais parce qu'elle est vraie. Je
l'ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches
honnêtes exaspérées par l'excès de la pauvreté. J'ai hésité d'abord
à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n'hésite
plus: il faut que tout ce qui se dit se sache.
- MANGER DE LA VACHE ENRAGÉE,
v. a. Pâtir beaucoup; souffrir du froid, de la soif et de la
faim; n'avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu; vivre enfin dans
la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en attendant le
bonheur.
Cette expression est de l'argot
du peuple et de celui des bohèmes,
qui en sont réduits beaucoup
trop souvent, pour se
nourrir, à se tailler des beefsteaks
invraisemblables dans les flancs
imaginaires de cette bête apocalyptique.
- MANGER DES PISSENLITS PAR
LA RACINE, v. a. Être mort.
- MANGER DU BœUF, v. a. Être
pauvre,—dans l'argot des ouvriers,
qui savent combien l'ordinaire
finit par être fade et misérable.
- MANGER DU FROMAGE. Être
mécontent; avoir de la peine à se débarbouiller de ses soucis.
On connaît l'épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc
de Parme:
«Le duc de Parme déménage;
Plus d'hôtel, plus de courtisan!
Monseigneur mange du fromage,
Mais ce n'est plus du parmesan...»
- MANGER DU MÉRINOS, v. a.
Jouer au billard,—dans l'argot des habitués d'estaminet.
Ils disent aussi Manger du drap.
- MANGER DU PAIN ROUGE, v. a.
287
Vivre d'assassinats impunis,—dans l'argot du peuple.
- MANGER DU PAVÉ, v. a. Chercher
de l'ouvrage et n'en jamais trouver,—dans l'argot des coiffeurs.
Trimer,—dans l'argot du peuple.
- MANGER DU SUCRE, v. a. Recevoir
des applaudissements,—dans l'argot des comédiens.
- MANGER LA CHANDELLE (Ne
pas). N'avoir rien contre soi qu'on puisse reprocher,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des
gens qu'il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand
il dit: C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, cela signifie:
Je n'en sais ni bien ni mal, ce n'est ni mon ami ni mon ennemi.
- MANGER LA LAINE SUR LE
DOS DE QUELQU'UN, v. a. Le tromper, et même le voler, sans
qu'il proteste ou s'en aperçoive. Même argot.
- MANGER LE BLANC DES YEUX
(Se). Se dit de deux personnes qui se regardent avec colère,
comme prêtes à se jeter l'une sur l'autre et à se dévorer.
- MANGER LE BON DIEU, v. a.
Communier,—dans l'argot des faubouriens.
- MANGER LE GIBIER, v. a. Ne
rien exiger des hommes, ou ne pas rapporter intégralement l'argent
qu'ils ont donné,—dans l'argot des souteneurs qui disent
cela à propos des filles, leurs maîtresses.
- MANGER LE MORCEAU, v. a.
Faire des révélations, nommer ses complices,—dans l'argot
des voleurs.
On dit aussi Casser le morceau.
- MANGER LE MORCEAU, v. a.
Trahir un secret; ébruiter trop tôt une affaire,—dans l'argot
du peuple.
- MANGER LE MOT D'ORDRE,
v. a. Ne plus se le rappeler,—dans l'argot des troupiers.
- MANGER LE NEZ (Se). Se
battre avec acharnement,—dans l'argot des faubouriens, qui
jouent parfois des dents d'une manière cruelle.
Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans
leurs «engueulements»,—qui rappellent beaucoup ceux des
héros d'Homère,—s'il leur arrive de dire, en manière de début:
«Je vais te manger le nez!» ils se contentent de se moucher.
- MANGER LE PAIN HARDI, v.
a. Être domestique,—dans l'argot du peuple, qui veut marquer
que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres, sans se
soucier autrement de le gagner.
- MANGER LE POULET, v. a.
Partager un bénéfice illicite,—dans l'argot des ouvriers, qui
disent cela à propos des ententes trop cordiales qui existent parfois
entre les entrepreneurs et les architectes, grands déjeuneurs.
- MANGER LES SENS (Se). S'impatienter,
se mettre en colère,—dans l'argot des bourgeois.
- MANGER SON BEEFSTEAK, v.
a. Se taire,—dans l'argot des
288
faubouriens, qui ne devraient pourtant pas ignorer qu'il y a des
gens qui parlent la bouche pleine.
- MANGER SON PAIN BLANC LE
PREMIER, v. a. De deux choses faire d'abord la plus aisée; s'amuser
avant de travailler, au lieu de s'amuser après avoir travaillé.
Cette expression,—de l'argot du peuple, signifie aussi: Se
donner du bon temps dans sa jeunesse et vivre misérablement
dans sa vieillesse.
- MANGER SUR L'ORGUE, v. n.
Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son
propre crime,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Manger sur quelqu'un.
- MANGER UNE SOUPE AUX HERBES.
Coucher dans les champs. Argot des faubouriens.
- MANGER UN LAPIN, v. a. Enterrer
un camarade,—dans l'argot des typographes, qui, comme
tous les ouvriers, s'arrêtent volontiers chez le marchand de vin
en revenant du cimetière.
- MANGEUR, s. m. Dissipateur,
viveur,—dans l'argot du peuple.
- MANGEUR DE BLANC, s. m.
Souteneur de filles,—dans l'argot des faubouriens.
- MANGEUR DE BON DIEU, s.
m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l'église que le cabaret.
Argot du peuple.
- MANGEUR DE CHOUCROUTE,
s. m. Allemand.
- MANGEUR DE GALETTE, s. m.
Homme qui trahit ses camarades pour de l'argent.
- MANGEUR DE POMMES, s. m.
Normand.
- MANGEUSE DE VIANDE CRUE,
s. f. Fille publique.
L'expression est vieille: elle se trouve dans Restif de la Bretonne.
- MANICLE, s. f. Se dit de toutes
les choses gênantes, embarrassantes, comme le sont en effet les
manicles des prisonniers.
Ce mot vient de manicæ, menottes.
Les forçats, qui ne sont pas tenus de savoir le latin, donnent
ce nom aux fers qu'ils traînent aux pieds; en outre, au
lieu de l'employer au pluriel, comme l'exigerait l'étymologie,
ils s'en servent au singulier: c'est ainsi que de la langue du bagne il
est passé dans celle de l'atelier.
Frère de la manicle. Filou.
- MANIÈRE, s. f. Façon de se
conduire avec les hommes,—dans l'argot des drôlesses habiles,
qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde,
leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions
peut être la première manière d'une courtisane, et la pudicité,
voire l'honnêteté, sa troisième manière,—la plus remarquable
et la plus dangereuse.
- MANIÈRES, s. f. pl. Embarras,
importance exagérée; mines impertinentes; simagrées,—dans
l'argot des faubouriens.
- MANIGANCE, s. f. Intrigue,
fourberie,—dans l'argot du peuple.
289
- MANIGANCER, v. a. Méditer
une fourberie; préparer une farce, un coup, une affaire.
- MANIQUE, s. f. Métier; cuir
dont les cordonniers se couvrent la main.
Connaître la manique. Connaîtreà fond une affaire.
Sentir la manique. Sentir le cuir ou toute odeur d'atelier.
- MANIVELLE, s. f. Chose qui
revient toujours fastidieusement; travail monotone, ennuyeux.
C'est toujours la même manivelle.
C'est toujours la même chanson.
- MANNEAU, pron. pers. Moi,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Mézingaud et Mézière.
- MANNEQUIN, s. m Imbécile,
homme de paille,—dans l'argot du peuple.
- MANNEQUIN, s. m. Voiture
quelconque, et spécialement Tapecul,—dans l'argot du peuple.
- MANNEQUIN DU TRIMBALLEUR
DES REFROIDIS, s. m. Corbillard,—dans
l'argot des voleurs.
- MANNEZINGUE, s. m. Cabaret;
marchand de vin,—dans l'argot des faubouriens, qui n'emploient
ce mot que depuis une trentaine d'années.
On dit aussi Minzingouin et Mannezinguin.
Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui
le concernent sont plus difficiles à obtenir que s'il s'agissait d'un
mot plus ancien. J'ai bien envie de hasarder ma petite étymologie:
Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tire-bouchon
de la gaieté que contient le cerveau humain.
- MANNEZINGUEUR, s. m. Habitué
de cabaret.
- MANON, s. f. Gourgandine,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi Maîtresse,—dans l'argot des bourgeois.
- MANQUE, (A la), adv. A
gauche,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Endommagé et Malade.
- MANTEAU D'ARLEQUIN, s. m.
Draperie qui entoure le rideau
d'avant-scène,—dans l'argot des coulisses.
«On l'a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps
de la Comédie italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas
comme des rideaux d'alcôve en glissant sur des tringles; or,
comme Arlequin, au dénoûment de la pièce, était toujours le dernier
comédien qui saluait le public de sa batte, le rideau, qui se
fermait sur lui, semblait lui faire un manteau.»
- MAQUA, s. f. Entremetteuse,—dans
l'argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques cents ans.
On a écrit Maca au XVIe siècle.
- MAQUECÉE, s. f. Abbesse de
l'abbaye des S'offre-à-tous,—dans l'argot des voleurs.
- MAQUEREAU, s. m. Souteneur
de filles, ou plutôt Soutenu de filles,—dans l'argot du peuple.
290
Il est regrettable que Francisque Michel n'ait pas cru devoir
éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de
ce mot, aussi intéressant que tant d'autres auxquels il a consacré
des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition,
l'étymologie eût été facile à trouver sans doute,
et les ignorants comme moi n'en seraient pas réduits à la conjecturer.
Il y a longtemps qu'on emploie
cette expression; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre
sont nombreux et anciens déjà; mais quel auteur, prosateur
ou poète, l'a employée le premier et pourquoi l'a-t-il employée? Est-ce
une corruption du mæchus d'Horace («homme qui vit avec
les courtisanes,» mœcha, fille)? Est-ce le μαχρος [grec: machros] grec, conservé
en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand,
fort) par quelque helléniste en bonne humeur? Est-ce une contraction
anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou
(matou, mâle)? Est-ce enfin purement et simplement une allusion
aux habitudes qu'ont eues de tout temps les souteneurs de
filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par
exemple les tapis-francs de la Cité et d'ailleurs, comme les
maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord? Je
l'ignore,—et c'est précisément pour cela que je voudrais le savoir;
aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité
la prochaine édition des Etudes de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc
de billard, et tout simplement Croc,—par aphérèse.
- MAQUEREAUTAGE, s. m. Exploitation
de la femme qui exploite elle-même les hommes; maquignonnage.
On prononce Macrotage.
- MAQUEREAUTER, v. a. et n.
Vivre aux dépens des femmes qui ne vivant elles-mêmes qu'aux dépens des hommes.
On prononce Macroter.
Maquereauter une affaire. Intriguer
pour la faire réussir.
- MAQUEREAUTIN. s. m. Apprenti
débauché, jeune maquereau.
On prononce Macrotin.
- MAQUERELLAGE, s. m. Proxénétisme.
- MAQUERELLE, s. f. Femme
qui trafique des filles.
Au XVIIIe siècle on disait Maqua.
- MAQUI, s. f. Rouge, fard,—dans
l'argot des voleurs.
C'est probablement une apocope du vieux mot Maquignonnage.
- MAQUIGNON, s. m. Homme
qui fait tous les métiers, excepté celui d'honnête homme,—dans
l'argot du peuple.
- MAQUIGNONNAGE, s m. Proxénétisme;
tromperie sur la qualité et la quantité d'une marchandise;
abus de confiance.
- MAQUIGNONNER, v. a. Faire
des affaires véreuses.
291
- MAQUILLAGE, s. m. Application
de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage,—dans
l'argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et
les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande
qu'à être trompé.
Blanc de céruse et rouge végétal,—je
ne dis pas assez; et pendant que j'y suis, je vais en
dire davantage afin d'apprendre à nos petits-neveux, friands de
ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de
l'Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes
modernes: Blanc de céruse ou blanc de baleine; rouge végétal
ou rouge liquide; poudre d'iris et poudre de riz; cire vierge fondue
et pommade de concombre; encre de Chine et crayon de nitrate,—sans
compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage
a des rides, il faut les boucher; l'âge et les veilles l'ont
jauni, il faut le roser; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser;
les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. O les miracles
du maquillage!
- MAQUILLÉE, s. f. Lorette, casinette,
boule-rouge, petite dame enfin,—dans l'argot des faubouriens.
- MAQUILLER, v. a. Faire agir,
machiner,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie.
Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes,—dans le même argot.
Signifie aussi Tricher à l'écarté.
Maquiller son truc. Faire sa manœuvre;
Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre;
Maquiller un suage. Se charger d'un assassinat. Même argot.
- MAQUILLER (Se), v. réfl. Se
couvrir le visage de carmin et de blanc,—dans l'argot des
petites dames, dont la beauté est l'unique gagne-pain, et qui
cherchent naturellement à dissimuler les outrages que les années—et
la débauche—peuvent y faire.
- MAR, Désinence fort à la mode
vers 1830,—comme les Osages. On retranchait la dernière syllabe
des mots et on y substituait ces trois lettres qui donnaient un
«cachet» au langage des gens d'esprit de ce temps-là. On disait
Boulangemar pour Boulanger, Epicemar pour Epicier, etc. C'était
une sorte de javanais mis à la portée de tout le monde. Il en est
resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre langue.
(Lire les Béotiens de Louis Desnoyers.)
- MARAILLE, s. f. Le peuple,
le monde,—dans l'argot des voleurs.
- MARAUDER, v. n. Raccrocher
des pratiques en route,—dans l'argot des cochers de voitures de
place, qui frustrent ainsi leur administration.
On dit aussi Aller à la maraude
et Faire la maraude.
- MARAUDEUR, s. m. Cocher
en quête d'un «bourgeois».
On dit aussi Hirondelle.
292
- MARBRE, s. m. Table sur laquelle,
dans les imprimeries, les typographes posent les paquets
destinés à être mis en page.
Avoir un article sur le marbre.
Avoir un article composé, sur le
point de passer,—dans l'argot des
typographes et des journalistes.
- MARCANDIER, s. m. Marchand,—dans
l'argot des voleurs, qui emploient là une expression de
la vieille langue des honnêtes gens.
- MARCASSIN, s. m. Petit garçon
malpropre et grognon,—dans l'argot du peuple.
- MARCHAND D'EAU CHAUDE,
s. m. Cafetier.
- Marchand de cerises, s. m.
Mauvais cavalier.
- MARCHAND DE FEMMES, s. m.
Négociateur en mariages.
- MARCHAND DE SOMMEIL, s. m.
Logeur en garni,—dans l'argot des faubouriens.
- MARCHAND DE SOUPE, s. m.
Maître de pension,—dans l'argot des écoliers.
- MARCHAND D'HOMMES, s. m.
Agent de remplacement militaire,—dans l'argot du peuple.
- MARCHE-A-TERRE, s. m. Fantassin,—dans
l'argot de la cavalerie.
- MARCHE DE FLANC, s. f. Le
sommeil, ou seulement le repos,—dans l'argot des sous-officiers.
- MARCHER, v. n. Être de la
même opinion; consentir,—dans l'argot des typographes.
- MARCHER DEDANS. Rencontrer
sous son pied un insurgé de Romilly,—dans l'argot du peuple.
- MARCHER AU PAS. Obéir, filer
doux,—dans le même argot.
Faire marcher quelqu'un au pas.
Agir de rigueur envers lui.
On dit aussi: Mettre au pas.
- MARCHER SUR LA CHRÉTIENTÉ,
v. n. N'avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés,—dans
le même argot.
- MARCHER SUR LE PIED, v. n.
Chercher querelle à quelqu'un,—une querelle d'Allemand; saisir
le moindre prétexte pour se fâcher,—dans l'argot des bourgeois.
N'aimer pas qu'on vous marche sur le pied.
Être très chatouilleux, très susceptible.
- MARCHES DU PALAIS, s. f. pl.
Rides du front,—dans l'argot du peuple.
- MARCHEUSE, s f. Rat d'une
grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue
le jour où elle n'a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni
troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l'état de coryphée
à tout autre, par la grande raison qu'après l'emploi de sa
jeunesse elle n'en pouvait pas prendre d'autres. C'est un débris
de la fille d'Opéra du XVIIIe siècle.
- MARCHEUSE, s. f. Femme en
bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions «sont d'appeler les
passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison
qu'elle représente».
- MARCO, s. f. Petite dame,—dans
293
l'argot des gens de lettres, qui disent cela depuis la pièce
de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les Filles
de marbre, dont l'héroïne principale s'appelle Marco.
- MARDI, S'IL FAIT CHAUD!
Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers
quand il veut se moquer ou se débarrasser d'un importun.
Ce mardi-là et le Dimanche après la grand'messe font partie de
la fameuse Semaine des quatre jeudis.
- MARGAUDER, v. n. Dénigrer
quelqu'un; décrier une chose. Argot des bourgeois.
Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle
de la pie, dite margot, qui joue le rôle de commère parmi
les oiseaux? Mais alors il faudrait écrire margoter, ou tout au
moins margoder.
- MARGOT, s. f. Pie,—dans
l'argot du peuple.
- MARGOT, s. f. Fille ou femme
qui a jeté son bonnet et sa pudeur par-dessus les moulins.
On dit aussi Margoton.
- MARGOT, s. f. Maîtresse, concubine,—dans
l'argot des bourgeois.
Vivre avec des margots. Vivre
avec des filles; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait
amour aux pieds d'Omphales d'occasion, sans avoir
l'excuse du fils d'Alcmène,—qui du moins était un hercule.
- MARGOUILLIS, s. m. Gâchis,—dans
l'argot du peuple, qui
emploie ce mot au propre et au
figuré.
- MARGOULETTE, s. f. La bouche,
considérée comme avaloir.
Rincer la margoulette à quelqu'un. Lui payer à boire.
- MARGOULIN, s. m. Débitant,—dans
l'argot des commis voyageurs.
- MARGUERITES, s. f. pl. Poils
blancs de la barbe,—dans l'argot du peuple, qui a parfois des
images aussi poétiques que justes.
Il dit aussi Marguerites de cimetière.
- MARIAGE À LA DÉTREMPE, s.
m. Union morganatique,—dans l'argot des ouvriers.
«Nos bons amis nos ennemis» ont une expression de la même
famille: Wife in water colours (femme à l'aquarelle, en détrempe),
disent-ils à propos d'une concubine.
- MARIANNE, s. f. La République,—dans
l'argot des démocrates
avancés.
Avoir la Marianne dans l'œil.
Clignoter des yeux sous l'influence de l'ivresse.
- MARIE-BON-BEC, s. f. Femme
bavarde, «un peu trop forte en gueule»,—dans l'argot du peuple.
- MARIE-COUCHE-TOI-LÀ, s. f.
Femme facile,—trop facile.
- MARIER JUSTINE.
Précipiter un dénouement, arriver vite au but,—dans l'argot des coulisses.
Cette expression date de la première représentation d'un vaudeville
294
des Variétés, Thibaut et Justine, joué sous la direction de
Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des
longueurs. Le public s'impatiente, il est sur le point de siffler.
L'auteur ne mariait Justine qu'à la dernière scène, encore
bien éloignée. «Il faut marier Justine tout de suite», s'écria
le régisseur, pour sauver la pièce. Et l'on cria des coulisses
aux acteurs en scène: «Mariez Justine tout de suite!» Et l'on
maria Justine, et la pièce fut sauvée,—et l'argot théâtral s'enrichit
d'une expression.
- MARIE-SALOPE, s. f. Femme de mauvaise vie.
- MARIE-SALOPE, s. f. Bateau
dragueur,—dans l'argot des mariniers de la Seine.
- MARI MALHEUREUX, s. m.
«Le dernier de Paul de Kock»,—dans l'argot pudibond des bourgeois.
- MARIN D'EAU DOUCE, s. m.
Canotier de la Seine,—dans l'argot du peuple.
- MARIOLLE, s. m. Homme
adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un peu voleur,—dans
l'argot des souteneurs.
J'ai entendu cette phrase: «Tant qu'il y aura des pantes,
les mariolles boulotteront.»
- MARIOLLE, s. et adj. Malin,
ingénieux, rusé,—dans l'argot des faubouriens.
- MARIONNETTE, s. f. Soldat,—dans
l'argot des voleurs.
- MARIONNETTES, s. f. pl. Partisans,
mâles ou femelles, d'une bastringueuse du nom de Maria,
qui florissait en l'an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à
la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom de Clara
disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage.
Les partisans de cette dernière s'appelaient Clarinettes.
- MARLOU, s. m. Souteneur de
filles,—dans l'argot des faubouriens.
Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel
a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du
Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers?
Puisqu'il lui fallait absolument une étymologie, que ne l'a-t-il
demandée plutôt à un Dictionnaire anglais! Mar (gâter) love
(amour); les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus
divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n'est peut-être
pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable
que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français
marcou.
- MARLOU, s. et adj. Malin,
rusé, expert aux choses de la vie.
- MARLOUSERIE, s. f. Profession
de Marlou.
Se dit aussi pour Habileté.
- MARLOUSIER, s. m. Apprenti
marlou.
- MARMAILLE, s. f. Troupe, nichée
d'enfants,—dans l'argot
du peuple.
On dit aussi Marmaillerie.
295
- MARMITE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des souteneurs, qui n'éprouvent aucune répugnance
à se faire nourrir par les filles.
Marmite de cuivre. Femme qui gagne—et rapporte beaucoup.
Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins.
Marmite de terre. Femme qui
ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.
- MARMITEUX, s. et adj. Piteux,
ennuyé, malade,—dans l'argot
du peuple.
- MARMITON DE M. DOMANGE,
s. m. Vidangeur,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent
guère qu'ils ne font que répéter
une expression du XVIe siècle:
«Marmiton de la gadouarde», lit-on dans les Après-disnées du seigneur
de Cholières.
Cela ne vaut pas, comme délicatesse
ironique, le goldfinder des Anglais.
- MARMONNER, v. a. Parler entre
les dents d'un air fâché; murmurer, gronder,—dans l'argot
du peuple.
On dit aussi Marmotter.
- MARMOT, s. m. Enfant, et,
par extension, Homme chétif.
Croquer le marmot. Attendre en vain.
- MARMOTTE, s. f. Boîte ou
carton d'échantillons,—dans l'argot des commis-voyageurs.
- MARMOTTE, s. f. Madras que
les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.
- MARMOTTIER, s. m. Savoyard,—dans
l'argot des faubouriens.
- MARMOUSE, s. f. Barbe,—dans
l'argot des voleurs.
- MARMOUSER, v. n. Bruire,
comme l'eau qui bout,—dans l'argot du peuple.
- MARMOUSET, s. m. Gamin,
homme de mine chétive.
- MARMOUSET, s. m. Pot-au-feu,—dans
l'argot des voleurs, par allusion au marmousement du bouillon.
Le marmouset riffode. Le pot bout.
- MARNER, v. a. Voler,—dans
l'argot des revendeuses du Temple.
- MARNER, v. n. Travailler avec
ardeur,—dans l'argot des faubouriens.
- MAROTTE, s. f. Caprice, entêtement,
manie,—dans l'argot des bourgeois.
- MAROTTIER, s. m. Bimbelottier,
camelotteur,—dans l'argot des voleurs.
- MARQUANT, s. m. Maître,
chef,—dans le même argot.
- MARQUE, s. f. Femme,—dans
le même argot.
Marque de cé. Femme légitime d'un voleur.
Marque franche. Concubine.
- MARQUÉ, s. m. Mois,—dans
le même argot.
Quart de marqué. Semaine.
- MARQUÉ (Être). S'être battu
et avoir l'œil poché. Argot des
faubouriens.
- MARQUÉ A LA FESSE, adj. et
s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux,—dans l'argot
des typographes.
296
- MARQUÉ AU B, adj. Borgne
ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard,—dans l'argot du
peuple.
- MARQUER (Ne plus), v. n.
Vieillir,—dans l'argot des faubouriens.
- MARQUER AVEC UNE FOURCHETTE,
v. a. Exagérer le compte d'un débiteur, en marquant 4
quand il a dépensé 1,—ainsi qu'il arrive à beaucoup de cafetiers,
de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une
bonne paye, distraite, des pertes qu'ils ont subies avec une mauvaise,
plus distraite encore.
- MARQUER LE COUP, v. a.
Trinquer,—dans l'argot des ouvriers.
- MARQUER LE COUP, v. a. Toucher
légèrement son adversaire,—dans l'argot des professeurs
d'escrime, boxe, etc.
- MARQUER SON LINGE, v. a.
Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du peuple.
- MARQUIS D'ARGENTCOURT, s.
m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne pourrait
lui rendre que cela,—n'ayant absolument rien autre.
On dit aussi Marquis de la bourse plate.
- MARQUISE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des faubouriens.
- MARQUISE, s. f. Le saladier
de vin blanc sucré des bourgeois,—comme le saladier de vin blanc
est la marquise des ouvriers.
- MARRAINE, s. f. Témoin femelle,
dans l'argot des voleurs.
- MARRON, s. m. Rapport, procès-verbal
des chefs de ronde,—dans l'argot des soldats.
- MARRON, s. m. Livre imprimé
clandestinement,—dans l'argot des typographes.
- MARRON (Être). Être la victime
de quelque chose, être la dupe de quelqu'un,—dans l'argot
des faubouriens.
Être servi ou paumé marron.
Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits,—dans
l'argot des voleurs.
Je ne crois pas qu'il faille, à
propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine
et à Molière, et citer la fable de Bertrand et Raton, comme
l'a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente
que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le
singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne
tarde pas à comprendre qu'il faut chercher ailleurs l'origine de
cette expression. Le verbe marronner,
que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu'il soit fréquemment
et depuis longtemps employé par le peuple, ce verbe
est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment?
Voilà ce qu'il aurait fallu rechercher et dire, car s'il est
antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu'il ait donné
naissance à Être marron. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il,
qu'on appelle nègre marron un nègre fugitif,—qu'on reprend
toujours. Que le lecteur daigne conclure.
297
- MARRONNER, v. a. Maugréer,
être de mauvaise humeur,—dans l'argot du peuple.
Faire marronner quelqu'un. Le
faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison
ne le permettent.
Signifie aussi Faire enrager, taquiner.
- MARRONNER UNE AFFAIRE,
v. a. Manquer un vol par maladresse,—dans l'argot des voleurs.
- MARRON SCULPTÉ, s. m. Tête
grotesque, personnage ridicule,—dans l'argot du peuple, qui a
fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d'Inde,
à la mode il y a une vingtaine d'années.
On dit aussi Pomme de canne.
- MARSEILLAISE, s. f. Pipe
courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.
- MARSOUIN, s. m. Homme
laid et mal fait; marin.
- MARTYR, s. m. Le caporal,—dans
l'argot des soldats, qui ont constaté que ce simple gradé
se donnait plus de mal que les autres gradés ses supérieurs et
pour une paye moins haute.
- MASQUE, s. f. Fille ou femme
un peu coquine,—dans l'argot du peuple, qui ne dit pas cela en
trop mauvaise part.
- MASQUE, s. m. Vilaine figure,
homme fort laid.
- MASSACRE, s. m. Ouvrier qui
travaille mal, qui gâte l'ouvrage,—dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Gaspillage de choses ou d'argent.
- MASSE, s. f. Grande quantité
de gens ou de choses,—dans l'argot du peuple.
En masse. En grand nombre, en grande quantité.
- MASSÉ, s. m. Coup de queue
donné perpendiculairement à une
bille,—dans l'argot des joueurs
de billard.
- MASSER, v. n. Travailler,—dans
l'argot des ouvriers.
- MASSER, v. a. et n. Payer,
donner l'argent de sa masse. Argot des faubouriens.
- MASSEUR, s. et adj. Homme
laborieux.
- MASTIC, s. m. Homme,—dans
l'argot des canotiers.
- MASTIC, s. m. Sens interverti,
lignes ou mots déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et
occasionnant par cela même une confusion où souvent l'auteur a
grand'peine à se reconnaître. Argot des typographes.
- MASTIC, s. m. Homme,—dans
l'argot des voleurs.
- MASTIC, s. m. Le pain ou la
viande,—dans l'argot des francs-maçons.
- MASTIQUER, v. n. Manger,—dans
l'argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons,
qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.
- MASTOC, s. et adj. Homme
gras, gros, épais, lourd,—dans l'argot du peuple.
298
- MASTROQUET, s. m. Marchand
de vin,—dans l'argot des faubouriens.
Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme
mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d'une forte corpulence?
- MATADOR, s. m. Homme riche,
de fait ou d'apparence,—dans l'argot du peuple.
Faire le matador. Faire des embarras.
- MATAGOT, s. m. Homme bizarre,
original, amusant par son esprit ou par sa laideur de
singe.
- MATASSIN, s. m. Personnage
ridicule, en parole ou en action,—dans l'argot des gens de lettres,
qui se souviennent de leur Molière.
- MATELASSER (Se), v. réfl.
Garnir le corsage de sa robe d'assez de coton pour tromper
les yeux—des myopes.
- MATELOT, s. m. Copain,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
- MATÉRIAUX, s. m. pl. Les aliments
en général,—dans l'argot des francs-maçons, pour qui manger
c'est travailler.
Ils disent aussi Parfums.
- MATHURINS, s. m. pl. Dés à
jouer,—dans l'argot des voleurs.
Mathurins plats. Dominos.
- MATIGNON, s. m. Messager,—dans
le même argot.
- MÂTIN, s. m. Homme rusé,
expert en toutes sortes de choses,—dans l'argot du peuple.
Mâtine,, s. f. Gaillarde qui n'a pas peur des hommes.
Mâtin! Exclamation qui sert
à marquer l'admiration la plus violente ou la douleur la plus vive.
On dit aussi Sacré mâtin.
- MATOIS, s. m. Homme rusé,
et même un peu fourbe.
On dit aussi fin matois, malgré le pléonasme.
- Matoise, s. f. Intrigante,—ou
seulement Femme habile à vendre sa marchandise.
On dit aussi Fine matoise.
- MATOU, s. m. Homme aimant les femmes.
Bon matou. Libertin.
- MATRAQUE, s. m. Bâton, canne,—dans
l'argot des faubouriens qui ont servi dans l'armée d'Afrique.
Ils ont entendu des Arabes, s'essayant au français, dire: ma traque
pour ma trique, et ils ont pris cela pour du sabir.
- MAUVAIS COUCHEUR, s. m.
Homme difficile à vivre.
- MAUVAISE TROUPE, s. f. Garnement,
vagabond, fainéant,—dans l'argot du peuple.
Quelquefois la même expression est employée dans un sens
amical, comme, par exemple, pour convier quelqu'un au départ:
Allons, en route, mauvaise troupe! lui dit-on.
- MAUVIETTE, s. et adj. Enfant,
et même grande personne d'un tempérament délicat, d'une apparence chétive.
299
- MAUVIETTE, s. f. Décoration
à la boutonnière,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Trompe-l'œil.
- MAYEUX, s. m. Bossu,—dans
l'argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste
Traviès, vers 1830.
Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au
moral.
- MAZAGRAN, s. m. Café froid
à l'eau de Seltz,—dans l'argot des garçons de café.
Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope
de verre, au lieu de l'être dans une tasse.
- MAZARO, s. m. Prison,—dans
l'argot des troupiers.
- MAZETTE, s. f. Conscrit,—dans
l'argot des troupiers. Homme de petite taille,—dans l'argot du
peuple.
- MÉCANISER, v. a. Vexer quelqu'un,
le tourmenter, se moquer de lui, et même en médire un
peu,—dans l'argot des faubouriens.
Francisque Michel «trouve le germe de cette locution dans
un passage des Vies des dames illustres de Brantôme», et ce
germe, c'est mœquaniqueté... Le malheur est que jamais «locution
ne fut plus moderne. Quant à son «germe», le premier mécanicien
venu le trouverait en conduisant sa machine.
- MÉCANISEUR, s. m. Railleur, médisant.
- MÈCHE, s. f. Possibilité de
aire une chose.
Il y a mèche. Il y a moyen.
Il n'y a pas mèche. Cela n'est pas possible.
On dit aussi elliptiquement: Mèche!
- MÈCHE, s. f. Intrigue, secret.
Découvrir la mèche. Tenir les
fils d'une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.
- Mèche, s. m. Travail, ouvrage
à faire,—dans l'argot des typographes.
Chercher mèche. Chercher de l'ouvrage.
- MÈCHE, s. f. Moitié, demi,—dans
l'argot des voleurs.
Être de mèche. Partager un butin avec celui qui l'a fait.
Signifie aussi Demi-heure. D'où, sans doute, l'expression
des faubouriens: Et mèche.
- MÉCHI, s. m. Malheur,—dans
le même argot.
C'est assurément le meschief de notre vieille langue.
- MÉCHILLON, s. m. Quart d'heure.
- MÉDAILLE, s. f. Pièce de cinq
francs en argent,—dans l'argot des artistes et des faubouriens.
Le mot sort de la _Vie de Bohême, d'Henry Murger.
Médaille d'or. Pièce de vingt francs.
- MÉDAILLE DE SAINT HUBERT,
s. f. Pièce de cinq francs,—dans l'argot des marbriers de cimetière,
qui savent que ces médailles-là préservent de la rage de dents.
- MÉDAILLE EN CHOCOLAT, s. f.
Médaille de Sainte-Hélène,—dans
300
l'argot des faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir.
On a dit aussi Médaille de commissionnaire
et Contre-marque du Père-Lachaise.
- MÉDAILLON, s. m. La partie
du corps où Paul de Kock fait se fendre la culotte de ses
héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber.
C'est un mot de l'argot des voleurs, qui donnent ainsi un pendant
au portrait de l'argot des faubouriens.
Médaillon de flac. Impasse, cul-de-sac.
- MÉDECIN, s. m. Avocat,—dans
l'argot des voleurs, qui ont besoin d être guéris de l'accusation,
souvent mortelle, qui pèse sur eux.
- MÉDECINE, s. f. Plaidoirie.
- MÉDECINE, s. f. Conseil.
Médecine flambante. Bon conseil, avis salutaire.
- MÉDECINE, s. f. Personne ennuyeuse,
obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours.
Argot du peuple.
- MÉDIANIMIQUE, adj. Qui appartient
au médium.
Facultés médianimiques. Celles
que possèdent les médiums et qui leur permettent d'entrer en
communication avec les Esprits,—à ce qu'ils disent.
L'expression a été forgée par Delaage.
- MÉDIUM, s. m. Individu qui
évoque les Esprits,—les lémures, auxquelles les modernes croient
avec la même foi aveugle que les anciens.
Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.
- MEG, s. m. Maître, roi,—dans
l'argot des voleurs, qui, quoique affranchis, sont volontiers
les esclaves de quiconque est plus fort, plus rusé, plus coquin
qu'eux.
Meg des megs. Dieu.
Meg de la rousse. Le préfet de police.
Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu'il faut écrire
et prononcer mec et non meg.
- MÊLÉ, s. m. Mélange d'eau-de-vie
et de cassis, ou d'anisette et d'absinthe,—dans l'argot des
faubouriens.
- MELET, te, adj. Petit, petite,—dans
l'argot des voleurs.
- MÉLI-MÉLO, s. m. Confusion,
mélange chaotique,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette
expression au propre et au figuré.
- MELON, s. et adj. Imbécile,
nigaud.
Cette injure,—quoique le melon soit une chose exquise,—a
trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd'hui
que du temps d'Homère: «Thersite se moquant des Grecs,
dit Francisque Michel, les appelle πεπονες [grec: pepones].»
Il y a longtemps, en effet, que l'homme, «ce Dieu tombé», ne
se souvient plus des cieux, puisqu'il y a longtemps que la moitié
de l'humanité méprise et conspue l'autre moitié.
301
- MELON, s. m. Elève de première
année,—dans l'argot des Saint-Cyriens.
- MEMBRE DE LA CARAVANE,
s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses,—dans l'argot du
peuple, qui emploie une périphrase pour dire camelus.
- MENÉE, s. f. Douzaine,—dans
l'argot des voleurs.
- MENER LARGE (N'en pas).
Avoir peur, se faire humble et petit,—dans l'argot des faubouriens.
- MENER LES POULES PISSER.
Se dit,—dans l'argot du peuple, d'un homme qui s'amuse aux
menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte.
L'expression date du XVIIe siècle.
Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d'Orléans, on voit Jocrisse
qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.
- MENER PAR LE BOUT DU NEZ,
v. a. Faire ce qu'on veut d'une femme, quand on est homme,
d'un homme quand on est femme.
Se laisser mener par le bout du nez. Être d'une faiblesse extrême,
faire la volonté des autres et non
la sienne propre.
- MENER PISSER, v. a. Forcer
un homme à se battre en duel. Argot des troupiers.
On ne le mène pas pisser! Une phrase de l'argot du peuple, qui
l'emploie pour indiquer le caractère d'un homme qui ne fait que
ce qu'il veut, et non ce que les autres veulent.
Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
- MENESSES, s. f. pl. Filles de
maison,—dans l'argot des soldats.
- MENESTRE, s. f. Soupe, potage,—dans
l'argot des voleurs et des honnêtes gens.
«Mon docteur de menestre en sa mine altérée,
Avoit deux fois autant de mains que Briarée,»
dit Mathurin Régnier, en sa satire
du Souper ridicule.
«L'ingrat époux lui fit tater
D'une menestre empoisonnée,»
dit Scarron, en sa satire contre Baron.
- MENGIN, s. m. Charlatan politique
et littéraire.
Encore un nom d'homme devenu un type applicable à beaucoup
d'hommes.
- MENOTTES, s. f. pl. Mains,—dans
l'argot des enfants, des
mères et des amoureux.
On disait mainettes au temps
jadis, comme le prouvent ces
vers de Coquillart:
«Tousjours un tas de petits ris,
Un tas de petites sornettes.
Tant de petits charivaris,
Tant de petites façonnettes,
Petits gants, petites mainettes.
Petite bouche à barbeter...»
- MENTEUSE, s. f. La langue,—dans
l'argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s'est fait le plagiaire
prolixe en disant: La parole a été donnée à l'homme pour
déguiser sa pensée.»
Les voleurs anglais ont la même expression; ils appellent
302
la langue prating cheat (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde
qui ment).
- MENTON DE GALOCHE, s. m.
Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du
peuple.
- MENUISIÈRE, s. f. Redingote
longue, très longue, trop longue, comme les affectionnent les ouvriers,
pour prouver qu'ils ne ménagent pas plus le drap que
les bourgeois. Argot des rapins.
- MÉQUARD, s. m. Commandant,
mec, dans l'argot des voleurs.
- MÉQUER, v. a. Commander.
- MER, s. f. Le fond du théâtre,
quel que soit le décor. Argot des coulisses.
Aller voir la mer. Remonter la scène jusqu'au dernier plan.
- MER A BOIRE (C'est la). Se
dit—dans l'argot du peuple—de toute chose ennuyeuse ou
difficile à faire; et,—dans l'argot des bourgeois—de toute
affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir.
Ce n'est pas la mer à boire. Se dit, au contraire, de toute chose
facile à faire, de toute entreprise qu'on peut aisément mener à
bonne fin.
- MERCADET, s. m. Nom d'un
personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs
d'affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau
trouble.
- MERCANDIER, s. m. Boucher
qui ne trafique que sur les viandes de qualité inférieure.
- MERCENAIRE DE L'IMMOBILITÉ,
s. m. Modèle,—dans l'argot des rapins.
- MERDAILLON, s. m. Homme
sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du peuple.
On dit aussi Merdeux.
- Merdaille, s. f. Troupe importune
de petits enfants.
- MERDE! Exclamation énergique
dont Cambronne ne s'est servi qu'une fois, le 18 juin 1815,
et dont le peuple se sert tous les jours,—dix fois plutôt qu'une.
Ah! merde alors! Exclamation
qui n'échappe que dans les situations critiques, fatales, comme,
par exemple, lorsqu'on perd au jeu, lorsqu'on casse sa pipe, etc.
- MERDE, s. f. Homme sans
consistance, sur lequel il n'y a pas moyen de compter dans les
circonstances graves.
- MERDEUX (Bâton), s. m.
Homme d'un caractère inégal, fantasque, ombrageux, désagréable,
qu'on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le faire
agir.
- MÈRE-ABBESSE, s. f. Grosse
femme qui tient un pensionnat de demoiselles—indignes d'orner
leur corsage du bouquet de fleurs d'oranger traditionnel.
L'expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
Méruchée. Poêlée.
Méruchon. Poêlon.
- MESS, s. m. Table où mangent
en commun les officiers d'un même régiment.
Encore un mot d'importation anglaise, à ce qu'il paraît: The
Mess, dit le Dictionnaire de Spiers; to mess, ajoute-t-il. C'est
plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger
ont dû se servir, soit de notre Mense (mensa), qui a la même
signification, soit de notre Messe (missa), où le prêtre sacrifie sous
les espèces du pain et du vin.
- MESSE DU DIABLE, s. f. Interrogatoire,—dans
l'argot des voleurs, qui sont volontiers athées.
- MESSIÈRE, s. m. et f. Victime,—dans
le même argot.
Messière franc. Bourgeois.
Messière de la haute. Homme comme il faut.
Ne serait-ce pas le Messire du vieux temps?
- MESSIRE LUC, s. m. Anagramme
facile à deviner,—dans l'argot des érudits amis de la scatologie.
- MÉTAL, s. m. Argent,—dans
l'argot du peuple, qui, sans s'en douter, se sert de la même expression
qu'Horace: Metallis potior libertas (La liberté vaut tout
l'or du monde).
- MÉTAUX, s. m. pl. L'argent;
or, argent ou cuivre,—dans l'argot des francs-maçons.
- MÉTHODE CHEVÉ, s. f. Manière
de jouer au billard contraire à l'usage: y jouer avec une
cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des bohèmes.
S'applique aussi au Bilboquet,quand on le prend par la boule
et qu'on veut faire entrer le manche dedans.
- MÉTIER, s. m. Habileté d'exécution,
adresse de main,—dans l'argot des artistes.
Avoir un métier d'enfer. Être d'une grande habileté.
- METTRE A L'OMBRE, v. a.
Mettre en prison,—dans l'argot
304
du peuple. Tuer,—dans l'argot des voleurs.
- METTRE A MÊME. Tromper,—dans
l'argot des faubouriens.
«Voyez quel emblême!
Sa nièc' d'Angoulème
Nous met tous à même!»
dit une chanson de 1832.
- METTRE A PIED, v. a. Suspendre
un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de
temps. Argot des bourgeois.
- METTRE A QUELQU'UN (Le),
v. a. Le tromper; lui conter des bourdes qu'il accepte pour des
vérités,—dans l'argot des faubouriens.
- METTRE A TABLE (Se). Être
disposé à dénoncer ses complices; être sur le point de faire des
révélations,—dans l'argot des voleurs qui veulent manger le morceau.
- METTRE A TOUTES LES SAUCES
(Se), v. réfl. Faire tous les métiers pour gagner sa vie,—dans
l'argot du peuple.
- METTRE AVEC QUELQU'UN
(Se), v. réfl. Vivre maritalement,—dans l'argot des ouvriers et des
grisettes.
- METTRE BIEN (Se), v. réfl. Ne
rien se refuser,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos de
tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en voyant quelqu'un
boire beaucoup, il lui dira: «Tu te mets bien, toi!»
- METTRE DANS DE BEAUX
DRAPS, v. a. Engager quelqu'un dans une affaire scabreuse, dans
un mauvais pas, dans un danger quelconque.
On dit aussi: Être dans de beaux draps.
- METTRE DANS LA POMMADE,
v. a. Gagner quelqu'un au jeu. Argot des faubouriens.
Signifie aussi Tromper, jouer un tour.
- METTRE DANS LE MILLE, v.
a. Réussir dans une entreprise.
Se dit aussi pour: Donner un coup de pied au derrière de quelqu'un.
- METTRE DANS SON SAC. Recevoir
des injures ou des coups sans y répondre; encaisser des
soufflets ou des sottises sans en donner reçu.
- METTRE DEDANS, v. a. Mettre
en prison.
Signifie aussi Tromper.
- METTRE DE L'EAU DANS SON
VIN, v. a. S'humilier après avoir été arrogant; reconnaître ses
torts.
- METTRE DU BEURRE DANS SES
ÉPINARDS, v. a. Introduire un peu de gaieté dans sa vie; avoir
des chances heureuses.
- METTRE EN BRINGUE, v. n.
Mettre en morceaux, briser.
- METTRE EN PATE, v. a. Renverser
un ou plusieurs paquets en les transportant ou en imposant,—dans
l'argot des typographes.
On dit aussi Tomber en pâte.
- METTRE EN QUATRE (Se), v.
réfl. Montrer du zèle pour quelqu'un ou pour quelque chose,—dans
l'argot des bourgeois.
- METTRE EN RANG D'OGNONS
305
(Se). Se placer les uns derrière les autres,—dans l'argot du
peuple.
On disait autrefois d'un homme,
qu'il se mettait en rang d'ognons quand il se plaçait dans celui où
il y avait des gens de plus grande condition que lui.
- Mettre la main a la pate.
Aider à un vol et participer à ses bénéfices.
- METTRE LA PUCE A L'OREILLE,
v. a. Inquiéter quelqu'un par une fausse nouvelle.
C'est l'alicui curam et angorem animi creare des Latins.
- METTRE LA TABLE POUR LES
ASTICOTS. Mourir,—dans l'argot des voyous.
- METTRE LA TÊTE A LA FENÊTRE,
v. a. Être guillotiné,—dans l'argot des voleurs.
- METTRE LE CHIEN AU CRAN
DU REPOS. Dormir,—dans l'argot des soldats.
- METTRE LE MOINE, v. a.
Passer un nœud coulant au pouce du pied d'un soldat pendant son
sommeil, et tirer de temps en temps la corde par petites secousses:
les contorsions douloureuses qu'il fait, sans se réveiller, sont
très drôles, au dire des troupiers farceurs.
Au XVIe siècle on disait Bailler
le moine.
- METTRE LES PETITS PLATS
DANS LES GRANDS, v. a. Se mettre en frais pour bien recevoir
ses invités,—dans l'argot des bourgeois.
- METTRE LES PIEDS DANS LE
PLAT. Ne conserver aucun ménagement, ne prendre aucune précaution,
ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant. Argot du peuple.
- METTRE SOUS PRESSE, v. a.
Mettre en gage.
- METTRE SUR LES DENTS,
Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu'un.
- METTRE SUR LES FONTS DU
BAPTÊME (Se). Se mettre dans une position difficile, embarrassante,
compromettante. Argot des voleurs.
- METTRE TOUS SES œUFS DANS
LE MÊME PANIER. Confier toute sa fortune à un seul banquier;
aventurer tout ce qu'on a dans une entreprise. Argot des bourgeois.
- MEUBLANT, s. m. Entreteneur,
galant homme qui met une femme galante dans ses meubles.
L'expression est toute récente.
- MEULARD, s. m. Veau,—dans
l'argot des voleurs.
- MEULES DE MOULIN, s. f.
plur. Les dents, principalement les molaires, qui broient le pain,—dans
l'argot du peuple, qui emploie sans s'en douter une expression
tout à fait biblique.
Les ouvriers anglais disent grinders (les broyeuses).
- MEUNIER, s. m. Recéleur de
plomb volé.
- MEURT-DE-FAIM, s. m. Misérable,
pauvre diable,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Meurt-la-faim et Crève-la-faim.
- MEURT-DE-FAIM, s. m. Petit
306
pain d'un sou,—dans l'argot des faubouriens.
- MÉZIGO, pron. pers. Moi,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Mézigue, Mézère,
et Ma fiole.
- MIB ou MIBRE, s. m. Tour
de force quelconque, chose où l'on excelle,—dans l'argot des
gamins.
C'est mon mib! C'est mon triomphe!
Signifie aussi Défi. C'est ton mib, c'est-à-dire: Tu ne feras
jamais cela.
- MICHE, s. f. Dentelle,—dans
l'argot des voleurs.
- MICHÉ, s. f. Gros morceau de
pain,—dans l'argot du peuple.
Se dit aussi pour Pain entier.
«Et moins encor il fait du bien
Aux pauvres gens, tant il est chiche;
Si il a mangé de leur miche.»
(Les Touches du seigneur des Accords.)
- MICHE, s. m. Homme quelconque,
jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait
jamais se vendre,—dans l'argot des filles, qui emploient
depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon
(argent) et de miche (pain).
«On appelle miché. . .
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d'amour, Barbe, Rose ou Fanchette,»
dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de
passage, qui n'offre que des gants de filoselle.
Miché sérieux. Protecteur, ou
amant généreux qui offre une boîte entière de gants.
- MICHÉ, s. m. Client,—dans
l'argot des photographes; homme ou femme qui achète, qui paie,—dans
plusieurs autres argots.
- MICHETON, s. m. Petit miché,
homme à qui les marchandes d'amour font un rabais.
- MIC-MAC, s. m. Fourberie,
tromperie cachée, intrigue,—dans l'argot du peuple.
- MIDI! Exclamation du même
argot, employée pour signifier: Trop tard!
Il est midi! C'est-à-dire je ne
crois pas un mot de ce que vous dites; «Je ne coupe pas dans ce
pont-là!»
- MIE DE PAIN, s. f. Pou,—dans
l'argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain
égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.
- MIE DE PAIN, s. f. Chose de
peu de valeur,—dans l'argot des typographes.
Ils disent cela à propos des gens qui ne leur
conviennent pas.
- MIEL! Interjection de l'argot
des bourgeois, amis de l'euphémisme.
- MIEL (C'est un). Phrase de
l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout
mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle: C'est un
miel. Ils entrent dans un endroit qui pue: C'est un miel. On se
bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule:
C'est un miel, etc., etc.
307
- MIETTE (Une). Un peu,—dans
l'argot du peuple.
- MIJAURÉE, s. f. Femme dédaigneuse
et plus bégueule qu'il convient,—dans l'argot des bourgeois.
Faire la mijaurée. Faire des
manières et des façons pour accepter
une chose.
On dit aussi Minaudière.
- MIJOTER, v. a. Entreprendre à
la sourdine; préparer lentement,—dans l'argot du peuple, qui
emploie ce verbe au figuré.
- MIKEL, s. m. Dupe,—dans
l'argot des saltimbanques.
- MILLE-LANGUES, s. m. Personne
bavarde, indiscrète,—dans l'argot du peuple.
- MILLERIE, s. f. Loterie,—dans
l'argot des voleurs.
- MILLIASSES, s. f. pl. Fort
grand nombre. Argot du peuple.
- MILORD, s. m. Homme riche,
en apparence du moins,—dans l'argot du peuple, qui emploie
cette expression depuis l'occupation de Paris par les Anglais.
- MILORD, s. m. Entreteneur,—dans
l'argot des petites dames.
Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses,
disaient Milord pot-au-feu, comme en témoigne
ce couplet de Désaugiers:
«Lorsque nous aimons,
Nous finançons
Afin de plaire.
D'où vient qu'en tout lieu
On dit: «Un milord pot-au-feu.»
- MILORD, s. m. Cabriolet à
quatre roues,—dans l'argot des
cochers.
- MIMI, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette
expression à Henry Murger, qui l'avait empruntée à Alfred de
Musset.
- MINABLE, adj. et s. Pauvre,
misérable; mesquin; de mauvaise mine,—dans l'argot du peuple.
- MINCE, s. m. De peu de valeur,
morale ou physique,—dans l'argot des faubouriens, qui
disent cela à propos des gens et des choses. Mince alors!
- MINCE, s. m. Papier à lettres,—dans
l'argot des voleurs.
- MINCES, s. m. pl. Billets de
banque,—dans l'argot des faubouriens, qui, originairement, ont
donné ce nom aux assignats.
- MINET, s. m. Chat,—dans
l'argot des enfants.
Ils disent aussi Minon.
- Minois, s. m. Nez,—dans
l'argot des voleurs.
- MINOTAURISER, v. a. Tromper
un homme avec sa femme, comme Pâris avec la femme de
Ménélas. Argot des gens de lettres.
L'expression sort de la Physiologie du mariage d'H. de Balzac.
- MINUIT, s. m. Nègre,—dans
l'argot des voleurs.
- MIOCHE, s. m. Enfant,—dans
l'argot du peuple, pour qui un nouveau-né est une miette d'homme,
et dont le corps pétri de lait, presque sans os et sans muscles,
ressemble à de la mie de pain.
- MIRADOU, s. m. Miroir,—dans
l'argot des voleurs.
308
- MIRECOURT, s. m. Nom
d'homme qui est devenu celui de tous les pamphlétaires de plus
de passion que de talent.
Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait
de ce nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.
- MIRE-LAID, s. m. Miroir,—dans
l'argot du peuple.
- MIRETTES, s. f. pl. Yeux,—dans
l'argot des voyous.
- MIRLIFLORE, s. m. Le gandin
de la Restauration, qui est toujours le Lion pour le peuple.
- MIRLITON, s. f. La voix humaine,—dans
l'argot des faubouriens.
Jouer du mirliton. Parler, causer.
- MIROBOLAMMENT, adv. Merveilleusement.
Cet adverbe appartient à H. de Balzac.
- MIROBOLANT, adj. Inouï, merveilleux,
féerique.
- MIROIR A PUTAINS, s. m.
Beau garçon,—dans l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps,
comme le témoignent ces vers de Scarron:
«Dis-lui qu'un miroir à putain,
Pour dompter le Pays Latin
Est un fort mauvais personnage.»
- MISE A PIED, s. f. Privation
de fonctions et d'appointements. Argot des bourgeois.
- MIRQUIN, s. m. Bonnet,—dans
l'argot des voleurs.
- MIRZALES, s. f. pl. Boucles
d'oreilles,—dans le même argot.
- MISE (Faire sa). Payer le droit
de circulation sur «le pont d'Avignon»,—dans l'argot des
filles.
- MISE-BAS, s. f. Vêtements des
maîtres qui reviennent de droit aux domestiques, lesquels se croiraient
lésés et réclameraient si l'on portait trop longtemps ces vêtements.
- MISE-BAS, Accouchement,—dans
l'argot du peuple.
- MISE-BAS, s. f. Grève, chômage
volontaire,—dans l'argot des typographes.
- MISÉRABLE, s. m. Verre d'eau-de-vie
d'un sou,—dans l'argot des ouvriers.
- MISÈRE, s. f. Petite quantité;
chose de peu d'importance: petite somme,—dans l'argot
des bourgeois.
- MISÉRER, v. n. Souffrir de la
misère,—dans l'argot du peuple. On dit aussi: Ficher la misère.
- MISÈRES, s. f. pl. Taquineries,
petites méchancetés,—dans l'argot des bourgeois.
Dire des misères. Taquiner
quelqu'un en lui contant des choses qui le contrarient, qui
l'inquiètent.
Faire des misères. Agacer quelqu'un,
lui jouer un tour plus ou
moins désagréable.
- MISLOQUE, s. f. Théâtre,—dans
l'argot des voleurs.
Jouer la misloque. Jouer la comédie.
- MISLOQUIER, ère, s. Acteur,
actrice.
- MISSISSIPI (Au), adv. Très
loin,—dans l'argot du peuple,
309
pour qui l'Amérique est un pays aussi éloigné de lui que la lune.
C'est l'équivalent de: Au diable au vert (ou Vauvert).
- MISTI, s. m. Apocope de
Mistigri,—dans l'argot des brelandières de brasseries.
- MISTIGRI, s. m. Valet de
trèfle,—dans l'argot des joueurs.
Se dit aussi d'un Jeu de cartes où l'on a gagné quand on a fait
brelan avec le valet de trèfle escorté de deux autres valets.
- MISTIGRIS, s. m. Apprenti,—dans
l'argot des peintres en
bâtiment.
Balzac a-t-il emprunté son rapin de ce nom aux peintres en
bâtiment, ou ceux-ci à l'auteur de la Comédie humaine?
- MISTOUFLE, s. f. Farce; méchanceté;
trahison,—dans l'argot des typographes.
- MISTRON, s. m. Le jeu de
mistigri,—dans l'argot de Breda-Street.
- MISTRONEUR, EUSE, s. et adj.
Amateur de mistron.
- MITAN, s. m. Milieu,—dans
l'argot du peuple.
- MITE, s. f. Chassie des yeux.
- MITEUX, adj. Qui a les yeux
chassieux.
- MITON-MITAINE, s. m. Remède
inoffensif, expédient inutile, secours inefficace.
On dit aussi: Onguent miton-mitaine.
- MITONNER, v. a. Préparer de
longue main.
- MITRAILLE, s. f. Monnaie,
gros sous,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela depuis
longtemps.
- MITRE, s. f. Cachot,—dans
l'argot des voleurs.
- MITRON, s. m. Ouvrier boulanger,—dans
l'argot du peuple.
Le petit mitron. Le Dauphin, fils de Louis XVI,—du boulanger,
comme l'appelaient les Parisiens en 1792.
- MOBILE, s. f. La garde nationale
mobile formée en 1848 avec les fils du peuple—et aux
dépens du peuple.
C'est aussi le nom que portait, en 1830, la légion des Volontaires
de la Charte.
- MOBILE, s. m. Soldat de la
garde nationale mobile.
- MOBILIER, s. m. Les dents,—dans
l'argot des voleurs, héritiers des Précieuses qui disaient
l'ameublement de la bouche.
- MOBLO ou MOBLOT, s. m. Garde
mobile,—dans l'argot des faubouriens.
- MOCASSINS, s. m. pl. Souliers,—dans
l'argot des ouvriers qui ont lu les romans américains de
Cooper, de Gabriel Ferry et de Gustave Aymard.
- MODÈLE, s. m. Homme ou
femme qui pose dans les ateliers. Argot des artistes.
Modèle d'ensemble. Qui pose
pour l'Académie, pour tout le corps, au lieu de ne poser que
pour la tête, ou pour n'importe quelle partie spéciale du corps.
310
- MODERNE, s. m. Fashionable,—dans
l'argot des faubouriens.
- MOINE, s. m. Bouteille de
grès que l'on remplit d'eau chaude et que l'on place au pied du lit.
Argot des bourgeois.
- MOINE, s. m. Partie d'une
épreuve qui n'a pas pris l'encre et vient blanche au lieu d'être
imprimée. Argot des typographes.
On dit aussi Loup.
Les typographes anglais ont le
même mot; ils en ont même deux pour un: monk and friar.
Le monk, c'est notre moine, c'est-à-dire une feuille maculée
ou imprimée trop noire Le friar, c'est un moine blanc, c'est-à-dire
une feuille qui est imprimée trop pâle.
- MOINEAU, s. m. Se dit par
ironie,—dans l'argot du peuple,—d'un homme dont on a
à se plaindre, ou qui se vante mal à propos.
On ajoute un qualificatif pour
renforcer l'ironie: Tu es un joli moineau!
C'est le pendant de: Tu es un joli coco!
- MOINE-LAI, s. m. Invalide
tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la Salle
de la Victoire,—l'infirmerie de l'Hôtel des vieux braves.
- MOIS DE NOURRICE, s. m. pl.
Les années qu'oublie volontairement de compter une femme
qu'on interroge sur son âge.
Se dit aussi de toute personne qui se trompe dans un calcul et
oublie quelques fractions importantes.
- MOISIR, v. n. Rester longtemps
à la même place, ou en possession du même emploi,—dans
l'argot du peuple qui emploie surtout ce verbe avec la négative.
- MOITIÉ, s. f. Epouse,—dans
l'argot des bourgeois, qui ne disent pas cela avec le même respect
que les Anglais disant the better half.
- MOLANCHE, s. f. Laine,—dans
l'argot des voleurs.
- MOLARD, s. m. Mucosité
expectorée,—dans l'argot des faubouriens.
- MOLARDER, v. n. Graillonner,
expectorer abondamment.
- MOLIÈRE, s. m. Décor de
salon simple dans lequel peuvent se jouer presque toutes les comédies
de feu Poquelin. Argot des coulisses.
Tous les théâtres, notamment
ceux de province, ont un certain nombre de décors de magasin,
d'un emploi fréquent et commun: le molière, le rustique, le
salon riche, la place publique, la
forêt, la prison, le palais, et le
gothique (intérieur). Avec cela on peut tout représenter, les tragédies
de Racine et les vaudevilles de M. Clairville.
- MOLLASSE, s. f. Femme lymphatique,
dolente, sans énergie,—dans l'argot du peuple.
- MOLLUSQUE, s. m. Homme
à l'esprit étroit, aux idées arriérées, qui se renferme dans la
311
tradition comme l'escargot dans
sa coquille.
- MOLOSSE, s. m. Gros chien,—dans
l'argot des bourgeois qui ne sont pas fâchés de prouver de
temps en temps qu'ils ont quelque teinture d'Histoire ancienne.
- MOMAQUE, s. m. Enfant,—dans
l'argot des voleurs.
- MÔME, s. m. Petit garçon:
voyou; apprenti,—dans l'argot des ouvriers.
On pourrait croire cette expression
moderne; on se tromperait, car voici ce que je lis dans
l'Olive, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à propos des
envieux:
«La Nature et les Dieux sont
Les architectes des hômes
Ces deux (ô Ronsard) nous ont
Bâtis des mêmes atômes.
Or cessent donques les mômes
De mordre les écriz miens...»
- MÔME, s. f. Jeune fille; maîtresse,—dans
l'argot des voleurs, pour qui elle ressemble plus à une enfant qu'à une
femme.
Ils disent aussi Mômeresse.
- MÔME D'ALTÈQUE, s. m. Adolescent,—dans
le même argot.
- MOMERIE, s. f. Hypocrisie;
fausse dévotion,—dans l'argot du peuple.
- MOMIE, s. f. Homme ou
femme sans énergie, qui n'aime pas à se remuer.
- MOMIÈRE, s. f. Sage-femme,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Momeuse et Madame Tire-môme.
- MOMIGNARD, s. m. Petit garçon,
plus petit encore que le môme.
On dit au féminin Momignarde.
- MÔMIR, v. n. Accoucher.
- MONACO, s. m. Sou de cuivre,—dans
l'argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d'un
roitelet, Honoré V, prince de Monaco, mort de dépit en 1841,
dit A. Villemot, de n'avoir pu faire passer pour deux sous en
Europe ses monacos, qui ne valaient qu'un sou.
- MONANT, s. m. Ami,—dans
l'argot des voleurs.
Monante. Amie.
- MONARQUE, s. f. Pièce de
cinq francs,—dans l'argot du peuple.
Monarques. Les rois d'un jeu de cartes.
- MONDE RENVERSÉ, s. f. La
guillotine,—dans l'argot des faubouriens.
- MONFIER, v. a. Embrasser,—dans
l'argot des voleurs.
- MONNAIE, s. f. Argent,—dans
l'argot du peuple.
Plus que ça de monnaie! Quelle chance!
- MON œIL! Exclamation ironique
et dédaigneuse de l'argot des faubouriens, qui l'emploient
soit comme formule de refus, soit comme marque d'incrédulité.
- MONSEIGNEUR, s. m. Pince
de voleur, qui sert à crocheter les portes.
Les voleurs anglais disent de même Bess ou Betty.
- MONSEIGNEURISER, v. a. Crocheter
une porte.
312
- MONSIEUR, s. m. Bourgeois,
homme bien mis,—dans l'argot du peuple.
Faire le Monsieur. Trancher du
maître; dépenser de l'argent;
avoir une maîtresse.
- MONSIEUR, s. m. Entreteneur,—dans
l'argot de Breda-Street.
On dit aussi Monsieur Chose.
Monsieur bien. Homme distingué,—qui
ne regarde pas à l'argent.
- MONSIEUR, s. m. Verre d'eau-de-vie
de quatre sous,—dans l'argot des ouvriers.
- MONSIEUR BAMBOU, s. m.
Canne,—dans l'argot des souteneurs, qui en procurent la
connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur demande
d'argent.
- MONSIEUR DE PARIS, s. m.
L'exécuteur des hautes œuvres,—dans l'argot des bourgeois.
- MONSIEUR LEBON. Bon compagnon
qui paye volontiers pour
les autres. Argot du peuple.
- MONSIEUR DE PÈTESEC, s.
m. Homme un peu roide, un peu orgueilleux.
- MONSIEUR DIMANCHE, s. m.
Créancier,—dans l'argot des bohèmes, qui jouent souvent la
scène de Don Juan.
- MONSIEUR DUFOUR est
dans la salle. Phrase par laquelle un acteur avertit un de
ses camarades qu'il joue mal et va se faire siffler.
Quelquefois on dit: Le vicomte Du Four est dans la salle.
- MONSIEUR HARDI, s. m. Le
vent,—dans l'argot du peuple.
- MONSIEUR PERSONNE. Personne,
nul.
- MONSIEUR PIGEON. Type du
garde national de la Restauration.
- MONSIEUR RAIDILLON, s. m.
Homme fier et susceptible.
On dit aussi: Monsieur Pointu.
- MONSIEUR VAUTOUR, s. m.
Propriétaire,—dans l'argot des bohèmes, qui disent cela depuis
l'opéra comique intitulé: Maison à vendre, dans lequel on chante:
«La maison de M. Vautour Est celle où vous voyez un âne.»
- MONSIEUR VETO. Louis XVI,—dans
l'argot des révolutionnaires de 1792, par allusion au
véto du 19 juin sur les décrets concernant le camp sous Paris et
la déportation des ecclésiastiques.
- MADAME VÉTO. Marie-Antoinette.
On connaît la chanson;
«Madam' Véto s'était promis
De faire égorger tout Paris;
Mais son coup a manqué,
Grâce à nos canonniers!
Dansons la carmagnole,
Vive le son
Du canon!»
- MONSTRE, s. m. Les paroles
qu'un musicien adapte à un air trouvé par lui, en attendant les
paroles plus poétiques du librettiste.
- MONSTRE, adj. Étonnant, colossal,—dans
l'argot du peuple.
- MONSTRICO, s. m. Personne
laide comme un petit monstre.
Le mot appartient à H. de Balzac.
313
- MONT, s. m. Établissement du
Mont-de-Piété,—dans l'argot
des faubouriens.
Le grand Mont. Le Mont-de-Piété
de la rue des Blancs-Manteaux.
Le Petit Mont. Le commissionnaire au Mont-de-Piété.
- MONTAGNARD, s. m. Cheval
de renfort destiné à être mis en flèche aux omnibus pour les montées
difficiles.
- MONTAGNARD, s. m. Beignet
au centre duquel est un peu de confitures de groseilles.
L'expression date de 1848: elle a été appliquée à cette sorte
de beignet, par les Associations de cuisiniers, et n'a pas plus duré
qu'elles.
- MONTANT, s. m. Forte saveur;
relief bien accusé.
Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du
montant quand elle est énergique. Une femme a du montant quand
elle a du cynisme.
- MONTANT, s. m. Pantalon,—dans
l'argot des voleurs.
- MONTANTE, s. f. Echelle,—dans
le même argot.
- MONTER, v. n. S'emporter, se
mettre en colère,—dans l'argot
du peuple.
Faire monter quelqu'un. L'exaspérer, l'agacer.
- MONTER A L'ARBRE, v. n.
Être le jouet innocent de quelques farceurs qui font pour vous,
homme, ce que d'autres farceurs font pour Martin, ours, au Jardin
des Plantes,—sans réfléchir que, furieux d'être ainsi joué,
vous pouvez leur casser les reins d'un coup de griffe.
On dit aussi Monter à l'échelle.
- MONTER EN GRAINE, v. n.
Vieillir,—dans l'argot des bourgeois, qui disent cela surtout à
propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.
- MONTER LA TÊTE (Se), v. réfl.
Se donner un courage factice, soit en buvant, soit en se répétant
les outrages qu'on a subis et dont on veut tirer raison.
Argot du peuple.
- MONTER LE COUP (Se), v.
réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu'un ou de quelque
chose; s'attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible.
On dit aussi se monter le baluchon.
- MONTER LE COUP A QUELQU'UN,
v. a. Le tromper; lui promettre une chose qu'il désire
et qu'on sait ne pas pouvoir lui donner; mentir.
On dit aussi Monter des couleurs et monter le Job.
- MONTER QUELQU'UN, v. a.
L'exciter par des paroles à faire une chose qu'il ne ferait pas de
lui-même.
- MONTER SUR LA TABLE, v. n.
Lever le masque,—dans l'argot des voleurs, qui ne font cela que
par bravade, comme Lacenaire s'accusant lui-même d'un crime
pour entraîner dans sa chute un complice.
- MONTER SUR SES ERGOTS, v.
n. S'emporter, faire de violents
314
reproches à quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Monter sur ses grands chevaux.
- MONTEUR DE COUPS, s. m.
Homme qui vit de mensonges et d'expédients, chevalier d'industrie; escroc.
- MONTEUSE DE COUPS, s. f.
Drôlesse qui joue du sentiment avec plus ou moins d'habileté et
s'en fait plus ou moins de revenus.
- MONTMORENCY, s. f. Cerises
de Montmorency,—dans l'argot du peuple, qui dit de même Montreuil
pour pêche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence
pour orange.
- MONTRER LA COUTURE DE SES
BAS, Rompre son engagement,—dans l'argot des cabotins.
- MONTRER LES TALONS, v. a.
S'en aller, s'enfuir,—dans l'argot du peuple.
- MONTRER SON NEZ, v. a.
Faire une courte apparition quelque part,—dans l'argot des employés
qui, après avoir montré leur nez à leur ministère, ne
craignent pas de lui montrer aussitôt les talons.
- MOQUER COMME DE L'AN QUARANTE
(S'en). Complètement, comme d'une année qui n'arrivera jamais. Argot des bourgeois.
Le peuple dit: S'en foutre comme de l'an 40.
- MORACE, s. f. Inquiétude,
danger, remords,—dans l'argot des voleurs, qui ont cependant
très rarement des «puces à la muette».
Battre morace. Crier à l'assassin.
- MORASSE, s. f. Dernière épreuve
d'un journal,—dans l'argot des typographes, qui savent mieux
que personne être moracii, c'est-à-dire en retard, morari.
- MORCEAU D'ARCHITECTURE,
s. m. Discours lu ou parlé,—dans l'argot des francs-maçons.
- MORCEAU DE GRUYÈRE, s. m.
Figure marquée de la petite vérole,—dans l'argot des faubouriens,
qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.
- MORCEAU DE ROI, s. m.
Belle fille, jeune et appétissante,—dans l'argot des bourgeois,
parmi lesquels on trouverait sans peine quelques Lebel, si on en
avait besoin pour quelque Parc-aux-Cerfs.
- MORCEAU DE SALÉ, s. m.
Femme chargée d'embonpoint,—dans l'argot du peuple.
Se dit aussi de quelqu'un malpropre d'habits ou de discours.
- MORCEAU HONTEUX, s. m.
Le dernier morceau d'un plat,—dans l'argot des bourgeois,
qui n'osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur appétit,
parce que la «civilité puérile et honnête» le leur défend.
- MORDANTE, s. f. Scie, lime,—dans
l'argot des voleurs.
- MORDRE (Ne pas), v. n. Être
sans force, sans esprit, sans beauté,—dans l'argot des faubouriens
et des filles.
On dit aussi, en employant la
même ironie: N'être pas méchant.
315
- MORDRE (Se faire). Se faire
reprendre, réprimander, humilier, battre,—dans l'argot du peuple.
- MORFE, s. f. Repas,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et ses dérivés à la
vieille langue des honnêtes gens.
- MORFIAILLER, v. n. Manger,—dans
le même argot, plagiaire de la bonne langue: «Là, là,
là, c'est morfiaillé, cela!» dit Rabelais au Propos des beuveurs.
On dit aussi Morfer, Morfier et
Morfiller.
- MORFIANTE, s. f. Assiette.
On dit aussi Limonade.
- MORFILLER LE DARDANT (Se).
Se faire du mauvais sang, se manger le cœur.
- MORGANE, s. f. Sel,—dans
le même argot.
Flouant de la morgane. Escroquerie
commise au moyen d'un paquet de sel et d'un mal de
dents supposé.
- MORGANER, v. a. Mordre,—dans
le même argot.
Signifie aussi Nuire, comme le prouvent ces deux vers de la
parodie du Vieux Vagabond de Béranger, par MM. Jules Choux
et Charles Martin:
«Comme un coquillon qui morgane
Que n'aplatissiez-vous l'gonsier?...»
- MORICAUD, s. m. Charbon,—dans
le même argot.
Signifie aussi Broc de marchand de vin,—qu'un long usage
a noirci.
- MORICAUD, s. et adj. Nègre,
mulâtre,—dans l'argot des faubouriens.
Moricaude. Négresse.
- MORILLO, s. m. Chapeau à
petits bords que portaient les royalistes au temps de la guerre
entre Bolivar et Morillo, c'est-à-dire entre les Républiques de
l'Amérique du Sud et le roi d'Espagne. Les libéraux, eux,
portaient le bolivar.
- MORNANTE, s. f. Bergerie,—dans
l'argot des voleurs.
- MORNE, s. f. Brebis, mouton.
On dit aussi Morné, ou plutôt
mort-né, qui est la véritable orthographe,
parce que c'est la véritable étymologie du mot.
- MORNÉE, s. f. Bouchée.
- MORNIER, s. m. Berger.
- MORNIFLE, s. f. Soufflet, coup
de poing,—dans l'argot du peuple.
- MORNIFLE, s. f. Monnaie,—dans
l'argot des voleurs, qui se la disputent à coups de poing.
Mornifle tarte. Fausse monnaie.
- MORNIFLEUR TARTE, s. m.
Faux-monnayeur.
- MORPHÉE, s. m. Sommeil,—dans
l'argot des académiciens et des bourgeois.
Se jeter dans les bras de Morphée. Se coucher.
Être dans les bras de Morphée. Dormir.
- MORPION, s. m. Gamin, enfant
désagréable, irritant,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi, par respect humain, morbaque; mais la première
316
expression vaut mieux, parce qu'elle est plus franche. Elle se
trouve avec son sens entomologique dans les Touches du seigneur des
Accords, qui dit à Barbasson:
«Tu as ta barbe si rude,
Et les cheveux si épais,
Qu'il semble avoir deux forêts
Où loge une multitude
De morpions et de poux,
Au lieu de cerfs et de loups.»
- MORT, s. m. Partner imaginaire
à qui l'on réserve des cartes comme s'il était vivant,—dans
l'argot des joueurs de whist et de mistigri.
Faire un mort. Jouer le whist
à trois personnes, en découvrant
le jeu de la quatrième—absente.
Prendre le mort. Changer les
cartes qu'on vous a données, et qu'on trouve mauvaises, contre
celles réservées au partner imaginaire.
- MORUE, s. f. Femme sale,
dégoûtante,—dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi, comme injure, d'une Femme laide et d'une gourgandine.
- MORVEUX, s. m. Gamin;
homme sans conséquence,—dans l'argot du peuple, qui daigne
quelquefois moucher ces adversaires-là comme les autres.
- MORVIAU, s. m. Le nez,—dans
l'argot des faubouriens.
Se dit aussi pour les Mucosités qui sortent du nez.
- MOT, s. m. Trait spirituel, repartie
plaisante,—dans l'argot des gens de lettres.
Faire des mots. Emailler la
conversation de plaisanteries et de concetti.
- MOT DE CAMBRONNE (Le).
Ce n'est pas «La garde meurt et ne se rend pas!» mais tout
simplement «Merde!» La phrase propre n'eût peut-être pas été
entendue au milieu du bruit du canon, dans cette mêlée sanglante
de Waterloo; tandis que le mot énergique que tout le
monde connaît était la seule réponse possible en un pareil moment.
- MOT DE LA FIN.—La nouvelle
à la main, souvent cruelle pour quelqu'un, par laquelle un
chroniqueur doit terminer sa chronique.
- MOT DE VALEUR, s. m. Mot
ou phrase d'un rôle, qu'un acteur lance avec finesse ou avec
énergie, selon les cas, et qui produit un grand effet sur le public.
Argot des coulisses.
La Croix de mon père ou de ma
mère,—Je ne mange pas de ce pain-là,—J'ai l'habit d'un laquais,
et vous en avez l'âme, etc., etc., sont des mots de valeur.
- MOTIF, s. m. Sujet de paysage,—dans
l'argot des artistes.
- MOTS, s. m. pl. Injures; reproches,—dans
l'argot des ouvriers et des grisettes.
Avoir des mots avec quelqu'un. Se fâcher avec lui.
- MOTS GRAS, s. m. pl. Gaillardises,—dans
l'argot des bourgeois, dont le langage est taché de ces mots-là.
- MOTTEUX, s. m. Ouvrier en
317
mottes à brûler,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Marchand de mottes.
- MOUCHAILLER, v. n. Regarder,
observer sans en avoir l'air,—dans
l'argot des voyous.
- MOUCHARD, s. m. Agent de
police,—dans l'argot du peuple qui a eu l'honneur de prêter ce
mot à Molière.
Se dit aussi de tout individu
qui a l'air d'espionner, de tout
ouvrier qui rapporte, etc.
- MOUCHARD, s. m. Portrait
peint, parce qu'il a l'air de vous regarder, où que vous vous mettiez.
- MOUCHARD A BECS, s. m.
Réverbère,—dans l'argot des voyous.
- MOUCHARDE, s. f. La lune,
qui, de ses gros yeux ronds, a l'air d'assister au détroussement
ou au meurtre d'un homme sur une route.
- MOUCHARDER, v. a. et n.
Espionner la conduite de quelqu'un.
- MOUCHE, s. f. Agent de police,—en
général et en particulier.
- MOUCHE, s. f. Mousseline,—dans
l'argot des voleurs.
- MOUCHE, adj. des 2 g. Mauvais,
laid, désagréable, embêtant comme une mouche,—dans l'argot
des faubouriens.
- MOUCHER, v. a. Attraper,
donner une correction, un soufflet,—dans le même argot.
Se faire moucher. Se faire battre.
On dit aussi Se faire moucher le quinquet.
- MOUCHER, v. a. Tuer,—dans
l'argot du peuple.
- MOUCHER DU PIED (Ne pas se).
Avoir le geste prompt et le soufflet facile.
Signifie aussi Avoir des allures
de bourgeois, et même de grand seigneur.
On dit dans le même sens: Ne pas se moucher du coude.
- MOUCHER LA CHANDELLE, v.
a. Être décidé à mourir sans postérité.
On dit aussi Effacer.
- MOUCHER SA CHANDELLE.
Mourir.
- MOUCHER SUR SA MANCHE
(Se), v. réfl. N'avoir pas encore l'expérience nécessaire, la rouerie
indispensable; en être à ses débuts dans la vie.
Ne pas se moucher sur sa manche.
Être hardi, résolu, expérient, «malin».
Cette expression est la révélation
d'un trait de mœurs certainement oublié, et peut-être
même ignoré de ceux qui l'emploient: elle apprend qu'autrefois
on mettait son mouchoir sur sa manche gauche pour se moucher
de la main droite.
- MOUCHERON, s. m. Gamin,
enfant, apprenti,—dans l'argot
des faubouriens.
- MOUCHES D'HIVER, s. f. pl.
Flocons de neige.
Il tombe des mouches d'hiver. Il
neige.
318
- MOUCHETTES, s. f. pl. Mouchoir,—dans
l'argot des faubouriens, qui s'en servent pour
les chandelles.
- MOUCHETTES (Des)! Exclamation
de refus, de la même famille que Des navets! Du flan!
etc.
- MOUCHIQUE, adj. Extrêmement
muche,—dans l'argot de Breda-Street.
- MOUCHIQUE, adj. Laid, mauvais,—dans
l'argot des voleurs, qui, pour forger ce mot, n'ont
pas dû songer aux moujiks russes de 1815, comme l'insinue
Francisque Michel, mais ont eu certainement en vue leurs ennemis
naturels, les mouchards.
Être mouchique à la section.
Être mal noté chez le commissaire de police de son quartier.
- MOUCHOIR, s. m. Aniterge,—dans
l'argot des bourgeois.
- MOUCHOIR, s. m. La main,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont l'habitude de s'en servir
pour moucher les autres et se moucher eux-mêmes.
Ils s'en servent aussi comme Aniterge.
- MOUCHOIR D'ADAM, s. m.
Les doigts.
- MOUCHOIR DE POCHE, s. m.
Pistolet de poche, avec lequel on peut moucher les importuns de
nuit à quinze pas. Argot des
faubouriens.
- MOUDRE, v. a. et n. Jouer de
l'orgue de Barbarie ou de la serinette.
On dit aussi Moudre un air.
- MOUFFLET, s. m. Enfant, gamin,
apprenti,—dans l'argot du peuple, qui a dit autrefois
moufflard, dérivé du verbe mouffler
(enfler le visage), inusité aujourd'hui.
- MOUILLANTE, s. f. Soupe,—dans
l'argot des voyous.
- MOUILLÉ (Être), v. pron. Être
signalé comme suspect,—dans l'argot des agents de police.
- MOUILLÉ (Être), Être ivre,—dans
l'argot des faubouriens.
- MOUILLER (Se), v. réfl. Boire
avec excès.
- MOUISSE, s. f. Soupe économique,
potage à la Rumfort,—dans l'argot des voleurs et des troupiers.
- MOULE A BLAGUES, s. m. La
bouche,—dans l'argot des faubouriens.
- MOULE A BOUTONS, s. m.
Pièce de vingt francs,—dans l'argot des voyous.
- MOULE A CLAQUES, s. m. Figure
impertinente qui provoque et attire des soufflets,—dans
l'argot du peuple.
Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les
soufflets.
- MOULE A GAUFRES, s. m. Figure
marquée de trous de petite vérole,—par allusion cruelle aux
dessins capricieux des deux plaques de fer qui servent à faire la
pâtisserie légère et croquante qui nous vient des Flandres et
qu'affectionnent les enfants.
- MOULE AUX GUILLEMETS, s.
m. C'est l'Huile de cotrets des troupiers.
319
- MOULE DE GANT, s. m. Soufflet,—dans
l'argot des faubouriens.
- MOULE DU BONNET, s. m. La
tête,—dans l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais.
- MOULIN, s. m. Maison du
recéleur de plomb volé, qu'on appelle le meunier.
- MOULIN A CAFÉ, s. m. Orgue
de Barbarie, qui semble en effet moudre des airs. Argot du peuple.
- MOULIN A MERDE, s. m. Labouche,—dans l'argot du
peuple.
L'expression est horriblement triviale, j'aurais mauvaise grâce
à le dissimuler, mais le peuple est excusé de l'employer par certaine
note du 1er volume de la Régence, d'Alexandre Dumas.
- MOULIN A VENT, s. m. Le
podex,—dans l'argot facétieux et scatologique des faubouriens.
- MOULINAGE, s. m. Bavardage,—dans
l'argot des voleurs.
- MOULINER, v. n. Bavarder.
- MOULOIR, s. m. La bouche,—dans
l'argot des voleurs.
- MOUNIN, s. m. Petit garçon,
apprenti,—dans l'argot des faubouriens.
- MOUSCAILLE, s. f. Le résultat
de la digestion,—dans l'argot des voleurs.
- MOUSCAILLER, v. a. Alvum
deponere.
- MOUSQUETAIRE GRIS, s. m.
Pou,—dans l'argot du peuple, qui aime les facéties.
- MOUSSANTE, s. f. Bière de
mars,—dans l'argot des faubouriens.
- MOUSSE, s. m. Apprenti commis,—dans
l'argot des calicots.
- MOUSSE, s. f. Le résultat de
la fonction du plexus mésentérique,—dans l'argot des marbriers
de cimetière.
- MOUSSELINE, s. f. Fers dont
on charge un prisonnier,—dans l'argot des marbriers de cimetière.
- MOUSSELINE, s. f. Pain blanc,
léger, agréable au toucher comme au goût,—dans l'argot des faubouriens.
- MOUSSER, v. n. Alvum deponere.
- MOUSSER, v. n. S'emporter,
être en rage, de dépit ou de colère,—dans l'argot des faubouriens.
- MOUSSER, v. n. Avoir du succès,—dans
l'argot des gens de
lettres et des comédiens.
Faire mousser. Préparer le succès
d'un auteur ou d'une pièce par des éloges exagérés et souvent
répétés.
- MOUSSER (Se faire). Se vanter,
parler sans cesse de ses talents
ou de ses qualités. Argot du
peuple.
- MOUSSERIE, s. f. Water-closets,—dans
l'argot des voyous.
- MOUSSEUX, adj. Redondant,
hyperbolique,—dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
- MOUSSU, s. m. Le sein de la
320
femme, d'où sort le lait,—dans l'argot des voleurs.
- MOUSSUE, s. f. Châtaigne,—dans
le même argot.
- MOUSTACHU, s. et adj. Homme
à moustaches,—dans l'argot des bourgeois.
- MOUTARD, s. m. Gamin, enfant,
apprenti,—dans l'argot du peuple, qui, n'en déplaise à
P. J. Leroux et à Francisque Michel, n'a eu qu'à regarder la chemise
du premier polisson venu pour trouver cette expression.
- MOUTARDE, s. f. Le stercus
humain.
- MOUTARDIER, s. m. Le podex.
On disait autrefois Baril à la
moutarde, et Réservoir à moutarde.
- MOUTARDIER, s. m. Goldfinder.
On dit aussi Parfumeur.
- MOUTARDIER DU PAPE, s. m.
Homme qui s'en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu'il
se croit le premier moutardier du pape.
- MOUTON, s. m. Matelas,—dans
l'argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine
dont il se compose ordinairement.
Mettre son mouton au clou.
Porter son matelas au Mont-de-Piété.
- MOUTON, s. m. Dénonciateur,
voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant
les confidences de ses compagnons de prison.
- MOUTONNAILLE, s. f. La
foule,—dans l'argot du peuple, qui sait par expérience personnelle
quelle est la contagion de l'exemple.
- MOUTONNER, v. a. et n. Moucharder
et dénoncer.
- MOUVER (Se), v. réfl. Se remuer,—dans
l'argot du peuple.
- MOYEN-AGISTE, s. et adj.
Amateur des choses et admirateur des idées du moyen âge.
Le mot est de H. de Balzac.
- MOYENS, s. m. pl. Richesse,—dans
l'argot des bourgeois.
Avoir des moyens. Être à son aise.
Signifie aussi: Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.
- MUCHE, s. m. Jeune homme
poli, doux, aimable, réservé,—dans l'argot des petites dames
qui le trouvent trop collant.
- MUCHE, adj. Excellent, délicieux,
parfait,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela
à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos
d'une soupe à l'oignon.
- MUETTE, s. f. La conscience,—dans
l'argot des voleurs, qui ont arraché la langue à la leur.
Avoir une puce à la muette.
Avoir un remords; entendre—par
hasard!—le cri de sa conscience.
- MUETTE, s. f. Exercice muet,
c'est-à-dire pendant lequel on ne fait pas résonner les fusils, par
taquinerie ou par fantaisie. Argot des Saint-Cyriens.
Donner une muette. Faire un exercice.
321
- MUFFLE, s. m. Visage laid ou
grotesque, plus bestial qu'humain,—dans l'argot du peuple,
qui se sert de cette expression depuis trois cents ans.
Il trouve plus euphonique de prononcer Muffe.
- MUFFLE, s. et adj. Imbécile,
goujat, brutal.
M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas
peur, s'en va jusqu'à Cologne chercher une étymologie probable
à cette expression, et il en rapporte muf et mouf,—afin
qu'on puisse choisir. Je choisis muffle, tout naturellement, autorisé
que j'y suis par un trope connu de tous les philologues,
la synecdoque, par lequel on transporte à l'individu tout entier
le nom donné à une partie de l'individu.
- MUFFLE, s. m. Ouvrier,—dans
l'argot des filles, qui n'aiment pas la blouse.
- MUFFLERIE, s. f. Sottise,
niaiserie; brutalité.
On dit aussi Muffletonnerie.
- MUFFLETON, s. m. Petit
muffle, jeune imbécile.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'on prononce Muffeton.
- MULET, s. m. Ouvrier qui
aide le metteur en page,—dans l'argot des typographes.
- MURETTE, s. f. La giroflée des
murailles,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.
- MURGÉRISME, s. m. Littérature
mal portante, marmiteuse, pleurarde; affectation de sensibilité;
exagération du style et de la manière d'Henry Murger,—dont
les imitateurs n'imitent naturellement que les défauts.
- MURGÉRISTE, s. et adj. Qui
appartient à l'école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir
les qualités.
- MURON, s. m. Sel,—dans
l'argot des voleurs.
- MURONNER, v. a. Saler.
- MURONNIER, s. m. Saunier.
- MURONNIÈRE, s. f. Salière.
- MUSARD, s. et adj. Flâneur,
gobe-mouche,—dans l'argot du peuple.
Nous avons, en vieux langage, Musardie pour Sottise.
On dit aussi Muser.
- MUSARDINE, s. f. Habituée des
Concerts-Musard,—où n'allait pas précisément la fine fleur de
l'aristocratie féminine.
Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.
- MUSCADIN, s. m. Fat, dandy
plus ou moins authentique,—dans l'argot du peuple, qui a
conservé le souvenir des gandins
du Directoire.
- MUSEAU, s. m. Entonnoir en
carton, au petit bout duquel est adaptée la loupe,—dans l'argot
des graveurs sur bois, qui s'en coiffent le front.
- MUSELÉ, s. m. Imbécile,
homme qui n'est bon à rien qu'à bavarder,—dans l'argot du peuple.
- MUSETTE, s. f. Gibecière en
toile à l'usage des troupiers et des ouvriers.
322
- MUSETTE, s. f. Sac à avoine,—dans
l'argot des charretiers, qui le pendent au museau de
leurs chevaux.
Ils disent aussi Pochet.
Couper la musette à quelqu'un. Le forcer à se taire.
- MUSICIEN, s. m. Dictionnaire,—dans
l'argot des voleurs.
- MUSICIENS, s. m. pl. Les
haricots, qui provoquent le crepitus ventris,—dans l'argot du
peuple.
- MUSIQUE, s. f. Ce qui reste au
fond de l'auge,—dans l'argot des maçons.
Par extension, Résidu d'un verre, d'un vase quelconque.
- MUSIQUE, s. f. Lots d'objets
achetés à l'Hôtel des Ventes,—dans l'argot des Rémonencqs.
- MUSIQUE, s. f. Morceaux de
drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.
- MUSIQUER, v. n. Faire de la
musique d'amateur,—dans l'argot
du peuple.
- MUSSER, v. n. Sentir, flairer.
- MUTUELLE, s. f. L'École mutuelle.
323
N
- NA! Exclamation boudeuse de
l'argot des enfants, qui l'emploient au lieu de Là!
- NABAB, s. m. Homme immensément
riche,—qu'il soit ou non gouverneur dans l'Inde. Argot
des bourgeois.
- NABOT, s. et adj. Homme de
petite taille, nain,—dans l'argot du peuple.
On ait aussi Nabotin.
Nabote. Naine.
Je n'ai jamais entendu dire Nabotine.
- NAGEOIR, s. m. Poisson,—dans
l'argot des voleurs.
- NAGEOIRES, s. f. pl. Favoris,—dans
l'argot des faubouriens.
- NAGEOIRES, s. f. pl. Les bras,—dans
l'argot des voyous qui voient des poissons partout.
Les voyous anglais ont la même expression: Fin.
- NANAN, s. m. Friandise, gâteau,—dans
l'argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui
excite leur convoitise.
- NANAN, s. m. Chose exquise,
curieuse, rare,—dans l'argot des grandes personnes.
C'est du nanan! C'est un elzévir,
ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou
n'importe quoi alléchant.
- NARRÉ, s. m. Racontage ennuyeux,
bavardage insipide.
Faire des narrés. Faire des cancans.
- NASE, s. m. Nez,—dans
l'argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu'ils parlent latin
comme Ovide-Nason, et français comme Brantôme.
- NASER, v. a. et n. Avoir quelqu'un
dans le nez.
- NATURE (Être). Être vrai
comme la nature,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos
des gens et des choses.
- NATURE (Faire), v. n. Peindre
avec exactitude,—dans l'argot des artistes, qui savent que l'Art
consiste précisément à ne pas faire nature.
324
- NAUTONIER, s. m. Pilote,—dans
l'argot des académiciens.
Ils disent aussi Nocher.
- NAVARIN, s. m. Navet,—dans
l'argot des voleurs.
- NAVARIN, s. m. Ragoût de
mouton, de pommes de terre et de navets,—dans l'argot des
restaurants du boulevard. C'est un nom nouveau donné à un
mets connu depuis longtemps.
- NAVET, s. m. Flatuosité sonore,—dans
l'argot du peuple, qui l'attribue ordinairement au Brassica napus, quoiqu'elle ait
souvent une autre cause.
- NAVETS, s. m. pl. Jambes ou
bras trop ronds, sans musculature apparente,—dans l'argot
des artistes.
- NAVETS (Des)! Exclamation
de l'argot des faubouriens, qui l'emploient toutes les fois qu'ils
ont à dire catégoriquement non.
- NAYER, v. a. Noyer,—dans
l'argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais: «Zalas!
mes amis, mes frères, je naye!» s'écrie le couard Panurge
durant la tempête.
- NAZARETH, s. m. Nez,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Nazicot.
- NÈFLES (Des)! Non,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit plus élégamment: Ah! des nèfles!
- NÉGOCIANT, s. m. Bourgeois,
homme à son aise,—dans l'argot des matelots, qui ne connaissent
pas de position sociale plus enviable.
- NÉGOCIANT AU PETIT CROCHET,
s. m. Chiffonnier,—dans l'argot des faubouriens.
- NÈGRE BLANC, s. m. Remplaçant
militaire,—dans l'argot des voleurs; ouvrier,—dans
l'argot du peuple.
- NÉGRESSE, s. f. Toile cirée,—dans
l'argot des voyous.
- NÉGRESSE, s. f. Litre ou bouteille
de vin,—dans l'argot des faubouriens.
Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille.
On dit aussi Éternuer sur une négresse.
- NÉGRESSE, s. f. Punaise.
- NÉGRIOT, s. m. Coffret, d'ébène
ou d'autre bois.
On dit aussi Moricaud.
- NÉNETS, s. m. pl. Seins,—dans
l'argot des grisettes.
Quelques-uns écrivent nénais;
mais ce mot n'est pas plus français que l'autre.
- NÉNETS D'HOMME, s. m. pl.
Les biceps,—dans l'argot des filles.
- NEPS, s. m. pl. Nom d'une
certaine catégorie de voleurs israélites
qui, dit Vidocq, savent
vendre très cher une croix d'ordre,
garnie de pierreries fausses.
- NET COMME TORCHETTE, adj.
Se dit,—dans l'argot du peuple,—des
choses ou des gens excessivement
propres.
- NETTOYER, v. a. Voler; ruiner,
gagner au jeu; dépenser;
battre, et même tuer,—dans
l'argot des faubouriens.
325
Se faire nettoyer. Perdre au jeu;
se laisser voler, battre ou tuer.
- NETTOYER UN PLAT, v. a.
Manger ce qu'il contient,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Torcher un plat.
- NEZ, s. m. Mauvaise humeur.
Faire son nez. Avoir l'air raide, ennuyé, mécontent.
- NEZ (Avoir dans le), v. a. Détester
une chose ou quelqu'un.
C'est le Ne pouvoir sentir de l'argot des bourgeois.
- NEZ, s. m. Finesse, habileté,
adresse.
Avoir du nez. Flairer les bonnes
affaires, deviner les bonnes occasions.
Manquer de nez. N'être pas habile en affaires.
- NEZ (Ce n'est pas pour ton)!
Ce n'est pas pour toi.
On dit aussi: Ce n'est pas pour ton fichu nez!
On trouve cette expression dans Mathurin Régnier (Satyre
XIII):
«Ils croyent qu'on leur doit pour rien la courtoisie,
Mais c'est pour leur beau nez.»
dit la vieille courtisane à une plus jeune qu'elle veut mettre en
garde contre les faiblesses de son cœur.
- NEZ CREUX (Avoir le), v. a.
Avoir le pressentiment d'une chose, d'un événement; flairer
une bonne occasion, une bonne affaire.
Signifie aussi Arriver quelque part juste à l'heure du dîner.
On dit aussi Avoir bon nez.
- NEZ DANS LEQUEL IL PLEUT,
s. m. Nez trop retroussé, dont les narines, au lieu d'être percées
horizontalement, l'ont été perpendiculairement.
C'est le Nez en as de treuffle de Rabelais.
- NEZ-DE-CHIEN, s. m. Mélange
de bière et d'eau-de-vie,—dans l'argot des faubouriens.
Avoir le nez de chien. Être gris,—parce
qu'on ne boit pas impunément
ce mélange.
- NEZ QUI A COUTÉ CHER, s.
m. Nez d'ivrogne, érubescent, plein de bubelettes, qui n'a pu
arriver à cet état qu'après de longues années d'un culte assidu à Bacchus.
On dit aussi Nez qui a coûté cher à mettre en couleur.
- NEZ TOURNÉ A LA FRIANDISE,
s. m. Nez retroussé, révélateur d'une complexion amoureuse,—dans
l'argot des bourgeois qui préfèrent Roxelane à la Vénus
de Médicis.
- NIAIS, s. m. Voleur qui a des
scrupules; prisonnier qui a des remords de sa faute ou de son
crime.
- NIB ou NIBERGUE, adv. Rien,
zéro,—dans l'argot des voleurs.
Nib de braise! Pas d'argent.
- NICHÉE, s. f. Réunion d'enfants
de la même famille,—dans l'argot du peuple.
- NICHER, v. n. Demeurer, habiter
quelque part.
Se nicher. Se placer.
- NICHET, s. m. Œuf de plâtre
qu'on met dans un nid pour que les poules y viennent pondre.
- NICHONNETTE, s. f. Drôlesse
326
à la mode, coiffée à la chien. Argot de gens de lettres.
- NICHONS, s. m. pl. Seins,—dans
l'argot des enfants.
- NICODÈME, s. m. Niais, imbécile.
Argot du peuple.
- NICOLAS-J'-T'EMBROUILLE!
Exclamation de défi,—dans l'argot des écoliers.
- NID A PUNAISES, s. m. Chambre
d'hôtel garni,—dans l'argot du peuple.
- NID D'HIRONDELLE, s. m.
Chapeau d'homme, rond et à bords imperceptibles, tel enfin
que les élégants le portent aujourd'hui, ou l'ont porté hier.
- NIÈRE, s. m. Individu quelconque,—dans
l'argot des voleurs.
Bon nière. Bon vivant, bon enfant.
Mon nière bobèchon. Moi.
- NIGAUDINOS, s. m. Imbécile,
nigaud,—dans l'argot du peuple,
qui se souvient du Pied de Moutonde Martainville.
- NIGUEDOUILLE, s. m. Imbécile,
nigaud,—dans l'argot des faubouriens.
C'est une des formes du vieux mot français niau,—le nidasius
de la basse latinité,—dont nous avons fait niais. Gniolle—qu'on
devrait écrire niolle, mais que j'ai écrit comme on le prononce a
la même racine.
- N, I, NI, C'EST FINI! Formule
qu'on emploie—dans l'argot des grisettes et du peuple—pour
faire mieux comprendre l'irrévocabilité d'une rupture, l'irrémédiabilité
d'un dénouement, en amour, en amitié ou en affaires.
- NINI. Diminutif caressant
d'Eugénie.
On dit aussi Niniche.
- NIOLE, s. m. Chapeau d'occasion,—dans
l'argot des marchandes du Temple.
- NIOLEUR, s. m. Chapelier.
- NIORTE, s. f. Viande,—dans
l'argot des voleurs.
- NIQUE DE MÈCHE (Être). Sans
aucune complicité,—dans le même argot.
- NISCO! interj. Rien, zéro,
néant,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Nix,—pour parodier le Nicht des Allemands.
Nisco braisicoto! Pas d'argent.
- NISETTE, s. f. Olive,—dans
l'argot des voleurs.
- NISETTIER, s. m. Olivier.
- NIVET, s. m. Chanvre.—dans
le même argot.
- NIVETTE, s. f. Chenevière.
- NI VU NI CONNU, J' T'EMBROUILLE!
Exclamation de l'argot du peuple, qui signifie: Cherchez, il n'y a plus rien.
- NOBLE ÉTRANGÈRE, s. f.
Pièce de cinq francs en argent,—dans l'argot des gens de lettres,
qui ont lu la Vie de Bohème.
- NOC, s. et adj. Imbécile parfait.
- NOCE, s. f. Débauche de cabaret,—dans
l'argot du peuple.
Faire la noce. S'amuser, dépenser
son argent avec des camarades ou avec des drôlesses.
327
N'être pas à la noce. Être dans
une position critique; s'ennuyer.
- NOCE DE BATONS DE CHAISES,
s. f. Débauche plantureuse de cabaret,—dans l'argot des faubouriens,
qui, une fois en train de s'amuser, cassent volontiers les
tables et les bancs du «bazar».
- NOCER, v. n. S'amuser plus
ou moins crapuleusement.
- NOCEUR, s. et adj. Ouvrier
qui se dérange; homme qui se débauche avec les femmes.
- NOCEUSE, s. f. Drôlesse de
n'importe quel quartier, qui fuit toutes les occasions de travail et
recherche tous les prétextes à plaisir.
- NOCTAMBULE, s. et adj.
Bohème, qui va des cafés qui ferment à minuit et demi dans
ceux qui ferment à une heure, et de ceux-là dans les endroits où
l'on soupe.
- NOCTAMBULER, v. n. Se promener
la nuit, dans les rues, en causant d'amour et d'art avec quelques compagnons.
- NœUD D'ÉPÉE, s. m. Couennes
de lard rassemblées en un petit paquet,—dans l'argot des
charcutiers.
- NOIR, s. f. Café noir,—dans
l'argot des voyous.
Ils disent aussi Nègre pour un gloria, et Négresse pour une demi-tasse.
- NOMBRIL, s. m. Midi, le
centre du jour,—dans l'argot des voleurs, qui emploient, sans s'en
douter, une expression familière aux Latins: Ad umbilicum jam dies
est.(Il est déjà midi), écrivait Plaute il y a plus de deux mille ans.
- NOM D'UN! Juron innocent ou
semblant de juron de la même famille que: Nom de d'là! Nom de çà! Nom de deux!
Nom d'un nom_! Nom d'une pipe! Nom d'un chien!
Nom d'un petit bonhomme! Nom d'un tonnerre!
- NONNE, s. f. Encombrement
volontaire,—dans l'argot des voleurs.
Faire nonne. Simuler à huit ou neuf
un petit rassemblement afin d'arrêter les badauds, et, les
badauds arrêtés, de fouiller dans leurs poches.
- NONNEUR, s. m. Compère du
tireur (V. ce mot); variété de voleur.
Manger sur ses nonneurs. Dénoncer
ses complices.
- NORDISTE, s. et adj. Partisan
du gouvernement fédéral américain, et, en même temps, de
l'abolition de l'esclavage et de la liberté humaine, sans distinction
de couleur d'épiderme.
Cette expression, qui date de la guerre de sécession aux
Etats-Unis est désormais dans la circulation générale.
- NOS VOISINS. Les Anglais,—dans
l'argot des journalistes et des bourgeois.
- NOS VOISINS VIENNENT. Se
dit, dans l'argot des bourgeoises,—lorsque leurs menses font leur
apparition.
- NOTAIRE, s. m. Comptoir du
marchand de vin,—dans l'argot des faubouriens, qui y font beaucoup
328
de transactions, honnêtes ou malhonnêtes, et un certain nombre
de mariages à la détrempe.
- NOUNOU, s. f. Nourrice,—dans
l'argot des enfants et des mamans.
- NOURRICE, s. f. Femme que
la nature a avantagée,—dans l'argot du peuple.
- NOURRIR LE POUPARD, v. a.
Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire, avant de l'exécuter.
Quelques grammairiens du bagne prétendent qu'il faut dire:
Nourrir le poupon.
- NOURRIR UN QUINE A LA LOTERIE.
Se bercer de chimères, vivre d'illusions folles. Argot des
bourgeois.
- NOURRISSEUR, s. m. Voleur
qui indique une affaire, qui la prépare à ses complices.
- NOURRISSEUR, s. m. Restaurateur,
cabaretier,—dans l'argot des bohèmes.
- NOURRISSON DES MUSES, s. m.
Poète,—dans l'argot des académiciens, qui ont été allaités par
des Naïades.
- NOUSAILLES, pr. pers. Nous,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Nosigues.
- NOUVEAU, s. m. Elève récemment
arrivé au collège,—dans l'argot des collégiens; soldat récemment
arrivé au régiment,—dans l'argot des troupiers; ouvrier
récemment embauché,—dans l'argot du peuple; prisonnier
récemment écroué,—dans l'argot des voleurs.
- NOUVEAUTÉ, s. f. Livre qui
vient de paraître,—dans l'argot des libraires, qui souvent rééditent
sous cette rubrique de vieux romans et de vieilles histoires.
- NOUVELLE A LA MAIN, s. f.
Phrase plus ou moins spirituelle, où il doit toujours y avoir un
mot, et que le public blasé lit de préférence à n'importe quel bon
article,—parce que cela se retient facilement comme les centons
et peut se citer dans la conversation.
- NOYAUX, s. m. pl. Pièces de
monnaie,—dans l'argot des faubouriens.
L'expression est plus que centenaire, comme le prouvent ces
deux vers de Vadé:
«L'sacré violon qu'avait joué faux
Voulut me d'mander des noyaux.»
- NUMÉRO (Être d'un bon). Être
grotesque, ou ennuyeux,—dans l'argot des artistes.
- NUMÉRO CENT, s. m. Water-closet,—dans
l'argot des bourgeois, qui ont la plaisanterie odorante.
- NUMÉROTE TES OS! C'est la
phrase par laquelle les faubouriens commencent une rixe. Ils
ajoutent: Je vais te démolir!
- NUMÉRO UN, adj. Très bien,
très beau, très grand,—dans l'argot du peuple.
- NYMPHE, s. f. Fille de prostibulum,—dans
l'argot des bourgeois.
- NYMPHE DE GUINÉE, s. f.
Négresse,—dans l'argot des faubouriens.
- NYMPHE POTAGÈRE, s. f.
Cuisinière.
329
O
- OBÉLISQUAL, adj. Écrasant
d'étonnement, «ruisselant d'inouïsme»,—dans l'argot des
romantiques, amis des superlatifs
étranges.
- OBJET, s. m. Maîtresse,—dans
l'argot des ouvriers.
- OCCASE, s. f. Apocope d'Occasion,—dans
l'argot des faubouriens.
- OCCASION, s. f. Chandelier,—dans
l'argot des voleurs.
- OCCASION (D'). De peu de
valeur, d'un prix très réduit,—dans l'argot du peuple qui dit
cela à propos des choses.
- OCRÉAS, s. m. pl. Souliers,—dans
l'argot des Saint-Cyriens, qui se souviennent de leur Virgile
et de leur Horace. Ocreatus in nive dormis, a dit ce dernier,
qui n'était pas fait pour dormir tout botté sous la neige, comme
un soldat, car on sait qu'à la bataille
de Philippes il prit la fuite
en jetant son bouclier aux orties.
- ŒIL, s. m. Crédit,—dans
l'argot des bohèmes.
Avoir l'œil quelque part. Y
trouver à boire et à manger sans
bourse délier.
Faire ou ouvrir un œil à quelqu'un.
Lui faire crédit.
Crever un œil. Se voir refuser
la continuation d'un crédit.
Fermer l'œil. Cesser de donner
à crédit.
Quoique M. Charles Nisard
s'en aille chercher jusqu'au 1er
siècle de notre ère un mot grec
«forgé par saint Paul» (chap. VII
de l'Épître aux Éphésiens, et
chap. III de l'Épître aux Colossiens),
j'oserai croire que l'expression
A l'œil—que ne rend pas
du tout d'ailleurs l'οφθαλμοδουλεια [grec: ophthalmodouleia]
de l'Apôtre des Gentils—est
tout à fait moderne. Elle peut
avoir des racines dans le passé,
mais elle est née, sous sa forme
actuelle, il n'y a pas quarante ans.
Les consommateurs ont commencé
par faire de l'œil aux dames
de comptoir, qui ont fini par leur
330
faire l'œil: une galanterie vaut
bien un dîner, madame Grégoire
le savait.
- ŒIL, s. m. Bon effet produit
par une chose, bonne façon d'être d'une robe, d'un tableau, d'un
paysage, etc.
On dit: Cette chose a de l'œil.
- ŒIL, s. m. Le podex,—dans
l'argot des faubouriens facétieux.
Crever l'œil à quelqu'un. Lui
donner un coup de pied au derrière.
- ŒIL (Avoir l'). Faire bonne
garde autour d'une personne ou
d'une chose.
On dit aussi Ouvrir l'œil.
- ŒIl (Faire de l'). Donner à
penser des choses fort agréables
aux hommes,—dans l'argot des
petites dames; regarder langoureusement
ou libertinement les
femmes, dans l'argot des gandins.
- ŒIL AMÉRICAN (Avoir l').
Voir très clair là où les autres
voient trouble,—dans l'argot du
peuple, qui a peut-être voulu
faire allusion aux romans de
Cooper et rappeler les excellents
yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait
vu l'herbe pousser.
- ŒIL BORDÉ D'ANCHOIS, s. m.
Aux paupières rouges et décillées,—dans
l'argot des faubouriens.
- ŒIL DE Bœuf, s. m. Pièce de
cinq francs.
- ŒIL DE VERRE, s. m. Lorgnon.
- ŒIL EN COULISSE, s. m. Regard
tendre et provocateur,—ce
que Sénèque appelle en son
langage sévère oculorum fluxus.
Faire les yeux en coulisse. Regarder
amoureusement quelqu'un.
- ŒIL EN TIRELIRE, s. m. Regard
chargé d'amour, provocateur,
à demi clos.
- ŒIL MARÉCAGEUX, s. m.
Regard langoureux, voluptueux,—dans
l'argot des petites dames.
- OFFICIER, s. m. Garçon d'office,—dans
l'argot des limonadiers.
- OFFICIER DE LOGE, s. m.
Frère chargé d'un office,—dans l'argot des francs-maçons.
- OFFICIER DE TOPO, s. m.
Homme qui triche au jeu de la bassette,—dans l'argot des
joueurs.
On dit aussi Officier de tango.
- OGNON, s, m. Grosse montre,
de forme renflée comme un bulbe,—dans l'argot du peuple, ami
des mots-images.
On remarquera que, contrairement à l'orthographe officielle,
j'ai écrit ognon et non oignon. Pour deux raisons: la première,
parce que le peuple prononce ainsi; la seconde, parce qu'il a
raison, oignon venant du latin unio. J'ai même souvent entendu
prononcer union.
- OGNON (Il y a de l'), On va
se fâcher, on est sur le point de se battre, par conséquent de pleurer.
Argot des faubouriens.
- OGNONS (Aux)! Exclamation
de l'argot des faubouriens, qui
l'emploient comme superlatif de
bien, de bon et de beau.
331
On dit aussi Aux petites ognons!
et même Aux petites oignes!
Cette expression et celle-ci:
Aux petits oiseaux! sont les descendantes
de cette autre: Aux
pommes! qu'explique à merveille
une historiette de Tallemant des
Réaux.
- OGRE, s. m. Agent de remplacement
militaire,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Usurier, Escompteur.
- OGRE, s. m. Marchand de
chiffons,—dans l'argot des
chiffonniers.
- OGRESSE, s. f. Maîtresse de
tapis-franc, de maison borgne,—dans l'argot des voleurs,
qui ont sans doute voulu faire allusion à l'effroyable quantité de chair
fraîche qui se consomme là dedans.
- OGRESSE, s. f. Marchande à
la toilette, proxénète,—dans l'argot des filles, ses victimes.
- OH! LA! LA! Exclamation
ironique et méprisante de l'argot des faubouriens, qui la mettent à
toutes sauces.
- OIE DU FRÈRE PHILIPPE, s.
f. Jeune fille ou jeune femme,—dans l'argot des gens de lettres,
qui ont lu les Contes de la Fontaine.
L'expression tend à s'introduire dans la circulation générale: à
ce titre, j'ai dû lui donner place ici. Pourquoi le peuple, qui a à
sa disposition, à propos de la «plus belle moitié du genre humain»,
tant d'expressions brutales et cyniques, n'emploierait-il
pas cette galante périphrase? Le peuple anglais dit bien depuis
longtemps, à propos des demoiselles de petite vertu, les Oies de l'évêque de Winchester
(The bishop of Winchester's geese).
- OISEAU, s. m. Auge à plâtre.—dans
l'argot des maçons.
- OISEAU, s. m. Original;
homme difficile à vivre,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie
presque toujours ce mot que dans un sens péjoratif ou ironique.
Ainsi il dira, à propos d'un homme qu'on lui vante et qu'il
n'aime pas: «Oui, un bel oiseau!» Ou, à propos d'un homme
taré ou suspect: «Quel triste oiseau!» Ou, à propos d'un
homme laid ou ennuyeux: «Le vilain oiseau!» Ou, à propos
d'un homme excentrique: «Drôle d'oiseau!»
Les Anglais disent de même: Queer bird.
- OISEAUX (Aux)! Exclamation
de l'argot des faubouriens, qui l'emploient comme le superlatif
de bien, de beau, de bon. Une femme est aux oiseaux quand
elle réunit la sagesse à la beauté. Un mobilier est aux oiseaux
quand il réunit l'élégance et la solidité au bon marché, etc., etc.
On dit aussi Aux petits oiseaux!
- OISEAU DE CAGE, s. m. Prisonnier.
Les ouvriers anglais disent: Jail bird (oiseau de prison).
- OLIM, s. m. Suranné, académicien,—dans
l'argot des romantiques, qui cherchaient et
trouvaient les injures les plus corsées pour en contaminer la
332
gloire de leurs adversaires naturels,
les classiques.
Celle-ci appartient à T. Gautier, qui, heureusement pour
lui et pour nous, a fait Émaux et Camées.
- OLIVET, s. m. Ognon,—dans
l'argot des voleurs.
- OLIVIER DE SAVETIER, s. m.
Navet,—dans l'argot des faubouriens, qui font sans doute
allusion à l'huile qu'on extrait de la navette, un Brassica napus aussi,
mais oleifera.
- OLLA PODRIDA, s. f. Représentation
à bénéfice, où l'on fait entrer de tout, du chant et de
la danse, du drame et du vaudeville, de l'opéra-comique et de la
tragédie. Pot-pourri. Argot des coulisses.
- OMBRE (A l'). En prison,—dans
l'argot du peuple.
S'emploie aussi quelquefois dans un sens plus sinistre, celui
de: Au cimetière, et, dans ce cas, mettre quelqu'un à l'ombre,
c'est le tuer.
- OMBRES CHINOISES, s. f. pl.
Revue de l'année, jouée à la façon de Séraphin, par les élèves de
l'Ecole polytechnique, le jeudi qui précède Noël, et dans laquelle
on n'épargne pas plus le sel aux professeurs, et même au
général commandant l'Ecole, qu'Aristophane ne l'épargnait à
Socrate dans ses Nuées.
- OMELETTE, s. f. Mystification
militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d'un
camarade endormi.
Omelette du sac. Autre plaisanterie
de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les
objets rangés dans un havre-sac,—ce qui est une façon comme
l'autre de casser les œufs et de les brouiller.
- OMNIBUS, s. m. Résidu des
liquides répandus sur le comptoir d'un marchand de vin, et servi
par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.
- OMNIBUS, s. m. Verre de vin
de la contenance d'un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.
- OMNIBUS, s. m. Garçon supplémentaire
pour les jours de fête,—dans l'argot des garçons de café.
- OMNIBUS, s. m. Femme banale,—dans
l'argot du peuple, pour qui cette Dona Sol au ruisseau
lucet omnibus.
- OMNIBUS DE CONI, s. m.
Corbillard,—dans l'argot des voleurs.
- ONCLE, s. m. Guichetier,—dans
le même argot.
- ONCLE, s. m. Usurier,—dans
l'argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à
quelqu'un.
- ONGLE CROCHE, s. m. Avare et
même voleur,—dans l'argot du peuple, qui suppose avec raison
que ce qui est bon à garder pour l'un est bon à prendre pour l'autre.
Avoir les ongles croches. Avoir
des dispositions pour la tromperie—et même pour la filouterie.
- ONGLES EN DEUIL, s. m. pl.
Ongles noirs, malpropres.
333
- ONGUENT, s. m. Argent,—dans
l'argot des voleurs, qui savent que l'on guérit tout, ou
presque tout, avec cela.
- ON PAVE! Phrase de l'argot
des bohèmes, signifiant: «Il ne faut pas passer dans cette rue,
dans ce quartier, à cause des créanciers qu'on pourrait y rencontrer.»
- OPINEUR HÉSITANT, s. m.
Juré,—dans l'argot des voyous, piliers de Cour d'assises.
- ORANGE A COCHONS, s. f.
Pomme de terre,—dans l'argot des voleurs, qui apprennent ainsi
aux gens honnêtes et ignorants qu'avant Parmentier le savoureux
tubercule dont nous sommes si friands aujourd'hui, pauvres et
riches, était abandonné comme nourriture aux descendants du
compagnon de saint Antoine.
Le peuple dit Orange de Limousin.
- ORANGER, s. m. La gorge,—dans
l'argot de Breda-Street.
M. Prudhomme, dans un accès de galanterie, s'étant oublié jusqu'à
comparer le buste d'une belle femme au classique «jardin
des Hespérides», et les fruits du jardin des Hespérides étant des
pommes d'or, c'est-à-dire des oranges, on devait forcément en
arriver à prendre toute poitrine féminine pour un oranger.
- ORANGER DE SAVETIER, s. m.
Le basilic,—dans l'argot des faubouriens, qui connaissent l'odeur
exquise de l'ocymum, bien faite pour neutraliser celle des
cuirs amoncelés dans les échoppes de cordonnier.
On le dit aussi du réséda.
- ORANGES SUR LA CHEMINÉE
(Avoir des). Avoir une gorge convenablement garnie,—dans
l'argot de Breda-Street.
- ORDINAIRE, s. m. Soupe et
bœuf,—dans l'argot des ouvriers.
- ORDINAIRES, s. f. pl. Les
menses de la femme,—dans l'argot des bourgeois.
- OR-DUR, s. m. Cuivre,—dans
l'argot des faubouriens, qui aiment à équivoquer. Ça, de l'or?
disent-ils; de l'ordure (or-dur) oui!
- OREILLARD, s. m. Baudet,—dans
le même argot.
- ORGANEAU, s. m. Anneau de
fer placé au milieu de la chaîne qui joint entre eux les forçats suspects.
- ORGUE. Pronom personnel de
l'argot des voleurs.
Mon orgue, moi.
Ton orgue, toi.
Son orgue, lui.
Leur orgue, eux.
- ORGUES, s. f. pl. Affaires,—dans
le même argot.
- ORIENTALISTE, s. m. Homme
parlant le pur argot,—qui est du sanscrit et du chinois pour les
gens qui n'ont appris que les langues occidentales.
- ORIGINAL, s. m. Homme qui
ne fait rien comme personne. Argot des bourgeois.
On dit aussi Original sans copie.
334
- ORLÉANS, s. m. Vinaigre.
- ORNICHON, s. m. Poulet.
- ORNIE, s. f. Poule,—dans
l'argot des voleurs, pour qui cette volaille est l'oiseau par excellence
(ορνις [grec: ornis]), au propre et au figuré, à manger et à plumer.
- ORNIE DE BALLE, s. f. Dinde,—«à
cause de la balle d'avoine dans laquelle elle est forcée de
chercher sa nourriture, le grain étant réservé aux autres habitants
de la basse-cour.»
- ORNIÈRE, s. f. Poulailler.
- ORNION, s. m. Chapon.
- ORPHELIN, s. m. Orfèvre,—dans
l'argot des voleurs.
- ORPHELIN DE MURAILLE, s.
m. Résultat solide de la digestion,—dans l'argot des faubouriens.
- ORPHELINS, s. m. pl. Bande
de camarades, ou plutôt de complices,—dans l'argot des voleurs.
- ORPHIE, s. f. Oiseau chanteur
(Orphicus). Même argot.
- OS, s. m. Argent, or, monnaie,—dans
l'argot des faubouriens.
Avoir l'os. Être riche.
- OSSELETS, s. m. Les dents,—dans
l'argot des voleurs.
- OSTROGOTH, (on prononce
Ostrogo) s. m. Importun; niais,—dans l'argot du peuple.
- OUATER, v. a. et n. Dessiner
ou peindre avec trop de morbidesse et de flou,—dans l'argot
des artistes, qui prétendent qu'en peignant ou en dessinant ainsi,
on ne peut faire que des bonshommes en coton.
- OUICHE! adv. Oui,—dans
l'argot du peuple, qui emploie ce mot ironiquement.
C'est le ouais des paysans.
- OUI, EN PLUME! Expression
de l'argot des typographes qui équivaut à cette autre plus claire:
«Tu blagues!»
- OUI, GARIBALDI! Expression
de dénégation méprisante qui a succédé, dans l'argot du peuple,
depuis les événements d'Italie, à cette autre si connue: Oui! mon œil!
On a dit aussi Oui! les lanciers!
- OURLER LE BEQ, v. a. Terminer
sa besogne,—dans l'argot des graveurs sur bois.
- OURS, s. m. Vaudeville, drame
ou comédie qui brille par l'absence d'intérêt, de style, d'esprit
et d'imagination, et qu'un directeur de théâtre bien avisé ne joue
que lorsqu'il ne peut pas faire autrement,—comme autrefois,
aux cirques de Rome on ne faisait combattre les ours que lorsqu'il
n'y avait ni lions, ni tigres, ni éléphants.
On le dit aussi d'un mauvais article ou d'un livre médiocre.
- OURS, s. m. Ouvrier imprimeur,—dans
l'argot des typographes.
- OURS, s. m. La salle de police,—dans
l'argot des soldats.
- OURSON, s. m. Bonnet de
grenadier,—dans l'argot des gardes nationaux.
- OUTIL DE BESOIN, s. m. Souteneur
de carton,—dans l'argot des filles.
335
- OUTILS, s. m. pl. Ustensiles
de table, en général,—dans l'argot des francs-maçons.
- OUTU, adj. Ruiné, perdu, atteint
de la maladie mortelle,—dans l'argot des bourgeois désireux
de ménager la chèvre de la décence et le chou de la vérité.
Il y a longtemps qu'ils parlent
ainsi, frisant la gaillardise
et défrisant l'orthographe. On
trouve dans les Contes d'Eutrapel:
«Et bien, dit-elle, soit! Ce qui
est faict est faict, il n'y a point
de remède, qui est outu est outu
(quelques docteurs disent qu'elle
adjoucta une F).»
- OUVRAGE, s. m. L'engrais humain,
à l'état liquide,—dans l'argot des faubouriens.
Tomber dans l'ouvrage. Se laisser
choir dans la fosse commune
d'une maison.
- OUVRAGE, s. m. Vol,—dans
l'argot des prisons.
- OUVRIER, s. m. Voleur,—dans
le même argot.
- OUVRIR SA TABATIÈRE, v. a.
Crepitare sournoisement, sans bruit, mais non sans inconvénient,—dans
l'argot du peuple, qui, en parlant de cet inconvénient, ajoute: Drôle de prise!
336
337
P
- PACANT, s. m. Paysan,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Palot.
- PACHALESQUEMENT, ad. Voluptueusement,—dans
l'argot des romantiques.
Cet adverbe oriental appartient
à Théophile Dondey, plus
inconnu sous le pseudonyme de
Philotée O'Neddy.
- PACKET, s. m. Paquebot,—dans
l'argot des anglomanes et des créoles.
- PACLIN ou Pasquelin, s. m.
Pays natal,—dans l'argot des voleurs.
Pasquelin du Rabouin. L'enfer, pays du diable.
- PACLINAGE ou Pasquelinage,
s. m. Voyage.
- PACLINER, v. n. Voyager.
- PACLINEUR, s. m. Voyageur.
- PADOUE, s. f. Cordonnet
rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.
- PAF, adj. Gris, ivre,—dans
l'argot des faubouriens.
- PAFFER (Se), v. réfl. Boire
avec excès.
- PAFS, s. m. pl. Chaussures,
neuves ou d'occasion.
- PAGE BLANCHE, s. f. Homme
distingué, ouvrier supérieur à son état,—dans l'argot des
typographes.
Être page blanche en tout. Ne
se mêler jamais des affaires des autres; être bon camarade et bon
ouvrier.
- PAGNE, s. m. Provisions que
le malade ou le prisonnier reçoit
du dehors et qu'on lui porte ordinairement
dans un panier. Argot
des voleurs.
- PAIE (Bonne), s. f. Homme
qui fait honneur à sa parole ou à sa signature,—dans l'argot
des bourgeois.
Mauvaise paie. Débiteur de mauvaise foi.
Il faut prononcer paye, à la vieille mode.
338
- PAÏEN, s. m. Débauché,
homme sans foi ni loi, ne craignant ni Dieu ni diable,—dans
l'argot du peuple, qui emploie là une expression des premiers
temps de notre langue.
- PAILLASSE, s. f. Corps humain,—dans
l'argot des faubouriens.
Se faire crever la paillasse. Se
faire tuer en duel,—ou à coups
de pied dans le ventre.
On dit aussi Paillasse aux légumes.
Paillasse, s. f. Femme ou
fille de mauvaise vie.
On dit aussi Paillasse de corps de garde,
et Paillasse à soldats.
- PAILLASSE, s. m. Homme
politique qui change d'opinions aussi souvent que de chemises,
sans que le gouvernement qu'il quitte soit, pour cela, plus sale
que le gouvernement qu'il met.
On dit aussi Pitre et Saltimbanque.
- PAILLASSON, s. m. Libertin,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est
le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce
passage d'une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue
qu'a aujourd'hui la chanson de l'Assommoir:
«Chaque soir sur le boulevard
Ma petit' femm' fait son trimar,
Mais si elle s'port' sus l'paillasson,
J'lui coup' la respiration:
Je suis poisson!»
- PAILLE, s. f. Dentelle,—dans
l'argot des voleurs.
- PAILLE (C'est une)! Ce n'est
rien! Argot du peuple.
L'expression est très ironique,et signifie toujours, dans la
bouche de celui qui l'emploie, que ce rien est un obstacle sérieux.
- PAILLE AU CUL (Avoir la).
Être réformé, congédié; mis hors de service, par allusion au
bouchon de paille qu'on met aux chevaux à vendre.
- Paille de fer, s. f. Baïonnette,—dans
l'argot des troupiers.
Signifie aussi: Fleuret, Epée.
- PAILLETÉE, s. f. Drôlesse du
boulevard,—dans l'argot des voyous, qui sont souvent les
premiers à fixer dans la langue une mode ou un ridicule. Pour
les curieux de 1886, cette expression voudra dire qu'en 1866
les femmes du monde interlope portaient des paillettes d'or partout,
sur leurs voilettes, dans leurs cheveux, sur leurs corsages,
etc. Elle a été employée pour la première fois en littérature par
M. Jules Claretie.
J'ai entendu aussi un voyou s'écrier, en voyant passer dans le
faubourg Montmartre une de ces effrontées drôlesses qui ne savent
comment dépenser l'or qu'elles ne gagnent pas: Ohé! la Dantzick.
- PAILLOT, s. m. Paillasson à
essuyer les pieds,—dans l'argot du peuple.
- PAIN, s. m. Coussin de cuir,—dans
l'argot des graveurs, qui
339
placent dessus la pièce à graver, bois ou acier.
- PAIN (Et du)! Exclamation
ironique de l'argot du peuple, qui la coud à beaucoup de phrases,
quand il veut refuser à des importuns ou se moquer de
gens prétentieux. Ainsi: «As-tu cent sous à me prêter?—Cent
sous! Et du pain?» Ou bien à propos d'un gandin qui
passe, stick à la bouche, pince-nez sur l'œil: «Plus que ça de
col! Et du pain?» etc.
- PAIN BÉNIT (C'est). Ce n'est
que justice, c'est bien fait.
- Pu, s. f.
Pièce de dix francs,—dans l'argot facétieux des faubouriens.
- PALABRE, s. m. Discours ennuyeux,
prudhommesque,—dans l'argot du peuple, qui a
emprunté ce mot aux marins, qui l'avaient emprunté à la
langue espagnole, où, en effet, palabra signifie parole.
- PALAIS DU FOUR, s. m. Monument
élevé par Charles Monselet, dans le Figaro, en l'honneur
des victimes malheureuses de la littérature et de l'art, des
artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre
digne d'admiration, n'ont fait qu'une œuvre digne de risée.
- PALE, s. m. As et deux,—dans
l'argot des joueurs de dominos.
Asinet. As tout seul.
- PALETOT, s. m. Cercueil,—dans
l'argot des marbriers de cimetière.
- PALETTE, s. f. Guitare,—dans
l'argot des musiciens ambulants.
- PALICHON, s. m. Double
blanc,—dans l'argot des joueurs de dominos.
Ils disent aussi Blanchinet.
- PALLAS, s. m. Discours, bavardage,—dans
l'argot des typographes et des voleurs.
Faire pallas. Faire beaucoup
d'embarras à propos de peu de chose.
- PALLASSEUR, s. m. Faiseur
de discours, bavard.
- PALMÉ, s. et adj. Homme
bête comme une oie,—dans l'argot du peuple.
- PALPER, v. a. et n. Toucher
de l'argent,—dans l'argot des employés.
- PALPITANT, s. m. Le cœur,—dans
l'argot des voleurs.
- PALTOQUET, s. m. Drôle, intrus,
balourd,—dans l'argot des bourgeois.
- PAMEUR, s. m. Poisson,—dans
l'argot des voleurs qui ont remarqué que les poissons une
fois hors de leur élément natal, font les yeux blancs.
- PAMURE, s. f. Soufflet violent,
à faire pâmer de douleur la personne qui le reçoit,—dans
l'argot des faubouriens et des paysans de la banlieue de Paris.
- PANACHER, v. a. Mélanger,
mêler,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce verbe au
propre et au figuré, à propos des choses et à propos des gens.
340
- PANADE, s. et adj. Chose
molle, de peu de valeur; femme laide. Argot des faubouriens.
- PANAIS (Être en). Être en
chemise, sans aucun pantalon.
- PANAMA, s. m. Gandin,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela par allusion à la mode des
chapeaux de Panama, prise au sérieux par les élégants.
Le mot s'applique depuis aux chapeaux de paille quelconques.
- PANAMA, s. m. Écorce d'arbre
exotique qui sert à dégraisser les
étoffes.
- PANIER A SALADE, s. m.
Voiture affectée au service des prisonniers,—dans l'argot du
peuple.
On dit aussi Souricière.
- PANIER A SALADE, s. m. Petite
voiture en osier à l'usage des petites dames, à la mode
comme elles et destinée à passer comme elles.
- PANIER AU PAIN, s. m. L'estomac.
Les ouvriers anglais ont la même expression: bread basket,
disent-ils.
- PANIER AUX CROTTES, s. m.
Le podex et ses environs,—dans l'argot du peuple.
Remuer le panier aux crottes. Danser.
- PANIER AUX ORDURES, s. m.
Le lit,—dans l'argot des faubouriens.
- PANIER PERCÉ, s. m. Prodigue,
dépensier,—dans l'argot des bourgeois.
- PANNA, s. m. Chose de peu
de valeur, bonne à jeter aux ordures.
- PANNE, s. f. Misère, gène
momentanée,—dans l'argot des bohèmes et des ouvriers, qui
savent mieux que personne combien il est dur de manquer de
pain.
- PANNE, s. f. Rôle de deux
lignes,—dans l'argot des comédiens qui ont plus de vanité que
de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle.
Se dit aussi d'un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas
suffisamment valoir le talent d'un acteur ou la beauté d'une actrice.
- PANNÉ, s. m. Homme qui n'a
pas un sou vaillant,—dans l'argot des filles, qui n'aiment pas
ces garçons-là.
- PANNER, v. a. Gagner au jeu,—dans
l'argot des faubouriens.
- PANOUFLE, s. f. Vieille femme
ou vieille chose sans valeur,—dans l'argot du peuple, qui
fait allusion au lambeau de peau qu'on mettait encore, il y a quelques
années, aux sabots pour amortir le contact du bois.
Signifie aussi Perruque.
- PANSER DE LA MAIN, v. a.
Battre, donner des coups,—dans le même argot.
- PANTALONNER UNE PIPE, v.
a. La fumer jusqu'à ce qu'elle ait acquis cette belle couleur
bistrée chère aux fumeurs.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que c'est le même verbe que
culotter, mais un peu plus décent,—pas beaucoup.
341
- PANTALON ROUGE, s. m.
Soldat de la ligne,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Pantalon garance.
- PANTALONS, s. m. pl. Petits
rideaux destinés à dérober au public la vue des coulisses, qui
sans cette précaution s'apercevraient par les portes ou les fenêtres
au fond et nuiraient à l'illusion de la mise en scène.
- PANTALZAR, s. m. Pantalon,—dans
l'argot des faubouriens.
- PANTE, s. m. Le monsieur
inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs,—volontairement
avec les premières, contre son gré avec les seconds.
Pante argoté. Imbécile parfait.
Pante arnau. Dupe qui s'aperçoit
qu'on la trompe et qui renaude.
Pante désargoté. Homme difficile
à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent
pantre. Francisque Michel, lui, dit pantre, et fidèle à ses habitudes,
s'en va chercher un état civil à ce mot jusqu'au fond du
moyen âge. Pourquoi pante ne viendrait-il pas de pantin (homme
dont on fait ce qu'on veut), ou de Pantin (Paris)? Il est si naturel
aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens
comme leur proie! Si cette double étymologie ne suffisait
pas, j'en ai une autre en réserve: Ponte. Le ponte est le joueur qui
joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s'expose à payer souvent.
Pourquoi pas? Dollar vient bien de thaler.
- PANTIN, n. de v. Paris,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Pampeluche et
Pantruche. «Pantin, dit Gérard
de Nerval, c'est le Paris obscur.
Pantruche, c'est le Paris canaille.»
Dans le goût de Pantin. Très
bien, à la dernière mode.
- PANTIN, s. m. Homme sans
caractère,—dans l'argot du peuple qui sait que nous sommes
cousus de fils à l'aide desquels on nous fait mouvoir contre notre
gré.
- PANTINOIS, s. m. Parisien.
- PANTOUFLE. Mot que le peuple
ajoute ordinairement à Et cætera, comme pour mieux marquer
son dédain d'une énumération fastidieuse.
Sert aussi de terme de comparaison
péjorative.
Bête comme ma pantoufle. Très
bête.
Raisonner comme une pantoufle.
Très mal.
- PANTOUFLÉ, s. m. Ouvrier
tailleur,—dans l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que
ces ouvriers sortent volontiers en pantoufles.
- PANTUME, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie,—dans l'argot des voleurs.
Quelques lexicographes de Clairvaux disent Panturne.
- PAPA, s. m. Père,—dans
l'argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement.
Bon-papa. Grand-père.
342
- PAPA (A la), adv. Avec bonhomie,
tranquillement,—dans l'argot du peuple, qui emploie
cette expression avec une nuance d'ironie.
- PAPAVOINER, v. a. Assassiner
aussi froidement que fit Papavoine des deux petits enfants
dont il paya la vie de sa tête.
L'expression, qui a eu cours il y a une trentaine d'années, a été
employée en littérature par le chansonnier Louis Festeau.
- PAPE, s. m. Imbécile,—dans
l'argot des faubouriens.
- PAPE COLAS, s. m. Homme
qui aime à prendre ses aises, à se prélasser,—dans l'argot du
peuple.
- PAPELARD, s. m. Papier,—dans
l'argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de
fantaisie au papel espagnol.
- PAPIER JOSEPH, s. m. Billet
de banque,—dans l'argot du
peuple.
On dit aussi Papier de soie.
- PAPIER PUBLIC, s. m. Journal,—dans
l'argot des paysans de la banlieue.
- PAPILLON, s. m. Blanchisseur,—dans
l'argot des voleurs, qui ont transporté à la profession
l'épithète qui conviendrait à l'objet de la profession, les serviettes
séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant
assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.
- PAPILLONNE, s. f. Amour du
changement, ou plutôt Changement d'amour,—dans l'argot
des fouriéristes.
On dit aussi Alternante.
- PAPILLONNER, v. n. Aller de
belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur,—dans l'argot
du peuple.
Il y a près de deux siècles que
le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières
à propos de mademoiselle d'Ussel, fille de Vauban:
«Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige.» Fourier n'a
inventé ni le nom ni la chose.
- PAPILLOTES, s. f. pl. Billets
de banque,—dans lesquels les gens aussi riches que galants
enveloppent les dragées qu'ils offrent aux petites dames.
- PAPOTAGE, s. m. Causerie
familière; bavardage d'enfants ou d'amoureux. Argot des gens de
lettres.
- PAPOTER, v. n. Babiller
comme font les amoureux et les enfants, en disant des riens.
- PAQUEMON, s. m. Paquet ou
ballot,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Paquecin.
- PAQUET, s. m. Compte,—dans
l'argot du peuple.
Avoir son paquet. Être complètement ivre.
Recevoir son paquet. Être congédié
par un patron, ou abandonné
par un médecin, ou extrême-onctionné
par un prêtre.
Faire son paquet. Faire son testament.
Risquer le baquet. S'aventurer,
oser dire ou faire quelque chose.
- PAQUETS, s. m. pl. Médisance,
ragots.
343
Faire des paquets. Médire et
même calomnier.
- PARADIS, s. m. Amphithéâtre
des quatrièmes,—dans l'argot
des coulisses.
- PARADIS, s. m. La fosse commune,—dans
l'argot ironique des marbriers de cimetière.
- PARADOUZE, s. f. Paradis,—dans
l'argot calembourique du peuple, qui dit cela depuis longtemps,
comme en témoignent ces vers extraits du Roman du Renart:
«. . . . Li sainz Esperiz
De la seue ame s'entremete
Tant qu'en paradouse la mete,
Deux lieues outre Paradiz,
Où nus n'est povre ne maudis.»
- PARE-A-LANCE, s. m. Parapluie,—dans
l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi En-tous-cas. Cette
dernière expression, dit Vidocq,—et cela va scandaliser beaucoup
de bourgeoises qui l'emploient de confiance, lui croyant
une origine honnête,—cette dernière expression a été trouvée
par un détenu de Bicêtre, le nommé Coco.
- PARAPHE, s. m. Soufflet,—dans
l'argot du peuple, qui se plaît à déposer son seing sur la
joue de ses adversaires.
Détacher un paraphe. Donner un soufflet.
- PARÉ (Être). Avoir subi la
«fatale toilette» et être prêt pour la guillotine,—dans l'argot
des prisons.
Les bouchers emploient la même expression lorsqu'ils viennent
de faire un mouton.
- PAREIL AU MÊME (Du). La
même chose ou le même individu,—dans l'argot des faubouriens.
- PARER LA COQUE, v. a. Echapper
par la fuite à un châtiment mérité; parer habilement aux
inconvénients d'une situation, dans l'argot des ouvriers qui ont
servi dans l'infanterie de marine.
- Parfait amour, s. m. Liqueur
de dames,—dans l'argot
des faubouriens.
On dit aussi Crème de cocu.
- PARFAIT AMOUR DE CHIFFONNIER.
Eau-de-vie d'une qualité au-dessous de l'inférieure.
- PARISIEN, s. m. Homme déluré,
inventif, loustic,—dans l'argot des troupiers.
- PARISIEN, s. m. Niais, novice,—dans
l'argot des marins.
- PARISIEN, s. m. Vieux cheval
invendable,—dans l'argot des maquignons.
- PARLER BOUTIQUE, v. n. Ne
s'entretenir que des choses de l'état qu'on exerce, de l'emploi
qu'on remplit, contrairement aux règles de la civilité, qui veulent
qu'on s'occupe peu de soi quand on cause avec les autres. Argot
du peuple.
- PARLER CHRÉTIEN, v. n. Parler
nettement, clairement, de façon que personne ne s'y trompe.
- PARLER EN BAS-RELIEF, v. n.
A voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.
- PARLER LANDSMAN, v. n.
Parler la langue allemande,—dans l'argot des ouvriers.
344
- PARLER PAPIER, v. n. Écrire,—dans
l'argot des troupiers.
- PARLER ZE-ZE, v. n. Bléser,
substituer une consonne faible à une consonne forte, ou l's au g,
ou le z à l's. Argot du peuple.
- PARLOIR DES SINGES, s. m.
Parloir où les prisonniers sont séparés des visiteurs par un double
grillage. Argot des voleurs.
- PARLOTTE, s. f. Lieu où l'on
fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou
le Café Bouvet; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse.
Plus spécialement l'endroit où se réunissent les avocats.
- PARLOTTER, v. n. Bavarder.
- PARLOTTERIE, s. f. Abondance
de paroles avec une pénurie d'idées.
L'expression est d'Honoré de Balzac.
- PARLOTTEUR, s. m. Bavard.
- PARMESARD, s. m. Pauvre
diable à l'habit râpé comme parmesan,—dans
l'argot facétieux des faubouriens.
- PAROISSIEN, s. m. Individu
suspect,—dans l'argot du peuple.
Drôle de paroissien. Homme
singulier, original, qui ne vit pas comme tout le monde.
- PAROISSIEN DE SAINT PIERRE AUX BœUFS,
s. m. Imbécile,—dans l'argot du peuple, qui sait
que ce saint est le patron des grosses bêtes.
- PARON,
s. m. Palier de maison, carré,—dans l'argot facétieux des voleurs.
- PAROXISTE, s. m. Écrivain
qui, comme Alexandre Dumas, Eugène Sue, Paul Féval et Ponson
du Terrail, recule les limites de l'invraisemblance et de l'extravagance
dans le roman.
Le mot est de Charles Monselet.
- PARQUE (La). La Mort,—dans
l'argot des académiciens.
- PARRAIN, s. m. Avocat d'office,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Témoin.
Parrain fargueur. Témoin à charge.
Parrain d'altéque. Témoin à décharge.
- PARTAGEUSE, s. f. Femme
entretenue qui a l'habitude de prendre la moitié de la fortune
des hommes,—quand elle ne la leur prend pas tout entière. Argot
des gens de lettres.
L'expression date de 1848, et elle appartient à Gavarni.
- PARTAGEUX, s. m. Républicain,—dans
l'argot des paysans de la banlieue.
- PARTI (Être). Être gris, parce
qu'alors la raison s'en va avec les bouchons des bouteilles vidées.
Argot des bourgeois.
On dit aussi Être parti pour la gloire.
- PARTICULIER, s. m. Bourgeois,—dans
l'argot des troupiers.
- PARTICULIER, s. m. Individu
quelconque,—dans l'argot du peuple, qui prend ordinairement
ce mot en mauvaise part.
- PARTICULIÈRE, s. f. Maîtresse,
345
bonne amie,—dans l'argot des troupiers.
D'après Laveaux, cette expression
remonterait aux bergers du
Lignon, c'est-à-dire au XVIIe siècle.
«On lit à chaque instant dans l'Astrée: Particulariser une dame,
en faire sa particulière dame, pour lui adresser des hommages. Ces
locutions ont sans doute été transmises par le Secrétaire des Amants
à nos soldats, qui n'ont fait que les abréger.»
- PARTIE, s. f. Aimable débauche
de vin ou de femmes.
Partie carrée. Partie de plaisir
à quatre, deux hommes et deux femmes.
Partie fine. Rendez-vous amoureux
dans un cabinet particulier.
Être en partie fine. Être avec une dame n'importe où.
- PARTIE, s. f. Pièce montée où
chacun paie son rôle,—dans l'argot des acteurs amateurs.
C'est une sorte de pique-nique théâtral.
Monter une partie. Monter une
pièce destinée à être jouée sur un théâtre de campagne.
- PARTIE DE TRAVERSIN (Faire
une). Dormir à deux,—dans l'argot des faubouriens.
Les Anglais ont une expression analogue: To read a curtain lecture
(faire un cours de rideaux), disent-ils.
- PARTIES CHARNUES (Les).
Les nates,—dans l'argot des bourgeois.
- PARTIR DU PIED DROIT. Bien
commencer une affaire, l'engager gaiement et résolument. Argot
du peuple.
Quand on veut décider quelqu'un
on dit: «Allons, partons du pied droit!» C'est un ressouvenir
des superstitions païennes. Quand Encolpe et Ascylte se
disposent à entrer dans la salle du banquet, un des nombreux
esclaves de Trimalcion leur crie: Dextro pede! Dextro pede!
- PASCAILLER, v. n. Prendre le
tour de quelqu'un, lui enlever un avantage, le supplanter. Argot
des voleurs.
- PAS DE ÇA, LISETTE! Formule
de refus ou de négation,—dans l'argot du peuple, qui connaît
son Béranger.
- PAS GRAND'CHOSE, s. m.
Fainéant; homme sans moralité et sans courage, vaurien.
- PAS GRAND'CHOSE, s. f. Drôlesse,
bastringueuse, vaurienne.
- PAS MÉCHANT, adj. Laid,
pauvre, sans la moindre valeur,—dans l'argot des faubouriens
et des filles, qui emploient cette expression à propos des gens
comme à propos des choses. Ainsi, un chapeau qui n'est pas
méchant est un chapeau ridicule—parce qu'il est passé de mode;
un livre qui n'est pas méchant est un livre ennuyeux,—parce
qu'il ne parle pas assez de Cocottes et de Cocodès, etc.
- PASSADE, s. f. Feu de paille
amoureux,—dans l'argot des bourgeois.
- PASSADE, s. f. Action de passer
sur la tête d'un autre nageur en le faisant plonger ainsi malgré
lui. Argot des écoles de natation.
346
Donner une passade. Forcer quelqu'un à plonger en lui passant
sur la tête.
- PASSADE, s. f. Jeu de scène
qui fait changer de place les acteurs,—dans l'argot des coulisses.
Régler une passade. Indiquer le moment où les personnages doivent
se ranger dans un nouvel ordre,—le numéro un se trouvant
à la gauche du public.
- PASSE, s. f. Guillotine,—dans
l'argot des voleurs.
Être gerbé à la passe. Être condamné
à mort.
- PASSE, s. f. Situation bonne
ou mauvaise,—dans l'argot du peuple.
- PASSE, s. f. «Echange de
deux fantaisies», dont l'une intéressée. Argot des filles.
Maison de passe. Prostibulum d'un numéro moins gros que les
autres. M. Béraud en parle à propos de la fille à parties: «Si
elle se fait suivre, dit-il, par sa tournure élégante ou par un coup
d'œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés,
le maintien modeste; rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s'arrête
à la porte d'une maison ordinairement de belle apparence; là elle
attend son monsieur, elle s'explique ouvertement avec lui, et, s'il
entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou
même riche, où l'on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison».
Faire une passe. Amener un
noble inconnu dans cette maison «de belle apparence».
- PASSÉ AU BAIN DE RÉGLISSE
(Être). Appartenir à la race nègre,—dans l'argot des faubouriens.
- PASSE-CARREAU, s. m. Outil
de bois sur lequel on repasse les coutures des manches. Argot
des tailleurs.
- PASSE-CRIC, s. m. Passeport,—dans
l'argot des voleurs.
- PASSE-LACET, s. m. Fille
d'Opéra, ou d'ailleurs,—dans l'argot des libertins d'autrefois,
qui est encore celui des libertins d'aujourd'hui.
- PASSE-LANCE, s. m. Bateau,—dans
l'argot des voleurs.
- PASSEPORT JAUNE, s. m. Papiers
d'identité qu'on délivre aux forçats à leur sortie du bagne.
- PASSER, v. n. Mourir,—dans
l'argot des bourgeois.
- PASSER AU BLEU, v. a. Supprimer,
vendre, effacer; manger son bien. Argot des faubouriens.
On disait, il y a cinquante ans: Passer ou
Aller au safran. Nous changeons de couleurs, mais nous
ne changeons pas de mœurs.
- PASSER AU DIXIÈME, v. n.
Devenir fou,—dans l'argot des officiers d'artillerie.
- PASSER DE BELLE (Se). Ne
pas recevoir sa part d'une affaire,—dans l'argot des voleurs.
- PASSER DEVANT LA GLACE,
v. n. Payer,—dans l'argot des faubouriens, qui savent que,
même dans leurs cafés populaciers,
347
le comptoir est ordinairement orné d'une glace devant
laquelle on est forcé de stationner quelques instants.
- PASSER DEVANT LA MAIRIE,
v. n. Se marier sans l'assistance du maire et du curé,—dans
l'argot du peuple.
- PASSER LA JAMBE, v. a. Donner
un croc-en-jambe.
- PASSER LA JAMBE A THOMAS,
v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée,—dans l'argot des
soldats et des prisonniers.
- PASSER LA MAIN SUR LE DOS
DE QUELQU'UN, v. a. Le flatter, lui dire des choses qu'on sait
devoir lui être agréables. Argot du peuple.
On dit aussi Passer la main sur le ventre.
- PASSER L'ARME A GAUCHE, v.
a. Mourir,—dans l'argot des troupiers et du peuple.
On dit aussi Défiler la parade.
- PASSER LA RAMPE (Ne point).
Se dit—dans l'argot des coulisses—de toute pièce ou de tout comédien,
littéraire l'une, consciencieux l'autre, qui ne plaisent
point au public, qui ne le passionnent pas.
- PASSÉ-SINGE, s. m. Roué, roublard,—dans
l'argot des voleurs.
- PASSEUR, s. m. Individu qui
passe les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches
qui dédaignent de les passer eux-mêmes,—parce qu'ils en sont
incapables.
- PAS SI CHER! Exclamation de
l'argot des voleurs, pour qui c'est un signal signifiant: «Parlez plus
bas» ou: «Taisez-vous.»
- PASSIFLEUR, s. m. Cordonnier,—dans
le même argot.
- PASSIFS, s. m. pl. Souliers
d'occasion,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
Le mot est expressif: des souliers qui ont longtemps servi ont
naturellement pâti, souffert,—passifs, passivus, passif.
On dit aussi Passifles.
- PAS TANT DE BEURRE POUR
FAIRE UN QUARTERON! Phrase populaire par laquelle on coupe
court aux explications longues mais peu probantes, aux raisons
nombreuses mais insuffisantes.
Elle appartient à Cyrano de Bergerac, qui l'a mise dans la
bouche de Mathieu Gareau, du Pédant joué.
- PASTIQUER, v. a. Passer,—dans
l'argot des voleurs.
Pastiquer la maltouze. Faire la
contrebande.
- PATAFIOLER, v. a. Confondre,—dans
l'argot du peuple.
Ce verbe ne s'emploie ordinairement
que comme malédiction bénigne, à la troisième personne
de l'indicatif:—«Que le bon Dieu vous patafiole!»
- PATAGUEULE, s. m. Homme
compassé, oui fait sa tête et surtout sa gueule,—dans l'argot des
sculpteurs sur bois.
- PATAPOUF, s. m. Homme et
quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud.
On dit aussi Gros Patapouf
mais c'est un pléonasme inutile.
348
- PATAQUÈS, s. m. Faute de
français grossière, liaison dangereuse,—dans l'argot des bourgeois,
qui voudraient bien passer pour des puristes.
- PATARASSES, s. f. pl. Tampons
que les forçats glissent entre leur anneau de fer et leur chair, afin
d'amortir la pesanteur de la manicle sur les chevilles et le cou-de-pied.
- PATARD, s. m. Pièce de monnaie,
gros sou,—dans l'argot des faubouriens, qui ne se doutent
pas qu'ils emploient là une expression du temps de François Villon:
«Item à maistre Jehan Cotard
Auquel doy encore un patard...
A ceste heure je m'en advise.»
(Le Grand-Testament.)
- PATAUD, s. et adj. Lourdaud,
grossier, niais,—dans l'argot du peuple.
- PATAUGER, v. n. Ne pas savoir
ce qu'on fait ni ce qu'on dit.
- PATE, s. m. Apocope de patron,—dans
l'argot des graveurs sur bois.
- PATÉ, s. m. Tache d'encre sur
le papier,—dans l'argot des écoliers, qui sont de bien sales pâtissiers.
On dit aussi Barbeau.
- PATÉ, s. m. Mélange des caractères
d'une ou plusieurs pages qui ont été renversées,—dans
l'argot des typographes.
Faire du pâté, c'est distribuer
ou remettre en casse ces lettres tombées.
- PATÉ D'ERMITE, s. m. Noix,—dans
l'argot du peuple, qui sait que les anachorètes passaient
leur vie à mourir de faim.
- PATÉE, s. f. Nourriture,—dans
l'argot des faubouriens.
Prendre sa pâtée. Déjeuner ou dîner.
- PATÉE, s. f. Correction vigoureuse
et même brutale.
Recevoir une pâtée. Être battu.
- PATE FERME, s. f. Article sans
alinéas,—dans l'argot des journalistes.
- PATENTE, s. f. Casquette,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont traduit à leur façon le patent
qui se trouve sur tous les produits anglais, chapeaux, manteaux,
etc.
- PATIENCE, s. f. Jeu de cartes,—ou
plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine
de jeux de patience: la Loi salique,
la Blocade, la Nivernaise, la Gerbe,
le Crapaud, la Poussette,
la belle Lucie, etc., etc.
- PATINER, v. a. et v. n. Promener
indiscrètement les mains sur la robe d'une femme pour
s'assurer que l'étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle
du dessus. Argot du peuple.
- PATINEUR, adj. et s. Homme
qui aime à patiner les femmes.
- PATIRAS, s. m. Souffre-douleur
de l'atelier.
Les gens distingués disent Patito, comme à Florence.
- PATOCHE. s. f. Férule,—dans
l'argot des enfants, dont les mains
en conservent longtemps le souvenir.
349
Patoches, s. f. pl. Mains.
- PATOUILLER, v. a. Manier,
peloter. Argot du peuple.
- PATOUILLER, v. n. Barboter,
patauger.
On dit aussi Patrouiller. Ce
verbe est dans Rabelais.
- PATOUILLEUR, s. m. Peloteur.
- PATRAQUE, s. f. Vieille montre
qui marche mal; machine usée, sans valeur.
- PATRAQUE, adj. Malade ou
d'une santé faible, dans l'argot des bourgeois.
- PATRES (Ad), adv. Au diable,—dans
l'argot du peuple, qui se soucie peu de ses «pères.»
Envoyer ad patres. Tuer.
Aller ad patres. Mourir.
- PATRIE, s. f. Commode,—dans
l'argot des bohèmes, qui serrent leurs hardes dans les
grands journaux comme la Patrie, le Siècle, etc., leurs seuls meubles
souvent.
- PATRON-PINETTE (Dès), adv.
Dès l'aube,—dans l'argot du peuple.
- PATRON-PINETTE, s. f. Association
de malfaiteurs, célèbre il y a une trentaine d'années, à Paris
comme la Camorra, à Naples.
- PATROUILLE (Être en). Courir
les cabarets, ne pas rentrer coucher chez soi. Argot du peuple.
- PATROUILLER, v. a. et n. Peloter.
- PATROUILLER, v. n. Faire patrouille,—dans
l'argot des bourgeois, soldats-citoyens.
- PATTE, s. f. Main,—dans
l'argot des faubouriens.
Le coup de patte, au figuré, est
plutôt un coup de langue.
- PATTE, s. f. Grande habileté
de main,—dans l'argot des artistes.
Avoir de la patte. Faire des tours de force de dessin et de
couleur.
- PATTE-D'OIE, s. f. Les trois
rides du coin de l'œil, qui trahissent ou l'âge ou une fatigue
précoce. Argot du peuple.
- PATTE-D'OIE, s. f. Carrefour,—dans
l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
- PATTE-MOUILLÉE, s. f. Vieux
chiffon imprégné d'eau, qui, à l'aide d'un carreau chaud, sert à
enlever les marques du lustre sur le drap.
Expression de l'argot des tailleurs.
- PATTES, s. f. pl. Jambes,—dans
l'argot des faubouriens.
Fournir des pattes. S'en aller, s'enfuir.
On dit aussi Se payer une paire de pattes, et
Se tirer les pattes.
- PATTES, s. f. pl. Pieds,—dans
l'argot des bourgeois.
- PATTES (A), adv. Pédestrement.
- PATTES DE MOUCHE, s. f.
pl. Lettre de femme ou grimoire d'avocat. Argot du peuple.
- PATINER (Se). Se sauver,
Jouer des pattes,—dans l'argot des faubouriens.
350
- PATTU, adj. Épais, lourd,—dans
l'argot du peuple.
- PATURER, v. n. Manger,—dans
l'argot des ouvriers.
On dit aussi Prendre sa pâture.
- PATURONS, s. m. pl. Les
pieds,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela au moins
depuis Vadé:
«A cet ensemble on peut connoître
L'élégant et le petit-maître
Du Pont-aux-Choux, des Porcherons,
Où l'on roule ses paturons.»
Jouer des paturons. Se sauver.
- PATUROT, s. m. Bonnetier,
homme crédule,—dans l'argot des gens de lettres, qui consacrent
ainsi le souvenir du roman de Louis Reybaud.
- PAUME, s. f. Perte, échec
quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
Faire une paume. Faire un pas de clerc.
- PAUMER, v. a. Perdre,—dans
l'argot des voleurs.
Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.
- PAUMER, v. a. Empoigner,
prendre—avec la paume de la main.
S'emploie au propre et au figuré.
Être paumé. Être arrêté.
Être paumé marron. Être pris
en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.
- PAUVRARD, e, adj. et s. Excessivement
pauvre.
- PAVÉ, s. m. Bonne intention
malheureuse, comme celle de l'ours de la Fontaine.
Réclame-pavé. Eloge ridicule à force d'hyperboles,
qu'un ami,—ou un ennemi,—fait insérer à
votre adresse dans un journal.
- PAVÉ, adj. Insensible,—dans
l'argot du peuple.
Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire
les liqueurs les plus fortes sans sourciller.
- PAVÉ MOSAÏQUE, s. m. Le
sol de la salle des réunions,—dans l'argot des francs-maçons.
- PAVILLON, s. et adj. Fou,—dans
l'argot des faubouriens.
- PAVILLONNER, v. n. Avoir des
idées flottantes; déraisonner.
On dit aussi Être pavillon.
- PAVOIS, adj. et s. En état d'ivresse.
Être pavois. Être gris, déraisonner
à faire croire que l'on est
gris.
- PAVOISER (Se). S'endimancher.
Argot des marins.
S'endimancher, pour les faubouriens, a un double sens: il
signifie d'abord mettre ses habits les plus propres; ensuite s'amuser,
c'est-à-dire boire, comme ils en ont l'habitude à la fin de
chaque semaine.
- PAYER (Se), v. réfl. S'offrir,
se donner, se procurer,—dans l'argot des petites dames et des
faubouriens.
Se payer un homme. Avoir un caprice pour lui.
Se payer une bosse de plaisir. S'amuser beaucoup.
- PAYER BOUTEILLE. Offrir à
boire chez le marchand de vin. Argot des ouvriers.
- PAYER LA GOUTTE (Faire),
351
Siffler,—dans l'argot des coulisses.
- PAYER UNE COURSE (Se).
Courir,—dans l'argot des faubouriens.
- PAYOT, s. m. Forçat chargé
d'une certaine comptabilité.
- PAYS, s. m. Compagnon,—dans
l'argot des ouvriers.
- PAYS, s. m. Compatriote,—dans
l'argot des soldats.
- PAYS-BAS, s. m. pl. Les possessions
de messire Luc,—métropole et colonies.
- PAYS BRÉDA. Le quartier
Bréda, une des Cythères parisiennes. Argot des gens de lettres.
- PAYS DES MARMOTTES (Le).
La terre,—dans l'argot du peuple.
S'en aller dans le pays des marmottes. Mourir.
On dit aussi le Royaume des taupes.
- PAYSE, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des soldats, qui sont volontiers du même pays
que la bonne d'enfants qu'ils courtisent.
- PAYS LATIN. Le quartier des
Ecoles, genus latinum.
On dit plutôt le Quartier latin.
- PEAU, s. f. Fille ou femme
de très mauvaise vie,—dans
l'argot des faubouriens.
C'est le jeu de mots latins: pellex et pellis.
On dit aussi Peau de chien.
- PEAU D'ANE, s. f. Tambour,—dans
l'argot des troupiers, qui ne savent pas que cet instrument
de percussion est plus souvent recouvert d'une peau de chèvre
ou de veau.
Faire chanter ou ronfler la peau d'âne.
Battre le rappel,—dans l'argot du peuple, à qui cette
chanson cause toujours des frissons de plaisir.
- PÊCHE A QUINZE SOUS, s. f.
Lorette de premier choix,—dans l'argot des gens de lettres, qui
consacrent ainsi le souvenir du demi-Monde d'Alexandre Dumas
fils.
- PÊCHER UNE FRITURE DANS
LE STYX. Être mort,—dans l'argot des faubouriens qui ont lu
M. de Chompré.
Aller pêcher une friture dans le Styx. Mourir.
- PÉCUNE, s. f. Argent,—dans
l'argot du peuple, fidèle à l'étymologie (pecunia) et à la tradition:
«Repoignet-om nostre tresor el champ, et nostre pecune allucet-om el sachet.»
(Sermons de saint Bernard.)
- PÉDÉ, s. m. Apocope de Pédéraste,—dans
l'argot des voyous, imitateurs inconscients de ces grammairiens toulousains
du VIe siècle, qui disaient tantôt
ple pour plenus, tantôt ur pour nominatur.
- PÉDÉRO, s. f. Non conformiste,—dans
l'argot des faubouriens.
Ils disent quelquefois aussi, facétieusement, Don Pédéro.
- PÉGOCE, s. m. Pou,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Puce d'hôpital.
352
- PÉGRAINE, s. f. Faim,—dans
l'argot des vagabonds et des voleurs.
A proprement parler, cela signifie, non qu'on n'a rien du tout
à manger, mais bien qu'on n'a pas trop de quoi,—une nuance
importante.
Caner la pégraine. Mourir de faim.
Ce mot est fils du précédent,
comme le vice est fils de la misère—et
surtout de la fainéantise
(pigritia,—piger).
Pègre à marteau. Voleur de
petits objets ou d'objets de peu
de valeur.
- PÈGRE, s. f. Le monde des
voleurs.
Haute pègre. Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque
partout.
Basse pègre. Petits voleurs en blouse, qui n'exercent que sur
une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part—qu'aux Madelonnettes
ou à la Roquette.
Signifie aussi: Être misérable, souffrir.
- PÉGRIOT, s. m. Apprenti voleur,
ou qui vole des objets de peu de valeur.
- PEIGNE, s. m. Clé,—dans
l'argot des voleurs.
- PEIGNE-CUL, s. m. Fainéant,
traîne-braies,—dans l'argot du peuple.
- PEIGNE DES ALLEMANDS, s.
m. Les cinq doigts.
- PEIGNÉE, s. f. Coups échangés,—dans
l'argot des faubouriens, qui se prennent souvent aux cheveux.
On dit aussi Coup de peigne.
Se foutre une peignée. Se battre.
- PEIGNER (Se), v. réfl. Se
battre.
C'est le verbe to pheese des Anglais.
On dit aussi Se repasser une peignée.
- PEINARD, s. m. Vieillard;
homme souffreteux, usé par l'âge
ou les chagrins,—dans l'argot
du peuple.
- PEINDRE EN PLEINE PATE,
v. a. Peindre à pleines couleurs,—dans l'argot des artistes.
- PEINTRE, s. m. Balayeur,—dans
l'argot des troupiers.
- PEINTURLURE, s. f. Mauvaise
peinture,—dans l'argot du peuple.
- PEINTURLURER, v. a. et n.
Barbouiller une toile sous prétexte de peindre.
- PEINTURLURER (Se). Se maquiller.
- PEINTURLUREUR, s. m. Barbouilleur,
mauvais peintre.
- PÉKIN, s. m. Bourgeois,—dans
l'argot des troupiers, qui ont le plus profond mépris pour
tout ce qui ne porte pas l'uniforme.
On écrit aussi Péquin.
- PÉLAGO, n. de l. La prison
de Sainte-Pélagie,—dans l'argot des voleurs.
- PELARD, s. m. Foin,—dans
le même argot.
353
- PELARDE, s. f. Faulx.
- PELÉ, s. m. Sentier battu.
- PELOTE, s. f. Gain plus ou
moins licite,—dans l'argot du peuple.
Faire sa pelote. Amasser de l'argent.
- PELOTER, v. a. Manquer de
respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne,
aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d'Elmire.
Par extension, Amadouer par promesses quelqu'un dont on attend
quelque chose.
- PELOTER (Se), v. réfl. Se disputer
et même se battre,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Peloter avec quelqu'un.
- PELOTER SA BUCHE, v. a.
Travailler avec soin, avec goût, avec amour du métier. Argot
des tailleurs.
- PELOTEUR, adj. et s. Homme
qui aime à flatter les femmes—de la main.
- PELURE, s. f. Habit ou redingote,—dans
l'argot des faubouriens.
- PENDANTES, s. f. pl. Boucles
d'oreilles,—dans l'argot des voleurs.
- PENDRE AU NEZ. Se dit—dans
l'argot du peuple—à propos de tout accident, heureux ou
malheureux, coups ou million, dont on est menacé.
On a dit autrefois Pendre aux oreilles. (V.
le Tempérament, 1755.)
- PENDU GLACÉ, s. m. Réverbère.
Argot des voleurs.
- PENDULE A PLUMES, s. f.
Coq,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont lu la Vie de Bohème.
- PENTE (Avoir une), v. a. Être
gris ou commencer à se griser,—dans l'argot des faubouriens.
- PÉPÉE, s. f. Poupée,—dans
l'argot des enfants.
- PÉPÈTE, s. f. Pièce d'un sou,—dans
l'argot des ouvriers; de cinquante centimes,—dans l'argot
des voleurs; d'un franc,—dans l'argot des filles.
- PÉPIE (Avoir la). Avoir soif,—maladie
des oiseaux, état normal des ivrognes.
Mourir de la pépie. Avoir extrêmement soif.
- PÉPIN, s. m. Vieux parapluie,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rifflard.
- PÉPIN, s. m. Enfant—dans
l'argot des fantaisistes qui ont lu Shakespeare (Conte d'Hiver).
De l'enfant-pépin sort en effet l'homme-arbre.
- PERCER D'UN AUTRE (En).
Raconter une autre histoire; faire une plaisanterie d'un meilleur
tonneau.
- PERCHER, v. n. Habiter, loger
au hasard,—dans l'argot des bohèmes, qui changent souvent
de perchoir, et qui devraient bien changer plus souvent de chemise.
- PERDRE LE GOUT DU PAIN.
Mourir,—dans l'argot du peuple.
354
Faire perdre à quelqu'un le goût du pain. Le tuer.
- PERDRE LE NORD, v. a. Se
troubler; s'égarer; dire des sottises ou des folies,—dans l'argot
du peuple, qui n'a pas inventé pour rien le mot boussole.
Autrefois on disait Perdre la tramontane, ce qui était exactement
la même chose, tramontane étant une corruption de transmontane
(transmontanus, ultramontain, au delà des monts, d'où
nous vient la lumière).
- PERDRE SES BAS. Ne plus
savoir ce que l'on fait, par distraction naturelle ou par suite
d'une préoccupation grave.
- PERDRE SON BATON. Mourir,—dans
l'argot des faubouriens, qui disent cela probablement par
allusion au bâton, ressource unique des aveugles pour marcher
droit.
- PERDRE UN QUART, v. a.
Aller au convoi d'un camarade,—dans l'argot des tailleurs, qui,
pendant qu'ils y sont, perdent bien toute la journée.
- PERDU (L'avoir). N'avoir plus
le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger
symbolique. Argot des bourgeois.
On dit de même, en parlant d'une jeune fille vierge:
Elle l'a encore. Je n'ai pas besoin d'ajouter
que, dans l'un comme dans l'autre cas, il s'agit de Pucelage.
- PERDU SON BATON (Avoir).
Être de mauvaise humeur,—dans l'argot des coulisses.
L'expression date d'Arnal et du Sergent Mathieu, sa pièce de
début au théâtre du Vaudeville. Il s'était choisi, pour jouer son
rôle, un bâton avec lequel il avait répété et auquel il paraissait tenir
beaucoup. Malheureusement, le jour de la première représentation,
au moment où il allait entrer en scène, impossible de retrouver
le bâton magique! Arnal est furieux et surtout troublé; il
entre en scène, il joue, mais sans verve,—et l'on siffle!
- PÈRE AUX ÉCUS, s. m. Homme
riche,—dans l'argot du peuple.
- PÈRE FAUTEUIL, s. m. Le cimetière
du Père Lachaise,—dans
l'argot facétieux des marbriers.
- PÈRE FRAPPART, s. m. Marteau,—dans
l'argot du peuple.
- PÈRE LA TUILE (Le). Dieu,—dans
l'argot des faubouriens, qui ne sont pas plus irrévérencieux
que les peintres qui l'appellent le Père Eternel.
- PÈRE LA VIOLETTE (Le). L'empereur
Napoléon Ier,—dans l'argot des bonapartistes, qui disaient
cela sous la Restauration, à l'époque où mademoiselle Mars
était forcée d'arracher une guirlande de violettes qu'elle avait
fait coudre à sa robe dans une pièce nouvelle.
- PÉRITORSE, s. m. Paletot ou
redingote,—dans l'argot des étudiants, qui, frais émoulus du
collège, n'ont pas de peine à parler grec.
- PERLER, v. a. Travailler avec
soin, avec minutie,—dans l'argot
des bourgeois.
355
Perler sa conversation. N'employer,
en parlant, que des expressions choisies—et prétentieuses.
- PERLOTTE, s. f. Boutonnière,—dans
l'argot des tailleurs, qui perlent ordinairement cette partie
des vêtements.
- PERMISSION DE DIX HEURES,
s. f. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du
manteau des zouaves, et fort à la mode il y a vingt-ans.
- PÉROU (Ce n'est pas le).
Expression de l'argot du peuple, qui l'emploie ironiquement à propos
d'une chose qui ne lui paraît pas difficile à faire, ou qu'on lui
vante trop.
Se dit aussi à propos d'une affaire qui ne paraît pas destinée
à rapporter de gros bénéfices.
- PERPÈTE, s. f. Apocope de
Perpétuité,—dans l'argot des forçats.
- PERROQUET, s. m. Homme
qui ne sait que ce qu'il a appris
par cœur. Argot du peuple.
- PERROQUET, s. m. Verre
d'absinthe,—dans l'argot des troupiers et des rapins, qui font
ainsi allusion à la couleur de cette boisson, que l'on devrait
prononcer à l'allemande: poison.
Étouffer un perroquet. Boire un verre d'absinthe.
L'expression a été employée
pour la première fois en littérature
par Charles Monselet.
- PERROQUET DE SAVETIER, s.
m. Le merle,—dans l'argot des faubouriens.
On le dit quelquefois aussi de la Pie.
- PERRUQUE, s. f. Cheveux en
broussailles, mal peignés,—dans l'argot des bourgeois, ennemis
des coiffures romantiques.
- PERRUQUE, s. f. Détournement
de matériaux appartenant à l'Etat,—dans l'argot des invalides,
souvent commis à leur garde.
Faire une perruque. Vendre ces matériaux.
- PERRUQUE, adj. et s. Vieux,
suranné, classique,—dans l'argot des romantiques, qui avaient
en horreur tout le siècle de Louis XIV.
Le parti des perruques. L'École classique,—qu'on appelle aussi
l'École du Bon Sens.
- PERRUQUEMAR, s. m. Coiffeur,—dans
l'argot des faubouriens.
- PERRUQUER (Se). Porter de
faux cheveux pour faire croire qu'on en a beaucoup. Argot du
peuple.
Du temps de Tabourot, on disait une perruquée en parlant
d'une Coquette à la mode qui ajoutait de faux cheveux à ses
cheveux naturels,—comme faisaient les coquettes du temps de
Martial, comme font les femmes de notre temps. D'où vient cette
épigramme du seigneur des Accords:
«Janneton ordinairement
Achepte ses cheveux, et jure
Qu'ils sont à elle entièrement:
Est-elle à vostre advis perjure?»
Vous devinez la réponse: Non,
356
elle n'est point «perjure» parce que ce que nous achetons est nôtre.
- PERSIENNES, s. f. pl. Lunettes,—dans
l'argot des voyous.
- PERSIL DANS LES PIEDS (Avoir
du). Se dit d'une femme qui a les pieds sales—à force d'avoir
marché.
- PERSILLER, v. n. Raccrocher,—dans
l'argot des souteneurs de filles.
On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil.
Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver
les parchemins de mots souvent modernes qu'il ne craint
pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste
muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne
donne que Pesciller, prendre. En l'absence de tout renseignement
officiel, me sera-t-il permis d'insinuer que le verbe Persiller pourrait
bien venir de l'habitude qu'ont les filles d'exercer leur déplorable
industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues—où
pousse le persil?
- PERSILLEUSE, s. f. Femme
publique.
Se dit aussi du Jeune homme qui joue le rôle de Giton auprès
des Encolpes de bas étage.
- PERTUIS AUX LÉGUMES, s. m.
La gorge,—dans l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie
de marine.
D'où: Faire tour-mort et demi-clef sur le pertuis aux légumes,
pour: Etrangler quelqu'un.
- PESCILLER D'ESBROUFFE,
Prendre de force, d'autorité—dans l'argot des voleurs.
- PÈSE ou PÈZE, s. f. Résultat
d'une collecte faite entre voleurs libres au profit d'un voleur prisonnier;
résultat pesant.
- PESSIGUER, v. a. Ouvrir, soulever,—dans
l'argot des voleurs.
Pessiguer une lourde. Ouvrir une porte.
- PET, s. m. Incongruité sonore,
jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu
frère de Stercutius, le dieu merderet.
Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux.
Lâcher quelqu'un comme un pet.
L'abandonner, le quitter précipitamment.
- PET, s. m. Embarras, manières.
Faire le pet. Faire l'insolent; s'impatienter, gronder.
Il n'y a pas de pet. Il n'y a rien
à faire là dedans; ou: Il n'y a
pas de mal, de danger.
- PÉTARADE, s. f. Longue suite
de sacrifices au dieu Crépitus,—dans l'argot des faubouriens, amis
des joyeusetés scatologiques, et grands amateurs de ventriloquie.
- PÉTARD, s. m. Derrière de
l'homme ou de la femme.
Se dit aussi pour Coup de pied
appliqué au derrière.
- PÉTARD, s. m. Bruit, esclandre.
«N'bats pas l'quart,
Crains l' pétard,
J'suis Bertrand l'pochard!»
dit une chanson populaire.
357
- PÉTARDS, s. m. pl. Haricots.
- PÉTASE, s. m. Chapeau ridicule,—dans
l'argot des romantiques, qui connaissent leur latin (petasus).
Employé pour la première fois
en littérature par Bonnardot (Perruque et Noblesse, 1837).
- PÉTAUDIÈRE, s. f. Endroit
tumultueux, où l'on crie tellement qu'il est impossible de s'entendre,—dans
l'argot des bourgeois, qui connaissent de réputation
la cour du roi Pétaud.
- PET A VINGT ONGLES, s. m.
Enfant nouveau-né,—dans l'argot du peuple.
Faire un pet à vingt ongles. Accoucher.
- PÉTER, v. n. Se plaindre à la
justice. Argot des voleurs.
- PÉTER DANS LA MAIN, v. n.
Être plus familier qu'il ne convient. Argot du peuple.
Signifie aussi: Manquer de parole;
faire défaut au moment nécessaire.
- PÉTER PLUS HAUT QUE LE
CUL, v. n. Faire le glorieux; entreprendre une chose au-dessus
de ses forces ou de ses moyens; avoir un train de maison
exagéré, ruineux.
Faire le pet plus haut que le cul,
c'est ce que Henry Monnier, par un euphémisme très clair, appelle
Sauter plus haut que les jambes.
- PÉTER SON LOF, v. n. Mourir,—dans
l'argot des marins, pour qui c'est changer de lof,
c'est-à-dire naviguer sur un autre bord.
Ils disent aussi Virer de bord.
- PÉTER SUR LE MASTIC, v. n.
Renoncer à travailler; envoyer promener quelqu'un. Argot des
faubouriens.
- PÈTE-SEC, s. m. Patron sévère,
chef rigide, qui gronde toujours et ne rit jamais.
- PÉTEUR, adj. et s. Homme
qui se plaît à faire de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
- PÉTEUX, s. m. Messire Luc,
l'éternelle cible aux coups de pied.
- PÉTEUX, s. m. Homme honteux,
timide, sans énergie.
- PETIT, s. m. Enfant,—dans
l'argot du peuple, qui ne fait aucune différence entre la portée
d'une chienne et celle d'une femme.
- PETIT BLANC, s. m. Vin blanc.
- PETIT BONHOMME D'UN SOU,
s. m. Jeune soldat.
- PETIT BORDEAUX, s. m. Cigare
de cinq centimes, de la manufacture de Tonneins. Argot du peuple.
- PETIT BORDEAUX, s. m. Petit
verre de vin de Bordeaux.
- PETIT CAMARADE, s. m. Confrère
malveillant, débineur,—dans l'argot des gens de lettres,
qui ont emprunté cette expression aux acteurs.
Pour la rendre plus ironique, on dit: Bon petit camarade.
- PETIT CAPORAL, n. d'h. Napoléon,—dans
l'argot des vieux troupiers.
358
Ils disaient encore: l'Autre, le Petit Tondu et
le Père la Violette.
- PETIT COCHON, s. m. Dame
qu'on n'a pu rentrer assez vite et qui se trouve bloquée dans le
camp de l'adversaire. Argot des joueurs de jacquet.
Engraisser des petits cochons.
Avoir plusieurs dames bloquées.
- PETITE BIÈRE (Ce n'est pas
de la)! Expression de l'argot du peuple qui l'emploie le plus
souvent avec ironie, en parlant de choses d'importance ou qu'on
veut faire passer pour importantes.
- PETITE CHATTE, s. f. Drôlesse
qui joue avec le cœur des hommes comme une véritable
chatte avec une véritable souris,—dans l'argot de M. Henri de
Kock, romancier, élève et successeur de son père.
- PETITE DAME, s. f. Fille ou
femme, grande ou petite, qui depuis plus ou moins de temps,
a jeté son bonnet par-dessus les moulins et sa pudeur par-dessus
son bonnet et qui fait métier et marchandise de l'amour.
- PETITE FILLE, s. f. Bouteille.
Argot des faubouriens.
- PETIT LAIT, s. m. Chose de
peu d'importance; vin faible,—dans l'argot des bourgeois.
- PETIT MANTEAU BLEU, s. m.
Homme bienfaisant,—dans l'argot du peuple, qui a ainsi consacré
le souvenir des soupes économiques de M. Champion.
- PETIT MONDE, s. m. Les
membres de la famille, femme et enfants.
Se dit aussi à propos d'une Maîtresse.
- PETIT MONDE, s. m. Lentille,—dans
l'argot des voleurs.
- PETIT NOM, s. m. Prénom,
nom patronymique,—dans l'argot du peuple, et spécialement
celui des petites dames.
C'est le short name des biches anglaises.
- PETIT-NOMMER, v. a. Appeler
quelqu'un par son petit nom.
- PETIT PÈRE NOIR, s. m. Broc
de vin rouge,—dans l'argot des faubouriens.
Petit père noir de quatre ans.
Broc de quatre litres.
- PETITS PAINS (Faire des).
Faire l'aimable, le gentil, afin de se rabibocher. Argot des coulisses.
- PETIT TONDU (Le). L'empereur
Napoléon Ier,—dans l'argot des invalides.
- PÉTONS, s. m. pl. Pieds,—dans
l'argot des enfants, des mères et des amoureux.
- PÉTRA, s. m. Paysan, homme
grossier,—dans l'argot des bourgeois.
- PÉTRIN, s. m. Embarras, position
fausse; misère,—dans l'argot du peuple, qui geint alors.
Être dans le pétrin jusqu'au cou. Être dans une misère extrême.
- PÉTROUSQUIN, s. m. La partie
du corps sur laquelle on tombe le plus souvent,—dans
l'argot des faubouriens.
359
On dit aussi Petzouille.
Privat d'Anglemont (Paris-Anecdote)
donne à ce mot la signification de Bourgeois, public.
Il s'est trompé.
- PEUPLE, s. m. Public,—dans
le même argot.
Se foutre du peuple. Insulter à
l'opinion reçue, accréditée.
Un faubourien dit volontiers à
un autre, lorsqu'il est molesté
par lui ou lorsqu'il en reçoit une
blague un peu trop forte: Est-ce que tu te fous du peuple?
- PEUPLE, s. et adj. Commun,
vulgaire, trivial,—dans l'argot
des bourgeoises, qui peut-être s'imaginent
être sorties de la cuisse
de Jupiter ou d'un Montmorency.
Être peuple. Dire ou faire des
choses de mauvais goût.
- PHARAMINEUX, adj. Etonnant,
prodigieux, inouï,—dans l'argot du peuple.
- PHARAON, s. m. Roi de n'importe
quel pays,—dans l'argot gouailleur des gens de lettres.
- PHARE, s. m. Lampe,—dans
l'argot des typographes.
- PHÉNOMÈNE, s. m. Parent
qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter,—dans
l'argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.
- PHILANTHROPE, s. m. Filou,—dans
l'argot des voyous.
- PHILIPPE, s. m. Pièce de cent
sous en argent à l'effigie de Louis-Philippe, de Charles X ou de Napoléon,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont voulu avoir
leurs louis comme les gentilshommes.
- PHILISTIN, s. m. Bourgeois,—dans
l'argot des romantiques.
- PHILISTIN, s. m. Vieil ouvrier
abruti,—dans l'argot des tailleurs.
- PHILOSOPHE, s. m. Misérable,—dans
l'argot du peuple.
- PHILOSOPHES, s. m. pl. Souliers
d'occasion,—dans l'argot des ouvriers.
- PHILOSOPHES DE NEUF-JOURS.
Souliers percés.
- PHILOSOPHIE, s. f. Misère.
- PHRASEUR, s. m. Beau diseur
de phrases, c'est-à-dire bavard,—dans l'argot du peuple.
- PIAFFE, s. f. Orgueil, vantardise,
esbrouffe.
- PIAILLER, v. a. Crier.
- PIAILLEUR, s. m. Homme qui
aime à gronder, à crier après les gens.
On dit aussi Piaillard.
- PIANE-PIANE, adv. Doucement,
piano-piano,—dans l'argot
des bourgeois.
- PIANOTER, v. n. Toucher du
piano, médiocrement ou non,—dans l'argot du peuple, ennemi
de cet instrument de bourgeois.
- PIANOTEUR, adj. et s. Amateur
qui connaît le piano pour en avoir entendu parler et qui tape
dessus comme s'il était sourd—et ses voisins aussi.
Au féminin Pianoteuse.
- PIAU, s. f. Mensonge, histoire,
blague,—dans l'argot des typographes.
360
- PIAULE ou Piolle, s. f. La
maison, le logis,—dans l'argot des voleurs, qui peut-être ont
voulu faire allusion aux nombreux enfants qui y piaillent
comme autant de moineaux affamés.
La piaule a l'air rupin. L'appartement
est bon à dévaliser.
- PIAUSSER, v. n. Mentir, blaguer,—dans
l'argot des typographes.
- PIAUSSER (Se), v. réfl. Revêtir
un vêtement nouveau, une nouvelle peau,—dans l'argot des
voyous.
Quelques-uns, puristes du ruisseau, disent Peausser.
- PIAUSSEUR, s. m. Menteur,
blagueur.
- PIAUTRE, s. m. Mauvais garnement,—dans
l'argot du peuple.
Envoyer au piautre. Envoyer au diable.
Vieille expression se trouvant dans Rétif de la Bretonne.
- PIC (A), adv. A point nommé,
à propos, heureusement.
Venir ou Tomber à pic. Arriver
au moment le plus opportun.
- PICAILLONS, s. m. pl. Pièces
de monnaie,—dans l'argot des faubouriens.
- PICHENET, s. m. Petit vin de
barrière agréable,—dans l'argot des ouvriers.
- PICHET, s. m. Litre de vin.
- PICK-POCKET, s. m. Voleur,—dans
l'argot des anglomanes et des gens de lettres.
- PICORAGE, s. m. Travail sur
les grandes routes,—dans l'argot des voleurs.
- PICOTIN, s. m. Déjeuner ou
souper,—dans l'argot du peuple, qui travaille en effet comme un
cheval.
Le slang anglais a le mot équivalent dans le même sens (peck).
Gagner son picotin. Travailler avec courage.
- PICOURE, s. f. Haie,—dans
l'argot des voleurs, qui, en leur qualité de vagabonds, ont eu de
fréquentes occasions de constater que les oiseaux y viennent picorer.
Déflotter la picoure. Voler le
linge qui flotte sur les haies.
La picoure est fleurie. Le linge
sèche sur les haies.
On dit aussi Picouse.
- PICTON, s. m. Vin bleu, suret—dans
l'argot du peuple, qui se pique la langue et le nez
en en buvant, surtout comme il en boit. «Il en boit comme un
Poitevin,» dirait un étymologiste en s'appuyant sur les habitudes
d'ivrognerie qu'on prête aux Pictones.
- PICTONNER, v. n. Boire ferme
et longtemps.
On dit aussi Picter et Pictancer.
- PIÈCE, s. m. Lentille,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Entière et Petit Monde.
- PIÈCE A TIROIRS, s. f. Drame
à changements à vue, vaudeville à travestis. Argot des coulisses.
- PIÈCE D'ARCHITECTURE, s. f.
Discours en prose ou pièce de
361
vers,—dans l'argot des francs-maçons.
- PIÈCE DE BœUF, s. f. Drame,
comédie ou vaudeville où l'on a le plus de succès. Argot des coulisses.
On dit aussi Rôle de bœuf.
- PIÈCE DE BœUF, s. f. «Grand
article de pathos sur les choses du moment qui ouvre les colonnes de
Paris.» Argot des journalistes.
On dit aussi Pièce de résistance.
- PIÈCE DE DIX SOUS, s. f. Le
derrière du corps humain,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Double six.
- PIÈCE D'ÉTÉ, s. f. Vaudeville
ou drame médiocre,—dans l'argot des comédiens, qui ne jouent
leurs bonnes pièces que l'hiver.
- PIÈCE D'ESTOMAC, s. f. Amant,—dans
l'argot des filles.
L'expression a plus d'un siècle.
- PIED BLEU, s. m. Conscrit,—dans
l'argot des troupiers.
- PIED DE BANC, s. m. Sergent,—dans
le même argot.
- PIED DE COCHON, s. m. Pistolet.
- PIED DE NEZ, s. m. Polissonnerie
des gamins de Paris, que connaissaient déjà les gamins de Pompéi.
Faire des pieds de nez à quelqu'un.
Se moquer de lui.
Avoir un pied de nez. Ne pas
trouver ce qu'on cherche; recevoir
de la confusion d'une chose
ou d'une personne.
- PIED DE NEZ, s. m. Pièce d'un
sou,—dans l'argot des voyous.
- PIED-PLAT, s. m. Homme du
peuple; goujat,—dans l'argot des bourgeois, qui s'imaginent
peut-être avoir le fameux cou-de-pied à propos duquel lady Stanhope
fit à Lamartine ces prophéties de grandeurs que devait
réaliser en partie la révolution de Février.
- PIEDS A DORMIR DEBOUT, s.
m. pl. Pieds plats et spatulés,—dans l'argot du peuple.
- PIEDS DE MOUCHE, s. m. pl.
Notes d'un livre, ordinairement imprimés en caractères minuscules,—dans
l'argot des typographes.
Et, à ce propos, qu'on me
permette de rappeler le quiproquo
dont les bibliophiles ont été
victimes. On avait attribué à Jamet
l'aîné, bibliographe, un livre
en 6 vol. in-8o, intitulé: Les Pieds de mouche, ou les Nouvelles
Noces de Rabelais (V. la France
littéraire de 1769). Or, savez-vous,
lecteur, ce que c'était que
ces nouvelles noces de maître Alcofribas
Nasier? C'étaient les
notes—en argot de typographes,
pieds de mouche—qui se trouvent
dans l'édition de Rabelais de
1732, en 6 vol. pet. in-8o. Faute
d'impression au premier abord,
et plus tard ânerie dont eût ri
François Rabelais à ventre déboutonné.
- PIEDS DE PHILOCTÈTE, s. m.
pl. Pieds fâcheusement sudateurs,—dans l'argot des gens de
lettres, qui font allusion à l'empoisonnement de l'île de Lemnos
par l'exécuteur testamentaire d'Hercule.
362
Avoir avalé le pied de Philoctète.
Avoir une haleine digne du
pied du fils de Pœan.
- PIE-GRIÈCHE, s. f. Femme
criarde et querelleuse,—dans l'argot du peuple, qui a souvent
le malheur de tomber, comme Trimalcion, sur une Fortunata
pica pulvinaris.
- PIERRE A AFFÛTER, s. f. Le
pain,—dans l'argot des bouchers.
- PIERRE A DÉCATIR, s. f. Farce
des tailleurs à l'usage de tout nouveau. C'est leur huile de cottrets.
- PIERRE BRUTE, s. f. Pain,—dans
l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Manne.
- PIERRE DE TOUCHE, s. f.
Confrontation,—dans l'argot des voleurs.
- PIERREUSE, s. f. Fille ou
femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est
tombée au plus bas degré de l'abjection. Son nom lui vient de ce
qu'elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de
démolition, etc.
- PIERROT, s. m. Vin blanc,—dans
l'argot des faubouriens.
Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.
- PIERROT, s. m. Collerette à
larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.
- PIERROT, s. m. Couche de
savon appliquée à l'aide du blaireau sur la figure de quelqu'un,—dans
l'argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller
un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent
éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir.
Le pierrot n'est en usage que
dans les faubourgs, où la propreté
est une sainte que l'on ne
fête pas souvent.
- PIERROT! Terme de mépris,
fréquemment employé par les ouvriers, et qui sert de prologue
à beaucoup de rixes,—celui qui est traité de pierrot voulant prouver
qu'il a la pince d'un aigle.
Les femmes légères emploient aussi ce mot,—mais dans un
sens diamétralement opposé au précédent.
- PIEU, s. m. Lit, couchette,—dans
l'argot des faubouriens.
Aller au pieu. Aller se coucher.
Se coller dans le pieu. Se coucher.
Être en route pour le pieu. S'endormir.
- PIEUVRE, s. f. Petite dame,
femme entretenue,—dans l'argot des gens de lettres, qui disent
cela depuis l'apparition des Travailleurs de la mer, où V. Hugo
décrit si magistralement le combat de Giliatt contre un poulpe monstrueux.
L'analogie est heureuse: jamais
les drôlesses n'ont été plus
énergiquement caractérisées.
- PIEUVRISME, s. m. Métier de
fille, corruption galante, commerce d'amour.
- PIF, s. m. Nez, dans l'argot
du peuple.
- N'en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot
363
compatriote de Barbey d'Aurevilly, je le crois très parisien.
On disait autrefois se piffer de vin, ou seulement se piffer:
«On rit, on se piffe, on se gave!»
chante Vadé en ses Porcherons.
- Se piffer de vin, c'est s'empourprer le visage et spécialement le
nez,—le pif alors!
On dit aussi Piton.
- PIFFARD, s. et adj. Homme
d'un nez remarquable, soit par son volume, soit par sa couleur.
- PIGE, s. f. Année,—dans
l'argot des voleurs.
- PIGE, s. f. Défi,—dans l'argot
des écoliers.
Faire la pige. Se défier à jouer, à courir, etc.
- PIGE, s. f. Le nombre de
lignes que tout compositeur de journal doit faire dans une heure.
Prendre sa pige. Prendre la longueur d'une page, d'une colonne.
- PIGEON, s. m. Homme qui se
laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes
en amour.
Avoir son pigeon. Avoir fait un
amant,—dans l'argot des petites
dames.
Plumer un pigeon. Voler ou
ruiner un homme assez candide
pour croire à l'honnêteté des
hommes et à celle des femmes.
On dit aussi Pigeonneau.
Le mot est vieux,—comme
le vice. Sarrazin (Testament d'une fille d'amour mourante, 1768), dit
à propos des amants de son
héroïne, Rose Belvue:
«. . . . .De mes pigeonneaux
Conduisant l'inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.»
- PIGEON, s. m. Acompte sur
une pièce à moitié faite,—dans l'argot des vaudevillistes.
- PIGEONNER, v. a. Tromper.
- PIGER, v. n. Mesurer,—dans
l'argot des écoliers lorsqu'ils débutent.
On dit aussi Faire la pige.
- PIGER, v. a. Prendre; appréhender
au collet,—dans l'argot du peuple.
Se faire piger. Se faire arrêter, se faire battre.
Signifie aussi S'emparer de...
Piger une chaise. Piger un emploi.
- PIGER, v. a. et n. Considérer,
contempler, admirer.
Piges-tu que c'est beau? C'est-à-dire:
Vois-tu comme c'est beau?
- PIGET, s. m. Château,—dans
l'argot des voleurs.
- PIGNOCHER, v. n. Manger
avec dégoût, trier les morceaux qu'on a sur son assiette. Argot
du peuple.
On disait autrefois Epinocher.
- PIGNOCHER, v. a. Peindre ou
dessiner avec un soin méticuleux,—dans l'argot des artistes, ennemis
de l'art chinois.
- PIGNOUF ou PIGNOUFLE, s.
m. Paysan,—dans l'argot des voyous. Voyou,—dans l'argot
364
des paysans de la banlieue de Paris. Apprenti,—dans l'argot
des ouvriers cordonniers. Homme mal élevé,—dans l'argot de
Breda-Street.
- PIGOCHE, s. f. Morceau de
cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter
un sou placé par terre, en le frappant sur les bords.
Jouer à la pigoche. Faire sauter un
sou en l'air. C'est l'enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.
- PILE, s. f. Correction méritée
ou non,—dans l'argot des faubouriens.
- PILE! Exclamation du même
argot, lorsque quelque chose tombe et se casse.
- PILER, v. a. Pousser plus ou
moins brutalement,—plutôt plus que moins,—dans l'argot
des gamins.
Signifie aussi Battre.
- PILER DU POIVRE. Avoir des
ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d'une
très longue marche,—dans l'argot du peuple.
Se dit également des cavaliers ou amazones novices,
par suite d'exercices équestres trop prolongés.
S'emploie aussi pour signifier
Médire de quelqu'un en son absence,
et S'ennuyer à attendre.
Faire piler du poivre à quelqu'un.
Le jeter plusieurs fois par
terre, en le maniant avec aussi
peu de précaution qu'un pilon.
- PILER LE POIVRE. Monter une
faction,—dans l'argot des troupiers.
- PILIER, s. m. Homme qui ne
bouge pas plus d'un endroit que si on l'y avait planté. Argot du
peuple.
Pilier de cabaret. Ivrogne.
Pilier d'estaminet. Culotteur de pipes.
Pilier de Cour d'assises. Qui a été souvent condamné.
- PILIER DE BOUTANCHE, s. m.
Commis,—dans l'argot des voleurs.
Pilier de paclin. Commis voyageur.
Pilier du creux. Patron, maître du logis.
- PILONS, s. m. pl. Les doigts,
et spécialement le pouce,—dans le même argot.
- PILOTER, v. a. Conduire, guider,—dans
l'argot du peuple.
- PIMBÊCHE, s. f. Femme dédaigneuse,—dans
l'argot des bourgeois.
- PIMPELOTTER (Se). S'amuser,
rigoler, gobichonner,—dans l'argot des faubouriens.
- PIMPIONS, s. m. pl. Pièces de
monnaie,—dans l'argot des voleurs.
- PINÇANTS, s. m. pl. Ciseaux,—dans
le même argot.
- PINCEAU, s. m. Plume à
écrire,—dans l'argot des francs-maçons.
- PINCEAU, s. m. La main ou
le pied,—dans l'argot des faubouriens, qui ont entendu parler
du peintre Ducornet.
Détacher un coup de pinceau.
Donner un soufflet.
365
- PINCEAU, s. m. Balai,—dans
l'argot des troupiers.
- PINCE-CUL, s. m. Bastringue
de la dernière catégorie. Argot du peuple.
- PINCE-DUR, s. m. Adjudant,—dans
l'argot des soldats, qui ont la mémoire des punitions subies.
- PINCER, v. n. Être vif,—dans
l'argot du peuple.
Cela pince dur. Il fait très froid.
- PINCER, v. a. Voler, filouter,—dans
l'argot des faubouriens.
- PINCER, v. a. Prendre sur le
fait, arrêter.
Pincer au demi-cercle. Arrêter
quelqu'un, débiteur ou ennemi,
que l'on guettait depuis longtemps.
Pincer le cancan. Le danser.
Pincer de la guitare. En jouer.
Pincer la chansonnette. Chanter.
- PINCER DE LA GUITARE, v.
n. Être prisonnier,—par allusion à l'habitude qu'ont les détenus
d'étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le
treillage en fer du parloir grillé.
On dit aussi pincer de la harpe.
- PINCER UN COUP DE SIROP,
v. a. Boire à s'en griser un peu,—dans l'argot des faubouriens.
- PINCE-SANS-RIRE, s. m. Homme
caustique, qui blesse les gens sans avoir l'air d'y toucher, ou qui
dit les choses les plus bouffonnes sans se dérider.
On dit aussi Monsieur Pince-sans-rire.
- PINCE-SANS-RIRE, s. m. Agent
de police,—dans l'argot des voleurs.
- PINCETTES, s. f. pl. Mouchettes,—dans
l'argot des francs-maçons, qui disent aussi Pinces.
- PINCETTES, s. f. pl. Les
jambes,—surtout lorsqu'elles sont longues et maigres. Argot
des faubouriens.
- PINCHARD, E, adj. De mauvais
goût, un peu canaille,—dans l'argot des gens de lettres.
Se dit surtout à propos de la Voix de certaines filles habituées
à parler haut dans les soupers de garçons.
- PINCHARD, s. m. Siège pliant,—dans
l'argot des artistes.
- PINGRE, s. et adj. Avare;
homme qui pousse l'économie jusqu'au vice. Argot du peuple.
Signifie aussi Voleur.
- PINGRERIE, s. f. Ladrerie.
- PINTER, v. n. Boire abondamment.
- PINXIT, s. m. Peintre,—dans
l'argot des artistes, qui font ainsi allusion au verbe latin qu'ils
ajoutent toujours à leur nom au bas de leurs toiles.
- PIOCHE, s. f. Le no 7,—dans
l'argot des joueurs de loto.
- PIOCHE, s. f. Fourchette,—dans
l'argot des francs-maçons.
- PIOCHE, s. f. Travail, besogne
quelconque,—dans l'argot des ouvriers.
Se mettre à la pioche. Travailler.
366
- PIOCHE, s. f. Etude, apprentissage
de la science des mathématiques,—dans l'argot des Polytechniciens.
Temps de pioche. Les quinze
jours qui précèdent les interrogations
générales et pendant lesquels
les élèves repassent soigneusement
l'analyse, la géométrie et
la mécanique.
- PIOCHE (Être). Être bête comme
une pioche,—dans l'argot du peuple.
- PIOCHER, v. a. et n. Étudier
avec ardeur, se préparer sérieusement à passer ses examens,—dans
l'argot des étudiants.
Piocher son examen. Se préparer
à le bien passer.
- PIOCHER, v. n. Avoir recours
au tas,—dans l'argot des joueurs de dominos, dont la main fouille
ce tas.
On dit aussi Aller à la pioche.
- PIOCHER, v. a. Battre, donner
des coups à quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.
Se piocher. Se battre.
- PIOCHEUR, s. m. Etudiant qui
se préoccupe plus de ses examens que de Bullier, et des cours de
l'Ecole que des demoiselles des bastringues du quartier.
- PION, s. m. Maître d'études,—dans
l'argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge
étant sans pitié.
- PION (Être). Avoir bu, être
ivre-mort,—dans l'argot des typographes.
- PIONCE, s. f. Sommeil,—dans
l'argot des faubouriens.
- PIONCER, v. n. Dormir.
- PIONCEUR, adj. et s. Homme
qui aime à dormir.
- PIOU, s. m. Soldat.
On dit plutôt Pioupiou.
- PIPE, s. f. Tête, visage.
«Ils dis'nt en la voyant picter:
Sa pipe enfin commence à s'culotter!»
dit une chanson qui court les rues.
- PIPÉ, s. m. Château,—dans
l'argot des voleurs.
- PIPELET, s. m. Concierge,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une
injure, depuis la publication des
Mystères de Paris d'Eugène Sue.
Chapeau-Pipelet. Chapeau de
forme très évasée par le haut,
comme en porte, dans le roman
d'Eugène Sue, la victime de Cabrion.
- PIPER, v. n. Fumer la pipe
ou le cigare.
- PIPI, s. m. Résultat du verbe
meiere,—dans l'argot des enfants.
Faire pipi. Meiere.
- PIPIT, s. m. L'alouette,—dans
l'argot des paysans de la banlieue de Paris.
- PIQUANTE, s. f. Epingle,—dans
l'argot des voleurs.
- PIQUE, s. f. Petite querelle
d'amis, petite brouille d'amants,—dans l'argot des bourgeois.
- PIQUÉ DES VERS (N'être pas).
Être bien conservé, avoir de l'élégance, de la grâce,—dans
l'argot du peuple, qui emploie
367
cette expression à propos des gens et des choses.
On dit aussi N'être pas piqué des hannetons.
- PIQUE-EN-TERRE, s. f. Volaille
quelconque vivante,—dans l'argot des faubouriens.
- PIQUELARD, s. m. Charcutier.
Le mot sort du Théâtre italien
de Ghérardi (les Deux Arlequins).
- PIQUE-POUX, s. m. Tailleur,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire une allusion
au mouvement de l'aiguille sur l'étoffe.
On dit aussi Pique-puces et Pique-prunes.
Pourquoi ne dit-on pas
plutôt Pique-Pouce?
- PIQUER, v. a. Faire quelque
chose,—dans l'argot des Polytechniciens.
Piquer l'étrangère. S'occuper
d'une chose étrangère à la conversation.
- PIQUER EN VICTIME, v. n.
Plonger dans l'eau, les bras
contre le corps, au lieu de plonger
les mains en avant au-dessus
de la tête.
- PIQUER LE NEZ (Se), v. réfl.
Boire avec excès, à en devenir ivre,—dans l'argot du peuple.
- PIQUER SA PLAQUE, v. a. Dormir,—dans
l'argot des tailleurs.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
- PIQUER SON CHIEN. Dormir,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi, Piquer un chien.
D'où vient cette expression? S'il faut en croire M. J. Duflot,
elle viendrait de l'argot des comédiens
et sortirait de l'Aveugle de Montmorency, une pièce oubliée.
Dans cette pièce, l'acteur qui jouait le rôle de l'aveugle, tenant
à ne pas s'endormir, avait armé l'extrémité de son bâton d'une
pointe de fer qui, par suite du mouvement d'appesantissement
de sa main, en cas de sommeil, devait piquer son caniche placé
entre ses jambes, et chaque fois que son chien grognait, c'est
qu'il avait piqué son chien, c'est-à-dire qu'il s'était laissé aller au
sommeil.
- PIQUER UN CINABRE, v. n.
Rougir subitement, du front aux oreilles et des oreilles aux mains.
Argot des artistes.
- PIQUER UN SOLEIL, v. n. Rougir
subitement,—dans l'argot du peuple.
- PIRONIEN, adj. et s. Homme
enclin à la gaieté comme les Byroniens à la tristesse; disciple
de Lord Piron, le poète gaillard. Argot des gens de lettres.
- PIRONISME, s. m. La gaie
science—où excellait Piron.
- PIS, s. m. La gorge de la
femme,—dans l'argot malséant du peuple:
«Les femmes, plus mortes que vives,
De crainte de se voir captives,
Et de quelque chose de pis
De la main se battent le pis.»
dit Scarron dans son Virgile travesti.
- PISSAT, s. m. Résultat du
verbe Meiere.
- PISSAT DE VACHE, s. m. Mauvaise
bière.
- PISSE-FROID, s. m. Homme lymphatique,
368
tranquille qui ne se livre
pas volontiers,—dans l'argot du
peuple, ennemi des flegmatiques.
- PISSER (Envoyer). Congédier
brutalement un ennuyeux.
On dit aussi Envoyer chier.
- PISSER A L'ANGLAISE, v. n.
Disparaître sournoisement au moment décisif.
- PISSER AU CUL DE QUELQU'UN,
v. a. Le mépriser.—dans l'argot des voyous.
- PISSER CONTRE LE SOLEIL, v.
n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement.
On connaît l'enfance de Gargantua, lequel «mangeoit sa
fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit
contre le soleil,» etc.
- PISSER DES LAMES DE RASOIR
EN TRAVERS (Faire). Ennuyer extrêmement quelqu'un,—dans
l'argot des faubouriens, qui n'ont pas d'expression plus énergique
pour rendre l'agacement que leur causent certaines importunités.
On dit aussi Faire chier des baïonnettes.
- PISSER DES OS, v. a. Accoucher,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi d'une femme qui
met au monde un enfant qu'Elle pisse sa côtelette.
- PISSE-TROIS-GOUTTES, s. m.
Homme qui s'arrête à tous les rambuteaux.
On dit parfois: Pisse-trois-gouttes dans quatre pots
de chambre, pour désigner un homme qui produit
moins de besogne qu'on ne doit raisonnablement en attendre de lui.
- PISSEUSE, s. f. Petite fille.
- PISSOTE, s. f. Endroit où l'on
conjugue le verbe Meiere.
Le petit café situé vis-à-vis le
théâtre du Palais-Royal n'est pas
désigné autrement par les artistes.
- PISSOTER, v. n. Avoir une incontinence
d'urine.
- PISTOLE, s. f. Cellule à part,—dans
l'argot des prisons, où l'on n'obtient cette faveur que moyennant argent.
Être à la pistole. Avoir une
chambre à part.
- PISTOLET, s. m. Homme qui
ne fait rien comme personne.
On dit aussi Drôle de pistolet.
- PISTOLET, s. m. Demi-bouteille
de champagne.
- PISTON, s. m. Interne ou externe
qu'affectionne, que protège le médecin en chef d'un hôpital.
Argot des étudiants en médecine.
- PISTON, s. m. Préparateur du
cours de physique,—dans l'argot des lycéens.
- PISTON, adj. et s. Remuant,
tracassier, ennuyeux,—dans l'argot des aspirants de marine.
- PISTONNER, v. a. et n. Diriger,
protéger, aider.
- PISTONNER, v. a. Ennuyer,
tracasser, tourmenter.
- PITANCHER, v. n. Boire,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le prouvent ces vers de Vadé:
«Le beau sexe lave sa gueule
Et pitanche tout aussi sec
Que si c'étoit du Rometsec.»
On dit aussi Pictancer.
369
- PITON, s. m. Nez d'un fort volume
et coloré par l'ivrognerie. Argot des faubouriens.
- PITRE, s. m. Paillasse de saltimbanque;
bouffon de place publique.
Par extension on donne ce nom
à tout Farceur de société, à tout
homme qui amuse les autres—sans
être payé pour cela.
- PITRE DU COMME, s. m. Commis
voyageur,—dans l'argot des voleurs.
Quant ils veulent être plus
clairs, ils disent: Pitre du commerce.
- PITROU, s. m. Pistolet, fusil,—dans
le même argot.
- PITUITER, v. d. Médire, faire
des indiscrétions, bavarder. Argot des faubouriens.
- PIVERT, s. m. Scie faite d'un
ressort de montre,—dans l'argot des voleurs.
- PIVOINER, v. n. Rougir,—dans
l'argot du peuple.
- PIVOIS ou PIVE, s. m. Vin,—dans
l'argot des voleurs, qui l'appellent ainsi peut-être parce
qu'il est rouge comme une pivoine, ou parce qu'il est poivré
comme l'eau-de-vie qu'ils boivent dans leurs cabarets infects.
En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au
peuple, qui le réclamera un de ces jours.
Pivois maquillé. Vin frelaté.
Pivois de Blanchimont. Vin blanc.
On dit aussi Pivois savonné.
Pivois citron. Vinaigre.
- PIVOT, s. m. Plume,—dans
le même argot.
- PLACARDE, s. f. La place où se
font les exécutions,—dans le même argot.
Avant 1830, c'était la place de Grève; sous Louis-Philippe, ç'a
été la barrière Saint-Jacques; depuis une douzaine d'années,
c'est devant la prison de la Roquette.
On dit aussi Placarde au quart d'œil.
- PLACE, s. f. Chambre meublée
ou non,—dans l'argot des ouvriers qui ont été travailler en
Belgique.
A Bruxelles, en effet, une chambre seule est une place;
deux chambres sont un quartier. (V. ce mot.)
- PLACIER, s. m. Homme qui
fait la place de Paris; courtier en marchandises. Argot des marchands.
- PLAFOND, s. m. Crâne, cerveau,—dans
l'argot des faubouriens.
Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.
- PLAMOUSSE, s. f. Soufflet,—dans
l'argot du peuple, qui a dit jadis Mouse pour Visage.
- PLAN, s. m. Le Mont-de-Piété,—dans
l'argot des faubouriens.
Être en plan. Rester comme
otage chez un restaurateur, pendant
qu'un ami est à la recherche
de l'argent nécessaire à l'acquit
de la note.
Laisser en plan. Abandonner,
quitter brusquement quelqu'un,
370
l'oublier, après lui avoir promis de revenir.
Laisser tout en plan. Interrompre
toutes ses occupations pour s'occuper d'autre chose.
- PLAN, s. m. Prison,—dans
l'argot des voleurs.
Être au plan. Être en prison.
Tomber au plan. Se faire arrêter.
«Quoi tu voudrais que je grinchisse
Sans traquer de tomber au plan?»
dit une chanson publiée par le National de 1835.
- PLAN, s. m. Arrêts,—dans
l'argot des soldats.
Être au plan. Être consigné.
- PLAN, s. m. Moyen, imagination,
ficelle,—dans l'argot des faubouriens.
Tirer un plan. Imaginer quelque
chose pour sortir d'embarras.
Il n'y a pas plan. Il n'y a pas
moyen de faire telle chose.
- PLANCHE (Faire sa). Témoigner
du dédain, faire sa Sophie,—dans
l'argot des faubouriens.
Sans planche. Avec franchise, rondement.
- PLANCHE A TRACER, s. f.
Table,—dans l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Plate-forme et Atelier.
- PLANCHE A TRACER, s. f.
Feuille de papier blanc,—dans
le même argot.
Signifie aussi Lettre, missive quelconque.
- PLANCHE AU PAIN, s. f. Le
banc des accusés,—dans l'argot des prisons.
Être mis sur la planche au pain. Passer en Cour d'assises.
- PLANCHÉ (Être). Être condamné,—dans
l'argot des voleurs.
- PLANCHER, v. n. Se moquer,
rire,—dans l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi Flancher.
- PLANCHER DES VACHES, s. m.
La terre,—dans l'argot du peuple, à qui Rabelais a emprunté cette
expression pour la mettre sur les lèvres de ce poltron de Panurge.
- PLANCHES, s. f. La scène, le
théâtre en général,—dans l'argot des acteurs.
Balayer les planches. Jouer dans
un lever de rideau; commencer le spectacle.
Brûler les planches. Cabotiner.
Signifie aussi Débiter son rôle
avec un entrain excessif.
- PLANCHES, s. f. L'établi,—dans
l'argot des tailleurs.
Avoir fait les planches. Avoir été ouvrier avant d'avoir été patron.
- PLANÇONNER, v. a. Bredouiller,—dans
l'argot des coulisses, où l'on a conservé le souvenir du
brave Plançon, acteur de la Gaîté.
- PLANQUÉ, s. f. Cachette,—dans
l'argot des voleurs.
Être en planque. Être prisonnier.
Signifie aussi Être en observation.
Signifie aussi Emprisonner.
- PLANQUER, v. a. et n. Mettre
quelque chose de côté,—dans l'argot des typographes.
- PLANQUER, v. a. et n. Engager
quelque chose au Mont-de-Piété,
371
mettre au plan. Argot des
faubouriens.
- PLANTER LÀ QUELQU'UN, v.
a. Le quitter brusquement, soit
parce qu'il vous ennuie, soit
parce qu'on est pressé.
C'est l'ancienne expression: Planter là quelqu'un pour reverdir,
mais écourtée et plus elliptique.
- PLANTER LE HARPON, v. a.
Lancer une idée, avancer une proposition,—dans l'argot des
marins.
- PLANTER SON POIREAU, v. a.
Attendre quelqu'un qui ne vient pas,—dans l'argot des faubouriens.
- PLAQUER, v. a. et n. Abandonner,
laisser là.
- PLAT D'ÉPINARDS, s. m. Paysage
peint,—dans l'argot du peuple et des bourgeois, dédaigneux
des choses d'art presque au même degré.
Ils devraient varier leurs épigrammes.
Je vais leur en indiquer une, que j'ai entendu sortir
de la bouche d'un enfant que l'on interrogeait devant un Corot:
«Ça, dit-il, c'est de la salade!»
- PLATEAU, s. m. Plat,—dans
l'argot des francs-maçons.
- PLATÉE, s. f. Grande quantité
de choses ou de gens,—dans l'argot du peuple, par corruption
de Plenté, vieille expression qu'on trouve dans le roman d'Aucassin:
»Se je vois u gaut ramé.
Jà me mengeront li lé,
Li lion et sengler
Dont il i a plenté.» (beaucoup.)
- PLATÉE, PLATELÉE, s. f. La
quantité de mets contenue dans un plat.
- PLATINE, s. f. Faconde, éloquence
gasconne,—dans le même argot.
Avoir une fière platine. Parler
longtemps; mentir avec assurance.
- PLÂTRE, s. m. Argent monnayé,—dans
l'argot des voleurs.
- PLATUE, s. f. Galette,—dans
le même argot.
- PLEIN (Être). Être ivre—à
ne plus pouvoir avaler une goutte, sous peine de répandre tout ce
qu'on a précédemment ingéré. Argot du peuple.
On dit aussi explétivement Plein comme un œuf
et Plein comme un boudin.
- PLEIN DE SOUPE, s. m.
Homme dont le visage annonce la santé.
On dit aussi Gros plein de soupe.
- PLEINE LUNE, s. f. Un des
nombreux pseudonymes de messire Luc.
On dit aussi Demi-lune.
- PLEURANT, s. m. Ognon,—dans
l'argot des voleurs.
- PLEURER EN FILOU. Hypocritement,
sans larmes,—dans l'argot du peuple.
- PLEURNICHER, v. a. Pleurer
mal à propos ou sans sincérité.
- PLEURNICHERIE, s. f. Plainte
hypocrite, larmes de crocodile.
- PLEURNICHEUR, s. et adj.
Homme qui pleure mal, qui joue la douleur.
Pleurnicheuse. Femme qui tire
son mouchoir à propos de rien.
372
- PLEUTRE, s. m. Pauvre sire,
homme méprisable.
S'emploie aussi adjectivement dans le même sens.
- PLEUVOIR A VERSE. Aller mal,
très mal,—en parlant des choses ou des gens. Argot des faubouriens.
S'emploie surtout à la troisième
personne de l'indicatif présent:
Il pleut à verse.
- PLEUVOIR COMME DU CHIEN,
v. n. A verse.
Les Anglais ont à peu près la
même expression: To rain cats and dogs (Pleuvoir des chiens et
des chats), disent-ils. C'est l'équivalent
de: Il tombe des hallebardes.
- PLEUVOIR DES CHASSES, v. n.
Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.
- PLIER SES CHEMISES, v. n.
Mourir,—dans l'argot du peuple.
- PLIS (Des)! Exclamation faubourienne
de la même famille que Des navets! du flan!
- PLOMB, s. m. Gorge, gosier,—dans
l'argot des faubouriens.
L'expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb
(pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir
des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le
plomb, s'habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs.
Jeter dans le plomb. Avaler.
- PLOMB, s. m. Hydrogène sulfuré
qui se dégage des fosses d'aisances,—dans l'argot du
peuple.
- PLOMB, s. m. Sagette empoisonnée
décochée par le «divin archerot.»
- PLOMBE, s. f. Heure,—dans
l'argot des voleurs.
Mèche. Demi-heure.
Méchillon. Quart d'heure.
- PLOMBER, v. n. Exhaler une
insupportable odeur,—dans l'argot des faubouriens, qui se
souviennent des plombs du vieux Paris, plus funestes que ceux de
Venise.
Plomber de la gargoine. Fetidum
halitum emittere.
- PLOMBER, v. n. Donner à
quelqu'un des raisons de se plaindre du «divin archerot».
- PLOMBER, v. n. Être lourd,
pesant—comme du plomb.
- PLONGEUR, adj. et s. Homme
misérable, déguenillé,—dans l'argot des voleurs. Celui qui lave
la vaisselle,—dans l'argot des cuisiniers.
- PLOYANT, s. m. Portefeuille,—dans
l'argot des voleurs.
- PLUME, s. f. Monseigneur,—dans
le même argot.
- PLUME DE BEAUCE, s. f. La
paille,—dans le même argot.
- PLUMER UN HOMME, v. a. Le
dépouiller au jeu de l'amour ou
du hasard.
- PLUMET, s. m. Ivresse,—dans
l'argot des ouvriers.
Avoir son plumet. Être gris.
On dit aussi Avoir son panache.
- PLUS-FINE, s. f. Le stercus
humain séché et pulvérisé.
L'expression est vieille—comme
373
toutes les plaisanteries
fécales.
«Et dit-on que de la plus fine
Son brun visage fut lavé?...»
(Cabinet satyrique.)
- PLUS SOUVENT! Jamais! Terme
de dénégation et de refus. Argot du peuple.
- PLUS SOUVENT, s. m. Sacrifice
au Dieu Crépitus.
- PPochard, s. m. Homme qui
a l'habitude de s'enivrer.
Malgré tout mon respect pour l'autorité de la parole de mes
devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de
ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher
une querelle—non d'Allemand, mais de Français. L'un,
fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l'acte de naissance
d'une expression toute parisienne, prend le coche et s'en va
en Normandie tout le long de la Seine, où il pêche un poisson
dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d'or,
mais l'origine du mot pochard: des frais de voyage et d'érudition
bien mal employés! L'autre, qui brûle davantage, veut qu'un
pochard soit un homme «qui en a plein son sac ou sa poche». Si
cette étymologie n'est pas la bonne, elle a au moins le mérite
de n'être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu'à preuve du
contraire, je croirai que l'ivrogne ayant l'habitude de se battre, de
se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards
aux ivrognes.
- POCHARDER (Se), v. réfl. S'ivrogner,
vivre crapuleusement.
- POCHARDERIE, s. f. Ivrognerie.
- POCHE, s. f. Ivrognesse,—dans
l'argot des faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche.
On dit aussi Poche, au masculin,
à propos d'un ivrogne.
- POCHE-œIL, s. m. Coup de
poing appliqué sur l'œil,—dans l'argot au peuple.
On dit aussi Pochon.
- POCHER, v. a. Meurtrir, donner
des coups.
Se pocher. Se battre, surtout à la suite d'une débauche de vin.
- POÊLE A CHATAIGNES, s. f.
Visage marqué de petite vérole,—par allusion aux trous de la
poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.
- POÉTRIAU, s. m. Mauvais
poète, rapin du Parnasse.
Le mot est d'H. de Balzac, à
qui il répugnait sans doute de
dire poétereau,—comme tout le
monde.
- POGNE, s. f. Apocope de Poignet,—dans
l'argot du peuple.
Avoir de la poigne. Être très
fort—et même un peu brutal.
- POGNE-MAIN (A), ad. Lourdement,
brutalement, à la main pleine.
- POGNON, s. m. Argent, monnaie
qu'on remue à poignée,—dans
l'argot des faubouriens.
- Poignard, s. m. Retouche à
un vêtement terminé,—dans l'argot des tailleurs et des couturières.
374
- POIGNARDER LE CIEL, v. a.
Se dit—dans l'argot du peuple—de tout ce qui se redresse:
cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.
- POIL, s. m. Paresse, envie de
flâner,—dans le même argot.
Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N'avoir
pas envie de travailler.
Nos pères disaient d'un homme fainéant: «Il est né avec un
poil dans la main, et on a oublié de le lui couper.»
- POIL, s. m. Réprimande, objurgation,—dans
l'argot des ouvriers paresseux.
- POIL, s. m. Courage,—dans
l'argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux
gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer
que les gens velus de corps sont plus portés à l'énergie que ceux
a corps glabre. D'où les deux expressions: Avoir du poil, c'est-à-dire
du courage, et Être à poils, c'est-à-dire résolu.
- POIL (Faire le). Surpasser,
faire mieux ou plus vite,—dans le même argot.
Signifie aussi: Jouer un tour.
Supplanter.
Autrefois on disait Faire la barbe.
Monter à poils. Monter un cheval
sans selle.
- POINT, s. m. Pièce d'un franc,—dans
l'argot des marchands d'habits.
- POINT DE CÔTÉ, s. m. Tiers
gêneur,—celui qui, par exemple, vous empêche, par sa présence,
de lever une femme ou de l'emmener après l'avoir levée.
Signifie aussi Créancier.
- POINT DE JUDAS, s. m. Le
nombre treize,—dans l'argot du peuple.
- POINTE, s. f. Demi-ivresse,—dans
l'argot des faubouriens.
Avoir sa pointe. Être gris.
Avoir une petite pointe. Avoir
bu un verre de trop.
- POINT GAMMA. Epoque des
examens de fin d'année,—dans l'argot des Polytechniciens, pour
qui c'est le temps de l'équinoxe c'est-à-dire celui où le travail
de nuit est égal à celui du jour.
- POINT M, s. m. Expression
en usage à l'Ecole polytechnique, et qui sert à indiquer la limite
dans laquelle on accepte, soit des faits, soit des idées. Ainsi,
quand un élève demande à un autre: «Aimes-tu la tragédie?—Euh!
répond l'autre, je l'aime jusqu'au point M.»
- POINT Q, s. m. Le derrière
humain,—dans l'argot des Polytechniciens.
- POINTU, s. et adj. Homme qui
ne plaisante pas volontiers, désagréable à vivre,—dans l'argot
du peuple.
- POINTU, s. m. Evêque,—dans
l'argot des voyous.
- POINTU, s. m. Clystère,—dans
l'argot des bourgeois.
- POIQUE, s. m. Auteur, faiseur
de pièces ou de romans. Argot des voleurs.
375
- POISON, s. f. Femme désagréable,
ou de mauvaises mœurs,—dans l'argot du peuple, qui
trouve cette polio amère à boire et dure à avaler.
- POISSARDE, s. f. Femme grossière,—dans
l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas les gens «un peu trop forts en
gueule».
- POISSE, s. m. Voleur,—dans
l'argot des voyous.
- POISSER, v. a. Voler.
Poisser des philippes. Dérober
des pièces de cinq francs.
- POISSER (Se), v. réfl. S'enivrer,—dans
l'argot des faubouriens.
- POISSON, s. m. Grand verre
d'eau-de-vie, la moitié d'un demi-setier,—dans
l'argot du peuple.
Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a
fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.
- POISSON, s. m. Entremetteur,
souteneur, maquereau.
- POISSON D'AVRIL, s. m. Mauvaise
farce, attrape presque toujours de mauvais goût, comme
il est encore de tradition d'en faire, chez le peuple le plus spirituel
de la terre, le 1er avril de chaque année,—sans doute en
commémoration de la Passion
de Jésus-Christ.
- POISSON FRAYEUR, s. m. Souteneur
de filles,—dans l'argot des marbriers de cimetière, qui
ont observé que ces sortes de gens frayaient volontiers, eux pas
fiers!
- POITOU, adj. Point, non, nullement,—dans
l'argot des voleurs.
- POITOU, s. m. Le public,—dans
le même argot.
- POITRINAIRE, adj. Femme qui
a beaucoup de gorge. Argot dupeuple.
- POIVRE, s. m. Poisson de mer,
parce que salé,—dans le mêmeargot, parfois facétieux.
- POIVRE, adj. Complètement
ivre,—dans l'argot des faubouriens, habitués à boire des vins
frelatés et des eaux-de-vie poivrées.
Être poivre. Être abominablement gris.
- POIVRE ET SEL (Être). Avoir
les cheveux moitié blancs et moitié bruns,—dans l'argot du
peuple.
Se dit aussi de la barbe.
- POIVREMENT, s. m. Payement,
compte,—dans l'argot des voleurs.
- POIVRER, v. a. Payer.
- POIVRER, v. a. Charger une
note, une addition,—dans l'argot des consommateurs.
C'est poivré! C'est cher.
On dit de même: C'est salé.
- POIVRER QUELQU'UN, v. a.
Lui faire regretter amèrement la découverte de l'Amérique par
Christophe Colomb et l'expédition de Naples par Charles VIII.
Argot du peuple.
- POIVREUR, s. m. Payeur,—dans
l'argot des voleurs.
- POIVRIER, s. m. Ivrogne,—dans
le même argot.
376
C'est aussi le nom qu'on donne
aux voleurs qui dévalisent les
ivrognes.
- POIVRIÈRE, s. f. Fille ou femme
galante punie par où elle a péché et exposée à punir d'autres personnes
par la même occasion. Argot du peuple.
«Va, poivrière de Saint-Côme,
Je me fiche de ton Jérôme.»
dit un poème de Vadé.
- POIVROT, s. m. Ivrogne,—dans
l'argot des faubouriens.
- POLICHINELLE, s. m. Homme
amusant, excentrique,—dans
l'argot des bourgeois.
- POLICHINELLE, s. m. Enfant,—dans
l'argot des faubouriens et des petites dames.
Avoir un polichinelle dans le tiroir. Être enceinte.
- POLICHINELLE, s. m. L'hostie,—dans
l'argot des voyous.
Avaler le polichinelle. Communier; recevoir l'extrême-onction.
- POLICHINELLE, s. m. Grand
verre d'eau-de-vie,—dans l'argot des chiffonniers, qui aiment
à se payer une bosse.
Agacer un polichinelle sur le
zinc. Boire un verre d'eau-de-vie
sur le comptoir du cabaretier.
- POLI COMME UNE PORTE DE
PRISON, adj. Brutal,—dans l'argot ironique du peuple, qui sait
avec quel sans-façon les guichetiers vous rejettent la porte au
nez.
- POLISSON, s. m. Gamin.
- POLISSON, s. m. Impertinent,—dans
l'argot des bourgeois.
- POLISSON, s. m. Libertin,—dans
l'argot des bourgeoises.
- POLISSON, s. m. Amas de jupons
pour avantager les hanches.
Le mot est de madame de Genlis.
Aujourd'hui on dit mieux Tournure.
- POLISSONNER, v. n. Faire le
libertin,—dans l'argot des bourgeois.
- POLITESSE, s. f. Offre d'un
verre de vin sur le comptoir,—dans l'argot du peuple qui entend
la civilité à sa manière.
Une politesse en vaut une autre.
Un canon doit succéder à un autre canon.
- POLKA, s. m. Petit jeune
homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu'en 1843-44,
époque de l'apparition de cette gigue anglaise croisée de valse
allemande, il était de bon goût de s'habiller à la polka, de chanter
à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc.
A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel: ils
ont pour fumier la bêtise.
- POLKA, s. m. Photographie à
deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale.
Argot des modèles.
- POLKA (A la). Très bien, à
la mode du jour.
- POLKA, s. f. Correction, danse,—dans
l'argot des faubouriens.
Faire danser la polka à quelqu'un.
Le battre.
- POLONAIS, s. m. Ivrogne,
dans l'argot du peuple.
377
L'expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque,
mérite d'être conservée, d'abord parce qu'elle est passée dans le
sang de la langue parisienne, qui s'en guérira difficilement; ensuite
parce qu'elle est, à ce qu'il me semble, une date, une indication
historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l'ancienne
rue d'Errancis,—depuis rue du Rocher,—au haut
de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne,
et ce cabaret n'avait-il pas été fondé vers l'époque du
démembrement de la Pologne?
- POLONAIS, s. m. Epouvantail
dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais
tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire
descendre le Polonais, le tapage s'apaise comme par enchantement.
«Et le plus souvent, dit l'auteur anonyme moderne auquel
j'emprunte cette expression, le Polonais n'est autre qu'un
pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans
les combles de la maison.»
- POLYTECHNICIEN, s. m. Elève
de l'Ecole polytechnique,—dans l'argot des bourgeois.
- POLYTECHNIQUE, s. m. Polytechnicien,—dans
l'argot du peuple.
- POMAQUER, v. a. Perdre,—dans
l'argot des voleurs.
Être pomaqué. Être arrêté.
- POMMADER, v. a. Battre
quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens, qui peignent ainsi les
gens.
- POMMADER, v. a. Amadouer,
peloter.
- POMMADER (Se). Se saoûler.
- POMMADIN, s. m. Coiffeur.
Signifie aussi ivrogne.
- POMMADIN, s. m. Gandin,
imbécile musqué,—dans l'argot du peuple.
L'expression a été employée pour la première fois en littérature
par M. Fortuné Calmels.
- POMME, s. f. Tête,—dans
l'argot des faubouriens.
Pomme de canne. Figure grotesque, physionomie bouffonne.
- POMMÉ, - ÉE. Excessif, exorbitant,
remarquable.
Bêtise pommée. Grande ou grosse bêtise.
C'est pommé! C'est réussi à souhait.
L'expression ne date pas d'aujourd'hui,
puisque je trouve dans le Tempérament (1755):
«Admirez le pouvoir de ce Dieu fou pommé:
Je l'adore et je meurs si je ne suis aimé.»
- POMME-A-VERS, s. m. Fromage
de Hollande,—dans l'argot des voleurs.
- POMME D'ADAM, s. f. Le cartilage
thyroïde,—que le peuple regarde comme la marque de la
pomme que le premier homme mangea dans le Paradis à l'instigation
de la première femme, et dont un ou deux quartiers lui
restèrent dans la gorge.
- POMMELER (Se), v. réfl. Grisonner.
- POMMES (Aux)! Exclamation
de l'argot des faubouriens, qui
378
l'emploient comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau.
On dit aussi Bath aux pommes!
pour renchérir encore sur l'excellence d'une chose.
Cette expression est l'aïeule des
petits ognons et autres petits oiseaux
en circulation à Paris.
Pommiers en fleurs. Seins de jeune fille.
Pommier stérile. Poitrine maigre et plate.
C'est aux poètes poudrés du
XVIIIe siècle que nous devons cette
expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes,
rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement
de Pâris sur le mont Ida et la séduction d'Adam par Eve
dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes
ainsi semées par eux produisissent un pommier. Œuf implique forcément
l'idée de poule.
- POMPADOUR, adj. Suranné,
rococo,—dans l'argot des gens de lettres.
Dans l'argot des artistes, c'est le synonyme de Prétentieux.
- POMPADOUR, adj. Du dernier
galant,—dans l'argot des bourgeois.
- POMPAGE, s. m. Action de
boire, c'est-à-dire de se griser,—dans l'argot du peuple.
- POMPE, s. f. Retouche,—dans
l'argot des tailleurs.
Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets.
Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.
- POMPER, v. a. et n. Boire
continuellement,—dans l'argot du peuple.
C'est le to guzzle anglais.
- POMPER. Travailler dur,—dans
l'argot des typographes.
- POMPER LE GAZ, v. a. Être
le jouet d'une mystification,—dans l'argot des calicots, qui se
plaisent à faire monter tout nouveau sur le comptoir et à lui
faire manœuvrer des deux mains un mètre à coulisse, la prétendue
pompe à gaz.
- POMPETTE, adj. Gris,—dans
l'argot du peuple.
L'expression a des chevrons,car on la trouve dans la première
édition du Grand Dictionnaire de Pierre Richelet.
- POMPIER, s. m. Ivrogne,—dans
l'argot des faubouriens.
- POMPIER, s. m. Mouchoir,—dans
l'argot des voyous.
- POMPIER, s. m. Scie chantée
à certaines fêtes de l'Ecole polytechnique.
Pompier d'honneur. Scie musicale,
spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance
de l'Ecole, au commencement du mois de mai.
- POMPIER, s. m. Ouvrier chargé
de faire les poignards,—dans l'argot des tailleurs.
Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites
pièces.
- POMPON, s. m. Tête,—dans
l'argot des faubouriens.
Dévisser le pompon à quelqu'un.
379
Lui casser la tête d'un coup de poing ou d'un coup de pied.
C'est la même expression que Dévisser le trognon.
- POMPON, s. m. Supériorité,
mérite, primauté.
A moi le pompon! A moi la
gloire d'avoir fait ce que les autres n'ont pu faire.
Avoir le pompon de la fidélité.
Être le modèle des maris ou des femmes.
- POMPONNER (Se), v. réfl. S'attifer,
s'endimancher.
- PONANT, s. m. Un des nombreux
pseudonymes de messire Luc,—dans l'argot du peuple.
Ce sont les marins qui ont imaginé le vent du ponant, poner
signifiant vesser dans le vieux langage. «La vieille ponoit,»
dit Rabelais.
- PONANTE, s. f. Fille publique,—dans
l'argot des voleurs.
- PONCIF, s. m. «Formule de
style, de sentiment, d'idée ou d'image, qui, fanée par l'abus,
court les rues avec un faux air hardi et coquet.»
L'expression, ainsi définie par Xavier Aubryet, est de l'argot des
peintres et des gens de lettres.
Faire poncif. Travailler, peindre,
écrire sans originalité.
- PONDEUSE, adj. et s. Femme
féconde,—dans l'argot du peuple.
- PONDRE SUR SES œUFS, v. n.
S'enrichir encore, quand on est déjà suffisamment riche.
- PONDRE UN œUF, v. a. Déposer
discrètement, le long d'un mur ou d'une haie, le stercus
humain,—dans l'argot du peuple, ami de toutes les plaisanteries
qui roulent sur les environs du périnée.
On connaît cette anecdote:
Une bonne femme était accroupie, gravement occupée à remplir
le plus impérieux de tous les devoirs, car omnes cacant, etiam
reges; passe le curé, elle le reconnaît, et, confuse, veut se relever
pour lui faire sa révérence; mais le saint homme, l'en empêchant
de la voix et de la main, lui dit en souriant: «Restez, ma mie,
j'aime mieux voir la poule que l'œuf.»
- PONIFLE, s. f. Fille publique,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Magnuce et Ponisse.
- PONIFLE, s. f. Femme,—dans
l'argot des voyous.
- PONIFLER, v. a. Aimer.
- PONSARDISER, v. a. Ennuyer
les gens,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune
à l'auteur de Lucrèce et d'Agnès de Méranie.
- PONT, s. m. Congé que s'accorde
l'employé pour joindre deux autres congés qui lui ont
été accordés par ses chefs ou par le calendrier.
Faire le pont. Ne pas venir au
bureau le samedi ou le lundi, lorsqu'il y a fête ou congé le
vendredi ou le mardi.
- PONT D'AVIGNON, s. m. Fille
publique,—dans l'argot des gens de lettres.
- PONTER, v. n. Payer,—dans
l'argot des bohèmes.
380
- PONTES POUR L'AF, s. f. pl.
«Galerie des étouffoirs, fripons réunis,»—dit Vidocq.
- PONTEUR, s. m. Entreteneur,
miché.
- PONTIFE, s. m. Patron, maître,—dans
l'argot des cordonniers.
- PONTONNIÈRE, s. f. Fille de
mauvaises mœurs qui exerce sous
les ponts.
- POPOTE, s. f. Cuisine,—dans
l'argot des troupiers, qui ont trouvé là une onomatopée heureuse:
le clapotement du bouillon dans le pot-au-feu, des sauces
dans les casseroles, etc.
Signifie aussi Table d'hôte.
- POPOTE, adj. Médiocre,—dans
l'argot des gens de lettres
et des artistes.
- POPOTER, v. n. Faire sa cuisine.
- POPULO, s. m. Le peuple,—dans
l'argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain
que les Anglais the mob.
- POPULO, s. m. Marmaille,
grand nombre d'enfants,—dans l'argot des ouvriers.
- PORC-ÉPIC, s. m. Le Saint-Sacrement,—dans
l'argot des voleurs.
- POREAU, s. m. Poireau,—dans
l'argot du peuple, qui parle beaucoup mieux que ceux qui se
moquent de lui, poreau venant d'allium porrum, comme légume,
ou de πορος [grec: poros], comme excroissance verruqueuse de la main.
- PORTANCHE, s. m. Portier,—dans
l'argot des voleurs.
- PORTANT, s. m. Armature en
bois qui forme l'entrée des coulisses et sur laquelle se placent
les appliques.
- PORTE-CHANCE, s. m. Le
stercus humain,—dans l'argot du peuple, chez qui il est de
tradition, depuis un temps immémorial, que marcher là dedans
est un signe d'argent et porte bonheur.
- PORTEFEUILLE, s. m. Lit,—dans
l'argot des faubouriens, qui font allusion aux différentes
épaisseurs formées par les couvertures et les draps.
S'insérer dans le portefeuille. Se
coucher.
- PORTE-LUQUE, s. m. Portefeuille,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Porte-mince.
- PORTE-LYRE, s. m. Poète,—dans
l'argot ironique des gens de lettres.
- PORTE-MAILLOT, s. m. Figurante,—dans
l'argot des coulisses.
- Porte-manteau, s. m. Epaules,—dans
l'argot des faubouriens.
- PORTE-PIPE, s. m. Bouche,—dans
le même argot.
- PORTER (En). Être trompé
par sa femme,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion aux
cornes dont la tradition orne depuis si longtemps le front des
maris malheureux.
En faire porter. Tromper son
mari.
381
- PORTER A LA PEAU, v. n.
Provoquer à l'un des sept péchés capitaux,—dans l'argot de
Breda-Street.
On dit aussi Pousser à la peau.
- PORTER LA FOLLE ENCHÈRE,
v. n. Payer pour les autres,—dans l'argot des bourgeois.
- PORTER LE BÉGUIN, v. a.
Celui des deux époux, nouvellement mariés, qui perd le premier
les couleurs de la santé,—dans
l'argot du peuple, un peu trop indiscret.
- PORTER LE DEUIL DE SA
BLANCHISSEUSE, v. n. Avoir une chemise sale,—dans le
même argot.
- PORTER SA MALLE, v. a. Être
bossu. Argot des faubouriens.
On dit aussi Porter son paquet.
- PORTER UNE CHOSE EN PARADIS
(Ne pas). La payer avant de mourir,—dans l'argot du
peuple, qui dit cela surtout à propos des mauvais tours qu'on
lui a joués et dont il compte bien tirer vengeance un jour ou
l'autre.
- PORTÉ SUR SA BOUCHE (Être).
Ne songer qu'à boire et à manger plutôt qu'à travailler,—dans
l'argot des bourgeois.
Le peuple—sans connaître le gulæ parens
d'Horace—dit: Être porté sur sa gueule.
- PORTE-TRÈFLE, s. m. Pantalon,—dans
l'argot des voleurs.
- PORTIER, s. m. Homme qui
se plaît à médire,—dans l'argot
des artistes.
- PORTRAIT, s. m. Visage,—dans
l'argot du peuple.
Dégrader le portrait. Frapper au visage.
- POSE, s. f. Affectation de sentiments
qu'on n'a pas,—vices ou vertus; étalage de choses qu'on
ne possède pas,—maîtresses ou châteaux. Lacenaire a bien imaginé
la pose au meurtre!
- POSE, s. f. Tour,—dans l'argot
du peuple qui a emprunté ce mot aux joueurs de dominos qui
posent le leur à tour de rôle.
A moi la pose! dit parfois un
ouvrier, qui vient de recevoir un coup de pied, en lançant un coup
de poing à son adversaire.
- POSER, v. n. Afficher des
sentiments ou des vices qu'on n'a pas; se vanter de succès et
de richesses imaginaires.
Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques
qu'on a ou qu'on croit avoir.
Poser pour le torse. Passer pour
un garçon bâti comme l'Antinoüs.
Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.
- POSER, v. a. Mettre en évidence.
Se poser. Faire parler de soi.
- POSER (Faire). Faire attendre,
mystifier, se moquer des gens.
- POSER UN GLUAU, v. a. Préparer
une arrestation, trouver
un individu que l'on cherchait,
savoir où il loge et où il fréquente,
pour n'avoir plus qu'à
le grappiner à la première occasion.
Argot des voyous et des
voleurs.
382
Se faire poser un gluau. Se faire
mettre en prison.
- POSSÉDER SON EMBOUCHURE.
Savoir bien jouer de la parole,—cette flûte traversière. Argot
des faubouriens.
- POSTE-AUX-CHOUX, s. f. Le
canot aux provisions,—dans
l'argot des marins.
- P OSTÉRIEUR, s. m. Le derrière,—dans
l'argot des bourgeois.
- POSTICHE, s. m. Histoire
douteuse,—discours ennuyeux, blague,—dans l'argot des typographes.
- POSTICHE, s. f. Rassemblement
sur la voie publique,—dans l'argot des voleurs.
- POSTIGE, s. f. Travail sur les
places publiques,—dans l'argot des saltimbanques.
- POSTILLON, s. m. La première
dame mise en circulation,—dans l'argot des joueurs de jacquet.
- POSTILLON, s. m. Éclaboussure
de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens
à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude
de parler en mangeant.
«Ces postillons sont d'une maladresse!»
- POSTILLONNER, v. n. Envoyer
des postillons au nez des gens,—qui n'aiment pas à voyager.
- POT, s. m. Trou fait au pied
d'un mur ou au pied d'un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.
- POT, s. m. Cabriolet,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disent aussi Cuiller à pot et Potiron roulant.
- POTACHE, s. m. Camarade
ridicule et bête comme un pot,—dans l'argot des lycéens. Voir
dans un autre sens Potasseur.
On dit aussi Pot-à-chien.
- POTAGE AVEUGLE, s. m. Potage
qui devrait être gras, avoir des yeux de graisse, et qui est
maigre. Argot du peuple.
- POTAGER, s. m. Prostibulum,—dans
l'argot des voyous, pour qui, sans doute, les femmes sont
vraiment les choux sous lesquels poussent les enfants.
- POTARD, s. m. Pharmacien,—dans
l'argot des faubouriens.
Plus spécialement Pharmacien militaire.
- POTASSER, v. n. S'impatienter,
bouillir de colère ou d'ennui,—dans le même argot.
- POTASSER, v. n. Travailler
beaucoup,—dans l'argot des Saint-Cyriens et des lycéens.
- POTASSEUR, s. m. Elève très
bien coté à son cours et très mal quant aux aptitudes militaires.
- POT-AU-FEU, s. m. L'endroit
le plus charnu du corps humain,—dans l'argot des faubouriens,
qui l'ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries
et de leurs coups de pied.
- POT-AU-FEU, s. et adj. Commun,
vulgaire, bourgeois,—dans l'argot des petites dames.
Être pot-au-feu. Être mesquin.
Devenir pot-au-feu. Se ranger
383
épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage
que certaines femmes ont sur leur vie.
- POT-BOUILLASSER (Se). Se
marier de la main gauche ou de la main droite,—dans l'argot
des troupiers.
- POT-BOUILLE, s. f. Cuisine,—ou
plutôt chose cuisinée. Argot des ouvriers.
Au figuré, Faire sa petite pot-bouille.
Arranger ses petites affaires dans l'intérêt de son propre
bien-être.
- POTENCE, s. f. Homme ou
femme d'une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu'on achèterait
pour les pendre.
On dit aussi Roué comme une potence.
- POTEAUX, s. m. pl. Jambes
solides,—dans l'argot des faubouriens.
On se souvient de la définition, par Gavarni, d'une danseuse
maigre de partout, et ayant la réputation de ruiner ses amants:
«Deux poteaux qui montrent la route de Clichy.»
- POTET, s. et adj. Maniaque,
radoteur, vieil imbécile.
On dit aussi Vieux potet,—même à un jeune homme.
Ne serait-ce pas une syncope d'empoté? ou une allusion à la
vieille toupie qui sert de potet aux enfants?
- POTIN, s. m. Bavardage de
femmes, cancan de portières,—dans l'argot du peuple, qui a
emprunté ce mot au patois normand.
Faire des potins. Cancaner.
Se faire du potin. Se faire du mauvais sang, s'impatienter à
propos de médisance ou d'autre chose.
- POTINER, v. n. Bavarder, faire
des cancans, des potins.
- POU AFFAMÉ, s. m. Ambitieux
à qui l'on a donné un emploi lucratif et qui veut s'y enrichir
en peu de temps.
- POUCE (Avoir du). Avoir de
la vigueur; être fièrement campé,
crânement exécuté,—dans l'argot
des artistes.
- POUDRE DE PERLINPINPIN, s.
f. Remède sans efficacité; graine d'attrape,—dans l'argot du
peuple.
- POUDRE D'ESCAMPETTE, s. f.
Fuite.
Prendre la poudre d'escampette. S'enfuir.
C'est ce qu'on appelait autrefois Faire escampativos.
- POUDRE FAIBLE, s. f. Eau,—dans
l'argot des francs-maçons.
On disait autrefois Huile blanche.
Poudre forte. Vin.
On disait autrefois Huile rouge.
Poudre fulminante. Eau-de-vie.
Poudre noire. Café noir liquide.
- POUDRER, v. a. et n. Se moquer,—dans
l'argot des gamins, qui font le geste bien connu
par lequel ils ont l'air de poudrer la tête de la personne dont
ils se moquent.
On dit aussi Poudrer à blanc.
- POUF, s. m. Dette qu'on ne
384
paye pas; crédit qu'on demande et auquel on ne fait pas honneur.
Argot du peuple.
Signifie aussi Banqueroute.
Quoique pouf ait l'air de venir de puff, comme la malhonnêteté
vient du mensonge, ce sont des mots d'une signification bien différente,
et on aurait tort de les confondre.
- POUFFIASBOURG, n. d. v. Asnières,—dans
l'argot des faubouriens, qui savent que ce village
est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne.
On dit aussi plus élégamment: Gadoûville.
- POUFFIASSE, s. f. Fille ou
femme de mauvaise fille.
- POUFFIASSER, v. n. Mener
une conduite déréglée—quand on est femme. Fréquenter avec
les drôlesses—quand on est homme.
- POUIC! Rien! non!—dans
l'argot des voleurs.
- POUILLARD, s. m. Dernier
perdreau d'une couvée ou dernier levraut d'une portée. Argot des
chasseurs.
- POUILLEUX, adj. et s. Homme
pauvre,—dans l'argot méprisant des bourgeois.
Signifie aussi Econome—et même avare.
- POULAILLER, s. m. Partie du
théâtre la plus voisine du plafond, ordinairement désignée sous
le nom d'Amphithéâtre. Argot du peuple.
- POULAINTE, s. f. Vol par
échange.
- POULE LAITÉE, s. f. Homme
sans énergie,—dans l'argot du peuple.
Il dit aussi Poule mouillée.
- POULES, s. f. pl. La population
d'une abbaye des S'offre-à-tous.
- POULET, s. m. Billet doux, ou
lettre raide,—dans l'argot du peuple, qui se sert du même mot
que Shakespeare (capon).
- POULET DE CARÊME, s. m.
Hareng saur.
Les gueux de Londres appellent
le hareng saur Yarmouth capon
(chapon de Yarmouth).
- POULET D'HOSPICE, s. m.
Homme maigre.
- POULET D'INDE, s. m. Cheval.
- POULET D'INDE, s. m. Imbécile,
maladroit.
- POULETTE, s.f. Grisette, femme
légère qui se laisse prendre au cocorico des séducteurs bien accrêtés.
Lever une poulette. «Jeter le mouchoir» à une femme, dans
un bal ou ailleurs.
- POULEUR, s. m. Souscripteur
de poules, parieur de courses.
- POUPARD, s. m. Affaire préparée
de longue main,—dans l'argot des voleurs.
- POUPARD, s. m. Nourrisson
bien portant,—dans l'argot du peuple.
Gros poupard. Se dit d'un homme
aux joues roses, sans barbe, ressemblant à un nourrisson de
belle venue.
On dit aussi poupon.
385
On a dit autrefois poupin,
comme en témoigne cette épigramme du seigneur des Accords:
«Estant popin et mignard,
Tu veus estre veu gaillard;
Mais un homme si popin
Sent proprement son badin.»
- POUPÉE, s. f. Morceau de
linge dont on enveloppe un doigt blessé.
On dit aussi Cathau.
- POUPÉE, s. f. Concubine,—dans
l'argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se
prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par
les enfants.
C'est la mammet des ouvriers anglais.
On dit aussi,—quand il y a lieu: Poupée à ressorts.
- POUPÉE, s. f. Soldat,—dans
l'argot des voleurs.
- POUPOUILLE, s. f. Cuisine,
popote,—dans l'argot des faubouriens.
- POUPOULE, s. f. Chère amie,—dans
l'argot des bourgeois.
- POUR, adv. Peut-être,—dans
l'argot des voleurs.
- POUR-COMPTE, s. m. Vêtement
marqué dont le client ne veut pas,—dans l'argot des tailleurs.
Armoire aux Pour-compte. C'est
le carton aux ours chez les vaudevillistes.
- POUR DE VRAI, adv. Véritablement,
sérieusement,—dans l'argot du peuple.
Femme pour de vrai. Femme légitime.
Ami pour de vrai. Ami sûr.
On dit aussi Pour de bon.
- POURRI, adj. et s. Homme
vénal, corrompu, ambitieux, qui a laissé pénétrer dans sa conscience
le ver du scepticisme et dans son cœur le taret de l'égoïsme.
- POURRI DE CHIC, adj. A la
dernière mode et de la première élégance,—dans l'argot des
gandins et des petites dames.
- POURRITURISME, s. m. Etat
des esprits et des consciences à Paris, ville où l'on s'effémine
trop facilement,—dans l'argot du caricaturiste Lorenz, qui affectionne
la désinence isme.
- POUSSE, s. f. Les gendarmes,—dans
l'argot des voleurs.
- POUSSE (Ce qui se), s. m. Argent,
or ou monnaie,—dans l'argot du peuple.
Substantif bizarre,—mais substantif. J'ai entendu dire:
«Donne-moi donc de ce qui se pousse.»
- POUSSE-AU-VICE, s. f. Cantharide,
et généralement tous les aphrodisiaques. Argot des voleurs.
- POUSSE-CAFÉ, s. f. Petit verre
d'eau-de-vie ou de rhum pris après le café,—dans l'argot des
bourgeois.
- POUSSE-CAILLOUX, s. m. Fantassin,—dans
l'argot des faubouriens.
- POUSSE-CUL, s. m. Sergent
de ville,—dans l'argot du peuple, qui sait que ces agents de
l'autorité ne prennent pas toujours
386
des mitaines pour faire circuler la foule.
Les aïeux de celui-ci disaient, en parlant d'un des aïeux de
celui-là: Chien courant du bourreau.
- POUSSÉE, s. f. Bourrade;
coups de coude dans la foule.
Par extension: Reproches, réprimande.
- POUSSÉE, s. f. Besogne pressée,
surcroît de travail,—dans l'argot des ouvriers.
- POUSSÉE DE BATEAUX, s. f.
Se dit ironiquement—dans l'argot du peuple—d'une chose vantée
d'avance et trouvée inférieure à sa réputation, ainsi que de toute
besogne ridicule et sans profit.
On dit mieux: Une belle poussée de bateaux!
- POUSSE-MOULIN, s. f. Eau
courante,—dans l'argot des voleurs.
- POUSSER, v. n. Surenchérir,—dans
l'argot des habitués de l'Hôtel des ventes.
- POUSSER, v. a. et n. Parler,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi: Pousser son glaire.
- POUSSER DE L'AIR (Se). S'en
aller de quelque part.
On dit aussi: Se pousser un courant d'air.
- POUSSER DU COL (Se), v. réfl.
Être content de soi, et manifester extérieurement sa satisfaction,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont remarqué que les gens fats
remontaient volontiers le col de leur chemise.
Une chanson populaire—moderne—consacre
cette expression; je me reprocherais de ne pas la citer ici:
«Tiens! Paul s'est poussé du col!
Est-il fier, parc'qu'il promène
Sarah, dont la douce haleine
Fait tomber les mouch's au vol.»
Signifie aussi S'enfuir.
- POUSSER LE BOIS, v. a. Jouer
aux échecs ou aux dames,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur
de prêter ce verbe au neveu de Rameau.
- POUSSER DANS LE BATTANT
(Se). Boire ou manger, mais surtout boire.
- POUSSER LE BOUM DU CYGNE.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos
des garçons de café et de leur fatigant boum! pas de crème, messieurs?
- POUSSER SA POINTE, v. ac.
S'avancer dans une affaire quelconque,—mais surtout dans
une entreprise amoureuse.
«Que de projets ma tête avorte tour à tour!
Poussons toujours ma pointe et celle de l'amour.»
dit une comédie-parade du XVIIIe
siècle (le Rapatriage).
- POUSSER SON ROND, v. a.
Alvum deponere,—dans l'argot des maçons.
- POUSSER UN BATEAU, v. a.
Avancer une chose fausse, inventer une histoire, mentir. Argot
des faubouriens.
On dit aussi: Monter un bateau.
- POUSSER UNE GAUSSE, v. a.
387
Faire un mensonge,—dans
l'argot du peuple.
On dit aussi: Pousser une histoire.
- POUSSIER, s. m. Monnaie,—dans
l'argot des voleurs.
- POUSSIER, s. m. Lit d'auberge
ou d'hôtel garni de bas étage,—dans l'argot des faubouriens.
- POUSSIER DE MOTTE, s. m.
Tabac à priser.
On dit aussi simplement Poussier.
- POUSSIF, adj. Qui n'a plus de
souffle, qui n'en peut plus,—dans l'argot du peuple, qui, travaillant
comme un cheval, en a naturellement les infirmités.
- POUVOIR EXÉCUTIF, s. m.
Enorme canne en spirale que portaient les Incroyables sous le
Directoire.
L'expression est encore employée de temps en temps.
- POUVOIR VOIR QUELQU'UN EN
PEINTURE (Ne). Le haïr; le détester extrêmement,—dans l'argot
des bourgeois.
- PRANDION, s. m. Repas copieux,—dans
l'argot des artistes, dont quelques-uns, je pense, savent que cette expression est le
mot latin (prandium) francisé par quelque écrivain fantaisiste.
C'est un provincialisme, maintenant
naturalisé parisien.
- PRANDIONNER, v. n. Faire
un repas plantureux.
- PRAT, s. f. Fille de mauvaise
vie,—dans l'argot du peuple.
- PRATICABLE, s. m. Partie de
décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot
des coulisses.
- PRATIQUE, s. f. Petit instrument
plat, composé de deux lames d'ivoire jointes, à l'aide
duquel les saltimbanques imitent la voix stridente de Polichinelle.
- PRATIQUE, s. f. Libertin;
homme d'une probité douteuse; débiteur qui ne paye pas ses
dettes; soldat qui passe son temps à la salle de police, etc. Quand
un homme a dit d'un autre homme: «C'est une pratique!»
c'est qu'il n'a pas trouvé de terme de mépris plus fort.
- PRÉ, s. m. Bagne,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi le Grand pré.
Aller au pré. Être condamné
aux travaux forcés.
On dit aussi: Aller faucher au pré.
- PRÉ-CATELANIÈRE, s. f. Petite
dame, drôlesse, habituée de bals publics, du pré Catelan et
de Mabille. Hors d'usage.
- PRÊCHI-PRÊCHA, s. m. Sermonneur
ennuyeux,—dans l'argot du peuple.
- PRÉDESTINÉ, s. m. Galant
homme qui a épousé une femme trop galante.
- PRÉFECTANCHE, s. f. Préfecture
de police,—dans l'argot des voyous.
- PREMIÈRE, s. f. Manière elliptique
de désigner la première représentation d'une pièce de
théâtre,—dans l'argot des comédiens et des gens de lettres.
388
- PREMIÈRES, s. f. pl. Wagons
de première classe.
On dit de même Secondes et
Troisièmes, pour les voitures de
2e et de 3e classe.
- PREMIER NUMÉRO, adj. Excellent,
parfait, numéro un.
- PREMIER-PARIS, s. m. Article
de tête d'un journal politique où l'on voit, d'après Alphonse
Karr, «une série de longues phrases, de grands mots qui,
semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils
sont creux».
- PRENDRE AU SOUFFLEUR.
Jouer son rôle le sachant mal, en s'aidant du souffleur. Argot des
coulisses.
On dit aussi: Prendre du souffleur.
- PRENDRE DE BEC (Se), v.
pron. Se dire des injures,—dans l'argot des bourgeois.
- PRENDRE DES MITAINES, v. a.
Prendre des précautions pour dire ou faire une chose,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression avec ironie.
On dit aussi: Prendre des gants.
- PRENDRE DES TEMPS DE PARIS.
Augmenter l'effet d'un mot par une pantomime préalable,—dans
l'argot des comédiens de la banlieue et de la province.
- PRENDRE LA TANGENTE. S'échapper
de l'Ecole,—dans l'argot des Polytechniciens.
- PRENDRE LE COLLIER DE
MISÈRE, v. a. Se mettre au travail,—dans
l'argot du peuple, qui prend et reprend ce collier-là
depuis longtemps.
Quitter le collier de misère.
Avoir fini sa journée et sa besogne et s'en retourner chez soi.
- PRENDRE SES INVALIDES, v.
n. Se retirer du commerce,—dans l'argot des bourgeois.
- PRENDRE SES JAMBES A SON
COU. Courir.
- PRENDRE SON CAFÉ AUX
DÉPENS DE QUELQU'UN. Se moquer de lui par parole ou par action.
- PRENDRE UN BILLET DE PARTERRE,
v. a. Tomber sur le dos,—dans l'argot facétieux du peuple.
- PRENDRE UN PINÇON, v. a. Se
laisser pincer le doigt entre deux pierres ou deux battants.
- PRÉSOMPTIF, s. m. Enfant—qui
est toujours l'héritier présomptif de quelqu'un.
- PRESSE, s. f. Nécessité à
faire ou dire une chose; empressement.
Il n'y a pas de presse. Il n'est pas nécessaire de faire cela,—du
moins pour le moment. Cela ne presse pas.
- PRESSER A CARREAU FROID,
v. a. Faire ce qu'un autre ne pourrait pas faire,—dans l'argot
des tailleurs, qui savent qu'on ne peut venir à bout d'une
pièce qu'avec un carreau très chaud.
- PRÊT, s. m. Paie,—dans
l'argot des soldats.
389
- PRÊTER CINQ SOUS A QUELQU'UN.
Lui donner un soufflet, c'est-à-dire les cinq doigts sur le
visage,—dans l'argot des faubouriens.
- PRÊTER LOCHE. Prêter l'oreille,
écouter,—dans l'argot des voleurs.
- PREU, s. et adj. Premier—dans
l'argot des enfants et des ouvriers.
- PRÉVÔT, s. m. Chef de chambrée,—dans
l'argot des prisons.
- PRIANTE, s. f. Eglise,—dans
l'argot des voleurs.
- PRINCE, s. m. Galeux,—dans
l'argot facétieux et elliptique des faubouriens. Ils disent
Prince, mais ils sous-entendent de Galles.
Princesse. Galeuse.
- PRINCE DU SANG, s. m.
Meurtrier,—dans l'argot sinistrement facétieux du peuple.
- PRINCE RUSSE, s. m. Entreteneur,—dans
l'argot de Breda-Street, où il semble que la générosité,
comme la lumière, vienne exclusivement du Nord.
- PRINCESSE DE L'ASPHALTE,
s. f. Petite dame,—dans l'argot des gens de lettres.
On dit aussi Princesse du trottoir.
- PRISE, s. f. Mauvaise odeur
respirée tout à coup,—dans l'argot du peuple.
- PRISE DE BEC, s. f. Engueulement.
- PRISON DE SAINT-CRÉPIN
(Être dans la). Être dans des souliers trop étroits.
- PRIX DOUX, s. m. Prix modéré,—dans
l'argot des bourgeois.
- PRODUISANTE, s. f. La terre,—dans
l'argot des voleurs, reconnaissants envers la vieille Cybèle.
- PROFANE, s. m. Étranger,—dans
l'argot des francs-maçons, qui ont leurs mystères comme
autrefois les païens, avec cette différence que la révélation n'en
est pas punie de mort et qu'on s'y occupe de toute autre chose
que des farces spéciales aux mystères de la Bonne Déesse,
ou à ceux d'Isis, ou à ceux de Bacchus, ou à ceux de Mithra.
- PROFOND, s. m. Fossé, trou,—dans
l'argot des paysans des environs de Paris.
- PROFONDE, s. f. Poche de
pantalon,—dans l'argot des voyous et des voleurs.
- PROFONDE, s. f. Cave,—dans
l'argot des voyous.
- PROMENER QUELQU'UN. Se
moquer de lui,—dans l'argot du peuple.
- PROMONT, s. m. Procès,—dans
l'argot des voleurs.
- PROMONTOIRE NASAL, s. m.
Le nez,—dans l'argot des romantiques, qui avaient, eux
aussi, l'horreur du mot propre, tout comme les classiques, leurs
ennemis.
Théophile Gautier a le premier
390
employé cette expression, qu'emploient depuis longtemps
les médecins zagorites: το μπουρνο [grec: to mpourno].
- PROPRE, adj. Antiphrase de
l'argot du peuple, qui l'emploie au figuré.
Être propre: pour lui, est l'équivalent
de: Être dans de beaux draps.
- PROPRE-A-RIEN, s. m. Lâche
canaille, misérable digne de la roue,—dans l'argot du peuple,
qui ne connaît pas, après feignant, d'injure plus sanglante à jeter à
la tête d'un homme, fût-il le plus honnête et le plus brave des
hommes.
- PROTE A TABLIER, s. m.
Prote qui lève la lettre comme les autres ouvriers,—dans l'argot
des typographes.
- PROTECTEUR, s. m. Galant
homme qui entretient une femme galante.
On dit aussi Milord protecteur.
Les actrices disent Bienfaiteur.
- PROTÉGER, v. a. Entretenir
une femme.
- PROUE, s. f. L'arrière du navire-homme,—dans
l'argot des marins.
Filer le cable de proue. Alvum deponere.
- PROUTE, s. f. Plainte, gronderie,—dans
l'argot des voleurs.
- PROUTER, v. n. Porter plainte,
gronder.
- PROUTER, v. a. et n. Appeler,
héler,—dans l'argot du peuple, qui crie souvent: Prout! prout!
Se dit aussi—dans le même argot—des sacrifices faits au
dieu Crépitus. C'est une onomatopée.
- PROUTEUR, s. et adj. Plaignant,
grondeur.
- PROUTEUR, s. et adj. Qui fait
de fréquents sacrifices au dieu Crépitus.
- PRUDHOMME, s. m. Imbécile
solennel dont le type a été inventé par Henry Monnier. On se
rappelle et l'on cite souvent en riant, dans la conversation, cette
phrase supercoquentieuse, digne du bourgeois sur les lèvres duquel
elle est éclose: «Si cela peut faire votre bonheur, soyez-le.»
Soyez-le pour soyez heureux! L'ellipse est un peu forte.
Un chroniqueur parisien, M. Jules Maillot, plus inconnu sous le
nom de Jules Richard, s'est rendu coupable d'une phrase de la même
famille: «Il ne faut pas traiter sérieusement les choses qui ne le
sont pas,» a-t-il dit très sérieusement dans le Figaro
du 7 décembre 1865.
- PRUNE, s. f. Balle ou boulet,—dans
l'argot des soldats, qui ne se battent vraiment que pour des prunes.
Le mot a des chevrons. Un jour, Sully, accourant pour prévenir
Henri IV des manœuvres de l'ennemi, le trouve en train
de secouer un beau prunier de damas blanc: «Pardieu! Sire!
lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, nous venons de voir
passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer
391
une collection de bien autres prunes que celles-ci, et un peu
plus dures à digérer.»
On dit aussi Pruneau.
Gober la prune. Recevoir une blessure mortelle.
- PRUNE, s. f. Griserie,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis la création
de rétablissement de la Mère Moreaux, c'est-à-dire depuis 1798.
Avoir sa prune. Être saoul.
- PRUNEAU, s. m. Chique de
tabac,—dans l'argot des faubouriens.
- PRUNEAU, s. m. Alvi dejectio.
Poser un pruneau. Levare ventris onus.
- PRUNEAUX, s. m. pl. Yeux.
Boucher ses pruneaux. Dormir.
- PRUNE DE MONSIEUR, s. f.
Archevêque,—dans l'argot des voleurs, qui savent que ces prélats
sont habillés de violet.
- PRUNES DE PROPHÉTIE, s. f.
pl. Fumées d'un animal,—dans l'argot des chasseurs.
- PRUSSIEN, s. m. Un des trop
nombreux pseudonymes de Messire Luc,—dans l'argot des
troupiers, dont les pères ont eu sous la République et sous l'Empire,
de fréquentes occasions d'appliquer leurs baïonnettes dans les
reins des soldats prussiens.
On connaît la chanson:
«Le général Kléber,
A la barrièr' d'Enfer,
Rencontra un Prussien
Qui lui montra le sien.»
C'est à tort qu'un étymologiste
va chercher à ce mot, jusque
chez les Zingaris, une étymologie—toute
moderne.
- PUANT, s. et adj. Fat,—dans
l'argot du peuple, qui fait peut-être allusion aux odeurs de musc
et de patchouli qu'exhalent les vêtements des élégants.
- PUCEAU, adj. et s. Naïf, innocent;
peu dégourdi,—plus sot qu'il ne convient.
- PUCELAGE (Avoir encore son).
Être un peu neuf dans une affaire; n'avoir pas encore la rouerie
nécessaire dans un métier.
Les marchandes emploient la même expression pour dire
qu'elles n'ont pas étrenné, qu'on ne leur a encore rien acheté de la
journée.
- PUCE TRAVAILLEUSE, s. f.
Lesbienne,—dans l'argot des faubouriens.
- PUER AU NEZ, v. n. Déplaire,
ennuyer,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos
des choses et des gens qui souvent puent le moins.
- PUER BON, v. n. Sentir bon.
- PUFF, s. m. Charlatanerie.
Vient du verbe anglais to puff,
bouffer, boursoufler, faire mousser.
- PUFFISTE, s. et adj. Charlatan,
inventeur de pommades impossibles, d'élixirs invraisemblables;
montreur de phénomènes c'est-à-dire, par exemple, d'un
cheval à toison de brebis, d'un veau à deux têtes, d'une Malibran
noire, de frères spirites, etc.
392
Les Français vont assez bien dans cette voie; mais ils ne sont
pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains.
parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le prince de la blague
(prince of humbug).
- PUISSANT, adj. Gros, fort,—dans
l'argot du peuple, qui ne s'éloigne pas autant du sens latin
(potens) que seraient tentés de
le croire les bourgeois moqueurs.
- PUITS DE SCIENCE, s. m.
Homme profond par son savoir—ou par ses apparences de savoir.
- PUNAISE, s. f. Fille ou femme
de mauvaises mœurs,—dans l'argot des gens de lettres.
Encore une punaise dans le beurre! Encore une drôlesse qui
du trottoir passe sur les planches d'un petit théâtre pour y faire
des hommes plus respectables,—comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On
jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari!). la
soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l'ouvre et recule
en s'écriant: «Madame la marquise! encore une punaise dans
le beurre!» L'auteur de la pièce, qui n'avait pas écrit cette phrase,
fut très étonné; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes,
ne fut pas étonné du tout. C'était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier,
un acteur affectionné des titis.
- PUNAISE, s. f. Fleur de lit,—dans
l'argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.
- PUNAISE, s. f. Femme hargneuse,
acariâtre, puante de méchanceté,—dans l'argot du
peuple, qui ne se doute pas qu'il se sert là de l'expression même
employée par le prince des poètes latins: Cimex, dit Horace.
- PUNAISIÈRE, s. f. Café borgne,
caboulot spécialement hanté par des gigolettes et leurs gigolos.
- PUNAISIN, adj. et s. Homme
dont le corps ou les vêtements sont nidoreux.
Tabourot a donné ce nom a une de ses victimes.
- PUR, s. m. Homme sévère et
injuste; Prudhomme politique ou philosophique intraitable, qui
n'admet pour honnêtes que ceux qui partagent ses opinions, pour
philosophes que ceux qui avec Strauss nient la divinité de Jésus,
pour républicains que ceux qui avec Alibaud ont un peu tiré sur
le Roi. Le type existe à côté des plus nobles et des plus généreux,
comme le bouledogue à côté du caniche, comme le loup à côté du
lion. J'aurais regretté d'oublier ce mot et ce type—modernes.
- PURÉE, s. f. Cidre,—dans
l'argot des voleurs.
- PURÉE DE MARRONS, s. f.
Meurtrissures du visage,—dans l'argot des faubouriens.
Faire de la purée de marrons.
Appliquer un vigoureux coup de poing en pleine figure.
- PURGATION, s. f. Plaidoyer,—dans
l'argot des voleurs.
393
- PUR-SANG, s. m. Vin rouge
naturel, sans addition d'eau ni
d'alcool,—dans l'argot des cabaretiers.
- PUR-SANG, s. m. Cheval de
race,—dans l'argot du Jockey-Club.
- PUR-SANG, s. f. Fille entretenue
et qui mérite de l'être à cause de sa beauté—et de ses
vices. Argot des viveurs.
- PUT! Interj. qui sert à marquer,
soit le doute, soit le mépris,—plus souvent encore le mépris
que le doute.
- PUTAIN, s. f. Femme qui vend
l'amour—ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple.
L'expression est vieille, comme
la légèreté du sexe féminin. Il
n'est peut-être pas un seul poète
français—un ancien—qui ne
s'en soit servi.
Putain comme chausson. Extrêmement
débauchée.
On dit aussi en parlant d'un
Homme dont l'amitié est banale:
C'est une putain.
Avoir la main putain. Donner
des poignées de main à tout le
monde, même à des inconnus.
- PUTASSIER, s. et adj. Libertin.
- PUTINER, v. n. Courir les
gueuses.
- PUTINERIE, s. f. Libertinage,—en
parlant des femmes. Amitié banale,—en parlant des hommes.
- PUTIPHARISER, v. a. Essayer
de séduire un jouvenceau,—dans l'argot de Breda-Street. Le
mot date de 1830 et de Pétrus Borel.
Champfleury, à qui l'on doit
quelques néologismes malheureux,
a écrit putipharder.
394
395
Q
- QUAND IL FERA CHAUD, adv.
Jamais,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Quand les poules auront des dents.
- QUANT A SOI, s. m. Réserve
exagérée, fierté, suffisance.
- QUANTUM, s. m. Argent,
somme quelconque, caisse.
- QUART D'AGENT DE CHANGE,
s. m. Personne intéressée pour un quart dans une charge d'agent
de change. Argot des boursiers.
Il y a aussi des cinquièmes, des
sixièmeset même des dixièmes
d'agent de change.
- QUART D'AUTEUR, s. m. Collaborateur
pour un quart dans une pièce de théâtre. Argot des coulisses.
- QUART-D'œIL, s. m. Commissaire
de police,—dans l'argot des faubouriens.
Se dit aussi de l'habit noir de ce fonctionnaire.
- QUARTIER, s. m. Logement
de trois ou quatre pièces,—dans l'argot des ouvriers qui ont été
travailler en Belgique.
- QUASIMODO, s. m. Homme
fort laid, plus que laid, contrefait,—dans
l'argot du peuple, qui a lu Notre-Dame de Paris.
- QUATORZIÈME ÉCREVISSE, s. f.
Figurante,—dans l'argot des coulisses.
L'expression est récente. Elle sort du théâtre des Folies-Marigny,
aux Champs-Elysées, où l'on a joué je ne sais quelle revue-féerie
où paraissaient beaucoup de femmes chargées de représenter,
celles-ci des légumes, et celles-là des poissons,—crustacés
ou non. Vous avez compris?
- QUATRE-COINS, s. m. Mouchoir,—dans
l'argot des voleurs.
- QUATRE SOUS. Etalon à
l'aide duquel le peuple apprécie
396
la valeur des choses—qui n'en ont pas pour lui.
Fichuou Foutu comme quatre sous. Mal habillé.
- QUATRE-SOUS, s. m. Cigare
de vingt centimes.
- QUATRE-VINGT-DIX, s. m. Truc,
secret du métier,—dans l'argot des marchands forains.
Vendre le quatre-vingt-dix. Révéler le secret.
- QUATRE-Z-YEUX, s. m. Homme
qui porte des lunettes,—dans l'argot du peuple.
- QUATUOR, s. m. Le quatre,—dans
l'argot des joueurs de dominos.
- QUELPOIQUE, adv.—Rien,—dans
l'argot des voleurs.
- QUELQUE PART, Adverbe de
lieux,—dans l'argot des bourgeois.
- QUELQUE PART, adv. L'endroit
du corps destiné à recevoir des coups de pied,—dans l'argot
du peuple.
Avoir quelqu'un quelque part.
En être importuné,—en avoir plein le dos.
- QUELQU'UN, s. m. Personnage,
homme d'importance ou se donnant de l'importance.
Se croire un quelqu'un. S'imaginer qu'on a de la
valeur, de l'importance.
Faire son quelqu'un. Prendre
des airs suffisants. Faire ses embarras.
- QUÉMANDER, v. a. et n.
Mendier, au propre et au figuré,—dans l'argot du peuple, qui
pourtant n'a pas lu les Aventures du baron de Fœneste.
- QUÉMANDEUR, s. m. Mendiant.
- QUENOTTES, s. f. pl. Dents,—dans
l'argot des enfants.
Ils les appellent aussi Louloutes.
- QUENOTTIER, s. m. Dentiste,—dans
l'argot des faubouriens.
- QUEUE, s. f. Infidélité faite à
une femme par son amant, ou à un homme par sa maîtresse
Faire une queue à sa femme. La tromper en faveur d'une autre
femme.
- QUEUE, s. f. Escroquerie, farce
de mauvais goût, carotte. Argot des soldats.
Faire sa queue. Tromper.
- QUEUE, s. f. Reliquat de
compte,—dans l'argot des débiteurs.
Faire une queue. Redevoir
quelque chose sur une note, qui
arrive ainsi à ne jamais être
payée, parce que, de report en
report, cette queue s'allonge,
s'allonge, s'allonge, et finit par
devenir elle-même une note formidable.
- QUEUE DE POIREAU, s. f.
Ruban de Saint-Maurice et Lazare, lequel est vert. Argot des
faubouriens.
- QUEUE DE RAT, s. f. Bougie
roulée en corde,—dans l'argot des bourgeois.
- QUEUE DE RAT, s. f. Tabatière
en écorce d'arbre s'ouvrant au moyen d'une longue et étroite lanière.
- QUEUE DE RENARD, s. f. Témoignages
397
accusateurs d'un dîner mal digéré. Argot du peuple.
- QUEUE D'UN CHAT (Pas la).
Solitude complète.
- QUEUE-LEU-LEU (A la), adv.
L'un après l'autre, en s'entre-suivant comme les loups.
- QUEUE ROUGE, s. f. Jocrisse,
homme chargé des rôles de niais,—dans l'argot des coulisses.
Signifie aussi Homme qui se fait le bouffon des autres, sans
être payé par eux.
- QUEUES, s. f. pl. Phrases
soudées ensemble à la queue-leu-leu,—dans l'argot des typographes,
dont c'est le javanais.
Un échantillon de ce systèmede coquesigruïtés, que l'on pourrait
croire moderne et qui est plus que centenaire, sera peut-être
plus clair que ma définition. Quelqu'un dit, à propos de quelque
chose: «Je la trouve bonne.» Aussitôt un loustic ajoute d'enfant,
puis un autre ticide, puis
d'autres de Normandie,—t-on—taine—ton
ton—mariné—en
trompette—tition—au Sénat—eur
de sanglier—par la patte—hologie—berne—en
Suisse—esse—vous que je vois, etc., etc.,
etc. Lesquelles coquesigruïtés, prises isolément, donnent: Bonne
d'enfant,—infanticide,—cidre de Normandie,—dit-on,—ton
taine ton ton,—thon mariné,—nez en trompette,—pétition au Sénat,—hure de sanglier,
etc.
- QUI A DU ONZE CORPS-BEAU?
Question qui ne demande pas de réponse, pour annoncer l'entrée
d'un prêtre dans l'atelier. Même argot.
- QUIBUS, s. m. Argent,—dans
l'argot du peuple.
- QUI EST-CE QUI VOUS DEMANDE
L'HEURE QU'IL EST? Phrase du même argot, souvent employée
pour répondre à une importunité.
- Quignon, s. m. Gros morceau
de pain.
- QUILLER, v. a. et n. Lancer
des pierres, soit pour attraper quelqu'un qui s'enfuit, soit pour
abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
- QUILLER A L'OIE, v. a. Envoyer
un bâton dans les jambes de quelqu'un,—par allusion à
un jeu cruel qui était encore en honneur chez nous il y a une
vingtaine d'années. Argot du peuple.
- QUILLES, s. f. pl. Jambes,—dans
l'argot des faubouriens.
- QUIMPER, v. n. Tomber,—dans
l'argot des voleurs.
- QUIMPER LA LANCE, v. a.
Meiere. Même argot.
- QUINQUETS, s. m. pl. Les
yeux,—dans l'argot des faubouriens.
Belle paire de quinquets. Yeux émerillonnés.
Allumer ses quinquets. Regarder avec attention.
Éteindre les quinquets. Crever les yeux.
- QUINTE-ET-QUATORZE, s. m.
Mal au traitement duquel est affecté l'hôpital du Midi.
398
Avoir quinte-et-quatorze. N'avoir
pas su écarter la dame de
cœur,—ou plutôt la dame de
pique.
- QUINTETTE, s. m. Le cinq,—dans
l'argot des joueurs de dominos.
- QUINZE ANS, TOUTES SES
DENTS ET PAS DE CORSET! Phrase souvent ironique de l'argot
des faubouriens, qui l'emploient à propos des femmes
jeunes et bien faites, ou de celles qui se croient ainsi.
- QUINZE-VINGT, s. m. Aveugle,—dans
l'argot du peuple.
- QUIQUI, s. m. Abatis de toutes
sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d'oies, etc.,—dans
l'argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers,
lesquels «en font de fameux potages».
- QUI-VA-LA, s. m. Passeport,—dans
l'argot des faubouriens.
- QUI-VA-VITE, s. f. Ventris
fluxus, courante,—dans l'argot des bourgeois.
- QUONIAM BON TRAIN, adv.
Rapidement, avec empressement,—dans l'argot du peuple.
- QUOQUANTE, s. f. Armoire,—dans
l'argot des voleurs.
- QUOQUARD, s. m. Arbre,—dans
le même argot.
- QUOQUERET, s. m. Rideau—dans
le même argot.
399
R
- RABACHAGE, s. m. Bavardage,—dans
l'argot du peuple. Redites inutiles, vieux clichés,—dans
l'argot des gens de lettres.
- RABACHER, v. n. Ne pas savoir
ce qu'on dit; se répéter, comme font d'ordinaire les vieillards.
- RABACHEUR, s. m. Bavard,
homme qui dit toujours la même chose, qui raconte toujours la
même histoire; mauvais écrivain.
- RABAT-JOIE, s. m. Homme
mélancolique ou grondeur,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Père Rabat-joie.
- RABIAGE, s. m. Rente,—dans
l'argot des voleurs.
- RABIAU, s. m. Résidu; reste
de portion,—dans l'argot des faubouriens, qui ont emprunté ce
mot à l'argot des marins.
On dit aussi Rabiautage.
- RABIAU, s. m. Malade qui,
dans certains hôpitaux, rend certains services à ses camarades de
salle, comme de faire leurs lits, de brosser leurs effets, etc. On
lui donne quelquefois de l'argent et, le plus souvent, des restes de
soupe.
- RABIAU, s. m. Temps qui
reste à faire,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Surcroît de punition.
- RABIAUTER, v. n. Boire ce
qui reste dans le bidon.
Je ne sais pas d'où vient rabiau,
mais rabiauter vient certainement
de rebibere (boire de
nouveau).
- RABIBOCHAGE, s. m. Boni,
dédommagement, consolation,—dans l'argot des enfants, qui
font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de
Bade: à celui qui a perdu toutes ses billes à la bloquette ils en
rendent une douzaine pour qu'il puisse en aller gagner d'autres—à
d'autres.
400
- RABIBOCHER, v. a. Réconcilier
des gens fâchés,—dans l'argot des bourgeois.
Se rabibocher. Se réconcilier.
- RABLÉ, adj. Homme solide
des épaules et des reins,—dans l'argot du peuple.
- RABOTER LE SIFFLET (Se).
Boire un verre d'eau-de-vie ou de vin.
- RABOUILLÈRE, s. f. Maison de
triste apparence, comme il y en a tant encore dans le faubourg
Marceau, nids à rats et à punaises, trous à lapins plutôt que
demeures humaines.
- RABOUIN, s. m. Le Diable,—dans
l'argot des voleurs.
- RABOULER, v. n. Revenir,
abouler de nouveau,—dans l'argot des faubouriens.
- RABROUER, v. a. Gronder,
brutaliser, parler rudement,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Rembarrer.
- RACAILLE, s. f. Individu ou
Collection d'individus crapuleux,—populi fex.
C'est le tag-rag des Anglais.
- RACCORD, s. m. Répétition
partielle d'une pièce,—dans l'argot des coulisses.
- RACCOURCI, s. m Chemin de
traverse,—dans l'argot des paysans des environs de Paris.
- RACCOURCIR, v. a. Guillotiner,—dans
l'argot des voleurs.
On disait autrefois Raccourcir d'un pied, ce qui est une longueur
de tête.
On dit aussi Rogner.
- RACCROCHER, v. a. Se promener
sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés,—dans
l'argot du peuple.
- RACCROCHEUSE, s. f. Fille
de mauvaises mœurs.
- RACINES DE BUIS, s. f. pl.
Dents jaunes, avariées, esgrignées,—comme celles que Bilboquet arracha jadis devant
«Monsieur et madame le maire
de Meaux».
- RACLÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot du peuple.
- RACLER, v. a. Prendre; perdre.
On dit aussi Rafler.
- RACLER LE BOYAU, v. a.
Jouer du violon,—dans l'argot des musiciens.
- RACLETTE, s. f. Agent de la
police secrète,—dans l'argot des voleurs.
- RACONTAINE, s. f. Récit familier,
cancan.
- RACONTARS, s. m. pl. Bruits
de salons et de clubs, échos,—dans l'argot des journalistes.
C'est Aurélien Scholl qui a employé le premier cette expression:
je lui en laisse la responsabilité.
- RADE ou RADEAU, s. m. Tiroir
de comptoir où sont les radis,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Boutique.
- RADE, s. m. Apocope de Radis,—dans
l'argot des voyous.
- RADEAU DE LA MÉDUSE, s.
m. Misère extrême,—dans l'argot des bohèmes, qui souffrent
parfois de la faim et de la
401
soif autant que les naufragés célèbres peints par Géricault.
Être sur le radeau de la Méduse. N'avoir pas d'argent.
- RADIN, s. m. Gousset de
montre ou de gilet,—dans l'argot des voleurs.
Friser le radin. Le débarrasser de sa montre.
- RADIS, s. m. Pièce de monnaie,
argent quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
N'avoir pas un radis: Être tout à fait pauvre.
- RADOUBER (Se), v. réfl. Réparer
sa fortune ou sa santé,—dans le langage des ouvriers qui
ont servi dans l'infanterie de marine.
On dit aussi: Passer au grand radoub.
- RADURER, v. a. Repasser
sur la meule,—dans l'argot des voleurs.
- RADUREUR, s. m. Repasseur
de couteaux.
- RAFALE, s. f. Misère,—dans
l'argot du peuple, en proie aux bourrasques continuelles de la vie.
- RAFALÉ, adj. et s. Misérable,
pauvrement vêtu ou de triste mine.
Ne faudrait-il pas dire plutôt affalé? Je crois que oui. Les
marins, voulant peindre le même état d'ennui, d'embarras,
de misère, disent au figuré Être affalé sur la côte,—ce qui est,
en somme, être à la côte.
- RAFALER, v. a. Abaisser,
humilier,—dans l'argot des voleurs, qui savent mieux que
personne combien la misère ou des vêtements pauvres peuvent
ravaler un homme.
- RAFALER (Se), v. réfl. Devenir
pauvre; porter des vêtements usés,—dans l'argot du
peuple.
- RAFFURER, v. a. Regagner,—dans
l'argot des voleurs.
- RAFFUT, s. m. Tapage,—dans
l'argot du peuple.
- RAFIAU, s. m. Domestique
d'hôpital, infirmier.
- RAFIOT, s. m. Chose de peu
d'importance; camelotte.
Cette expression est empruntée au vocabulaire des marins,
qui appellent ainsi tout Bâtiment léger.
- RAFISTOLER, v. a. Raccommoder.
- RAFISTOLER (Se), v. réfl.
S'habiller à neuf, ou seulement Mettre ses habits du dimanche.
- RA-FLA, s. m. pl. Notes fréquemment
exécutées sur le tambour.
- RAFLE, s. f. Arrestation d'une
bande de gens; main basse faite sur une certaine quantité de
choses. Argot du peuple.
- RAFLER, v. a. Prendre,
saisir, chiper.
- RAFRAÎCHIR (Se), v. réfl. Se
battre au sabre,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussi: Se rafraîchir d'un coup de sabre.
- RAGE DE DENTS, s. f. Grosse
faim,—dans l'argot du peuple.
402
- RAGOT, s. m. Cancan, médisance,—sans
doute par allusion aux grognements des sangliers
de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.
- RAGOTER, v. n. Murmurer,
gronder sourdement.
On dit aussi Ragonner.
- RAGOÛT, s. m. Assaisonnement
d'un plaisir quelconque.
S'emploie souvent en mauvaise part:
«J'aurois un beau teston pour juger d'une urine,
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
Des ragousts qu'un malade offre à son médecin,»
dit Mathurin Régnier en sa satire
la Poésie toujours pauvre.
- RAGOÛT, s. m. Relief, accentuation
de couleur, hardiesse de brosse,—dans l'argot des artistes.
- RAGOÛT, s. m. Soupçon,—dans
l'argot des voleurs.
Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.
- RAGOÛTANT, TE, adj. Plaisant,
agréable,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette
expression à propos des gens comme à propos des choses.
Vieillard ragoûtant. Qui est
propre,—et surtout sans infirmités.
Femme ragoûtante. Qui excite l'appétit des amoureux.
- RAGOÛTER, v. a. Remettre
en appétit, réveiller le désir.
- RAIDE, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rude.
- RAIDE, adj. Invraisemblable,
difficile à croire,—c'est-à-dire à
avaler.
Se dit à propos d'un Mot scabreux, d'une anecdote croustilleuse.
La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.
- RAIDE, adj. Complètement
gris,—parce que l'homme qui est dans cet état abject fait tous
ses efforts pour que cela ne s'aperçoive pas, en se raidissant,
en essayant de marcher droit et avec dignité.
On dit aussi Raide comme la Justice.
- RAIDE COMME BALLE, adv.
Rapidement.
- RAIDIR, v. n. Mourir.
On dit aussi Raidir l'ergot, ou les ergots.
- RAILLE, s. f. Les agents de
police en général,—dans l'argot des voleurs.
- RAILLE, s. m. Mouchard.
- RAISINÉ, s. m. Sang,—dans
le même argot.
- RAISINÉ (Faire du), v. a.
Saigner du nez,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas emprunté
cette expression aux voleurs.
- RAJOUTER, v. a. Ajouter,—dans
l'argot des bourgeois, qui parlent souvent le français des
réalistes, émaillé de pléonasmes.
- RALEUR, s. m. Faux amateur
de livres qui bouscule les boîtes sans rien acheter. Argot des bouquinistes.
403
- RALEUSE, s. et adj. Femme
qui marchande tout sans rien acheter,—dans l'argot des boutiquiers.
- RALEUSE, s. f. Courtière,
femme chargée d'arrêter les passant pour leur proposer de la
marchandise. Argot des marchandes du Temple.
- RAMA, s. m. Grelot que les
artistes trouvaient drôle, vers 1838, d'attacher à tous leurs
mots, pour parodier les Dioramas, les Panoramas et autres
Géoramas alors en vogue. C'était leur javanais.
Parler en rama. Ajouter rama
à toutes les phrases.
- RAMASSER, v. a. Arrêter;
conduire en prison,—dans l'argot des faubouriens.
Se faire ramasser. Se faire arrêter.
- RAMASSER (Se), v. réfl. Se
relever lorsqu'on est tombé.
- RAMASSER SES OUTILS. Mourir,—dans
l'argot des ouvriers.
- Ramastiquer, v. a. Ramasser,—dans
l'argot des voleurs.
- RAMASTIQUEUR, s. m. Variété
de filous décrite par Vidocq.
- RAMBUTEAU, s. m. Colonne
ad usum lotii des promeneurs, établie le long de nos boulevards
sous l'édilité du comte de Rambuteau.
- RAME, s. f. Plume,—dans
l'argot des voleurs.
- RAMENEUR, s. m. Homme
affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en ramenant habilement
ses derniers cheveux sur le devant de sa tête—et «empruntant
ainsi un qui vaut dix».
- RAMENEUSE, s. f. Petite
dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des
cafés du boulevard, vers l'heure de la fermeture, afin d'y nouer
connaissance avec quelque galant homme.
- RAMICHER, v. a. Réconcilier
des gens fâchés—dans l'argot du peuple.
Se ramicher. Se dit des amants qui se reprennent après s'être
quittés.
- RAMOLLI, s. et adj. Imbécile,
ou simplement Ennuyeux,—dans l'argot des faubouriens.
- RAMONA, s. m. Petit Savoyard,
qui, aux premiers jours d'automne, s'en vient crier: haut
en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la
ceinture et sac au dos. C'est parfois un petit Auvergnat.
- RAMONER, v. n. Murmurer,
marmotter, parler entre ses dents,—par allusion au bruit
désagréable que fait le ramona en montant et en descendant dans
la cheminée qu'il nettoie.
- RAMPE, s. f. Le cordon des
lumières qui éclairent la scène,—dans l'argot des coulisses.
Se dit aussi pour: Théâtre, scène, coulisses.
Princesse de la rampe. Actrice.
Se brûler à la rampe. Jouer
pour soi,—s'approcher trop près du public, sans s'occuper
des autres acteurs en scène.
404
Rampeau! Coup nul,—dans
l'argot des enfants, lorsqu'ils jouent aux billes ou à la balle.
Les vieux joueurs de boule emploient la même expression à
propos du second coup d'une partie en deux coups de boule.
- RAMPONER, v. n. Boire, s'enivrer.
L'expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier
de la Courtille.
- RANCART, v. Rencart.
- RANG, s. m. Armature de
bois qui supporte toujours les casses, et quelquefois les ouvriers
typographes.
- RAPATRIER (Se). Se réconcilier,—dans
l'argot du peuple.
- RAPE, s. f. Le dos,—dans
l'argot des voleurs.
- RAPIAT, s. m. Auvergnat,
Savoyard. Même argot.
- RAPIAT, s. et adj. Cupide,
avare, un peu voleur même,—dans l'argot du peuple.
- RAPIN, s. m. Mauvais peintre,— dans
l'argot des bourgeois.
- RAPIOT, s. m. Pièce mise à
un habit ou à un soulier,—dans l'argot des faubouriens.
- RAPIOTER, v. a. Rapiécer.
- RAPIOTER, v. a. Fouiller,—dans
l'argot des voleurs.
- RAPIQUER, v. n. Revenir
quelque part, retourner à quelque chose. Argot des faubouriens.
On dit aussi et mieux Rappliquer.
- RAPPORTEUR, s. m. Elève
qui dénonce ses camarades au maître. Argot des écoliers.
- RASER, v. a. Ennuyer, être
importun,—comme le sont ordinairement les barbiers, gens
qui se croient obligés, pour distraire leurs pratiques sur la
sellette, de leur raconter des fariboles, des cancans, des anas
aussi vieux que Mathusalem. Argot du peuple et des gens de
lettres.
On disait il y a cent ans: Faire la barbe.
- RASIBUS, prép. Tout près,
tout contre, au ras,—dans l'argot du peuple.
- RASOIR, s. m. Homme ennuyeux.
Rasoir anglais. Le plus ennuyeux,—les
rasoirs qui viennent de Londres ayant la réputation
d'être les plus coupants du monde.
On dit aussi Raseur.
- RASOIR! Exclamation de la
même famille que Des navets!
- RASOIR NATIONAL, s. m. La
guillotine,—dans l'argot des révolutionnaires de 1793.
Passer sous le rasoir national. Être exécuté.
- RAT, s. m. Petit voleur qui
entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache
sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient
couchés, et, lorsqu'il est assuré de l'impunité, ouvre la porte à
ses complices du dehors.
On dit aussi Raton.
Courir le rat. Voler la nuit
405
dans une auberge ou dans un
hôtel garni.
- RAT, s. m. Caprice,—dans
l'argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures
qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine.
Autrefois, Avoir des rats c'était
«avoir l'esprit folâtre, bouffon,
étourdi, escarbillard, farceur
et polisson».
- RAT, s. et adj. Avare; homme
intéressé.
- RAT, s. m. Bougie cordelée
et repliée de façon à tenir dans la poche. On l'appelle aussi, rat
de cave.
- RAT, s. m. Retardataire,—dans
l'argot des Polytechniciens.
Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu
par son rang des Ponts-et-Chaussées.
Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.
- RAT, s. m. Petite fille de sept
à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse
ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus
facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler.
Le mot date de la Restauration,
quoique quelques personnes—mal
informées—lui aient
donné, comme date, 1842, et
comme père, Nestor Roqueplan.
- RATA, s. m. Ragoût de pommes
de terre et de lard,—dans l'argot des troupiers.
- RATAFIAT DE GRENOUILLE,
s. m. L'eau,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Anisette de barbillon et Bourgogne de cheval.
- RATAPOIL, s. et adj. Partisan
quand même du 1er Empire et admirateur aveugle de l'empereur
Napoléon.
- RATATOUILLE, s. f. Mauvais
ragoût, plat manqué.
- RATATOUILLE, s. f. Coups
donnés ou reçus.
- RAT DE CAVE, s. m. Employé
de la régie,—dans l'argot des marchands de vin V.—Rat.
- RAT DE PRISON, s. m. Avocat,—dans
l'argot des voleurs.
- RATER, v. a. Echouer dans
une entreprise, manquer une affaire,—amoureuse ou autre.
Argot du peuple.
Rater une femme. Ne pouvoir
réussir à s'en faire aimer après l'avoir couchée en joue.
- RATICHON, s. m. Abbé, prêtre,—dans
l'argot des voyous et des voleurs.
Serpillière de ratichon. Soutane de prêtre.
On dit aussi Rasé ou Rasi.
- RATICHON, s. m. Peigne,—dans
l'argot des faubouriens.
- RATICHONNER, v. a. Peigner.
- RATICHONNIÈRE, s. f. Eglise.
- RATISSER, v. a. Prendre,
chiper,—dans l'argot des faubouriens.
Se faire ratisser. Se laisser
duper, ou voler, ou gagner au jeu.
406
- RATISSER (En), v. a. Se moquer
de quelqu'un,—dans l'argot du peuple.
On n'emploie guère ce verbe qu'à la première et à la troisième
personne de l'indicatif présent.
- RATON, s. m. Petit voleur.
- RATTRAPAGE, s. m. Fin de
la copie donnée à un typographe. Il est tenu de composer (on dit
rattraper) jusqu'au nom de son camarade écrit sur la copie suivante.
- RAVAGE, s. m. Débris métalliques
volés.
- RAVAGEUR, s. m. Dragueur
à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris
avec l'espérance d'y faire des trouvailles heureuses.
Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d'années,
leurs ravageurs, pauvres diables à l'affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.
- RAVAUDER, v. a. Raccommoder
du linge, des vêtements,—dans l'argot du peuple.
- RAVAUDER, v. n. Être lent à
faire quelque chose; s'amuser au lieu de travailler.
- RAVIGNOLE, s. f. Récidive,—dans
l'argot des voleurs.
- RAVIGOTE (A la), adv. D'une
façon piquante. Argot du peuple.
- RAVIGOTER, v. a. Soulager;
refaire, remettre en bon état;
réjouir.
- RAYON DE MIEL, s. m. Dentelle,—dans
l'argot des voleurs.
- RAZZIA, s. f. Rafle,—dans l'argot
du peuple, retour d'Afrique.
- RÉAC, adj. et s. Bourgeois,
réactionnaire,—dans l'argot des faubouriens.
Le mot date de 1848.
- REBATIR, v. a. Tuer,—dans
l'argot des voleurs.
- RÉBECCA, s. f. Fille ou femme
qui ne répond qu'avec aigreur aux observations qu'on lui fait,—qui
se rebèque en un mot. Argot des bourgeois.
On dit aussi Mademoiselle Rébecca. (Rien de la Bible.)
- REBÉQUER (Se), v. réfl. Se
révolter, répondre avec fierté, avec colère,—dans l'argot du
peuple, à qui Saint-Simon et Diderot ont fait l'honneur d'emprunter
ce verbe expressif.
- REBÉQUER, v. n. Répéter,—dans
l'argot des faubouriens.
- REBIFFER (Se), v. réfl. Regimber,
protester plus ou moins énergiquement,—dans l'argot du peuple.
- REBIFFER (Se), v. réfl. Se
présenter avec avantage,—dans l'argot des troupiers, tous plus
ou moins cocardiers.
- REBONNETAGE, s. f. Réconciliation,—dans
l'argot des faubouriens.
- REBONNETER, v. a. Aduler,
flatter,—dans l'argot des voleurs.
Rebonneter pour l'af. Flatter ironiquement.
- RRebonneter (Se), v. réfl.
Devenir meilleur,—dans l'argot
407
des faubouriens, qui emploient ce verbe à propos des choses et des gens.
- REBONNETEUR, s. m. Confesseur,—dans
l'argot des voleurs.
- REBOUIS, adj. Mort, refroidi,—dans
le même argot.
- REBOUISER, v. a. Tuer,—dans
le même argot.
A signifié autrefois, dans le langage des honnêtes gens: Déniaiser
quelqu'un; jouer un tour, faire une fourberie.
- REBOUISER, v. a. Remarquer,
distinguer,—dans l'argot des faubouriens.
Le verbe est désormais consacré pour eux par la chanson de
l'Assommoir (o lepida cantio!) où l'on dit:
«Faut pas blaguer, le treppe est batte;
Dans c'taudion i' s'trouv' des rupins.
Si queuq's gonziers train'nt la savate,
J'en ai r'bouisé qu'ont d's escarpins.»
- REBOUISER, v. a. Réparer,
ravauder. Argot du peuple.
- REBOUISEUR, s. m. Savetier,—dans
l'argot des revendeurs.
- REBOURS, s. m. Déménagement
clandestin,—dans l'argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55.)
- REBOUTER, v. a. Remettre
un membre, réduire une fracture. Argot du peuple.
- REBOUTEUR, s. m. Chirurgien
sans diplôme.
- RECALER, v. a. Rectifier, corriger.
Argot des artistes.
- RECALER (Se), v. réfl. S'habiller
à neuf, ou reprendre des forces quand on a été malade,—dans
l'argot du peuple.
- RECARRER (Se), v. réfl. Faire
le paon, le suffisant.
- RECEVOIR LA PELLE AU CUL,
v. a. Être renvoyé de quelque part ou d'un emploi.
«Mon rival, j'en suis convaincu,
Va recevoir la pelle au cul!»
dit une chanson du temps de l'Empire.
- RECEVOIR SON DÉCOMPTE.
Mourir,—dans l'argot des troupiers.
- RECHANGER (Se), v. réfl.
Changer de linge ou d'habit; quitter les vêtements de travail
pour mettre les vêtements du dimanche. Argot des ouvriers.
- RÉCHAUFFANTE, s. f. Perruque,—dans
l'argot des voleurs.
- RÉCHAUFFÉ, s. m. Chose
tardive, résolution intempestive, bonne inspiration venue après
coup. Argot du peuple.
Signifie aussi: Vieux vaudeville, vieille plaisanterie, etc.
- RÉCHAUFFER, v. a. Ennuyer,—dans
l'argot des voleurs.
- RÊCHE, s. m. Sou,—dans
l'argot des faubouriens, qui trouvent le billon rude.
- RÊCHU, adj. et s. Homme
désagréable, grincheur,—dans l'argot du peuple.
- RÉCLAME, s. f. Eloge pompeux
et ridicule que les journaux décernent—moyennant
cinq francs la ligne—à toute œuvre ou à tout médicament qui
est le moins digne d'être loué.
408
- RECONDUIRE, v. a. Siffler,—dans
l'argot des coulisses.
- RECONDUIRE QUELQU'UN. Le
renvoyer à coups de pied ou à coups de poing,—dans l'argot
des faubouriens.
On dit aussi Faire la conduite.
- RECONOBRER, v. a. Reconnaître,—dans
l'argot des voleurs.
- RECOQUER (Se), v. réfl. S'habiller
à neuf; reprendre de nouvelles forces, revenir à la santé. Argot du peuple.
- RECORDER, v. a. Prévenir
quelqu'un de ce qui doit lui arriver,—dans l'argot des voleurs.
- RRecta, adv. Net, sans rien
laisser ni devoir,—dans l'argot du peuple.
Payer recta. Payer jusqu'au dernier sou.
C'est l'adverbe latin détourné de son sens.
- RÉCURER (Se), v. réfl. Se
purger.
Se faire récurer. Se faire traiter
à l'hôpital du Midi.
- RÉDAM, s. f. Grâce,—dans
l'argot des voleurs, qui cependant ne croient pas à leur rédemption.
- REDOUBLEMENT DE FIÈVRE,
s. m. Révélation d'un nouveau fait à charge,—dans le même argot.
- REDRESSE, s. f. Institution
toute parisienne, composée de bohèmes qui ne veulent pas
demander au travail les moyens d'existence qu'il ne leur refuserait
pas, et préfèrent s'adresser pour cela au Hasard, ce dieu des
paresseux et des fripons.
Chevalier de la Redresse. Industriel
qui carotte le vivre et le couvert à tout gobe-mouches
disposé à écouter ses histoires.
- REFAIRE, v. a. Tromper,
duper, et même voler,—dans
l'argot des faubouriens.
- Refaire (Se), v. réfl. Reprendre
des forces, recouvrer la
santé,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Regagner au jeu après s'y être ruiné.
- REFAIT AU MÊME (Être). Être
joué par quelqu'un à qui l'on avait précédemment joué quelque
méchant tour.
- REFAITE, s. f. Repas,—dans
l'argot des voleurs.
Refaite du mattois. Déjeuner.
Refaite de jorne. Dîner.
Refaite de sorgue. Souper.
Refaite de côni. Extrême-onction,
ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné
à mort avant son exécution.
- REFAITER, v. n. Manger.
- REFILER, v. a. Rendre, restituer,—dans
l'argot des voyous.
- REFILER, v. a. Suivre, rechercher,—dans
l'argot des voleurs.
- REFOULER, v. n. Hésiter, renoncer
à faire une chose,—dans l'argot des ouvriers.
Refouler au travail. Fêter la
Saint-Lundi.
409
- RÉFRACTAIRE, s. m. Bohème,
homme de talent qui regimbe à suivre les modes morales de son temps.
L'expression n'est pas de Jules Vallès,—comme on serait
excusable de le croire, d'après l'intéressant ouvrage qui
porte ce mot pour titre, attendu que voilà une quinzaine d'années
qu'on appelle Camp des réfractaires un petit café borgne
de la rue Vavin, hanté par des rapins littéraires et artistiques.
De même, le garni situé à quelques pas de là est appelé
par ses hôtes l'Hôtel des réfractaires, les chambres ressemblant,
paraît-il, à des casemates.
- REFROIDI, s. m. Noyé,
pendu; cadavre,—dans l'argot des voleurs.
- REFROIDIR, v. a. Tuer.
- RÉGALADE, s. f. Petite ripaille,—dans
l'argot du peuple.
A la régalade. Boire en renversant
la tête en arrière et en élevant la bouteille de façon que
les lèvres ne touchent pas celle-ci.
- RÉGALER, v. a. et n. Donner
à dîner, payer à boire.
- RÉGALER SON SUISSE, v. a.
C'est, quand on joue à deux, à un jeu quelconque, une consommation,
ne perdre ni gagner, être chacun pour son écot.
- REGARDANT, adj. Économe,
avare,—dans l'argot des domestiques, habitués à considérer
le bien de leurs maîtres comme le leur, peu généreux,—dans
l'argot des petites dames, qui veulent bien faire payer l'amour,
mais ne veulent pas qu'on le marchande.
- RÉGENCE, adj. Galant, libertin,
audacieux,—en parlant des choses et des gens.
Être régence. Se donner des airs de roué.
Souper régence. Souper où les femmes légères sont spécialement
admises.
- ÉGIMENT DES BOULES DE SIAM, s. m. La confrérie abjecte
dont le docteur Tardieu a décrit les mœurs et les maladies dans
une brochure que tout le monde a lue,—quoiqu'elle n'eût été
écrite que pour un petit nombre de personnes. Argot des faubouriens.
- REGINGLADE, s. f. Jeu d'enfants
qui consiste à chasser celui qui glisse le premier en lui
tombant sur le dos les deux bras en avant.
- REGINGLER, v. n. Jouer à la
reginglade.
- RÉGLÉ COMME UN PAPIER DE
MUSIQUE, adj. Ponctuel, rangé, régulier dans ses habitudes.
Argot des bourgeois.
C'est le pendant de Sage comme une image.
- REGON, s. m. Dette,—dans
l'argot des voleurs.
- REGONCER, v. a. Devoir.
- REGOUT, s. m. Inquiétude,
crainte, remords,—dans le même argot.
Faire du regout. Être arrêté.
- RÉGUISÉ (Être). Être battu,
ou ruiné, ou volé, ou condamné
410
par la Faculté ou par le Jury. Argot des faubouriens.
- RÉJOUISSANCE, s. f. Os de
bœuf arbitrairement glissés dans la viande pesée par les bouchers.
- RELEVANTE, s. f. Moutarde,—dans
l'argot des voleurs.
- RELEVER, v. n. Sortir d'un
état de gêne,—dans l'argot des faubouriens, à qui il coûte sans
doute de dire Se relever de la misère.
On dit aussi Être à la relève.
- RELICHER (Se). S'embrasser
tendrement.
On dit aussi Se relicher le morviau.
- RELUIRE DANS LE VENTRE,
v. n. Exciter la convoitise, ou l'envie,—dans l'argot du peuple.
- RELUIT, s. m. Œil,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Jour.
- RELUQUER, v. a. Considérer,
regarder avec attention,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Faire les yeux doux.
- REMBINER, v. a. Rétracter
une calomnie; un débinage,—dans l'argot des voyous.
- REMBROCAGE DE PARRAIN,
s. m. Confrontation,—dans l'argot des voleurs.
- REMBROQUER, v. a. Reconnaître.
Signifie aussi Regarder.
- REMÈDE L'AMOUR, s. m. Figure
grotesque ou repoussante,—dans l'argot du peuple, qui ne
sait pas que Mirabeau a été adoré de Sophie.
- REMERCIER, v. a. Renvoyer
un domestique; donner son congé à un ouvrier,—dans l'argot des bourgeois.
- REMERCIER SON BOUCHER,
v. a. Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Remercier son boulanger.
- REMETTEZ DONC LE COUVERCLE!
disent les voyous à quelqu'un qui a l'haleine fétide,
pour l'empêcher de parler davantage.
- REMETTRE QUELQU'UN A SA
PLACE. Répliquer vertement à quelqu'un qui vous manque de
respect, lui faire comprendre son impertinence. Argot des bourgeois.
- REMISER SON FIACRE. Se
taire,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
- REMISIER, s. m. Variété
d'Agent de change: homme qui touche une remise sur les affaires
qu'il procure à un agent de change.
- RÉMONENCQ, s. m. Revendeur
auvergnat, chineur,—dans l'argot des gens de lettres, qui se
souviennent de la Comédie humaine de Balzac.
- REMONTER SA PENDULE, v.
a. Battre de temps en temps sa femme,—dans l'argot des ouvriers.
411
- REMONTER SUR SA BÊTE, v.
n. Rétablir ses affaires, sa fortune, son bonheur,—dans l'argot
du peuple.
- REMOUCHER, v. a. Apercevoir,
remarquer, admirer,—dans l'argot des faubouriens.
Les Italiens disent rimorchiare,
donner des regards pour allécher.
- REMOUCHICOTER, v. n. Chercher
les aventures galantes—ou des prétextes à rixe.
- REMPIÉTER, v. a. Mettre des
talons et des bouts aux bas—dans l'argot des ménagères.
- REMPLIR LE BATTANT (Se).
Manger,—dans l'argot des faubouriens.
- REMPLISSAGE, s. m. Prose
inutile, destinée à allonger un article, un volume,—dans l'argot
des gens de lettres.
- REMPLUMER (Se), v. réfl.
Engraisser, s'enrichir,—dans l'argot des faubouriens.
- Renaché, s. m. Fromage,—dans
l'argot des voleurs.
- RENACLER, v. n. Bouder au
travail; ne pas se sentir en disposition de faire une chose. Argot
des faubouriens.
Signifie aussi: Crier après quelqu'un, gronder, murmurer.
- RENARD, s. m. Aspirant compagnon,—dans
l'argot des ouvriers.
- RENARD, s. m. Pourboire,—dans
l'argot des marbriers de cimetière, forcés d'employer
toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles
inconsolables, mais «dures à la détente».
- RENARD, s. m. Résultat d'une
indigestion,—dans l'argot du peuple.
Piquer un renard. Vomir.
Du temps de Rabelais et d'Agrippa d'Aubigné, on disait
Ecorcher le renard.
Les Anglais ont une expression analogue: to shoot the cat
(décharger le chat).
- RENARDER, v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée
avec excès ou dans de mauvaises dispositions d'estomac.
- RENARÉ, adj. et s. Malin,
homme habile.
- RENAUD, s. m. Reproche,
esclandre,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi: Danger, péril.
- RENAUDER, v. n. Se refuser
à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple.
C'est le verbe arnauder de la langue romane.
Renauder signifie aussi Se plaindre.
- RENCART ou Rancart (Au) A
l'écart, au rebut.
- RENDÈVE, s. m. Apocope de
Rendez-vous,—dans l'argot des faubouriens.
- RENDOUBLÉ, ÉE, adj. Plein,
pleine,—dans l'argot des voleurs.
- RENDRE SA BÛCHE, v. a. Livrer
une pièce au patron,—dans l'argot des tailleurs.
Au figuré, Mourir,—rendre son âme au Grêle d'en haut.
412
- RENDRE SA CANNE AU MINISTRE.
Mourir,—dans l'argot des troupiers, qui disent cela à
propos des tambours-majors.
- RENDRE SA CLEF. Mourir,—dans
l'argot des bohèmes.
- RENDRE SON CORDON. Mourir,—dans
l'argot des rapins, qui disent cela à propos des concierges.
- RENDRE SON LIVRET. Mourir,—dans
l'argot des domestiques.
- RENDRE SON PERMIS DE
CHASSE. Mourir,—dans l'argot du peuple, qui dit cela à propos
des médecins, de qui l'homme malade est le gibier naturel.
- RENDRE UNE FÈVE POUR UN
POIS, v. a. Riposter à un coup de langue ou à un coup de
poing par un autre coup de langue plus aigu ou par un autre
coup de poing plus violent. Argot du peuple.
Signifie aussi: Rendre le bien pour le mal; agir avec générosité
envers des gens qui ont montré de la parcimonie.
- RENDRE VISITE A M. DU BOIS.
Aller «où le Roi va à pied»,—dans l'argot des faubouriens.
- RENFONCEMENT, s. m. Coup
de poing.
- RENFRUSQUINER (Se), v. réfl.
S'habiller à neuf avec des vêtements d'occasion,—dans l'argot
des ouvriers.
- RENGAÎNE, s. f. Phrases toutes
faites à l'usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes,—telles
que «l'étoile de l'honneur, la croix de ma mère, l'épée de
mon père, le nom de mes aïeux»,
etc., etc.
- RENGAÎNER SON COMPLIMENT,
v. a. Se taire,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
- RENGRACIER, v. n. Renoncer
au métier, redevenir honnête homme,—dans l'argot des voleurs,
gens peu rengraciables.
Rengraciez! Taisez-vous! faites silence!
- RENIFLANTES, s. f. pl. Bottes
éculées et percées,—dans l'argot des voyous.
- RENIFLER, v. n. Reculer, se
refuser à faire une chose,—dans l'argot des faubouriens, qui
ont eu l'occasion d'observer les chevaux peureux.
- RENIFLER, v. a. Respirer,
sentir.
Signifie aussi, au figuré: Pressentir, deviner, avoir soupçon
de...
- RENIFLER, v. a. et n. Boire.
Il faudrait n'avoir pas été enfant pour ne pas se rappeler le
maternel:
«Renifle, Pierrot,
Y a du beurre au pot.»
- RENIFLER, v. n. Faire un effet
rétrograde,—dans l'argot des joueurs de billard.
- RENIFLER LA POUSSIÈRE DU
RUISSEAU, v. a. Tomber dans le ruisseau,—dans l'argot des
voyous.
- RENQUILLER, v. n. Rentrer.
413
- RENQUILLER (Se), v. réfl.
Réussir; engraisser; s'enrichir,—dans l'argot des typographes.
- RENSEIGNEMENT, s. m. Verre
de vin ou d'eau-de-vie,—dans l'argot des canotiers.
Prendre un renseignement. S'arrêter au cabaret.
- RENTIER A LA SOUPE A L'OGNON,
s. m. Ouvrier,—dans l'argot des faubouriens.
- RENTOILER (Se). Revenir à la
santé quand on a été malade; devenir riche quand on a été pauvre.
- RENTRER BREDOUILLE. Rentrer
sans avoir levé personne,—dans l'argot des petites dames,
dont la chasse n'est pas toujours heureuse, bien que Paris soit un
pays fort giboyeux.
- RENTRER BREDOUILLE. Rentrer
ivre-mort. Argot des faubouriens.
- RENTRER DE LA TOILE, v. n.
Prendre du repos par suite d'infirmités ou de vieillesse,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
- RENTRER SES POUCES. Mourir,—dans
l'argot des étudiants en médecine, qui ont eu de fréquentes
occasions de remarquer que lorsque la mort arrive, la
main du moribond se ferme toujours de la même manière, le
pouce se plaçant en dedans des autres doigts.
- RENVERSANT, adj. Étonnant,
extraordinaire.—dans l'argot du peuple et des gandins.
- RENVERSER, v. n. Rejeter ce
qu'on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.
- RENVERSER LA MARMITE, v.
a. Cesser de donner à dîner,—dans l'argot des bourgeois.
- RENVERSER SA MARMITE.
Mourir,—dans l'argot des ouvriers.
- RENVERSER SON CASQUE.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens, qui disent cela à propos
des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux
marchand de crayons Mengin.
- RÉPANDRE (Se), v. réfl. S'étaler
dans le ruisseau; tomber, soit par accident, soit parce qu'on est ivre.
L'expression est âgée de plus d'un siècle. Elle signifie aussi
Mourir.
- REPASSE, s. f. Mauvais café,—dans
l'argot des ouvriers.
On dit aussi Cafetiau.
- REPASSER, v. a. Céder quelque
chose à quelqu'un, donner,—dans l'argot du peuple.
Repasser une taloche. Donner un soufflet.
- Repaumer, v. a. Reprendre,
arrêter de nouveau.
- REPÉSIGNER, v. a. Arrêter
de nouveau,—dans l'argot des voleurs.
- RÉPÉTER, v. n. Aimer,—dans
l'argot des cabotins.
On dit aussi Aller à la répétition.
- REPIGER, v. a. Rattraper, retrouver,—dans
l'argot des faubouriens.
414
- REPIQUER, v. n. Reprendre
courage, se tirer d'embarras.
Signifie aussi: Revenir à la charge; retourner à une chose.
Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.
- RÉPLIQUE, s. f. Les derniers
mots d'une tirade, d'un couplet
quelconque,—dans l'argot des
coulisses.
Envoyer la réplique. Prononcer
ces derniers mots de façon à appeler
l'attention de l'acteur qui
doit reprendre le dialogue.
- REPORTER SON FUSIL A LA
MAIRIE, v. a. Commencer à vieillir,—dans l'argot du peuple,
qui sait qu'à cinquante ans on cesse de faire partie de la garde nationale.
- REPORTER SON OUVRAGE.
Assister, quand on est médecin, à l'enterrement d'une personne
qu'on a t...,—pardon! qu'on n'a pas pu guérir. Argot des
faubouriens.
- REPORTER, s. m. Journaliste
en quête de nouvelles.
- REPOUSSANT, s. m. Fusil,—dans
l'argot des voleurs.
- REPOUSSER DU TIROIR, v. n.
Avoir l'haleine cousine germaine du lac Stymphale. Argot des faubouriens.
On dit aussi Repousser du corridor.
- REPRENDRE DU POIL DE LA
BÊTE, v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille.
Argot du peuple.
- REPRENDRE SON PIVOT, v. a.
Retrouver son aplomb, son sang-froid,—dans l'argot du peuple,
qui se sert de cette expression depuis longtemps, car on la
trouve dans les Œuvres diverses de Cyrano de Bergerac.
- REQUIN DE TERRE, s. m.
Huissier,—dans l'argot des faubouriens, qui ont voulu faire
allusion à la voracité de ce fonctionnaire, pour qui tout est bon,
meubles et bijoux, le portrait de votre première maîtresse aussi
bien que le berceau de votre dernier né.
On l'appelle aussi Macaron.
- REQUINQUER (Se), v. réfl. S'habiller
à neuf, ou seulement s'endimancher, dans l'argot du peuple.
- RESSERRER SON LINGE, v. a.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
- RESTANT DE NOS ÉCUS (Le). Se
dit à propos des Gens qui surviennent quelque part quand on
ne les attend pas. Argot du peuple.
- RESTE (Donner son). Achever
un homme en le tuant de n'importe quelle façon.
- RESTE (Ne pas demander
son). C'est, quand on a été battu, fuir sans exiger d'explications—et
surtout sans demander le supplément de coups de pied ou
de poing auxquels on pourrait avoir droit.
- RESTER EN FIGURE. Rester
coi, ne savoir que dire.
Signifie aussi: Rester seul, être abandonné de ses compagnons.
- RESTER EN PLAN, v. n. Rester
comme otage quelque part, lorsqu'on n'a pas d'argent pour payer
sa consommation.
415
- RESTITUER SA DOUBLURE.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
- RESUCÉE, s. f. Chose qu'on a
déjà goûtée, lue, entendue, ou vue plusieurs fois.
On dit aussi C'est de la troisième
ou de la quatrième resucée.
- RÉSURRECTION (La), n. de l.
La prison de Saint-Lazare,—dans l'argot des faubouriens.
- RETAPE, s. f. Raccrochage,—dans
l'argot des filles et de leurs
souteneurs.
Aller à la retape. Raccrocher.
On dit aussi Faire la retape.
- RETAPÉ, adj. Vêtu proprement,—dans
l'argot du peuple.
- RETIRATION (Être en). Avoir
plus de quarante ans, vieillir,—dans l'argot des typographes.
- RETIRER LE PAIN DE LA
BOUCHE, v. a. Ruiner quelqu'un, lui enlever son emploi, les
moyens de gagner sa vie. Argot du peuple.
- RETOURNE, s. f. Atout,—dans
l'argot des joueurs.
Chevalier de la Retourne. Joueur passionné—jusqu'à en
être grec.
- RETOURNER (S'en). Vieillir,—dans
l'argot de Breda-Street.
- RETOURNER SA VESTE, v. a.
Faire faillite, et, par extension, Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Rendre son tablier et Retourner son paletot.
- REVENDRE, v. a. Répéter ce
qu'on a appris de quelqu'un, commettre une indiscrétion. Argot
des voleurs.
- REVENIR, v. n. Se dit—dans
l'argot des bourgeois—de tout ce qui plaît, choses ou gens.
- REVENIR DE PONTOISE, v. n.
Avoir l'air étonné, ahuri; dire des sottises,—dans l'argot du
peuple.
Faire ou dire une chose comme
en revenant de Pontoise. La dire ou la faire mal, gauchement,
niaisement.
- REVENIR SUR L'EAU, v. n.
Rétablir ses affaires, sortir d'un mauvais pas; occuper de nouveau
l'attention publique.
- REVERS DE LA MÉDAILLE, s.
m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent lorsqu'on
a l'habitude de marcher sur les talons.
C'est une expression de l'argot du peuple parisien, qui appartient
également à l'argot du peuple napolitain: Il revescio de la medaglia,
disent les fils de Mazaniello.
- REVIDAGE, s. m. Opération
qui consiste à se partager, entre brocanteurs, les lots achetés trop
cher à l'hôtel Drouot, mais achetés par eux pour les enlever aux bourgeois.
- REVIEWER, s. m. Écrivain de
revues,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette
expression à l'Angleterre.
- REVOIR LA CARTE, v. a.
Rendre son déjeuner ou son dîner,—ce qui est une façon
désagréable de s'assurer de ce qu'on a mangé. Argot du peuple.
416
- RHUME, s. m. Maladie sœur
du Quinte-et-quatorze.
On disait autrefois Rhume ecclésiastique.
- RIBAMBELLE, s. f. Troupe
nombreuse de choses ou de gens.
- RIBOTE, s. f. Griserie, petite
débauche.
Être en ribote. Être ivre.
- RIBOTER, v. n. Hanter les
cabarets.
- RIBOUIS, s. m. Savetier,—dans
l'argot des faubouriens.
Francisque Michel a raison: on devrait dire Rebouis, ce mot
venant de l'opération par laquelle le cordonnier communique du
lustre à une semelle en donnant le bouis. Le rebouis donne un
second bouis, ou second lustre, aux chaussures avariées par l'usage.
- RIC-A-RIC, adv. Chichement,
morceau par morceau,—dans l'argot du peuple.
Payer ric-à-ric. Par acompte.
Autrefois cela signifiait au contraire, Payer rigoureusement,
jusqu'au dernier sou.
- RICHE, adj. Bon, agréable,
amusant.
S'emploie ordinairement en mauvaise part et avec la négative.
Ce n'est pas riche! Ce n'est pas honnête, ce n'est pas bien.
C'est, me semble-t-il, le luculentus
des Latins: hæreditas luculenta, riche succession, dit Plaute;
luculentus scriptor, excellent écrivain, dit Cicéron.
- RICHE EN IVOIRE, adj. Qui a
de belles dents,—dans l'argot des faubouriens.
Montrer son ivoire. Montrer ses dents.
Les ouvriers anglais ont la même expression: Flash his
ivory.
- RICHE EN PEINTURE, adj. et
s. Homme glorieux, plus riche en paroles qu'en réalité. Argot du peuple.
On dit de même d'un Fanfaron qu'il est brave en peinture.
- RICHELIEU, adj. Galant, magnifique,
entreprenant,—dans l'argot des bourgeois, dont les
grand'mères ont conservé bon souvenir du vainqueur de Mahon.
- RICHEMENT, adv. Extrêmement.
- RICHONNER, v. n. Rire,—dans
l'argot des voleurs.
- RIDEAU ROUGE, s. m. Cabaret,—dans
l'argot du peuple, qui se rappelle toujours les maisons
à boire du vieux temps, reconnaissables à leurs rideaux de
percale de couleur pourpre.
Les ouvriers anglais disent de même Red-lattice, parce que chez
eux c'est le treillage extérieur du cabaret qui est peint en rouge.
- RIDEAUX DE PERSE, s. m. pl.
Rideaux déchirés, percés de trous,—dans l'argot des bourgeois
plaisantins.
On dit de même Mouchoir de Perse, chemise de Perse, etc.
- RIEN, s. m. Garde-chiourme,
argousin,—dans l'argot des forçats.
- RIEN. Mot de l'argot des faubouriens,
qui l'emploient comme selle à tous chevaux, pour donner
417
plus de force et de couleur à leurs discours.
Ainsi, ils disent: Il n'a rien l'air de... pour: Il a extrêmement
l'air de... Il n'est rien paf, pour: Il est très gris. Ce n'est
rien mauvais, pour: On ne saurait imaginer chose plus détestable,
etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle
une affirmation, c'est n'être pas. Ainsi: Tu n'es pas blagueur!
signifie: «Comme tu es menteur!»
- RIEN, s. m. Un peu, très peu,—dans
l'argot du peuple.
En un rien de temps. En très peu de temps.
Rien de rien. Moins que rien.
- RIF ou RIFLE, s. m. Feu,—dans
l'argot des voleurs.
- RIFFAUDANTE, s. m. Flamme.
- RIFFAUDATE, s. m. Incendie.
- RIFFAUDER, v. a. Incendier,
brûler.
- RIFFAUDEUR, s. m. Chauffeur.
- RIFFLARD, n. m. Bourgeois,—dans
le même argot.
- RIFFLARD, s. m. Parapluie,—dans
l'argot du peuple.
Ce mot date de Picard et de sa Petite Ville, comédie dans laquelle
il y a un personnage nommé Rifflard, qui ne marche qu'escorté
d'un parapluie.
- RRifler, v. a. et n. Brûler.—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Riffauder.
- RIFLER, v. a. Prendre, saisir,
chiper,—dans l'argot du peuple.
Signifie aussi: Passer tout près; effleurer.
- RIFOLARD, adj. Amusant, rigolo.
- RIGOLADE, s. f. Amusement,
réjouissance, plaisanterie.
Coup de rigolade. Chanson.
- RIGOLBOCHADE, s. f. Drôlerie
dite ou faite, écrite ou peinte,—dans
l'argot des faubouriens.
Ici encore se pose l'éternelle question: Quel est le premier né
de l'œuf ou de la poule? Est-ce mademoiselle Marguerite la Huguenote—plus
généralement oubliée aujourd'hui sous le nom de Rigolboche—qui a donné
naissance à ce substantif, ou est-ce ce substantif qu'on a décerné
comme un brevet à cette aimable bastringueuse? J'inclinerais volontiers
à admettre cette dernière hypothèse. La foule se laisse parfois
imposer certains noms, mais elle a pour habitude d'en inventer.
Quant aux Mémoires de mademoiselle Marguerite, où elle prétend
que c'est elle qui a créé le mot en question, il me suffit que
ce soient des Mémoires pour que je ne leur accorde pas la moindre
créance.
- RIGOLBOCHE (Être). Être excentrique,
amusant, drôle.
- RIGOLBOCHER, v. n. S'amuser,
soit en buvant, soit en dansant.
- RIGOLE, s. f. Bonne chère,—dans
l'argot des voleurs.
- RIGOLER, v. n. S'amuser, se
réjouir, boire, danser, rire,—dans
l'argot du peuple.
418
Un vieux mot de notre vieille langue, que beaucoup de personnes,
j'en suis sûr, s'imaginent né d'hier. Un hier qui a six cents
ans! Les gens du monde croiraient parler argot en employant
ce mot employé par Jean de Meung, par Rabelais, par l'auteur
de la Farce de Maistre Pathelin et par d'autres écrivains
qui font autorité.
- RIGOLETTE, s. f. Habituée de
bals publics, amie de la danse et de la gaieté.
- RIGOLEUR, adj. et s. Ami de
la joie et de la bouteille.
- RIGOLO, s. et adj. Bon enfant,
homme gai.
Rigolo-pain-de-seigle ou pain-de-sucre.
Extrêmement amusant.
On dit aussi d'une chose: C'est
rigolo, pour signifier: c'est plaisant,
c'est drôle.
- RIGRI, s. m. Ladre, méticuleux,—dans
l'argot du peuple.
- RIGUE, s. f. Apocope de _Rigueur_,—dans
l'argot des voyous.
- RINCÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot du peuple.
- RINCER, v. a. Battre, donner
des coups.
Signifie aussi Gagner quelqu'un au jeu.
- RINCER, v. a. Dévaliser, nettoyer,—dans
l'argot des voleurs.
- RINCER (Se), v. réfl. Se purger,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Se rincer le fusil.
- RINCER (Se faire). Recevoir la
pluie; se laisser voler; perdre au
jeu.
- RINCER LA DALLE, v. a. Offrir
à boire à quelqu'un,—dans l'argot des faubouriens.
Se faire rincer la dalle. Accepter à boire sans offrir la réciproque.
On dit aussi Rincer la dent, ou
le bec, ou le fusil, ou le tube, ou
la gargote, ou la corne.
- RINCETTE, s. f. Petit verre
d'eau-de-vie pris comme supplément au gloria,—dans l'argot
des bourgeois.
- RIOLE, s. f. Rivière, ruisseau,—dans
l'argot des voleurs.
- RIOLE, s. f. Joie, divertissement,
débauche,—dans l'argot du peuple.
Être en riole. Être en train de s'amuser, être gris.
Se mettre en riole. Se griser.
En wallon. Être en riolle ou
riotte, c'est Se quereller.
- RIPATONNER, v. a. Raccommoder
quelque chose ou quelqu'un,—dans l'argot des Polytechniciens,
qui ont ainsi consacré la mémoire d'un concierge de l'Ecole, M. Ripaton, tailleur.
- RIPATONS, s. m. pl. Souliers,—dans
l'argot des faubouriens.
- RIPER, v. a. Embrasser tendrement.
- RIPEUR, s. m. Libertin.
- RIPOPÉE, s. f. Mauvais vin,—dans
l'argot du peuple.
Se dit aussi à propos de Toute chose médiocre ou mal faite.
Ce mot a été autrefois masculin,
419
et tantôt substantif et tantôt adjectif: Du ripopé, du café ripopé.
- RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie
de qualité inférieure,—dans l'argot des ouvriers.
- RIQUIQUI, adj. et s. Chose
mal faite ou de qualité inférieure,—dans
l'argot des ouvrières.
Avoir l'air riquiqui. Être ridiculement
habillée, ou n'être pas habillée à la dernière mode.
Je ne suis pas bien sûr que ce mot ainsi employé ne soit pas
une contrefaçon de Rococo.
- RIRE AUX ANGES. Sourire doucement
en dormant,—dans l'argot du peuple.
- RIRE COMME UN CUL. Rire
sans desserrer les dents.
- RIRE JAUNE, v, n. Rire à
contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer
de rage.
- RISETTE, s. f. Sourire,—dans
l'argot des bourgeois.
Faire des risettes. Faire des avances aimables.
- RISQUER LE PAQUET, v. a.
Se hasarder à faire une chose délicate, aventureuse,—dans
l'argot du peuple.
- RIVANCHER, v. a. Aimer,—dans
l'argot des voleurs.
- RIVER SON CLOU A QUELQU'UN,
v. a. Lui dire vertement son fait, lui tenir tête dans une
lutte de paroles ou de gestes. Argot des bourgeois.
- RIVETTE, s. f. Fille publique,—dans
l'argot des voleurs.
- RIZ-PAIN-SEL, s. m. Fournisseur
militaire,—dans l'argot des troupiers.
- ROBERT-MACAIRE, s. f. Danse
fort en honneur dans les bals publics il y a vingt-cinq ou
trente ans. C'était une variété de la Chahut.
- ROBIGNOL, adj. Très bien,
très beau, très amusant,—dans l'argot des voleurs, qui emploient
ce superlatif à propos des choses et des gens.
- ROBIN, s. m. Taureau communal,—dans
l'argot des paysans de Paris.
- ROBINSON, s. m. Parapluie,—dans
l'argot du peuple, qui a gardé bon souvenir du naufragé
de Daniel de Foë.
On dit aussi Pépin.
- ROCAMBOLADE, s. f. Farce
littéraire dans le goût des Exploits de Rocambole de Ponson du Terrail.
- ROCAMBOLE, s. f. Chose sans
valeur; promesse en l'air qu'on sait devoir n'être pas tenue, gasconnade.
- ROCANTIN, s. m. Vieillard
libertin.
- ROCHET, s. m. Evêque,—dans
l'argot des voleurs.
- ROCOCO, adj. Suranné, arriéré,
démodé, grotesque à cause de cela,—comme si le goût d'autrefois
ne valait pas bien le goût d'aujourd'hui!
Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le
modèle de cette époque.
420
Tentures rococo. Etoffes en vieille perse à ramages.
- RœDERER, s. m. Vin de
Champagne,—dans l'argot des gens de lettres qui tiennent à
faire une réclame à la maison de commerce dont les produits portent
cette signature.
- ROGNEUR, s. m. Fourrier,—dans
l'argot des troupiers.
- ROGNONNER, v. n. Bougonner,—dans
l'argot des bourgeois.
- ROGNURES DE FER-BLANC.
(V. Troupe de fer-blanc.)
- ROGOME, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot du peuple.
Voix de Rogome. Voix éraillée par l'ivrognerie.
- ROGOMIER, s. m. Buveur
d'eau-de-vie.
- ROGOMISTE, s. m. Liquoriste.
- ROMAGNOL, ou ROMAGNON,
s. m. Trésor caché,—dans l'argot des voleurs.
- ROMAIN, s. m. Soldat d'infanterie.
- ROMAIN, s. m. Applaudisseur
gagé,—dans l'argot des coulisses, sans doute par allusion
aux claqueurs de Néron.
- ROMANCIER, s. m. Chanteur
qui a la spécialité des romances et autres «choses du cœur»,—dans
l'argot des cafés-concerts.
Fort romancier. Premier chanteur de romances d'un café-concert.
Forte romancière. Grosse femme qui chante avec efforts, et très
mal, de petites choses sentimentales, très faciles à chanter.
- ROMANICHEL, s. m. Bohémien,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Romamitchel, Romanitchel,
Romonichel et Romunichel. Suivant le colonel Harriot,
«Romnichal est le nom que portent les hommes de cette race
en Angleterre, en Espagne et en Bohême, et Romne-chal, Romaniche,
est celui par lequel on désigne les femmes».
- RONCHONNER, v. n. Être
grognon, maussade; bougonner,—dans
l'argot du peuple.
- ROND, s. m. Sou, pièce de
monnaie,—dans l'argot des
voyous.
On dit aussi Rotin.
- ROND, adj. Ivre,—dans l'argot
des faubouriens.
Rond comme une futaille. Ivre mort.
On dit aussi Rond comme une pomme.
- RONDE BOSSE, adj. Hardi,
audacieux, frisant l'immoralité,—dans
l'argot des gens de lettres,
qui consacrent ainsi le souvenir
de l'Aristide Froissard de
Léon Gozlan.
- RONDELET, s. m. Sein,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Rondin.
- RONDIN, s. m. Stercus (V.
étron)—dans l'argot du peuple.
- RONDIN, s. m. Bâton, gourdin.
- RONDINE, s. f. Bague,—dans
l'argot des voleurs.
421
- RONDINER, v. a. Boutonner,—dans
le même argot.
- RONDINER, v. n. Dépenser
de l'argent, des ronds,—dans l'argot des voyous.
On dit aussi Se dérondiner.
- RONDINER, v. a. Battre à coups
de bâton,—dans l'argot du peuple.
- RONDINER DES YEUX, v. n.
Faire les gros yeux.
- RONDIN JAUNE, s. m. Pièce
d'or,—dans l'argot des voleurs.
Rondin jaune servi. Or volé, caché par son voleur.
- RONFLER DU BOURRELET, v.
n. Crepitare, ou alvum deponere,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Faire ronfler le bourrelet.
- RONRONNER, v. n. Faire le
joli-cœur auprès d'une femme,—dans l'argot des ouvriers.
- RONRONNER, v. n. Ecrire de
petits articles qui ne produisent qu'un bien petit bruit. Argot des
gens de lettres.
- ROQUET, s. m. Homme de
petite taille, et, à cause de cela, hargneux. Argot du peuple.
- ROSE DES VENTS, s. f. Le podex,—dans
l'argot facétieux des faubouriens.
- ROSSARD, adj. et s. Mauvais
compagnon.
- ROSSE, adj. des deux g. Homme
sans consistance, femme sans pudeur.
Il n'est rien rosse! Se dit pour: Est-il canaille!
- ROSSÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus.
- ROSSER, v. a. Frapper, battre,
étriller à coups de poing ou de bâton.
- ROSSIGNANTE, s. f. Flûte,—dans
l'argot des voleurs.
- ROSSIGNOL, s. f. Fausse clé,—dans
le même argot.
- ROSSIGNOL, s. m. Livre qui
ne se vend pas,—dans l'argot des libraires.
Marchandise qui n'est pas de bonne défaite,—dans l'argot
des boutiquiers.
- ROSSIGNOL D'ARCADIE, s. m.
Ane,—dans l'argot des académiciens, à qui le mot propre répugne tant.
Ils disent aussi «Le patient animal qui...,» etc.
- ROTIN, s. m. Pièce de cinq
centimes, sou,—dans l'argot des ouvriers. C'est sans doute
une contrefaçon ironique du radis,—à cause de l'éructation.
- RÔTIR LE BALAI, v. a. Mener
une vie obscure et misérable,—dans l'argot du peuple.
Avoir rôti le balai. Se dit d'une
fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion
aux chevauchées sabbatiques des sorcières.
- ROTOTO, s. m. Coups de bâton,
de rotin,—dans l'argot des faubouriens.
Coller du rototo. Battre quelqu'un.
- ROTOTO! Exclamation de refus
ou de mépris.
- ROUATRE, s. m. Lard,—dans
l'argot des voleurs.
- ROUBIGNOLE, s. f. Petite boule
422 de liège dont se servent certains
voleurs pour faire des dupes.
(Voy. Cocangeur.)
- ROUBIGNOLEUR, s. m. Voleur
qui a de la Roubignole et des Cocanges, et, par extension,
Homme madré. Argot des faubouriens.
- ROUBLARD, adj. Laid, défectueux,
pauvre,—dans l'argot des voleurs.
- ROUBLARD, adj. et s. Rusé,
adroit, qui a vécu, qui a de l'expérience,—dans l'argot des faubouriens.
Si ce mot vient de quelque part, c'est du XVe
siècle et de ribleux, qui signifiait Homme de mauvaise vie,
vagabond, coureur d'aventures.
- ROUBLARDERIE, s. f. Ruse,
astuce, expérience de l'homme qui a vécu et qui remplace l'argent
qu'il n'a pas par l'ingéniosité qu'il aura jusqu'au bout de
son rouleau.
Signifie aussi: Pauvreté, gêne, misère.
- ROUCHI, s. m. Homme sans
morale et sans honnêteté, voyou,—dans l'argot du peuple.
- ROUCHIE, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie.
- ROUCOUCOU, s. m. Lapin
mort-né,—dans l'argot des chiffonniers et de leurs gargotiers.
- ROUE, s. f. Juge d'instruction,—dans
l'argot des voleurs.
- ROUE DE DERRIÈRE, s. f. Pièce
de cinq francs en argent,—dans l'argot des cochers, qui emploient
cette expression depuis longtemps, puisqu'on la trouve dans
les Œuvres badines du comte de Caylus.
Les Anglais ont la même expression: A hind-coach-wheel,
disent-ils à propos d'une pièce de cinq shillings (une couronne).
- Roue de devant, s. f. Pièce
de deux francs.
Les Anglais disent A fore-coach-wheel pour une demi-couronne.
- ROUFFION, s. m. Dernier employé
du magasin,—dans l'argot des calicots.
On dit Mousse.
- ROUFFLE, s. f. Coup de poing
ou coup de pied,—dans l'argot des voleurs.
- ROUGE, s. m. Républicain,—dans
l'argot des bourgeois.
- ROUGET, s. m. Homme à
barbe rouge ou à cheveux d'un blond ardent.
- ROUGET, s. m. Cuivre volé.
- ROUGETS, s. m. pl. Les menses
des femmes,—dans l'argot du peuple, à qui le seigneur de
Cholières n'a pas craint d'emprunter cette expression pour un
de ses Contes.
- ROUILLARDE, s. f. Bouteille,—dans
l'argot des voleurs.
- ROUILLER (Se), v. réfl. Vieillir,—dans
l'argot du peuple.
- ROULANCE, s. f. Bruit de
pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre
les typographes pour accueillir quelqu'un à son entrée dans l'atelier.
423
Donner une roulance. Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie,
tantôt une marque de sympathie.
- Roulant, s. m. Fiacre,—dans
l'argot des voyous.
Roulant vif. Chemin de fer.
- ROULANTS, s. m. pl. Pois,—dans
l'argot des voleurs.
- ROULÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot des
faubouriens. Ereintement,—dans
l'argot des gens de lettres.
- ROULER, v. a. Battre quelqu'un.
Signifie aussi: Tromper, agir
malignement.
- ROULER, v. n. Aller bien
comme santé ou comme commerce.
Ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de l'indicatif
présent: cela roule. C'est l'équivalent de: Cela boulotte.
- ROULER, v. a. Se moquer,
lutter d'esprit et d'impertinences,—dans l'argot des gens de lettres.
Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une
discussion.
- ROULER, v. n. Vagabonder,
voyager,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Rouler sa bosse.
- ROULER DANS LA FARINE, v.
a. Tromper, jouer un tour, user de finesse envers des gens trop
simples.
- ROULER SA VIANDE DANS LE
TORCHON, v. a. Se coucher,—dans l'argot des faubouriens.
- ROULEUR, s. m. Vagabond,
homme suspect.
- ROULEUR, s. m. Chiffonnier.
- ROULEUR, s. m. Compagnon
du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres
et de consacrer leur engagement.
- ROULEUSE, s. f. Femme de
mauvaise vie qui roule de quartier en quartier à la recherche de
l'homme philosophal. Argot du peuple.
- ROULOTIN, s. m. Roulier,—dans
l'argot des voleurs.
- ROULOTTE, s. f. Voiture.
Grinchir une roulotte en salade. Voler sur une voiture.
- ROULOTTIER, s. m. Voleur
qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.
- ROULURE, s. f. Fille de la
dernière catégorie,—dans l'argot des faubouriens.
- ROUMICHIPOTEUSE, s. f. Mijaurée,
chipie.
- ROUPANÉ, adj. et s. Décavé
aux billes ou à tout autre jeu exigeant une mise. Argot des gamins.
- ROUPIE, s. f. Punaise,—dans
l'argot des voyous.
- ROUPIE, s. f. Mucosité de
couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et tombe tantôt sur
leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des faubouriens.
- ROUPIE DE SINGE, s. f. Rien,—dans
l'argot des voleurs.
- ROUPILLER, v. n. Dormir,—dans
424
l'argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d'un siècle.
Signifie aussi Avoir continuellement une roupie au nez.
- ROUPILLEUR, s. m. Grand
dormeur—ou grand priseur.
- ROUPIOU, s. m. Élève en médecine
qui s'essaye au métier dans les hôpitaux, sans être interne
ni externe. C'est lui qui pose les cataplasmes et les vésicatoires.
Argot des étudiants.
On l'appelle aussi Bénévole.
- ROUSCAILLER, v. a. Aimer,—dans
l'argot des voleurs.
- ROUSCAILLER BIGORNE, v. n.
Parler argot.
- ROUSCAILLEUR, s. m. Libertin.
- ROUSSE, s. f. La police,—dans
l'argot des voyous.
- ROUSSE, s. m. Agent de police;
sergent de ville.
On dit aussi Roussin.
Rousse à l'arnache. Agent de police de sûreté,
qui reçoit unegratification proportionnée à l'utilité
des renseignements qu'il donne ou à l'importance des captures
qu'il fait faire.
- ROUSSIN, s. m. Baudet,—dans
l'argot du peuple.
Se dit aussi d'un Cheval qui fait en marchant de fréquents
sacrifices au dieu Crépitus.
- ROUSSINER, v. n. Faire de
fréquents sacrifices au dieu Crépitus,
sans plus de façon qu'un
baudet.
- ROUSTIR, v. a. Tromper, duper,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Dévaliser.
- ROUSTISSEUR, s. m. Voleur.
- ROUSTISSEUSE, s. f. Fille ou
femme de mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens.
- ROUSTISSURE, s. f. Escroquerie.
- ROUSTISSURE. s. f. Blague
peu heureuse, rôle de peu d'importance,—dans l'argot des
comédiens, qui sans doute ont voulu faire allusion au mot italien
rostita, rôtie, maigre chose.
- ROYAUME DES TAUPES, s. m.
La terre,—dans l'argot du peuple.
Partir pour le royaume des taupes. Mourir.
- RU, s. m. Ruisseau,—dans
l'argot du peuple et des paysans des environs de Paris.
On dit aussi Rio.
L'expression coule de source: ρεω [grec: reô].
«Or beuvez fort tant que rû peut courir,
Ne reffusez, chassant ceste douleur,
Sans empirer un povre secourir,»
dit François Villon à sa maîtresse.
- RUBAN DE QUEUE, s. m. Long
chemin, route qui n'en finit pas.
- RUBIS SUR PIEU, loc. adv.
Argent comptant,—dans l'argot des faubouriens.
- RUDE, s. f. Chose difficile à
croire, événement subit, désagréable,—dans l'argot du peuple.
- RUDE, adj. Courageux.
- RUDEMENT, adv. Extrêmement,
remarquablement.
425
- RUE, s. f. L'espace réservé
entre deux portants et figurant un chemin entre deux costières,
Argot des coulisses.
- RUE AU PAIN, s. f. Le gosier,—dans
l'argot du peuple.
- RUE BARRÉE, s. f. Rue où
demeure un créancier,—dans l'argot des débiteurs.
On dit aussi Rue où l'on pave.
A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au
duc d'Abrantès, fils de la duchesse d'Abrantès, et viveur célèbre.
- RUE DU BEC DÉPAVÉE, s. f.
Bouche à laquelle des dents manquent,—dans l'argot des faubouriens.
- RUINE-MAISON, s. m. Homme
prodigue, extravagant,—dans
l'argot du peuple.
- RUISSELANT D'INOUÏSME, adj.
Extraordinairement inouï.
L'expression appartient à M. Philoxène Boyer,—à qui on
fera bien de ne pas la voler.
- RUOLZÉ, adj. Ce qui brille
sans avoir de valeur intrinsèque, ce qui a une élégance ou une richesse
de surface,—par allusion au procédé de dorure et d'argenture
découvert par Ruolz.
Existence ruolzée. Vie factice,
composée de fêtes bruyantes, de soupers galants, d'amis d'emprunt
et de femmes d'occasion, mais dont le bonheur est absent.
Jeunesse ruolzée. C'est notre
Jeunesse dorée, et elle vaut moins, quoiqu'elle soit aussi corrompue.
- RUP, adj. Grand, noble, élevé,
beau, riche, élégant,—dans l'argot des faubouriens et des
filles.
Francisque Michel fait venir ce mot du bohémien anglais rup
et de l'indoustan rupa, argent,—d'où roupie. Pendant qu'il y était,
pourquoi n'a-t-il pas fait descendre ce mot d'un rocher (rupes) ou
d'une falaise (rupina) quelconque?
On dit aussi Rupart.
- RUPIN, s. et adj. Homme
riche; fashionable, mis à la dernière mode,—ou plutôt à la
prochaine mode. C'est le superlatif de Rup.
«Le rupin même a l'trac de la famine.
Nous la bravons tous les jours, Dieu merci!»
dit la chanson trop connue de M. Dumoulin.
On dit aussi Rupiné.
- RUPINE, s. f. Drôlesse, fille
à grands tralalas de toilette et de
manières.
- RUSTIQUE, s. m. Greffier,—dans
l'argot des voleurs.
- RUSTIQUE, s. m. Décor représentant
un intérieur villageois.
Argot des coulisses.
- RUSTU, s. m. Greffe.
- RUTIÈRE, s. f. Fille publique
d'une catégorie à part décrite par
Vidocq (p. 73).
426
427
S
- SABLE BLANC, s. m. Sel,—dans
l'argot des francs-maçons.
Sable jaune. Poivre.
- SABLER, v. a. Tuer avec une
peau remplie de sable,—dans
l'argot des voleurs.
- SABLON, s. m. Cassonade,—dans
l'argot des faubouriens.
- SABOCHE, s. f. Mauvais ouvrier,
personne maladroite,—dans
l'argot du peuple.
- SABOCHER, v. a. Travailler
sans soin, avec trop de hâte.
- SABOT, s. m. Mauvais billard.
Signifie aussi Mauvais violon.
- SABOT, s. m. Homme qui
aime à dormir.
- SABOT, s. m. Toupie plate,—dans
l'argot des gamins.
- SABOT, s. m. Canot, barque,—dans
l'argot des voleurs.
Aller au sabot. S'embarquer.
- SABOTER, v. a. Bousiller, travailler
sans soin, à la hâte. Argot des ouvriers.
- SABOULER, v. a. Gronder,
faire des reproches, battre. Argot du peuple.
Signifie aussi: Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne.
L'expression a des chevrons:
«De ton épé' tranchante
Perce mon tendre cœur,
Saboule ton amante,
Ou rends-lui son honneur,»
dit Vadé dans sa chanson des Gardes françaises.
- SABOULER, v. a. Décrotter,—dans
l'argot des voyous.
- SABOULEUR, s. m. Décrotteur.
- SABRE, s. m. Bâton,—dans
l'argot des voleurs.
- SABRE (Avoir un). Être gris,—dans
l'argot des faubouriens.
- SABRENAS, s. m. Savetier,—dans
l'argot du peuple.
428
Signifie aussi Mauvais ouvrier, bousilleur.
- SABRENASSER, v. n. et a.
Travailler sans goût, bousiller
l'ouvrage.
On dit aussi Sabrenauder.
- SABRER, v. a. Faire une chose
à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.
- SABREUR, s. m. Matamore,
homme qui ne parle que de tuer.
- SABREUR, s. m. Bousilleur,
ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.
- SABRI, s. m. Bois, forêt,—dans
l'argot des voleurs.
- SABRIEU, s. m. Voleur de
bois.
- SAC, s. m. Argent,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu.
Avoir le sac. Être riche, ou seulement avoir de l'argent.
Homme au sac. Homme qui vient d'hériter.
- SAC, s. m. Renvoi, congé,—dans
l'argot des ouvriers.
Avoir son sac. Être renvoyé d'un atelier.
Donner son sac. Remercier un patron.
- SAC (Avoir dans son). Posséder,
être pourvu ou doué. Argot du peuple.
N'avoir rien dans son sac. N'avoir pas de ressources d'esprit;
être sans imagination, sans talent.
Avoir une mauvaise pierre dans son sac. Ne pas jouir d'une bonne
santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.
- SAC (Être ou n'être pas dans
le). Être laide ou jolie. Argot des faubouriens.
Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de
la même famille:
«Ell' n'est pas mal
Pour foutr' dans l'canal.»
- SAC-A-PAPIER! Juron bourgeois,
qui marque l'ennui qu'on éprouve, l'embarras dans lequel
on se trouve.
- SACARD, adj. et s. Homme
à son aise, ayant le sac.
- SAC AU LARD, s. m. Chemise,—dans
l'argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs
anglais: flesh-bag, disent ceux-ci.
- SAC-A-VIN, s. m. Ivrogne,—dans
l'argot du peuple.
C'est le guzzler anglais.
- SAC PLEIN (Avoir le). Être
complètement ivre.
Se dit aussi à propos d'une Femme enceinte.
- SACQUÉ (Être). Avoir de l'argent.
- SACQUER, v. a. Congédier,
renvoyer,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Donner le sac.
Sacquer un bœuf. Renvoyer
un ouvrier,—dans l'argot des
tailleurs.
- SACRÉ CHIEN, s. m. Eau-de-vie
de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple.
429
On dit aussi Sacré chien tout pur.
- SACRÉ CHIEN, s. m. Feu sacré,—dans
l'argot des rapins et des cabotins.
Avoir le sacré chien. Jouer d'inspiration et avec succès.
Peindre avec emportement.
- SACREMENT, s. m. Le mariage,—dans
l'argot du peuple.
Offrir le sacrement. Se proposer
comme mari, courtiser une fille
pour le bon motif.
- SACRER, v. n. et a. Affirmer.
- SACRISTAIN, s. m. Mari de
l'abbesse du couvent des S'offre-à-tous,—dans l'argot des filles.
- SACRISTI! Juron de l'argot du
peuple.
Il dit aussi Cristi!
Les bourgeois, eux, disent Sapristi!—ce qui les éloigne un
peu de l'étymologie (sacrarium.)
- SAFRAN, s. m. Jaunisse conjugale,—dans
l'argot des bourgeois.
Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d'un
autre homme, ou sa femme en faveur d'une autre.
On dit aussi Vouer au jaune.
- SAGE COMME UNE IMAGE,
adj. Extrêmement sage,—c'est-à-dire ne parlant pas. Argot du
peuple.
- SAGOUIN, s. m. Homme malpropre,
grossier,—dans l'argot
du peuple, qui calomnie les callitriches.
Vilain sagouin. Pléonasme que les femmes du peuple adressent
volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries
grasses, dont elles ne se fâchent pas le moins du monde.
- SAIGNER, v. a. Blesser quelqu'un
volontairement, le tuer même,—dans l'argot des prisons.
- SAIGNER, v. a. Emprunter de
l'argent,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Faire ou Pratiquer une saignée.
Saigner à blanc. Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte.
On dit aussi Faire une saignée blanche.
- SAIGNER (Se), v. réfl. Donner
de l'argent,—qu'on en doive ou non.
Se saigner à blanc. S'épuiser
pour fournir aux dépenses d'un
enfant ou d'une maîtresse.
- SAINT-CRÉPIN, s. m. Outils
de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.
- SAINT-CRÉPIN, s. m. Économies,
peculium,—dans l'argot
du peuple.
- SAINT DE CARÊME, s. m.
Homme qui se fâche, hypocrite.
- SAINT-DENAILLE, n. de l.
Saint-Denis,—dans l'argot des voleurs.
- SAINT-DIFFICILE, s. m. Enfant,
et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de
la nourriture ou à propos d'autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.
430
- SAINTE ESPÉRANCE, s. f. La
veille de la Sainte Touche.
- SAINTE MOUSSELINE, s. f.
Une sainte de la création de Victorien Sardou (La Famille
Benoiton), et qu'invoquent aujourd'hui, par genre, les mères de
famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent
les modes... de la Mode. Voici donc l'oraison que murmurent
à cette heure de jolies lèvres parisiennes: «Ah! Mousseline,
blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs
maris t'ont reniée pour leurs enfants! Sainte Mousseline, vierge
de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles!»
Amen!
- SAINTE-NITOUCHE, s. f. Fille
ou femme qui «fait sa sucrée» ou «sa Sophie»,—dans l'argot
du peuple, qui sait à quoi s'en tenir sur les «giries» des bégueules.
Les ouvriers anglais disent de même: to sham abram (jouer
l'innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée).
Cette expression s'est employée jadis en parlant d'un Homme
timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose:
«Il estoit ferme de roignons.
Non comme ces petits mignons
Qui font la Saincte Nitouche,»
dit Mathurin Régnier.
- SAINTE-TOUCHE, s. f. La fin
du mois,—dans l'argot des employés. La fin de la quinzaine,—dans
l'argot des ouvriers.
- SAINT-JEAN, s. m. Signal,—dans
l'argot des voleurs.
Faire le Saint-Jean. Lever l'index et le médium pour avertir
un complice.
- SAINT-JEAN, s. m. Outils,
vêtements, affaires,—dans l'argot des typographes.
Emporter son Saint-Jean. S'en
aller d'une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.
- SAINT JEAN-BAPTISTE, s. m.
Cabaretier,—dans l'argot du peuple, qui fait allusion à l'eau
baptismale que l'on ajoute au vin pour le rendre digne d'être
bu par des chrétiens.
- SAINT JEAN SOUCHE-D'OR,
s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre
des indiscrétions.
- SAINT JEAN LE ROND, s. m.
Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
- SAINT LACHE, s. m. Le patron
des paresseux.
- SAINT-LAZE. Apocope de
Saint-Lazare, prison de femmes,—dans l'argot des voyous.
- SAINT-LUNDI, s. f. Jour choisi
chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières
et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui
que la ménagère attend toujours en vain pour faire «bouillir la
marmite».
Fêter la Saint-Lundi. Se griser—et même se soûler.
- SAINT-MARCEAUX, s. m. Vin
de Champagne,—dans l'argot
431
des gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de
commerce de M. de Saint-Marceaux riche viticulteur d'Epernay.
- SAINT PÈRE, s. m. Tabac à
fumer,—dans l'argot des marbriers
de cimetière.
- SAINT SACREMENT (Et tout
le). C'est l'et cætera de l'argot du peuple: Il comprend tout—et
une foule d'autres choses.
- SAISISSEMENT, s. m. Les liens
dont l'exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort.
Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette.
- SAISON, s. f. Laps de temps
plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l'on
passe dans les villes d'eaux par ordonnance de médecin.
Faire une saison. Rester une vingtaine de jours à Vichy ou
toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.
- SALADE, s. f. Raiponce à une
question,—dans l'argot des voleurs, facétieux à leurs heures.
- SALADE DE GASCON, s. f.
Corde, ficelle, dans l'argot du peuple.
A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.
- SALADIER, s. m. Bol de vin
sucré,—dans l'argot des ouvriers.
- SALAMALECS, s. m. pl. Politesse
exagérée,—dans l'argot du peuple, qui ne pratique pas précisément
la Civilité puérile et honnête.
- SALAUD, adj. et s. Enfant
malpropre; homme ordurier.
- SALBRENAUD, s. m. Mauvais
cordonnier; savetier,—dans l'argot des voleurs.
- SALE, adj. Laid, mauvais,
malhonnête. Argot du peuple.
Sale intérêt. Intérêt sordide.
Sale monsieur. Individu d'une
moralité équivoque ou d'un caractère
insociable.
Sale pâtissier. Homme qui n'est
ni sale ni pâtissier, mais dont,
en revanche, la réputation aurait
grand besoin d'une lessive.
On dit aussi Sale bête.
- SALÉ, s. m. Travail payé d'avance,—dans
l'argot des typographes.
Morceau de salé. Acompte.
Se dit aussi, par une analogie
facile à saisir, d'un Enfant venu
avant le mariage.
Les ouvriers anglais disent: to work for the dead horse (travailler
pour le cheval mort).
- SALER, v. a. Adresser de violents
reproches à quelqu'un,—dans
l'argot du peuple.
- Saler, v. a. Faire payer trop
cher.
Saler une note. En exagérer les prix.
On dit aussi Répandre la salière dessus.
- SALETÉ, s. f. Mauvais tour,
action vile, entachée de plus d'improbité que de boue,—dans
l'argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même
sens que les Anglais leur sluttery.
Faire des saletés. Faire des tours
de coquin, d'escroc.
432
- SALIÈRES, s. f. pl. Cavités de
la clavicule,—dans l'argot du peuple.
Montrer ses salières. Se dit d'une
Femme maigre qui se décollète trop.
- SALIGAUD, E, s. et adj. Personne
malpropre au propre, et malhonnête au figuré,—dans
l'argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les
Anglais leur slut.
- SALIVERNE, s. f. Écuelle, gamelle,—dans
l'argot des voleurs, qui y laissent volontiers
tomber leur salive pour dégoûter les camarades.
Ils disaient autrefois Crolle.
- SALLE A MANGER, s. f. La
bouche,—dans l'argot des faubouriens.
N'avoir plus de chaises dans sa salle à manger.
N'avoir plus de dents.
- SALONNIER, s. m. Critique
d'art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes.
Le mot est de création récente.
- SALOPE, s. f. Fille ou femme
du genre de celles que Shakespeare traite de drabs dans Winter's
Tale, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite
presque aussi mal.
- SALOPERIE, s. f. Ordure,—au
propre et au figuré, spucritia et obscenitas.
Dire des saloperies. Employer un langage ordurier.
Faire des saloperies. Se conduire en goujat.
- SALOPERIE, s. t. Vilain tour,
lésinerie, crasse.
- SALOPIAUD, s. m. Homme
malpropre d'esprit et de costume, en actions et en paroles.
Au féminin, Salopiaude.
- SALTIMBE, s. m. Apocope de
Saltimbanque,—dans l'argot des faubouriens.
- SALUER LE PUBLIC, Mourir,—dans
l'argot des comédiens, ces gladiateurs de l'Art. C'est un
ressouvenir de l'Ave, Cæsar, morituri te salutant.
- SANG DE POISSON, s. m. Huile,—dans
l'argot des faubouriens.
- SANGLÉ, adj. A court d'argent.
- SANGLER, v. a. Réprimander
vertement, et même Battre.
- SANGLER, v. a. Permolere uxorem
quamlibet aliam,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Sauter.
- SANGLER (Se), v. réfl. Se
priver de quelque chose au profit de quelqu'un, par exemple, se
ruiner pour élever un entant ou pour entretenir une maîtresse.
- SANGLIER, s. m. Prêtre,—dans
l'argot des voleurs.
- SANGSUE, s. f. Maîtresse qui
ruine son amant par ses prodigalités; neveu qui tire à boulets
rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.
- SANGSURER, v. a. Faire de
nombreuses saignées à la bourse de quelqu'un,—dans l'argot des
ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues.
433
Se sangsurer. Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir
une drôlesse.
- SANS-BEURRE, s. m. Chiffonnier,—dans
l'argot des faubouriens.
- SANS-BOUT, s. m. Cerceau,—dans
l'argot des voleurs.
- SANS CANNE (Être). En rupture
de ban,—dans le même argot.
- SANS-CHASSES, s. m. Aveugle.
- Sans-cœur, s. m. Usurier,—dans
l'argot des fils de famille.
- SANS-CULOTTE, s. m. Républicain,—dans
l'argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable
de République.
- SANS-CULOTTERIE, s. f. Doctrine
des sans-culottes.
Le mot est de Camille Desmoulins.
On dit aussi Sans-culottisme.
- SANS DOS, s. m. Tabouret,—dans
l'argot des faubouriens.
- SANS-FEUILLE, s. f. Potence,—dans
l'argot des voleurs.
- SANS-GÊNE, s. m. Homme
indiscret, mal élevé,—dans l'argot des bourgeois.
- SANS-LE-SOU, s. m. Artiste,
ou Homme de lettres,—dans l'argot des petites dames.
- SAP, s. m. Apocope de Sapin,
cercueil,—dans l'argot des voyous.
Taper dans le sap. Être mort et
enterré,—dormir du dernier somme.
M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement
consacré quelques loisirs de sa muse au Sap:
«Avant d'être mis dans le sap,
Vous voulez, orné de lunettes,
Me décalquer de pied en cap.»
- SAPAJOU, s. m. Galantin,
suborneur en cheveux gris,—dans l'argot des harengères, qui
sont plus «fortes en gueule» qu'en histoire naturelle.
- SAPEUR, s. m. Homme qui
ne respecte rien,—dans l'argot des bourgeoises, qui n'aiment pas
les gens barbus.
D'où la fameuse chanson à la mode:
«Rien n'est sa..a..cré pour un sapeur!»
- SAPIN, s. m. Fiacre,—dans
l'argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites
en chêne.
- SAPIN, s. m. Cercueil de
pauvre.
Sentir le sapin. Être atteint d'une maladie mortelle.
- SAPIN, s. m. Plancher; grenier,—dans
l'argot des voleurs.
Sapin de muron. Grenier à sel.
Sapin des cornants. La terre,—plancher
des vaches.
- SAPINIÈRE, s. f. La fosse
commune, exclusivement réservée aux cercueils de sapin. Argot
des faubouriens.
- SAQUET, s. m. Secousse,—dans
l'argot du peuple.
Le vieux français avait Saquer, tirer l'épée.
- SARDINES, s. f. pl. Galons de
laine ou d'or aux manches de
434
l'uniforme,—dans l'argot des soldats.
Sardines blanches. Galons de
gendarme, ou d'infirmier militaire.
- SARRASIN, s. m. Ouvrier qui
consent à travailler au-dessous
du tarif. Argot des typographes.
On dit aussi Faux frère.
- SATISFAIT, s. m. Député conservateur,
ami quand même du gouvernement du moment—et
des gouvernements à venir. Argot des journalistes.
- SATOU, s. m. Bois débité,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Bâton.
- SATOUSIER, s. m. Menuisier.
- SAUCE, s. f. Correction ou
simplement Réprimande,—dans
l'argot du peuple.
Gare à la sauce! Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux.
Gober la sauce! Être puni pour les autres; recevoir la correction,
la réprimande méritée par d'autres.
- SAUCÉ (Être). Recevoir la pluie.
On dit aussi Être rincé et Être
trempé.
- SAUCER, v. a. Réprimander.
On disait autrefois Faire la
sauce à quelqu'un.
- SAUCISSE MUNICIPALE, s. f.
Viande empoisonnée que l'on jette dans les rues pour détruire
les chiens errants non muselés.
- SAUTE-MOUTON, s. m. Jeu
d'enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres.
On dit aussi Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton.
- SAUTER (Faire). Dérober, chiper
et même Voler. Argot des faubouriens.
D'où Faire sauter la coupe au jeu.
- SAUTER, v. n. Cacher le produit
d'un vol à ses complices,—dans l'argot des prisons.
Sauter à la capahut. Assassiner
un complice pour lui enlever son
fade.
- SAUTER A LA PERCHE, v. n.
Ne pas savoir où manger,—dans l'argot des faubouriens, par
allusion aux efforts souvent vains des singes de bateleurs pour
atteindre les friandises placées à l'extrémité d'un bâton.
- SAUTERELLE, s. f. Puce,—dans
l'argot des voleurs.
- SAUTERELLE, s. f. Petite
dame,—dans l'argot des gens de lettres qui ont emprunté ce
mot à N. Roqueplan.
C'est un des plus heureux qu'on ait inventés jusqu'ici pour
désigner ces femmes maigres qui s'abattent chaque jour, par nuées,
sur les boulevards, dont elles sont la plaie.
- SAUTERIE, s. f. Danse,—dans
l'argot du peuple.
- SAUTE-RUISSEAU, s. m. Petit
clerc. C'est le trottin de l'avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau
de la modiste.
- SAUTER LE PAS, v. a. Se décider
à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.
- SAUTER LE PAS, v. a. Faire
faillite et, par extension, Mourir,—dans
l'argot des bourgeois.
435
Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu,—en parlant
d'une jeune fille qui se laisse séduire.
On dit aussi La sauter.
- SAUTEUR, s. m. Filou.
- SAUTEUR, s. m. Homme politique
qui change d'opinion toutes les fois que cela peut lui
profiter personnellement. Argot du peuple.
Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole,
sur lequel on ne peut pas compter.
- SAUTEUSE, s. f. Drôlesse.
- SAUVAGE, s. m. Garde national
de la banlieue, avant 1870—dans l'argot des faubouriens.
- SAUVER BIEN (Se). Bien courir,—dans
l'argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux
qu'ils essayent.
- SAUVER LA CAISSE, v. a. Se
sauver avec la caisse dont on est le gardien,—par allusion au
mot d'Odry dans les Saltimbanques.
- SAUVER LA MISE A QUELQU'UN.
Lui éviter une humiliation, un ennui; lui prêter à temps de l'argent.
Argot du peuple.
- SAUVETTE, s. f. Jeu d'enfants
qui consiste à se sauver et ne pas se laisser attraper.
On dit aussi Sauvinette.
- SAUVETTE, s. f. Mannette
d'osier,—dans l'argot des chiffonniers.
- SAVATE, s. f. Boxe française,—«avec
cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se
travaille avec les pieds et la boxe avec les poings.»
(V. Chausson.)
- SAVATE, s. f. Correction militaire,
qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras
et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n'a rien à
voir là dedans: c'est une petite justice de famille et de caserne.
- SAVATE, s. f. Ouvrage mal
fait; chose abîmée, gâchée,—dans l'argot du peuple.
- SAVATER, v. a. Travailler
sans soin, faire une chose à la hâte.
On dit aussi Saveter.
- SAVETIER, s. m. Mauvais ouvrier;
homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.
- SAVOIR CE QUE QUELQU'UN A
DANS LE VENTRE. Découvrir ses sentiments, ses projets; connaître
le faible et le fort de son caractère. Argot des bourgeois.
- SAVOIR DE QUOI IL RETOURNE.
Connaître l'état financier d'une maison, la situation morale d'une
famille; être au courant des affaires politiques et littéraires et
savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur
on va envoyer en Prusse. Même argot.
- SAVOIR LIRE. Connaître toutes
les ruses du métier,—dans l'argot des voleurs.
- SAVON, s. m. Réprimande,—dans
l'argot des domestiques malpropres.
Foutre un savon. Gronder, objurguer quelqu'un.
436
- SAVONNER, v. a. Réprimander—et
même Battre.
- SAVOYARD, s. m. Homme mal
élevé, brutal,—dans l'argot des bourgeois, injurieux envers les
Allobroges.
- SAVOYARDE, s. f. Malle,—dans
l'argot des voleurs.
- SCÈNE DE L'ABSINTHE (Faire
la). Jouer son verre d'absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un.
Argot des coulisses.
On dit de même, à propos de toutes les consommations: Faire
ou jouer la scène du cigare, du café, de la canette, etc.
- SCHAFFOUSE, s. m. Le derrière,
parce qu'à la chute du Rein,—dans l'argot facétieux
du peuple, qui connaît la géographie.
- SCHLAGUE, s. f. Correction
brutale qu'un père donne volontiers à son enfant, un mari à sa
femme, etc.
- SCHLAGUER, v. a. Corriger,
battre.
Encore un mot allemand,—schlagen.
- SCHLOFFER, v. n. Dormir, se
coucher,—dans l'argot des faubouriens, qui ont appris cette
expression dans la fréquentation d'ouvriers alsaciens ou allemands
(schlafen).
Ils disent aussi Faire schloff.
- SCHNICK, s. m. Eau-de-vie de
qualité inférieure,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Schnaps.
- SCHNIQUER, v. n. Se griser
d'eau-de-vie.
- SCHNIQUEUR, s. m. Buveur
d'eau-de-vie.
- SCIANT, adj. Ennuyeux,—dans
l'argot du peuple.
- SCIE, s. f. Ennui, contre-temps
fâcheux.
- SCIE, s. f. Femme légitime.
Porter sa scie. Se promener avec sa femme au bras.
- SCIE, s. f. Mystification, plaisanterie
agaçante,—dans l'argot des artistes.
Le chef-d'œuvre du genre, c'est:
«Il était quatre jeunes gens du quartier,
Eh! eh! eh! eh!
Ils étaient tous les six malades,
Ade! ade! ade! ade!
On les mit tous sept dans un lit,
Hi! hi! hi! hi!
Ils demandèrent du bouillon,
On! on! on! on!
Qui n'était ni salé ni bon,
On! on! on! on!
C'est l'ordinair' de la maison,
On! on! on! on!
Ça commence à vous embêter,
Eh! eh! eh! eh!
Et bien je vais recommencer,
Eh! eh! eh! eh!»
Et l'on recommence en effet jusqu'àce que l'importun que l'on
scie ainsi comprenne et s'en aille.
Faire ou Monter une scie. Imaginer
une mystification contre quelqu'un.
- SCIER, v. a. Importuner, obséder
sans relâche.
On dit aussi Scier le dos.
- SCIER DU BOIS, v. a. Jouer du
violon ou de la contrebasse,—dans l'argot des faubouriens.
437
- SCIEUR DE BOIS, s. m. Violoniste
ou contrebassiste.
- SCION, s. m. Baguette et
même Bâton,—dans l'argot du peuple.
- SCIONNER, v. a. Battre quelqu'un,
le bâtonner.
- SCIONNER, v. a. Tuer,—dans
l'argot des voleurs.
- SCIONNEUR, s. m. Meurtrier.
- SCRIBOUILLAGE, s. m. Mauvais
style,—style à la Scribe. Argot des gens de lettres.
- SCULPSIT, s. m. Sculpteur,—dans
l'argot des artistes.
- SCULPTURE RONFLANTE, s. f.
Sculpture tourmentée, colorée, entre la sagesse et l'exagération.
- SEC, s. m. Élève qui a passé
des examens de fin d'année déplorables. Argot des Polytechniciens.
On dit aussi, mais moins: Fruit sec.
- SÉCHÉ (Être). N'être plus
gris,—dans l'argot des faubouriens.
- SÉCHER, v. n. Être fruit sec,—dans
l'argot des Polytechniciens.
- SÉCOT, s. et adj. Homme
maigre et sec,—dans l'argot du peuple.
- SECOUER, v. a. Gronder quelqu'un,
et même le battre,—dans le même argot.
On dit aussi Secouer les puces.
- SECOUER LA COMMODE, v. a.
Jouer de l'orgue de Barbarie,—dans l'argot des faubouriens.
- SECRET DE POLICHINELLE, s.
m. Secret connu de tout le monde,—dans l'argot du peuple.
- SEIGNEUR ET MAITRE, s. m.
Mari,—dans l'argot des bourgeois:
protecteur,—dans l'argot de Breda-Street.
- SEMAINE DES QUATRE JEUDIS,
s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs
promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d'être fidèles,
les gens avares d'être généreux, etc. C'est la Venue des
Coquecigrues de Rabelais.
On dit aussi: La semaine des quatre jeudis, trois jours
après jamais.
- SEMAINES, s. f. pl. Sous de
poche distribués le samedi et le dimanche.—dans l'argot des
collégiens.
- SEMER QUELQU'UN, v. a.
S'en débarrasser,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi: Le renverser, le jeter à terre d'un coup de
poing ou d'un coup de pied.
- SENS DEVANT DIMANCHE.
adv. De travers, sens dessus dessous,—dans l'argot du peuple.
- SENTINELLE, s. f. Résultat de
la digestion. Stercus.
Poser une sentinelle. Alvum deponere.
- SENTIR, v. a. Aimer,—dans
l'argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative.
Ne pas pouvoir sentir quelqu'un.
Avoir répugnance à le rencontrer,
438
à lui parler, le haïr enfin.
On dit aussi Avoir dans le nez.
- SENTIR LE COUDE A GAUCHE.
v. n. Avoir confiance en soi et dans l'amitié de ses camarades;
se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.
- SENTIR LE LAPIN. Suer abondamment
et désagréablement des aisselles.
- SENTIR MAUVAIS, v. n. Devenir
grave, sérieux; se gâter,—en parlant des choses.
Cela sent mauvais est une phrase de la même famille que Le torchon
brûle.
- SEPT, s. m. Crochet,—dans
l'argot des chiffonniers.
- SÉQUELLE, s. f. Grand nombre
de gens ou de choses,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie
ce mot que péjorativement.
Signifie aussi: Gens ou choses qui font suite à quelqu'un ou à
quelque chose.
Toute la séquelle. Tous les membres de la famille, et surtout
les enfants.
- SER, s. m. Signal donné en
crachant,—dans l'argot des voleurs. (V. Serpent.)
- SERGOLLE, s. f. Ceinture,—dans
le même argot.
- SÉRIEUX, adj. Excellent, convenable,—dans
l'argot des gens de lettres et des petites dames.
Homme sérieux. Qui ne refuse
rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes—riches.
Souper sérieux. Où rien ne manque de ce qui doit en faire
l'attrait: vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes,
hommes d'esprit, etc.
Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l'acception de Copieux:
un beefsteak sérieux, un dessert sérieux, etc.
- SERIN, s. m. Gendarme de la
banlieue,—dans l'argot des voyous.
S'est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe,
des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui
avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades
jaunes, tout jaune, au point qu'en les passant un jour en revue dans
la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau
s'écria: «Fermez donc les grilles, mes serins vont s'envoler!»
- SERIN, s. et adj. Imbécile, ou
seulement Homme naïf,—dans l'argot des faubouriens.
- SERINER, v. a. Répéter à satiété
une chose à quelqu'un, afin de la lui loger dans la mémoire.
- SERINETTE, s. f. Homme qui
fait chanter d'autres hommes,—dans l'argot des voleurs.
- SERINGUE, s. f. Voix fausse,
aigre, criarde,—dans l'argot du peuple.
Chanter comme une seringue. Chanter très mal.
- SERPENT, s. m. Ceinture de
cuir,—dans l'argot des troupiers, qui y serrent leur argent.
On dit aussi Anguille.
- SERPENT, s. m. Crachat,—dans
l'argot des voleurs.
439
- SERPENTIN, s. m. Matelas,—dans
le même argot.
- SERPETTES, s. f. pl. Les jambes,—dans
l'argot des troupiers.
- SERPILLIÈRE, s. f. Soutane,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Serpillière à ratichon.
- SERRANTE, s. f. Serrure,—dans
l'argot des voleurs.
- SERRÉ, adj. Pauvre; sans argent,
momentanément ou par habitude,—dans l'argot des bourgeois.
Signifie aussi Avare.
- SERRER, v. a. Mettre en prison,—dans
l'argot des faubouriens.
- SERRER LA VIS. Achever une
affaire, presser un travail. Étrangler quelqu'un. Argot du peuple.
- SERRER LE NœUD. Se marier,—dans
l'argot des bourgeois et des vaudevillistes.
- SERRER LES POUCES A QUELQU'UN,
v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer
la vérité. Argot du peuple.
- SERT, s. m. Signe fait par un
compère,—dans l'argot des saltimbanques.
- SERVIETTE, s. f. Portefeuille,—dans
l'argot des avocats.
- SERVIETTE, s. f. Aniterge en
papier,—dans l'argot des bourgeois.
- SERVIR, v. a. et n. Trahir,
dénoncer,—dans l'argot des voleurs.
Servir de belle. Dénoncer à faux.
- SERVIR, v. a. Arrêter, prendre,—dans
l'argot des faubouriens.
Vidocq, lorsqu'il était chef de la police de sûreté, avait l'habitude
de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière,
ou ailleurs: «Monsieur, vous êtes servi!...»»
- SÉSIÈRE, pr. pers. Soi, lui,
elle,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi Sésigue et Sésingard.
- SEU, s. m. Second,—dans
l'argot des enfants, qui pratiquent l'apocope comme des hommes.
- SÉVÈRE, s. f. Chose étonnante;
événement inattendu,—dans
l'argot des faubouriens.
- SEXE, s. m. Les femmes en
général,—dans l'argot du peuple, qui, sans tomber à leurs
pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu'il leur doit
une mère, la seule créature digne de ses respects.
Ami du sexe. Homme de complexion amoureuse.
- SHOCKING! Exclamation qui,
de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l'argot ironique
des gouailleurs parisiens. Ce qui est choquant de l'autre
côté du détroit cesse de l'être de ce côté-ci.
- SHOCKINER (Se), v. réfl. Se
scandaliser.
- SIBIJOITE, s. f. Cigarette,—dans
l'argot des marbriers de cimetière, parfois trop fantaisistes.
Orpheline. Cigarette presque
fumée.
440
- SIFFLE, s. f. Voix,—dans
l'argot des voleurs.
- SIFFLER, v. a. et n. Boire ou
manger, mais surtout boire,—dans l'argot du peuple, qui emploie
ce verbe depuis plus d'un siècle, comme le prouvent ces
vers d'une chanson du commencement du XVIIe siècle:
«Lorsque je tiens une lampée
Pleine de vin, le long de la journée,
Je siffle autant que trois.»
Avoir tout sifflé. Être ruiné.
- SIFFLER LA LINOTTE, v. a.
Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus; faire le pied
de grue.
- SIFFLET, s. m. Gorge, gosier,—entonnoir
à air et à vin.
S'affûter le sifflet. Boire.
On dit aussi Se rincer le sifflet.
Couper le sifflet à quelqu'un. Le
forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen
extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu'il a tort de parler,
ce qui vaut mieux.
- SIGNE D'ARGENT, s. m. Le
stercus humain,—dans lequel il est bon de marcher, paraît-il,
parce que cela porte bonheur.
- SIGNER DES ORTEILS (Se), v.
réfl. Se pendre ou être pendu,—dans l'argot du peuple, qui
fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés.
- SILENCE, s. m. Audiencier,—dans
l'argot des voyous, habitués de police correctionnelle ou de
cour d'assises.
- SIME, s. f. Patrouille,—dans
l'argot des voleurs.
- SIMON, s. m. Propriétaire,—dans
l'argot des ouvriers viveurs.
Aller chez Simon. Aller «où le
roi va à pied»,—dans l'argot des bourgeoises.
- SIMPLE, s. et adj. Niais,—dans
l'argot du peuple, qui a un faible pour les roublards.
Les Anglais ont la même expression: Flat, plat,—nigaud.
- SINGE, s. m. Patron,—dans
l'argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une
autre monnaie que celle de son nom.
- SINGE, s. m. Ouvrier compositeur,—dans
l'argot des imprimeurs.
- SINGE BOTTÉ, s. m. Homme
amusant, gros farceur,—dans l'argot des bourgeoises.
- SINGERIES, s. f. Grimaces,
mines hypocrites, comédie de la douleur,—dans l'argot du
peuple, qui n'aime pas les gens simiesques.
- SINGULIER PISTOLET, s. m.
Homme bizarre, original, qui ne fait rien comme tout le monde,
part quand il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.
- SINVE, s. m. Homme simple,
imbécile, bon à duper,—dans l'argot des voleurs.
Quelques lexicographes de la rue affirment qu'on écrit et prononce
sinvre.
Affranchir un sinve. Faire d'un
441
paresseux un voleur, ou d'un débauché un escarpe.
- SINVINERIE, s. f. Niaiserie.
- SIROP, s. m. Vin,—dans
l'argot des faubouriens, qui ont l'honneur de se rencontrer avec
Rabelais: «Après s'être bien antidoté l'haleine de sirop vignolat,»
dit l'immortel Alcofribas Nasier.
Avoir un coup de sirop de trop. Être ivre.
- SIROTER, v. a. Boire plus que
de raison.
Signifie aussi Boire à petits coups.
- SIROTER, v. n. et a. Nettoyer
à fond la tête de quelqu'un, la bien peigner, friser et pommader.
Argot des coiffeurs.
- SIROTER LE BONHEUR, v. a.
Être dans la lune de miel. Argot des faubouriens.
- SIROTEUR, s. m. Ivrogne.
- SIX, s. f. Une des six chandelles
dont se compose un paquet d'une livre.
Brûler des six. N'employer que ces chandelles-là.
- SIX-FRANCS, s. m. Outil de
bois sur lequel on repasse les habits,—dans l'argot des tailleurs.
- SIX-QUATRE-DEUX (A la), adv.
Sans soin, sans grâce, à la hâte,—dans l'argot des bourgeois.
- SMALA, s. f. Famille, ménage,—dans
l'argot des troupiers qui
ont fait les campagnes d'Afrique.
Se dit depuis la prise de la smala d'Abd-el-Kader par le duc
d'Aumale.
- SNOB, s. m. Fat, ridicule,
vaniteux,—dans l'argot des gens de lettres, qui ont emprunté
cette expression au Livre des Snobs de Thackeray, comme si
nous n'avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.
- SNOBISME, s. m. Fatuité, vanité.
- SNOBOYE, adj. Parfait, excellent,
chocnosof,—dans l'argot des faubouriens.
- SOCIÉTÉ DU DOIGT DANS L'œIL,
s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on
enrégimente à leur insu les gens qui «se fourrent le doigt dans
l'œil».
- SOCIÉTÉ DU FAUX COL, s. f.
Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens
pour se débarrasser des raseurs, des importuns, des gêneurs.
Le signe de détresse que font
entre eux les membres de la Société
du faux col consiste à passer
le doigt sur le col de la chemise.
Cette société s'appelle aussi la
Société du rachat des captifs.
- SODA, s. m. Mélange de sirop
de groseille et d'eau de seltz (soda-water).
- SœUR, s. f. Maîtresse,—dans
l'argot des soldats et des voyous, qui, sans s'en douter, se servent
du même mot que les Romains, dans le même sens, soror. Les
Romains avaient de plus le mâle de la sœur, qui était le frater.
On dit aussi: Nos sœurs du peuple, pour désigner certaines
victimes cloîtrées, qui ne se plaignent
pas de l'être. Au xvie siècle,
on disait: Nos cousines.
442
Sœur se trouve, avec cette dernière
acception, dans le Dictionnaire
de Leroux.
- SœUR, s. f. Fille ou femme,—dans
l'argot des francs-maçons.
- SœURS blanches, s. f. pl.
Les dents,—dans l'argot des voleurs.
- SOIFFARD, s. m. Ivrogne,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Soiffeur.
- SOIFFER, v. n. Boire outre
mesure,—sous prétexte de soif.
- SOIGNÉ, s. m. Chose de qualité
supérieure, vin ou chapeau, tabac ou salade, etc.
- SOIGNÉE, s. f. Chose étonnante,
difficile à croire; événement extraordinaire.
Signifie aussi elliptiquement. Correction violente,—pile donnée
avec soin.
- SOIGNER, v. a. Battre quelqu'un
avec un soin dont il n'est nullement reconnaissant.
- SOIGNER SES ENTRÉES. Se
faire applaudir à son entrée en scène par les chevaliers du lustre.
Argot des coulisses.
- SOIR, s. m. Journal du soir,—dans
l'argot des gandins.
Cette ellipse est à la mode depuis
quelque temps dans les cafés
des boulevards.
- SOISSONNAIS, s. m. pl. Haricots,—dans
l'argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie
de ce farineux.
- SOLDAT DU PAPE, s. m. Mauvais
soldat,—dans l'argot du peuple.
- SOLDATS, s. m. pl. De l'argent,—dans
l'argot des faubouriens, qui savent que l'argent est le nerf
de la guerre.
Dans les Joyeuses Commères de Windsor, Shakespeare
fait dire par Falstaff à Ford: Money is a good soldier, Sir, and will on.
(L'argent est un bon soldat; il pousse en avant.)
- SOLDE, s. m. Restant d'étoffe;
coupon,—dans l'argot des marchands.
- SOLDE, s. m. Chose de médiocre
valeur,—dans l'argot des gens de lettres.
Cigare de solde. Mauvais cigare.
Dîner de solde. Exécrable dîner.
- SOLFÉRINO, adj. et s. Couleur
rouge violacée, fort à la mode depuis la guerre d'Italie.
- SOLIR, v. a. Vendre,—dans
l'argot des voleurs.
Solir sur le verbe. Acheter à crédit,—c'est-à-dire sur parole.
- SOLITAIRE, s. m. Spectateur
qui ne paye sa place que moitié prix, mais à la condition d'entrer
au théâtre dans les rangs de la Claque, sans être forcé d'applaudir
comme elle. Argot des coulisses.
- SOLLICEUR, s. m. Marchand,—dans
l'argot des voleurs.
Solliceur à la pogne. Marchand, ambulant.
Solliceur de lacets. Gendarme.
Solliceur de loffitudes. Homme de lettres.
Sonde, s. f. Médecin,—dans le même argot.
- SONDEUR, adj. et s. Sournois,
443
prudent, malin,—dans l'argot des faubouriens.
Aller en sondeur. S'informer
avant d'entreprendre une chose,
écouter une conversation avant
de s'y mêler.
Père sondeur. Bonhomme rusé,
dont personne ne se méfie, et
qui se joue de tout le monde.
- SONNETTE DE BOIS, s. f. Sonnette
d'hôtel garni que l'on bourre de chiffons pour l'empêcher
de sonner lorsqu'on veut s'en aller clandestinement.
D'où l'expression Déménager à la sonnette de bois.
- SONNETTE DE NUIT, s. f.
Houpette de soie blanche que les petites dames portent au capuchon
de leurs caracos (1865).
- SONNETTES, s. f. pl. Pièces
d'or ou d'argent, d'une musique supérieure à celle de Rossini—pour
les oreilles des petites dames.
- SONNETTES, s. f. pl. Gringuenaudes
de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.
- SORBONNE, s. f. La tête,—parce
qu'elle «médite, raisonne et conseille le crime». Argot des voleurs.
- SORCIÈRE, s. f. Femme mal
mise ou d'une figure ravagée,—dans l'argot des bourgeoises.
Elles disent aussi Vieille sorcière.
- SORGUE, s. f. Nuit,—dans
l'argot des voleurs.
Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu'il faut écrire
Sorgne.
- SORGUER, v. n. Passer la nuit.
- SORGUEUR, s. m. Voleur de
nuit.
- SORTE, s. f. Mauvaise raison,
faux prétexte, balançoire,—dans l'argot des typographes.
- SORTIE, s. f. Discours inconvenant;
emportement plus ou moins violent. Argot du peuple.
- SORTIR, v. a. Transporter un
mobilier extra-muros,—dans l'argot des déménageurs.
Le rentrer. Le ramener à Paris.
On dit de même Sortie pour
un déménagement extra-muros,
et Rentrée pour le contraire.
- SORTIR, v. n. Avoir des absences
d'esprit, être distrait,—dans
l'argot du peuple.
On dit mieux Être sorti ou Être
ailleurs, pour n'être pas à la conversation,
ne pas savoir ce qu'on
dit autour de soi.
- SORTIR, v. n. Être insupportable,—dans
l'argot des faubouriens.
Ce verbe ne s'emploie guère qu'à la troisième personne de
l'indicatif présent: il me sort,—c'est-à-dire,
je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué.
Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent: Il me sort par
le cul.
- SORTIR D'UNE BOITE, v. n.
Être vêtu avec une propreté méticuleuse,—dans l'argot des
bourgeois, qui ont des notions de blanchisseuse sur l'élégance.
Ils disent aussi Avoir l'air de sortir d'une boîte.
- SORTIR LES PIEDS DEVANT, v.
444
n. Être emporté mort, «cloué sous la lame»,—dans l'argot
du peuple, qui sait de quelle façon un cercueil sort d'une maison.
- SOT-L'Y-LAISSE, s. m. Le croupion
d'une volaille,—dans l'argot des bourgeois.
- SOUDRILLARD, s. et adj. Libertin,—dans
l'argot des voleurs.
Le vieux français avait Soudrille (soldat, ou plutôt soudard).
- SOUFFLANT, s. m. Pistolet,—dans
le même argot.
- SOUFFLER, v. a. Prendre,
s'emparer de quelque chose,—dans l'argot du peuple.
Souffler la maîtresse de quelqu'un.
La lui enlever,—et, dans ce cas-là, souffler, c'est jouer... un
mauvais tour.
- SOUFFLER DES POIS, v. n.
Agiter ses lèvres en dormant pour expirer l'air par petits coups secs.
Les étudiants en médecine disent: Fumer sa pipe.
Dans l'argot du peuple, Souffler des pois, c'est Faire l'important.
- SOUFFLER SON COPEAU, v. a.
Travailler,—dans l'argot des ouvriers.
- SOUFFLET, s. m. Le podex.
- SOUFFLEUR DE BOUDIN, s. m.
Homme à visage rubicond.
- SOUILLON, s. f. Femme malpropre,
fille à soldats. C'est la malkin des voyous anglais.
- SOUILLOT, s. m. Ivrogne, débauché,
arsouille,—dans l'argot des faubouriens.
- SOULAGER, v. a. Alléger la
poche de son voisin de la montre ou de la bourse qu'elle contenait.
- SOULAGER (Se), v. réfl. Meiere.
Argot du peuple.
Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.
- SOULARD, adj. et s. Ivrogne.
- SOÛLER (Se). Se goinfrer de
vin ou d'eau-de-vie à en perdre la raison.
- SOULEUR, s. f. Frayeur subite
et violente, qui remue le cœur et soûle l'esprit au point que, pendant
qu'elle dure, on ne sait plus ce que l'on fait.
Faire une souleur à quelqu'un. Lui faire peur.
- SOULEVER, v. a. Dérober
adroitement,—dans l'argot des faubouriens.
- SOULIERS A MUSIQUE, s. m.
pl. Qui craquent lorsqu'on les porte pour la première fois.
- SOULIERS-SEIZE, s. m. pl.
Souliers très étroits (13 et 3),—dans l'argot ridiculement facétieux
des bourgeois.
- SOULIERS SE LIVRANT A LA
BOISSON, s. m. pl. Souliers usés, prenant l'eau,—dans l'argot des
faubouriens.
- SOULOGRAPHE, s. m. Ivrogne
abject. Argot des typographes.
- SOULOGRAPHIE, s. m. Ivrognerie
dégoûtante.
- SOULOGRAPHIER (Se), v. réfl.
S'enivrer crapuleusement.
- SOUPÇON, s. m. Très petite
445
quantité,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Idée.
- SOUPE AU LAIT, s. f. Homme
qui s'emporte pour un rien.
- SOUPE DE PERROQUET, s. f.
Pain trempé dans du vin.
- SOUPE-ET-LE-BœUF (La), Bonheur
conjugal,—c'est-à-dire ordinaire.
C'est une expression de la même famille que Pot-au-feu.
- SOUPENTE, s. f. Le ventre,—dans
l'argot des faubouriens.
Le mot a été recueilli par Traviès.
- SOUPE-SEPT-HEURES, s. m.
Homme qui a des habitudes de repas régulières,—dans l'argot
du peuple, qui, en conservant cette expression, a conservé aussi
la coutume qu'elle consacre.
- SOUPEUR, s. et adj. Viveur,—dans
l'argot des gens de lettres.
- SOUPEUSE, s. f. Femme galante
qui a pour spécialité de lever les hommes au souper,—c'est-à-dire
de faire espalier avec d'autres à la porte des cafés du boulevard,
vers les onze heures du soir, afin d'être priée à souper par les gens
qui n'aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse a une
prime par chaque tête de bétail qu'elle amène au restaurant.
- SOUPIER, adj. et s. Grand
mangeur de soupe. Argot du peuple.
- SOUPIR, s. m. Crepitus ventris,—dans
l'argot des bourgeois.
Soupir de Bacchus. Éructation.
- SOUPIRER, v. n. Crepitum reddere.
- SOUQUER, v. a. Battre ou
seulement Rudoyer. Argot du peuple.
- SOURICIÈRE, s. f. Cabaret suspect
où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les
agents de police, au courant de leurs habitudes.
Tendre une souricière. Surveiller les abords d'un de ces mauvais
lieux-là.
- SOURICIÈRE, s. f. Crinoline,
ou Tournure exagérée,—dans l'argot des petites dames, qui
savent combien les hommes se laissent prendre à cela.
- SOURICIÈRES, s. f. pl. Ce
sont, d'après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut
voir les fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer sur le quai de
l'Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes
prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître
devant le juge d'instruction.
- SOURIS, s. f. Baiser sur l'œil,—dans
l'argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.
- SOUS, s. m. pl. Argent, fortune,—dans
l'argot des ouvriers.
Avoir des sous. Être riche.
- SOUS DE POCHE, s. m. pl.
Monnaie à dépenser,—dans l'argot des collégiens et des
grandes personnes qui n'aiment pas à sortir sans argent.
- SOUS LE LIT (Être). N'être pas
446
au courant d'un métier ou au fait d'une chose; se tromper.
Argot des faubouriens.
- SOUS-LIEUTENANT, s. m. Résultat
moulé d'une évacuation alvine,—dans l'argot des royalistes
ennemis de la première Révolution.
«Je m'accroupis en gémissant
Au coin d'une boutique.
Je mis bas un sous-lieutenant
D'une figure étique?»
dit une chanson du comte Barruel
de Beauvert, publiée dans
les Nouveaux Actes des Apôtres.
On disait aussi Un représentant.
Avant de s'entre-tuer, les
hommes que divisent les opinions
politiques s'entre-souillent
d'épigrammes ordurières.
- SOUS-OFF, s. m. Apocope de
Sous-Officier,—dans l'argot des troupiers.
- SOUS PRESSE (Être). Être occupée,—dans
l'argot de Breda-Street.
- SOUSSOUILLE, s. et adj. Débauché,
ivrogne, arsouille,—dans l'argot des faubouriens.
- SOUTADOS, s. m. Pièce de cinq centimes.
- SOUTE AU PAIN, s. f. L'estomac,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
Les ouvriers anglais ont la même expression: Bread-basket
(panier au pain), disent-ils.
- SOUTELLAS, s. m. Cigare
d'un sou,—dans l'argot des voyous qui ont voulu se moquer
des panatellas.
- SOUTENANTE, s. f. Canne,—dans
l'argot des voleurs.
- SOUTENEUR, s. m. Homme
qui vit aux dépens des filles,—dans l'argot du peuple.
- SOUTIRER AU CARAMEL, v. a.
Tirer de l'argent de quelqu'un en employant la douceur.
- SPECK, s. m. Lard,—dans
l'argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à la langue allemande.
- SPEECH, s. m. Discours, bavardage,—dans
l'argot du peuple et des gens de lettres.
- SPER, s. m. Carreau dont on
vient de se servir, mais qui possède encore assez de chaleur
pour être de nouveau utilisé.
Expression de l'argot des tailleurs.
- SPHINX, s. m. Mets imaginaire
comme le monstre auquel fut forcé de répondre Œdipe, et
qu'on demande facétieusement dans certains restaurants qui
prétendent avoir de tout. Alphonse Karr, ou Méry, eut un
jour la curiosité d'en exiger;—«Nous venons de donner la dernière
portion,» lui répondit tranquillement le garçon. Léon
Gozlan fut plus heureux, ou plus malheureux; il en demanda—et
on lui en servit.
- SPICKEL, s. f. Épée de fantaisie,—dans
l'argot des Polytechniciens, qui l'achètent ordinairement
chez le marchand qui porte ce nom, et dont le magasin
est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.
447
- SPIRITE, s. et adj. Homme
qui ne croit peut-être pas à Dieu mais qui croit aux esprits, afin
de prouver l'insanité du sien.
- SPIRITISME, s. m. Dada, à
l'usage des gens sérieux qui tiennent à passer pour grotesques.
Ils évoquent Voltaire et ils le font parler comme Eugène de
Mirecourt.
- SPORT, s. m. Science de la
haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc.,—dans
l'argot des anglomanes.
- SPORTIF, IVE, adj. Qui a rapport
aux choses du sport.
Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.
- SPORTSMAN, s. m. Homme
de cheval, habitué des courses.
- SPORTSMANIE, s. f. La manie
des courses,—dans l'argot des bourgeois.
- STALLE, s. f. Chaise ou fauteuil,—dans
l'argot des francs-maçons.
- STERLING, adj. Pur, de bon
aloi; riche,—dans l'argot du peuple, qui n'a pas le moins du
monde «emprunté ce superlatif au système monétaire anglais»,
par l'excellente raison que ce «superlatif» a, en anglais,
la même signification qu'en français: Sterling wit (esprit
de bon aloi), sterling merit (mérite remarquable), disent nos
voisins. M. Ch. Nisard s'est trompé.
- STICK, s. m. Petite canne,—dans
l'argot des «young gentlemen», qui mettent cela dans
leur bouche comme un sucre d'orge, au lieu d'appuyer leurs
mains dessus comme sur un bâton.
Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du
Dictionnaire de l'Académie, plus hospitalier pour les mots anglais
que pour les mots français. Même observation à propos de
derby, turf, studbook, handicap,
steeple-chase, match, etc.
- STOCKFISH, s. m. Anglais,—dans
l'argot des faubouriens.
- STOP! Expression de la langue
anglaise qui est passée dans
l'argot des canotiers parisiens.
Elle signifie, on le sait: «Arrêtez!»
- STOPPER, v. n. Arrêter, faire
escale.
C'est le verbe anglais To stop.
- STROC, s. m. Chopine,—dans
l'argot des voleurs.
Demi-stroc. Demi-setier.
On dit aussi Stron.
- STUC, s. m. Part d'un vol,—dans
l'argot des voleurs, qui doivent s'estimer heureux de ne
plus vivre au XVIIIe siècle, à une
époque où un arrêt de la Cour du Parlement (22 juillet 1722)
condamnait à être rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recélé
des vols, en avoir eu le stuc, et acheté le stuc des autres.
J'ai vu écrit Lestuc sur feuillet
de garde du Langage de l'argot réformé,
avec mention du sens dans
lequel stuc est employé.
- STUCQUER, v. a. et n. Renseigner,
448 styler,—dans l'argot
des faubouriens.
Être stuqué. Être instruit.
- STYLER QUELQU'UN, v. a.
Lui faire la leçon, lui apprendre ce qu'il doit dire ou faire. Argot
du peuple.
- SUAGE, s. m. Assassinat,—dans
l'argot des voleurs.
Signifie aussi Chauffage.
- SUAGEUR, s. m. Chauffeur.
- SUBLIME COUP DE L'ÉTRIER,
s. m. Le viatique, qu'on donne aux mourants avant leur départ
pour le grand voyage,—dans l'argot de lord Pilgrim, aliàs Arsène
Houssaye, qui a employé cette expression, d'un goût contestable,
à propos des derniers moments de Proudhon.
- SUBLIMER, v. n. Travailler
avec excès, la nuit spécialement,—dans l'argot des polytechniciens.
- SUBLIMER (Se). Se corrompre
davantage, mais avec art,—dans l'argot des petites dames,
qui ont une façon à elles de s'élever (sublimare).
- SUBTILISER, v. a. Dérober
quelque chose, une tabatière ou un foulard,—dans l'argot des
faubouriens.
- SUCCÈS D'ESTIME, s. m.
Succès douteux, et pour ainsi dire nul,—dans l'argot des coulisses.
- SUCE-LARBIN, s. m. Bureau
de placement pour les domestiques—dans l'argot des voleurs.
- SUCER LA FINE CÔTELETTE,
v. a. Déjeuner à la fourchette.—dans l'argot des faubouriens.
- SUCER LA POMME (Se), v.
réfl. S'embrasser; se bécotter.
On dit aussi Se sucer le trognon.
- SUCER UN VERRE, v. a. Le
boire.
- SUCEUR, s. m. Parasite,
homme qui boit et mange aux dépens des autres. Argot des coulisses.
- SUÇON, s. m. Pince faite à
même le drap pour obtenir un bombage,—dans l'argot des tailleurs.
- SUÇON, s. m. Baiser-ventouse,—dans
l'argot des grisettes.
- SUÇON, s. m. Sucre d'orge,—dans
l'argot des petites dames, habituées des Délass Com, et du théâtre Déjazet.
- SUCRE! Exclamation de l'argot
des bourgeoises, à qui—naturellement—répugne celle de Cambronne.
- SUCRÉE! s. f. Bégueule,—dans
l'argot du peuple.
Faire sa sucrée. Se choquer des discours les plus innocents
comme s'ils étaient égrillards, et des actions les plus simples
comme si elles étaient indécentes.
L'expression est vieille,—comme l'hypocrisie.
Perrot d'Ablancourt, dans sa traduction
de Lucien, dit: «Et cette petite sucrée de Sapho...»
- SUDISTE, s. et adj. Partisan
449
des Etats de l'Union qui ont brisé cette union pour se constituer,
sans y réussir, en République à part, dite République du Sud.
On dit aussi Confédéré, Esclavagiste,
Sécessionniste et Séparatiste.
- SUÉE, s. f. Réprimande,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi Peur.
- SUÉE DE MONDE, s. f. Foule,
grand nombre de personnes.
- SUER (Faire). Assassiner,—dans
l'argot des voleurs.
Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.
- SUER (Faire). Ennuyer outrageusement
par ce qu'on fait ou par ce qu'on dit; faire lever les épaules de pitié ou de dédain.
Argot du peuple.
- SUER SON ARGENT (Faire).
Lui faire rapporter gros; se livrer à l'usure. Argot des bourgeois.
- SUER THÉMIS (Faire). Étudier
le Code, de manière à pouvoir éluder la loi,—dans l'argot
des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d'affaires,
des avocats marrons.
- SUEUR DE CANTONNIER, s. f.
Chose rare parce que chère, ou chère parce que rare,—les cantonniers
étant connus généralement pour des gens qui en prennent à leur aise.
- SUIF, s. m. Réprimande de
maître à valet, ou de patron à ouvrier. Argot des faubouriens.
Gober son suif. Recevoir les reproches auxquels on s'attendait.
- SUIF, s. m. Graisse, la partie
adipeuse du corps humain.
Être tout en suif. Être fort gras.
- SUIF, s. m. Argent, beurre.
- SUIFFARD, adj. et s. Homme
mis avec élégance, avec chic.
- SUIFFARD, s. m. Richard.
- SUIFFÉ, adj. Soigné, remarquable,
très beau.
Femme suiffée. Très jolie ou très bien mise.
- SUIFFÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus.
- SUISSE, s. m. Invité, convive,—dans
l'argot des troupiers.
Faire Suisse. Boire ou manger seul.
- SUISSESSE, s. f. Verre d'absinthe,—dans
l'argot des bohèmes.
- SUIVEUR, s. m. Galantin de
n'importe quel âge, homme qui suit les femmes dans la rue.
Mot créé par Nestor Roqueplan.
- SUIVEZ-MOI, JEUNE HOMME, s.
m. Rubans très minces et très longs que les petites dames laissent
flotter sur leur dos.
- SUIVRE LE SOLEIL, v. a.
Aller travailler à la journée chez les particuliers,—dans l'argot
des tailleurs, qui ont rarement des expressions aussi imagées et
aussi poétiques.
450
- SULFATE DE CUIVRE, s. m.
Absinthe de cabaret,—dans l'argot des bohèmes, qui n'en
sont que plus coupables puisqu'ils boivent obstinément un
liquide dont ils connaissent les désastreux effets.
J'ai entendu demander par un ivrogne un verre de sulfate de
cuivre et j'ai vu le garçon lui apporter un verre d'absinthe. Empoisonneurs
et empoisonnés rient de leur poison. C'est parfait!
- SULTAN (Le). Le public,—dans
l'argot des coulisses.
L'expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques
dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.
- SUPERLIFICOQUENTIEUX, a.
Merveilleux, étonnant, inouï,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Superlificoquentiel.
- SURBINE, s. f. Surveillance,—dans
l'argot des voleurs.
- SURETTE, s. f. Pomme,—dans
le même argot.
- SURGERBER, v. a. Condamner
en appel,—dans le même argot.
- SURIN, s. m. Couteau,—dans
le même argot.
Surin muet. Canne plombée; casse-tête.
- SURINER, v. a. Assassiner
quelqu'un avec un surin. V. Chouriner.
- SURINEUR, s. m. Spécialiste
du genre de Lacenaire. V. également Chourineur.
- SURJUIN, s. m. Insurgé de
juin 1848,—dans l'argot des campagnards de la banlieue de
Paris, pour qui un mot nouveau n'est facile à retenir qu'autant
qu'il est court et sonore.
- SURMOULEUR, s. m. Ecrivain
qui, volontairement ou à son insu, pastiche d'autres écrivains,
et emploie tout son talent à exagérer les mauvais côtés du talent
des autres. Argot des gens de lettres.
- SUR-RINCETTE, s. f. Supplément
à la rincette,—dans l'argot des bourgeois.
- SUR SEIZE! Exclamation de
l'argot des calicots, qui l'emploient pour se prévenir mutuellement
d'un péril quelconque, comme par exemple de l'arrivée subite du patron, etc.
- SYMBOLE, s. m. Crédit chez
le marchand de vin,—dans l'argot des typographes, qui veulent
sans doute faire allusion à l'œil du fameux triangle maçonnique.
Avoir le symbole. Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.
- SYMBOLE, s. m. La tête,—dans
l'argot des voyous.
Se dit aussi pour Chapeau.
- SYSTÈME, s. m. L'ensemble
des fonctions du corps humain, et, plus spécialement, le système
nerveux. Argot du peuple.
Agacer le système. Ennuyer.
Taper sur le système. Agacer
les nerfs; exaspérer.
451
T
- TABAC, s. m. Vieil étudiant,—culotté
comme une pipe qui
a beaucoup servi.
- TABAC, s. m. Ennui, misère,—dans
l'argot des faubouriens.
Être dans le tabac. Être dans une position critique.
Foutre du tabac à quelqu'un. Le
battre—de façon à lui faire
éternuer du sang.
Fourrer dans le tabac. Mettre
dans l'embarras.
Manufacture de tabac. Caserne.
- TABAC DE DÉMOC, s. m. Tabac
fait avec les détritus de cigares ramassés par les voyous
jeunes et vieux, dont c'est la spécialité.
- TABAR, s. m. Manteau,—dans
l'argot des voleurs.
Ils disaient autrefois Volant.
- TABATIÈRE, s. f. Le podex,—dans
l'argot du peuple.
Ouvrir sa tabatière. Faire un sacrifice muet, mais odore, au
dieu Crépitus. D'où: Quelle prise!
- TABLEAU-RADIS, s. m. Toile
qui revient, invendue, du Salon ou de la boutique du marchand.
Argot des artistes et des gens de lettres.
On dit de même Livre-radis.
- TABLEAUTIN, s. m. Tableau
sans valeur.
- TABLETTE, s. f. Brique,—dans
l'argot des voleurs.
- TABLIER DE CUIR, s. m. Cabriolet,—dans
l'argot des faubouriens.
- TABLIER LÈVE (Le). Se dit—dans
l'argot des bourgeois—d'une fille qui ne peut plus dissimuler
sa grossesse. Intumescit alvus.
Faire lever le tablier. Engrosser une fille ou une femme.
- TACHE D'HUILE, s. f. Accroc
à une robe, déchirure d'habit,—dans l'argot du peuple.
452
- TACHE D'HUILE, s. f. Mauvais
tour,—crasse impardonnable, ineffaçable, faite par un ami à
son ami.
- TAF, s. m. Peur,—dans l'argot
des voleurs.
Avoir le taf. Avoir peur.
Coller le taf. Faire peur.
On dit aussi Tafferie.
Il n'y a pas à douter que ce mot ne vienne d'une expression
proverbiale ainsi rapportée par Oudin: «Les fesses luy font taf taf, ou
le cul lui fait tif taf, c'est-à-dire: Il a grand peur, il tremble de peur.»
On dit aussi Taffetas.
Avoir le taffetas du vert. Être frileux, avoir peur du froid.
- TAFFER, v. n. Avoir peur,—dans
l'argot des faubouriens.
- TAFFEUR, s. m. Poltron.
Le Royal-Taffeur. Régiment aux cadres élastiques,
où l'on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves
de couardise.
- TAILLER DES BAVETTES, v.
a. Bavarder comme font les commères à la veillée,—dans
l'argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de
réputations à coups de langue qu'elles ne cousent de robes à
coups d'aiguille.
- TAILLER DES CROUPIÈRES, v.
a. Donner de l'inquiétude à son ennemi, le harceler sans cesse.
- TAILLER LES MORCEAUX A
QUELQU'UN, v. a. Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui
prescrire ce qu'il doit faire.
- TAILLEUSE, s. f. Nom générique
de la corporation des tailleurs.
- TAIRE SON BEC, v. a. Se
taire,—dans l'argot du peuple.
- TALBIN, s. m. Billet de complaisance,—dans
l'argot des voleurs.
Talbin d'altèque. Billet de banque.
Talbin d'encarade. Billet d'entrée dans un théâtre.
- TALBIN, s. m. Huissier,—dans
le même argot.
- TALBINER, v. a. Assigner devant
le tribunal.
- TALOCHE, s. f. Soufflet ou
coup de poing,—dans l'argot du peuple, qui a eu l'honneur de
prêter ce mot à Molière.
- TALOCHER, v. a. Donner des
soufflets.
- TALOCHON, s. m. Petite taloche.
- TALONNER, v. a. Presser,
tourmenter; poursuivre.
- TALON ROUGE, s. m. Aristocrate.
Être talon rouge. Avoir la suprême impertinence.
- TALONS COURTS (Avoir les).
Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez
vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.
- TAMBOUILLE, s. f. Ragoût,
fricot,—dans l'argot des faubouriens.
Faire sa tambouille. Faire sa
cuisine.
453
- TAMBOUR, s. m. Chien,—dans
l'argot des voleurs.
Roulement de tambour. Aboiement.
- TAMPON, s. m. Poing,—dans
l'argot du peuple.
- TAMPONNER (Se), v. réfl. Se
battre à coups de poing.
On dit aussi Se foutre des coups de tampon.
- TANGENTE, s. f. Épée,—dans
l'argot des Polytechniciens.
Ils l'appellent aussi: La tangente au point Q.
- TANNANT, E, adj. Ennuyeux,
assommant,—dans l'argot des
faubouriens.
- TANNER, v. n. Ennuyer.
- TANNER LE CUIR, v. a. Battre
quelqu'un à coups redoublés.
Au XVIIe siècle on disait:
Faire péter le maroquin.
- TANTE, s. f. Individu du
troisième sexe,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Tapette.
- TANTE (Ma). Mont-de-Piété,—dans
l'argot des petites dames et des bohèmes qui croient avoir
inventé là une expression bien ingénieuse, et qui se sont contentés
de contrefaire une expression
belge: car au XIIe siècle,
dans le pays wallon, on appelait un usurier mon oncle.
On dit aussi Casino.
- TANTINET, adv. Un peu,—dans
l'argot du peuple qui emploie ce mot depuis quelques siècles.
On dit aussi Tantet.
- Tant que terre, adv. En
abondance, beaucoup.
- TAP ou TAPIN, s. m. Poteau
du pilori,—dans l'argot des voleurs.
Faire le tapin. Être exposé.
On dit aussi Faire le singe.
- TAPAGE, s. m. Amour,—dans
l'argot des typographes.
- TAPAGEUR, EUSE, adj. Eclatant,
voyant, criard,—dans l'argot des gens de lettres et des
artistes.
Couleurs tapageuses. Couleurs
trop vives qui tirent l'œil et l'agacent.
Toilette tapageuse. Toilette d'un luxe de mauvais goût, dressée
pour faire retourner les hommes et «crever de jalousie» les
femmes.
- TAPAMORT, s. m. Tambour,—dans
l'argot des voyous.
- TAPANCE, s. f. Maîtresse ou
femme légitime,—dans l'argot des typographes.
La tapance du meg. La femme du patron.
- TAPE, s. f. Coup de la main,
à plat ou fermée. Argot du peuple.
- TAPÉ, adj. Réussi, émouvant,
éloquent,—c'est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et
d'hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans
les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers
et dans les pièces de ses dramaturges.
Tapé dans le nœud. Excessivement
beau, ou extrêmement remarquable.
454
- TAPE-A-L'œIL, s. m. Homme
qui a une pétéchie sur l'œil; chien blanc qui a du poil noir
sur les yeux.
- TAPECUL, s. m. Voiture mal
suspendue qui secoue les voyageurs.
- TAPE-CUL, s. m. Planche en
équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.
- TAPEDUR, s. m. Serrurier,—dans
l'argot des voleurs.
- TAPÉE, s. f. Foule, grande
réunion de personnes,—dans l'argot des faubouriens.
- TAPER, v. a. Frapper, battre.
- TAPER, v. a. et n. Permolere
uxorem, quamlibet aliam,—dans l'argot des typographes.
- TAPER, v. a. Demander de
l'argent,—dans l'argot des ouvriers.
Taper son patron de vingt francs. Lui demander une avance
d'un louis.
- TAPER, v. n. Prendre sans
choisir,—dans l'argot des faubouriens.
Taper dans le tas. Prendre au
hasard dans une collection de
choses ou de femmes.
Taper sur les vivres. Se jeter avec avidité sur les plats d'une
table; manger gloutonnement.
Taper sur le liquide. S'empresser de boire.
- TAPER DANS LE TAS. Avoir
de la rondeur dans les allures, de la franchise dans le caractère.
- TAPER DANS L'œIL, v. a. Séduire,—en
parlant des choses et des femmes.
- TAPER DE L'œIL, v. n. Dormir.
L'expression est plus vieille qu'on ne serait tenté de le croire,
car on la trouve dans les Œuvres du comte de Caylus (Histoire
de Guillaume Cocher).
- TAPER SUR LA BOULE, v. a.
Griser, étourdir, à propos d'un
liquide.
- TAPETTE, s. f. Verve, entrain,
platine.
Avoir une fière tapette. Être
grand parleur,—ou plutôt grand
bavard.
- TAPETTE, s. f. Individu faisant
partie du troisième sexe.
- TAPIN, s. m. Tambour,—dans
l'argot des troupiers.
Le mot a au moins cent ans de bouteille.
- TAPIQUER, v. n. Habiter,—dans
l'argot des voleurs.
- TAPIS, s. m. Conversation,
causerie,—dans l'argot des bourgeois.
Être sur le tapis. Être l'objet d'une causerie, le sujet d'une
conversation.
Amuser le tapis. Distraire d'une préoccupation sérieuse par une
causerie agréable.
- TAPIS, s. m. Cabaret, auberge,
hôtel,—dans l'argot des voleurs, qui se servent là d'un
vieux mot de la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a
fait tapinois.
Ils disent aussi Tapis franc,
c'est-à dire Cabaret d'affranchis.
455
Tapis de grives. Cantine de caserne.
Tapis de malades. Cantine de prison.
Tapis de refaite. Table d'hôte.
- TAPIS BLEU, s. m. Paradis,—dans
l'argot des faubouriens, qui voient par avance le dedans
du ciel semblable au dehors.
- TAPIS BRÛLE (Le). Expression
de l'argot des joueurs, pour exciter quelqu'un à se mettre au jeu.
- TAPIS DE PIED, s. m. Courtisan,—dans
l'argot énergique du peuple, qui sait que les gens qui veulent parvenir essuient
sans murmurer, de la part des gens parvenus, toutes les humiliations
et toutes les mortifications.
Il dit aussi Lèche-tout.
- TAPISSERIE, s. f. Femmes
laides ou vieilles qu'on n'invite pas à danser—dans l'argot des
bourgeois.
Faire tapisserie. Regarder faire, ou écouter parler les autres.
- TAPISSERIE (Avoir de la).
Avoir beaucoup de figures en main,—dans l'argot des joueurs.
- TAPISSIER, s. m. Cabaretier.
- TAPIS VERT, s. m. Tripot,—dans
l'argot des voleurs et des bourgeois.
Jardiner sur le tapis vert. Jouer dans un tripot.
- TAPON, s. m. Amas de
choses,—et spécialement d'étoffes, de chiffons. Argot du peuple.
Mettre sa cravate en tapon. La chiffonner, la mettre sans
goût, comme si c'était un chiffon.
L'expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui
appellent Tapon une pièce de liège avec laquelle on bouche
l'âme des canons pour empêcher l'eau d'y entrer.
- TAPOTER DU PIANO. Toucher médiocrement du piano. Argot
des bourgeois.
- TAPOTEUR DE PIANO, s. m.
Pianiste médiocre.
- TAPOTEUSE DE PIANO. Femme
qui fait des gammes.
- TAPPE, s. f. La marque qu'on
appliquait avant 1830 sur l'épaule des condamnés aux travaux forcés.
- TAQUER, v. a. Hausser,—dans
l'argot des voleurs.
- TARAUDER, v. n. Faire un
bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant
des tiroirs, etc. Argot du peuple.
- TARAUDER, v. a. Battre,
donner des coups,—dans l'argot des faubouriens.
- TARD-A-LA-SOUPE, s. m. Convive
qui se fait attendre,—dans l'argot du peuple.
- TAROQUE, s. f. Marque du
linge,—dans l'argot des voleurs.
- TAROQUER, v. a. Marquer.
- TARTARE, s. m. Apprenti;
médiocre ouvrier,—dans l'argot des tailleurs.
On dit aussi Chasseur.
456
Tartare, s. m. Fausse nouvelle,
canard politique,—dans l'argot des journalistes et des
boursiers.
Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le
résultat de la bataille de l'Alma fût connu, le bruit courut,—et
ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir qu'un
cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d'Omer-Pacha,
annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes.
On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après,
la nouvelle apocryphe devenait officielle.
- TARTE, adj. Qualité bonne
ou mauvaise d'une chose,—dans l'argot des voleurs.
- TARTE BOURBONNAISE, s. f.
Résultat du verbe alvum deponere,—dans l'argot du peuple,
qui a la plaisanterie fécale.
Il a pour excuse l'exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II,
chap. XVI).
- TTartine, s. f. Article bon ou
mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes.
Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse.
Débiter des tartines. Parler longtemps.
- TARTINER, v. n. et a. Ecrire
des articles.
Tartiner une brochure. La rédiger.
- TARTINES, s. f. pl. Souliers
éculés, pantoufles,—dans l'argot des voyous.
- TARTIR, v. n. Levare ventris
onus,—dans l'argot des voleurs.
- TAS DE PIERRES, s. m. Prison,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Boîte aux cailloux.
- TATA, s. f. Tante,—dans
l'argot des enfants.
C'est également le mot qu'ils répètent le plus souvent pour appeler
leur père. On le retrouve jusque dans les épigrammes de
Martial.
- TATA, s. f. Femme plus bavarde
que ne le permet son sexe; belle diseuse de riens; précieuse; mijaurée.
Faire sa tata. Se donner de l'importance;
être une commère écoutée.
- TATE-POULE, s. m. Innocent,
et même imbécile.
Se dit aussi d'un Homme qui s'amuse aux menus soins du ménage.
- TATER, v. a. et n. Peloter.
- TATEUR, s. m. Peloteur.
- TATEZ-Y, s. m. Croix à la
Jeannette, ou petit cœur d'or qui pend sur la gorge des demoiselles
et même des dames.
- TATILLON, s. et adj. Homme
méticuleux à l'excès, s'occupant de riens comme s'ils étaient importants
et négligeant les choses importantes pour des riens. Argot du peuple.
On dit aussi Tatillonneur.
L'expression a une centaine
d'années de bouteille.
457
- TATILLONNER, v. n. S'occuper
de choses qui n'ont pas d'importance; faire la mouche du coche.
- TATOUILLE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot des faubouriens.
- TATOUILLER, v. a. Battre,
donner des coups.
- TAUDE, s. f. Apocope de
Taudion,—dans l'argot des voyous.
- TAUDION, s. m. Endroit quelconque;
logement malpropre, taudis. Argot des faubouriens.
- TAULE, s. m. Le bourreau,—d'après
Victor Hugo, à qui j'en laisse la responsabilité.
- TAULE ou TÔLE, s. f. Maison,—dans
l'argot des voleurs et des voyous.
C'est la piaule, moins les enfants.
- TAUPAGE, s. m. Egoïsme,
existence cachée,—dans le même argot.
- TAUPE, s. f. Fille de mauvaises
mœurs,—dans l'argot peu chrétien des bourgeois.
On dit aussi gaupe.
- TAUPER, v. a. et n. Battre,
Accabler de coups,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Tauper dessus.
- TAUPER, v. n. Travailler,—dans
l'argot des faubouriens.
- TAUPIER, s. m. Egoïste.
- TAUPIN, s. m. Candidat à
l'Ecole polytechnique,—peut-être parce qu'on a remarqué que
la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs
plus acharnés que les autres avaient de bonne heure la
vue aussi faible que celle des taupes.
Taupin carré. Taupin de 2e année.
Taupin cube. Taupin de 3e année.
- TAUPIN VAUT MAROTTE. Se
dit ironiquement—dans l'argot du peuple—de deux personnes
qui ont les mêmes vices ou la même laideur physique.
On dit aussi Taupin vaut Taupine.
- TEIGNE, s. f. Fille ou femme
acariâtre, hargneuse dont on ne peut pas se débarrasser.
On dit aussi Gale.
- TEINTÉ (Être). Commencer
à être gris,—dans l'argot des ouvriers.
- TEINTURIER, s. m. Homme
de lettres qui met en français un travail littéraire fait par un illettré,
et lui donne du style, de la poésie, de la couleur.
Il y a aussi les teinturiers politiques, c'est-à-dire
des gens supérieurs que les hommes d'Etat inférieurs s'attachent par
tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s'assimiler leurs
talents.
Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.
- TEMPLE, s, m. Salle de réunion,—dans
l'argot des francs-maçons.
458
- TEMPLE, s. m. Manteau,—dans
l'argot des faubouriens.
- TEMPS DE BÛCHE, s. m.
Epoque qui précède les examens,—dans l'argot des étudiants.
- TEMPS DE CHIEN. Mauvais
temps, pluie ou neige,—temps à ne pas mettre un chien dehors.
Argot du peuple.
- TEMPS DE DEMOISELLE, s. m.
Quand il ne fait ni pluie ni soleil, ni poussière ni vent.
- TEMPS SALÉ, s. m. Temps
chaud, qui fait boire.
- TENDRE LA PERCHE, v. a.
Venir en aide à quelqu'un qui se trouble dans une conversation
ou dans un discours.
- TENDRON, s. m. Grisette,
jeune fille à laquelle il est permis de manquer de respect,—dans
l'argot des bourgeois.
- TENIR (En). Avoir de l'amour
pour quelqu'un,—dans l'argot des bourgeois.
- TENIR A 40 SOUS AVEC SON
CROQUE-MORT (Se). Se débattre dans l'agonie, ne pas vouloir mourir.
Cette expression, aussi cynique que sinistre, est du pur argot de
voyou. Si je ne l'avais entendue de mes oreilles, je l'aurais crue inventée.
- TENIR A QUATRE (Se). Se contenir
tout en enrageant; ne pas oser éclater. Argot du peuple.
On dit aussi Être à genoux devant sa patience.
- TENIR BIEN SUR SES ANCRES,
v. n. Être en bonne santé,—dans
l'argot des marins.
- TENIR LA CHANDELLE, v. a.
Être témoin du bonheur des autres, sans en avoir sa part;
servir, sans le savoir, ou le sachant, une intrigue quelconque.
Argot du peuple.
- TENIR LA CORDE, v. a. Être
le succès, le héros du jour,—dans l'argot des gens de lettres,
qui ont emprunté cette expression aux sportsmen.
- TENIR SUR LES FONTS. Déposer
comme témoin contre un accusé,—dans l'argot des voleurs.
(V. Parrain.)
- TENUE, s. f. Assemblée, réunion,—dans
l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Convent,—mais surtout à propos de réunions
d'un caractère particulier, plus solennel que les tenues.
Tenue d'obligation. Jour fixé pour les assemblées de la loge.
Tenue extraordinaire. Réunion pour une fête d'adoption, pour
une réception d'urgence, etc.
- TERNAUX, s. m. Cachemire
français,—dans l'argot des lorettes, qui ne savaient pas que ce
nom de choses est un nom d'homme, celui d'un industriel
qui le premier en France entreprit de fabriquer des châles avec
la laine d'un troupeau de chèvres du Tibet amenées en 1818 à ses frais.
- TERREAU, s. m. Tabac à priser,—dans
l'argot des marbriers de cimetière.
Se flanquer du terreau dans le
tube. Priser.
459
- TERRER, v. a. Tuer,—dans
l'argot des voleurs, pour qui c'est une façon de mettre en terre
les gens qui les gênent.
Le patois normand a Terrage pour Enterrement.
- TERRION, s. m. Habitant du
continent,—dans l'argot des marins.
On dit aussi Terrien.
- TÉSIÈRE, pron. pers. Toi,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Tésigue, Tésigo et Tésingard.
- TESSON, s. m. La tête,—dans
l'argot des voyous.
Nib de douilles sur le tesson. Pas de cheveux sur la tête.
- TÉTAIS, s. m. pl. Seins,—dans
l'argot des enfants, qui conservent
longtemps aux lèvres,
avec les premières gouttes de
lait bues, les premiers mots bégayés.
Ils disent Tettes.
- TÉTARD, s. et adj. Entêté,—dans
l'argot des faubouriens.
- TÉTASSES, s. f. pl. Seins de
fâcheuse apparence,—dans l'argot
irrévérencieux du peuple, qui
dit cela depuis longtemps comme
en témoigne cette épigramme de
Tabourot des Accords:
«Jeannette à la grand'tetasse
Aux bains voulut une fois
Enarrher pour deux la place:
On luy fit payer pour trois.»
On dit aussi Calebasses.
- TÉTASSIÈRE, s. f. Femme
dont la gorge n'a aucun rapport avec celle de la Vénus de Milo.
L'expression se trouve aussi dans Tabourot.
- TÊTE, s. f. Air, physionomie.
Avoir une tête. Avoir de la physionomie, de l'originalité dans
le visage.
- TÊTE, s. f. Air rogue, orgueilleux,
prétentieux, de mauvaise humeur.
Faire sa tête. Faire le dédaigneux;
se donner des airs de grand seigneur ou de grande dame.
- TÊTE CARRÉE, s. f. Allemand
ou Alsacien.
On dit aussi Tête de choucroute.
- TÊTE D'ACAJOU, s. f. Nègre.
- TÊTE DE BUIS, s. f. Crâne
complètement chauve.
- TÊTE DE HOLZ, s. f. Allemand,—dans
l'argot des marbriers de cimetière, qui croient que les braves Teutons ont la
tête dure comme du bois.
- TÊTE DE TURC, s. f. Homme
connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur
lequel on s'exerce à l'épigramme, à l'ironie, à l'impertinence,—et
même à l'injure,—assuré qu'on est qu'il ne protestera pas,
ne réclamera pas, ne régimbera pas, et ne vous cassera pas les
reins d'un coup de canne ou la tête d'un coup de pistolet.
C'est une expression de l'argot des gens de lettres, qui l'ont empruntée
aux saltimbanques.
- TÉTER, v. n. Vider une bouteille,
dans l'argot du peuple, qui prétend que le vin est «le
lait des vieillards». Oui, des vieillards—et surtout des adultes.
460
- TÊTES DE CLOU, s. f. pl. Caractères
déformés par un long usage. Argot des typographes.
- TETINES, s. f. pl. Gorge avachie,—sumen
plutôt qu'uber. Argot des faubouriens.
Nous sommes loin du:
«Tétin, qui fait honte à la rose,
Tétin, plus beau que nulle chose,»
de Clément Marot.
- TETONNIÈRE, s. f. Femme ou
fille que la Nature a richement avantagée,—dans l'argot du
peuple, fidèle à sa langue nourricière.
- TETONS, s. m. pl. La gorge de la femme.
Tetons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore.
C'est un vers de Marot resté dans la circulation.
- TETTES, s. f. pl. Seins,—dans
l'argot des enfants.
Ce sont autant les mamillæ que les papillæ.
- TÊTUE, s. f. Épingle,—dans
l'argot des voleurs.
- THÉÂTRE ROUGE, s. m. La
guillotine,—dans l'argot des révolutionnaires un peu trop
avancés.
«Demain, relâche au Théâtre rouge,» écrivait à Lebon Duhaut-Pas,
un de ses émissaires.
- THÉ DE LA MÈRE GIBOU, s.
m. Mélange insensé de choses et de mots; discours incohérent;
pièce invraisemblable. Argot des coulisses.
- THÉMIS, s. f. La Justice,—dans
l'argot des Académiciens.
- THÊTA X, s. m. Élève de
seconde année,—dans l'argot des Polytechniciens.
On l'appelle aussi Ancien.
- THOMAIN, s. m. Mauvais rôle,—dans
l'argot des coulisses, où l'on a trouvé sans doute panne
bien usée.
- THOMAS, s. m. «Pot qu'en
chambre on demande»,—dans l'argot du peuple.
Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot.
La veuve Thomas. La chaise percée.
- THUNE, s. f. Pièce de cinq francs,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Thune de cinq balles.
- TIC, s. m. Manie, toquade,—dans
l'argot du peuple.
L'expression a des cheveux blancs.
- TICHE, s. f. Bénéfices plus ou
moins réguliers,—dans l'argot des commis de nouveautés.
- TICKET, s. m. Billet de chemin
de fer,—dans l'argot des gandins, anglomanes par genre.
Pourquoi alors ne disent-ils pas aussi single ticket (billet
simple) et return ticket (billet d'aller et de retour)?
- TIERS ET LE QUART (Le).
Celui-ci et celui-là, les premiers venus,—unusquisque. Argot des
bourgeois.
Médire du tiers et du quart. Médire de son prochain.
- TIGNASSE, s. f. Chevelure
abondante, épaisse, bien ou mal peignée,—dans l'argot du peuple,
461
pour qui ces chevelures-là sont autant de nids à teigne.
A signifié au début Perruque.
On dit aussi Tignon.
- TIGNE, s. f. Foule,—dans
l'argot des voleurs.
S'ébattre dans la tigne. Chercher à voler dans la foule.
Signifie aussi Réunion, Cénacle.
Quelques Vaugelas de la Roquette veulent qu'on écrive Tine.
- TIGRE, s. m. Groom, petit
gamin en livrée,—dans l'argot des fashionables.
- TIGRE, s. m. Rat, qui commence
à sortir de la foule et devient troisième, puis second, puis
premier sujet de la danse. Argot des coulisses.
- TIMBALLE (La). Dîner mensuel
des artistes du théâtre de l'Opéra-Comique. Il a lieu le troisième jeudi de chaque mois.
- TIMBRÉ, adj. et s. Fou, maniaque,
excentrique,—dans l'argot des bourgeois.
Grand timbré. Extravagant aimable, fou plaisant.
A l'origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce
qu'elle signifie aujourd'hui: un nomme timbré était un sage, un
homme ayant bonne tête.
- TIMBRE-POSTE, s. m. Cartouche,—dans
l'argot des chasseurs.
Est-ce parce que chaque cartouche revient à vingt centimes
environ, ou parce qu'elle sert à marquer le gibier?
- TINETTE, s. f. Hotte en bois
qui sert aux vidangeurs pour monter les matières solides d'une fosse.
Chevalier de la tinette. Vidangeur.
- TINETTE, s. f. Bouche à l'haleine
déplorable, sœur de celle à propos de laquelle Martial dit
(Lib. I, ep. 51):
«Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus,
Nil mirum merdas si libet esse cani.»
- TINTOUIN, s. m. Souci, tracas
d'esprit; embarras d'argent ou d'affaire,—dans l'argot du peuple,
qui a eu l'honneur de prêter ce mot à Rabelais.
- TINTOUINER (Se), v. réfl. Se
mettre martel en tête; se chagriner à propos de rien ou de
quelque chose.
- TIRAGE, s. m. Difficulté, obstacle,
rémora.
Il y aura du tirage dans cette affaire. On ne la mènera pas à
bonne fin sans peine.
- TIRANTES, s. f. pl. Jarretières,—dans
l'argot des voleurs.
- TIRANTS, s. m. pl. Bas,—dans
le même argot.
Tirants radoucis. Bas de soie.
Tirants de trimilet. Bas de fil.
Tirants de filsangue. Bas de filoselle.
- TIRÉ A QUATRE ÉPINGLES
(Être). Être vêtu avec un soin et une recherche remarquables,—dans
l'argot des bourgeois, pour qui «avoir l'air de sortir d'une
boîte» est le dernier mot du dandysme.
- TIRE-BOGUE, s. m. Voleur
qui a la spécialité des montres.
462
- TIRE-JUS, s. m. Mouchoir de
poche,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Tire-moelle.
- TIREJUTER, (Se). Se moucher.
- TIRE-LARIGOT (A), adv. Abondamment,
beaucoup,—dans l'argot du peuple, qui a eu
l'honneur de prêter cette expression à Rabelais.
Si j'étymologisais un peu?
Larigot était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une
petite flûte, Arigot; d'autant plus une flûte que souvent on employait
ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard.
(V. Saint-Amant). Donc, Boire à tire-larigot, c'était, c'est encore
Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes.
On a étendu le sens de cette expression: on ne boit pas seulement
à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.
- TIRE-LIARD, s. m. Avare.
- TIRELIRE, s. f. Le podex,—dans
l'argot ironique des ouvriers.
- TIRELIRE, s. f. La tête,—où
se mettent les économies de l'Étude et de l'Expérience. Argot
des faubouriens.
- TIRE-MOLARD, s. m. Mouchoir,—dans
l'argot des voyous.
- TIRER, v. a. Peindre, spécialement
le portrait,—dans l'argot du peuple.
- TIRER (Se la), v. réfl. Fuir.
- TIRER A BOULETS ROUGES
SUR QUELQU'UN, v. n. Le poursuivre inexorablement, lui envoyer
des monceaux de papier timbré,—dans l'argot des bourgeois,
qui deviennent corsaires avec les flibustiers.
On dit aussi Poursuivre à boulets rouges.
- TIRER A LA LIGNE, v. n.
Ecrire des phrases inutiles, abuser du dialogue pour allonger un
article ou un roman payé à tant la ligne,—dans l'argot des gens
de lettres, qui n'y tireront jamais avec autant d'art, d'esprit et d'aplomb
qu'Alexandre Dumas, le roi du genre.
- TIRER AUX GRENADIERS, v.
n. Emprunter de l'argent à quelqu'un en inventant une histoire
quelconque,—dans l'argot du peuple.
- TIRER DE LONGUEUR (Se). Se
dit—dans l'argot des faubouriens—d'une chose qui tarde à
venir, d'une affaire qui a de la peine à aboutir, d'une histoire
qui n'en finit pas.
- TIRER D'ÉPAISSEUR (Se), v.
réfl. Se tirer d'un mauvais pas,—dans l'argot des ouvriers.
Signifie aussi diminuer,—en parlant d'une besogne commencée.
- TIRER DES PIEDS (Se), v. réfl.
S'en aller, s'enfuir.
- TIRER LA DROITE, v. a. Traîner
la jambe droite par habitude de la manicle qu'elle a portée
au bagne,—dans l'argot des agents de police, qui se servent
de ce diagnostic pour reconnaître un ancien forçat.
- TIRER LA LANGUE, v. a. Être
463
extrêmement pauvre,—dans l'argot du peuple.
On dit aussi Tirer la langue d'un pied.
- TIRER LE CANON, v. a. Conjuguer le verbe pedere,—dans le
même argot.
On dit aussi Tirer le canon d'alarme.
- TIRER LE CHAUSSON, v. a.
S'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
Signifie aussi se battre.
- TIRER LE DIABLE PAR LA
QUEUE, v. a. Mener une vie besogneuse d'où les billets de banque
sont absents, remplacés qu'ils sont par des billets impayés. Argot
des bohèmes.
On dit aussi Tirer la Ficelle ou la corde.
- TIRER LES PATTES (Se), v.
réfl. S'ennuyer,—dans l'argot des typographes, à qui il répugne
probablement de s'étirer les bras.
- TIRER SA COUPE. S'en aller,
s'enfuir,—dans l'argot des faubouriens.
- TIRER SA LONGE, v. a. Marcher
avec difficulté par fatigue ou par vieillesse,—dans l'argot
des faubouriens.
- TIRER SES GUÊTRES, v. a.
S'en aller de quelque part, s'enfuir,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefois Tirer ses grègues.
- TIRER SON PLAN. Faire son
temps de prison ou de bagne,—dans l'argot des voleurs.
- TIRER UNE DENT, v. a. Escroquer
de l'argent à quelqu'un en lui contant une histoire.
- TIREUR, s. m. Pick-pocket.
- TIREUSE DE VINAIGRE, s. f.
Femme de mauvaises mœurs; drôlesse,—dans l'argot du peuple.
- TIROIR DE L'œIL, s. m. Celui
qui contient le produit de la gratte,—dans l'argot des tailleurs.
- TISANIER, s. m. Infirmier
d'hôpital, chargé de distribuer la tisane aux malades.
- TITI, s. m. Gamin, voyou,—dans
l'argot des gens de lettres.
- TOC, s. m. Cuivre,—dans
l'argot des faubouriens.
Signifie aussi Bijoux faux.
- TOC, adj. et s. Laid; mauvais—en
parlant des gens et des choses. Argot des petites dames et des bohèmes.
C'est toc. Ce n'est pas spirituel.
Femme toc. Qui n'est pas belle.
- TOCANDINE, s. f. Femme entretenue;
drôlesse à la mode,—toquée.
Le mot date de 1856-57.
- TOCARD, s. m. Vieux galantin.
- TOCARDE, s. f. Vieille coquette.
- TOCASSE, adj. Méchant,—dans
l'argot des voleurs.
- TOCASSERIE, s. f. Méchanceté.
464
- TOCASSON, s. f. Femme laide,
ridicule et prétentieuse,—dans l'argot de Breda-Street.
On dit aussi Tocassonne.
- TOILE D'EMBALLAGE, s. f.
Linceul,—dans l'argot des faubouriens, qui font allusion à la
serpillière de l'hôpital.
- TOILES SE TOUCHENT (Les)
Se dit—dans l'argot du peuple—lorsqu'on n'a pas d'argent en
poche.
- TOILETTE, s. f. Morceau de
serge verte dans lequel les cordonniers enveloppent les souliers
qu'ils portent à leurs pratiques: morceau de percaline
noire dans lequel les tailleurs enveloppent
les vêtements qu'ils portent à leurs clients.
- TOILETTE, s. f. Coupe des
cheveux et de la barbe des condamnés à mort,—dans l'argot
des prisons.
On dit aussi Fatale toilette.
- TOISER, v. a. Juger des qualités
ou des vices de quelqu'un,—dans l'argot du peuple, pour
qui un homme toisé est un homme jugé et souvent condamné.
- TOISON, s. f. Chevelure opulente,
absalonienne,—dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait Rabelais: «Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon,»
dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au
dessus de sa tête. (Liv. IV, ch. LV.)
Signifie aussi Pudenda mulieris.
- TOITURE, s, f. Chapeau, coiffure
quelconque,—dans l'argot des faubouriens.
- TOLÈDE (De). Excellent, de
premier choix,—dans l'argot des gens de lettres, qui disent
cela à propos de tout, en souvenir ironique des fameuses
lames de Tolède des Romantiques.
- TOLLARD, s. m. Bureau,—dans
l'argot des voleurs.
- TOMBEAU, s. m. Le lit,—dans
l'argot des ouvriers, qui s'y enterrent chaque soir avec plaisir,
et s'en relèvent chaque matin avec ennui.
- TOMBER, v. a. Faire tomber;
terrasser;—dans l'argot des amis du pugilat.
- TOMBER, v. a. Écraser sous
le poids de son éloquence ou de ses injures,—dans l'argot
des gens de lettres.
- TOMBER A PIC, v. n. Arriver
à propos,—dans l'argot du peuple, qui emploie cette expression
aussi bien à propos des gens que des choses.
- TOMBER DANS LE BœUF, v.
n. Devenir pauvre, misérable,—dans l'argot des ouvriers.
- TOMBER DE LA POÊLE DANS
LA BRAISE, v. n. N'éviter un petit ennui que pour tomber dans
un plus grand; n'avoir pas de chance. Argot du peuple.
C'est l'Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim des lettrés.
- TOMBER DESSUS, v. n. Maltraiter
en paroles ou en action.
- TOMBER EN FIGURE. Se trouver
face à face avec un individu qu'on cherche à éviter, ennemi
ou créancier.
465
- TOMBER MALADE, v. n. Être
arrêté. Argot des voleurs.
- TOMBER PILE, v. n. Choir sur
le dos. Argot du peuple.
- TOMBER SOUS LA COUPE DE QUELQU'UN, v. n. Être à sa
merci; vivre sous sa dépendance.
- TOMBER SUR LE DOS ET SE
CASSER LE NEZ. Se dit d'un homme à qui rien ne réussit.
- TOMBER SUR LE DOS ET SE
FAIRE UNE BOSSE AU VENTRE. Se dit d'une jeune fille qui, comme
Ève, a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle, en a eu une indigestion de neuf mois.
- TTOMBER SUR UN COUP DE
POING. Recevoir un coup de poing sur le visage et mettre les
avaries qui en résultent sur le compte d'une chute.
- TOMBER UNE BOUTEILLE. La
vider, la boire.
- TOMBEUR, s. m. Lutteur;
homme qui tombe ses rivaux.
- TOMBEUR, s. m. Acteur plus
que médiocre, et, à cause de cela, habitué à compromettre le
succès des pièces dans lesquelles il joue. Argot des coulisses.
- TOMBEUR, s. m. Éreinteur,
journaliste hargneux.
- TONDEUR D'œUFS, s. m. Homme
méticuleux, tracassier, insupportable par ses minuties, par sa
recherche continuelle de la petite bête. Argot du peuple.
- TONDRE, v. a. Tailler les cheveux,
les raser,—dans l'argot du peuple, qui prend les hommes
pour des chiens et les industriels à sellette du Pont-Neuf
pour des Figaros.
C'est ainsi que les vieux grognards, par une sorte d'irrévérence
amicale, appelaient Napoléon le Petit Tondu...
La Fontaine a employé cette expression dans un de ses Contes:
«Incontinent de la main du monarque
Il se sent tondre...»
Au fait, pourquoi rougirait-on de dire Tondre, puisque l'on ne
rougit pas de dire Tonsure?
- TONNEAU, s. m. Degré; qualité
d'une chose ou d'une personne, ironiquement.
Être d'un bon tonneau. Être ridicule.
- TONNER, v. n. Crepitare,—dans
l'argot facétieux des petits bourgeois.
- TONISSIME, pronom pers. inventé
par Nadar, qui ne peut se décider à vostrissimer les gens
qu'il connaît.
- TONTON, s. m. Oncle,—dans
l'argot des enfants.
- TOPER, v. n. Consentir à
quelque chose,—dans l'argot du peuple.
- TOPER, v. n. Questionner
un compagnon qu'on rencontre,—dans l'argot des ouvriers qui
font leur tour de France.
- TOPO, s. m. Plan topographique,—dans
l'argot des officiers d'état-major.
Se dit aussi pour Officier d'état-major.
- TOQUADE, s. f. Manie, dada.
466
- TOQUADE, s. f. Inclination,
caprice,—dans l'argot de Breda-Street.
- TOQUADEUSE, s. f. Drôlesse
qui s'amuse à la moutarde du sentiment au lieu de songer aux
protecteurs sérieux.
- TOQUANTE, s. f. Montre,—dans
l'argot des faubouriens, à qui Vadé a emprunté cette expression:
«Il avait la semaine
Deux fois du linge blanc,
Et, comme un capitaine,
La toquante d'argent.»
Les voleurs disaient autrefois Toque, une onomatopée—tic-toc.
- TOQUÉ, adj. et s. Fou plus ou
moins supportable; maniaque plus ou moins aimable; original.
Argot du peuple.
Le patois normand a Toquard pour Têtu.
- TOQUEMANN, s. m. Excentrique,
extravagant, toqué,—dans l'argot des petites dames.
- TOQUER (Se), v. réfl. S'enthousiasmer
pour quelqu'un ou pour quelque chose; s'éprendre subitement d'amour pour un
homme ou pour une femme.
- TORCHE-CUL, s. m. Journal,—dans
l'argot du peuple, qui ne prise la politique et la
littérature que comme aniterges.
- TORCHER (Se), v. réfl. Se
battre.
- TORCHER (Se). Se servir d'une
aniterge.
- TORCHER DE LA TOILE, v. a.
Se hâter de faire une chose, aller rapidement vers un but,—dans
l'argot des ouvriers qui ont servi dans l'infanterie de marine.
- TORCHER LE CUL DE... (Se).
Faire peu de cas, mépriser profondément,—dans l'argot du
peuple, qui, par une hyperbole un peu forte, dit cela à
propos des gens comme à propos des choses.
- TORCHER LE NEZ (S'en). Se
passer d'une chose.
- TORCHON BRÛLE (Le). Se dit
de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le
point de se fâcher.
- TORDRE LE COU A UNE BOUTEILLE.
La boire,—dans l'argot du peuple.
- TORDRE LE COU A UN LAPIN.
Le manger.
- TORD-BOYAUX, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot des faubouriens.
- TORGNOLE, s. f. Soufflet ou
coup de poing,—dans l'argot du peuple.
- TORPIAUDE, s. f. Femme de
mauvaise vie,—dans l'argot des paysans de la banlieue.
- TORPILLE, s. f. Femme galante.
Circé parisienne qui ravit les hommes et les change en bêtes.
Le mot est de H. de Balzac, qui l'a appliqué à une de ses héroïnes,
la courtisane Esther.
Torpille d'occasion. Fille de trottoir.
- TORSE, s. m. Estomac,—dans
l'argot des faubouriens.
467
Se rebomber le torse. Manger copieusement.
Se velouter le torse. Boire un canon de vin ou d'eau-de-vie.
- TORSE, s. m. Tournure, élégance,—dans
l'argot des artistes et des gens de lettres.
Poser pour le torse. Marcher en rejetant la poitrine en avant
pour montrer aux hommes, quand on est femme, combien
on est avantagée, ou pour montrer aux femmes quand on est
homme, quel gaillard solide on est.
- TORSEUR, s. m. Homme qui
fait des effets de torse.
Expression créée par N. Roqueplan.
- TORTILLARD, s. m. Fil de
fer,—dans l'argot des voleurs.
- TORTILLARD, s. m. Boiteux,—dans
l'argot des faubouriens.
- TORTILLER, v. a. et n. Manger.
- TORTILLER, v. n. Faire des
façons, hésiter,—dans l'argot du peuple, qui n'emploie jamais
ce verbe qu'avec la négative.
Il n'y a pas à tortiller. Il faut se décider tout de suite.
On dit aussi Il n'y a pas à tortiller des fesses ou du cul.
- TORTILLER, v. n. Avouer,
dans l'argot des voleurs.
- TORTILLER DE L'œIL, v. n.
Mourir,—dans l'argot des faubouriens.
Ils disent aussi Tourner de l'œil et Être tortillé.
- TORTILLETTE, s. f. Bastringueuse,
fille qui se déhanche exagérément en dansant.
Se dit aussi d'une Petite dame qui tortille de la crinoline en
marchant, pour allumer les hommes qui la suivent.
- TORTILLON, s. m. Petite servante,
fillette.
- TORTORER, v. a. et n. Manger,—dans
l'argot des marbriers de cimetière.
- TORTU (Le), s. m. Le vin,—dans
l'argot des voleurs, qui, fils de la terre pour la plupart,
savent que la vigne est une plante sarmenteuse, contournée,
torte, et qui ont voulu donner son nom à son produit.
- TOUCHE, s. f. Physionomie,
façon d'être, allure,—dans l'argot du peuple, qui emploie ordinairement
ce mot en mauvaise part.
Bonne touche. Tête grotesque.
Avoir une sacrée touche. Être habillé ridiculement ou pauvrement.
- TOUCHE, s. f. Coup de poing
ou coup de couteau.
- TOUCHÉ, adj. Réussi, éloquent,—dans
l'argot des faubouriens et des gens de lettres.
Article touché. Bien écrit.
Parole touchée. Impertinence bien dite.
- TOUCHER LES FRISES. Obtenir
un grand succès, s'élever à une grande hauteur tragique ou
comique. Argot des coulisses.
- TOUCHER SON PRÊT, v. a.
Être l'amant en titre d'une
468
fille,—dans l'argot des souteneurs, qui ne craignent pas de
faire leur soupe avec cette marmite.
On dit aussi Aller aux épinards.
- TOUILLAUD, adj. et s. Gaillard,
et même paillard. Argot du peuple.
- TOUILLER, v. a. et n. Remuer,
agiter un liquide,—dans l'argot du peuple.
C'est une expression provinciale.
- TOUPET, s. m. Aplomb, effronterie.
Payer de toupet. Ne pas craindre de faire une chose.
Se foutre dans le toupet. S'imaginer,
s'entêter à croire.
- TOUPIE, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie, qui tourne au gré du premier venu,—dans
l'argot du peuple, cruel pour les drôlesses, ses filles.
Les voyous anglais emploient
la même expression (gig) à propos
des mêmes créatures.
- TOUPIE, s. f. La tête,—dans
l'argot des faubouriens.
Avoir du vice dans la toupie.
Être très malin, savoir se tirer d'affaire.
- TOUPILLER, v. n. Aller et
venir, tourner comme une toupie.
Beaumarchais l'a employé dans le Barbier de Séville.
On dit aussi Toupier.
- TOUPIN, s. m. Boisseau,—dans
l'argot des voleurs.
- TOUPINIER, s. m. Boisselier.
- TOUR, s. m. Farce; tromperie.
Faire voir le tour. Tromper.
Connaître le tour. Être habile, malin, ne pas se laisser
tromper.
- TOUR DE BABEL, s. f. Chambre
des Députés,—dans l'argot des faubouriens.
- TOUR DE BÊTE (Au), adv.
A l'ancienneté,—dans l'argot des troupiers.
Passer capitaine à son tour de bête. Être nommé à ce grade,
non à cause des capacités militaires qu'on a montrées, mais
seulement parce qu'on a vieilli sous l'uniforme.
- TOUR DE BÂTON, s. m.
Profit illicite sur une affaire, ressources secrètes. Argot des bourgeois.
- TOURLOURER, v. a. Tuer,
assassiner,—dans l'argot des voleurs.
- TOURLOUROU, s. m. Soldat
d'infanterie,—dans l'argot du peuple.
Francisque Michel pousse une
pointe jusqu'au XIVe siècle et en
rapporte les papiers de famille de ce mot: turlereau, turelure,
tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée
mal à propos! Pourquoi? Tout simplement parce que le mot
tourlourou est moderne.
- TOURMENTE, s. f. Colique,—dans
l'argot des voleurs.
469
- TOURNANT, s. m. Moulin,—dans
le même argot.
- TOURNANTE, s. f. Clé,—dans
le même argot.
- TOURNÉ, adj. Mou,—dans
le même argot.
Tournée. Molle.
- TOURNE-A-GAUCHE, s. m.
Homme sur le caractère duquel on ne peut compter, girouette.
Argot du peuple.
- TOURNE-AUTOUR, s. m. Tonnelier,—dans
le même argot.
- TOURNÉE, s. f. Rasade offerte
sur le comptoir du marchand de vin,—dans l'argot du peuple.
Offrir une tournée. Payer à boire.
- TOURNÉE, s. f. Coups reçus
ou donnés.
Payer une tournée. Battre.
- TOURNER AUTOUR DU POT,
v. n. N'oser parler franchement d'une chose; hésiter avant de demander une grâce, un service.
- TOURNER DE L'œIL. Se pâmer,
s'évanouir de plaisir.
- TOURNER DE L'œIL. S'endormir.
Signifie aussi, par extension, Mourir.
- TOURNER EN EAU DE BOUDIN,
v. n. Se dit d'une chose sur laquelle on comptait et qui vous
échappe, d'une entreprise qui avorte, d'une promesse qu'on ne tient pas.
Faire tourner quelqu'un en eau de boudin. Se moquer de lui, le
berner par des promesses illusoires.
- TOURNER LA VIS, v. a. Tordre
le cou à quelqu'un.
- TOURNIQUET, s. m. Chirurgien,—dans
l'argot des marins.
- TOURNIQUET, s. m. Moulin,—dans
l'argot des voleurs.
- TOURTOUSE, s. f. Corde,
lien,—dans le même argot.
C'était autrefois une expression et une chose officielles, le
funis strangulatorius qu'employait M. de Paris pour lancer les criminels
dans l'éternité.
- TOURTOUSER, v. a. Lier, garrotter.
- TOURTOUSIER, s. m. Cordier.
- TOUSSER, v. n. Ce verbe—de
l'argot des faubouriens—ne s'emploie qu'à un seul temps et
dans les deux acceptions suivantes: «C'est de l'or comme je
tousse,»—c'est-à-dire: Ce n'est pas de l'or. «Elle n'est pas
belle, non! c'est que je tousse!» c'est-à-dire: Elle est très belle.
- TOUT DE CÉ, adv. Très bien,
tout de go,—dans l'argot des voleurs.
- TOUTES FOIS ET QUANTES,
adv. Toutes les fois,—dans l'argot du peuple.
Une vieille et très française expression, presque latine (toties
quoties), dont se moquent les gens qui s'imaginent bien parler.
- TOUTIME, adj. Tout,—dans
l'argot des voleurs.
470
- TOUTOU, s. m. Chien,—dans
l'argot des enfants, qui
disent cela à propos d'un terre-neuve
aussi bien qu'à propos
d'un King's Charles.
Les enfants ont bien le droit d'employer un mot que Mme Deshoulières
a consacré:
«Bonjour, le plus gras des toutous,
Si par hasard mon amitié vous tente,
Je vous l'offre tendre et constante:
C'est tout ce que je puis pour vous.»
- TRAC, s. m. Peur,—dans
l'argot du peuple.
Avoir le trac. Avoir peur.
Le trac, autrefois, c'étaient les
équipages de guerre; traca, dit Du Cange. «Compagnons, j'entends
le trac de nos ennemis,»—dit Gargantua.
- TRACQUER, v. n. Avoir peur.
- TRACQUEUR, s. m. Poltron.
- TRADITION, s. f. Effet non
indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais qui, trouvé par
un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après lui.
Se dit aussi pour Addition à un rôle.
Les traditions—à la Comédie
française,—sont des conventions auxquelles il ne saurait être
dérogé sans blesser le goût... des vieux amateurs de l'orchestre.
- TRAIN, s. m. Vacarme, rixe
de cabaret,—dans l'argot du
peuple.
Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera
des barricades et l'on se battra.
Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une
métonymie fréquente dans l'Histoire des mots, la cause est devenue
l'effet. De même pour Bousin.
- TRAIN (Du)! Vite!—dans
l'argot des petites dames.
- TRAIN (Être en). Commencer
à se griser,—dans l'argot des bourgeois.
- TRAÎNE, s. f. Queue de robe
exagérée mise à la mode, en ces derniers temps, par les traînées,
qui s'ingénient à gaspiller les étoffes.
- TRAÎNÉE, s. f. Fille de mauvaise
vie,—dans l'argot du peuple.
- TRAÎNE-GUÊTRES, s. m. Vagabond;
flâneur.
- TRAÎNE-PAILLASSE, s. m.
Fourrier,—dans l'argot des troupiers.
On dit aussi Gratte-papier et Rogneur de portions.
- TRAÎNER LA SAVATE, v. a.
Être misérable, n'avoir rien à se mettre sous la dent ni aux pieds,—dans
l'argot des bourgeois, qui ne manquent ni de bottes, ni de pain.
C'est le to shuffle along des Anglais.
- TRAÎNER LE CHEVAL MORT,
v. a. Avoir du travail payé d'avance,—dans l'argot des ouvriers.
On dit aussi Faire du chien.
- TRAÎNER SA SAVATE QUELQUE
PART, v. a. Aller quelque part, se promener,—dans l'argot
du peuple.
471
On dit aussi Traîner ses guêtres.
- TRAÎNEUR DE SABRE, s. m.
Soldat fanfaron qui croit faire beaucoup d'effet en faisant beaucoup
de bruit et qui ne réussit qu'auprès des filles, amies des
soudards. Type aussi vieux que le monde, puisque les anciens
avaient aussi leur machærophorus...
Mais, eurêka! me voilà sans le vouloir sur la piste de maquereau.
Qu'en pensent messieurs les étymologistes?...
- TRAIN-TRAIN, s. m. Train
ordinaire de la vie; habitudes.
Suivre son petit train-train. Ne pas interrompre ses habitudes.
On dit aussi tran-tran.
- TRAIT, s. m. Caprice amoureux,—dans
l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Avoir un trait pour un miché.
Ne rien exiger de lui que son amour, se passer de gants.
- TRAITER, v. a. et n. Donner
à dîner; régaler,—dans l'argot des bourgeois.
- TRAITER DU HAUT EN BAS.
Parler à quelqu'un avec colère,—et même avec mépris.
- TRAITS, s. m. pl. Infidélité
conjugale,—dans l'argot des bourgeoises.
Faire des traits à sa femme.
La tromper en faveur d'une autre, la trahir.
- TRALALA, s. m. Embarras,
cérémonies; luxe de toilette.—dans l'argot du peuple.
Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S'habiller
coquettement, superbement.
- TRANCHE-ARDENT, s. m.
Mouchettes,—dans l'argot des voleurs, qui ont emprunté cette
expression aux Précieuses.
- TRANQUILLE COMME BAPTISTE,
adj. Extrêmement sage, calme, tranquille,—dans l'argot
du peuple.
- TRAPILLON, s. m. Bande de
bois qui bouche les coulisseaux ou rainures dans lesquelles glissent
les décors, lorsqu'on enlève ces décors. Argot des machinistes.
- TRAVAIL, s. m. Chose difficile
à faire,—dans l'argot des saltimbanques.
Beau travail. Tour extraordinaire ou nouveau.
- TRAVAIL, s. m. Action de
manger,—dans l'argot des francs-maçons.
- TRAVAILLER, v. n. Voler.
- TRAVAILLER, v. n. Aller au
persil.
- TRAVAILLER LE CADAVRE, v.
a. Battre quelqu'un, au propre, ou en médire, au figuré,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi travailler les côtes.
- TRAVAILLER LE SUCCÈS, v.
a. Être chef de claque dans un théâtre. Argot des coulisses.
- TRAVAILLER POUR LE ROI DE PRUSSE,
v. n. Faire un travail mal payé, ou pas payé du tout,—dans
l'argot du peuple, à qui sans doute on a fait croire que
les successeurs du grand Frédéric
472
payaient leurs soldats fort chichement.
On dit aussi Travailler pour la gloire et Travailler gratis pro Deo.
- TRAVAILLER POUR M. DOMANGE,
v. n. Manger.
- TRAVAILLER QUELQU'UN, v.
a. L'obséder d'une chose, insister afin d'obtenir ce qu'on lui
demande; revenir souvent à la charge auprès de lui.
- TRAVAILLEUSE, s. f. Giton,—dans
l'argot des voleurs.
- TRAVERSE (En), adv. Travaux
forcés à perpétuité,—dans l'argot des voleurs.
On dit aussi A perte de vue.
- TRAVESTI, s. m. Rôle d'homme
joué par une femme, amoureux ou page. Argot des coulisses.
- TRAVIATA, s. f. Fille perdue,—dans
l'argot des élégants qui n'osent pas dire cocotte.
Introduit pour la première fois en littérature par l'Evénement
(1er octobre 1866).
- TRAVIOLE (De), adv. De travers,—dans
l'argot du peuple.
- TRÈFLE ou TREF, s. m. Tabac,—dans
l'argot des voleurs et des faubouriens.
On dit aussi Tréfoin.
Longuette de tref. Tabac en carotte.
On dit aussi Trifois,—d'où Trifoissière pour Tabatière.
- TRÈFLE, s. m. Le podex,—dans
l'argot des faubouriens.
Vise-au-trèfle. Apothicaire.
- TREMBLANT, s. m. Lit de sangle,—dans
l'argot des faubouriens.
- TREMBLEMENT, s. m. Bataille,—dans
l'argot des troupiers.
- TREMBLEMENT (Et tout le),
adv. Au complet,—dans l'argot du peuple.
- TREMPE, s. f. Vigoureuse et
brutale correction.
On dit aussi Trempée.
- TREMPÉ (Être). Être mouillé
par la pluie.
- TREMPER, v. a. Battre.
- TREMPER, v. n. Souper, manger,—dans
l'argot des ouvriers.
- TREMPER SON PIED DANS
L'ENCRE, v. a. Être consigné,—dans
l'argot des vieux troupiers.
- TREMPER UNE SOUPE A QUELQU'UN,
v. a. Le maltraiter rudement, par paroles ou par action. Argot du peuple.
- TREMPETTE, s. f. Biscuit ou
morceau de pain trempé dans un doigt de vin.
Faire la trempette. Déjeuner d'un morceau de pain trempé
dans un verre de vin.
- TREMPETTE, s. f Pluie,—dans
l'argot des faubouriens.
- TREMPLIN, s. m. La scène—dans
l'argot des coulisses.
- TRENTE-ET-UN, s. m. Dernière
élégance, suprême bon ton,—dans l'argot du peuple.
Se mettre sur son trente-et-un.
Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe,—l'habit à
manger du rôti et la robe à flaflas.
473
On dit aussi Se mettre sur son trente-six et sur son quarante-deux.
- TRENTE-SIXIÈME DESSOUS, s.
m. Le troisième dessous des gens amis de l'hyperbole.
- TRÉPIGNÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus.
- TRÉPIGNER, v. a. Accabler
de coups.
- TREPPE, s. m. Peuple; foule,—dans
l'argot des voleurs.
S'esbattre dans le treppe. Se mêler à la foule.
J'ai bien envie de faire descendre ce mot du grec τρεπω [grec: trepô]
(tourner, s'agiter en désordre comme fait la foule).
- TRIANGLE, s. m. Chapeau,—dans
l'argot des francs-maçons.
- TRIANGLE, s. m. La bouche,—dans
l'argot des rapins, qui se rappellent leurs principes de dessin,
s'ils oublient ceux de la bienséance.
Clapoter du triangle. Avoir l'haleine homicide.
- TRIAU, s. m. Ennui, trimage,—dans
l'argot des ouvriers.
- TRIBOULET, s. m. Homme
grotesque, servant de jouet aux autres,—en souvenir du fou
de Louis XII et de François Ier.
- TRIBOUILLER, v. n. Tressaillir,
sauter d'aise, remuer de joie. Argot du peuple.
- TRICHARD, adj. et s. Tricheur.
- TRICHER, v. a. Moucher la
chandelle,—dans l'argot des bourgeois.
- TRICHINE, s. f. Petite dame,
naturellement mêlée à toutes les cochonneries sociales, et qui peut
empoisonner les imprudents qui la consomment, la trouvant appétissante.
- TRICHINER (Se). Déjeuner
avec de la charcuterie.
L'expression est de l'année 1866, qui datera dans les fastes
de la peur par l'invention des trichines que certains médecins allemands—ou
iroquois—affirment être par milliers dans la viande
de porc. Les jambons sont tombés en discrédit!
On dit aussi Tricoter les côtes.
- TRICOTER, v. n. Danser.
- TRICOTER DES JAMBES, v. n.
Courir.
- TRIFOUILLER, v. n. Remuer,
chercher en bousculant tout.
- TRIMAR, s. m. Chemin.—dans
l'argot des voleurs, qui y triment souvent en attendant leurs victimes.
Grand trimar. Grande route.
On dit aussi Grande tire.
- TRIMAR (Faire son). Raccrocher,—dans
l'argot des filles.
- TRIMARDE, s. f. Rue.
On dit aussi Trime.
- TRIMARDER. Voyager.
- TRIMBALLER, v. n. Se promener,—dans
l'argot des faubouriens.
- TRIMBALLER, v. a. Promener
quelqu'un, traîner quelque chose.
- TRIMBALLEUR, s. m. Homme
qui fait aller son monde.
474
- TRIMBALLEUR, s. m. Cocher,—dans
l'argot des voleurs.
Trimballeur des refroidis. Cocher des pompes funèbres.
- TRIMER, v. a. Aller ou venir
inutilement; se morfondre dans
l'attente. Argot des faubouriens.
- TRIMER (Faire), v. a. Se moquer
des gens en les faisant
poser,—dans l'argot de Breda-Street.
- TRIMMER, v. n. Écrire comme
Léo Lespès,—dans l'argot des gens de lettres, jaloux du succès
inouï de Timothée Trimm, chroniqueur du Petit Journal.
Quelques-uns disent aussi Timothéetrimmer.
- TRIMOIRES, s. f. pl. Les jambes,—dans
l'argot des voleurs.
- TRINGLE! adv. Rien, non,
zéro,—dans l'argot des voyous.
- TRINGLO, s. m. Soldat du
train,—dans l'argot des troupiers.
- TRIPASSE, s. f. Vieille femme,—dans
l'argot du peuple, qui emploie cette expression depuis longtemps, comme on peut en
juger par les vers suivants:
«Si elle estoit dure et poupine,
Voulentiers je la regardasse;
Mais elle semble une tripasse
Pour quelque varlet de cuysine.»
- TRIPES, s. f. pl. Gorge mal
faite,—ou trop fournie.
- TRIPES, s. f. pl. Les entrailles
de l'homme.
«Quand Renaud de la guerre vint,
Tenant ses tripes dans ses mains,»
dit une vieille chanson populaire.
- TRIPIÈRE, adj. et s. Fille ou
femme trop avantagée.
- TRIPOLI, s. m. Eau-de-vie,—dans
l'argot des faubouriens, qui s'imaginent peut-être qu'ils se
nettoient la poitrine avec cela.
Coup de tripoli. Verre d'eau-de-vie.
- TRIPOTÉE, s. f. Coups donnés
ou reçus,—dans l'argot du peuple.
- TRIPOTÉE, s. f. Grande quantité
de choses.
- TRIPOTER, v. n. Hanter les
tripots,—dans l'argot des faubouriens.
- TRIPOTER, v. a. et n. Toucher
à tort et à travers, aux choses et aux gens; farfouiller.
Tripoter une femme. S'assurer, comme Tartufe, que l'étoffe de
sa robe—de dessous—est moelleuse.
- TRIPOTER LA COULEUR, v. a.
Peindre,—dans l'argot des artistes.
- TRIPOTER LE CARTON. Jouer
aux cartes.
- TRIQUAGE, s. m. Triage des
matières,—dans l'argot des chiffonniers.
- TRIQUE, s. f. Canne, bâton,
gourdin,—dans l'argot du peuple.
On disait autrefois Tricot; d'où
la loi du Tricot, pour signifier l'Argument brutal, le syllogisme
du poignet, non prévu par Aristote.
- TRIQUER, v. a. Trier les chiffons.
475
- TRIQUER, v. a. Donner des
coups de canne ou de bâton.
- TRIQUEUR, s. m. Maître
chiffonnier, qui trie ce que lui apportent les autres.
- TROGNE, s. f. Visage,—dans
l'argot du peuple, qui le dit surtout de toute tuberosa facies.
Belle trogne. Visage empourpré
et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d'ivrognes.
Le mot a des chevrons:
«Il faut être Jean Logne
Pour n'aimer pas le vin;
Pour moi, dès le matin
J'enlumine ma trogne
De ce jus divin!»
a chanté le goinfre Saint-Amand.
- TROGNON, s. m. Tête,—dans
l'argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux
disent Costard (grosse pomme).
Dévisser le trognon. Tordre le coup à quelqu'un.
- TROGNON, s. f. Petite fille,
le cœur d'une femme,—dans l'argot du peuple.
- TROIS-ÉTOILES. Nom qu'on
donne—dans l'argot des gens de lettres—aux personnes que
l'on ne veut pas nommer.
On dit aussi Monsieur ou Madame Trois-Étoiles.
- TROISIÈME DESSOUS, s. m. La
dernière cave pratiquée sous les planches d'un théâtre pour recevoir
la rampe, les trucs, les machines, etc.
Tomber dans le troisième dessous. Se dit d'une pièce sifflée,
dont la chute est irrémédiable.
- TROISIÈME DESSOUS, s. m. Le
monde des coquins, «la dernière sape, inferi», de la société, «la
fosse des ténèbres, la grande caverne du mal», dit Victor Hugo,
qui la peint à grands coups de brosse, comme Dante, son Enfer.
«Cette cave est au-dessous de toutes et est l'ennemie de toutes.
C'est la haine sans exception. Elle a pour but l'effondrement de tout,—de
tout, y compris les sapes supérieures, qu'elle exècre. Elle
ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l'ordre social
actuel: elle mine la philosophie, elle mine la science, elle
mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation,
elle mine le progrès. Elle est ténèbres et elle sent le chaos.
Sa voûte est faite d'ignorance. Elle s'appelle tout simplement
vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance,
vous détruirez la taupe-crime.»
- TROISIÈME RÊNE, s. f. La crinière
du cheval,—dans l'argot des maquignons.
- TROISIÈME SEXE, s. m. Celui
qui déshonore les deux autres. «Il suffira de rapporter ce mot
magnifique du directeur d'une maison centrale à feu lord Durham,
qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le
directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt
un local en faisant un geste de dégoût: «Je ne mène pas là
Votre Seigneurie, dit-il, car c'est le quartier des tantes.—Hao!
fit lord Durham, et qu'est-ce?
476
*—C'est le troisième sexe, milord.»
(H. de Balzac.)
- TROIS-SIX, s. m. Eau-de-vie
de qualité inférieure, âpre au gosier,—dans l'argot des bourgeois.
- TROIS-SOUS, s. m. Water-closets.
On dit aussi Un quinze-centimes.
- TROLLER, v. n. Remuer; aller
çà et là, trimer. Argot du peuple.
- TROLLER, v. a. Porter,—dans
l'argot des voleurs.
- TROLLEUR, s. m. Marchand
de peaux de lapin,—chineur quand il achète et trolleur quand
il revend.
- TROMBILLE, s. f. Bête,—dans
l'argot des voleurs.
- TROMBINE, s. f. Tête, visage,—dans
l'argot des faubouriens.
- TROMBOLER LES GONZESSES,
v. a. Aimer les filles,—dans l'argot des maquignons.
- TROMPE, s. f. Nez,—dans
l'argot des faubouriens, qui prennent l'homme pour un proboscidien.
- TROMPE-CHASSES, s. m. Peinture,
tableau quelconque,—dans l'argot des voleurs.
- TROMPE-L'œIL, s. m. Accessoire
d'un tableau, tel que clou, déchirure, etc., si bien peint,
qu'on le croirait naturel. Argot des artistes.
- TROMPETTE, s. f. Visage,—dans
l'argot des faubouriens.
- TROMPETTE, s. f. Le nez,—à
cause du bruit qu'il fait lorsqu'on se mouche.
- TROMPETTE, s. f. Cigare,—parce
qu'on le tient continuellement à la bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.
- TROMPETTER, v. a. Divulguer,
publier une chose qui devait être tenue secrète,—dans l'argot du peuple.
- TRONCHE, s. f. Visage; tête,—dans
l'argot des voleurs.
- TRONCHER, v. a. Embrasser.
- TRONCHINETTE, s. f. Figure
de jeune fille; physionomie agréable; petite tête. Argot des voyous.
- TRÔNE, s. m. Ce qu'on appelait
autrefois «chaise d'affaires», et, longtemps auparavant, trulla.
Argot des bourgeois.
Être sur son trône. Alvum deponere.
- TROTTANT, s. m. Rat,—dans
l'argot des voleurs.
On dit aussi Trotteur.
- TROTTANTE, s. f. Souris.
- TROTTE, s. f. Course,—dans
l'argot du peuple.
Sacrée trotte. Course fort longue,
que l'on ne peut faire qu'en
beaucoup de temps.
- TROTTIN, s. m. Cheval, parce
qu'il trotte. Argot des voleurs.
- TROTTIN DE MODISTE, s. m.
Jeune garçon ou jeune fille, domestique ou apprentie, qui va
porter les chapeaux et faire les commissions des modistes. Argot
des bourgeois.
477
Il y a longtemps que ce mot
signifie petit domestique, car Scarron
a dit:
«Ensuite il appelle un trottin,
Fait amener son guilledin
Orné d'une belle fontange.»
- TROTTINES FEUILLETÉES, s.
f. pl. Bottes ou souliers dont la semelle est en mauvais état.
Argot des voyous.
- TROTTINS, s. m. pl. Les pieds,—dans
le même argot.
- TROTTOIR, s. m. Répertoire,—dans
l'argot des coulisses.
Grand trottoir. Répertoire classique.
Petit trottoir. Répertoire courant,
drames et vaudevilles.
Grand trottoir se dit aussi de la
Haute-Bicherie, et Petit trottoir
du fretin des drôlesses.
- TROU, s. m. Chambre insalubre,
logis incommode,—dans l'argot du peuple.
- TROU, s. m. Logis, habitation,—dans
l'argot des bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse
modestie, d'une fort jolie maison de campagne.
- TROU, s. m. Emploi, position
sociale.
Faire son trou. Réussir dans la
vie; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.
- TROU, s. m. Entr'acte d'un
long déjeuner ou d'un long dîner
pendant lequel on sert le cognac
ou le madère.
Faire un trou. Boire un verre
de cognac ou de madère au milieu
d'un repas, afin de pouvoir
le continuer avec plus d'appétit.
- TROU AUX POMMES DE TERRE,
s. m. La bouche,—dans l'argot des faubouriens.
C'est la même expression que celle des ouvriers anglais: Potatoe
trap.
- TROUBADE, s. m. Apocope de
Troubadour.
- TROUBADOUR, s. m. Soldat de
l'infanterie,—dans l'argot du peuple.
Est-ce à cause de la clarinette de cinq pieds?
- TROU DE BALLE, s. m. Le
podex,—dans l'argot des faubouriens.
On dit aussi Trou du souffleur et Trou de bise.
- TROU DU CUL, s. m. Imbécile,
homme incapable,—dans l'argot du peuple.
- TROUÉE, s. f. Dentelle,—dans
l'argot des voleurs.
- TROUFIGNON, s. m. Le podex,—dans
l'argot du peuple, qui employait déjà cette expression
du temps de Béroalde de Verville.
- TROUILLARDE, s. f. Femme
de mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens.
- TROUILLE, s. f. Domestique
malpropre; femme du peuple rougeaude et avachie.
- TROUILLOTTER, v. n. Exhaler
une mauvaise odeur.
Trouillotter du goulot. Avoir
l'haleine homicide.
- TROUPE D'ARGENT, s. f.
Troupe de second ordre,—dans l'argot des coulisses.
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- TROUPE DE CARTON, s. f.
Troupe plus que médiocre.
- TROUPE DE FER-BLANC, s. f.
Troupe composée d'acteurs médiocres. Rédacteurs très ordinaires,—dans
l'argot des journalistes.
On dit aussi Troupe d'été, parce
qu'à ce moment de l'année, les Parisiens riches étant en voyage
ou à la campagne, il est inutile de se mettre en frais pour ceux
qui restent à Paris.
- TROUPE D'OR, s. f. Excellente
troupe,—dans l'argot des comédiens. Les meilleurs rédacteurs,—dans
l'argot des journalistes.
On dit aussi Troupe d'hiver,
parce que c'est ordinairement dans cette saison—la meilleure
de l'année théâtrale et journalistique—que
les directeurs de théâtres et de journaux renforcent
leur troupe et donnent leurs pièces et leurs articles à succès.
- TROUSSÉ (Être). Mourir subitement,
ou en peu de jours, sans avoir eu le temps d'être malade.
Argot du peuple.
- TROUSSEQUIN, s. m. La partie
du corps qui sert de cible aux coups de pied,—dans l'argot
des faubouriens.
On dit aussi Pétrousquin, mais ce dernier mot est moins étymologique
que l'autre, qui est proprement le Morceau de bois
cintré qui s'élève sur l'arçon de derrière d'une selle.
- TROUSSER, v. a. Expédier
promptement une chose ou une personne,—dans l'argot du
peuple.
- TROUVÉ, adj. Neuf, original,
réussi,—dans l'argot des gens
de lettres.
C'est trouvé. C'est ingénieux.
- TROUVER DES PUCES. Rencontrer
une dispute—et même des coups. Argot du peuple.
C'est la conséquence de cette autre expression Chercher des poux
à quelqu'un.
- TROUVER MAUVAISE (La). Se
dit—dans l'argot des faubouriens et des petites dames—d'une
histoire désagréable, d'un acte déplaisant, d'un événement
ennuyeux. Un faubourien se casse le bras: Je la trouve mauvaise!
dit-il. On enlève son amant à une petite dame: Je la trouve mauvaise! dit-elle.
- TROYEN, s. m. Le trois,—dans
l'argot des joueurs de dominos.
- TRUC, s. m. Tromperie; malice,—dans
l'argot du peuple.
Avoir du truc. Avoir un caractère
ingénieux.
Connaître le truc. Connaître le
secret d'une chose.
Le truc était, au commencement
du XVIIIe siècle, un billard
particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement
il fallait en connaître le secret.
- TRUC, s. m. Ficelle, secret du
métier,—dans l'argot des saltimbanques.
Débiner le truc. Révéler le secret
d'un tour.
- TRUC, s. m. Machine destinée
à produire un changement à vue,—dans
l'argot des coulisses.
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Signifie aussi Entente des détails
et de la mise en scène.
- TRUCHE, s. f. Manière de voler,—dans
l'argot des prisons.
- TRUCHEUR, s. m. Voleur.
- TRUCSIN, s. m. Prostibulum,—dans
l'argot des voleurs.
- TRUCULENT, adj. Enorme;
farouche, sauvage,—dans l'argot des romantiques, cette fois
néologistes (truculentus).
Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.
- TRUELLE, s. f. Cuiller,—dans
l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Pelle.
Manier la truelle. Manger.
- TRUFFARD, s. m. Soldat,—dans
l'argot des faubouriens.
- TRUFFE, s. f. Nez d'ivrogne,—dans
l'argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent
beaucoup au tuber cibarium. Ils ont raison.
- TRUFFÉ, adj. et s. Imbécile,
homme bourré de sottises—comme un dindon de truffes.
- TRUFFE DE SAVETIER, s. f.
Marron.
- TRUFFES (Aux)! C'est le:
Aux ognons! des gandins.
- TRUMEAU, s. m. Comédie ou
vaudeville Louis XV,—dans l'argot des gens de lettres et des
gens de théâtre.
- TRUQUER, v. n. Tromper;
ruser,—dans l'argot des voleurs.
Signifie aussi Mendier.
- TRUQUEUR, s. m. Homme
qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village,
n'ayant pour toute industrie qu'un petit jeu de hasard.
- TRUQUEUR, s. m. Trompeur;
homme qui vit de trucs.
- TUBE, s. m. Le gosier,—dans
l'argot des faubouriens.
Se rincer le tube. Boire.
Se coller quelque chose dans le
tube. Manger.
Signifie aussi Voix.
- TUBE, s. m. Nez,—dans
l'argot des marbriers de cimetière.
Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.
- TUBÉREUSE, s. f. Ventris flatus
malè olens,—dans l'argot des
faubouriens.
Lâcher une tubéreuse. Ventris flatum emittere.
- TUDOR, s. m. Chapeau de
femme ressemblant au chapeau andalou, avec une garniture de
plumes de paon tout autour. Il est à la mode au moment où
j'écris: il n'y sera plus peut-être quand ce livre paraîtra.
- TUÉ (Être). Être mis hors du
jeu par ses adversaires,—au billard à trois.
- TUER LES MOUCHES AU VOL,
v. n. Avoir l'haleine aussi cruelle que Domitien,—dans l'argot
des faubouriens.
On dit aussi Tuer les mouches à quinze pas, et, pour rajeunir un
peu cette vieille formule, Faire mouche à tout coup.
- TUER LE TEMPS. Le passer
480
d'une façon quelconque,—mais
plus en se divertissant qu'en travaillant:
carpere diem.
On dit volontiers, en manière de proverbe: Il vaut mieux tuer
le temps que d'être tué par lui.
- TUER LE VER, v. a. Étouffer
ses remords,—dans l'argot des voleurs, qui ne commettent pas
souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu'il résulte de ce
passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la
Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).
- TUER LE VER, v. a. Boire
un verre de vin blanc en se levant,—dans l'argot des ouvriers, chez
qui c'est une tradition sacrée.
On dit aussi Tuer un colimaçon.
- TUILE, s. f. Accident, événement
désagréable, visite inattendue, qui tombe dans votre existence
comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.
- TUILE, s. f. Assiette,—dans
l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Platine.
- TUILE, s. f. Chapeau,—dans
l'argot des voyous, qui prennent la tête pour le toit du
corps humain.
Les voyous anglais ont le même mot: Tile.
- TUILEAU, s. m. Casquette.
- TUILER, v. n. Mesurer quelqu'un
ou quelque chose; juger du caractère ou de la qualité. Argot
du peuple.
- TUILER (Se), v. réfl. S'enivrer;
succomber sous l'ivresse comme sous une averse de tuiles, ou
boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c'est-à-dire couleur
de tuile neuve.
- TUILEUR, s. m. Frère examinateur,—dans
l'argot des francs-maçons.
- TULIPE ORAGEUSE, s. f. Variété
de cancan ou de chahut.
- TU ME LA TUMES! Tu m'ennuies!—dans
l'argot des voyous, qui ont retenu, pour se
l'approprier, ce refrain d'une chanson des rues célèbre il y a
quinze ans.
- TUNE, n. de l. Bicêtre,—l'ancien
refuge naturel des sujets
du roi de Thunes. Argot des
voleurs.
- TUNE, s. f. Argent, monnaie,—dans
le même argot.
- TUNEÇON, s. m. Prison;
violon.
- TUNER, v. n. Mendier.
- TUNEUR, s. m. Mendiant, vagabond.
- TURBIN, s. m. Travail; besogne
en général,—dans l'argot des faubouriens et des voleurs.
Aller au turbin. Aller travailler.
On dit aussi Turbinement et Turbinage.
- TURBINER, v.n. Travailler.
- TURBINEUR, s. m. Travailleur.
- TURC, s. m. Tourangeau,—dans
l'argot des voleurs.
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- TURC, s. m. Homme idéalement
fort,—dans l'argot du peuple, qui emploie ce mot aussi
bien à propos de la robusticité du corps que de l'adresse des
mains.
Les Anglais, eux, ont le Tartare,
l'homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la
boxe ou au billard. He is quite a Tartar at billiards,
disent-ils en leur argot à propos d'un rival de
Berger. To catch a Tartar (prendre un Tartare), c'est, pour eux,
s'attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.
- Turcan, n. de l. Tours.
- TURCO, s. m. Tirailleur indigène
dans l'armée d'Afrique, aujourd'hui aussi connu et aussi
apprécié des bonnes d'enfants et des lorettes que jadis le zouave.
- TURF, s. m. Champ de
course,—dans l'argot des sportsmen.
Par extension, Arène quelconque.
Le turf littéraire. La littérature;
les journaux.
- TURFISTE, s. m. Habitué des
courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.
- TURIN, s. m. Pot de terre,—dans
l'argot des voleurs.
- TURLUPINER, v. a. Agacer,
ennuyer quelqu'un, se moquer de lui,—dans l'argot du peuple.
- TURLURETTE, s. f. Grisette,
fille ou femme amie de la joie—et des hommes.
- TURLUTAINE, s. f. Fantaisie,
caprice, lubie.
- TURNE, s. f. Chambre malpropre,
logis de pauvre,—dans l'argot des faubouriens.
- TURQUIE, n. de l. Touraine,—dans
l'argot des voleurs.
- TUTOYER, v. a. S'emparer
sans façon, familièrement, d'une chose. Argot du peuple.
- TU VAS ME LE PAYER,
AGLAÉ! Expression de l'argot des filles et des faubouriens, qui
l'emploient à propos de tout—et surtout à propos de rien. Quelqu'un
annonce une nouvelle ou dit un mot drôle: Tu vas me le
payer, Aglaé! Il pleut ou il neige: Tu vas me le payer, Aglaé... On
tombe ou l'on voit tomber quelqu'un: Tu vas me le payer...
Etc.
- TUYAU, s. m. Gorge, gosier,—dans
l'argot des faubouriens.
Se jeter quelque chose dans le tuyau. Manger ou boire.
Le tuyau est bouché. Quand on
est enrhumé.
Se dit aussi pour Oreille.
- TUYAU DE POÊLE, s. m.
Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des
cheminées que des hommes.
Ce sont les romantiques, Théophile
Gautier en tête, qui l'ont ainsi baptisé.
- TUYAUX, s. m. pl. Les jambes,—dans
l'argot des faubouriens.
Ramoner ses tuyaux. Se laver les pieds.
- TUYAUX DE POÊLE, s. m. pl.
Bottes usées par le bout.
482
- TYPO, s. m. Apocope de
Typographe,—dans l'argot des compositeurs d'imprimerie.
- TYRAN, s. m. Roi,—dans
l'argot du peuple, qui ne peut s'en passer, quoiqu'il fasse une
révolution tous les vingt ans, pour détrôner celui qui règne.
Sous le règne du tyran. Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on,
après 1848 et avant l'Empire.
483
U
- ULTRA, s. m. Royaliste,—dans
l'argot des libéraux. Libéral,—dans l'argot des royalistes.
Bonapartiste,—dans l'argot des conservateurs.
- ULTRAMONTAIN, s. m. et
adj. Catholique plus papiste que le pape,—dans l'argot des voltairiens.
Cagot,—dans l'argot des abonnés du Siècle.
- UN DE PLUS, s. m. Galant
homme qui a eu le malheur d'épouser une femme galante,—dans
l'argot pudibond des bourgeois, qui n'osent pas dire Cocu.
- UNITÉ SALUTAIRE, s. f. Unité
qui, dans le classement, à l'Ecole polytechnique, sert à maintenir
un rang, au lieu d'avoir un zéro.
- URGE, s. m. Mot de l'argot
des petites dames, qui s'en servent entre elles pour coter un
homme devant lui-même sans qu'il s'en doute.
Ainsi un gandin passe d'un air dégagé sur le boulevard, lorgnant
les femmes qui font espalier à la porte des cafés. Trois
urges! diront celles-ci en l'apercevant. Trois urges, c'est-à-dire;
«Ce monsieur n'est pas généreux, il gante dans les numéros
bas.» Si, au contraire, elles disent: Six urges! ou huit urges!
ou dix urges! oh! alors, c'est un banquier mexicain qui passe là,
elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l'avant-veille.
L'échelle n'a que dix échelons: le premier urge s'emploie
à propos des pignoufs; le dixième urge seulement à propos
des grands seigneurs.
- UUsager, s. et adj. Homme
poli, bien élevé, ayant l'usage du monde,—dans l'argot du
peuple.
- UTILITÉ, s. f. Acteur qui
joue tout ce qui se présente, les premiers rôles comme les comparses.
Argot des coulisses.
484
485
V
- VACHE, s. f. Fille ou femme,
de mauvaises mœurs,—dans l'argot du peuple.
On dit souvent Prendre la vache et le veau, pour Épouser
une femme enceinte des œuvres d'un autre,—uxorem gravidam nubere.
- VACHE, s. f. Homme sans
courage, avachi.
- VACHE A LAIT, s. f. Dupe
qu'on ne se lasse pas de duper; père trop faible qui ne se lasse
pas de payer les dettes de son fils; maîtresse trop dévouée qui
ne se lasse pas de fournir aux dépenses de son amant.
- VACHER, s. m. Homme mal
élevé,—dans l'argot des bourgeois.
- VACHERIE, s. t. Nonchalance,
avachissement.
- VADE, s. f. Foule; rassemblement,—dans
l'argot des voleurs.
- VA-DE-LA-GUEULE, s. m. Gourmand,—dans
l'argot du peuple.
- VA-DE-LA-LANCE, s. m. Ami
de la gaudriole, en paroles et en action,—dans l'argot des faubouriens.
- VA DONC! Expression signifiant:
«Va te promener! tu m'ennuies!»
On dit aussi Va donc te laver!
ou Va donc te chier!
- VADROUILLE, s. f. Drôlesse;
fille ou femme de peu.
- VAGUE, s. m. Flânerie, Vagabondage.
On dit aussi Coup de vague.
- VAGUE (Du)! Rien! Néant!
Terme de refus.
- VAGUE, s. m. Promenade intéressée,—dans
l'argot des filles et de leurs souteneurs.
Envoyer une femme au vague. Lui faire faire le trottoir.
- VAGUER, v. n. Sortir sans savoir
486
avec qui on rentrera;—dans l'argot des petites dames.
On dit aussi Aller au vague.
- VALOIR SON PESANT D'OR. Se
dit,—dans l'argot du peuple,—de toute bêtise un peu forte, de
tout mensonge un peu violent.
- VAISSELLE DE POCHE, s. f.
Argent, monnaie,—dans l'argot des faubouriens.
- VALADE, s. f. Poche,—dans
l'argot des voleurs.
Sonder les valades. Fouiller les poches dans la foule.
Le patois normand a le même mot pour signifier Blouse.
- VALOIR CHER (Ne pas). Être
d'un caractère désagréable,—dans l'argot des faubouriens.
- VALSER, v. n. S'enfuir, ou
seulement s'en aller.
Faire valser quelqu'un. Le mettre brutalement à la porte.
- VALTREUSE, s. f. Valise,—dans
l'argot des voleurs.
- VALTREUSIER, s. m. Voleur
de valises.
- VANER, v. n. S'en aller,—dans
l'argot des voyous.
- VANNAGE, s. m. Piège,
amorce,—dans l'argot des voleurs.
Faire un vannage. Allécher par un petit profit l'homme qu'on se
réserve de dépouiller.
- VANTERNE, s. f. Lanterne,—dans
le même argot.
Vanterne sans loches. Lanterne sourde.
- VAPEREAU, s. m. Livre fort
épais,—beaucoup plus fait pour servir de tabouret que pour être
consulté,—dans l'argot des gens de lettres qui ne sont pas oubliés
par l'auteur du Dictionnaire des Contemporains.
On ait aussi Bottin.
- VASE ÉTRUSQUE, s. m. «Pot
qu'en chambre on demande»,—dans l'argot des romantiques.
- VASE NOCTURNE, s. m. Vase
étrusque,—dans l'argot des bourgeois.
- VA T'ASSEOIR SUR LE BOUCHON!
Expression ironique qu'on
emploie,—dans l'argot des faubouriens,—envers
les gens que l'on veut congédier ou dont on veut se moquer.
On dit aussi Va t'asseoir sur
ma veste et ne casse pas ma pipe.
- VA-TE-LAVER, s. m. Soufflet
aller et retour,—dans le même argot.
- VAUDEVILLIÈRE, s. f. Cabotine,
femme qui se fait engager sur un théâtre de vaudeville
quelconque, non pour jouer, mais pour être vue et appréciée à sa
juste valeur—comme fille égrillarde—par les habitués de l'orchestre,
fins appréciateurs de l'art dramatique, surtout en cabinet particulier.
Le mot a été créé par Jules Noriac.
- VEAU, s. m. Jeune fille qui a
des dispositions pour le rôle de fille. Argot des faubouriens.
- VEAU, adj. Paresseux, nonchalant,—dans
l'argot du peuple.
Il ne faut pas croire l'expression nouvelle. Galli socordes et
487
stultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron
dans son Histoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin,
dit de même:
«Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux
Qui mettent à l'encan l'honneur dans les bordeaux.»
- VÉCU, adj. Arrivé, véridique,—dans
l'argot des gens de lettres.
Roman vécu. Roman qui est l'histoire réelle de quelqu'un.
- VÉCU (Avoir). Avoir joyeusement
dépensé sa vie à boire, à manger, à aimer, etc.,—dans
l'argot des bourgeois.
- VEDETTE, s. f. Nom imprimé
en caractères très gros, sur une affiche de théâtre,—dans l'argot
des coulisses.
Être en vedette. Avoir son nom
en tête d'une affiche comme acteur plus important que les autres.
- VEILLER AU GRAIN, v. n.
Surveiller ses domestiques quand on est maître, ses ouvriers quand
on est patron, afin qu'il n'y ait pas de détournements et de gaspillage.
Argot des bourgeois.
- VEINARD, s. et adj. Homme
heureux en affaires ou en amour,—dans l'argot des faubouriens.
- VEINARDE, adj. et s. Drôlesse
qui a du succès en hommes sérieux. Argot de Breda-Street.
- VEINE, s. f. Chance heureuse,
bonheur imprévu,—dans l'argot
du peuple.
- VÊLER, v. n. Accoucher.
- VELO, s. m. Postillon,—dans
l'argot des voleurs.
- VÉLOZE, s. f. Poste aux chevaux.
- VELOURS, s. m. Tapis,—dans
l'argot des joueurs de cartes.
Eclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis.
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce velours est en cuir ou en
drap, en n'importe quoi,—excepté en velours.
- VELOURS, s. m. Liaison dangereuse,
abus fréquent et intempestif des s dans la conversation.
Argot des bourgeois.
- VENDANGEUSE D'AMOUR, s. f.
Drôlesse—bacchante moderne—qu'on rencontre souvent ivre
dans les Vignes de Cythère.
J'ai créé l'expression il y a quelques années: elle est aujourd'hui
dans la circulation.
- VENDEUR DE CHAIR HUMAINE,
s. m. Agent de remplacement militaire,—dans l'argot du peuple.
- VENDEUR DE FUMÉE, s. m.
Homme qui fait de grandes promesses et qui n'en tient aucune.
Se dit aussi de tout Rêveur, de tout poète, de tout abstracteur
de quintessence.
- VENDRE, v. a. Trahir quelqu'un.
Vendre la mèche. Dévoiler un secret, ébruiter une affaire.
- VENDRE SES GUIGNES, v. a.
Loucher, guigner de l'œil.
- VENDRE SON PIANO, v. a.
Jouer de façon à faire pleurer les spectateurs,—dans l'argot des
coulisses, où Bouffé (rôle de Pauvre Jacques) a laissé des souvenirs
et des traditions.
488
Par extension, dans la vie réelle, on dit d'une Femme qui
pleure hypocritement: Elle vend son piano.
- VENDU, s. m. Remplaçant militaire,—dans
l'argot du peuple, qui attache à ce mot un sens extrêmement méprisant.
- VÉNÉRABLE, s. m. Premier
officier dignitaire d'une loge,—dans l'argot des francs-maçons.
- VÉNÉRABLE, s. m. Un des
nombreux pseudonymes de messire Luc,—dans l'argot du peuple.
- VENETTE, s. f. Peur.
Avoir une fière venette. Avoir une grande peur.
Docteur Venette. Poltron fieffé.
- VENIR AU RAPPORT. Se dit—dans
l'argot des bourgeois—de tout ce qui provoque l'éructation.
- VENT, s. m. Ventris flatus
malè olens.
Moulin à vents. Podex.
- VENT (Du)! Terme de refus,—dans
l'argot des faubouriens.
On dit aussi Du vent! De la mousse!
- VENT DESSUS, VENT DEDANS
(Être). Être en état d'ivresse,—dans l'argot des marins.
- VENTERNE, s. f. Fenêtre par
où passe le vent,—dans l'argot des voleurs.
Doubles venternes. Lunettes.
- VENTERNIER, s. m. Voleur
qui s'introduit dans les maisons
par la fenêtre au lieu d'y entrer
par la porte.
- VENTRE BÉNIT, s. m. Bedeau,
chantre, sacristain,—dans l'argotdu peuple, qui suppose à
tort que les gens d'église se nourrissent exclusivement de painbénit.
- VENTRE DE MA MÈRE (C'est
le). Expression du même argot signifiant: Je ne retournerai plus
dans cet endroit, je ne me mêlerai plus de cette affaire.
- VENTRE D'OSIER, s. m.
Ivrogne.
- VENTRÉE, s. f. Réfection copieuse.
Se foutre une ventrée. Se donner une indigestion.
- VENTRILOQUE, s. et adj. Crepitator
et même emittens ventris flatum.
- VENTROUILLER, v. n. Ventris
flatum emittere.
- VENTRU, s. m. Député du
centre, satisfait,—dans l'argot des journalistes libéraux du règne
de Louis-Philippe.
- VER COQUIN, s. m. Caprice,
fantaisie, hanneton,—dans l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait Régnier:
«.... Mon vice est d'être libre,
D'estimer peu de gens, suivre mon ver coquin,
Et mettre au même taux le noble et le faquin.»
a dit le vieux Mathurin.
- VÉREUX, se, adj. Homme
d'une probité douteuse; chose d'une honnêteté problématique.
- VERGNE, s. f. Ville,—dans
l'argot des voleurs.
489
Deux plombes crossent à la vergne. Deux heures sonnent à la ville.
- VERMICHELS, s. m. pl. Les
veines du corps,—dans le même argot.
- VERMILLON, s. m. Anglais,—dans
le même argot.
- VERMINE, s. f. Avocat.—dans
le même argot.
- VERMINE, s. f. La populace,—dans
l'argot des bourgeois.
- VERMOIS, s. m. Sang,—dans
l'argot des voleurs.
- VERMOISE, adj. De couleur
rouge.
- VÉROLE, s. f. Syphilis,—dans
l'argot du peuple, qui parle comme
écrivait Marot:
«Il mourut l'an cinq cens et vingt
De la verolle qui lui vint.»
On dit aussi Grosse vérole, pour
la distinguer de l'autre—la Petite vérole.
- VÉROLEUSE, s. f. Fille ou
femme de mauvaise vie, qui s'expose à donner ce qu'elle est
exposée à recevoir.
- VERRE DE MONTRE, s. m. Le
derrière de l'homme,—dans l'argot des faubouriens.
Casser le verre de sa montre. Tomber sur le derrière.
- VER RONGEUR, s. m. Voiture
de remise ou de place a l'heure,—dans l'argot des petites dames.
- VERSEUR, s. m. Garçon
chargé de verser le café aux consommateurs.
- VERSIGO, n. de l. Versailles,
dans l'argot des voleurs.
- VERSIONNAIRE, s. m. Humaniste
qui, pour vivre, compose en version latine pour les candidats
bacheliers dont la bourse est mieux garnie que la cervelle.
- VERT, s. m. Froid,—dans
l'argot des voleurs.
Il fait vert. Il fait froid.
- VERTE, s. f. Verre d'absinthe,—dans
l'argot des absintheurs.
Heure où la verte règne dans la nature. Cinq heures du soir.
- VERTIGO, s. m. Lubie, caprice,—dans
l'argot du peuple, à qui les gens fantasques semblent
justement atteints de vertige, qu'au XVIe siècle on prononçait
vertigue.
- VERTU, s. f. Femme vertueuse,—ou
affichant un grand rigorisme de conduite.
- VERVER, v. n. Pleurer,—dans
l'argot des voleurs.
- VERVEUX, s. m. Crinoline,—dans
l'argot des paysans des environs de Paris, qui trouvent une
ressemblance entre ce filet à cerceaux et cette jupe à cage.
- VESPASIENNES, s. f. pl. Water-closets
montés sur essieux, qui circulaient dans Paris vers les premières années du règne de
Louis-Philippe. Ce nom leur avait été donné en souvenir de
l'empereur romain qui spéculait sur toutes les gadoues de son empire.
Encore une chose que M. Louis Festeau n'a pas failli à
chanter:
«La Vespasienne
Parisienne
A l'observateur arrêté
Offre asile et commodité.»
- 490
VESSARD, s. m. Poltron,
homme sans énergie,—dans l'argot des faubouriens.
- VESSE, s. f. Peur.
Avoir la vesse. Avoir peur.
- VESSER DU BEC, v. n. Avoir
l'haleine «pire que cade»,—dans l'argot des faubouriens,
plus cyniques que l'Aventurier Buscon. C'est plus grave, c'est-à-dire
plus désagréable que le leve peditum reproché par Catulle à
Libon dans une de ses épigrammes In Cæsaris cinædos.
- VESSIE, s. f. Fille ou femme
de mauvaises mœurs.
- VESTALE, s. f. Desservante
du Dieu des Jardins.
On disait autrefois Vestale de marais.
- VESTE, s. f. Echec honteux,
Waterloo de la vie bourgeoise ou littéraire auquel on ne s'attendait
pas,—dans l'argot des gens de lettres et des comédiens.
M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des
Etoiles, jouée au Vaudeville, dans laquelle l'acteur Lagrange,
en berger, faisait asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour
préserver cette aimable nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait
rire le public et forçait le berger à reprendre sa veste. Mais il y a
une autre origine: c'est la Promise, opéra-comique de Clapisson,
dans lequel Meillet chantait au Ier acte, un air (l'air de la
veste) peu goûté du public; d'où cette expression attribuée à Gil-Pérez
le soir de la première représentation: Meillet a remporté
sa veste.
Ramasser ou remporter une veste.
Echouer dans une entreprise, petite ou grande.—Se faire
siffler en chantant faux ou en jouant mal.—Ecrire un mauvais
article ou un livre ridicule.
On dit aussi Remporter son armoire,
depuis le 13 septembre 1865, jour de la première représentation
à la salle Hertz des prétendus phénomènes spirites des
frères Davenport.
- VESTIGES, s. m. pl. Légumes,—dans
l'argot des voleurs.
- VÉSUVIENNE, s. f. Femme galante.
L'expression date de 1848, et elle n'a pas survécu à la République
qui l'avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le
Gouvernement Provisoire; mais elles n'auraient pas défilé devant
l'Histoire si un chansonnier de l'époque, Albert Montémont, ne
les eût chantées sur son petit turlututu gaillard:
«Je suis Vésuvienne,
A moi le pompon!
Que chacun me vienne
Friper le jupon?»
- VEULE, adj. des 2 g. Mou,
paresseux, lâche,—dans l'argot au peuple, qui emploie ce mot
depuis des siècles, comme le prouvent ces vers de Gauthier de
Coinci:
«Mais tant iert plains de vaine gloire
Tout iers fiers, cointes et veules,
Qu'il sembloit bien qu'en ses esteules
Eust trové tout le païs.»
C'est sans doute une antiphrase,
491
de volo, vouloir, avoir
volonté: volo, volvis, volui.
- VEUVE (La). La guillotine,—dans
l'argot des voleurs qui se marient quelquefois avec elle sans le vouloir.
Epouser la veuve. Être guillotiné.
- VEUVE POIGNET (La). L'onanisme,—dans
l'argot du peuple.
Epouser la veuve Poignet. Se livrer à l'onanisme.
- VÉZOUILLER, v. n. Puer,—dans
l'argot des faubouriens.
Vézouiller du bec. Avoir une haleine à la Paixhans.
- VIANDE, s. f. La chair,—dans
l'argot du peuple.
Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font
les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du
grand monde aux Italiens.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on emploie cette expression
froissante pour l'orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d'une
maîtresse, disait il y a trois cents ans:
«Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d'un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point:
Voilà la douce viande
Qu'en mes amours je demande.»
- VICE, s. m. Imagination; ingéniosité;
astuce,—dans l'argot du peuple, qui sait que l'intelligence
est un don souvent fatal.
Avoir du vice. Être très malin,—c'est-à-dire
sceptique en amour, en amitié, en politique
et en morale.
On dit aussi: Avoir du vice dans la toupie.
- VICELOT, s. m. Petit vice,
défaut peu grave.
- VICTOIRE, s. f. Chemise,—dans
l'argot des chiffonniers, qui ont voulu consacrer ainsi le souvenir
d'une marchande du faubourg chez laquelle ils se fournissaient.
- VICTORIA, s. f. Voiture découverte
à quatre roues,—dans l'argot des cochers.
C'est une façon de milord.
- VIDANGE, s. f. Accouchement,—dans
l'argot des voleurs.
Largue en vidange. Femme en couches.
- VIDER (Se), v. réfl. Mourir,—dans
l'argot des faubouriens.
- VIDER UN HOMME, v. a. Le
ruiner,—dans l'argot des petites dames.
- VIDER LE PLANCHER, v. a.
S'en aller de quelque part,—dans l'argot du peuple.
- VIE (Faire la). S'amuser plus
que la morale et la santé ne le permettent; se débaucher, les
femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes.
- VIE DE CHIEN, s. f. Conduite
déréglée, crapuleuse.
Faire ou Mener une vie de
chien. Vivre dans le désordre et
le vagabondage. Les Anglais ont
la même expression, dans le
même sens: to lead a dog's life.
492
On dit aussi Faire une vie de polichinelle.
- VIEILLE, s. f. Eau-de-vie qui
devrait avoir cent sept ans et qui n'a que quelques mois.
- VIEILLE (Ma), s. f. Expression
de tendresse banale employée entre hommes,—je me trompe, entre cabotins.
- VIEILLE CULOTTE DE PEAU,
s. f. Général en retraite,—dans l'argot des troupiers.
- VIEILLE MÉDAILLE, s. f.
Vieille femme usée par le frottement de la vie. Argot des faubouriens.
- VIERGE DE COMPTOIR, s. f.
Demoiselle de caboulot,—dans l'argot ironique du peuple, qui
ne se doute pas qu'il a emprunté ce mot à John Bull: Bar-maids,
disent les Anglais à propos des mêmes Hébés.
- VIEUX, s. m. Amant en cheveux
blancs ou gris, et même sans cheveux,—dans l'argot des petites dames.
Avoir son vieux. Être entretenue.
- VIEUX (Se faire). S'ennuyer,
attendre plus qu'il ne faudrait; rester longtemps quelque part. Argot du peuple.
- VIEUX COMME LES RUES, adj.
Extrêmement vieux.
On dit aussi Vieux comme Mathieu-salé,—par
corruption de Mathusalem, un patriarche.
- VIEUX JEU, s. m. Méthode
classique, procédé d'autrefois pour faire des chansons, des vaudevilles, des romans.
Argot des gens de lettres.
- VIEUX MEUBLE, s. m. Vieillard,
personne impotente, bonne à mettre au rancart de la vie.
- VIEUX STYLE, s. m. Se dit de
toute chose démodée, de tout procédé tombé en désuétude, de
toute idée arriérée, etc.
- VIEUX TISON, s. m. Galantin,
vieillard amoureux.
- VILLOIS, s. m. Village,—dans
l'argot des voleurs.
- VINAIGRE (Du)! Exclamation
de l'argot des enfants, garçons et petites filles, lorsqu'ils sautent
à la corde, afin d'en accélérer le mouvement.
Grand vinaigre! Le superlatif de la vitesse.
- VINAIGRE DES QUARANTE
VOLEURS, s. m. Acide acétique cristallisé,—dans l'argot des
bourgeois.
Historiquement, ce devrait être Vinaigre des quatre voleurs.
- VIN CHRÉTIEN, s. m. Vin
coupé de beaucoup trop d'eau.—dans l'argot du peuple, assez
païen pour vouloir boire du vin pur.
- VIN D'UNE OREILLE, s. m.
Bon vin.
Vin de deux oreilles. Mauvais vin.
- VINGT-CINQ-FRANCO-JOURIEN,
s. m. Représentant du peuple,—parce que payé vingt-cinq
francs par jour.
Le mot date de 1848 et de Théophile Gautier.
493
- VINGT-CINQ FRANCS PAR
TÊTE (A), adv. Extrêmement, remarquablement,—dans l'argot
des faubouriens.
Rigoler à vingt-cinq francs par
tête. S'amuser beaucoup.
S'emmerder à vingt-cinq francs par tête. S'ennuyer considérablement.
- VINGT-DEUX, s. m. Poignard,—dans
l'argot des voleurs.
Jouer du vingt-deux, Donner des coups de poignard.
- VIOC, s. m. Vieux,—dans le
même argot.
- VIOCQUE, s. f. Vie débauchée,—dans
le même argot.
- VIOLON, s. m. Partie d'un
corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et
destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la
Préfecture de police.
L'expression a un siècle de bouteille.
Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.
- VIRGULE, s. f. Barbiche,—dans
l'argot du peuple.
Signifie aussi Cicatrice.
- VIRGULE, s. f. Trace que les
faubouriens se plaisent à laisser de leur passage dans certains
lieux.
- VISAGE COUSU, s. m. Homme
très maigre,—dans l'argot du peuple.
- VISAGE DE BOIS, s. m. Porte
fermée.
- VISAGE DE BOIS FLOTTÉ, s.
m. Mauvaise mine, figure pâle, allongée.
L'expression a des ancêtres:
«Je ne suis pas un casse-mottes,
Un visage de bois flotté:
Je suis un Dieu bien fagotté,»
a dit d'Assoucy.
- VISAGE DE CUIR BOUILLI, s.
m. Figure grotesque.
- VISAGE SANS NEZ, s. m. Messire
Luc.
On dit aussi tout simplement Visage, ainsi que le constatent
ces vers de Voiture à une dame:
«. . . . Ce visage gracieux
Qui peut faire pâlir le nôtre,
Contre moi n'ayant point d'appas,
Vous m'en avez fait voir un autre
Duquel je ne me gardois pas.»
- VISCOPE, s. f. Visière,—dans
l'argot des voyous.
- VISITEUR, s. m. Frère qui se
présente à une loge qui n'est pas la sienne,—dans l'argot des
francs-maçons.
- VITELOTTE, s. f. Le nez,—du
moins le nez de certains buveurs, qui affecte en effet la
forme de cette variété de pomme de terre. Argot du peuple.
- VITRES, s. m. pl. Yeux,—dans
l'argot des faubouriens, qui ne savent pas se rencontrer
si juste avec les gueux anglais, lesquels disent aussi Glaziers.
Carreaux de vitres. Lunettes.
- VITRIERS, s. m. pl. Les chasseurs
de Vincennes,—dans l'argot du peuple, qui a emprunté
cette expression aux zouaves, heureux de rendre à leurs rivaux
la monnaie de leurs chacals.
On croit généralement que cette
appellation ironique date de 1851, époque à laquelle les chasseurs de
494
Vincennes dégarnirent à coups de fusil une notable quantité de fenêtres
parisiennes. On croit aussi qu'à cette occasion leur fut appliqué
le couplet suivant, encadré dans une de leurs sonneries de clairon:
«Encore un carreau d' cassé!
V' là l' vitrier qui passe.
Encore un carreau d' cassé!
V' là l' vitrier passé!»
On se trompe généralement. L'expression date de 1840, époque
de la formation des chasseurs de Vincennes au camp de
Saint-Omer, et elle venait du sac de cuir verni que ces soldats
portaient sur leur dos à la façon des vitriers leur sellette. Ce
qui ajoutait encore à la ressemblance et justifiait le surnom,
c'étaient le manteau roulé et le piquet de tente qui formaient la
base du sac des chasseurs, comme le mastic et la règle plate la base
de la sellette des vitriers.
- VITRINE, s. f. Lorgnon, lunettes,—dans
le même argot.
- VIVRE D'AMOUR ET D'EAU
FRAÎCHE, v. n. Se dit ironiquement—dans l'argot de Breda-Street—de
l'amour pur, désintéressé, sincère, celui
«Qu'on ne voit que dans les romans
Et dans les nids de tourterelles.»
- VIVRE DE L'AIR DU TEMPS,
N'avoir pas de quoi vivre. Argot du peuple.
- VOILE, s. m. Nappe,—dans
l'argot des francs-maçons.
Ils disent aussi Grand drapeau.
- VOIR, v. a. Permolere uxorem
quamlibet aliam,—dans l'argot des bourgeois.
- VOIR, v. n. Se dit de l'indisposition
mensuelle des femmes,—dans l'argot des bourgeoises.
- VOIR (Se). Concubare.
- VOIR A LA CHANDELLE. Se
dit d'une chose que l'on croit ou que l'on dit bonne, mais qu'on
n'ose pas déclarer telle trop haut de peur de se tromper.
Cette expression de l'argot du peuple, M. J. Duflot la fait
venir de l'argot des comédiens. «Avant le règne du gaz, dit-il,
avant même que l'huile à quinquet fût en usage, la rampe du
théâtre était éclairée par une rangée de chandelles. Quand on
répétait une pièce, les comédiens de ce temps-là n'osaient pas affirmer
que c'était un chef-d'œuvre qu'ils allaient jouer; aussi
créèrent-ils cette phrase qu'ils nous ont transmise: Il faudra
voir cela à la chandelle.»
- VOIRIE, s. f. Fille ou femme
de mauvaise vie,—dans l'argot des faubouriens.
- VOIR LA FARCE (En). Satisfaire
sa curiosité ou son caprice. Argot du peuple.
- VOIR LA FEUILLE A L'ENVERS,
v. a. Le couplet suivant, tiré d'une très vieille chanson reproduite
par Restif de la Bretonne dans sa LXXII-CLXXVIIe.
Contemporaine, expliquera cette expression mieux que je ne le
pourrais faire:
«Sitôt, par un doux badinage,
Il la jeta sur le gazon.
—Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi, le tendre amour m'engage
Et pour toi je porte ses fers;
Ne faut-il pas, dans le jeune âge.
Voir un peu la feuille à l'envers?»
chante le berger Colinet à la bergère Lisette, chapitre des
Jolies Crieuses.
- VOIR QUE DU FEU (N'y). Être
trompé par un beau parleur; être ébloui par des promesses brillantes.
- VOIR LE COUP DE TEMPS.
Deviner à temps les intentions malveillantes de quelqu'un, de
façon à être prêt à la riposte, soit qu'il s'agisse d'un coup de
poing ou d'une question embarrassante.
- VOIR SOPHIE, v. a. Avoir ses
menses,—dans l'argot des ouvrières.
- VOIR TRENTE-SIX CHANDELLES,
v. a. Avoir un éblouissement occasionné par un coup sur
la tête ou par une émotion subite. Argot du peuple.
Faire voir trente-six chandelles.
Appliquer un vigoureux coup de poing en plein visage.
- VOIR VENIR QUELQU'UN AVEC
SES GROS SABOTS. Se dit—dans le même argot—de quelqu'un
qui est deviné avant d'avoir parlé ou agi, par son inhabileté ou sa
gaucherie.
- VOITE, s. f. Apocope de Voiture,—dans
l'argot des voyous.
- VOITURE A TALONS (La). Les
jambes avec lesquelles on se passe de voiture. Argot du peuple.
- VOIX D'EN BAS, s. f. Le peditum
de Catulle, ou plutôt son leve petitum,—dans l'argot facétieux
des faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe
a publie sous ce titre un recueil de poésies fort estimables.
- VOLAILLE, s. f. Femme ou
fille débauchée,—dans l'argot du peuple, qui sait que la plupart
des drôlesses sont bêtes comme des oies.
- VOLAILLE, s. f. Homme sans
consistance; aimable sceptique qui ne croit qu'à lui. Argot des
gens de lettres.
- VOLAILLER, v. n. Argot des
gens de lettres.
- VOLAILLER, v. n. Courir les
gueuses.
- VOLAILLER, v. n. N'avoir pas
de stabilité dans ses affections, se faire l'ami du premier venu.
- VOLE-AU-VENT, s. f. Plume,—dans
l'argot des voleurs.
- VOLÉ (Être). Mystifié, trompé,
déçu,—dans l'argot du peuple.
- VOLÉE, s. f. Coups donnés ou
reçus.
C'est le Banging des ouvriers anglais.
- VOLTIGEANTE, s. f. La boue,—dans
l'argot des voyous.
- VOLTIGEUR DE LA CHARTE,
s. m. Homme qui croit encore à la Charte-Vérité comme les
Juifs croient au Messie. Argot des journalistes.
- VOLTIGEUR DE LOUIS XIV, OU DE LOUIS XVIII, s. m. Emigré,
retour de Gand ou de Coblentz.
Se dit depuis 1815.
- VOLTIGEUR DE 89, s. m.
Prudhomme politique qui a toujours
496
à la bouche les «immortels principes» de la première Révolution.
- VOUÉ AU BLANC (Être). Se
dit—dans l'argot des faubouriens—d'un apprenti qui n'aime
pas à travailler et qui préfère polissonner avec les voyous et les
filles du faubourg.
- VOUSAILLE, pron. pers. Vous,—dans
l'argot des voleurs.
- VOUS-N'AVEZ-RIEN, s. m. Employé
de l'octroi,—dans l'argot des faubouriens, par allusion à sa
phrase habituelle: «Vous n'avez rien à déclarer?».
- VOÛTE AZURÉE, s. f. Le ciel,—dans
l'argot des académiciens, qui ont des lunettes bleues.
- VOÛTE D'ACIER, s. f. Partie
du cérémonial maçonnique.
- VOYAGE (Le). Le tour de
France,—dans l'argot des saltimbanques.
Se connaître sur le voyage. Pendant la tournée départementale.
- VOYAGEUR, s. m. Insecte parasite,—dans
l'argot des faubouriens.
- VOYAGEUR, s. m. Amateur,—dans
l'argot des saltimbanques, qui donnent ce nom à celui
des spectateurs qui consent à leur servir de compère dans un
tour de force ou d'adresse.
- VOYAGES, s. m. pl. Épreuves
de réception,—dans l'argot des francs-maçons.
- VOYOU, s. m. Gamin de Paris,
enfant perdu de la voie publique; produit incestueux de la
boue et du caillou; fumier sur lequel pousse l'héroïsme: hôpital
ambulant de toutes les maladies morales de l'humanité; laid
comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire,
cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée
comme Lalande,—un monstre en un mot.
Type vieux—comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu'on
ait voulu le faire remonter jusqu'à Saint-Simon, qui traite
de voyous les petits bourgeois de son temps.
- VOYOUCRATE, s. m. Démocrate
qui exagère la Démocratie, et dont l'Idéal, au lieu de plonger
dans l'éther de l'abbé de Saint-Pierre, barbote dans la fange du
sans-culottisme.
- VOYOUCRATIE, s. f. Gouvernement
de la blouse sale; tyrannie du ruisseau; démocratie qui ferait
regretter aux républicains sincères «le despotisme de nos
rois»—lequel du moins était un despotisme aimable.
- VOYOUTE, s. f. Petite drôlesse
qui s'accouple avec le voyou avant l'âge de la nubilité,—afin de
n'en pas laisser perdre la graine. Fleur fanée qui ne se nouera
jamais en fruit,—fille qui ne sera jamais que fille.
J'ai créé le mot il y a quelques années: il est maintenant
dans la circulation.
- VOYOUTISME, s. m. État crapuleux,
abject,—la satire boueuse de l'humanité.
- VRILLE, s. f. Lesbienne,—dans
l'argot des souteneurs.
497
W
- WAGON, s. m. Verre de vin
d'une contenance plus grande que l'omnibus.
- WAGON, s. m. Femme de
mauvaise vie,—de troisième
classe.
Il y aussi des wagons de première,
réservés aux gandins riches.
- WATER-CLOSET, s. m. Endroit
où, moyennant 15 centimes, tout le monde a le droit
d'aller—mais à pied, comme le roi.
- WATERLOO, s. m. Échec
subi; défaite éprouvée, en amour, en art, en littérature,—par allusion
à la néfaste journée du 18 juin 1815.
- WATRIPONNER, v. n. Écrire
dans les petits journaux; en
fonder.
Expression créée par Firmin Maillard. (>Hist. anecdot. de la
Presse, p. 130), et qui est une allusion à la fécondité journalistique
de feu Antonio Watripon.
498
499
X
- X, s. m. Polytechnicien,—dans l'argot des collégiens.
Fort en X. Elève qui a des dispositions pour les mathématiques.
Tête à X. Tête organisée pour le calcul; cerveau à qui le
Thêta X est familier.
- X. s. m. Secret,—dans l'argot
des gens de lettres.
Y
- YANKEE, adj. et s. Américain
vu par ses mauvais côtés.
Dans la bouche d'un Anglais c'est un terme de mépris.
- YAVOIR PASSÉ. Se dit—dans
l'argot du peuple—d'une jeune fille qui n'est plus digne
de porter à son corsage le bouquet de fleurs d'oranger emblématique.
- YEUX AU BEURRE NOIR, s.
m. pl. Yeux pochés par suite d'une chute ou d'une rixe,—dans
l'argot des faubouriens.
- YEUX DE LAPIN BLANC (Avoir
des). Rouges, avec des cils blancs.
- YEUX SUR LE PLAT, s. m.
pl. Se dit des yeux blancs que font certaines femmes grimacières,
et qui ressemblent assez, en effet, à deux œufs dont on ne
verrait que l'albumine.
- YOUTRE, s. m. Israélite,—dans
l'argot des faubouriens, qui prononcent presque bien, sans
s'en douter, le mot allemand Iude.
Jardin des youtres. Cimetière juif,—par antiphrase sans doute,
car il y a plus de pierres que de verdure.
500
501
Z
- ZE-ZE, s. des 2 g. Homme
ou femme qui blèse, qui prononce Ze pour Je et parle Ze-ze. Argot
du peuple.
- ZÉPHIR, s. m. Soldat indiscipliné
ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.
- ZÉRO, s. m. Homme sans valeur,
sans énergie, sans consistance, sans rien. Argot du peuple.
On dit aussi Zéro en chiffre.
- ZIF, s. m. «Marchandise supposée
dont certains industriels font intervenir le nom dans leurs
opérations.»
- ZIG ou Zigue, s. m. Ami,
camarade de bouteille,—dans l'argot des faubouriens, qui font
allusion aux zigzags du lundi soir.
Bon zigue. Homme joyeux,—mauvais
mari peut-être, mauvais fils ou mauvais père, mais bon ami de cabaret et de débauche.
C'est un zigue. Phrase consacrée
par laquelle un ouvrier répond d'un autre ouvrier comme
de lui-même.
- ZIG-ZAG, s. m. Boiteux, bancal,—dans
l'argot des voleurs.
- ZINC, s. m. Maladie vénérienne,—dans
l'argot des faubouriens.
- ZINC, s. m. Chic,—dans le
même argot.
Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.
- ZINC, s. m. Voix métallique
et solide,—dans l'argot des coulisses.
Avoir du zinc. Avoir une voix sonore.
On dit aussi Être zingué.
- ZINGO, s. m. Bon Zigue,—dans
l'argot des marchands de vin.
- ZOÏLE, s. m. Ecrivain envieux,
et même un peu calomniateur,—dans l'argot des académiciens et
des apprentis écrivains, qui éternisent ainsi, sans s'assurer si elle
est méritée, la mauvaise réputation
502
dont jouit, depuis deux mille ans, le contempteur de
l'Odyssée et de l'Iliade.
- ZOUAVE, s. m. Pardessus de
femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves.
On dit aussi Une Permission de dix heures.
- ZOUZOU, s. m. Zouave,—dans
l'argot des faubouriens.
- ZUT! Exclamation qui est
une formule de refus ou de congé.
Depuis 1865, on dit: Ah! zut alors si ta sœur est malade! C'est
plus long, mais c'est plus canaille—et, à cause de cela,
préférable.
- ZUT AU BER... GER! Exclamation
de l'argot des gamins, par laquelle ils se défient à courir,
à jouer, etc.
503
PRÉFACETTE AU SUPPLÉMENT
En 1883, alors que parut la troisième édition, longtemps
attendue, de cet ouvrage, nous expliquions ainsi les motifs qui
avaient amené les éditeurs à ajouter à ce Dictionnaire un Supplément
spécial:
«C'est en 1866 que parut la première édition du Dictionnaire
de la Langue verte. A son apparition, l'ouvrage de
Delvau fit quelque tapage et eut un grand succès de curiosité.
«M. Larcher qui sous ce titre: Excentricités du langage
français, avait déjà fait paraître un recueil d'expressions argotiques,
accusa Delvau de plagiat. Un procès faillit intervenir
entre les deux auteurs. Le litige fut porté devant la Société des
Gens de Lettres qui reconnut le bien-fondé de certaines réclamations
de M. Larcher et obligea son rival à modifier la
seconde édition de son Dictionnaire.
«Cette seconde édition parut en 1867 avec une préface différente
de celle qui se trouvait dans la première; toutefois on n'y
trouve aucune trace du dissentiment qui s'éleva entre les deux
écrivains. C'est cette seconde édition, très rare aujourd'hui,
et qu'il faut payer, quand on la rencontre dans les ventes,
quarante et cinquante francs, que viennent de rééditer
MM. Marpon et Flammarion.
«Avant d'entreprendre cette troisième édition, ils ont été
amenés à se demander s'il fallait réimprimer tel quel le Dictionnaire
ou s'il ne conviendrait pas de le refondre en ajoutant
504
les nouveaux termes dont s'est accru en ces dernières années
le langage populaire et trivial. On sait les progrès faits par la
langue verte et quelle place elle a prise aussi bien au salon qu'à
l'atelier. Des centaines d'expressions inconnues en 1867 sont
aujourd'hui couramment employées. Devait-on les intercaler
dans l'œuvre de Delvau? Les éditeurs ne l'ont pas pensé et ils
ont, avec raison, croyons-nous, préféré respecter le texte
primitif.
«Toutefois, désireux de mettre l'ouvrage à la hauteur des
révolutions du jour, comme dit M. Larcher, ils ont tenu à y
ajouter un Supplément. Sachant que nous préparons depuis de
longues années un travail sur le bas langage que nous nous
proposons d'intituler Les Orphelins de la langue, ils ont bien
voulu nous demander de nous charger de ce Supplément. Ne
pouvant donner à notre travail qu'une importance secondaire,
nous nous sommes attachés à choisir, parmi ces irréguliers
du langage, ceux-là seulement qui ne figurent dans aucun
dictionnaire d'argot.
«Les romans de l'école naturaliste nous ont fourni, ainsi que
certains articles de journaux, de nombreux renseignements
que nous avons utilisés en prenant toujours soin d'indiquer
la source où nous les puisions.»
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à cette Préfacette.
Disons seulement que le Supplément à cette nouvelle édition
a été modifié en grande partie. Certains mots qui se trouvaient
dans l'édition de 1883 ayant passé de mode depuis cette
époque ne figurent plus ici; d'autres au contraire y ont été
ajoutés qui ont, depuis quatre ans, enrichi la Langue verte.
GUSTAVE FUSTIER.
A
- ABATTOIR. Cercle de jeu. On
y immole en effet force pigeons.
- ABBESSE. Maîtresse d'une
maison de tolérance. On dit plus
communément: Madame.
- ABOULÉE. Accouchée.
Aboulement: accouchement.
- ABRUTIR SUR (S'). Faire traîner
un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J'y ajouterai le sens de:
étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.
- ACTEUSE. «Cette petite variante
me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé
dans l'argot parisien. Nana n'est pas une actrice, c'est une
acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l'entend
pas, on la voit. L'acteuse est entière dans cette nuance.» (Champsaur:
Evénement, février 1887.)
- ADJUDANT (Tremper un).
Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui
qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier
en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont
ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d'intérêt à
satisfaire; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N'est-ce
pas dans ce rapprochement qu'il faut chercher l'origine de
cette expression?
(Merlin, La langue verte du troupier.)
- ADJUGER UNE BANQUE A UN
OPÉRATEUR. Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu.
(V. Revers.)
- AFFRANCHIR. Terme de
joueur: On dit qu'une carte est affranchie lorsqu'elle n'est plus
506
exposée à être prise. J'ai fait prendre mon roi pour affranchir
ma dame.—Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des
professeurs d'affranchissement.
- AFISTOLER. Arranger.
- AGACEUR. Boute-en-train,—argot
de sport.
- AGENOUILLÉE. Femme de
mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n'a point fait fortune.
«Pas de coin de rue qui n'ait maintenant sa douzaine
d'agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à
adresser leurs prières à Vénus.»
(Evénement, août 1884.)
- AGRAFER. Indépendamment
du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs,
agrafer signifie aussi prendre, voler. «C'est clair et
net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d'agrafer cette
nuit-là.» (Belot et Dautin: Le Parricide.)
- Aller se faire lanlaire.
Se débarrasser d'un importun.
L'envoyer promener, «... Votre
cœur? Il n'y a que les gens qui
n'ont que ça qui le proposent...
Ça ne suffit pas... Vous pouvez
aller vous faire lanlaire...!»
(Huysmans: Les sœurs Vatard.)
- ALLER CHEZ FALDÈS. Partager.
- ALLUMEUR. Voleur. Les allumeurs
ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de
paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur
offrent libéralement à boire jusqu'à ce que les malheureux rentrent
chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle
des meneuses et des travailleurs.
V. ces mots.—Grec dont les fonctions consistent à mettre une
partie en train. «Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent
mêlés à la partie reçoivent également une subvention.» (Gil
Blas 29 mars 1882.)
- ALPHONSISME. Le métier (?)
de l'Alphonse. «L'Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu'avec la
prostitution.» (La Bataille, mai 1882.)
- AMAZONE. Grec de race femelle.
«Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec
nomade,... travaille rarement seul; il s'adjoint des compères
appelés comtois et des auxiliaires féminins appelés amazones. (Le
Baccarat, 1881.)
- AMÉRICAIN. Breuvage qui
tient le milieu entre le grog et le punch. «Garçon! un américain!»
(Véron, Paris vicieux.)
- AMINCI. Elégant, à la mode,
dans l'argot boulevardier. L'aminci a été le frère du boudiné;
tous deux n'ont fait qu'une courte apparition dans le jargon des précieux.
«De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l'intention
de visser sur un tuyau de gaz... l'annonce en lettres de feu
du bal à l'Elysée...» (Echo de Paris, février 1885). «Tous les
soirs (dans la baraque d'un lutteur) au milieu d'horizontales de
grande marque, au milieu d'amincis en frac et cravate blanche,
507
il y a des luttes épiques.» (Univers illustré, juillet 1884.)
- ANGLAIS. Terme de sport. On
dit qu'un cheval a de l'anglais lorsque sa conformation se rapproche
de celle du cheval anglais de pur sang.
- ANGUILLE. Mouchoir roulé en
façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l'anguille.
- APÉRITIVE. Femme galante
qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au
brillant papillon. Comme son nom l'indique, l'apéritive fréquente
d'ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à
la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un
apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière. «Le bal a
été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l'état d'apéritive...
mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus
brillantes du firmament demi-mondain.» (Gil Blas, mai 1887.)
- ARAIGNÉE. Vélocipède à deux
roues dont l'une, celle de devant, est très grande, et l'autre, celle
de derrière, d'un diamètre très petit.
- ARAIGNÉE DE TROTTOIR. Boutiquier
en plein vent, camelot. «Il (le promeneur) a fait aux
araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de
10 sous à 10 francs par jour.» (Estafette, 1881.)
- ARC-EN-CIEL (Faire l'). Argot
des Grecs. «J'ai fait l'arc-en-ciel.—Qu'entendez-vous
par là?—Je vous ai jeté les cartes très loin, d'une façon négligée
avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un
cercle et j'ai pu les voir lorsqu'elles sont arrivées à leur point
culminant.» (Belot: Le Roi des Grecs.)
- ARCHICUBE. Ancien élève de
l'Ecole normale. «Monsieur, vous êtes mon archicube et je
vous dois le respect. J'explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif:
vous êtes entré à l'Ecole plus de trois ans avant moi.»
- ARRANGEUR. Argot de cercle.
Individu qui, lorsqu'un chef de partie ne sait pas séquencer les
cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa... collaboration.
- ARROSAGE. Action de boire,
de s'arroser le gosier.
- ARTISTE. Dans le jargon des
ouvriers: camarade, compagnon.
- ARTISTE. Cadavre exposé à
la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet,
un théâtre. «La salle d'exposition... est divisée en deux parties
par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées...
douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches,
habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes.
Quand toutes les places sont vides, ils disent qu'on fait relâche.»
(Du Boisgobey: Le fils de Monsieur Lecoq.)
- ASSEOIR (S') sur quelqu'un.
Le faire taire. Asseyez-vous dessus, dit-on en parlant d'un gamin qui
crie et gêne ainsi les personnes
508
avec lesquelles il se trouve.—S'asseoir sur quelque chose, n'en
pas faire cas. «Tous tes discours, tout's tes promesses d'autrefois,
tu t'asseois dessus! » (L'esclave Ivre, no 1.)
- ASSESSEUR. Joueur complaisant
qui, placé au baccarat à côté du tailleur, paye et encaisse
pour le compte de celui-ci.
- ASTIQUER. Fourbir, nettoyer,
se pomponner.
«C'est qu'on est un peu beau, mon vieux
Quand on s'astique.»
(Le Caïd, opéra-bouffon,
act. I, sc. X.)
- ASTIQUER (S'). Se masturber.
- ATOUTS (Le plus d'). Sorte de
jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.
- AVALE-TOUT. Femme qui ne
recule devant aucune extrémité.
- AVOINE (Donner de l'). Battre,
rouer de coups. De la langue des charretiers, l'expression est passée
dans celle des souteneurs et des gens sans aveu. «Alphonse ne
recule pas à lui donner de l'avoine (à sa maîtresse), c'est-à-dire
à lui administrer une volée» (Voltaire, 1882).
- AVOIR UN COUP DE MARTEAU.
Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.
- AVOIR LA CUISSE GAIE. Être
de mœurs faciles. «Très gentille avec son petit nez en l'air; je
parie qu'elle a la cuisse gaie, hein!» (Vie Parisienne, 1er octobre
1881.)
- AVOIR SON VIN AU CROC.
Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots.
«Aussi lui était-il arrivé souvent d'être privé de sa ration
de vin; en terme de marin, d'avoir son vin au croc.» (Patrie,
février 1887.)
- AVOIR UNE BELLE PRESSE.
Être complimenté par tous les journaux. «Madame est en train
de lire ses journaux... Madame, à ce qu'il paraît, n'a jamais eu
une si belle presse!» (De Goncourt: La Faustin.)
509
B
- BADINGATEUX. Terme de mépris
employé par les adversaires du régime impérial pour désigner
un partisan de ce régime. «Solde de vestes. On prend
mesure; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux...»
(Temps, 1881.)
- BAFOUILLAGE. Conversation
sans suite, confuse, incohérente. A vrai dire, ce mot rentre plus
dans le langage trivial que dans l'argot; toutefois comme les
dictionnaires spéciaux ont jusqu'ici enregistré bafouiller et
bafouilleur, j'ai pensé que bafouillage
avait également droit d'asile. «J'ai entendu nombre de
phrases sans suite, d'exclamations vides, de bafouillages incohérents.»
(Echo de Paris, mai 1884).
- BAFRER. Manger. «C'était
une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait
comme quatre.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- BAGNOLLE, mauvaise voiture.
- BAGUETTE EST CASSÉE (La).
Cette expression a remplacé le Zut au berger. (V. Delvau.)
- BAJOTER. Bavarder, jacasser.
- BAL. Peloton de punition.
Argot militaire.
- BALEINE. Femme de mauvaise
vie.
- BALINSTRIQUER. Argot des
malfaiteurs. Tuer, assassiner. «Tu sais, lui avait-il dit, j'ai fait
un sale coup, j'ai balinstriqué une femme dans les fortifications.
Si jamais tu le dis, c'est ma tête qui est à couper.» (Gazette des
Tribunaux, septembre 1884.)
- BALLE (Faire). Être à jeun.
«Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un
quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon
appétit et qui fait balle.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BALLON. Art de tournoyer en
dansant.—Verre de bière.
510
- BALOUSTIQUER. Lever, soulever,
arracher. Argot de malfaiteurs.
- BALUCHONNEUR. Voleur.
Ainsi que son nom l'indique, ce malfaiteur vole de préférence
les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en
argot baluchon est synonyme de paquet). C'est aussi lui qui travaille
aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit
à la bousculade. «La nuit seulement, un certain nombre de
baluchonneurs s'y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour
faire l'échange ou la vente du produit de leur vol.» (Nation,
juillet 1885.)
- BANDISTE. «On appelle ainsi
les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires,
prospectus, manifestes
électoraux.» Soleil, 16 nov. 1888.
- BARAQUE. Sorte de jeu en
vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la
partie belle. «Le jeu de la baraque se compose d'une planchette
de cuivre casée à l'angle d'un billard et percée de 25 petites
cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5
ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon! l'adresse de
pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c'est
vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10
p. 100 sur le montant de chaque poule. C'est pour rien! Toutefois
ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.»
(Paris-Journal, 1882.)
- BARAQUEUR. Joueur de baraque.
- BARBE. Répétition. «Une
barbe, c'est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s'assied, on le rase,
il paye, c'est une barbe!» (Richepin.)
- BARBE (Faire sa). Argot théâtral.
Gagner de l'argent. «Sa barbe faite, comme on dit en
argot théâtral, c'est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse
s'empresse de quitter le salon.» (Gaulois, 3 octobre 1881.)
- BARBE (Femme à). Argot
militaire. «Terme sous lequel on désigne une beauté sur le
retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu'une
étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse
sans défense contre les assauts du soldat.» (Ginisty: Manuel du
Parfait réserviste.)
- BARBIFIER (Se). Se griser. Argot
des typographes. V. Delvau au mot Barbe. «Il s'est barbifié
hier; il a mal aux cheveux aujourd'hui.» (Typologie-Tucker,
juin 1885.)
- BARBOTER. Parler sans savoir
ce que l'on dit.
- BARBOTTAGÉ. Vol. «Le droit
au barbottage est absolu.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BASSINOIRE. «A Paris, il est
de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons,
qui s'en vont à leur travail, à l'aube. Eh bien! par les
nuits d'hiver, il est de pauvres
511
diables qui attendent, l'onglée aux mains, que ces maçons
soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore
chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un
théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent,
dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent
ainsi leur couche, les bassinoires.» (J. Claretie: La Vie à
Paris.)
- BÂTIR. Terme de couturière;
coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une
toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l'essayage,
des retouches à opérer. «Deuxième séance; essayage des toilettes
bâties.» (Gaulois, 1881.)
- BÂTONS DE CHAISE (Noce de).
Orgie.
- BÂTON DE RÉGLISSE. Gardien
de la paix. Prêtre.
- BÂTON ROMPU. «—Quels
gens appelez-vous vieilles cannes?—Les repris de justice.—Et
bâtons rompus?—Les surveillés de la haute police en
rupture de ban.» (Barron: Paris-Etrange.)
- BATTRE LE BEURRE. Mener
une conduite déréglée. Argot des voyous.—«Et ta sœur?—Ma sœur? elle bat l'beurre!»
- BATTRE A LA PARISIENNE.
Voler ou tricher au jeu.
- BATTRE SON PLEIN. Être dans
tout l'éclat de son talent ou de sa beauté. «Jamais l'artiste de
la Renaissance ne fut plus jolie
qu'à présent; elle bat son plein.»
(Evénement, 1872.)
- BAVAROISE. Infusion de thé
et de sirop de capillaire.—Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat
à la crème; bavaroise aux choux, mélange d'absinthe et
d'orgeat; bavaroise de cocher, verre de vin.
- BAVER DES CLIGNOTS. Pleurer.
- BAVEUX. Qui ne sait ce qu'il
dit; qui bafouille.
- BAZAR. Lycée, pension. «Les
jeunes citoyens de l'avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier
leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.»
(Evénement, 1881.)
- BÉCARRE. Cet adjectif qui, il
y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme
d'élégant, n'est plus guère usité aujourd'hui. «Le
parisien, en tant que langue vient de s'enrichir d'un nouveau
mot.... Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps.
C'est le bécarre qui gouverne. On est ou
on n'est pas bécarre, comme on était jadis ou l'on n'était pas élégant.
Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d'en faire
telle autre.... Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à
moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son
ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui
est élégant, agréable, distingué.» (Illustration, novembre 1885.)
- BÉGUEULISME. Le mot est de
F. Sarcey qui l'a employé pour la première fois dans un de ses
512
feuilletons, en 1869. «C'est, dit-il, dans la vie ordinaire, l'art
de s'offenser pour le compte des vertus qu'on n'a pas; en littérature,
l'art de jouir avec des goûts qu'on ne sent point; en politique,
en religion et en morale, l'art d'affecter des opinions dont
on ne croit pas un mot.»
- BENEDICAMUS. Enfant de
chœur. Terme populaire: «Il s'imaginait naïvement que les
vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l'organiste,
les petits benedicamus.» (Figaro, nov. 1885.)
- BIBELOT. Argot d'imprimerie.
Travaux de peu d'importance; factures, prospectus, têtes de
lettre, etc.
- BIBELOTEUR. Collectionneur;
amateur de bibelots.
- BIBELOTIER. Ouvrier imprimeur,
spécialement chargé des bibelots.
- BIBOIRE. Petit récipient en
caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se
sert en voyage ou à la chasse pour boire.
Les écoliers disent coupe-gueule.
- BIDARD. Heureux, veinard.
Être bidard, avoir de la chance,
réussir dans ce que l'on entreprend.
- BIÈRE. Boîte aux dominos.
- BIGORNIAU. Auvergnat.
- BIJOU. Nom donné, par antiphrase,
chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des
plats et des assiettes; c'est le profit des laveurs de vaisselle.»
(Journal des Débats, 1876, cité par Littré.)
- BILLARD ANGLAIS (Jouer au).
Pratiquer l'onanisme.
- BILLE DE BILLARD. Crâne
dénudé et, par extension, vieillard. «Ah! mince alors! si les
billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse!...»
(Meilhac et Halévy, Lolotte.)
- BILLET DIRECT POUR CHARENTON.
Absinthe pure. «L'autre jour, le patron m'a payé un
billet direct pour Charenton.» (Gil Blas, 1882.)
- BINCE. Couteau (Richepin.)
- BISCOP. Casquette.
- BISCUIT. Argot de joueurs.
Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec
a toujours sur lui pour s'en servir quand il juge le moment
favorable. On dit: servir, préparer un biscuit.
- BLANC D'ESPAGNE. Sous le
nom du parti des Blancs d'Espagne, on désigne ainsi, dans le
jargon politique et dans le langage de la presse, l'ensemble
des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se
sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme.
A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste
toulousain, les Blancs d'Espagne répondirent par cet
autre sobriquet à l'adresse de leurs adversaires, partisans du
comte de Paris: Blancs d'Eu. «Le parti des Blancs d'Espagne
ne sera jamais sérieux.» (Ed.
513
Hervé: Soleil, juillet 1884.) «Mr. E. Veuillot est un Blanc
d'Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de
se soumettre à un étranger.» (Matin, juillet 1884.)
- BLAFARDE. La mort.
- BLOCKAUS. Chapeau de haute
forme.
- BLONDE, BRUNE. Verre de
bière de couleur brune ou blonde. «Les garçons (de café)
libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et
le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s'en
vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement,
ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s'en allant le pourboire
d'usage; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d'heure
de Rabelais, une remise sur le prix des brunes et des blondes
qu'ils ont absorbées.» (Figaro, 1882.)
- BœUF. Joli, agréable. C'est
rien bœuf! dit le peuple.
- BOISSONNEUR. Pilier de cabaret.
«Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole,
rien de plus naturel.» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
- BOÎTE. Argot militaire. Salle
de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte: être souvent
puni; avoir une tête à boîte: être affligé d'une maladresse qui attire
sur vous les préférences de l'instructeur.—Grosse boîte,
prison.
- BOÎTE A VIOLON. Cercueil,
allusion de forme.
- BOMBER. Frapper, battre. Argot
de souteneur.
«Si tu prends des airs de bégueule,
Gare à ta peau... J'te vas bomber.»
- BONDE. Maison centrale. «Il
a filé deux ou trois berges aux bondes.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BON-DIEU. «On m'avait
réservé la copie d'un petit état récapitulatif des corvées du jour,
dont j'avais à faire une douzaine d'exemplaires. J'en avais pour
trois quarts d'heure environ... Cela s appelait des bon-dieu. Je
n'ai jamais pu savoir pourquoi.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BONNE! Exclamation qu'emploient
les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier
à leur adversaire que le coup qu'il vient de jouer compte et ne
saurait être annulé. (V. Mauvaise.)
- BONNEFORTANCHE. (V. Infra
Frangeuse.)
- BON PREMIER. Argot de courses.
Un cheval arrive bon premier
quand il a fourni la course
bien avant ses concurrents. Il est
bon dernier quand il arrive non
seulement le dernier, mais encore
avec un retard considérable
sur les autres chevaux.
- BOOKMAKEUSE. Bookmaker
femelle. «La bookmakeuse se rend aux courses en petite charrette
anglaise; elle conduit elle-même, et ses commis, d'autres
femmes de même tournure, occupent le siège de derrière.»
(Figaro, 12 juin 1881.)
- BORDEL. Outils, instruments,
objet quelconque.
514
- BOSSER. Rire, s'amuser.
- BOSTON. Képi, chapeau,
coiffure d'homme. «Restait à choisir un képi. Impossible; tous
couvraient la tête jusqu'aux épaules et Pompignan dut aller
jusqu'à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un
qui pouvait servir.» (Revue alsacienne, juillet 1887.)
- BOUCHE-TROU. Ecolier qui se
tient prêt à remplacer un de ses camarades qu'une cause quelconque
empêche de prendre part aux concours qui ont lieu
entre les lycées. «L'ouverture des boîtes du grand concours
réserve, parfois, des surprises étranges, comme par exemple,
celle du bouche-trou remportant le prix d'honneur.» (Télégraphe,
août 1885.)
- BOUCHER LA LUMIÈRE. Donner
un coup de pied dans le derrière.
- BOUCHON. Bouteille de vin
cacheté. (Richepin.)
- BOUDINÉ. Une des dernières
incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin. «Voici que
les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant
gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable
leur paraît rendre d'une façon imagée l'étroitesse de leur costume;
il répond... à cet ensemble de tenue qui leur donne l'air de
boudins montés sur pattes. (Siècle, 1883.) Encore un mot qui n'a eu
qu'une existence bien éphémère.
- BOUGIE. Argent.
- BOUILLONNEUSE. Femme qui,
dans certains restaurants, est spécialement préposée à la confection
des potages.
- BOULE DE C... Argot militaire.
Idiot.
- BOULEAU, Buche. (V. Delvau:
Bucherie).
- BOULEVARDER. Fréquenter les
boulevards. «Il y a des gens à
qui la science vient en boulevardant.»
(Cherbuliez: Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1876,
cité par Littré.)
- BOULOTTE. Grosse petite
femme, bien en chair.
«C'est eun'boulotte, une chic artisse
Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»
(L'entr'acte à Montparnasse.)
- BOUM (Faire). Copuler. «Il
n'ignorait certainement pas comment se pratique cette agréable
chose que les petites ouvrières appellent: faire boum!» (Huysmans:
Sœurs Vatard.)
- BOURDE. Mensonge, faute
grossière. «On te dit... que t'es venu coller des bourdes aux pauvres
bougres.» (L'Esclave ivre, no 1.)
- BOURRER UNE (En). Fumer
une pipe. «Après déjeuner, M. Cherbuliez revient à son cabinet,
et,—détail naturaliste,—allume
une pipe; en bourre une, dirait Zola.» (Evénement, 1882.)
- BOUT. Congé, renvoi.
- BOUT-DE-CIGARE. Homme de
petite taille. Argot militaire.
- BOUTEILLE. V. Casser sa
bouteille.
- BOUTONNER. Terme de salle
515
d'armes; toucher à coups de fleuret.
- BRACONNER. Argot de cercle.
Tricher, voler au jeu.
- BRIDAUKIL. Chaîne d'or.
- BRIDER. Interdire, défendre.
Argot des marchands forains. «Il m'a expliqué le fonctionnement
de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir
été bridé, vient d'être débridé depuis qu'on a constaté l'impossibilité
d'arnaquer.» (Temps, avril 1887.)
- BRIFFE. Pain. (Richepin.)
- BRINDE. Femme grande et
déhanchée. «Tenez, là à gauche, regardez cette grande brinde qui
s'étale, avec son nez si retroussé qu'on lui voit la cervelle.» (Chavette.)
- BRISURE. Escroquerie.
- BRODAGE. Ecriture.
- BRODEUR. Escroc, faussaire.
Argot des voleurs. Au sens d'écrivain public qu'ont donné à ce
mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d'ajouter
celui d'escroc et de faussaire. «Dans le langage spécial de la
haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus
qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent
des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui,
naturellement, ne sont jamais payées.» (Figaro, octobre 1885.)
- BRODEUR. Prêteur d'un cercle
qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l'aide
d'un bon, en vous soutenant effrontément qu'il vous a prêté
12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.
- BROUILLARD (Faire du). Fumer.
«Il n'était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent
prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu'ils
avaient goûté à faire du brouillard.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BRULANT. Foyer, feu. (Richepin.)
- BRUTION. Élève du Prytanée
militaire de La Flèche. (V. l'article suivant.)
- BRUTIUM. Le Prytanée militaire
de La Flèche. «Tout le monde connaît le Prytanée militaire
de La Flèche; la règle y est grave et la discipline aussi sévère
qu'au régiment même. Les classiques d'il y a cinquante ans
imaginèrent que c'était là une éducation à la Brutus, d'où le
terme Brutium pour caractériser l'école, d'où celui de Brutions pour
qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.» (Le Siècle, 1880.)
- BUS. Omnibus. Mot très usité
à Paris chez le peuple qui, par une anomalie étrange, fait bus
du masculin et omnibus du féminin. Prendre le bus, monter en
bus sont des expressions qu'on entend journellement. «—J'prends
un sapin!—T'es rien tourte, Gugusse! J'ter trente-cinq
ronds à c'te tête de faïence, quand pour trois jacques en bus
t'en vois la farce!» (Le Monde comique, 1883.)
516
C
- CABE. Elève de troisième année
à l'Ecole normale.
- CABOT. Argot militaire. Elève-cabot,
élève caporal. Cabot pris absolument dans le sens de caporal
est inusité. (Ginisty: Manuel du réserviste.)
- CABRIOLET. Petite boîte servant
à classer des fiches.
- CADRE. «Le personnel du
service de la police de sûreté.—Lettre supposée, écrit apocryphe.
«J'estime qu'aucun de vous, quand vous en aurez pris connaissance,
ne s'imaginera que c'est une lettre supposée, un
cadre, comme nous disons dans notre argot de journalisme.»
(XIXe Siècle, 1881.)
- CAFARD. Argot militaire. Insecte
qui travaille la tête d'un officier et le rend intolérable
pour ses hommes. Par extension, l'officier lui-même, atteint de
cette infirmité. (Ginisty: Manuel du réserviste.)
- CAGE. Tête. Ne plus avoir de
mouron sur la cage, être chauve.
- CAGNE. Mauvais chien. «Dans
la bonté des chiens, il y a des bizarreries inouïes; les disgraciés
sont quelquefois les intelligents et, dans la même portée, il y a
trois cagnes pour un bon chien.» (Carteron: Premières chasses.)
- CAGNER. Faire la cagne; reculer
devant une besogne difficile ou dangereuse. (Littré).
- CAÏMAN. Maître, surveillant.
Argot des élèves de l'Ecole normale. «Je rentrai si en retard,
que le père Estiévant, le portier, qui me vendait du chocolat, fut
obligé de me marquer tout comme un autre sur sa liste. Je pensais
avoir une excuse et je l'exposai au caïman...» (Gaulois, 1880.)
- CAISSE NOIRE. Fonds secrets
mis à la disposition du Ministre de l'Intérieur et du Préfet de
police. «Croyez-vous que l'argent de la caisse noire ne pourrait
517
pas être plus utilement employé?» (Figaro, 1882.)
- CALEBASSE. Secret. Vendre la
calebasse, révéler le secret. (Littré.)
- CALÉ (Être). Dans l'argot
des écoles, cette expression est synonyme de savoir ses leçons,
ses cours, connaître à fond les matières d'un examen.
- CALIC. Commis de magasin
de nouveautés. Abr. de Calicot.
- CALIN. Tonnelet d'étain dont
se servent les marchands de coco. Le tonnelet lui caresse, lui câline
le dos. (Richepin.)
- CALOT. Argot des commis de
nouveautés: acheteur difficile, ennuyeux à servir. «Dans notre
argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.»
(P. Giffard.) V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.
- CALOTTE. Assiette creuse.
Sorte de pâtisserie où il entre des confitures. «Vous vous imaginez
peut-être qu'il est question de quelques petites friandises
dont on nous donnait de nombreuses indigestions durant notre
jeunesse et qui portaient ce nom si joli, si gracieux, si adorable de
petites calottes; il y avait là-dedans des confitures.» (Gazette
des Tribunaux.)—Pot de confiture ayant la forme d'une grande
calotte sans anse ni oreilles. (Littré.)
«Les calottes dont nous nous entretenons sont des pots de
confitures.» (Gazette des Tribunaux, avril 1874.)
- CALYPSO (Faire sa). Faire des
manières, des embarras. C'est la variante savante de faire sa tête.
«Tu peux r'tourner à ton potage!
Ah! monsieur fait sa Calypso!
En v'la z'un muf!...»
(L'entr'acte à Montparnasse.)
- CAMBRIOLE. Boutique. (Richepin.)
- CAMBROUSER. Servir comme
domestique. (Richepin.)
- CAMEMBERT. Montre. Argot
du peuple.—«Quelle heure avez-vous à votre camembert?—Mon
ca...?—Ah! c'est vrai! vous parlez correctement, vous.
J'ai voulu dire votre montre.» (Vie parisienne, novembre 1883.)
- CAMERLUCHE. Camarade. (Richepin.)
- CAMOUFLÉ (Être). Avoir reçu
les derniers sacrements. «Dès qu'il fut, suivant la pittoresque
expression, camouflé, c'est-à-dire dès qu'il eut reçu le sacrement
de l'Extrême-Onction...» (Humbert: Mon bagne.)
- CAMPÊCHE. Vin. «Pourvu
qu'on ait du campêche à douze sous le litre...» (Figaro, 1882.)
- CANNE (Vieille). «Quels gens
appelez-vous vieilles cannes?—Les repris de justice.» (Barron:
Paris-Etrange.)
- CANULARIUM. Argot des élèves
de l'Ecole normale. Sorte d'investiture; épreuves que subissent
à l'Ecole les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre
1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse
description de cette cérémonie.
518
- CANULEUR. (V. Delvau, Canule.)
- CAP (Doubler le). Faire un
détour pour éviter un créancier. (V. Delvau: Rue barrée.)
- CAPITAL. Vertu, virginité de
la femme. Le mot a été créé par M. Alexandre Dumas. «Généralement,
c'est une femme dont le capital s'est perdu depuis de
longues années.» (Théo-Critt: Nos farces à Saumur.)
- CAPONNER. Argot des écoles.
Rapporter au maître les fautes de ses condisciples.
- CARABINIER DE LA FACULTÉ.
Pharmacien.
- CARFOUILLER. Fouiller jusqu'au
fond, dans tous les sens. «Il délibéra longtemps avec lui-même
pour savoir... s'il lui carfouillerait le cœur avec son épée
ou s'il se bornerait à lui crever les yeux.» (Figaro, 1882.)
- CAROTTAGE. (V. Delvau: Carotte.)
- CAROUBLAGE. Sorte de vol.
(V. Delvau: Caroubleur.)
- CARPE (Faire la). S'évanouir,
se pâmer.
- CARRÉ. Elève de seconde année
à l'Ecole normale.
- CARTOUCHIÈRE A PORTÉE.
Réservoir de cartes que les grecs placent sous leur gilet et où ils
trouvent classées et numérotées toutes les portées possibles.
- CASER. Abrév. de casernement.
Argot des élèves de l'Ecole Polytechnique.
- CASQUEUR. Argot des coulisses.
Le public payant, par opposition aux billets de faveur et au service de presse.
- CASSER SON LACET. Abandonner
sa maîtresse, rompre toutes relations avec elle. «Alors,
c'est dit, nous cassons notre lacet?» (Huysmans: Les Sœurs
Vatard.)
- CASSER (A tout). Considérable,
fantastique, inouï. «Le public voit la quatrième page de
son journal occupée par la réclame à tout casser du grand
bazar.» (Giffard: Les grands bazars.)
- CASSER SA BOUTEILLE. Expression
populaire datant de l'année 1885; c'est vouloir se donner
de l'importance, se gonfler, se faire aussi gros que le bœuf...
et n'y point réussir.
- CASSEROLE. Prostituée. «La
casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur
un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.» (Réveil, juin
1882.)
- CASTAPIANNE. Blennorrhée.
Argot militaire.
- CASTORISER (Se). Argot des
officiers de marine. Ne pas embarquer; rester sur le plancher
des vaches, pourvu d'un poste soit au ministère, soit autre part.
- CATO. Maîtresse. «Alors
comme il (le souteneur) n'a plus d'argent, il en demande à sa
cato qui devient rapidement sa marmite.» (Voltaire, 1881.)
- CAVALERIE (Grosse). Cureurs
d'égout. Allusion à leurs bottes.
519
- CAVALIER SEUL. Danse plus
ou moins échevelée qu'on exécute seul, dans un quadrille, en face
des trois autres personnes qui complètent la figure. «Peu à
peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul.»
(Vie Parisienne, 1881.)
- CAVIAR. Ce mot, sans doute
trouvé dans un restaurant à la mode, avait la prétention de détrôner
V' lan, Pschutt et Bécarre, tous vocables aussi idiots d'ailleurs
et synonymes d'élégance, de chic. Comme ses aînés, Caviar
n'a point eu de succès; il est mort en bas-âge. «On dit
d'une demoiselle ultra-chic qu'elle est on ne peut plus Caviar.»
(Charivari, 1886.)
- CENTRAL. Bureau télégraphique
de la place de la Bourse, à Paris. Argot des employés du
ministère des Postes. Être nommé au Central.—Elève de l'Ecole
centrale; un central, des centraux. «Les élèves de l'Ecole centrale
se sont livrés hier à une fantaisie que la police a eu le bon goût de
ne pas gêner... Les centraux se sont réunis sur la place de la
Bastille, et, se formant en monome...» (Rappel, 1881.)
- CENTRIOT. Surnom, sobriquet,
«Il a surtout le génie des centriots (surnoms). C'est lui qui a
donné à un pâle gringalet, mauvaise langue et joueur de méchants
tours... le joli surnom de Fleur de teigne.» (Humbert:
Mon bagne.)
- CERISE. Ouvrier maçon des
environs de Paris (Littré). «Messieurs, ce n'est pas là une appellation
insultante; nous appelons marchands de cerises, les ouvriers
de la banlieue de Paris, ceux qui nous environnent.» (Nadaud:
Journal officiel.)
- CERISIER. Petits chevaux de
louage, ainsi nommés parce qu'ils portent ordinairement les cerises
de Montmorency aux marchés de Paris. «Sterny sur un cerisier,
Sterny en compagnie d'une grosse dame à âne.» (Soulié: Le Lion
amoureux.)
«Les Cerisiers de Montmorency sont les petits chevaux pacifiques
qu'on loue pour se promener dans les environs; autrefois, ils
transportaient des cerises; de là leur nom.» (Rappel, 1874. V.
Littré.)
- CHABROL. Mélange de bouillon
et de vin.
- CHA-FUST. Cours de machine
professé à l'Ecole navale. Argot de l'Ecole. «Chacun de
ces cours, outre son titre officiel, porte un nom spécial pour les
élèves du Borda. Le cours de machine est le cha-fust, mot
formé par onomatopée... Naturellement les professeurs empruntent
leur titre au nom du cours.»
On dit: le chafustard... (Illustration,
septembre 1885.)
- CHAIREZ! Hardi! Courage!
Cette interjection se trouve dans l'ouvrage d'Alph. Humbert intitulé:
Mon bagne.
- CHALEUR! Exclamation qui
sert à marquer la surprise, le mépris, l'intention de ne pas
faire telle ou telle chose. S'emploie
520
toujours ironiquement; elle est synonyme de Maladie! ou de
ça ne serait pas à faire! «Dans le Casino susdit, on jouerait le
baccarat et les dames seraient admises! Oh! chaleur!» (Le
Joueur, 1881.)
- CHAMBARD. Bruit, tapage, «Il
est de tradition à l'Ecole (Polytechnique) que, à la rentrée, les
anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers
et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires.
C'est ce qu'on appelle faire le chambard.» (Temps, 1881.)
- CHAMBARDEMENT. Renversement,
bris.
«Gambetta, vil objet de mon ressentiment,
Ministres ennemis de tout chambardement,
Sénateurs que je hais...»
(Événement, 1881.)
- CHAMBARDER. Faire du bruit,
du chambard. «Vous aurez la complaisance cette année de ne
pas tout chambarder dans l'Ecole (Polytechnique), comme vous en
avez l'habitude...» (XIXe Siècle, 1881.)
On dit familièrement en Bretagne
chambarder pour: remuer,
bousculer quelqu'un ou quelque
chose. (V. Delvau: Chambarder.)
- CHAMBRER. Perdre, voler.
Argot des grecs.
- CHAMP. Argot de sport. L'ensemble
des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même
épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c'est parier
pour un cheval contre tous ses concurrents. (Littré.)
- CHAMPS. Champs-Elysées. Argot
des filles, des souteneurs et de toute la population interlope
qui, la nuit venue, fait élection de domicile aux Champs-Elysées.
- CHAND, CHANDE. Marchand,
marchande.
- CHANDELLE (Faire une). Lancer
une balle en hauteur de telle sorte qu'elle puisse facilement
retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion
à la chandelle romaine, sorte de fusée.
- CHANDELLE (Faire fondre une).
Boire une bouteille de vin. «La chiffonnière faisait alors un bout
de toilette avant d'aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol
du père Grandesomme.» (Réveil, 1882.)
- CHANDELIER. Souteneur de
filles. «Dans l'argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur
de filles.» (Figaro, janvier 1886. V. Infra: Relever le chandelier.)
- CHANOINE. Récidiviste des
maisons centrales.
- CHAPEAU. Homme de paille,
remplaçant sans titre sérieux. «Ce ne sont pas des chapeaux
que j'ai laissés à mon siège d'administrateur (de compagnie financière),
mais bien des titulaires réels.» (Journal officiel belge,
mars 1874, cité par Littré.) Cet emploi vient de l'habitude, dans
les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.
- CHAPELLE. Coterie.
- CHARGER. Verser du vin,
521
remplir un verre de liquide. «Charge-moi vite une gobette
de champoreau.» Traduction: Sers-moi un verre de café additionné
d'eau-de-vie. (Réveil, 1882.)
- CHARRETÉE. (En avoir une).
Être complètement ivre.
- CHARRIER. Chercher à savoir.
- CHARRIEUR, adj. Curieux.—Subst.
Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le
compte desquels il racole les joueurs. «Ces nobles personnes
ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des
charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.»
(Henri IV, 1881.)
- CHARTREUSE DE VIDANGEUR.
Demi-setier de vin rouge.
- CHASSELAS. Vin. «Je prendrais
bien quelque chose de chaud. Est-ce qu'il y a du chasselas sur
le feu, madame Antoine?» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- CHASSEUR. Domestique, petit
groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus, est à la disposition
des consommateurs, pour faire leurs commissions.
- CHATEAU. Abrév. de Châteaubriand.
(V. Delvau.)
- CHATON. Petit chat. Individu
charmant. (Richepin.)
- CHATOUILLAGE AU ROUPILLON.
Vol au poivrier.
- CHATTE. Pédéraste. Argot des
voleurs. Terme injurieux que s'adressent les enfants des rues.
- CHAUFFER UN ÉLÈVE. Lui appliquer
des moyens d'instruction qui hâtent ses connaissances aux
dépens du développement total. (Littré.) «Il ne réussit qu'après
avoir été chauffé dans une maison spéciale, par un professeur
qui lui mâchait ses devoirs.» (Pellerin: Le roman d'un blasé.)
- CHEF DE CALOTTE. «Dans
les pensions militaires, on appelle chef de calotte le plus ancien et
le plus élevé en grade des officiers qui mangent ensemble...»
(H. Malot: Le lieutenant Bonnet.)
- CHEMISE RONDE. Argot des
troupiers qui désignent ainsi le civil, l'individu qui n'est pas soldat.
Engager dans les chemises rondes, ne pas s'engager ou se
réengager, rester dans la vie civile.
- CHEVAL DE CORBILLARD (Faire
son). Faire le malin, poser.
- CHEVALIER DU BIDET. Souteneur.
- CHEVEU. Argot des coulisses.
Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche: «Majesté,
votre sire est bien bonne!»—Travail difficile, ennuyeux.—Voilà
le cheveu; voilà la difficulté.
- CHEVEUX (Se faire des). S'inquiéter,
se tourmenter.
- CHIBIS! Attention!
- CHIEN (Faire le). Dans l'argot
des cordons bleus, c'est suivre Madame au marché avec un panier
dont, en pareil cas, on ne peut faire danser l'anse. «Une
cuisinière à une de ses amies: Du moment qu'on ne fait pas le
chien, la maison me va!» (Figaro, 1882.)
522
- CHIER. Mot élégant qu'emploient
les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup.
J'ai chié, je n'ai pas attrapé la bille.
- CHIER DANS LA VANETTE.
Argot militaire. Être sans gêne.
- CHIFFONNAGE. Le contenu de
la hotte du chiffonnier. «On trouva une quantité étonnante de
chiffonnage dans les trois hottes.» (Clairon, 1881.)
- CHINAGE. Action de faire la
chine.—Plaisanterie.
- CHINE. Sorte de vol.
- CHINER. Travailler. (Richepin.)—Plaisanter.
- CHIOTTES. Cabinets d'aisances.
- CHIPOTER. Être regardant,
liarder. «Il doit également ne jamais chipoter sur le prix des
consommations.» (Frondeur, 1880.)
- CHIQUE (Coller sa). Argot des
enfants qui se servent surtout de cette expression au jeu dit de
saute-mouton. Colle ta chique et fais le mort.
- CHOCOLAT. Naïf, crédule. Argot
des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau. «Ils
(les bonneteurs) s'associent à trois: celui qui fait le chocolat et
qui est chargé de commencer la partie, de l'allumer en jouant;
l'enquilleur ou lourdier qui tient la portière de la voiture, invitant
les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le patineur,
qui monte lorsqu'il n'y a plus qu'une place et qui doit tenir
les trois cartes.» (Temps, 1886.)
- CHOLÉRA. Débris de fromages.
Argot du peuple.
—Que désire monsieur?
«—Deux sous de choléra, s'il vous plaît!
«On peut entendre cette demande et cette réponse s'échanger
chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des
halles, soit dans les grands quartiers populeux.
«Or, qu'est-ce que le choléra? Ce sont les rognures, les bribes,
les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à
la fin de chaque journée à l'étalage et sur les tables de service.»
(Figaro, oct. 1886.)
- CHOUTER. Caresser. (Richepin.)
- CIBOULOT. Tête. Argot du
peuple.
- CINQ A SEPT. Argot des gens
mondains. Réceptions, visites entre intimes. Elles ont lieu avant
le dîner, de cinq à sept heures du soir. «Madame du Deffand qui
fut une des fondatrices de ce que nous appelons de nos jours des
cinq à sept. (Gaulois, 1882.)
- CINTIÈME. Casquette à ponts.
(Richepin.)
- CIRAGE. Eloge; réclame élogieuse,
compte rendu sur le mode dithyrambique.
- CIRER. Faire un éloge outré
de quelqu'un ou de quelque chose.
- CITADELLE (Grande). Gardien-chef
dans une prison. Argot des malfaiteurs. «Il paraît que,
dans le Dictionnaire de la prison, grande citadelle signifie gardien
523
chef.» (Gazette des Tribunaux, août 1883.)
- CITROUILLE. Argot militaire.
Cavalier-dragon.
- CLAQUE. Claque-dents. Restaurant
de bas étage.
- CLAQUE-PATIN. Individu dont
la savate claque contre le talon. (Richepin.)
- CLEF (Perdre sa). Avoir la colique.
- CLEPTOMANIE, «On imagina
le mot de cleptomanie, ou manie du vol, pour désigner l'état de
ces voleuses maladives.» (Giffard: Les grands bazars.)
- CLICHÉ (Tirer son). Argot des
typographes. «Quand un compositeur fait une réplique ou un
propos toujours le même, on dit: c'est un cliché. Tirer son
cliché est synonyme d'avoir toujours la même raison à objecter,
dire constamment la même chose.» (Typologie-Tucker, juin, 1886.)
- CLIGNOT. Œil. Baver des clignots.
Pleurer.
- CLIQUE. Argot militaire. Le
soldat qui joue du clairon.—Musique
militaire.
- CLIQUETTE. Oreille.
- COCASSE. Drôle, amusant.
- COCOTER. Faire la cocote, la
fille galante.
- COL-DE-ZING. Qualificatif
qu'avaient reçu il y a deux ans les jeunes élégants. Le mot n'a
pas vécu. «Gaston de Chauvigné, un de nos cols-de-zing les
plus affirmés...» (Charivari, avril 1887.)
- COLLER UNE DOUCE (Se). Se
masturber. Rigaud dit: Se coller un rassis.
- COLLETINER. A aussi, dans
le peuple, le sens plus étendu de porter un fardeau quelconque.
- COLON (Petit). Argot militaire.
Abréviation de lieutenant-colonel.
- COLTINEUR, EUSE. Fainéant,
mauvais ouvrier. «C'est sûrement pas pour des coltineuses de votre
espèce qu'on ferait des sacrifices!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- CON. Monosyllabe injurieux
que le peuple a constamment à la bouche et qu'il emploie à
propos de tout et à propos de rien.
- CONDÉ. Influence. «Ils avaient
accaparé les meilleurs postes, ceux qui procurent le plus de
condé (influence). (Humbert: Mon bagne.)
- CONFORTABLE. Verre de bière.
- CONNAÎTRE DANS LES COINS
(La). C'est la variante de l'expression citée par Delvau: Connaître
le numéro.
- CONSCRAR. Elève de première
année à l'Ecole Polytechnique. «C'est la première chose que
les anciens apprennent aux conscrars lorsqu'ils arrivent à l'école.»
(Gil Blas, 1882. V. Delvau: Conscrit.)
- CONSCRIT. Normalien de première
année.
- CONSOLATION. Jeu de hasard
à l'usage des filous. «Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation,
partie qui consiste à diviser
524
un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la
craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu'au
chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de
dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui
se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par
le coup de dés.» (La Loi, 1882).
- CONSULTER LAROUSSE, ou,
pour parler plus clairement: consulter le Dictionnaire rédigé
par M. Larousse. Argot des écoles. Je vais consulter Larousse
à la bibliothèque, disent à leurs parents les jeunes collégiens
de seize à dix-huit ans. Et au lieu de se rendre à la bibliothèque
Sainte-Geneviève ou dans un cabinet de lecture, ils s'en
vont tout droit... à la plus proche brasserie desservie par
des femmes. «Les tout jeunes gens y vont (dans ces brasseries)
sous prétexte de boire un bock et de consulter le Dictionnaire
Larousse. Aujourd'hui, ces deux mots: Consulter Larousse ont,
dans le langage des lycées, un sens sur lequel je n'ai pas besoin
d'insister.» (La Ligue, juillet 1885.)
- CONTER QUELQUE CHOSE AU
PERRUQUIER DES ZOUAVES. Argot militaire. Ne pas croire à
cette chose.
- COPURCHIC. Elégant, homme
qui donne le ton à la mode. Ce mot, un des derniers mis en circulation,
vient de «pur» et de «chic», le premier indiquant la perfection absolue du second. La
syllabe co ne vient là que pour l'euphonie. «Le copurchic ne
parle plus argot; il se contente de parler doucement, lentement...»
(Figaro, 1886.) «Le petit vicomte de X, un de nos
plus sémillants copurchics...» (Gil Blas, juillet 1886.)
De copurchic est dérivé copurchisme
qui désigne l'ensemble des gens asservis à la mode.
«Les élégantes de copurchisme veulent, elles aussi, donner une
fête au profit des inondés.» (Illustration, janvier 1887.)
- COQUEMART. Chaudron. (Richepin.)
- COQUILLARD. Œil. S'en tamponner
le coquillard, s'en battre l'œil, s'en moquer.
- CORBILLARD DE LOUCHERBEM.
«Et voici, pour corser tous ces parfums et leur donner la note
aiguë, voici passer au galop le corbillard de loucherbem, l'immonde
voiture qui vient ramasser dans les boucheries la viande
gâtée.» (Richepin.)
- CORIO. Fontaine. Argot des
élèves de l'Ecole Polytechnique. C'est le général Coriolis qui fit
installer des fontaines dans les cours de l'Ecole.
- CORPS DE POMPE. L'ensemble
des professeurs de l'Ecole de Saint-Cyr. «Ceux qui savent
quelques bribes de dessin, pochent en quatre traits la caricature
du corps de pompe.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- CORRECTEUR. Argot des établissements
pénitentiaires. Détenu
525
qui est chargé d'exercer une surveillance sur ses camarades.
- COSTUME (Faire un). Argot
théâtral. Applaudir un acteur dès son entrée en scène et avant
même qu'il ait pu prononcer une parole.
- COTE. Terme de course. Tableau
sur lequel les bookmakers indiquent les alternatives de
hausse et de baisse qui ont lieu sur les chevaux qui prennent
part à des courses. «Les paris à la cote sont les seuls autorisés,
depuis que les paris mutuels, reconnus jeux de hasard ont
sombré par-devant la police correctionnelle.» (Carnet des courses.)
- CÔTIER. Cheval de renfort.
Homme qui le conduit. «Plus curieux encore sont les côtiers,
c'est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.» (Estafette, 1882.)
- COUCHE (En avoir une). Sous-entendu,
de bêtise. Être inintelligent.
- COUDE (Ne pas se moucher
du). Se faire valoir. Expression ironique.
- COUP (Valoir le). Mériter
attention. Valoir la peine.
- COUP DE CACHET. «Un jeune
premier suivant le cœur de M. Zola... a sournoisement introduit
un couteau entre les épaules de son rival... en imprimant
à son arme, s'il en faut croire l'acte d'accusation, un mouvement
de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement
mortelle. C'est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet.» (L. Chapron.)
- COUPE-FILE. Carte délivrée
par la Préfecture de police aux membres du corps diplomatique,
aux ministres, aux personnages de distinction et qui sert à couper
les files de voitures, à circuler ou à stationner dans des endroits où
le public ne peut ni circuler, ni stationner.
«Tu ne verras pas, conduisant
Leur bois peint, tout frais reluisant,
Un groom en croupe,
Avec un coupe-file, au Bois,
Des gens qui faisaient autrefois
Filer la coupe!»
(Clairon, 1882.)
- COUPE-GUEULE. V. Biboire.
- COUPER DANS LE CEINTURON.
Même signification que Couper dans le pont. (V. Delvau.) «Une
vieille ambitieuse qui est simple marchande des quatre saisons, et
que j'ai coupé dans son ceinturon.» (Gazette des Tribunaux, 1881.)
- COUPER LA VERTE, L'ALFA.
Argot militaire. Boire de l'absinthe.
- COURRIER DE LA PRÉFECTURE.
Voiture cellulaire.
- COUTURES (Rabattre les).
Battre. Argot des écoliers. «Selon l'usage, on voulut commencer
par lui rabattre les coutures, c'est-à-dire le brimer à coups de
poing.» (A. Theuriet: Michel Verneuil.)
- COUVERTURE.—Dans le
jargon militaire, la couverture, mot tout récent, signifie l'ensemble
526
des troupes et des ouvrages de fortification qui couvrent une
frontière et sont destinés à soutenir un premier choc. «Surtout
ne dites pas que le général Février a le commandement de la couverture.»
(Figaro, mars 1887.)
- CRAMPONNER (Se). Être saisi
d'étonnement, d'admiration. Cramponne-toi, Gugusse, est une
phrase ironique que le peuple emploie souvent en s'adressant à
quelqu'un pour l'avertir qu'il va voir ou entendre quelque chose
d'extraordinaire.
- CRAN. (Se serrer d'un). Se
priver de. Se serrer le ventre, ne pas manger à sa faim.
- CRAYON. Commis boursier,
employé d'agent de change, «Habile, finaud, un des malins
crayons de la coulisse, Luzy n'avait pas le grand flair de Blancheron.»
(De Goncourt: La Faustin.)
- CRAVACHE (Être à la). - On
se sert aussi de cette expression d'abord pour exprimer l'état de
quelqu'un qui, riche, se trouve dans une situation sinon précaire,
tout au moins bien au-dessous de celle qu'il possédait,
au point de vue de la fortune s'entend. «La nouvelle du jour
est le mariage d'une demi-mondaine très décatie, mais fort
riche, avec un clubman très titré, mais fortement à la cravache
depuis le krack.» (Gil Blas, juin 1887.)
- CRÉTINISÉ (Être). Être ébaubi,
stupéfait d'admiration, «—C'est la plus belle créature de notre
temps.—J'en suis crétinisé!» (Vie Parisienne, 1882.)
- CREVANT. Très drôle, à crever
de rire.
- CROIX DE DIEU. Alphabet.
«Je connaissais la croix de Dieu. La croix de Dieu, vous le savez,
n'est rien moins que l'alphabet avec une belle croix au commencement.»
(B. Pifteau.)
- CROTAL. Sergent à l'Ecole
Polytechnique. «L'on s'installe par demi-section présidée par un
crotal. Le crotal c'est le sergent.» (Gil Blas, juin 1882.)
- CROTTARD. Trottoir. V. plus
bas Magasin.
- CUIRE (Se faire). Se faire
arrêter.
- CUL LEVÉ. Partie d'écarté à
trois où deux des joueurs s'entendent pour dépouiller le troisième.
- CULASSES MOBILES (Revue
des). Argot militaire. Inspection médicale qui a lieu tous les mois.
- CULBUTANT. Pantalon. (Richepin.)
- CULOTTE ROUGE (Donner
dans la). Choisir ses amants dans l'élément militaire.
- CYLINDRE. Chapeau haute
forme.
527
D
- DANDÉE. Coup, frottée. (V.
Delvau: Dandinette.)
«Qui a composé cette chanson?
C'est un Cotric tourangeau
Par joie et satisfaction
D' la dandée de ce Morvandiau.»
(Chanson, 1884.)
- DANSE. Puanteur. (V. Delvau,
Danser.)
- DARIOLE. Pâtisserie commune.
Darioleur: pâtissier.
- DAVID. Casquette de soie. Du
nom du bon faiseur. «Parlant argot, portant les rouflaquettes
bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement
posé sur le front...» (Humbert: Mon bagne.)
- DÉBALLER DES FONDS DE
CHAPEAUX (Faire). Ennuyer, obséder quelqu'un, dans l'argot
des placiers et des commis voyageurs.
- DÉBECTANT. Ennuyeux, désagréable.
«Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à
Télémaque: C'est débectant, mais au fond, ça ne fait rien...»
(A. Leroy: Les mistouf's de Télémaque.)
- DÉBECQUETER. Vomir.
- DÉBOULER. Accoucher.
- DÉBOUCLEUR DE LOURDES.
Voleur qui a la spécialité de fracturer tes portes.
- DÉBOURRER. Jargon des maquignons.
Cheval débourré, cheval qui a perdu l'embonpoint factice
qu'on lui avait donné pour le vendre. «Au bout de quelque
temps, les fraudes se découvrent, l'embonpoint factice s'affaisse,
les côtes reparaissent, et la bête est ce qu'on appelle débourrée...»
(Siècle, 1867. Cité par Littré.)
- DÉBRIDER. Autoriser, permettre.
Argot des forains. (V. supra, Brider.)
- DÉBROUILLE. Argot des enfants.
Débarras. S'emploie surtout dans le jeu de billes. Quand
528
devant une bille visée se trouve un obstacle quelconque, un caillou,
du sable, l'enfant qui vise s'écrie: débrouille! et aussitôt il
ôte l'objet qui le gênait, à moins que son camarade n'ait crié avant
lui: sans débrouille!
- DÉCARREMENT. Evasion. (V.
Delvau: Décarrade.)
- DÉCATISSEMENT. Mot plus
trivial qu'argotique et synonyme de décrépitude, d'affaiblissement.
«De là,—toujours style des jolis gommeux,—ce décatissement
inouï, accompagné de phénomènes comateux...» (De Montépin:
Sa Majesté l'Argent.)
- DÉCIMADORÈS. Cigare de dix
centimes. «—Cochon de cigare!—En voulez-vous un
autre?—Volontiers. Les miens sont pourtant d'une bonne
marque; des décimadorès de choix!» (Charivari, juillet 1884.)
- DÉCOLLER (Se). Manquer, ne
pas réussir, ne pas avoir lieu. «Voilà que le banquet du 13 se
décolle!» (Bataille, 1882.)
- DÉCULOTTER. Faire faillite.
- DÉFLAQUE. Excrément. (Richepin.)
- Déglinguer. Détériorer.
- DÉGOMMER. Mourir. Dégommé,
mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.
- DÉGRINGOLER DE LA MANSARDE.
Sentir mauvais de la bouche.
- DÉGRINGOLEUR, EUSE. Voleur,
euse. «Malgré la réputation de dégringoleuse de la prévenue,
le vol du chronomètre n'a pas été suffisamment établi à sa
charge.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
- DÉGUEULATOIRE. Repoussant,
dégoûtant, qui donne envie de dégueuler.
- DÉGUEULADE, DÉGUEULAGE,
dégueulis. Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple,
le sens de cravate.
- DEMI-CASTOR. «Demi-castor
est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne
suspecte, équivoque, sous des dehors soignés; mais en
grattant le castor on trouverait le lapin.» (Figaro, janvier 1887.)
- DEMI-POIL. Demi-vertu. «Allez
donc établir une distinction quelconque entre une marquise
célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.»
(L. Chapron.)
- DEMI-TOUR. Jargon des élèves
de l'école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade
qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et
à renverser leur literie. «Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu'ils
appellent le demi-tour.» (Evénement, juillet 1884.)
- DÉPOTER. Accoucher. «Une
tante qui, sans être sage-femme, était experte en ce genre d'ouvrage,
dépota l'enfant.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- DÉRAILLER. Divaguer.
- DÉROBER. Argot de turf. Un
529
cheval se dérobe quand il s'écarte de la piste.
- DESCENDRE. Expression théâtrale
en usage dans les répétitions. C'est aller dans la direction
de la rampe.—Terme de turf; quand un cheval appelé à
courir acquiert une plus value, on dit qu'il descend, parce qu'en
effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe.
Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre—1, et qui est
aujourd'hui à 5 contre—1 est un cheval qui descend (Littré.)
- DESCENDRE DES TRAVAUX.
Argot ouvrier. Travailler d'arraché pied. «Le patron avec
qui nous avons traité... était étonné de la façon dont nous
avons descendu les travaux...» (Enquête de la Commission extra-parlementaire
des associations ouvrières.)
- DÉTACHÉ. Argot de sport.
Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second,
mais il était complètement détaché du reste du champ, c'est-à-dire
qu'à l'exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient
loin derrière lui.
- DÉTAR. Veston. Argot du
peuple.
- DEUIL (Très). Homme du
monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d'usage
boulevardier, n'a fait qu'une courte apparition en 1886. Il faisait
allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes
à l'occasion de la mort de la comtesse de Chambord.
- DEUX GALONS. Lieutenant.
Argot militaire. «Comment, disait-on, un médecin de
deuxième classe qui n'a que le grade de lieutenant dans l'armée,
un deux galons va commander des amiraux!» (Evénement, juin 1884.)
- DÉVISSER (Se). «C'était l'école
préparatoire de Sainte-Barbe qui dévissait. Et pourquoi
dévissait-elle l'école préparatoire? Parce que beaucoup d'élèves
étaient mécontents de ce que quelques-uns de leurs camarades
avaient été renvoyés...» (Constitutionnel, février 1883.)
- DIFFICULTÉ. Argot de sport.
Être en difficulté, se dit d'un cheval qui a de la peine à garder
son avance. «Au dernier tournant Gladius était en difficulté
pour conserver son rang à côté de Bivouac qui prenait le dessus.»
(Journal officiel.)
- DISCRÉTION. Pari. «Des paris
gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante
et le titre étrange de discrétion.» (Indépendance belge, 1868.)
- DISQUALIFIÉ. Argot de turf.
Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d'une infraction
au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)
- DISTINGUÉ. Verre de bière.
- DOMINO. (V. Retaper le domino.)
- DONNER (La). Penser, croire,
juger. Argot des voyous.
530
- DONNER DU CHASSE A LA
ROUSSE. Faire le guet.
«Tu donneras du chasse à la rousse, au moment
Où le patron fera son petit boniment.»
(De Caston: Le Voyou et le Gamin.)
- DONNER DU FLAN, DE LA GALETTE.
Argot des grecs. Jouer
honnêtement.
- DORÉE (Petite). Femme de
mœurs légères. Ce mot lancé vers l'année 1884 n'a point été
adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque aussi
bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont
pas, était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés
d'or. «On a déjà débaptisé certaines parisiennes qu'on appelait
hier encore des horizontales; le nom qu'elles portent est les
petites dorées.» (Temps, octobre 1885.) «Le Soir a pris pour des
ouvrières les petites dorées, autrement dit: les cocottes.»
(Bataille, novembre 1884.)
- DRAINER. Ruiner. Le mot est
expressif et fait image. «—Il se fera remisier ou il vendra des
lorgnettes.—A moins qu'il n'épouse Coralie quand elle aura
drainé le planteur et le fils du fabricant.» (Du Boisgobey:
Paris-Bandit.)
- DRAP MORTUAIRE. Filet. Argot
des braconniers. «La perdrix grise est ensevelie chaque jour
dans le drap mortuaire.» (France, octobre 1885.)
- DRINGUE. Vêtement, redingote.
- DUC. Grande voiture se rapprochant
de la victoria. Le ducest à deux places avec un siège
par derrière et un par devant pour deux domestiques sur chaque.—Petit
chapeau rond, de la forme du melon et que portent
les souteneurs qui ont des prétentions à l'élégance.
- DUVAL. Argot des filles. On
désigne ainsi les petites mendiantes,bouquetières ou autres
qui, arrêtées par les agents, sont depuis le préfectorat de M. Ferdinand
Duval placées à Saint-Lazare, dans un local spécial bien
entendu, et cela jusqu'à leur majorité à moins que leurs parents
ne les viennent réclamer.
531
E
- EAU DE SAVON. Absinthe. Argot
du peuple.
- EAUX GRASSES (Être dans les).
Occuper une haute situation dans une administration.
- ÉCAILLÉ. Souteneur. Allusion
aux écailles de poisson.
- ÉCOLE PRÉPARATOIRE. Prison.
- ÉDUQUER. Elever, instruire,
donner de l'éducation. «Nous sommes trop bien éduqués pour
refuser de boire un petit verre à votre intention.» (De Montépin.)
- EFFONDRER. Battre, assommer.
Argot du peuple. «Te souviens-tu de cette lutte en plein
champ? Pauvre garçon, avec tes vingt-cinq ans, j'en aurais effondré
quatre comme toi.» (Belot et Dantin: Le Parricide.)
- ÉGAILLER LES CARTES. Les
étaler. Argot des cercles.
- ÉGRENÉ. «Quand on (un
journal) est installé, c'est d'une simplicité extrême... Pour le
Clairon, il a fallu, durant ces premiers jours écrire les bandes
à la main, les affranchir et les porter au bureau central d'où
elles partent individuellement au lieu de partir par paquets. On
appelle cela le service des égrenés et le service des égrenés se
fait après le service des classés. (Clairon.)
- ÉLECTEUR. Client,—dans
l'argot des commis voyageurs. Quand la tournée a donné de
bons résultats, l'électeur a bien voté; si les commandes ont été
rares, il a mal voté.
- ÉLECTEUR (Se mettre en).
Argot de caserne. C'est, pour le soldat, revêtir des habits civils.
- ÉLÉPHANT. Argot du Quartier
latin. On appelle ainsi l'étudiant en médecine à la veille de
passer sa thèse ou le jeune docteur qui suit bénévolement les
cours d'un professeur dans un hôpital.
532
- EMBAU. Embauchage. Argot
des ateliers. «Vous savez bien, aux environs de l'Hôtel de Ville,
là où il y a de si grandes places que les ouvriers sans travail arrivent
à s'y tasser, attendant l'embau.» (Cri du peuple, août 1884.)
- EMBAUCHE. Travail, ouvrage,
emploi quelconque. Terme populaire. Pourquoi avoir laissé
tomber dans le bas langage ce mot parfaitement usité au
XVIIe siècle? «Viens avec moi; mon
frère a un peu de galette; nous le taperons de quelques ronds et
nous irons chercher de l'embauche.» (Gagne-petit, avril 1886.)
- EMBAUMÉ. Jeune homme élégant
dans le jargon parisien. L'embaumé est le descendant direct
du faucheur qui, lui-même, succédait au bécarre qui descendait
des boudinés, grelotteux et autres pschutteux. Embaumé qui donnait
assez bien l'idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue,
fit fureur pendant la saison d'été 1885-1886 et a été détrôné à son
tour par de nouveaux vocables, «De la Bastille à la Madeleine,
l'embaumé règne en maître absolu.» (Voltaire, décembre 1885.)
- EMBOÎTER. Insulter.—Se
faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.
- EMBOUCANER (S'). S'ennuyer.
Argot des voyous.
- EMBUSQUÉ. Argot militaire.
Soldat dispensé, en raison de fonctions spéciales, du service
commun. «Pas plan de carotter la revue, tous les embusqués,
soldats de cantine, garçons du mess, secrétaires du major, tout
le monde est là.» (Monde comique, no 195.)
- ÉMÉCHEUR DE PARTIES. Certains
fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un
capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu'ils gagnent
presque toujours. En argot des joueurs, on nomme
ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des voraces ou
des émécheurs de parties.
- ÉMOUSSÉ. Encore un des
nombreux surnoms qui ont été donnés à la fleur de nos jeunes
élégants. «Quant aux jeunes étriqués, efféminés, rachitiques
dérivés des grelotteux, crevés, rez-de-chaussée, ils s'appelleront
désormais des émoussés.» (Voltaire, mars 1887.)
- EMPIERGEONNER. S'empêtrer.
(Richepin.)
- EMPLUCHER. Piller.
- ENCADRER QUELQU'UN
(Faire). Se dit d'une personne qui présente quelque particularité
prêtant à rire.
- ENCAMBRONNER. Ennuyer
considérablement. C'est une variante adoucie de l'autre verbe
dont le peuple a plein la bouche. «Quant aux politiciens qui
battent la grosse caisse autour de quelques noms, ils nous encambronnent
supérieurement.» (L'Egalitaire, journal 1885.)
- ENDORMEUR. Homme ennuyeux.
533
- ENFIFRÉ. Non-conformiste.
- ENFILER. Se faire enfiler, se
faire arrêter.
- ENGAGER. Argot de turf.
Prendre inscription pour faire participer à une course publique
un cheval dont on est propriétaire.
- ENGUEULER LE TROTTOIR.
Porter des chaussures éculées, percées. «Des souliers éculés
avec des semelles... qui engueulent le trottoir.» (Vie Parisienne, 1882.)
- ENQUILLEUR. Argot des voleurs
et surtout des bonneteurs. (V. Chocolat.)
- ENTRÉE. Argot de turf.
Somme versée par le propriétaire qui engage un cheval pour une
course.
- ENVIANDER. Copuler. On dit
aussi, tremper sa mouillette.
- ÉPATOUFFLER. Variante d'épater.
«On est un peu épatoufflé—pour employer une
expression familière de Mme de Rémusat elle-même—par ce
sans-gêne mondain.» (Liberté, novembre 1883.)
- ÉPINGLER. Arrêter.
- ÉPOUFFER (S'). Fuir, se sauver.
- ÉPROUVÉ. Condamné qui,
ayant déjà subi la moitié de sa peine s'est, par une bonne conduite,
recommandé à l'administration.
- ESBIGNER DANS SA BOITE A
PUCES (S'). Rentrer chez soi. «Si c'est comme ça qu'on vous
reçoit dans le monde chic, des mâches! J'aime mieux m'esbigner
dans ma boite à puces.» (Mahalin: La patte de fer.)
- ESBLOQUER. Etonner, stupéfier.
- ESCAVER. Empêcher.
- Écrabouiller. Écraser; réduire
en morceaux, en miettes.
- ESCOUADE (Parapluie de l').
Argot militaire. Envoyer chercher le parapluie de l'escouade: moyen
poli de se débarrasser d'un importun. (Ginisty: Manuel du parfait
réserviste.)
- ESSENTIEL. «Dans le quart
du monde, ces demoiselles ont trouvé une nouvelle façon d'appeler
leur monsieur sérieux. Elles le nomment l'essentiel,» (Evénement, décembre 1886.)
Essentiel fait penser à ce que les joueurs de profession appellent
leur matérielle. (V. infra ce mot.)
- ESTAPHE. Poule. Jargon des
voleurs.
- ESTOMAC (Avoir beaucoup d').
Argot des cercles. Jouer gros jeu.—Avoir une grosse fortune;
présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial.
C'est une variante de: Avoir les reins solides. «Blancheron, un
coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.» (De
Goncourt: La Faustin.)
- ÉTAGÈRE. Femme qui dans
les restaurants parisiens est préposée au service des desserts qui
sont en général exposés sur une étagère.
- ÉTANCHE (Avoir le goulot en).
534
Avoir le gosier altéré. «Charge-moi vite une gobette de champoreau;
j'ai le gosier en étanche! (Réveil, 1882.)
- ÉTAT-MAJOR. Argot de caserne.
Boisson composée de vin, d'eau-de-vie et de sirop de groseille.
(P. Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- ÉTEINT. Une des dernières
incarnations du bon jeune homme à la mode. «Rastaquouères
fraîchement débarqués, jeunes éteints du dernier cri,
millionnaires sans le sou...» (France libre, juillet 1885.)
- ÉTOUFFÉ. C'est ainsi qu'on a
surnommé pendant quelque temps les jeunes poseurs qui ont
la prétention de représenter l'élégance, le bon ton et les belles
manières. «Songez que cela ne s'adresse point aux petits
étouffés qui amènent dix-sept ou dix-huit au dynamomètre.»
(France libre, juillet 1884.)
- ÉTEINDRE SON GAZ. Mourir.
- ÉTOUFFAGE. Vol. Etouffer,
voler. Étouffeur, grec, voleur. Argot des joueurs. (V. Delvau:
Étouffoir.)
- ÊTRE AU SAC. Avoir de l'argent.
«Les deux amis se tombent dans les abatis l'un de
l'autre et Hégésippe qui était au sac propose à Philoclès de venir
prendre un petit quelque chose sur le pouce.» (Les mistouf's de
Télémaque.)
- ÉVACUER DU COULOIR. Sentir
mauvais de la bouche.
- EXÉCUTION. V. Delvau: Exécuter
quelqu'un.
- EXHIBITIONNISTE. Non conformiste.
- EXTRAVAGANT. Verre de bière
d'une capacité plus qu'ordinaire.
535
F
- FABRIQUER. Faire, dans le
sens général. Qu'est-ce que tu fabriques là?
- FACILE A LA DÉTENTE. Généreux.
«Mon mari, dit une marquise,
Hier s'est généreusement
Fendu d'une parure exquise.
—C'est fort aimable, assurément,
Dit une comtesse charmante;
Mon époux, malheureusement,
Est moins facile à la détente.»
(Marcellus: Le langage d'aujourd'hui.)
- FAIRE. Arrêter. Argot des
voleurs. Être fait, être arrêté.
«Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin... puis il
part. Dans l'après-midi il était fait.» (Gil Blas, juin, 1886.)
- FAIRE QUATRE CHIFFRES. Argot
de théâtre. Faire une recette d'au moins mille francs. «On
se frottait les mains au théâtre, le soir, quand, par hasard, on
avait atteint ce qu'on appelait les quatre chiffres. Les quatre chiffres
cabalistiques, c'était mille francs.» (F. Sarcey: Temps, 1882.)
- FAIRE SIPHON. Argot des
voyous. Vomir.
- FAIRE SON CHEVAL DE CORBILLARD.
Faire le malin. Poser.
- FAISAN. On appelle ainsi, dans
le commerce parisien, des filous qui ont cette spécialité: exploiter
des fonds de commerce qu'ils se repassent entre eux tous les
trois mois, au moment de l'échéance des traites, soldant les
marchandises qu'ils se sont procurées à crédit. Le faisan est
proche parent du fouilleur. (V. ce mot.) «Certains inculpés, tels
que Colson, ont joué le rôle de faisans.» (Droit, août, 1886.)
- FAISEUSE D'ANGES. Nourrice
qui, de propos délibéré, laisse mourir les enfants qu'on lui confie.
- FALLOPHAGE. Argot des savants.
(V. Avale-tout.)
536
- FALOURDE. Réclusionnaire.
Argot des malfaiteurs. «Tous ces filous font partie d'une bande
parfaitement organisée, embrigadée; une véritable association
avec ses chefs, ses banquiers, ses professeurs dont le maître suprême
est un falourde répondant au surnom de Dragon.» (Temps,
1886.)
- FANTASBOCHE. Fantassin.
- FAUCHEUR. Type de l'homme
à la mode qui a fleuri en l'an de grâce 1885. Ça a été le successeur
au grelotteux. «Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux,
ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s'appelle le
faucheur. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq
ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la
main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien.
Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et
surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant
traîner la pomme à terre; le bras droit qui se balance énergiquement
de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle
l'allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins
odorants. De là le sobriquet.» (Figaro, 1885.)
- FAUCONNIER, ou mieux GREC
FAUCONNIER. Grec qui taille des banques pour le compte d'un
gérant ou d'un président de cercle véreux.
- FÉDÉRÉ DANS LA CASEMATE
(Avoir un). Être enceinte.
- FEMME AU PETIT POT. Concubine.
Argot des chiffonniers.
- FERBLANTERIE. Brochette de
décorations.
- FERBLANTIER. Commissaire
de la marine. Ainsi nommé à cause de ses galons d'argent.
«Une amertume gâtait toujours ses satisfactions d'employé: l'accès
des commissaires de marine, des ferblantiers, comme on disait
à cause de leurs galons d'argent, aux emplois de sous-chef
et de chef.» (Guy de Maupassant.)
On désigne aussi de ce nom, depuis la révélation de scandales
qu'on n'a point oubliés les individus qui se livrent au trafic des
décorations. Pendant que les ferblantiers et les ferblantières continuent
à accaparer l'attention publique...» (National, octobre 1887.)
- FER A REPASSER. Soulier.
- FERMER SON PLOMB. Se taire.
- FERRÉ (Être). Argot des écoles:
connaître parfaitement les matières qui figurent au programme
d'un examen; être instruit.
- FESSE. Argot des voyous.
Prostituée.
- FÊTARD. Le langage populaire
qui avait déjà fêteur a trouvé que cela ne suffisait pas. Fêtard, fêteur,
qui fait la fête, la noce, en un mot qui passe son temps à
s'amuser. «Le fêtard est un être particulier dont toute l'occupation
en ce monde est de se divertir. «Le fêtard ne se met jamais martel en
tête que lorsque le grand H... ou la petite Valérie se font
537
excuser au prochain souper.» (Illustration, nov. 1885.)
- FEU (Avoir du). Argot des
enfants qui se servent, dans un sens ironique, de cette locution
au jeu dit des quatre-coins. As-tu du feu? signifie: Es-tu prêt
à échanger ton coin contre le mien. Voici, je suppose, l'origine
de cette expression: on sait que les gamins ne se gênent pas
pour fumer. Or, l'un d'eux ayant un jour une cigarette éteinte,
voulut prendre du feu à la cigarette allumée d'un des trois autres
joueurs et, pendant ce temps se vit prendre sa place par le cinquième,
le patient, le pot.
- FEUILLE. «Les filles d'Eve
ont reçu différents noms, suivant les époques, les règnes et les
modes... A Saumur, leur nom ne varie plus. On les appelle des
Feuilles.» (Théo-Critt: Nos farces à Saumur.)
- FEUILLES (Bonnes). Les passages
les plus remarquables d'un livre, d'une brochure.
- FEUILLÉES. Latrines. Argot
du régiment. Allusion aux branches d'arbres que l'on place, au
camp, autour des cabinets pour les dissimuler.
- FICHER DANS LA DOUANE
(S'en). S'ennuyer énormément. Argot de ces messieurs de la douane.
- FIGNOLE. Joli. (Richepin.) V.
Delvau, Fignoler.
- FIGURANT DE LA MORGUE.
Cadavre.
- FILER UNE PURGE. Battre,
rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés reconnaissent
qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper M. L...,
de lui filer une purge, dit Baylac (un inculpé).» (Autorité, janvier
1888.)
- FILLE (Petite). Demi-bouteille
de vin.
- FILS D'ARCHEVÊQUE. Argot
des élèves des écoles spéciales qui nomment ainsi ceux de leurs
camarades qui sont les fils de leur père, c'est-à-dire dont la famille
est haut placée et pour lesquels protection et passe-droits
ne font pas défaut. «Une promotion (à l'Ecole navale) aussi
forte que celle qui était annoncée ne se justifiait... que par le nécessité
de faire une position à quelque fils d'archevêque.» (Mot
d'ordre, 1887.)
- FIOLE. Souper de la fiole de
quelqu'un, en être fatigué, importuné.
- FIOLER. Dévisager.
- FISTOT. Elève de première
année à l'Ecole navale. «Les anciens attendaient leurs fistots
pour les piloter et commencer leur éducation maritime.» (Illustration,
octobre 1885.)
- FLAMBÉ (Être). Être perdu.
(V. Delvau.) «Avec votre loi, mes cent écus auraient été flambés!»
(Journal officiel, juin 1882.)
- FLAMBEAU. Factionnaire. Argot
des soldats.
- FLAQUIN. Recherché dans sa
mise.
- FLAUPER. Battre.
538
- FLEUR DE MACADAM. Fille
galante qui bat le trottoir. «Encore eût-elle (madame de Metternich)
éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa
désinvolture.» (Evénement, 1880.)
- FLÛTE. Verre de bière.
- FOIES BLANCS (Avoir les).
Être timide, manquer de courage, d'audace.
- FOIRER. Avoir la dysenterie.
Expression très triviale. (V. Foire au Dictionnaire.)
- FOIRER. Avoir la foire.
- FOIRON. Derrière.
- FORTIFES. Fortifications.
«C'est tout en haut de la rue d'Allemagne, près des fortifes,
comme dit le voyou.» (Evénement, juillet 1887.)
- FOUILLE. Poêle. Delvau donne
Fouillouse et Littré fouilleuse.
- FOUILLEUSE. Argot de police.
Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues
soit les visiteuses qui les viennent voir. «Le soir, la Fouilleuse
du Dépôt explore les poches et les vêtements de la
femme...» (Gazette des Tribunaux, 1875.)
- FOULE (Faire). Avoir du succès;
attirer la foule.
- FOUR A BACHOT. «Déjà, dès
cette époque, il s'était créé à Paris et même en province des
établissements spéciaux que l'on connaissait alors sous le nom
pittoresque de fours à bachots; leur spécialité, c'était de gaver
en quelques mois les jeunes gens de toutes les connaissances que
comportait un programme qui devait se répartir sur dix années
d'études.» (XIXe Siècle, mai 1884.)
Le Four à bachot existe encore
aujourd'hui sous cette appellation
plaisante et vraie.
- FOURCHETTE (Lancer un coup
de). Porter à l'adversaire avec lequel on se bat un coup dans
les deux yeux à la fois en y enfonçant, d'un mouvement rapide,
l'index et le doigt majeur écartés.
- FOURNAISE. «Ils fabriquaient
des pièces de deux francs à l'effigie de la République qu'ils vendaient
soixante-quinze centimes à des fournaises; c'est ainsi qu'on
désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie.» (Figaro, mars
1884.)
- FOURNEAU. Vagabond,—dans
l'argot des saltimbanques.
- FOUTOIR. Petite maison ou
petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d'un lieu public
ou d'une maison privée qui admettent une grande licence.
- FRAIS (Mettre au). Emprisonner.
On dit aussi Mettre à l'ombre.
- FRANC. Argot militaire. Bon,
agréable. Pas d'exercice, demain! c'est franc! (Ginisty: Manuel du
parfait réserviste.)
- FRANGEUSE. Nécromancienne.
«Il apprit que le mot frangeuse voulait dire magicienne et que
Mme Bailly lisait l'avenir dans le marc de café.» (Gil Blas, juillet
1884.)
- FRÉQUENTÉE. Femme galante
et à la mode. «Le baccarat, les belles fréquentées, le krack ont
539
réduit à la misère un nombre considérable de viveurs et de
boursiers.» (Evénement, septembre 1884.)
- FRICOTER. «Les secrétaires,
les commis d'état-major qu'on appelle fricoteurs au régiment,
sont assis dans une salle au rez-de-chaussée, autour d'une immense
table.» (Constitutionnel, août 1882.)
- FROTTEUR. Argot de Police.
«Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle; pour toucher
d'une main frémissante les femmes de toutes catégories qui
se pressent autour d'eux.» (Giffard: Les grands bazars.)
- FRUCHE. Objet disqualifié. Argot
des commis de nouveautés.
- FUMERON. Repasseuse.
- FUMEUSE. Siège où l'on s'assied
pour fumer commodément.—Chandelier.
- FUMEUX. Sobriquet donné en
1884 pour désigner les jeunes gens du monde où l'on s'amuse.
«Tout le monde pschutteux s'était donné rendez-vous à cette
solennité parisienne entre toutes: les petits fumeux et les horizontales
de toutes marques s'écrasaient dans le promenoir.» (Evénement, juillet 1884.)
- FUMISTER. Mentir.
- FUMISTERIE. Mauvaise plaisanterie.
- FURET. «Une des grèves les
plus curieuses de Paris est celle qui se tient rue Vaucanson. Les
hommes qui la composent se nomment furets. C'est à cette
grève que les personnes qui ont besoin d'un individu pour porter
un fardeau ou qui désirent faire faire un grossier ouvrage, se
rendent et choisissent un de ces malheureux...» (Rappel, octobre
1884.)
- FUSÉE. Argot des gens de
Bourse. La fusée est l'enlevée en hausse d'une valeur. On entend
dire couramment à la Bourse: Le Trois vient de faire une fusée
de quinze sous.
- FUSIL. Chasseur. «Ils (les
reporters) n'appellent pas un chat, un chat; ils ne disent pas
d'un chasseur, un chasseur, ils disent un fusil. J'ai lu, cette semaine,
à propos d'une battue chez une demi-mondaine fort célèbre, cette phrase étonnante:
«Invités: douze fusils des deux sexes.» (Claretie.)
- FUSIL A DEUX COUPS. Pantalon.
- FUSILLEUR. On appelle ainsi,
dans l'argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant,
mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes,
les ont obtenues à crédit avec l'intention de ne jamais les
payer. «Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi,
mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements
n'ont point permis de relever contre eux des faits assez
précis pour établir leur entière culpabilité.» (Droit, août 1886.)
540
G
- GAFF. Gardien de la paix en
bourgeois. V. plus bas Guignol.
- GAFFER. Commettre des fautes,
des sottises.
- GAFFEUR, EUSE. Du verbe argotique
gaffer, commettre des impairs. «J'en connais (une
femme) une qui est fort jolie, et qui possède un salon fort convenablement
fréquenté... Un peu gaffeuse, par exemple.» (Charivari,
avril 1887.)
- GAFFIER. Synonyme de l'argot
gaffeur. «Lucien D..., soixante ans, député de la Seine-Inférieure,
terriblement maladroit; réputation méritée de gaffier.»
(Bataille, nov. 1885.) Gaffeur est beaucoup plus usité.
- GAFILLER. Ecouter attentivement;
prêter attention à... Argot des rôdeurs.
- GALETTE. Petit pain rond et
plat qu'on sert dans certains restaurants.
- GALOPIN. Petit verre de bière.
- GALUPE. Femme, fille de
mauvaise vie.
«Les galup's qu'a des ducatons
Nous rincent la dent.»
(Richepin.)
- GALUPIER. Qui entretient des
galupes. (Richepin.)
- GAMAHUTER. Assassiner. Argot
du peuple. Du nom de l'assassin Gamahut. «B... est venu
gamahuter dans les bureaux du Cri du Peuple et il a été acquitté.»
(Cri du Peuple, avril 1885.)
- GAMBETTE. Jambe. Jouer des
gambettes, fuir.
- GAMBIER. Pipe en terre. Du
nom du fabricant.
- GAMELLE (Ramasser une).
Argot militaire. Tomber.
- GANDIN. Honnête, convenable,
gentil. Argot du peuple. «Autrefois on avait deux sous de remise
par douzaine. A présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez
Touchin. Il ne donne rien, ce
541
muffle-là. Vrai! c'est pas gandin!» (Fournière: Sans métier.)
- GANTIÈRE. «En langage parisien,
ce mot est un pavillon qui couvre certain commerce où il ne
se débite pas que de la peau de chien ou de la peau de chevreau.»
(Voltaire.)
- GARGAROUSSE. Gosier. (Richepin.)
- GATEAU. Séquence. Argot des
joueurs. V. infra: séquence.
- GATEZAR. Elève de l'Ecole des
arts et métiers. Il est facile de voir dans ce mot une corruption
de Gars des Arts. Le mot est employé dans toutes les écoles
d'arts et métiers et aussi par le peuple des villes où se trouvent
ces écoles.
- GAVE. Estomac. (Richepin.)
- GÉNÉ. Général. Argot de
l'Ecole polytechnique. «L'habitude est à l'école d'abréger tous
les mots. On ne dit pas le colonel, mais le colo, le général, mais
le géné... (Gil Blas, juin 1882.)
- GIBERNEUR. «On appelle vulgairement
giberneurs des industriels qui se livrent au commerce
des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc.,
servant à l'étalage des fruits et à l'ornementation des vitrines des
restaurateurs et marchands de comestibles.» (Journal des Débats,
déc. 1882.)
Ils ont aussi reçu le nom d'hommes sauvages, car beaucoup
d'entre eux n'ont d'autres moyens de se procurer de la marchandise
que les déprédations qu'ils commettent dans les propriétés
de la banlieue.
- GLU. Ce mot a été inspiré
par la pièce de M. Richepin, La Glu, jouée au théâtre de l'Ambigu.
La Glu, c'est l'ancienne cocotte, la belle petite ou la tendresse
d'hier. «Depuis quelques jours, on appelle ces dames des
Glus. Le mot fera-t-il fortune? Une jeune glu... une vieille glu...
Parmi les glus à la mode... Cela a le défaut de faire pour l'oreille
un peu calembourg avec les grues. Bis in idem. Cela a l'avantage,
par contre, de définir en désignant et surtout de ne pas poétiser
le sujet.» (Monde illustré, 1883.)
- GNIASSE (Mon). Je, moi, me.
(Richepin.)
- GNIOLE. V. Delvau. Gnon.
- GONDOLE. «Gondole est passé
dans la langue; on le dit couramment de l'objet qui a cessé
de plaire, de la toilette de la femme et du talent que l'actualité
récuse et dont la mode ne veut plus.—Non, trop gondole!
a remplacé le canaille: A Chaillot! d'autrefois.» (Evénement,
mai 1887.)
- GONDOLER (Se). C'est, dans
l'argot courant, l'équivalent exact de notre expression familière:
rire à se tordre.
- GOSSINET. Petit enfant dans le
langage du peuple. «Y a pas classe à la laïque, tantôt; puisque
tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera,
c' t' enfant.» (Petite République française, février 1887.)
542
- GOUPILLONNARD. Clérical, religieux.
«Il ne pourra faire autrement... pour obtenir du bon
Dieu le service dont a besoin le correspondant du journal goupillonnard.»
(République anti-cléricale, août 1882.)
- GOURDE. Niais, imbécile.
- GRAND SINGE. Président de la
République.
- GRAS. Latrines. (Richepin.)
- GRATE. Le bénéfice accordé
aux commis de nouveautés sur la vente de certains articles.
- GRATIN. Le gratin, c'est dans
l'argot boulevardier l'ensemble du monde élégant ou soi-disant
tel. «Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque,
mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner
ce que nos pères—non moins pittoresques, mais plus fleuris
dans leur langage—appelaient le dessus du panier. Le mot des
échotiers sus-mentionnés, c'est le gratin du gratin.»
«Elles (les jolies femmes) essaiment
comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus
de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.» (Du Boisgobey:
Le Billet rouge.)
De gratin, on a forgé le verbe
gratiner, suivre la mode, être à la mode et l'adjectif gratinant, signifiant
beau, joli, distingué. «La toquade pour l'instant, c'est la
fête de Neuilly, c'est là qu'on gratine. Ce qui veut dire en
français moins gommeux: c'est là que le caprice du chic amène
tous les soirs hommes et femmes à la mode.» (Monde illustré,
juillet 1882.) «Grand raoût chez la comtesse S..., un des plus
gratinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.» (Figaro,
mars 1884.)
- GRELOTTEUX, GRELOTTEUSE.
Homme, femme à la mode. Le grelotteux et sa compagne la
grelotteuse ont succédé en 1884 au gommeux et à la gommeuse.
Et maintenant pourquoi grelotteux?
Sans doute parce que le plus souvent, épuisés par les orgies,
énervés par la vie qu'ils mènent, grelotteux et grelotteuses n'ont
plus qu'un sang appauvri, une santé délabrée qui les font trembler
à la moindre intempérie. «On rencontre des grelotteux
(c'est, je crois, le dernier terme en usage) avec l'habit noir et la
cravate blanche chez Bidel...» (Moniteur universel, juillet 1884.)
«La baraque à Marseille (un lutteur) continue à être chaque soir
le rendez-vous du gratin de nos horizontales et de nos grelotteuses.»
(Echo de Paris, juillet 1884.) «Aujourd'hui le clubman
est remplacé par le grelotteux qui dîne au bouillon Duval.»
(Gil Blas, octobre 1885.)
- GRECQUER. Tricher au jeu. Se
faire grecquer, se faire voler au jeu. «J'ai rencontré mon vieux
camarade Mavernot qui venait de se faire grecquer dans un tripot
clandestin.» (Gil Blas, juillet 1884.)
- GRÈVE. Lieu d'embauchage
pour les ouvriers. Pris dans ce sens, le mot n'a point la consécration
543
du Dictionnaire de l'Académie et ne se trouve pas davantage
dans le Dictionnaire de Littré. C'est d'ailleurs moins un
terme d'argot qu'un néologisme employé aussi bien par le peuple
que par l'Administration qui s'en sert dans ses avis officiels, ainsi
qu'en témoignent les Ordonnances de Police. «Une des grèves les
plus curieuses de Paris (ici le mot grève est pris dans le sens
de lieu d'embauchage où se réunissent les ouvriers), est celle qui
se tient rue Vaucanson, au coin de la rue Réaumur.» (Rappel,
octobre 1884.)
- GRILLANTE. Cigarette. Argot
du peuple.
- GRILLER (Se faire). Se faire
arrêter, se faire mettre en prison. Les fenêtres du poste de la prison
sont garnies de grilles.
- GRIMACE. Petite boîte en
usage dans les administrations publiques et qui renferme des
pains à cacheter. Le dessus de la boite sert de pelote à épingles.
- GRIPPART. Chat. (Richepin.)
- GROS CUL. Chiffonnier aisé.
- GRUBLER. Grogner. (Richepin.)
- GUEULARD. Argot du peuple,
de celui surtout qui, par métier, fréquente les Halles. Le gueulard
est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands
des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs
petites voitures. Ce n'est point une profession à dédaigner que
celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus
de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la
partie! «... Les autres s'emploient comme gueulards, profession
non classée dans le Bottin...» (Français, nov. 1884.)
- GUIGNOL. Gendarme. Argot
des voleurs. «Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative,
le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois),
ou un guignol (un gendarme en civil)... Petit Journal, mai 1886.
- GUINDER LES PORTES. Argot
théâtral. En attacher les deux battants à l'aide de cordes dites
fils de façon à pouvoir aisément manœuvrer les décors.
544
H
- HARICOTER. Spéculer. «Il négocie
sur tout, spécule sur tout, gagne sur tout, se mêle à toutes
les entreprises, s'immisce à tous les négoces. On appelle cela haricoter.»
(Echo de Paris, nov. 1884.)
- HARNACHÉ. Terme de joueurs.
Préparé d'avance, falsifié. Roulette harnachée, roulette pipée,
machinée clandestinement.
«Cette affaire de roulette harnachée a fait grand bruit
il y a quelques années à Paris...» (Henri IV, 1881.)
- HARNAQUÉ. Même sens que
le mot précédent dont il est une déformation. «Il m'a expliqué le
fonctionnement de son jeu de courses... qui vient d'être débridé
depuis qu'on a constaté l'impossibilité de harnaquer les petits
chevaux.» (Temps, avril 1887.)
- HIRONDEAU. Les tailleurs qui
changent fréquemment de maisons reçoivent la qualification
d'hirondeau. (Henri IV, 1882.)
- HIRONDELLE. Bateau qui, sur
la Seine, sert au transport des voyageurs. (V. Mouche.)—Dans
les stations balnéaires, en Bretagne surtout, on désigne sous le
nom d'hirondelle le voyageur, le touriste qui vient se promener,
prendre des bains de mer ou faire une saison. Comme l'hirondelle,
le voyageur vient aux approches du beau temps et disparaît avec
la belle saison.
- HORIZONTALE. Femme galante.
Il y a plusieurs sortes d'horizontales. D'abord l'horizontale
de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits
et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l'on s'amuse; puis, l'horizontale
de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie;
enfin l'horizontale de petite marque qui n'a pas su réussir
comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s'est aujourd'hui répandu
un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en
circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d'après l'auteur
même de Denise, les horizontales virent le jour. «Depuis longtemps
545
le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du
doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait «une
tendresse» comme on dit un steamer, par abréviation.
«Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un
vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma
chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position
horizontale. J'ai pris le mot de X. de Maistre pour l'appliquer à
celles qui sont de son avis. L'horizontale fit fortune. Le baron de
Vaux lui servit de parrain... Je n'en ai pas moins le droit de revendiquer
ce mot dans l'intérêt des glossateurs...» Cette explication
n'a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d'aucuns
veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce
passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne
à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de
La République française fait remonter jusqu'à Casanova l'emploi de
ce mot horizontale dans l'acception spéciale qu'il a ici. Je trouve,
en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note
suivante: «On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale
qui désigne les vieilles et jeunes personnes d'accès facile.
On ne s'est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher
si le mot tant revendiqué n'appartient pas de prime-abord à l'un
de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux
fois des horizontales. V. à ce sujet l'édition italienne de Périno, à
Rome.» «Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans
leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales
de la grande marque...» (Illustration, juin, 1883.)
D'horizontale est dérivé horizontalisme,
désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales
et aussi l'ensemble de ce monde spécial. «Le vrai monde
ma foi, tout ce qu'il y a de plus pschutt... et aussi tout le haut
horizontalisme...» (Figaro, juillet, 1884.)
- HOUSETTE. Botte.
- HUILE. Officier supérieur, dans
la langue verte du troupier. «Le général convie demain dans un
repas de trente couverts tous les gros bonnets militaires, ceux que
les soldats appellent indifféremment les Huiles ou les Grosses
légumes.» (Figaro, sept. 1887.)
- HUILE (A l'). Gratis, pour rien.
Argot de coulisses. «Comme un figurant doit toujours faire la
première semaine à l'œil, c'est-à-dire à l'huile, en terme de métier...»
(Figaro, déc. 1885.)
- HUITRERIE. «C'est la drôlerie
de pensée, l'erreur de plume, qui, par précipitation, par manque
de réflexion, échappe surtout à l'écrivain.» (J. Claretie: Le
Temps, avril 1882.)
Le mot a été précédemment employé par V. Jacquemont.
- HURF. Beau, joli. On écrit
aussi urph.
- HURLUBIER. Vagabond, idiot,
fou.
546
I
- IGNORANTIN. Frère des Ecoles
de la Doctrine chrétienne.
On dit aussi Ignoramus. «Les ignoramus auxquels la plus grande
partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement
de la jeunesse ouvrière...» (Anti-clérical, mai 1880.)
- ILOTIER. Ce mot, dans le langage
policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller
continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes
et qui forment, pour ainsi dire, les limites d'un îlot. «Il est clair
qu'après le passage de l'îlotier en un point déterminé, ce point reste
un certain temps dégarni.» (Petite République française, mai 1882.)
- IMPÉRATRICE (Faire l'). Le
français ne bravant pas l'honnêteté dans les mots, il est impossible
de traduire ici cette locution fort usitée chez les non-conformistes.
Aux lecteurs trop curieux, je rappellerai les singulières relations
de Julia et Pompée, et les renverrai, les lecteurs, à un ouvrage
aussi curieux que rare: Centuria librorum absconditorum.
pp. 404 et circa.
- INDIENNE. Vêtements, effets.
Argot des voleurs. «De quoi! de quoi! il va me fusiller mes
indiennes! Veux-tu laisser ça ou je te mets une pouce.» (Humbert:
Mon Bagne.)
- INFLUENCÉ (Être). Être légèrement
ivre.
- INSECTE. Gamin.
- INSÉPARABLES. Cigares qui se
vendent quinze centimes les deux; les débitants n'en délivrent
pas moins de deux à la fois. «Cela lui permet, l'aristo,
de fumer orgueilleusement des inséparables de choix.» (Dix-neuvième
Siècle, avril 1885.)
- INTERVIEWER. Encore un mot
d'importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe
et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou
547
reporter, courriériste. Ex.: «Félicie L... est passée de vie à trépas,
sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n'est allé interwiever la regrattière
d'en bas, ou la repasseuse du cinquième.» (L. Chapron.)
«Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses! Blowitz, interwiever...
le grand interwiever Blowitz... C'est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités
en vue.» (P. Ferrier.)
- INVITEUSE. Fille qui sert dans
les brasseries. «L'inviteuse, c'est l'agente provocatrice du consommateur.»
(Citoyen, avril 1882.)
548
J
- JABLO (Grand). Lumière électrique.
Argot du peuple qui trouve trop difficile à prononcer le nom
de Jablockoff.
- JACOBITE. Argot politique. On
appelle ainsi tout légitimiste dissident du comte de Paris et rallié
à la cause de don Jayme, c'est-à-dire Jacques, fils aîné de don
Carlos. «M. Cornély consacre dans le Matin un article aux Jacobites
ainsi que ce journal quatricolore nomme les rares partisans
de la candidature royale des princes de la maison d'Anjou.»
(Univers, juillet 1884.)
- JACQUES (Faire le). Argot
militaire. Manœuvrer et, plus spécialement, manœuvrer en décomposant.
S'applique de préférence aux exercices de l'Ecole
du soldat. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- JAM' DE LAV'. Traduction:
Jamais de la vie! Expression couramment usitée il n'y a point
longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude: «On lui
dit... qu'il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs
à la caisse de l'agence.—Jam' de lav'! répond le jeune homme.—Comment!
jamais de la vie? reprend l'employé de l'agence,
qui comprenait le parisien.» (Figaro, 1886.)
- JÉROMISTE. Partisan du prince
Jérôme Napoléon. «Et en effet la dégringolade des intransigeants,
collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée
que celle des ultramontains et des jéromistes.» (Henri IV, 1881.)
- JOSEPH. Couteau. Argot des
malfaiteurs. «Bébé, condamné a mort pour un simple coup de
Joseph.» (A. Humbert: Mon Bagne.)
- JOSÉPHINE. La cagnotte, dans
le jargon des joueurs. Bourrer Joséphine; entretenir la cagnotte.
«Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce
que ledit croupier bourre fortement
549
Joséphine.» (Tricolore, mars 1884.) V. sur une autre acception
de Joséphine, infra au mot princesse.
- JOUER LE POINT DE VUE. Argot
de cercle ou mieux de tripot. «De la même famille est la «ficelle»
qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution;
il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l'on peut arriver,
avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l'on
aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu'on peut ajouter.
Cette grosse indélicatesse s'appelle jouer le point de vue.»
(Carle des Perrières: Le Monde qui triche.)
- JOUER LE MOT. Argot théâtral. Souligner chaque mot à
effet au point d'atténuer le caractère général du personnage qu'on
représente.
- JOUER A L'AVANT-SCÈNE.
Argot théâtral. Dire son rôle le plus près possible de la rampe de
façon à se mettre en plus intime communication avec le public.
- JUS. Voici un mot qui, en argot,
a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées.
On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme
de vin, mais il sert aussi à désigner l'eau. Je l'ai plusieurs
fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient jus
de grenouille et les autres jus, tout court. «L'autre le suit, l'empoigne
par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant: Va dans
le jus.» (Gazette des Tribunaux,
août 1884.)
550
L
- LAD. Garçon d'écurie. «Autour
du favori un cercle s'est formé pendant que les lads sellent
le cheval sous la surveillance de l'entraîneur.» (Vie Parisienne,
1882.)
- LAÏQUE (La). L'école laïque.
«Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d'enterrement,
emmène donc le gossinet; ça l'amusera c't'enfant.» (Petite
République française, février 1887.)
- LAMA (Grand). Chef, maître
suprême. «Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que
M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d'artifice à
Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.» (Figaro, avril 1884.)
- LAMPION ROUGE. Poste de
police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les
postes et les commissariats de police.
- LANGOUSTE. Argot du peuple.
Chaussettes.
- LANCINER. Ennuyer. Lancinant,
ennuyeux.
- LANGUILLEUR. «Joseph,
deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession
peu connue de languilleur. Le languilleur est l'homme auquel
on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les
empoigne par le cou et les serrejusqu'à ce qu'ils tirent la langue.
Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la
bête n'est pas saine et doit être refusée par les bouchers.» (Paris-Journal,
1882.)
- LANTERNER. N'être plus apte
aux choses de l'amour. «—Dis-moi, petite... crois-tu que...?—Dame!
vous savez, monsieur, avec mamz'elle, faut pas lanterner...—Ben
oui! mais voilà! à présent c'est que j'lanterne!...»
(Almanach des Parisiennes, 1882.)
- LAOUTH. Cheval. Argot des
régiments d'Afrique.
551
- LAPIN DU BOIS DE BOULOGNE.
Filles publiques qui, l'été venu, font élection de domicile au Bois
de Boulogne, quaerentes quos devorent. «Ces amoureuses vagabondes,
qu'on appelle en langage familier les lapins du Bois de
Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes...» (République
française, juin 1885.)
- LARDON. Jeune homme. Argot
du peuple. «C'que c'est que la vie! On était quat'cinq lardons.
On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de
jeunesse.» (Mirliton, journal, oct. 1885.)
- LARGE (Envoyer quelqu'un au).
L'envoyer promener. «Hier, je comptais presque sur lui... Ah!
bien ouiche! il m'a envoyé au large.» (Vie Parisienne, 1882.)
- LAVER! (Va te). Expression
injurieuse, synonyme de: Vous m'ennuyez!
- LEDRU-ROLLIN. Ouvrier ébéniste.
Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg
Saint-Antoine. «Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne
sont toutes pleines d'ouvriers de ce genre qui ont leur
établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent
un nom spécial. On les appelle les Ledru-Rollin, parce que
les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l'ancien montagnard
de 1848 et sont encore aujourd'hui la propriété de sa
veuve.» (J. Vallès: Tableau de Paris.)
- LÉGITIMARD. Partisan du
comte de Chambord, de la monarchie légitime.—Qui se rapporte
à la monarchie.
«De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté
Par un petit banquet en chambre
L'anniversaire peu vanté.»
(L'Esclave Ivre, no 4.)
- LÉSÉE. Femme. «La frangine!
Je n'y ai seulement pas parlé! Elle ferait bien mieux de s'occuper
de ses lésées (femmes)!» (A. Humbert: Mon bagne.)
- LÉGUME. Fonctionnaire. Gros
légume. Fonctionnaire puissant et haut placé.
- LEVER. Trouver. «Il avait
appris par un de ces industriels de son monde qui ont la spécialité
de lever les chopins (de dénicher des affaires)...» (Humbert:
Mon bagne.)
- LICHE-A-MORT. Buveur intrépide.
Langage plus que familier. «Il absorbe une bouteille qui file
gentiment, puis une seconde; jamais on n'avait vu un liche-à-mort
de sa force.» Gazette des Tribunaux, juillet 1884.)
- LICHER LE MORVIAU. (Se).
S'embrasser.
- LICHOTER UN RIGOLBOCHE.
Argot du peuple. Faire un bon dîner. «On va trimballer sa
blonde, mon vieux; nous irons lichoter un rigolboche à la place
Pinel.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- LICO. Immédiatement. Abrév.
d'illico.
- LIGNE. Bande d'individus.
552
- LIGOT. Grande ficelle dont se
servent les agents de police et qui entoure le poignet droit, puis
le corps, à la ceinture.
- LITTÉRAL. Argot des élèves
des écoles militaires qui désignent ainsi le petit livre où se trouvent
la théorie, les principes de la manœuvre, livre qu'il faut savoir
littéralement par cœur.
«Salle affreuse, où de la théorie
Nous avons tant beuglé le littéral,
Adieu...»
(Echo de Paris, avril 1884.)
- LOCATIS. Mauvaise voiture de
louage.
- LOUFLON. Fils de franç-maçon.
- LOUP. Dans l'argot théâtral,
défaut que produit un vide dans l'enchaînement des scènes. «Les
auteurs ont fort bien senti qu'il y avait là un loup comme on dit
en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître...»
(A. Daudet.)
- LOURDIER. Concierge, portier.
Argot des voleurs, des joueurs de bonneteau. V. Chocolat.
- LUIS. Jour. Delvau donne
luisant.
- LUISANT. Le descendant direct
du dandy et du lion. De mode en 1884, ce qualificatif n'a point
tardé à être délaissé. «De toutes les appellations données depuis le
commencement du siècle aux créateurs de la mode et de l'élégance,
celle qui se rapproche le plus du type baptisé aujourd'hui
luisant est le lion.» (_Gaulois, 1884.)
- LUNDISTE. V. Delvau: Lundicrate.
«Ce fut cette fois un succès éclatant. J'ai voulu lire les
appréciations des lundistes d'alors, j'y ai trouvé ce que j'attendais.»
(P. Perret.)
- LUNE. Pièce de vingt sous.
Argot du bagne. «On arrivait à supprimer tout risque en achetant
à la fois le servant et l'argousin. L'un ne coûtait pas plus
cher que l'autre. C'était affaire de quelques lunes.» (Humbert:
Mon bagne.)
- LUNETTES (Donner une paire
de). Argot des joueurs de billard. Livrer deux billes tellement rapprochées
que l'adversaire ne peut manquer de caramboler.
- LURETTE (Belle). Longtemps:
Corruption de belle heurette, il y a belle heure que...
- LUX. Jargon des lycéens, qui
entendent parler ainsi du jardin
du Luxembourg.
553
M
- MABOUL. Niais, un peu fou.
«Suivant l'expression d'Eugène Tourte, elle était un peu maboule,
rêvassant près de son bon ami à des amours câlins.
(Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
«Le père? dit Landart, il ne peut pas gagner sa
vie; malheureusement il est un peu maboul.» (Sirven et Siegel:
Les Drames du Mont-de-Piété, 1886.)
- MACARONI. C'est ainsi que les
gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le
fonds d'Etat italien. «Le Macaroni se cramponne; il voudrait
se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.» (Gil
Blas, juin 1887.) «Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit:
Je prends ferme; le macaroni se soutient; les huiles fléchissent.»
(Gazette de France, octobre 1886.)
- MAGASIN. Trottoir, dans le
jargon des filles et de leurs souteneurs. «C'est là (dans un cabaret)
que les macs vont régler leurs affaires avec leurs marmites
lorsqu'elles arrivent du magasin.» (Courrier Français, nov. 1888.)
- MAGNUM. Bouteille de capacité
plus qu'ordinaire. Argot de restaurant. «Quelques-uns des
prix méritent d'être cités. Ce sont d'abord six bouteilles de
Château-Lafitte, 1865—de ces doubles bouteilles qu'en style de
sommelier on appelle des magnum...» (Lanterne, décembre 1884.)
- MAHOMET. Petit sac de cuir
que les forçats portent suspendu sur la poitrine, entre la peau et
la chemise et qui leur sert à enfermer leurs économies.»
(V. Humbert: Mon bagne.)
- MAIN (Acheter à la). Acheter
comptant. «Il joignait à ce commerce connu... les prêts usuraires
à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices,
d'objets fabriqués en salle et qu'il
554
achetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.» (Humbert: Mon bagne.)
- MALFRAT. Argot des vagabonds.
Le malfrat est un ouvrier travaillant parfois dans les
carrières situées aux environs de Paris, mais qui cherche surtout
dans ces carrières un gîte et un abri pour échapper aux recherches
de la police. Le malfrat s'appelle aussi malfera ou malfranc.
- MALGACHE. Argot boulevardier.
Ce mot, synonyme de chic, d'élégant, n'a pas vécu.
D'ailleurs il n'était pas né viable et avait été mis en circulation
en 1886, alors qu'un certain nombre de Malgaches étaient
venus s'exhiber au Jardin d'acclimatation.
«De mondaines, peu ou point; en revanche, plusieurs
de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.» (Evénement, février 1887.)
- MALHEUREUX. C'est ainsi que
dans les gargotes, dans les restaurants à bas prix, le consommateur
nomme le dessert connu sous le nom de quatre mendiants.
«Garçon, un lapin chasseur, un panaché, quatre-malheureux
et un litre de piccolo, cria notre voisin de table.» (Gagne-Petit,
mai 1886.)
- MALLE EN CUIR. Solliciteur.
Argot des officiers de marine qui désignent ainsi ceux de leurs
camarades sans cesse voyageant... sur la ligne de Paris, une petite
valise à la main, pour aller solliciter une faveur quelconque au
Ministère.
- MANGEUR. Dénonciateur, espion.
Argot des prisons. «Ce sont les révélateurs qu'on appelle
les mangeurs, la musique.» (J. Vallès.)
- MANIER (Se). Se masturber.—Se
sauver, fuir.
- MANTEAU. Argot théâtral.
Rôle où l'acteur porte un manteau. (Littré.) «Il avait, comme
artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui,
jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les
rôles proprement appelés les manteaux un sujet d'études des
plus attrayants.» (Revue britannique.)
- MAQUIGNON A BIDOCHE. Variété
de souteneur.
- MARCHAND DE CIRAGE. Commandant
d'un navire. Argot du bagne. «Est-ce que le marchand
de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait
peur?» (Humbert: Mon bagne.)
- MARCHAND DE PUCES. Argot
militaire. Individu qui a dans les régiments la fourniture des lits.
- MARCHÉ DES PIEDS HUMIDES.
La petite Bourse qui pendant longtemps s'est tenue en plein
air; les spéculateurs étaient ainsi exposés à toutes les intempéries,
et, quand il pleuvait, pataugeaient dans les flaques d'eau. «Le
marché des pieds humides qu'on est venu plaisanter, est bien plus
loyal qu'on ne le pense. Là, pas d'affaires à terme; argent contre
titres; titres contre argent.» (Le Mercure, journal, 1882.)
555
- MARCHFELD. C'est ainsi que
les élèves de l'Ecole de Saint-Cyr appellent le champ de manœuvres.
«Que les jours d'hiver nous parurent longs, les après-midi
sombres pendant lesquels nous épelions le b a ba du métier
dans le marchfeld que balayaient âprement les bises.»
(Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- MARGOUILLAT. Argot militaire.
Spahis.
- MARIAGE DE GARNISON. Liaison
qu'un militaire en garnison contracte avec une femme et qui
n'a pas d'autre durée que celle du séjour dans la garnison.
- MARIE-JE-M'EMBÊTE. (Faire
sa). Faire des façons; se faire prier. «Ah çà! voyons! quand
tu resteras là à faire ta Marie-je-m'embête! Ça n'avancera à rien!
Venez-vous oui ou non? (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- MARIE-MANGE-MON-PRÊT.
Argot militaire. Maîtresse du soldat.
- MARINE. Argot des lycéens.
Est marine dans leur jargon, le camarade qui se prépare à l'école
navale.
- MARQUE. Femme qui a deux
cordes à son arc: la prostitution et le vol.
- MARQUE-MAL. Individu contrefait.—Variété
de souteneur.
- MARTIN. Argot des marchands
de vin qui désignent ainsi un horrible breuvage composé
d'eau-de-vie de marc teintée de cassis; d'où marc teint et de là
Martin. «Si parfois un étranger vers les deux heures du matin,
vous offre un martin, prenez garde! Cette boisson traîtresse
en diable produit sur l'organisme les effets les plus désastreux.»
(Charivari, octobre 1885.)
- MASSEPAIN. Individu sur lequel
on fait, dans certaines maisons, des... expériences, in anima
vili.—Argot militaire: Valet d'un jeu de cartes.
- MATATANE. Argot militaire.
Salle de police.
- MATÉRIELLE. «Et alors, quelques
malheureux pontes... se sont livrés au terrible travail qui
consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les
joueurs appellent la matérielle.» (Belot: La Bouche de Madame X.)
- MATH. Mathématiques. Argot
des collégiens. «Ils (les médecins) démolissent l'infranchissable
barrière qui, dès le collège, sépare les forts en math des
forts en thème.» (Evénement, août 1885). «Je suis obligé de
les bûcher très dur, ces sales math!» (Vie Parisienne, février 1888.)
- MATHURIN. Matelot. «Je veux
parler du simple matelot à qui l'on donne le nom de mathurin,
de même qu'on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.» (Figaro,
1882.)
- MATHURIN. Nom que les
marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois. «Est-ce que
vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons,
pour remplacer les bateaux
556
à vapeur?» (Amiral Saisset: Journal officiel, janvier 1872.)
- MATRICULER (Se faire). Se
faire punir. Argot militaire.
- MAUBERT, MAUBERTE. Argot
des voyous qui désignent ainsi l'homme, la femme nés dans le
quartier de la place Maubert, la place Maube: comme ils disent,
ou y habitant. «Celle-ci est née rue Galande. C'est une Mauberte,
et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur
famille...» (Du Boisgobey: Paris-Bandit.)
- MAUVAISE! Exclamation
qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier
à leur adversaire que le coup qu'ils viennent de jouer ne
compte pas. (V. Bonne.)
- MEC. Souteneur.
«C'est tout d'même chouette pour [une pierreuse]
D'avoir un mec comme celui-là?
(De Gramont: La Femme à Polyte.)
- MEC A LA REDRESSE. Tout
individu qui en impose par ses qualités ou ses vices. «Seules,
quelques individualités hors pair, des mecs à la redresse, parviennent
à se faire dans l'opinion une haute place.» (Humbert: Mon
bagne.)
Aujourd'hui le mot mec a pris une très grande extension. Il
s'emploie pour désigner avec mépris un individu quelconque.
- MÉDAILLE (Avoir la). Argot
de sport. «Il y a une expression consacrée dans l'argot du turf et
qui est très significative: Avoir la médaille. On dit d'un monsieur
qu'il a la médaille quand il fait une commission pour le
compte du propriétaire. Cela veut dire qu'il est commissionnaire.
Il a la médaille. Dès qu'on s'aperçoit qu'un monsieur a la
médaille, c'est-à-dire qu'il a reçu mission du propriétaire de parier
pour son cheval, il ne reste plus qu'à lui emboîter le pas...»
(Paris Illustré, 1884.)
- MÉGOTTIER. Industriel qui
ramasse les bouts de cigares, les mégots. «Là, sont réunis pêle-mêle
des biffins... le mégottier avec son pistolet à la saindhomme.»
(Réveil, 1882.)
- MÉLASSON. Niais, imbécile.
«Faut-il que vous soyez mélasson pour vous être ainsi fourré la
gueule dans le beurre!» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- MELON. On appelle ainsi au
prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon.
«C'est au troisième bataillon des élèves, c'est-à-dire au bataillon
des melons que l'agitation est très grande.» (Revue
alsacienne, juillet 1887.) (V. Melon au Dictionnaire.)
- MÉNAGE À LA COLLE. V. Delvau:
Mariage à la détrempe. «Les commissaires iront-ils vérifier
le désintéressement de 60,000 ménages à la colle qui
se cachent dans les faubourgs?» (Télégraphe, 1882.)
- MENDIGOT. «Le mendigot
n'est pas tout à fait le mendiant. Le mendigot est une sous-variété
du trimardeur. Il va mendier dans les châteaux ou dans les maisons
557
aisées et renseigne les Monteurs
de coups.» (Clairon, 1882.)
- MENEUSE. Femme qui attire
le passant dans une rue écartée pour le livrer à des travailleurs
qui le volent toujours et l'assassinent quelquefois.
- MENFOUTISTE. Indifférent,
sceptique. La paternité de ce mot qui a jusqu'ici vécu appartient
à M. Aurélien Scholl. «Le grand parti des menfoutistes fait
chaque jour de nouvelles recrues. L'indifférence a gangrené tous
les cœurs.» (Evénement, 1884.)
De menfoutiste est dérivé menfoutisme, synonyme d'indifférence,
de scepticisme. «Le menfoutisme a soufflé aujourd'hui sur
toutes les conventions, sur tous les partis sociaux, sur toutes les
illusions, sur toutes les croyances.» (Evénement, 1884.) Il parut
en cette même année 1884 au mois de janvier un canard qui
avait pour titre: Le Jemenfoutiste.
- MÉQUILLON. Variété de souteneur.
- MERDE DE PIE. Pièce de cinquante
centimes. Argot du bagne. «Un blavin! Tu me le redemanderas
demain pour une merde de pie.» (Humbert: Mon bagne.)
- METTRE EN BRASSERIE (Se).
Servir dans une brasserie. «Cédant à des suggestions funestes,
elle se mit en brasserie, c'est l'expression consacrée.» (F. Sarcey:
XIXe Siècle, 1881.)
- METTRE DU LINGE SUR SES
SALSIFIS. Mettre des gants.
- METTRE DU PAIN DANS LE SAC
DE QUELQU'UN. Lui faire son affaire; le battre, le tuer.
- METTRE UNE POUCE. Frapper,
battre. «De quoi, de quoi, il va me fusiller mes indiennes (me
voler mes vêtements). Vas-tu laisser ça? ou je te mets une
pouce.» (Humbert: Mon bagne.)
- MEUBLER. Réparer des ans
l'irréparable outrage, se mettre de faux mollets, de faux appas.
«—Je suis devenue si maigre que je n'ose mettre une robe
décolletée.—On met un corsage carré.—Impossible aussi, car il
faut encore meubler le carré et avoir des bras.» (Le Voltaire, 1882.)
- MIC-MAC. Difficulté, complication,
chose inintelligible. «C'est un mic-mac où personne
ne comprend rien.» (Zola: Pot-Bouille.)
- MIGNOTER. Cajoler, embrasser,
faire mignon. «Elle mignotait Céline, sa préférée, dont la
tignasse jaune de chrome l'intéressait.»
(Huysmans: Sœurs Vatard.)
- MILLE. Argot des libraires.
L'édition totale d'un ouvrage, d'un roman quelconque, étant
donné—ce qui est une supposition—que
cet ouvrage est tiré à mille exemplaires. «Depuis
quelque temps on lit sur la couverture des volumes d'une
maison de librairie: Premier mille ou sixième mille ou dixième
mille. Mille quoi? Mille exemplaires, cela se devine, mais cela
n'en est pas moins de l'argot et
558
quel argot!» (Evénement, 1883). «Le dernier roman de M. Daudet
a eu une envolée heureuse. Le cinquantième mille est depuis
longtemps dépassé.» (Français, juillet 1884.)
- MILLE (Mettre dans le). Réussir
pleinement.
- MILLE-PATTES. Fantassin.
- MINCE! Exclamation qui répond
à zut! ou à: ah! non! alors! «Ah! mince alors! si les billes
de billard se mettent à moucharder la jeunesse.» (Meilhac et
Halévy: Lolotte.)
A aussi le sens de beaucoup.
- MINERVE. Argot de joueurs.
Filouterie qui rappelle celle dite du neuf de campagne. (V. cette
expression). «D'ordinaire, le baccara se joue avec deux cartes
dont l'assemblage forme le point et, si le banquier veut bien y
consentir, une troisième qu'il donne découverte au tableau qui
la demande. Quelquefois dans ces trois cartes il n'y a pas de
quoi gagner sa vie, au contraire. Les malins en ont ajouté une
quatrième, cachée celle-là qu'ils tiennent dans leur main gauche
et que, par un travail analogue à celui dont j'ai parlé plus haut,
ils arrivent à substituer à l'une de celles qui leur sont données régulièrement.
D'habitude, les prestidigitateurs qui font la minerve
adoptent un quatre ou un cinq, une carte qui peut s'adapter
à toutes les combinaisons pour faire un point très honorable.»
(C. des Perrières: Paris qui triche.)
- MITAINE. Voleuse, détourneuse
à la mitaine. Femme portant des souliers très plats, sans
talons et qui, dans un magasin, fait tomber des objets qu'elle ramasse
avec le pied déchaussé et cache dans son soulier. Cette
sorte de voleuse ne s'attaque, en général, qu'aux dentelles de prix.
- MITRAILLEUSE (Etouffer une).
Boire un verre de vin.
- MIXTE. Argot des gens à la
mode pour qui cet adjectif, détourné de son vrai sens, a remplacé
le mot épicier qu'on prit en 1830 et longtemps après cette
époque pour désigner toute chose commune, de mauvais goût,
toute personne ayant un genre vulgaire. L'expression être mixte
couramment employée en 1886 est aujourd'hui abandonnée.
«Quant au rire, n'en parlons pas; rire n'est plus seulement
canaille, c'est mixte.» (Gazette de France, janvier 1886.)
- MOBILISER (Se). Faire un
voyage. Allusion à l'essai de mobilisation fait en 1887 dans le
sud-ouest. «Je me suis mobilisé; j'ai bouclé une valise, pris une
voiture...» (Voltaire, septembre 1887.)
- MOC-AUX-BEAUX. Quartier de
la place Maubert.—On dit aussi Mocaubocheteau. «Les
mèques de la Mocaubocheteau, v'là des mèques sérieux, des
gonsiers qui crachent noir comme de l'encre... (Humbert: Mon
bagne.)
- MODÈLE (Vieux). Grand-parent.
«Il avait éloigné tous les
559
vieux modèles, comme nous disons au couvent, pour désigner
les grands-parents.» (Vie Parisienne, 1882.)
- MODISTE EN RAGOÛT. Cuisinière.
Argot des garçons bouchers.
- MOELONNEUSE. Femme qui
se prostitue dans les chantiers.
- MOL ou MOLLE (Être). Argot
du peuple. N'avoir pas d'argent; être sans le sou.
- MÔME BASTAUD. Individu aux
mœurs inavouables et qui se prête à toutes les exigences.
«—Et de la môme?—De la môme bastaud, oui, tant que tu
voudras... les autres, de la peau.—Chouette alors.» (Humbert:
Mon bagne.)
- MOMENTANÉE. Femme galante
avec laquelle on n'a qu'un entretien d'un moment. Deux
journalistes ont réclamé la paternité de ce mot. M. Pierre Véron
d'abord qui l'aurait imprimé tout vif dans le Charivari du 17 août
1885; M. Guillaume Livet, ensuite, qui l'a inventé et donné
dans le Figaro en 1884.
- MONÔME. Promenade qu'exécutent
à Paris et à l'époque des examens, les candidats aux diverses
écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher
l'un derrière l'autre, en file indienne. Le monôme le plus connu
est celui de l'X.
- MONSIEUR BAZAR. Argot de
l'école de Saint-Cyr. Le Saint-Cyrien lui-même. «La dernière
quinzaine a été dure pour Monsieur Bazar, ainsi que se qualifie
l'élève de l'Ecole militaire.» (Soleil, 1887.)
- MONTER LE BALUCHON (Se).
(V. Delvau.) Se monter le coup.
- MONTER UN CHOPIN. Argot
des voleurs. Préparer un mauvais coup, un vol.
- MORT. Malade. Argot des
élèves de l'Ecole de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.
- MOUCHE. On désigne ainsi à
Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de
transport à l'usage des voyageurs. «Malgré... les chiens et les chevaux
qu'on baigne... les bateaux qu'on décharge, les mouches qui
passent en fouettant l'eau de leurs ailes et en la troublant de leur
fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la
grande ville abonde en poissons.» (Bernadille.) On désigne
aussi ces bateaux sous le nom d'hirondelles.
- MOUCHE A MIEL. Argot des
écoles. Se dit des aspirants à l'Ecole centrale.
- MOUF. Abréviation de Mouffetard.
La rue Mouf, la rue Mouffetard. «Le garçon du marchand
de vin d'à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d'eau
atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s'écria
avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf: Ah!
mince... tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d'équerre,
espèce ed'mastroc empaillé!» (Clairon, 1882.)
560
- MOUFION. Mouchoir; Moufionner,
se moucher.
- MOUILLER. Argot théâtral.
Jouer bien.—Mouiller à ou dans;
toucher des droits d'auteur.
- MOUILLER LES PIEDS (Se).
Aller à Nouméa. «Interrogé, il s'écria: Vous me ferez faucher
le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les
pieds.» (Evénement, 1882.)
- MOUKALA. Fusil. Argot des
régiments d'Afrique.
- MOUSCAILLEUR. Vidangeur.
«Là sont réunis pêle-mêle des biffins... des mouscailleurs.»
(Réveil, 1882.)
- MOUQUETTE. Femme galante.
Le mot a été pour la première fois, croyons-nous, lancé par
M. Delpit. Le romancier était-il alors hanté par le souvenir de
l'héroïne de Germinal, la Mouquette, car le livre de Zola venait
de paraître, cela est possible, mais nous n'affirmons rien. Toujours
est-il que peu de temps après l'apparition de ce mot, un
rédacteur du journal Le Dix-neuvième siècle en donnait cette
étymologie, très vraisemblable d'ailleurs: «Les Arabes appellent
les femmes moukair; les soldats d'Afrique ont rapporté ce
mot en France, et, chez les ouvriers qui ont fait campagne en
Algérie, il n'est pas rare d'entendre adresser aux femmes l'appellation
de mouquerre, corruption évidente de moukair. C'est d'ailleurs
le mot espagnol mujer prononcé avec l'accent guttural.
C'est mouquerre qui est le père de mouquette. La généalogie du
nouveau mot peut donc ainsi s'établir: moukair, mot arabe ou
espagnol; mouquerre, mot d'argot de barrière; mouquette, mot
d'argot pschutteux.» Qu'en pense M. Delpit? «La mouquette
de haute marque qui vient de faire sa vente...» (Evénement, 1885.)
- MOUSSEUSE. Femme galante,
à la mode. «Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux;
mousseuse donne bien l'idée du bruissement de la soie,
du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de
batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille,
émoustille. Voilà pourquoi mousseuse, un mot significatif et complet,
mérite droit de cité; voilà pourquoi mousseuse court grand'chance
d'être adopté par la gent boulevardière... Les débutantes
ès-galanterie deviendront des moussettes.» (Voltaire, mars 1887.)
- MOUVEMENT (Être dans le).
«Cet hôte arrivait de Paris; il avait un nom connu presque célèbre,
il était dans le mouvement...» (De Montépin: Sa Majesté l'Argent.)
- MUFFÉE. Argot du peuple
pour qui ce mot est synonyme de verrée. «D'temps en temps,
un' pauv' muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte.»
(Mirliton, journal, octobre 1885. )
- MUFFÉE (En avoir une vraie).
Être gris, en état d'ivresse.
561
- MUSELER. Imposer silence.—Se
museler, se taire.
- MUSIQUE. Dénonciateur. «Il
est trop musicien!» (Gil Blas, 1882.) «Bon enfant au surplus,
du sang et pas de musique (incapable d'une dénonciation).»
(Humbert: Mon bagne.)
- MUSIQUE. (Faire, jouer de la).
Dénoncer.
562
N
- NAVARIN. «L'étalier connaît
les clients, leur mesure les égards et vend aux pauvres le navarin,
c'est-à-dire les rognures, les balayures de l'étal, à raison de dix
sous la livre.» (L'Esclave ivre, no 3.)
- NÉGOCIANT EN VIANDE
CHAUDE. Souteneur.
- NET. Dans le langage des ouvriers,
atelier net, atelier que des ouvriers mettent en interdit et
où ils défendent à leurs camarades d'aller travailler.
- NETTOYER UN BOCART. Piller
une maison.
- NETTOYER LES LUCARNES.
Dessiller les yeux. «O Mentor, vous me nettoyez les lucarnes,
s'écria Idoménée.» (Les mistouf's de Télémaque.)
- NEUF DE CAMPAGNE. Argot
de joueurs. Procédé peu délicat employé par le ponte vis-à-vis
du banquier et que dévoile ainsi M. Carle des Perrières dans son
livre: Paris qui triche. «Dans sa poche il (le ponte) a son neuf
tout prêt; valet de pique, neuf de cœur; rien n'est plus simple.
Lorsque la main arrive à son tour, le neuf de campagne est
extrait de sa poche pour passer dans sa main gauche; le banquier
donne les cartes; le ponte s'en empare comme c'est son droit et
sous prétexte d'empêcher ses voisins de voir son point, parce
que, dit-il, cela lui porte la guigne, il fait disparaître les deux
cartes qu'on vient de lui donner dans ses deux mains rapprochées;
il substitue son valet de pique et son neuf de cœur aux
deux cartes qu'il a reçues et abat sur le tapis un magnifique neuf
de campagne...» (V. Minerve.)
- NID A POUSSIÈRE. Nombril.
- NINGLE. Fille publique. «Les
souteneurs... se réjouissent de voir les jours diminuer et par
conséquent les nuits augmenter, double avantage pour les fils de
563
Neptune et leurs ningles.» (Estafette,
1882.)
- NOCER EN PÈRE PENARD.
S'amuser tout seul. Faire un bon dîner ou une orgie seul.
L'expression est usitée surtout dans le quartier Saint-Antoine.
- NOIRE-FONTAINE. Encrier.
Argot des élèves de l'École de Saint-Cyr.
- NOIX (Être dans la). Avoir de
la chance, être heureux. Un boucher aurait lancé cette expression,
d'ailleurs peu usitée, que cela ne serait point surprenant.
Le gîte à la noix n'est-il pas un des meilleurs morceaux du bœuf
et ne recommandez-vous pas à votre cuisinière de vous choisir
un morceau dans la noix? Être dans la noix a donc tout d'abord
et naturellement signifié ce qui est bon, puis a dévié peu à peu
de ce sens pour prendre celui que nous indiquons. «Quinze
cent louis de bénéfice! Très pur! Vous êtes dans la noix,
dites, alors? Donnez-moi un cheval. Soyez assez blêche pour me
prendre dix louis du gagnant?» (Vie parisienne, juin 1884).
- NOUNE. Argot du bagne. Receleur
qui suit le voleur à la tire et reçoit la camelotte à mesure que
son associé opère. (V. Humbert: Mon bagne.)
- NOURRIR. En argot de Bourse,
«nourrir des titres c'est les conserver de liquidation en liquidation
en les faisant reporter. On paye les différences, les reports,
les courtages, on nourrit. A force de nourrir, on arrive même
quelquefois à en mourir de faim.—X... nourrit deux cents Lombards
depuis le mois de juin et Y... cinq mille Italiens—il ne
faut pas prendre l'expression au pied de la lettre». (Don Quichotte,
1884.)
- NOURRISSEUR. Voleur qui
dévalise les appartements dont les maîtres sont en voyage. La
banlieue de Paris est pendant l'hiver infestée de nourrisseurs
qui déménagent les villas.
- NOURRISSON. Argot des employés
de la Banque de France qui désignent ainsi le négociant
gêné qui ne demande que du temps pour rétablir son crédit
et auquel un banquier a prêté de l'argent.
- NOVEMBRE 33 (Un). Officier
à cheval sur tous les règlements militaires dont la loi fondamentale
est celle du 2 novembre 1833; et aussi, en terme de pension,
un ragoût qui contient toute espèce de choses, sans doute
parce que le règlement de 1833 prévoyait tous les cas du métier
militaire. (Merlin: La langue verte du troupier.)
- NUAGE. C'est, croyons-nous,
le mot le plus récent usité dans le langage populaire pour désigner
la tournure, cet objet de toilette que portent les femmes
autour de leurs reins de façon à faire bouffer la robe. Pourquoi
nuage? me demanderez-vous. Les irrévérencieux vous répondront:
Parce qu'il cache la lune.
564
O
- OFF, Officier. «Il a tout pris,
le vieil off, et le lit du major et sa femme.» (A. Delpit: Figaro,
février 1887.)
- OISEAU DES ILES MARQUISES.
Absinthe. Rapprochement de couleur.
- OMNIBUS. Les employés des
télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées
qui sont expédiées par les tubes. «Le temps qu'ils (les télégraphistes)
distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les
omnibus à tuber attendent aussi.» (Cri du Peuple, août 1885.) Ces
cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la
couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.
- OMNIUM. Argot du turf. Course
réservée aux chevaux de toute provenance âgés de trois ans et
au-dessus. L'omnium se court au bois de Boulogne, à la réunion
d'automne.
- ORATEUR. Argot des francs-maçons.
L'un des officiers d'une loge. Il y joue un rôle analogue
à celui du ministère public dans les tribunaux.
- OS A MOELLE. Lorgnette.
- OUSTE! Synonyme de zut!
«Dis-lui: Ouste pour l'Allemagne!» (De Goncourt: La Faustin.)
- OUTIL. Maladroit, gauche. Argot
du peuple. «Fais donc attention, outil!» est une de ces
phrases qu'on entend journellement dans la rue et à l'atelier.
«L'autre, sûr de l'impunité, répondra: Va donc, eh! outil!»
(Figaro, nov. 1883.)
565
P
- PAGE D'ALPHAND. Égoutier
au service des travaux de la ville de Paris dont M. Alphand est le
directeur.
- PAGNOTER. Coucher. Pagnoter
avec une grognasse. Coucher et faire la noce avec une femme.
- PALET. Argent.
- PALETOT COURT. Une des
dernières incarnations du gommeux. «Les poisseux essayèrent
de prévaloir, mais ils n'étaient en somme que des gommeux
déguisés; ils n'eurent aucun succès. A présent, nous avons les
paletots courts.» (La Comédie moderne, journal, 1882.)
- PALMÉ (Être). Avoir les palmes
d'officier d'Académie. Locution ironique et plus que familière.
«Quand le maire ne reçoit pas le ruban rouge, il reçoit le ruban
violet, il est palmé.» (Illustration, juillet 1885.)
- PALPER (Pouvoir se). Ne pas
obtenir ce que l'on désire. C'est une variante de pouvoir se fouiller.
(V. ce mot au Dictionnaire.) «C'est pour ça que vous m'avez
fait monter? Ah bien! Vous pouvez vous palper, par exemple!»
(Evénement, octobre 1885.)
- PANACHÉ. Plat de haricots
verts et de flageolets mélangés. «Dans l'estomac de la victime
on a trouvé des haricots verts et des flageolets. Si le plat se composait
de ces deux légumes, un panaché, comme on dit...» (Figaro, 1882.)
- PANTALON. Faire pantalon, dans
le langage des écrivains, c'est ne pas atteindre le bas de la feuille
de papier sur laquelle on écrit.
- PANTHÈRE. Individu qui professe
des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce
mot une allusion à une société d'anarchistes fondée à Paris sous
ce titre: La Panthère des Batignolles. «Les rentes de M. Clémenceau
sont, en somme, aussi enviées par les panthères que
566
celles de M. de La Rochefoucauld.» (Figaro, mars 1887.)
- PAQUET. Injure employée surtout
dans la classe ouvrière et qui est synonyme d'imbécile.
«Tout à coup deux... braves gens, porteurs de deux belles
casquettes neuves, les abordent et l'un d'eux, sur un air connu,
en fixant Joseph: Oh! regarde-moi donc ce paquet!» (Gazette
des Tribunaux, 1882.)
- PAQUET (Faire le). Argot de
grecs. Ranger les cartes en les battant de façon à se donner les bonnes.
- PARFAITE ÉGALITÉ. Sorte de
jeu de hasard.
- PARIGOT. «C'est le surnom
qu'on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé
par l'Assistance publique.» (Bibliothèque universelle, novembre
1887.) Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre:
Parigot.
- PARTICULIÈRE. Femme légitime.
Argot du peuple. Trimballer sa particulière, promener son
épouse.
- PASSADE. Femme galante. On
l'appelait autrefois fille à parties. Quant à ce mot de passade, il
n'est point difficile à expliquer pour celui qui sait sous quelle
appellation triviale on désigne les maisons dites de rendez-vous.
«Nous ne saurions trop féliciter l'Administration, puisqu'on veut
une soirée tout à fait bécarre, d'exclure de cette représentation
(une soirée de gala à l'Opéra) toutes les passades qui sont aux
grandes courtisanes ce que sont les souteneurs de Montmartre
aux petits rez-de-chaussée.» (Gil Blas, décembre 1886.) «Elle est
d'un maintien très décent et, sans être absolument jolie, peut
être considérée comme une passade fort aimable.» (Gil blas, Février 1888.)
- PASSER SUR LE BANC. Expression
qu'emploient les forçats quand ils vont, pour une infraction
au règlement, recevoir des coups de corde. «Combien j'ai
vu d'hommes passer sur le banc et s'en relever, atteints pour jamais
dans les sources de la vie, parce qu'ils avaient, en présence d'un
argousin, imprudemment laissé tomber de leur poche un mince
cahier ou simplement quelques feuilles de papier à cigarette!»
(Humbert: Mon bagne.)
- PASSER A LA SORGUE. Dormir.
(V. Delvau: Sorgue.)
- PATELIN. Compatriote. «En
qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis...»
(Humbert: Mon bagne.)—Signifie aussi pays, lieu de naissance,—dans
l'argot militaire.
- PATENTÉ. Souteneur.
- PATINAGE. Attouchement indécent.
(V. Delvau: Patiner.)
- PATINEUR. Argot des voleurs
et notamment des joueurs de bonneteau. Le patineur, c'est le
banquier, celui qui tient les cartes, les patine et peut ainsi se livrer
à toutes les tricheries. (V. Chocolat.)
- PATRON. Colonel. Argot militaire.
567
- PAYER. Argot des lycées.
S'exonérer, au moyen d'une exemption, d'un satisfecit, d'une
punition encourue. Payer ses arrêts, sa retenue. Sortie payante,
sortie de faveur accordée à l'élève qui remet en paiement une ou
plusieurs exemptions que son travail, sa bonne conduite lui ont
fait obtenir. «Depuis longtemps, la France a protesté contre les
sorties dites payantes ou de faveur et contre les punitions actuellement
en vigueur.» (France, 1881.)
- PAYER UN MOOS, LA GOUTTE
(Se faire). Argot théâtral. Jouer un rôle à emboîtage.
- PEAU (De la)! Non! Rien!
- PEAU DE BOUC. Sein. Argot
des régiments d'Afrique qui donnent aussi le nom de peau de
bouc aux petites outres goudronnées qui leur servent de bidons.
- PÊCHE. Tête, physionomie.
- PÊCHE (Poser une). Alvum
deponere.
- PÈLERIN. Gardien de la paix.
Argot du peuple. Allusion aux pèlerines en caoutchouc que les
gardiens portent depuis l'année dernière.
- PÉNITENCE (Être en). «Un
autre coin amusant est celui des femmes en pénitence. On appelle
Être en pénitence, à Monte-Carlo, ne pas jouer. Elles sont en pénitence
pour la journée, la semaine ou la fin du mois, parce qu'elles
ont perdu ce qu'elles avaient à jouer et que leurs maris ou leurs
fils ne veulent plus desserrer les cordons de leurs bourses. C'est
un véritable enfer que de voir jouer et de ne pas jouer.» (Revue
politique et littéraire, 1882.)
- PERDRE SA CLEF. Avoir la
colique.
- PERFORMANCES. Argot de
turf. Manière de courir d'un cheval, de se comporter pendant la course.
- PERMANENCE. Argot de
joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente
et quarante, «Il (le marqueur) a d'abord ses abonnés à qui il
vend les permanences vingt francs par semaine.» (Revue politique et
littéraire, 1882.)
- PERMISSION (Se faire signer
une). Argot militaire. Présenter une feuille de papier à cigarette
et se faire donner le tabac. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- PERMISSION DE 24 HEURES
(Avoir une). Argot militaire. Prendre la garde.
- PERPIGNAN. Nom que les
charretiers donnent au manche de leur fouet. Les meilleurs manches
de fouet se fabriquent, paraît-il, en cette ville.
- PERROQUET DE FALAISE.
Douanier. Allusion de couleur.
- PET-EN-L'AIR. Petit veston
court.
«Contre l'habit léger et clair
La loutre a perdu la bataille:
Nous arborons le pet-en-l'air,
Et les femmes ne vont qu'en taille.»
Richepin.
A droite, un comptoir en étain
Qu'on astique chaque matin.
C'est là qu'on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
A qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Gaulois, 1882.)
- PÉTARD. Argot des artistes et
des gens de lettres. Succès bruyant. «Pourquoi ce qui n'avait
pas réussi jusqu'alors, a-t-il été, cette fois, un événement de
librairie? ce qu'on appelle, en argot artistique, un pétard.»
(Gazette des Tribunaux, 1882.)
- PETIT-BLEU. Carte-télégramme.
V. Omnibus.
- PETITE-MAIN. Il est assez difficile
de définir exactement ce que, dans l'argot des ateliers, on
entend par cette expression. L'exemple suivant le fera comprendre:
«Ils n'étaient que sept pour suffire à cela: un homme,
un contre-maître, une femme, la monteuse et sept enfants, les
petites-mains. On appelle petites-mains des jeunes gens, filles et
garçons qui ne sont plus des apprentis et ne sont pas encore des
ouvriers. Il y en a beaucoup même qui n'ont jamais été des apprentis
et ne seront jamais des ouvriers. On les reconnaît à ceci:
qu'ils reçoivent un salaire d'apprenti pour un travail d'ouvrier.»
(Fournière: Sans métier.)
- PEUPLE (Faire un). Argot des
voyous. Faire partie de la figuration dans un théâtre quelconque.
- PEUPLIER. Gros fragment de
tabac.
- PHALANGE. Main.
Ils vous ont des façons étranges,
Pires que des étaux de fer.
De vous écraser les phalanges,
En vous disant: «Bonjour, mon cher!»
(Frondeur, déc. 1879.)
- PHILISTIN. Ouvrier tailleur,
«Les ouvriers aux pièces, les plus gais, ont la qualification de
philistins.» (Henri IV, 1882.)
- PHILOSOPHE. Argot des lycéens.
Elève de la classe de philosophie.
- PIAFFEUSE. La dernière expression
du chic est celle de piaffeuse pour désigner la femme élégante
et bien prise dans le harnais de la mode. Le mot n'a rien de désobligeant;
piaffeuse: qui se tient droite et porte beau.» (Gaulois,
sept. 1887.)
- PIÈCE GRASSE. Argot militaire.
Cuisinier.
- PIÈCE DE SEPT. Individu corpulent.
- PIED. Part. Ce à quoi on a
droit, «Mon pied! ou je casse!
Ma part ou je te dénonce.» (Humbert: Mon bagne.)
- PIED DE COCHON. Farce, tromperie.
Jouer un pied de cochon à quelqu'un, lui faire une plaisanterie
d'un goût douteux.
- PIEDS (Où mets-tu tes). Locution
militaire voulant dire: De quoi te mêles-tu?
- PIERRE BLANCHE. Échafaud.
Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur
la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les
montants de la guillotine.» Je
569
sais ce qui m'attend, les trois pierres blanches ou la perpett.»
(Gazette des Tribunaux, août 1883.)
- PIERROT. Argot d'école. Dans
les écoles d'arts et métiers on désigne ainsi l'élève de première
année. «Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes
plus que des pierrots et des conscrits.» (Univers, 1886.)
- PIGER. Lutter. Se mesurer
avec quelqu'un. «Je ne vois guère que le Président de la République
qui pourra piger avec lui, et encore!» (Figaro, 1882.)—Battre.
- PIGNOCHER. Peindre minutieusement.
Argot des artistes.—Manger du bout des dents.
«Un soir qu'il pignochait des œufs qui sentaient la vesse.»
(Huysmans: A vau-l'eau.)
- PIGNOUF. Elève reçu à l'Ecole
normale, mais qui n'a pas encore subi l'épreuve du canularium.
(V. ce mot.)
- PIGUT. Argot des lycées. Lieux
d'aisances. Piguter, aller aux lieux d'aisances.
- PILLEROT. Voleur.
- PILON. Argent. Argot du peuple.
Pilonner, tuer pour avoir de l'argent.
- PINÇARD. Bon cavalier. Argot
des élèves de l'école de Saumur.
«Il s'en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.
S'il est vraiment pinçard, il entre dans le port.
Mais s'il est maladroit, hélas! pique sa tête.»
(Nos farces à Saumur.)
- PINGOUIN. Terme injurieux.
Synonyme d'imbécile, de propre à rien.
- PIQUE-CHIEN. Argot des élèves
de l'Ecole polytechnique. Le pique-chien n'est point, à proprement
parler, comme le dit Rigaud dans son Dictionnaire d'argot
moderne, le concierge de l'École. C'est un adjudant chargé
de surveiller la sortie et la rentrée des élèves. Comme là se borne
presque toutes ses occupations, il a tout le loisir de dormir, de
piquer son chien.
- PIQUER UNE MUETTE. Faire
silence. Argot de Saint-Cyr. «Aujourd'hui, il sera piqué une
muette au réfectoire.» (Maizeroy: Souvenirs d'un Saint-Cyrien.)
- PIQUER UNE PLATE. Ne pouvoir,
ne savoir répondre aux questions posées à un examen.
Jargon des élèves de l'École navale. Nos lycéens disent: piquer
une sèche. «Le timonier apparaît.—M. A..., au cabinet de babord!—M.
A... court un grand danger de piquer une plate. Heureusement
l'interrogation est remise à huitaine.» (Illustration,
octobre 1885.)
- PIQUER L'ÉTRANGÈRE. Argot
du régiment. Tomber de cheval.
- PIQUER UNE ROMANCE. Dormir.
Argot militaire.
- PIQUER UNE SÈCHE. Argot
des lycéens et des élèves des Écoles. Avoir un zéro, c'est-à-dire
la note très mal, pour une des parties d'un examen. «Il est
constant que tout pipo qui est sorti sans piquer une sèche, de
570
ses examens généraux, se croit parfaitement apte à régenter
l'État.» (Gaulois, mars 1881. V. Delvau: Sec.)
- PIQUER LE TASSEAU (Se).
V. Delvau: Se piquer le nez.
- PISSER DESSUS. Pisser sur
quelqu'un. Le mépriser, n'en pas faire cas. «J'en demande pardon
à M. le maire et à mes collègues du conseil: Je les couvre
de mon mépris et je leur pisse dessus.» (Moniteur universel,
1883.)
- PISTOLET A LA SAINDHOMME.
Petit crochet avec lequel le mégottier exerce son industrie.
- PISTER. Suivre les voyageurs
à la piste lors de leur arrivée dans une ville et leur offrir un
hôtel qu'on leur vante.
- PIVOTER. Argot militaire. Manœuvrer
dur et beaucoup.
- PLACÉ. Argot de turf. Un
cheval est placé quand il n'est distancé par le gagnant que de
quelques longueurs.
«Si votre patriotisme vous pousse à prendre un cheval gaulois
gagnant, gardez-vous à carreau en prenant en même temps
les goddems placés.» (Voltaire, juin 1882.)
- PLANCHE (Faire la). «Ta
maîtresse? il y a un mois qu'elle vient faire la planche dans mon
garni!» (Evénement, 1885.)
- PLANTER. Coïre.
- PLANTER UN CHOU. Tromper
indignement. «Mon ci-devant m'a planté un chou colossal.»
(Réveil, 1882.)
- PLAQUER SA VIANDE SOUS
L'ÉDREDON. Se coucher. «A onze heures et demie on a levé la
séance. Le fait est qu'il était bien temps d'aller plaquer sa viande
sous l'édredon.» (Henri IV, 1882.)
- PLEIN. Argot des joueurs de
roulette. L'un des casiers sur lesquels se trouvent inscrits les
numéros correspondant à ceux de la roulette. Faire un plein,
c'est placer sa mise en plein sur un numéro, au lieu de la disposer
soit à cheval, soit d'une façon transversale.
- PLEUVOIR. Être abondant.
- POCHETÉE. Inintelligence. En
avoir une pochetée, avoir la compréhension difficile.
- POIREAUTER. Attendre quelqu'un
dans la rue.
- POISSEUX. Gandin; fashionable.
Le successeur du petit-crevé. «Ils se réunissent six ou
sept viveurs ou poisseux au café.» (Siècle, 1882.) Poisseuse,
compagne du poisseux. «Dans un boudoir de la rue des Martyrs,
une jeune poisseuse, étendue sur une chaise longue, lit...»
(Henri IV, 1882.)
- POIVROTTER (Se). Se griser.
- POLKA. «Polka ne veut pas
seulement dire danse: c'est sous ce nom que les photographes et
les dessinateurs désignent certains sujets décolletés.» (Evénement,
1882.)
- POLONAIS. Souteneur.—Sorte
de fer à repasser. Argot des
blanchisseuses.
571
- POMPE. Étude. Cours. Argot
des Élèves de l'École de Saumur.
«La Pompe! A ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner... La Pompe, c'est l'étude,
La Pompe, c'est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l'élixir de leurs doctes labeurs.»
(Nos farces à Saumur.)
- POMPIER. Membre de l'Institut
de France. «Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas
le profil de quelque professeur de l'Institut. Au feu! au feu!
Voilà un pompier.» (J. Claretie: Le Million.)
- POMPIER. Dans l'argot spécial
des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive
composée de vermouth et de cassis.
- POMPIER (Faire). Cette expression
s'applique à toutes les compositions littéraires et artistiques
où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués
à l'inspiration originale et à l'étude de la nature. C'est
ainsi qu'on peut être nouveau et moderne dans l'interprétation
d'un sujet emprunté à l'Iliade et qu'on peut, au contraire, faire
pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s'est passée
hier. (V. Le Gil Blas du mois de novembre 1880.)
- PONT (Faire le). Cette expression
est surtout usitée chez les employés d'administration.
Quand un jour non férié se trouve entre deux jours de fête
et qu'on ne vient pas à son bureau le jour de travail, on fait le pont.
- PORTE-CRÈME. Vidangeur.
- PORTEUR DE CAMOUFLE.
Souteneur.
- POSE (Être à la). Afficher de
grandes manières, des prétentions de grand seigneur. «Elle
est bonapartiste, la famille à papa; c'est pas à la pose du
tout.» (Vie parisienne, 1882.)
- POSER UN RAMOLL. Argot des
voyous non conformistes qui désignent ainsi la mise en action de
certaine pratique honteuse dont parle le livre du Dr Tissot, et sur
laquelle il est inutile d'insister. Cette expression, véritablement
imagée, fait songer au ramollissement du cerveau ou de la
moelle épinière dont finissent par être atteints la plupart du temps
les disciples d'Onan.
- POTEAU. Chef de bande,—dans
l'argot des voleurs.
- POTIRON. Argot des élèves de
l'Ecole de Saint-Cyr. Ils appellent ainsi les jeunes gens qui, bien
que de nationalité étrangère, sont admis à suivre les cours de
l'Ecole.
«Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d'élève de Saint-Cyr,
à titre d'étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à
l'Ecole des Potirons.» (Paris, octobre 1885.)
Pouce! Exclamation que
poussent les enfants dans leurs jeux en tenant le bras levé et les
572
doigts fermés, moins le pouce. Les gamins indiquent ainsi avec
cette sorte de drapeau parlementaire qu'ils cessent momentanément
de jouer et qu'on n'a aucune prise sur eux. Ils disent
aussi trèfle, par corruption de trêve.
- POULAINE. Cabinets d'aisance.
Argot du bagne. «On s'entassait à la poulaine (lieux d'aisance)
où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande
abondance l'eau nécessaire à ces ablutions.» (Humbert: Mon
bagne.)
- POUR CHIQUER! Allons donc!
Plaisanterie! Argot du bagne.
- POURLICHE. Pourboire. Jargon
du peuple.
- POUSSER LA GOUALANTE.
Chanter. (V. Delvau: Goualer.)
- POUSSER DANS LE CORNET,
L'ESCARCELLE, LE FUSIL (S'en). Boire, manger. (V. Delvau:
S'en pousser dans le battant.)
- POUSSER UNE BLAGUE. Fumer
une pipe. Argot de l'Ecole Polytechnique.
- POUSSIÈRE (Faire de la). Faire
des embarras.
- POUVOIR SIFFLER. Ne pas
obtenir ce qu'on demande; se passer de quelque chose.
- PRÉFECTANCE. Préfecture de
police. «Sans doute, tant qu'il y aura une préfectance et un
préfet de police, on cognera...»
(J. Vallès.) Delvau donne Préfectanche.
- PREMIER, ÈRE. De qualité
supérieure. «Puis ils inaugurèrent l'argot, parlèrent nègre et
proposèrent aux dîneurs une douzaine, une chablis première, au
lieu de dire: une douzaine d'huîtres, du vin de Chablis,
première qualité.» (G. Claudin.)
- PRENDRE. Terme de turf.
Parier. Prendre un cheval à 6 contre 1 en admettant que le
pari soit de 10 louis, signifie; si le cheval perd, je vous donnerai
10 louis, s'il gagne vous me donnerez 60 louis.
- PRENDRE QUELQUE CHOSE A
LA BLAGUE. S'en moquer; la tourner en ridicule. «C'est dans
le pauvre peuple qu'on l'a prise (une pièce de théâtre) tout d'abord
à la blague.» (F. Sarcey.)
- PRENDRE SES DRAPS. Prendre
le chemin de la salle de police. Argot des élèves de l'Ecole Saint-Cyr.
«Le bazof court le long des lits secouant de la phrase sacramentelle:
Prenez vos draps, les malheureux qui n'ont pas eu le
temps de rapporter leurs matelas.» (Maizeroy: Souvenirs d'un
Saint-Cyrien.)
- PRIME. Premier. Argot des
enfants.
- PRINCESSE. Nom que donnent
les employés de l'Etat à l'administration à laquelle ils appartiennent.
«Un employé du ministère, qui fait une course
pour le service du ministère et qui profite de la voiture pour faire
une visite pour son propre compte, peut passer pour avoir malversé
des fonds de l'Etat en faisant payer à la princesse (c'est comme
573
cela qu'on dit dans les administrations) 2 fr. 25 de fiacre.»
(XIXe Siècle, avril 1887.)
On dit aussi Joséphine.
- PROCHAINE (La). La prochaine
Commune. Argot des partisans de la Révolution sociale
qui désignent ainsi la revanche à laquelle ils aspirent depuis 1871.
- PROLO. Prolétaire, ouvrier.
«M. Jules Ferry, qui est un riche bourgeois, confie aux gendarmes
la garde de sa caisse et la surveillance des prolos.»
(Journal de l'Instruction publique 1882.)
- PSCHUTT. «Le chic est mort,
vive le pschutt.»
Qu'est-ce que le pschutt? On ne le sait pas exactement, et
c'est ce mystère qui en fait tout le mérite. Le pschutt, c'est le chic
ou à peu près. Il y avait trop longtemps qu'on disait: «M. de un tel
a du chic.» On a imaginé de dire: «M. de un tel a du
pschutt.» (Gaulois, janvier 1883.)
- PUBLIC. Dans le langage des
bureaux, un public est la première personne venue qui se
présente dans ces bureaux pour y traiter une affaire. «L'individu
qui se présente au Mont-de-Piété, pour emprunter, s'appelle
un public.» (Max. du Camp: Paris, ses organes.)
- PUR. Elégant, dandy. «Vous
ignorez complètement que de ne pas mettre de pardessus constitue
actuellement ce que nous appelons être pur, ou, si vous aimez
mieux, le chic anglais.» (Evénement, 1882.)
- PURÉE DE CORINTHE. Vin.
574
Q
- QUATRE A SIX. Réception.
Argot des gens du monde. «Il croyait même parfois qu'Olga
avait deviné son désir, et lorsqu'à ces quatre à six de Mme de Barberine.»
(F. Coppée.) Actuellement le quatre à six a fait place au cinq
à sept; c'est toujours la même chose; il n'y a que l'heure de
changée. «Les soirées du reste ne sont pas difficiles à passer;
dès qu'arrivent les cinq à sept on a maint salon accueillant et mainte
potinière mondaine.» (Illustration, janvier 1888.)
- QUITOURNE. Fenêtre.
575
R
- RABATTEUSE. Petite voiture
qui va chercher des voyageurs dans les communes avoisinant Paris.
- RABIAU. Bénéfice. «Les pourboires
cachés;... les rabiaus sur le fourrage...» (Huysmans; Sœurs Vatard.)
- RADIS NOIR. Gardien de la paix.
- RAMASSER UNE PELLE. Tomber.
Jargon des voyous. «M... alors...; j'ramasse une pelle... C'est c'cui-là qui m'a poussé.»
(R. Ponchon.)
- RAFRAÎCHIR (Se faire). Se
faire couper les cheveux, la barbe. «L'autre soir, j'étais entré
chez un coiffeur du boulevard, avec l'intention de me faire
rafraîchir...» (Gil Blas, 1881.)
- RANCART. Objet de peu de
valeur. «La plupart des volumes entassés dans les caisses étaient
des rancarts de librairie, des rossignols sans valeur; des romans
mort-nés...» (Huysmans: A vau-l'eau.) Mettre au rancart, abandonner,
jeter dans un coin. C'est le synonyme de mettre au cabinet, d'Alceste.
- RAMONER (Se faire). Se confesser.
- RANCKÉ. Pièce de deux francs.
- RASSEMBLER (Se faire). Argot
militaire. Se faire réprimander, punir.
- RATEAU. Gendarme, agent,
dans l'argot des malfaiteurs. «Le terme est nouveau; veuillez ne
pas l'oublier et remarquer toute la justesse de l'expression. L'agent
de police en effet nous ratisse et nous englaise dans la
piaule.» (A. Belot: Le Roi des Grecs).
«Faut suriner les pantres
A coups d'couteaux dans le ventre
Et crever d'coups d'marteaux
La cervelle aux rateaux.»
(Chanson, 1884.)
- RATISSÉ. Gandin, fashionable.
Ç'a été le nom à la mode
576
en 1885 pour désigner le continuateur du poisseux, du genreux.
«Les jeunes ratissés (le terme est nouveau pour dire
gommeux ou petit crevé), les ratissés ont couru et courent
encore, comme un seul homme, lorgner, applaudir, rappeler La
Goulue et Grille d'Egout... Pourquoi les ratissés? Est-ce parce
que le jeu, le baccarat, les petits-chevaux des bords de la mer ou
les steeple-chases leur vident à la fois la bourse et la cervelle et
les ratissent comme le rateau du croupier? Est-ce au contraire
parce que le coiffeur sue sang et eau à les épiler, les coiffer, les
brosser et leur ratisse les favoris, la moustache et la chevelure
(quand ils en ont), comme le jardinier ratisse les allées d'un
jardin bien entretenu?
«Je n'en sais rien; le fait est que les petits crevés sont devenus
les ratissés.
«Le ratissé a son féminin: la ratissée. Et je m'imagine qu'aussi
bien que le croupier, la ratissée ratisse le ratissé. Le nouveau
nom doit venir de là.» (Illustration, octobre 1885.)
- RAVINE. Plaie. Cicatrice.
«Est-elle bête de suivre un homme qui la bat! C'est moi
qui le ficherais en plan! Et elles-mêmes arrivaient avec un pochon
ou des ravines sur le visage...»
(Huysmans: Sœurs Vatard.)
- RÉCENT (Avoir l'air). Marcher
droit, avoir l'air de pouvoir se tenir sur ses jambes, quand
on a trop fêté Bacchus. «Allons Ringuet, faut être sérieux; v'là
qu' t'approche de ta turne; faut qu' t'aies l'air récent.» (Monde
plaisant, 1880.)
- RÉFEC. Réfectoire. Argot de
Polytechnique.
- RELANCEUR DE PLEINS. Variété
de grec. «Plus nombreux encore ceux qui n'ont jamais
soupçonné l'existence du relanceur de pleins.» (Henri IV, 1881.)
- RELEVER LE CHANDELIER.
Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d'une fille.
- RELEVEUR DE FUMEUSE.
Souteneur.
- REMUER LA CASSEROLE.
Faire partie de la préfecture de police. Argot des voleurs.
- RENACLE. Police de sûreté.
- RENDU. «Petit ou gros, cher
ou bon marché, l'objet qui déplaît au public rentre dans le
grand bazar, et le caissier qui a reçu l'argent rend cet argent...
Dans le sous-sol on appelle ces objets les rendus.» (Giffard:
Les grands bazars.)
- RENIFLETTE. La police. Argot
des malfaiteurs. Le mot est joli, imagé et rend bien l'idée de l'agent
qui renifle, donne du nez comme le chien en quête de gibier.
- RENIQUER. Être de mauvaise
humeur, rager. Argot de barrières.
- RENIFLER. Aspirer, prendre
l'eau. «La plus jeune avait... des bottines qui renifflaient l'eau.»
(Goncourt: La Faustin.)
577
- RENOUVELLEMENT. Argot de
café-concert. Dans ces établissements, le prix de la place occupée
donne droit à une «consommation» gratuite. Si vous
désirez prendre de nouvelles consommations
vous les payez suivant le tarif des cafés ordinaires. Ce
sont ces nouvelles consommations oui prennent le nom de
renouvellement.—«Au dedans, la salle était comble... les
garçons ne savaient où donner de la tête; les renouvellements pleuvaient.
Les bocks et les flacons vides s'amoncelaient sur les
comptoirs...» (Gaulois, 1882.)
- RÉPARER. Argot des collèges
et pensions. Réparer, c'est apprendre à nouveau une leçon qui
n'est pas suffisamment sue.
- REPOSOIR. Hôtel garni. Argot
des voyous. «Les garnis sont le plus bel ornement de la
rue. Ils ont aussi leurs noms: reposoirs ou assommoirs!» Henri IV, 1882.)
- REPOUSSER DU GOULOT. V.
Delvau: Repousser du tiroir.
- RESPECTER SES FLEURS. Garder
sa virginité. «Ma sœur ne peut pas respecter ses fleurs jusqu'à
la fin du monde...» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- REQUINQUAGE. Mise, accoutrement
ridicule. «Elle ne songeait pas le moins du monde à
lui reprocher son requinquage qui n'avait rien à voir avec la
dernière mode.» (Barot: Le fort de la halle.)
- RESSORTS. Parties génitales
de la femme.
- RETAPER LE DOMINO (Se
faire). Se faire arranger la denture. On dit aussi Se faire repaver
la rue du bec.
- REVERS (Faire un). Argot de Grecs.
Perdre volontairement en taillant une banque et céder la
place à un compère auquel on a le soin de donner des séquences.
- REVOLVER A DEUX COUPS.
Arc rot des voyous. Le membre viril.
- REVOYURE (A la). Expression
parisienne synonyme de: Au revoir. «Les opinions sont
libres... Comme tu voudras... adieu... à la revoyure.» (Job: L'homme à Toinon.)
- REZ-DE-CHAUSSÉE (Petit).
«On appelle petits rez-de-chaussée les jeunes gens à la
mode qui ont, en quelque coin de Paris, un rez-de-chaussée, la
plupart du temps meublé avec un grand goût et où les jolies
visiteuses peuvent entrer. Les petits rez-de-chaussée sont les
élégants et les gommeux du moment.» (Illustration, juillet 1887.)
- RICHE (Être bien). Se griser.
- RIGADE. Soulier.
- RIGOLADE (Être à la). S'amuser.
«Le vieux ronchonnait contre les jeunes gens qui sont trop à la rigolade, et pas assez
à l'étude.» (Réveil du Père Duchêne,1881.)
- RIGOLO. Revolver. Argot du
peuple. «Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte
(du cabaret). Vacheron sortit
578
armé d'un bâton pour les repousser. A ce moment, l'un des
agresseurs dit à Gauthier (un inculpé): Prends ton rigolo.»
(Le Droit, avril 1886.)
- RINCER L'œIL (Se). Regarder
complaisamment quelque chose ou quelqu'un. «Depuis notre
arrivée, vous n'avez cessé de vous rincer l'œil de toutes ces
créatures éhontées...» (Chavette.)
- RINCLEUX. Avare. Terme
d'atelier.
- ROGNURE. «Quand le concours
(du Conservatoire) est achevé, quand le dernier élève
a fini d'envoyer son morceau, sa rognure, comme disent ces
jeunes gens dans leur argot, alors vient se placer l'instant pénible
et douloureux de la délibération.» (Figaro, juillet 1884.)
- ROND DE CUIR. Vieil employé.
Fonctionnaire inintelligent. S'endormir sur son rond de cuir, ne
pas faire son chemin.
- RONDE DES GUEUX. «La police,
en son argot pittoresque, appelle ronde des gueux le
voyage circulaire qu'accomplissent autour de la capitale, en
bande organisée, les sans-logis de la banlieue.» (National, janvier
1888.)
- RONDIER. Surveillant. Il fait
des rondes. Argot du bagne.
- RONGEUR. Voiture de place
prise à l'heure.
- ROSSIGNOLISER. Vendre des
objets défraîchis, sans valeur, des rossignols.
- ROUEN (Faire un). Argot des
commis de nouveauté. Id est faire l'article à un client qui part
sans acheter; le Rouen c'est le client. «Ça paraît vouloir s'allumer
un peu, dit Hutin à Favier; je n'ai pas de chance, il va
des jours de guignon, ma parole. Je viens encore de faire un
Rouen; cette tuile ne m'a rien acheté.» (Zola: Au bonheur des Dames.)
- ROUFLAQUETTE. Souteneur
de bas étage.
- ROULANTE. Fille publique. On
dit plus communément rouleuse.
- ROULER LA BROUETTE A
BIRIBI. Être envoyé dans un régiment de discipline. Argot de
caserne. «Il amassa un nombre incalculable de jours de consigne
et de salle de police, et vint enfin, comme disent les troupiers,
rouler la brouette à biribi, c'est-à-dire qu'il fut envoyé aux compagnies
de discipline.» (Triboulet, mars 1884.)
- ROULIER. V. Delvau. Roulottier.
- ROUPION. Commis de nouveautés.
Il tient le milieu entre le commis vendeur et le bistot.
- ROUPILLON. V. Delvau. Roupilleur.
- ROUPIOU. Dans les hôpitaux
de Paris, étudiant en médecine qui remplace bénévolement un
externe dans son service.
- ROUSTONS. Le scrotum.
- ROUTIÈRE. Prostituée qui
exerce son métier sur les grandes
routes.
579
S
- SAC (En avoir son). Ne plus
pouvoir supporter quelqu'un ou quelque chose. «Entre nous, le
mari d'Emma! j'en ai mon sac!» (Cadol: La colonie étrangère.)
- SAC A CHARBON. Prêtre,—dans
l'argot des voyous. «Le prêtre qui tout à l'heure leur a
fait entrevoir (aux enfants) la douce figure du Jésus évangélique,
ils le rencontrent; du coin d'un carrefour, ils crieront:
couac, l'appelleront corbeau ou, d'un mot plus à la mode en ce
moment: sac à charbon.» (Figaro, août 1884.)
- SACHET. Bas, chaussette.
- SALBINET. Argot de l'Ecole
Polytechnique. «Salbinet!» crie un tambour, en ouvrant la porte
d'une salle où travaillent une dizaine d'élèves. Cela veut dire:
Le capitaine prie le sergent de la
salle de passer au cabinet du chef
de service pour y entendre une communication du commandant
de l'école et la transmettre à ses camarades.
- SALÉ. Mordant, violent. «Le
lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre
un peu salée.» (Armand Silvestre.)
- SALER (Se faire). Contracter
une maladie vénérienne.
- SALIR LE NEZ (Se). Se griser.
- SALOPER. Argot des élèves de
l'école des Beaux-Arts. «La seule chose qui soit interdite, c'est de
saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot, c'est le mot
usuel, adopté. M. Dubois (le directeur de l'école) met son
nom au bas d'un avis dans lequel on lit: Il est formellement
interdit de saloper avant tel jour. Qu'est-ce donc que saloper?
C'est entrer dans la loge les uns des autres pour y formuler son
appréciation sur l'œuvre du voisin.» (Liberté, août 1883.)
- SANDWICH. Le mot date de
1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois,
de pauvres diables se promener,
580
moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et
dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes,
fixées l'une sur la poitrine et l'autre sur le dos, pancartes
sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce.
Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait
encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie
n'étaient haves et déguenillés et ne rappelaient qu'approximativement
le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu'aimait
si fort le comte Sandwich. «On s'amusa d'abord des sandwiches
qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne,
enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames
bariolées.» (Dix-neuvième siècle, décembre 1886.)
- SANG DE BœUF. Saladier de
vin chaud. Argot du peuple. «Assise à une table graisseuse,
vis-à-vis d'un homme en accroche-cœurs, elle aspire les parfums
grossiers d'un saladier de vin chaud, d'un sang de bœuf,
comme cela s'appelle là-bas.» (Evénement, septembre 1885.)
- SANSONNET. Gendarme. Argot
des rôdeurs de barrière.
- SANTARELLE (Faire une). Argot
des grecs. Lancer à son partenaire les cartes aussi haut que
possible afin de pouvoir jeter un coup d'œil en dessous, ce qui
permet de les voir et de jouer en conséquence.
- SATISFAIRE (Se). Aller à la
selle.—Copulare. «Sa faim charnelle lui permettait d'accepter
les rebuts de l'amour. Il y avait même des soirs où, sans le sou,
et par conséquent sans espoir de se satisfaire...» (Huysmans: A
vau-l'eau.)
- SAUMURIEN. Elève de l'Ecole
de Saumur. «Tout Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro,
l'Union et la Gazette de
France.» (Nos farces à Saumur.)
- SAUVETTE. Argent.
- SAVONNER. Argot de chanteurs.
Faire des ports de voix. «Mademoiselle S... a de l'habileté
quoiqu'elle ait savonné certains traits.» (Liberté, 1882.)
- SCHNAPPS. Eau-de-vie.
- SCOLO. C'est ainsi que le
peuple, à Paris, appelle l'enfant qui fait partie d'un bataillon scolaire.
Scolo est d'un usage courant. «Vous connaissez les scolos,
n'est-ce pas? C'est ainsi que l'on nomme en langage populaire,
les bataillons scolaires.» (Liberté, février 1886.)
- SCORPION. «On appelle ainsi,
paraît-il, à l'école de la rue des Postes, les minorés qui suivent
les cours des élèves.» (Figaro, avril 1887). Il a paru, en 1887,
sous ce titre: Le Scorpion, un roman de M. Marcel Prévost.
- SÉCHER. Boire. «Sa plus
grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de
bocks chaque soir.» (Figaro, 1882.)
- SECOUER LE PETIT HOMME.
Polluer.
581
- SECOUSSE (N'en pas f... une).
Argot militaire. Paresser, ne rien faire. On dit plus communément:
N'en pas f... un coup.
- SECOUER SES PUCES. Danser.
«Elle s'était trémoussée dans un ballet de la Porte-Saint-Martin;
maintenant, elle secouait ses puces, comme elle disait élégamment,
dans tous les bastringues voisins.» (Gaulois, 1881.)
- SEMAINE. Expression empruntée
au service des caporaux et des sous-officiers. Ex.: C'est
à moi que tu contes cela? je ne suis pas de semaine.—Moyen
expéditif de faire rompre un fâcheux. (Ginisty: Manuel du parfait
réserviste.)
- SEMPERLOT. Tabac.—«Eh!
Rocambole, par ici! Un cornet de semperlot.» (Humbert: Mon
bagne.)
- SÉNATEUR. On appelle ainsi
les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des
planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les
richards de l'hôtel. La planche coûte un sou par jour. (Voltaire,
1882.)
- SERGENT DE CROTTIN. Sous-officier
à l'Ecole de Saumur. «Quant aux malheureux sous-officiers,
baptisés du nom poétique de sergents de crotin...»
(Nos farces à Saumur.)
- SHOOTER. Qui fait partie d'une
société de tir aux pigeons. Shooting, tir aux pigeons. Encore
l'anglomanie. «Aucun des shooters qui fréquentent le Gun Club
n'a quitté Paris.» (Bien Public, 1882.)—«Mon devoir de chroniqueur
m'oblige à signaler les épreuves internationales qui viennent
d'avoir lieu dans les deux grands centres de shooting
d'Outre-Manche.» (Union, 1882.)
- SIBIGEOISE. Cigarette. «Parmi
eux, pas une pipe; c'est trop commun! La sibigeoise (cigarette),
à la bonne heure.» (Humbert: Mon bagne.)
- SILOS. Punition infligée aux
soldats des compagnies de discipline.
- SIPHON (Faire). Argot du
peuple. Vomir.
- SLAZE. Ivrogne.
- SOCE. Société.
- SOIRÉE BLANCHE. Soirée où
il n'y a que des intimes, où se trouve banni l'apparat des grandes
réceptions. «Chaque hiver, elle donnait plusieurs grandes
fêtes...; entre temps, elle conviait ses intimes à des soirées
blanches.» (H. Tessier: Madame Vidocq.)
- SOIREUX, SOIRISTE. Nous
avions déjà les lundistes et les salonniers, voici maintenant les
soireux et les soiristes (l'un et l'autre se dit ou se disent), c'est-à-dire,
dans le jargon du jour, les journalistes chargés de faire
ce genre d'articles, qu'Arnold Mortier inventa dans le Figaro
sous cette rubrique: La Soirée parisienne. C'est, je crois, à
M. E. Bergerat que revient la paternité de ces deux nouveaux
vocables. «Quelles patraquées petites femmes que vos confrères
éminents, les soireux sympathiques!»
582
(France libre, janvier 1886.)
- SOIXANTE-SIX. Variété de souteneur.
- SOMMIER DE CASERNE. Fille à soldats.
- SONNETTE. Auxiliaire, femme
de service, chargée, à la prison de Saint-Lazare, de se tenir à la
disposition des employées et des sœurs et de répondre à leur
appel. Les sonnettes vont chercher dans les cours, dans les
préaux, dans les bâtiments et amènent dans les bureaux les
détenues dont on a besoin pour un service quelconque.
- SOUBROCHE. Souteneur. Argot
des voyous.
- SOUPER DE. Avoir assez de
quelque chose. Argot militaire.
- SOURDE. Prison.
- SOURNOISE. Dans le langage
spécial des employés, qu'ils appartiennent à une administration
publique ou particulière, la sournoise est ce que leurs chefs
et eux-mêmes appellent en style correct la feuille de présence,
feuille traîtresse sur laquelle on doit plusieurs fois par jour et
à des moments imprévus apposer sa signature de façon à prouver
qu'on est bien à son bureau et non au café voisin. Le plus souvent
par une malchance fréquente la sournoise passe quand
la plupart des employés sont illégalement absents.
- SOUS-DERN. Argot des écoliers.
Avant-dernier.
- STARTER. Argot de courses.
Celui qui donne aux jockeys le signal au départ.
- STRAPONTIN. Petit matelas en
galette, étroit et plat.
- STRAPONTIN. Ce mot, en
langage très familier, désigne l'objet de toilette que les femmes
appellent du nom de tournure. «Grande bataille! Entre qui?
Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle
strapontin en langue fantaisiste, l'appendice proéminent que les
dames portent en ce moment au-dessous de la taille.» (Monde
illustré, novembre 1885.) (V. les mots nuage et tapez-moi ça dans
le Supplément.)
- SUBLIMEUR. Bon écolier.
- SUBURBAIN. Le public qui
suit les courses de chevaux appelle ainsi dans son jargon particulier
tout champ de courses situé dans la banlieue de Paris;
celui de Saint-Ouen, par exemple. «Elle ne manquait pas une
journée de courses; oh! à Longchamps et à Chantilly, tout au
plus à Vincennes; elle ne se commettait pas dans les suburbains,
là où l'écurie n'était pas représentée.» (Vie Parisienne,
septembre 1887.)
- SUIFFARD. Argot de cercles,
de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements
borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en
quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif
étant fait avec de la graisse.
- SURFINE. Femme qui s'introduit
583
chez les personnes âgées et les vole sous prétexte de quêter
en faveur des pauvres.
- SURMENEUSE. C'est ainsi
qu'on désigne maintenant les les filles à la mode. Elles surmènent
de toutes façons les heureux mortels qu'elles ont daigné
distinguer. Allusion au surmenage intellectuel dont on parle
tant aujourd'hui. «Une voiture emportant une de nos surmeneuses
connues croise une victoria où sont deux de ses collègues.»
(Charivari, nov. 1888.)
- SURNU. Surnuméraire. Argot
des employés d'administration,
en général.
584
T
- TABLEAU DES IDIOTS (Être
sur le). Être pourvu d'un conseil judiciaire. Jargon des clercs
de notaire. On sait que dans chaque étude se trouve à la disposition
du public, un tableau ou un livre sur lequel figurent
les interdits, les prodigues, tous ceux enfin qui ne jouissent pas
de la plénitude de leurs droits.
- TALA. Elève de l'Ecole normale
ayant des principes religieux
et pratiquant.
- TAMBOUILLE. Delvau donne
à ce mot le sens de ragoût, de fricot, ce qui est exact; tambouille
s'emploie aussi chez les soldats d'Afrique qui appellent
ainsi leur gamelle.
- TAPEZ-MOI ÇA. Le tapez-moi
ça, désigne dans le langage plus que familier cet objet de toilette
qu'on nomme une tournure. «Voici que nous sommes toutes
contraintes de porter la tournure, l'ajustement qu'on a appelé
irrévérencieusement le tapez-moi ça.» (Gil Blas, octobre
1885.) On dit aujourd'hui nuage; v. Supra.
- TAMPONNER LE COQUILLARD.
(Se). Se moquer de.
- TAMPONNER. Rudoyer. «Ah!
tu me tamponnes, s'écrie-t-il, je te reconnaîtrai à la prochaine.»
(Figaro, 1880.)
- TAPE-CUL. Argot militaire.
Manœuvre sans étriers.
- TAPER (Se). Se voir refuser
quelque chose; s'en passer.—Se masturber.
- TAPEUSE. Prostituée qui, sans
faire payer ses services, emprunte aux clients des sommes
plus ou moins élevées qu'elle ne rend bien entendu jamais. (Réveil.)
- TATEUR. Fausse clef.
- TAUPINER. Assassiner.
- TÉLÉGRAPHE (Faire le). «A
cette énumération il faut ajouter le truc du télégraphe qui s'emploie
585
pour tous les jeux de cartes. Faire le télégraphe, envoyer le
duss ou le sert (V. Delvau, Sert), c'est faire connaître au complice
qui tient les cartes, le jeu de la victime derrière laquelle on se
tient à cet effet en paraissant prendre un grand intérêt à sa
partie.» (Henri IV, 1881.)
- TENIR. Argot théâtral. Tenir
l'affiche, se dit d'un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent
souvent sur l'affiche. «Voici maintenant dix-sept ans
bien comptés qu'il (M. V. Sardou) tient l'affiche, comme on
dit dans le familier langage des coulisses.» (Revue des Deux-Mondes,
1er mars 1877.)
- TÉNOR. Argot de journaliste.
Ecrivain qui rédige habituellement l'article de tête du journal.
- TERRASSE. La partie du trottoir
envahie par les tables et les chaises de MM. les cafetiers.
- TÊTE A L'HUILE. Chef de la
figuration dans un théâtre.
- TÊTE DE PATÈRE. Variété de
souteneur.
- TÊTE DE PIPE. Idiot. La variante
est: moule à chenets.
- TIERCE. Argot de bagne.
Bande d'individus.
- TIFFES. Cheveux.
- TOMBAGE. Critique, éreintement.
Mot très familier. (V. Tomber dans le corps du Dictionnaire.)
«On s'attendait à un rapport de M. M... et à un tombage
du préfet et l'on s'est perdu dans des broutilles.» (Gil Blas,
juillet 1886.)
- TOMBER DANS LA DÈCHE. (V.
Delvau au mot Dèche.) «Certains naïfs libidineux se laissent duper
par les macettes qui ont la spécialité de fournir aux bons
jeunes gens tout ce qu'il y a de mieux en fait de femmes du
monde tombées dans la dèche.» (Figaro, mars 1887.)
- TOMPIN. Tompin qui, en 1882,
n'était qu'un adjectif a passé depuis au rang de substantif argotique
et est devenu synonyme d'homme élégant, à la mode.
Au féminin on dit, ou plutôt on a dit (car le mot n'est plus usité)
tompinette. «Le vrai bel air est aujourd'hui de s'étudier à paraître
simple et de laisser aux tompins et aux tompinettes les
exhibitions de quatre ou cinq toilettes par jour.» (Figaro, août 1885.)
- TOPO. Circulaire; proposition,
motion. Argot des élèves de l'Ecole polytechnique.
- TOQUARD. Argot de courses.
Cheval sur lequel on a placé son argent, d'inspiration, sans
savoir pourquoi. «Il y a trois manières de jouer très en usage.
L'inspiration, c'est-à-dire prendre un toquard, parce qu'il porte le
nom de la personne aimée, celui de votre chien ou le numéro
d'un cabinet particulier...» (Vie parisienne, juin 1884.)
- TORCHÉE. Coups. Rixe.
- TORCHER. Faire vite et mal.—Manger.
Torcher les plats. Avoir appétit.
- TORCHON. Argot de cabotins.
La toile, le rideau.
586
- TORTILLER LE CARTON. Jouer
aux cartes. «Parfois deux sociétés
font alliance pour tortiller le
carton. C'est l'expression consacrée
par les joueurs de besigue,
de piquet à quatre, ou de rams.»
(Réveil, 1882.) V. Delvau: Carton.
- TORTILLER LA VIS. Étrangler.
«Je l'avais prévenu que s'il faisait un mouvement, j'allais lui
tortiller la vis.» (Gazette des Tribunaux, 1864.)
- TORTORAGE. Nourriture.
- TOUPIE. Dame d'un jeu de
cartes.
- TOUR (La). La Préfecture de
Police.
- TOUR DE CLEF (Se donner un).
Se reposer, se refaire, se mettre au vert. «Apollinaris est venu
passer cinq ou six semaines à Aix-les-Bains, histoire de se redonner
un tour de clef.» (Raoul Nest: Les mains dans mes poches.)
- TOURLOUSINE (Administrer
une). Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs. «Les inculpés
reconnaissent qu'ils ont été chargés par l'inconnu de frapper
M. P..., de lui administrer une tourlousine, dit Zulpha (un des
inculpés).» (Autorité, janvier 1888.)
- TOURNÉE PASTORALE. Tournée
qui a lieu en bande, le soir, après un bon dîner, dans des
maisons hospitalières. La tournée pastorale implique ordinairement
la flanelle.
- TOURNE-VIS. Gendarme. Argot
des malfaiteurs. «Le gendarme est naturellement l'obsession
du repris de justice; il le voit partout et l'a baptisé d'un
nom caractéristique; le tourne-vis.» (Figaro, février 1885.)
- TRAIN (Être dans le). Suivre
les caprices de la mode; accepter toutes les innovations. Nous
avions déjà dans la langue familière: être dans le mouvement,
suivre le mouvement, cela ne suffit plus et, le progrès aidant,
il faut être aujourd'hui dans le train!—«Je crois devoir avertir
Monsieur qu'il n'est plus dans le train.—...?—Encore un progrès,
Monsieur, les voyages n'ont rien à faire ici; être dans
le train veut dire: suivre le progrès.» (National, décembre 1886.)
- TRAIN JAUNE. «Elles (les
femmes de mœurs faciles) commencent à persiller dans les trains
de chemins de fer; il y en a même qui ne font qu'exploiter
les trains jaunes qui emmènent chaque samedi de Paris, pour les
ramener le lundi, les commerçants
dont les femmes sont aux bains de mer.» (Figaro, 1882.)
- TRAINARDS (Faire les). Argot
des cercles, des tripots. C'est ramasser les masses, les jetons
oubliés sur les tables de jeux.
- TRANCHE (En avoir une). Être
inintelligent.
- TRANSVERSALE. Argot de
joueurs. On joue la transversale, quand, à la roulette, on place
son enjeu transversalement, c'est-à-dire sur la ligne qui sépare
deux numéros entre eux.
587
- TRAVAILLEUR. Voleur.
- TRÈFLE! Argot des enfants.
(V. Pouce.)
- TRÈFLE. Argent monnayé.
Argot des gavroches.
- TREMBLEUSE. Sonnette électrique.
- TRIMARDEUR. Voleur de grand
chemin. (V. Delvau: Trimar.)
- TRIMBALLEUR DE ROUCHIES.
Souteneur.
- TRINQUER. Ce verbe, qui,
dans l'argot, a le sens propre de être battu, s'emploie aussi au
figuré comme synonyme de: être malmené, être tancé. «Il
faut que M. B... (qui a fortement trinqué dans cette séance) et les
actionnaires résilient leurs baux.» (Intransigeant, sept. 1888.)
- TRIPATOUILLER. Manier maladroitement
quelque chose; mêler, embrouiller, rendre confus,
tripoter. N'en déplaise à M. Bergerat qui a lancé ce verbe au
commencement de cette année 1888, ce mot est un barbarisme,
barbarisme voulu, je le veux bien, mais enfin barbarisme.
Que ne se servait-il pour exprimer sa pensée, du mot touiller,
inusité aujourd'hui, sauf dans le centre de la France, où il signifie
crotter, salir. Touiller a ses quartiers de noblesse puisqu'au
temps de Charles VII, c'est-à-dire au XVe
siècle, on l'employait aux sens de salir et brouiller. Il
y avait même le substantif touilleur, brouillon, qu'on trouve dans
Cotgrave et qui est aujourd'hui remplacé par tripatouilleur. On a
même inventé tripatouille et tripatouillage.
«Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre
de l'Odéon, d'avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez
le verbe, il est pittoresque.» (Illustration, janvier 1888.)
«C'est à vous, Caliban, à qui je veux parler.
Vous avez un défaut que je ne puis céler.
Vous créez chaque jour quelque néologisme
Qui n'est, le plus souvent, qu'un affreux barbarisme.
Ainsi tripatouillage est votre enfant nouveau;
Tripatouille est de mode. On ne sait ce qu'il vaut
Mais on s'en sert......
On dit: je tripatouille et nous tripatouillons.
Tripatouiller est donc le vocable à la mode.»
(Événement, janvier 1888.)
- TROIS-PONT. Casquette en
soie assez haute; à l'usage de MM. les voyous. «Je les (les
Alphonses) rencontre encore qui rôdent en bande, les cheveux
effilés, en corne de bœuf, sur les tempes obscurcies par le trois-pont.»
(Huysmans: Une goguette.)
- TROLIER. Individu, commissionnaire
qui va offrir de porte en porte aux marchands de
meubles le travail de l'ouvrier qui est à son compte. Dans l'argot
du faubourg Saint-Antoine on appelle cet ouvrier un choutier.
- TRONC D'ARBRE. Nervure de
la feuille de tabac que l'on trouve dans le scaferlati non trié.
(V. Peuplier.)
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- TRUC (Faire le). Argot des
filles. Raccoler.
- TRUQUEUR. Individu du troisième
sexe qui vit de son... industrie.
- TUILER. Regarder quelqu'un
d'un œil soupçonneux.
- TURBAN (Valeur à). Valeur
turque. «Les valeurs à turbanrésistent difficilement.» (Presse,
1882.)
- TUTOYER. Dérober; on dit
aussi effaroucher.
- TUYAU. Argot de sport. Renseignement.
«De plus, sportwoman passionnée et renseignée
admirablement. Elle possède, comme on dit, les meilleurs
tuyaux.» (Gazette de Cythère, journal, 1882.)—En argot financier,
avoir un tuyau signifie avoir reçu confidence d'un mouvement
préparé par les banquiers, maîtres du parquet. «Rachetons,
avait dit Léontin.—Pas encore, avait répondu le fils Marleroi.
Ça n'est pas fini. La panique gagne les départements. J'ai un
tuyau. Nous pouvons racheter plus bas encore.» (Cadol, La
colonie étrangère.)
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U
- UN, DEUX, TROIS, etc... Argot
théâtral. Acte premier, deuxième, troisième, etc... d'une pièce. «A
partir du quatre, mademoiselle Sarah Bernhardt est supérieure à
elle-même.» (Evénement, 1882.) «Il suffit d'obtenir un engagement
de M. Montrouge et de venir annoncer à la fin du deux
que le dîner est servi.» (Evénement, 1881.) C'est le deux, le trois,
qui marche. C'est le deuxième, le troisième acte que l'on joue.
- URBAINE. Fiacre; voiture de
place appartenant à la Compagnie dite l'Urbaine. «Une Urbaine
accoste, une tête de femme paraît à la portière.» (Vie Parisienne, 1882.)
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V
- VACHARD. Paresseux, fainéant;
qui s'étend paresseusement comme une vache au lieu de travailler.
- VACHE. Qui se vend à la police,
mouchard.
- VACHER. Paresser.
- VALSER DU BEC. Avoir l'haleine
fétide.
- VANDALE. Poche vide.
- VAUTOUR. Grec. «Tous les
joueurs ont commencé par être d'honnêtes joueurs; ils ont été
pigeons avant d'être vautours.» (Henri IV, 1881.)
- VELOURS (Jouer sur le). Cette
expression fait aussi partie de l'argot du turf. «En Angleterre,
les grandes écuries ont presque toutes une personne de confiance
qui s'occupe spécialement des paris à faire sur leurs chevaux.
Ces spécialistes ont besoin d'aides, car si l'on donne de gros
ordres, il faut qu'ils soient exécutés simultanément dans les
divers cercles de Londres.
De cette façon, on écrème le marché dans une matinée et
quand le cheval sur lequel on fonde des espérances arrive en
bon état au poteau, on peut le rendre à une cote très inférieure
et, de cette façon, gagner beaucoup en ne risquant guère. C'est
ce qu'on appelle en argot du turf: jouer sur le velours.» (Charivari,
avril 1884.)
- VENDÔME. «Il est défendu (à
Nouméa) de jouer à des jeux de hasard. Cependant, toutes les
nuits, dans l'une de ces chambrées, on joue le vendôme, sorte
de lansquenet spécial.» (Nouvelle Revue, 1er avril 1884.)
- VENTRE D'OSIER. Homme
maigre. On dit aussi sac d'os.
- VERRE EN FLEURS (Donner un
beau). Donner de belles cartes à son adversaire. «Cette locution
n'a cours que dans les tripots et parmi les joueurs qui les fréquentent.
«Je vous ai relevé par un beau verre en fleurs,» c'est-à-dire
que je vous ai distribué
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de belles cartes pour vous donner du courage, vous allumer,
vous faire augmenter votre enjeu.» (Belot: Le Roi des Grecs.)
- VERSEUSE. «Il fréquente les
établissements dits cafés à femmes, où les garçons sont remplacés
par des demoiselles appelées verseuses.» (Frondeur, 1880.)
- VÉSUVE (Faire son). Faire des
manières, des embarras; poser. «Plantin, rappelle-toi que le vol
conduit aux plus grandes fautes et même au vice!—Plantin:
Fais donc pas ton Vésuve!...» (Petit Journal.)
- VÉSUVER. Donner largement,
libéralement. «Tu as un nourrisseur qui te vésuve des jaunets
quand tu lui dis: Mon Prince.» (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- VEUVE. Non conformiste qui
se prête... aux plus bizarres exigences.
- VIATIQUE. «Littré appelle
viatique l'argent qu'on donne aux religieux pour leurs dépenses
de voyage. Enlevez les religieux, expulsez-les, remplacez-les par
des joueurs et vous aurez la véritable signification du mot en
langage monégasque.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
- VIATIQUE VERT. Absinthe.
«Le commandant Monistrol se versant, au moment d'expirer,
le viatique vert.» (Th. de Banville.)
- VIDER. Assommer, tuer. «On
dut s'interposer; la mère Teston perdant toute mesure, ne parlait
de rien moins que de le vider. (Huysmans: Sœurs Vatard.)
- VIGOUSSE. Vigueur, entrain.
«Ça ne va pas, mais ça ne va pas du tout aujourd'hui... pour
l'amour de Dieu, Mesdames et Messieurs, un peu de vigousse,
donc!...» (De Goncourt: La Faustin.)
- VIEILLISSEUSE. «J'ai fait la
connaissance d'une vieille femme qui exerce aujourd'hui la profession
de vieillisseuse... nos boulevards, vous le savez, sont
sillonnés de petites marchandes d'amour que leur extrême jeunesse
expose souvent aux indiscrétions de la police... A l'aide
de certains onguents, elle (la vieillisseuse) parvient à donner
aux traits trop tendres des gamines l'expression d'un visage
de 18 à 25 ans.» (Figaro.)
- VINAIGRETTE. Argot des
voyous et des malfaiteurs. La vinaigrette est cette voiture, peinte
en vert foncé, que nous avons vu circuler par les rues et qui va
prendre dans les différents postes de police, pour les conduire au
Dépôt près la Préfecture, les personnes qui, après avoir été
arrêtées, sont retenues par le commissaire de police ou le chef
de poste.
- VINASSE. Vin.
- VINGT-HUIT JOURS. Soldat
faisant la période d'exercice exigée de ceux qui font partie de la
réserve de l'armée active, parce que cette période dure vingt-huit
jours. On dit aussi réservoir.
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- VISQUEUX. Souteneur de bas
étage.
- VITRINE (Faire). Se parer, se
faire beau, s'endimancher.
- V'LAN. «Au temps où le
Grand-Seize s'emplissait chaque soir, au café Anglais, d'une
société qu'on ne remplacera pas, car les gens d'esprit d'alors ont
été remplacés par des imbéciles, on avait trouvé mieux que pchutt.
On disait de quelqu'un, homme ou femme, qui se distinguait par
une attitude, par un parti pris, un laisser-aller, une originalité
tranchée: Il a du v'lan! Elle a du v'lan. C'était net, cassant,
absolu.» (Evénement, 1883.)—Ce terme, abandonné depuis
longtemps, vient de reprendre faveur.—«Soirée dansante très
réussie, très animée et très v'lan hier, chez la comtesse de L.»
(Gil Blas, 1883.)
- VOLAILLE. Terme de mépris
à l'adresse d'une femme quelconque.—Etudiant,
dans le jargon des écoles. «Des collégiens
et quelques étudiants; des volailles, comme on dit sur la
montagne Sainte-Geneviève.» (XIXe Siècle.)
- VOYANTE. «Un autre type
amusant (à la roulette de Monaco) c'est la Voyante. Elle indique
les numéros qui vont sortir et se loue moyennant 20 francs par
heure.» (Revue politique et littéraire, 1882.)
- VOYAGEUR SEC. Voyageur qui
ne fait aucune dépense dans l'hôtel où il est descendu.
- VOYAGEUSE. Femme galante
qui travaille (?) sur les paquebots et les lignes de chemin de fer.
- VRIGNOLE. Viande.
593
W
- WATERLOO (Avoir son). «Il
(M. Ad. Belot) lui restait à étudier pour la dernière partie de
son drame le grec en liberté. Il s'adressa pour cela à un ancien
inspecteur du service des jeux... Cet inspecteur lui apprit, entre
autre révélations étonnantes, qu'il y avait, à Paris seulement, plus
de deux mille grecs, parfaitement connus et classés à la Préfecture
et que malgré la vigilance la plus excessive, il y avait bien peu de
cercles, même parmi les plus grands, qui n'eussent eu leur
Waterloo. Un cercle qui a son Waterloo, en langage technique,
est un cercle où l'on prend un grec la main dans le sac. (Figaro, 1883.)
- WATRINER. Tuer, assassiner
et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au
meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de
Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin,
dont ils prétendaient avoir à se plaindre.
«Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l'univers.»
(Gazette anecdotique, février 1887.)
«En avant! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.
(Grève sociale, février 1886.)
De watriner on a fait watrinade
qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance,
de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie
tout simplement crime, meurtre, assassinat. «Hier encore, un ouvrier
jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple,
naturellement, exalte le courage de l'assassin et qualifie de watrinade
ce qui est un crime.» (Parti national, mars 1887.)
594
Z
- ZINGUOT. Hangar, préau.
Jargon de l'Ecole de Saint-Cyr.
- ZUTANT. Ennuyeux. «C'est
rien zutant d'n'être pas libre.» (Evénement, août 1885.)
ÉVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HÉRISSEY
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 54482 ***